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La coifi'c s'cfTara, cl Lionard, ôlanl son chapeau par respect, bien qu'il fùl seul, s'assit sur une chaise, dans l'étude.
En revoyant le bureau du notaire drapé d'un tapis brun à grandes franges, les portes vitrées des armoires abritant contre la poussière et les mouches des rangées de boites vertes et des centaines de dossiers, les murs bariolés d'affiches, une foule de souvenirs anciens revinrent h la fois à l'esprit du Mérigal.
(]'était dans cette même salle haute et carrelée qu'il avait passé contrat avec la Mérigale, — dans ce même silence d'un midi d'été qu'il était venu s'olTrir un jour à acheter une coulée de pré, que les créanciers d'un pauvre bordier faisaient vendre, — devant ce même jardin tout lumineux et fleuri de roses, qu'on voyait î\ travers les rideaux d'une porte-fenêtre, qu'il avait remis, billet par billet, ses petites économies au notaire.
Tout cela, du moins, c'étaient des jolis souvenirs de l'autrefois, du temps où l'on disait en parlant de uii :
« L'homme heureux ! Toutes les choses qu'il entreprend lui réussissent à souhait. »
Maintenant, ah I maintenant que tout cela donc avait changé I... Jour de Dieu, quelle misère !... Avoir évité, depuis trente ans qu'il était maître, d'entrer en procès avec ses voisins, grâce à ses manières conciliantes, à son savoir-faire et à sa bonne humeur. Et un beau matin, pour un droit d'eau qu'il eût cédé pour moins d'une pistole, crac... un avertissement devant le juge du canton...
Une fois la guerre commencée, savait-il au juste où on s'arrêterait ? Chaque jour, autour de lui, ne voyait-il pas donner l'acte après l'avertissement, et Jes plaideurs aller de Donzenac à Brive, et de Brive à Limoges ? Sans doute, lui, Mérigal, n'était pas batailleur ; il ne ferait rien pour brouiller les cartes et compliquer encore l'état des choses. Mais enfin, il y allait absolument de sa dignité de prendre roffensivc et de ne pas reculer devant les menaces de l'autre, comme un sans-droit, un sans-vergogne et un peureux. S'il avait recueilli un patrimoine amoindri à la mort de son père, c'est aux procès qu'il le devait ; mais aussi, si on était de bon renom dans
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la famille, c*est que jamais on n'avait failli à relever Tinjure. Et Lionard aurait cru, dans sa notion étroite et simple de riionneur, manquer aux fières traditions de sa race, en proposant à Saubrignat de lui céder bonnement les eaux en litige par un accord amiable.
Il s'était donc rendu chez maître Vergnol pour consulter son titre, s'apprétant à soutenir la lutte judiciaire avec d'autant plus d'acharnement et d'entélement intraitable, qu'il y serait plus engagé par le notaire et par son droit.
En attendant, il était inquiet sur l'issue du procès, et ce souci nouveau, s'ajoutant au chagrin du départ de l'aîné, finissait d'exalter à la fois et sa douleur et sa colère.
« Bonjour, Mérigal. Ça va bien ? demanda en entrant maître Vergnol.
— Mon Dieu, monsieur, répondit le fermier en fronçant le sourcil, vrai de vrai, ça pourrait mieux aller.
— Comment ça? » fit le notaire en cachant ses jambes courtes et ce qu'il put de son gros ventre sous le tapis à franges du bureau.
Et, commodément enfoui dans les coussins de son fauteuil, il caressa deux ou trois fois ses favoris blancs ; puis, voyant que le vieux ne se pressait pas de lui expliquer pourquoi ça pourrait mieux aller, il insista :
« Alors, explique un peu ; que puis-je donc pour ton service ? »
Lionard leva les yeux, qu'il avait tristes, soupira, et dit d'un ton saccadé, avec un geste sec de la tête et de la main :
« Eh bien, monsieur, voilà : d'abord, mon aîné est parti pour Tulle ; mais vous le savez sans doute, et ce n'est d'aïlleur pas ce qui m'amène. »
Le notaire hocha la tête d'un air qui signifiait :
« Je le sais, parfaitement, mais n'y puis pas grand'chose. Et après ? »
Et l'ancien continua sans presque s'interrompre :
« Le vrai motif de ma visite, le voici : j'ai reçu ce matin un avertissement du juge de paix ; je vous l'apporte. »
Le sacristain sortit en même temps de sa poche le papier