‹ L'IvraieChapitre 9 sur 26 · L ' I V II A I R · texte numérisé non relu

L ' I V II A I R

El .soiiditin, se levant :

« Tr. Lnhri, té ; la lîanou, petit, la Banou. Mènc-λ : î- "^li, petit, inùne-la. >

Le ehien, fendant riierbe liante, dont les grandes tif^es pillées tremblaient et se couehaienl sur son passaf^e, courait (Il aboyant après lîi vaebe, (pii maraudait dans la partie du j)ré non eneore fîiuebée et interdite h sa dent. ICxeité par la voix de la pnstoure, le labri mordait au pied la Banou, puis, vainqueur, pendu par les crocs à la queue de la bête, se faisait traîner jnsqu*j\ la pâture, où Millette et Mariajou, assises sous les saules, devisaient déjà alertement :

« On voudrait, tu comprends, disait Millette, savoir un peu quand ça va être, cette noce, II y a des robes à faire, et ce n*est pas deux jours avant qu'on retient une fine ouvrière comme la Catissou.

— Je comprends, répondait Afariajou sur un petit ton de malice. Eb bien, h Téglise, ce sera le 23 de juillet, qui tombe un samedi ; la veille, contrat chez le notaire et épousailles à la maison commune. Ça te va-t-il ? D*ici là, compte bien ; ça fait tout près de trois semaines ; la Catissou pourra t'en coudre, des robes !... Allons, avoue-le, cousine, c'est une autre chose qui t'amène. Quel galant tu auras, voilà, voilà ce que tu veux savoir.

— Eh bien, oui I c'est surtout ça, confessa Millette en rougissant. Car je voudrais Firmin, mon beau Firmin, et pas un autre.

— C'était notre idée aussi, de te le donner. Mais ton père est venu nous avertir un soir qu'il voulait qu'on te mette avec Bourillou du bourg. Il a demandé même qu'on n'invite pas Firmin, si ça se pouvait.

— Et qu'est-ce que l'oncle a répondu ?

— Que ça se pouvait très bien, que nous ne devions rien aux Mérigal, et que si on avait songé à inviter Firmin, c'était pour ton contentement et par égard pour toi.

— Et les choses sont demeurées convenues ainsi ?

— Je le crois, du moins ; car là-dessus les anciens sont

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sortis ensemble du moulin, et j*ignorc après ce qu'ils ont dit. Je puis le demander ce soir au père, si tu veux.

— Si tu le veux aussi, Mariajou, et je t'en remercie. Mais, va, la chose est sûre. Je connais Tancien. Toute la sainte journée à la maison on me chante les louanges de Bourillou : Bourillou a un beau bien ; Bourillou a du bel argent, plus clair et plus sonnant que celui des autres ; Bourillou a de belles vaches : c'est un heureux gars qui ne manque de rien. Tant mieux pour lui, donc ; mais qu'est-ce que ça me fait, à moi, qui ne veux que Firmin ?

— Ça s'arrangera peut-être, dit la Mariajou, plutôt par bon cœur que par espoir.

— Pour la noce ? Oh I que non ; d'ici là le temps est trop court. D'ailleurs, je ne souffrirai qu'un jour. A Dieu le reste. :^

Dig dong... dig dong...

Un garçon meunier rentre au moulin, poussant devant lui la mule, qui descend par le sentier rapide qu'a suivi Millette, le bât chargé de deux ou trois sacs de froment, qui se balancent, les jambes de devant tendues sous le poids et, aussitôt posées à terre, raides comme des bâtons.

Que la cluse est jolie à voir ainsi, quand le crépuscule monte, monte, toujours plus rapide et plus mouillé, au long des pentes, jusqu'à ce que la vallée ne soit plus qu'une coupe d'ombre I On n'entend que des bruissements frais d'eau et de feuilles, des appels de bouviers ou de pastours lointains, et le moulin, et la mule, et cette musique des soirs d'été, que font la crécelle lente du grillon et la flûte des crapauds.

Un peu triste et mal contente de penser au lendemain d'amour qui était promis à Mariajou, cependant qu'elle, la pauvrette, allait se languir et se morfondre, Millette reprit le chemin de la Reynière en compagnie de l'odeur des menthes, qu'elle avait écrasées en s'asseyant au bord du Riou...

L'amour n'allait pas longtemps en elle avec l'inquiétude. Et le soir, quand, avant de se coucher, elle regarda par la fenêtre de sa chambre la cluse toute givrée de lune, nulle pensée de jalousie ni d'envie ne lui vint. Mais elle se répéta tout bas le rendez-vous :

r. ' I V II A I i: (il

« A samedi, mon beau Firinin, lù-bas, au coin de notre chéni'Vi^re. >

Kt elle sourit vu inêinr temps au l)()nlu'ur d'un soir, au bonheur de sa vie tout entière, à la nuit tiède et aux étoiles qui brodaient de points blancs le bleu léger du ciel.

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