III
Des obélisques de Louqsor.
II n’entre pas dans le plan de cet écrit de rechercher dans les narrations de l’antiquité et dans celles du moyen âge les notions plus ou moins probablement relatives aux deux obélisques du palais de Louqsor. Hérodote et Pline, parmi les anciens, parlent des obélisques de Thèbes en termes trop généraux , pour qu’il soit possible de les appliquer plutôt aux obélisques de Louqsor qu’à ceux de Carnak, l’un de ceux-ci étant plus remarquable parce qu’il était plus grand.
Les relations des premiers voyageurs européens qui visitèrent l’Égypte, celles des écrivains orientaux et des missionnaires chrétiens dans le Levant, mentionnent fidèlement et unanimement les obélisques parmi les merveilles de la Thébaïde ; mais on ne doit chercher dans ces écrits aucun renseignement technique, ni autre chose que les expressions d’une juste admiration. Le savant Zoëga, dans un ouvrage célèbre et spécial, n’a pas réuni moins de trente noms d’écrivains grecs ou latins , qui , depuis Hérodote, ont traité plus ou moins expressément de certains
points utiles à l’étude des obélisques en général. On pourrait y ajouter un nombre au moins égal d’autres écrivains ou voyageurs, depuis le moyen, âge jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, depuis Benjamin de Tudèle jusqu’à Volney. Enfin , des obélisques sont figurés sur divers monuments antiques, tels que mosaïques, bas-reliefs, peintures, pierres gravées et médailles.
Mais, à l’égard des. obélisques de Louqsor, Zoéga ne cite que quatre ou cinq voyageurs comme ayant recueilli et publié quelques notions importantes sur ces beaux monuments. Ces notions sont parfois très-diverses les unes des autres; mais du moins ceux qui les ont recueillies s’accordent à considérer ces deux obélisques comme les plus parfaits de tous pour la matière , le travail et la conservation.
Le P. Protais, missionnaire capucin, les vit en 1668; après lui, le P» Sicard, autre missionnaire en Égypte quarante ans plus tard , et plusieurs voyageurs apostoliques, tels que les PP. Charles-François d’Orléans , Vansleb, Albani et Joseph-Marie de Jérusalem. Norden, Bruce et quelques autres explorateurs de l’Orient les visitèrent aussi; mais Pococke (i), Oranger (2),
(i) Description of the Eau, t. 1 er , p. 97, 106 et 107.
(a) Relation d'un voyage fait en Egypte en 1 7 ’io , png. 54
1 8 l’obélisque
Perry (i) et Savary (a) ont seuls consigné dans leurs relations quelques détails précis sur les deux monolithes.
« Rien ne donne, dit Savary, une idée plus grande de la magnificence de l’édifice de Louqsor que deux obélisques qui lui servaient d’ornement. Formés chacun d’un seul bloc de granit...., la dureté de la pierre les a préservés de l’injure de l’air; rien n’est plus majestueux que ces obélisques : l’Égypte est le seul pays où l’on ait exécuté de semblables ouvrages. » Savary ajoute à ces expressions des chiffres indiquant les mesures des monuments , telles qu’il put se les procurer.
Pour arriver à des renseignements exacts sur le matériel des deux obélisques de Louqsor, il faut descendre jusqu’à la fin du dernier siècle, à l’époque où le compas et le niveau furent enfin employés par l’archéologue, comme auxiliaires indispensables à la science des monuments de l’antiquité; ceux de l’Égypte ont été l’occasion des plus nombreuses et des plus utiles applications de cette nouvelle méthode d’observation, et c’est dans la Description générale de Thèbes, par MM. Jollois et Devilliers, ingé-
(i) Fiew of the Levant , pag. 345.
(a) Lettre i sur l'Égypte , t. II , pag. i a8.
DE LOUQSOR. ÏÇ)
nieurs de l’expédition française en Égypte, que l’on peut avec confiance chercher les traits caractéristiques et généraux des deux monolithes de Louqsor.
Les gravures jointes à cette Description donnent une idée exacte de l’ensemble de ces monuments; le texte des inscriptions laisse, toutefois, quelque chose à désirer à l’égard de la scrupuleuse reproduction de leur partie graphique. Le général prussien Minutoli est passé à Thèbes en 1822 ; il a étudié aussi les obélisques de Louqsor et en a publié des copies , moins imparfaites, il est vrai, que celles qui font partie de l’ouvrage précité , mais où l’on remarque encore quelques omissions et quelques erreurs dans le texte des inscriptions hiéroglyphiques.
Depuis que l’Égypte est ouverte aux recherches des savants, d’autres voyageurs ont aussi étudié ses monuments ; nous omettons de citer leurs ouvrages , qui ne nous ont procuré aucune donnée nouvelle , utile à notre dessein.
Le voyage de Champollion le jeune est à part de tous les autres; il travailla six mois consécutifs dans les ruines de Thèbes, releva toutes celles de Louqsor, le plan et les détails de ses monuments; il dessina de nouveau les deux obélisques ; et, pour se faire une idée de l’utilité decesdessins, il suffira de remarquer les nombreuses correc-
ao l’obélisque
tionsou additions faites par Champollion lejeune à la moins inexacte des gravures de ces obélisques publiées jusqu’ici.
La planche jointe à cet ouvrage (n° II) est donc la première qui donne une représentation exacte et complète de l’obélisque de Louqsor transporté à Paris ; elle a été gravée d’après le dessin original exécuté par mon frère : le monument lui-meme témoignera publiquementdesascrupuleuse fidélité.
Avant son séjour à Thèbes, aucun voyageur n’avait pu voir l’obélisque jusqu’à sa base, ni relever la fin des neuf inscriptions qui occupent les trois faces du monument numérotées i,
3 et 4 sur notre planche.
La face n° a étant engagée dans des constructions modernes, le tiers de ses trois inscriptions était également inconnu et inédit.
Champollion fit fouiller et mettre à découvert la base de l’obélisque, et il compléta ainsi sa copie des inscriptions des trois faces i, 3 et l\. L’abattage du monument mit la a' au jour; l’ingénieur français s’empressa d’envoyer la fin des trois inscriptions à mon frère , qui put aussi remplir la grande lacune de son dessin. Au mérite de l’exactitude la gravure jointe à cet ouvrage réunira donc celui de faire connaître pour la première fois toutes les parties inédites de l’obélisque de Louqsor, et d’en reproduire une figure complète, le dé compris.
■ h wm sM
DE LOUQSOIl.