L RXFANCE ET LA JEUNESSE DE TOLSTOÏ
Pierre le Grand mort, il contribua puissamment à l'avènement de Catherine, mais quand Pierre II, fils du tsarévitch Alexis, monta sur le trône, P. -A. Tolstoï se vit déporter à la mer Blanche, au couvent Solovietzki d'où il ne devait jamais revenir. On a de lui une relation intéressante de son voyage à l'étranger, une description de la mer Noire ainsi que deux traductions : les Métamorphoses d'Ovide et V Administration de l'État turc.
Dans ses Souvenirs, Léon Tolstoï a consacré plusieurs pages curieuses à son grand-père et à sa grand'mère paternels :
« Ma grand'mère, dit-il, Pélagie Nikolaievna, était la fille du prince aveugle Nicolas Ivanovitch Gortchakov, qui avait amassé une grande fortune. Autant que je puis m'en rendre compte, c'était une femme peu instruite et peu intelligente. A la mode d'alors, elle savait beaucoup mieux le français que le russe (son instruction s'arrêtait là). Elle fut toujours très gâtée; d'abord par son père, puis par son mari, et ensuite, comme je l'ai vu personnellement, par son fils... Mon grand-père, Ilia Andréievitch, me paraît avoir été un homme borné, mais très doux, très gai et non seulement généreux, mais prodigue, et principalement très confiant. »
Le grand-père de Léon Tolstoï était bon et juste pour les paysans, il ne prenait point de pot-de-vin, « sauf du fermier de l'alcool, » parce que c'était la coutume. Par contre, sa femme ne se faisait pas scrupule d'accepter des « cadeaux » à son insu.
Du côté maternel, l'auteur de Guerre et Paix descend de la maison des princes Volkonskï. Au commencement du xi« siècle, le prince Ivan Arievitch « reçut l'apanage Volkonskï (au bord de la rivière Volkona, qui coule dans le gouvernement de Kalouga et dans celui de Toula). C'est de là qu'ont tiré leur nom les princes Volkonskï » (1).
De son grand-père maternel, Léon Tolstoï parle ainsi:
(1) P. Birukov, oj). cit.
« Je sais qu'après avoir atteint, sous le règne de Catherine II, le grade élevé de général en chef, il perdit d'un coup sa situation à la suite de son refus d'épouser Varenka Engelgarth, la nièce et maîtresse de Potemkine. A la proposition de Potemkine, il répondit : « A quoi me juge-t-il capable d'épouser sa garce? » Cette réponse, non seulement entrava sa carrière, mais lui valut son renvoi dans la province d'Arkhangels, où il fut nommé gouverneur et il y resta, paraît-il, jusqu'à l'avènement de Paul I^''. Alors il prit sa retraite et, après avoir épousé la princesse Catherine Dmitrievna Troubetzkoï, il s'installa dans le domaine de lasnaia Poliana, qu'il avait hérité de son père, Serge Feodorovitch.
« La princesse Catherine Dmitrievna mourut bientôt, laissant une fille. C'est avec cette fille qu'il aimait tendrement et sa demoiselle de compagnie, une Française, que mon grand-père vécut jusqu'à sa mort, en 1821. »
Le général avait la réputation d'être très sévère, cependant — et il est intéressant de noter ce point — les paysans l'aimaient à cause de la sollicitude dont il les entourait. Il avait une immense domesticité; pour loger tout ce monde, il avait fait construire de très beaux bâtiments et il tenait à ce que chacun fût non seulement bien nourri et bien vêtu, mais gai. A en croire Tolstoï, son grand-père « devait avoir le sentiment du beau très développé ». Il aimait la musique et avait organisé, uniquement pour sa femme et lui, un petit orchestre qu'il installait autour d'un gros orme. Par extraordinaire, ce militaire ne prenait aucun plaisir à la chasse, mais il adorait les fleurs et les plantes de serre. Sous la rudesse apparente de son caractère devait se cacher, comme il arrive souvent, une grande sentimentalité.
Tolstoï n'a pas connu sa mère; il avait un an et demi lorsqu'elle mourut — laissant cinq enfants — et, comme il n'existait d'elle aucun portrait, il ne put se l'imaginer que par ce qu'on lui en dit plus tard. « Je ne puis me la représenter, écrit-il, comme un être réel, matériel; j'en suis presque content, car la représentation que j'ai d'elle