I. ' I V n A I R lOU
Le notairr ( t le ic[^c:it inarrliuicnt i|a peu loin, ù rurrièrc, et (llsciilnifiil ciilre eux à mi-voix les eonclilion» générales de raccord. I/cnlciilc faite, ils se rapprochèrent.
« Mérif-al et Saubri^nat, dit Vi'I|;ih>1, écoutez bien. Nous venons (le nous concerter, M. le régent et moi. Voici les clauses de rurrangenienl que nous vous proposons. Si vous les acceptez je dresserai demain un procés-verbal régulier de Texpertise, et cet acte désormais fera loi entre vous. Mérigai autoriserait son voisin i\ prendre Teau en contestation trois fois par semaine, comme ce dernier le demande, mais seulement pendant la belle saison, de juin i\ octobre par exemple, quand le niveau du ruisseau de Cbantegril est trop bas. lui outre, les frais de justice et d'exi)ertise engagés jusqu'à ce jour seraient à la charge de Saubrignat. Souscrivez-vous aux conditions ainsi posées ?
— Pour moi, monsieur le notaire, répondit le sacristain, tant pis si mon intérêt n'y est pas. Je vous ai choisi pour mon expert, et j'entends accepter les choses comme vous les avez fixées.
— Fort bien, approuva Vergnol. Et toi, Janquet ? ""
— Moi, je n'accepte pas, déclara sèchement Saubrignat. D'abord c'est l'hiver qu'on a besoin d'eau pour arroser les prés. Puis, si j'ai engagé un procès, c'est qu'on m'y a forcé : je n'entends pas payer les frais.
— Mon ami, dit le notaire, quand on choisit les experts, c'est pour un accord amiable. Ça suppose des concessions de part et d'autre. Sinon, pas d'arrangement possible.
— Eh bien, monsieur le notaire, on ne s'arrangera pas à l'amiable, et voilà tout, conclut avec vivacité le fermier de la Reynière.
— Sans doute, intervint l'instituteur. Mais quelle longue et coûteuse procédure en perspective, pour arriver en fin de compte à vous voir condamner Tun et l'autre comme nous allions le faire. Car, en somme, il n'y a de droit sûr d'aucun côté, puisque ni l'un ni l'autre vous n'avez de titres sur lesquels baser vos prétentions. Dès lors, comment voulez-vous qu'un tribunal établisse un règlement d'eau sans faire entre les deux parties une cote mal taillée ?
Ho l'ivraie
— EU est surtout mal taillée pour moi, monsieur le régent, répliqua Janquct. Je ne compterai pas avec l'argent, mais justice entière me sera faite. »
Vergnol, voyant cela, Ht appel à Tesprit de conciliation du sacristain.
« Lionard, dit-il, puisque lu es seul raisonnable, es-tu prêt à d'autres concessions ? »
Mérigal rélléchit un instant, se souvint du conseil que lui avait donné le matin même l'abbé Mitre, et, pensant à Millette, à Firmin, au joli couple qu'ils feraient, et par-dessus tout au beau domaine que constitueraient les Eyrials et la Reynière réunis :
« J'ai toute Ja vie été trop bon, monsieur le notaire. Par respect pour votre parole, que je me reprocherais de faire mentir pour si peu, j'accorde pour l'année entière le droit que vous avez fixé. Pour la question des frais, par exemple, mon idée n'a pas changé.
— Cette fois, Janquet, lit Vergnol en souriant, je pense que TafTaire est entendue.
— Il s'en manque, monsieur. J'ai fait des frais, comme je l'ai dit, parce qu'on m'y a contraint. Et je n'accepte pas les conditions que, par respect pour vous et... par mépris des autres, probablement, on a l'air de m'accorder en grâce. »
La lune venait de sortir, toute grosse, d'un nuage. Sa lumière très vite s'était épandue sur les landes, sur les bois, dont on distinguait maintenant les houles floconneuses, et sur les terres grises. Le vent chaud du jour avait desséché sur les plateaux des millions de fleurs de blé noir, dont on sentait passer dans le soir les âmes odorantes.
M. Vergnol s'était arrêté, avait regardé en face Saubrignat, les bras croisés, d'un air de dire :
« Comment, c'est toi, Janquet, qui parles de la sorte ? »
Mais ce dernier, sans s'émouvoir, avait ajouté d'un petit ton tranquille :
« C'est tout ce que j'ai à dire.
— A ta guise, mon ami, s'écria le notaire.
— 11 sera fait comme 11 voinlrn, (It M^'rlf;.'il d'un air fûché.
— Vous vous en repentirez. SaiihriMinit ! dit rinfcliliitcur.
— On verrn bien I Tnnt i)is ! Honsriir h tout le m-Dnde. 0
Kt Jan(iuel, en niarniollanl enlrc ses dénis des injures et de» menaces, prit la branche de chemin qui menait II la Hcynièrc.