‹ L'IvraieChapitre 8 sur 26 · I V II A I F · texte numérisé non relu

I V II A I F

suite, de ^ailc do cœur, le surriflro <\c son nniour, se disant :

« J'aime Firniin de toute mon âme. Si c'est pour mon bonheur, et j'en suis sûre, il faudra bien (|U*on me l*accor<le. Si c'est pour mon malheur, et qu'on me le refuse, de quoi donc me plaindrais-je ? Mais je ne le crois guère. >

Toute i)ens(''e de Iristessc passe douQ, songe rajiidt , . n l'esprit de Milletle, comme ces lins nuages de septembre, qui vont, promenant un instant sur les choses leur traîne d'ombres llottanles, très légers et très hauts, sans menace d'orage, assurant seulement la douceur du jour sous le soleil voilé.

Le ramage du mendiant se raj)proehe sous la retombée des châtaigniers. Ce sont maintenant des Ion la, Ion laire, qui s'en vont mélancoliquement, comme une troupe d'oiseaux de passage attristant le soir grave.

« Grand bonsoir, petite.

— Que le vœu te soit rendu, Barbc-de-Maïs. >

Et le vieux mendiant de rire, et de passer sa route, la besace sur répaule, tandis que derrière lui son chien, un lahri à poil gris marbré de noir, tire la langue, traîne ses pattes et sa queue dans la poussière.

« Suis-moi vite, Briquiqui, nom d'un tonnerre î Lon la, Ion laire...

Baissa té, monfogno ; Lévo te, voloiîn,,, 2>

« Une idée I » pensa la petite.

Et elle appelle :

« Hep I Hep I là ! »

L'autre n'entend pas ; mais son chien s'arrête.

« Oh ! hep I Barbe-Fine ! »

La barbe rousse, couleur de maïs mûr, se retourne :

« Qu'y a-t-il, drôlette ?

— J'aurais une belle commission à te donner.

— Ce que tu voudras, si je le puis faire. Lon la, lon laire, lon...

— Ecoute-moi, voyons, écoute-moi, ou je m'en vais.

— Quand c'est impatient, une jeunesse, c'est que ça aime.

ns L ' I V n A I E

Défunte ma pauvre mère le disait, et elle s'y connaissait, la Toinillc. Quelle misère tout de même qu*on meure comme ça ! Ah I bon sang de bon sang ! Quelle misère !... >

Et le pauvre innocent, dont les pensées courent toujours comme des papillons, fait claquer la langue, plisse le front, continue de se lamenter sur le peu que nous sommes et que sont, hélas 1 les choses de ce monde.

« Non, mais quelle claquette de moulin ! Ecoute donc.

— C'est bon ; on t'écoute. Et alors ?

— Alors, tu vas passer à la Reynière. La Nanette te donnera de ma part un joli chanteau de pain frais, à condition que d'ici demain tu fasses savoir au cadet du sacristain que je Tespérerai samedi qui vient, vers le midi, à la chènevière de Soulors. Tu entends, samedi qui vient.

— Et à quand la noce, petite ? Faut-il du même coup avertir la chabrette ? Lon la. Ion laire. Ion Ion...

— Pas de rire, Barbe-Fine ! Si tu oublies ma commission...

— Dors tranquille, petite mie. Et merci bien du chanteau. Allez, en route, Briquiqui. Et vive l'empereur I

Millette les regarda partir, l'homme devant, tout courbé sous le poids de la besace et du malheur, le chien derrière, la démarche peu allègre et le poil bourru. Et tandis que leurs silhouettes grises se perdaient entre les fûts des châtaigniers, elle se reprocha :

« C'est peut-être mal et peu charitable, ce que j'ai fait. Il ne doit guère aimer la joie des autres. »

Et, prise de ce scrupule, prise aussi de la crainte que la commission ne fût mal faite, elle repHt, toute songeuse, le sentier qui plongeait dans l'à-pic de la cluse.

L'ombre plus fraîche, l'air qui passait chargé de brumes et de lueurs effarouchées, la chanson plus distincte du Riou, lui dirent qu'elle approchait du moulin, avant ses yeux, qu'elle avait vagues d'inquiétude et de rêve.

La Mariajou gardait dans un pré deux vaches limousines froment clair, les mains à la quenouille et au fuseau, la tête filant les jolies pensées d'une promise qui a le cœur en fête.

« Bonjour, ma cousine, dit-elle. D'où viens-tu ?

Page 1