‹ L'Italie sous la domination autrichienneChapitre 5 sur 28 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

APPARENCE

§ 3g, — En 18126, au moment même où S. M.

le loyal empereur François promettait en ces propre^ termes una costiiuzionefondata sopra la natura délie cose- (une constitution fondée sur la nature des choses) , et faisait parler son frère aux Italiens de la manière suivante : a Ora voleté voi di nuovo dlvenire Italiani ? La parola di quel principe è sacra ed immutabile corne ella è pura; egli è il cieh che vi parla per bocca di lui. Noi non veniamo nè per investigare, nè perpunire; noi veniamo per rendervi liberi. » (Maintenant voulez-vous redevenir Italiens? La parole de ce prince est sacrée et immuable, autant qu'elle est pure. [Il est bon d'avertir que ce prince est Vempereur François.] C'est le ciel qui vous parle par son organe. Nous ne venons ni pour enquérir,*ni pour vous punir ; nous venons pour vous rendre libres.)

Et u'étant peut-être pas contente d'avoir promis aux Italiens une constitution , S. M. leur faisait promettre aussi V indépendance par un manifeste de son général le comte Nugent, en ces termes : « Italiens, soyez-en sûrs , vous avez tous à devenir une nution indépendante. • C'est pourquoi S. M. répétait ensuite aux Italiens « que pouF eux il ne pouvait être question ni d'indépendance ni cl* constitution !

apostolique fournissait des vivres et des munitions au Turc pour exterminer les chrétiens grecs qui se battaient pour la liberté, et les poursuivait en pirate sur les mers, elle faisait un décret pour raffranchissement des esclaves.

Ce décret fut annoncé à la Lombardie par la notification suivante du 14 septembre 1826 :

Gouvernement impérial et royal de Milan .

« Voulant empêcher autant que possible le « trafic des esclaves qui pourrait être exerce par a les sujets autrichiens, ou sur les bâtiments de a l'état , et garantir les esclaves de tout mauvais a traitement , conformément aux lois déjà en vice gueur, et spécialement au paragraphe 16 du « code civil universel, lequel dit que tout homme , « par V effet de ses propres droits innés y que l'u- « sage seul de la raison fait connaître , doit être « conydéré comme persona (une personne)^ et <k que par conséquent , l'esclavage, ou le droit de « propriété sur l 'homme , et l'exercice des pou- « voira qui en résultent, ne peuvent être tolérés;

« Conformément au paragraphe 78 de la prett mière partie du code pénal , qui déclare délit c< de violence publique tout attentat quelconque à

« la liberté individuelle ;

« S. M., par sa résolution souveraine du 25

« juin 1826, a daigné déterminer d'une manière « plus précise et ordonner ce qui suit :

a Tout esclave est libre du moment ou

« IL MET LE PIED SUR LE TERRITOIRE , OU SEULE- (( MENT SUR UN BATIMENT DE L'AUTRICHE. Il (( OBTIENT ÉGALEMENT SA LIBERTÉ , MEME EN « PAYS ÉTRANGER, DES Qll'lL EST REMIS GOMME a ESCLAVE A UN SUJET DE SA MAJESTÉ AUTRI- « CHIENNE. »

RÉALITÉ

Voyons comment on est fidèle aux principes de ce décret.

J 4°- — Cyrus Menolti , Modénois , appelle son pays à la liberté. Percé de coups en bravant les satellites du tyran , il tombe en son pouvoir, et , chargé de fers, est traîné sur le territoire autrichien , où le tyran qui s'enfuit vient se réfugier. #

Voilà donc Menolti traité en esclave sur un sol où l'exercice des pouvoirs qui résultent de l'esclavage 71 est pas toléré , où il suffit de mettre le pied pour y trouver A l'instant sa liberté.

Eh bien ! qu'y trouvc-t-il ?

Le fond des bagnes de Mantoue, le séjour des bandits, qui s'ouvre a l'instant pour se refermer sur lui • un gouvernement qui se rend le geôlier

du tyran , qui lui garde le captif , vainement réclame par les députes d'un peuple régulièrement constitué, qui l'accable de vexations et de tortures, et qui le rend enfin au même tyran , auquel il prête ses hordes mercenaires pour se frayer un chemin jusque sur le sol de la liberté , où le cruel doit précipiter le captif du gibet dans la tombe ! ! C'est du fond de celle tombe que la voix de Menotti crie vengeance contre un pareil forfait du gouvernement autrichien , forfait plus exécrable peut-être que celui de son bourreau. Il crie vengeance , et il l'aura, tant qu'il y aura un cœur qui batte sous une poitrine italienne (i) !

(i) Cette main qui signa l'arrêt de mort de Menolti est la même qui avait déjà tracé le rescrit suivant, lorsqu'une députation du peuple modénois vint demander son coucitoyen captif à Mautoue :

« Nous croyons avoir fait assez lorsque nous avons « fait grâce de la vie à Ciro Menotti, qui s'était rendu « coupable des horribles délits de rébellion , lèse-majesté « et haute trahisou. Cependant la conduite qu'on tiendra « envers nos plus affectionnés et envers nos biens nous a servira de règle pour des égards ultérieurs en faveur de o Menotti. n

On sait que l'inviolabilité des personnes et des propriétés publiques et privées fut un des premiers principes proclamés et appliqués par le gouvernement révolutionnaire de Modène.

§ f\\. — La lutte contre la dernière révolution d'Italie n'est qu'une suite d'attentats contre la liberté sociale des peuples et des individus, perfidement accomplis par le gouvernement autrichien. Nous dirons mieux : c'est l'affreux résumé de toutes les infamies et des lâchetés infernales auxquelles il a continuellement recours pour se soutenir au milieu de populations qui le détestent.

Geôlier à Manloue, où il prête ses chaînes et son bras pour garder la victime d'un tyran assassin à Firenzuola , sur le territoire d'un peuple ami , où il se glisse pendant la nuit pour massacrer de jeunes patriotes dans les bras du sommeil ; brigand en Romagne, où il n'entre qu'après avoir acquis la certitude de pouvoir le faire impunément (car c'est là la bravoure autrichienne) , il devient forban sur la mer, pour y violer ce même droit des gens qu'il venait de violer sur la terre , et couronne ainsi par un acte de la plus infâme piraterie sa quatrième croisade contre la liberté des peuples italiens.

§ 4 2 • — H cst aisé de s'apercevoir que nous parlons ici de ces quatre-vingt-dix-neuf patriotes Italiens qui, sans être sujets à l'Autriche, furent capturés par deux goélettes autrichiennes, au moment où, sur la foi d'une capitulation , munis de papiers régulièrement visés, ils naviguaient

tlans une mer neutre, protégés par le pavillon d'une puissance amie.

C'est en vain que le droit des gens fut par eux invoqué; en vain demandèrent-ils de quel droit on se permettait un acte aussi attentatoire à leur indépendance nationale, à leur liberté individuelle. On les menaça de leur répondre à coups de canon : car c'est encore là le langage du gouvernement autrichien quand il se croit le plus fort. On les arracha de leur pelit navire ; ils furent traînçs sur les deux bâtiments autrichiens ; et là , où S. M. promet la liberté aux esclaves, des hommes libres trouvèrent des chaînes au nom de S. M, ! !

Jetés dans les cachots de Venise , accablés des plus durs traitements, astreints à des tortures dignes de l'inquisition autrichienne, ils attendent depuis neuf mois le terme de leurs souffrances et de leur captivité : mais les verroux qui les enferment ne s'ouvrent pour eux que pour passer, si ce n'est du cachot à la tombe, du moins d'une horrible prison à une prison plus horrible, ou pour paraître devant de soi-disant juges qui les fatiguent de questions pendant quatorze ou seize heures en un jour ; qui les envi ronnent de toutes sortes de pièges pour les amener à des réponses qu'ils prétendent obtenir, et qui , mêlant avec autant d'infamie la rigueur à* l'imposture ou à la perfidie ,

redoublent tantôt les fers des prisonniers et les punissent du jeûne s'ils refusent de répondre, tantôt les menacent de les livrer au bourreau du souverain auquel ils appartiennent, tantôt les amorcent par la promesse de leur élargissement, les sollicitent par des offres d'impunité, et poussent l'insulte et la làcbeté jusqu'à leur parler de récompenses, au nom de S. M., pour prix de délations qu'on leur propose!! (1)

(i) On peut s'en convaincre par la réponse donnée à une pétition que Ce'leste Mcuotti , le jeune frère de la victime du duc de Modène , avait adressée à l'empereur d'Aulriche pour obtenir sa libération.

La voici traduite littéralement :

« Sa Majesté Impériale et Royale , loin de vouloir pro- « noncer un jugement quelconque contre Céleste Menoto ti, reconnaît l'obligation envers S. A. R. le duc de Mo. « dène de livrer le sujet de ce souveuria aux autorités « compétentes.

« Mais , ledit étant sous la garde de l'autorité impé- « riale et royale de l'Autriche, et Sa Majesté voulant lui « offrir l'occasion de servir la cause dâ la tranquillité pu- « blique , il est de sa volonté souveraine qu'il soit amené « à déclarer tout ce qu'il a su des événements politiques et « menées révolutionnaires , et spécialement de l'origine « et de l'exécution de la dernière révolution d'Italie et « autres objets relatifs, Sa Majesté se réservant de le « traiter suivant la conduite qu'il tendra dans l'affaire.

«t En conséquence, si les révélations du détenu sont

Qu'on se rappelle maintenant le décret de S. M. en faveur des esclaves , et qu'on juge de sa loyauté et de son respect pour les droits de l'homme !

$ 43. — H n'est malheureusement que trop naturel, pour un pareil souverain, de traiter ses sujets en esclaves. Il n'y a pas d'exagération: c'est là précisément le mot; cl ce sont là ses in tentions, nettement tracées dans un catéchisme qu'il a Fait imprimer, intitulé : Devoirs des sujets envers leur monarque , à l'usage des écoles élémentaires.

Comme de semblables récits pourraient avoir l'air fabuleux , nous citons ici textuellement les expressions employées dans le catéchisme.

On y lit à la page i3 :

Demande. « Comment les sujets doivent-ils « se comporter envers leur souverain?

Réponse. « Les sujets doivent se comporter c< envers leur souverain comme des esclaves fi- « dèles envers leur maître.

« reconnues vraies, Sa Majesté est disposée à contracter « envers lui la promesse de ne le pas livrer au gouver- <t nement modênois , et, bien plus, de le mettre en liai berté s' il le mérite, ajoutant que , dans le cas où ses « de'clarations seraient de nature à pouvoir être consi- « dérées comme importantes , il acquerrait un droit parti iiculier à la reconnaissance de Sa Majesté* »

Demande. « Pourquoi doivent-ils se comporta, ter comme des esclaves?

Réponse, « Parce que le souverain est leur « maître, et que son pouvoir s'étend sur leurs « biens comme sur leurs personnes. »

§ 44- — D'après ces principes, S. M. l'empereur d'Autriche dispose de la personne de ses sujets, de leurs propriétés > de leurs droits civils et politiques , comme de choses qui seraient dans sa possession particulière.

Les faits suivants le prouvent.

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