‹ L'Italie vivanteChapitre 25 sur 30 · MUSSOLINI · texte numérisé non relu

MUSSOLINI

Le chef aux gestes brusques, à la démarche saccadée ; le fils du forgeron, qui a forgé pour son parti de si fortes armes, voit sa situation personnelle s'accroître de jour en jour. Il est au nombre des idoles populaires : il passe au rang des demi-dieux.

Il n'a pas seulement deviné les aspirations de l'Italie, car le mérite eût été mince. Ceux qui philosophent autour des tables des cafés, ceux qui pérorent sur le bord des trottoirs, ceux qui deviennent lyriques au dessert, savaient fort bien aussi ce qu'il aurait fallu faire ; et c'était justement ce qu'ils ne faisaient pas. Mussolini a eu la foi qui transporte les montagnes, et il a su la communiquer à des fidèles, à des fanatiques : il a cru en sa patrie. De cette foi, il a tiré une doctrine ; cette doctrine, il l'a traduite en actes. Le mouvement déchaîné, encore fallait-il qu'il le dirigeât : or il s'est révélé comme un conducteur d'hommes ;

puisqu'il a donné des noms romains à ses légions toutes prêtes, et qu'il appelle ses soldats attentifs à son geste les principes et les triarii, disons qu'il •est Vimperator. N'exerce pas qui veut l'autorité souveraine ; elle demande une attention vigilante, une volonté toujours tendue, une force combative qui ne se lasse point. — Certains de nos jeunes lieutenants aux dents longues nous regardent avec envie, s'approchent doucement, et nous poussent un peu, pour voir si nous céderions notre place? Fort bien, nous attendrons leur choc ; nous les bousculerons à notre tour, mais d'un si rude coup d'épaule qu'ils en garderont la marque et regagneront leur rang sans mot dire, le second ou le troisième. — Certaines villes font la sourde oreille, les capricieuses, quand nous donnons des ordres ; elles avaient perdu l'habitude, les indisciplinées, d'entendre une voix de commandement. Ne parle-t-on pas de scission? N'fcst-il pas question de fonder dans telle et telle province un parti fasciste autonome? Fort bien. Laissons faire ces dissidents : avant peu, ils comprendront d'eux-mêmes que s'ils se détachent du grand arbre qui étend son ombre sur toute l'Italie, ils se dessécheront comme des rameaux flétris — Entre la république et la monarchie, nous avons nous-mêmes hésité quelque peu ; à vrai dire, le souvenir des temps où nous étions socialiste et révolutionnaire nous faisait pencher vers la forme républicaine, plus conforme à

notre vieil idéal. D'où un flottement dans le parti. C'était une fausse manœuvre ; il importe de prendre une direction plus nette; nous nous prononcerons, toute réflexion faite, pour la royauté ; si bien qu'au lieu de heurter le sentiment monarchique, nous l'annexerons. Mussolini a-t-il eu pour résoudre ces difficultés, et pour aller ainsi de conquête en conquête, un plan soigneusement établi et dans toutes ses parties logiquement arrêté ? Mais non ; il réunit en lui, bien plutôt, deux facultés qui sont rarement d'accord : la souplesse avec la vigueur.

Le fascisme est souple aussi. Dans une Europe un peu décrépite, qui se plaît à réserver le pouvoir aux vieilles gens, et qui n'accorde l'autorité qu'aux hommes trop fatigués pour l'exercer, il se vante d'être une doctrine de jeunesse : de la jeunesse, il a les élans, la fougue, l'exubérance et même les contradictions. 11 aime le panache : que de sentiments divers le panache n'abrite-t-il pas ! Le panache couvre la marchandise. Il est bourgeois, mais avec un dédain marqué pour la bourgeoisie, qui fut incapable de se défendre elle-même, il s'en souvient. Il y a un syndicalisme fasciste ; et même, les masses ouvrières deviennent de jour en jour une des bases les plus solides et les plus résistantes de la puissance du parti. Comment réorganiser le royaume, favoriser le travail, intensifier la production, si les intérêts professionnels se sont d'abord sauvegardés? Il y

a un mysticisme fasciste. Mon Dieu oui ! n'en soyons pas étonnés, même si ce mysticisme se manifeste à coups de trique et à coups de revolver. Cotte passion de prosélytisme et de conquête, cette ardeur pour le sacrifice, ce mépris delà mort, qu'on ne peut dénier aux meilleurs éléments du parti, supposent une idée qui est passée dans le domaine du sentiment. Idée force ; désir impé tueux de rendre l'Italie prospère, heureuse, puissante aussi ; respectée dans le monde, prenant sa large place au soleil. Pour tout dire en un mot, l'âme du fascisme c'est l'italianità.

Page 1