CHAPITRE IV
Travaux préparatoires de l’abattage. — Description des appareils. — Invasion du choléra. — Continuation des travaux. — Mise à nu du pied de l’obélisque. — Historique des obélisques de Luxor, et texte des inscriptions de celui de Paris.
Si nous sommes parvenus à donner , dans le chajjitre précédent , une idée suffisante des localités, de la position des obélisques par rapport au pylône du palais , au village et au fleuve , le lecteur comprendra sans peine que le moyen le plus simple, le plus prompt pour arriver au but, consistait à coucher le monolithe sur sa face O. la plus voisine du rivage et à le baler ensuite à bord. Il résultait comme conséquence de cette première disposition , cpr’il fallait échouer le navire dans la direction des deux obélisques, aligner ses trois mâts sur ces monuments et sur le jalon .1 d’où nous sommes partis, abattre toutes les maisons situées sur le monticule de décombres , creuser à travers ces remblais un chemin de grandeur convenable à la manœuvre des apparaux, établir un autre chemin de communication entre le rivage et la rue de Luxor qui aboutit sur la place des obélisques, pour y voiturer le matériel. Tel fut, indépendamment de l’installation de l’appareil d’abattage et de retenue, et des constructions accessoires, l’ensemble de travaux que je pus d’abord entrevoir.
Depuis longtemps toutes mes illusions sur la fissure s’étaient évanouies; les quinze Arabes employés à fouiller au pied de ce monolithe , avaient mis à découvert sa face orientale. Le vice descendait jusqu’à l’arête inférieure, et paraissait pénétrer dans le granit. Toutefois, ce déblai m’avait fourni une cote essentielle; la base du monument, qui reposait sur un piédestal, était enfouie de 3",8o dans le sol de la place. 11 ne s’agissait plus, pour être fixé sur la position où il convenait d’échouer le Luxor, que de connaître approximativement le niveau supérieur du fleuve. J’obtins cette donnée à l’aide des traces laissées par le INil sur divers points de la plage. Ces indicateurs concordaient du reste avec les renseignements fournis par les habitants.
Le nivellement indiquait qu’il fallait profiter de l’inondation actuelle pour
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placer l’allège à 4oo mètres environ des obélisques ; là il devait , après le retrait des eaux, rester à sec jusqu’à la nouvelle crue, et, soulevé par elle , se retrouver à flot avec un chargement de 2 5o tonneaux. La partie de la plage AJ, planche 1, ilestiuée à son lit d’échouage , se trouvait à quelques centimètres près de niveau avec le dessus du socle. Cette circonstance permettait de creuser un chemin horizontal passant par ces deux points, sur lequel on aurait pu abaisser le monolithe pour le haler ensuite à bord du bâtiment; mais un-travail de ce genre aurait exigé sur toute la ligne une masse de déblais s’élevant au chiffre de 45" ‘'’,ooo. Indépendamment des difficultés qu’offraient le transport et l’extraction de cet immense volume de sable, et du temps nécessaire pour l’effectuer, il était à craindre que l’on ne rencontrât à cette profondeur quelques débris de constructions antiques, anciennes ou modernes, des obstacles imprévus dont il était impossible d’apprécier d’avance toute la portée.
.Après mûr examen, je m’arrêtai à une autre idée : j’imaginai d’opérer l’abattage complet de l’obélisque par deux rotations successives.
Après avoir déblayé et préparé le terrain comme nous l’avons indiqué sur la planclie II , on se proposait d’incliner le monolithe vers le rivage, en le faisant tourner sur une des arêtes du carré inférieur, jusqu’à ce qu’il eût atteint un tronçon de mâture U, dont la distance au socle était calculée de manière à correspondre , après celte opération , au centre de gravité de la masse. Arrivé là , l’obélisque étant en équilibre sur le rouleau , il devenait facile de lui imprimer un mouvement de bascule autour de ce cylindre ; ce mouvement giratoire devait à la fois relever sa base et abaisser son sommet sur un chemin plus élevé que le dessus du piédestal. 11 en résultait l’économie d’un déblai considérable, équivalant au volume de prisme JCR, planche I , et l’avantage d’un plan incliné qui facilitait le transport du monument jusqu’au navire.
Bien fixé sur ce premier point, restait à combiner les moyens d’exécution. Ils consistaient eu deux systèmes d’appareil. Le premier , cjue nous appellerons appareil dabattage, était destiné à incliner le monolithe vers le rivage, en tirant son sommet de haut en bas. Le deuxième appareil de retenue sollicitait ce même point en sens inverse ; il devait fonctionner au moment où la verticale du centre de gravité de la masse dépasserait l’axe de rotation. Son action avait pour but de régulariser, de modérer à volonté la vitesse imprimée au grave par la force accélératrice de la pesanteur, qui , sans cette précaution , aurait infailliblement entraîné la rupture du monolithe. C’est ce qui était arrivé aux obélisques de Rome , lorsijue les Barbares les renversèrent de leurs piédestaux.
L’installation de ces deux appareils exigeait des dispositions préparatoires dont nous allons rendre compte.
Après m’être assuré que je pom-rais immédiatement occuper plusieurs centaines d’ouvriers, soit à préparer le sol, soit à abattre les maisons, soit enfin, à débarquer et à porter le matériel dans l’enclos dont nous avons parlé , je fis annoncer dans les divèrs quartiers de Thèbes, et dans les villages environnants, que les manœuvres qui seraient employés aux terrassements recevraient eux-mêmes, et sans l’intervention de l’autorité , une solde journalière. Cette nouvelle fut accueillie par les habitants comme un bienfait. L’espoir de recevoir un juste salaire au lieu de coups de courbaches , attira à Luxor un grand nombre de travailleurs.
Le Nil augmentait rapidement ; cette circonstance ne permettait pas de différer la préparation du lit d’échouage. Aussi rien ne fut-il négligé pour dresser le sol suivant la pente voulue. Malgré tout le zèle désirable, les eaux gagnaient les ouvriers, que nous étions obligés de garantir par des digues mouvantes qu’on transportait successivement d’un point à un autre. Nous pouvions juger par ce premier travail des difficultés que nous aurions à surmonter pour creuser, à travers les monticules de décombres, les chemins dehalage. Habitués à faire des excavations ou à fouiller au pied des monuments , les Arabes sont inhabiles à couper le terrain suivant une inclinaison déterminée, opération qui exige l’emploi des règles, des cordeaux , des voyants dont ils ignorent complètement l’usage. 11 fallait pour ainsi dire les suivre pas à pas , leur indiquer les points où ils devaient piocher, faire des déblais et des remblais, etc., et cependant cinq jours ont suffi pour creuser un canal de 5o mètres de longueur aur 13 mètres de largeur, et i”,2o de profondeur. Pendant cet intervalle , les barques sont déchargées , le matériel est arrimé dans l’enclos voisin de l’obélisque, qui, dès ce moment, devient notre arsenal ; les ouvriers prennent possession du vestibule qu’on a déblayé et installé convenablement pour les recevoir, ^le nouveaux manœuvres arrivés des environs se joignent aux premiers, et bientôt toute la longueur de la plage comprise entre les obélisques et le lit d’échouage est occupée par quatre cents travailleurs. Tout est mouvement sur cette ligne, d’où s’élève un nuage de poussière brûlante qui reste suspendu dans l’air et cache à nos yeux une partie du village.
Les manœuvres se composaient d’hommes, de femmes et de jeunes enfants des deux sexes. Les premiers étaient chargés de piocher, les autres d’enlever les déblais. Leur manière d opérer me parut assez curieuse pour devoir être rapportée.
A. droite du chemin se tenaient les garçons , à gauche les femmes et les filles , divisés en trois groupes. Chaque groupe , desservi par un nombre convenable de piocheurs,
L’OBÉLISQUE
attendait que tous les paniers fussent remplis pour se mettre en marche ; alors chacun aidant son voisin à placer le fardeau sur sa tète , le signal de départ était donné par les chefs de file de droite ; ils entonnaient une chanson fort obscène que leurs camarades, frappant des mains en cadence, répétaient en cœur. Les jeunes filles imitaient la même manœuvre, et répondaient aux garçons par des chants analogues et accompagnés des mêmes gestes. A ces chants se mêlaient par intervalles les cris des Arabes chargés de les diriger : « Yalla! volet, y alla! benti (Allons! garçons, allons! filles) » . Le défilé avait lieu devant ces conducteurs qui menaçaient chaque manœuvre d’un coup de branche de palmier, mais celui-ci l’esquivait avec beaucoup d’ach-esse eu pressant ou en retardant le pas.
Ces usages qui répugnent à ncs mœurs européennes, ne doivent pas étonner dans un pays où Ton a coutume de nommer par leur nom toutes les parties du corps indistinctement , et tous les actes qui s’y rapportent.
Lien qu’habitués à vivre sous un ciel que Ton dirait sans cesse embrasé , et qui rappelle si bien fénergique et exacte expression de Moïse ( ce fourneau de fer! ) , les Arabes ne gardaient pour tout vêtement qu’un petit caleçon, les femmes , une simple chemise de coton , les enfants des deux sexes étaient entièrement nus. A certaines heures de la journée , la chaleur était si intense que les jeunes gens , dont les pieds sont moins endurcis, ne pouvant supporter fardeur du sable, transportaient les paniers en courant , les renversaient avec précipitation , et les interposaient pendant quelques minutes sous leurs pieds.
Trempés de sueurs, altérés par la poussière salée qu’ils respiraient, ces malheureux venaient à chaque instant étancher leur soif ardente dans l’eau bombeuse du Kil; elle était renfermée dans des jarres placées sur divers points du chantier, et à proximité des travailleurs. Au son du tambour qui annonçait la fin des travaux, hommes, femmes, enfants, tous se précipitaient dans le fleuve, et s’y plongeaient pendant une demi-heure. Après le bain , ils se réunissaient de nouveau sur la plage ; là, les surveillants se plaçaient au centre d'un cercle tlont la circonférence était occupée ]tar quarante à cinquante manœuvres assis à forientale. Je parcourais successivement tous les groupes et distribuais à chaque travailleur la solde qui lui était allouée. La parxvre aveugle ne manquait pas de se trouver ;i cette distribution :
« Donne, disait-elle, quelque chose à la malheureuse , elle ne peut t’aider dans tes travaux , mais elle prie Dieu pour toi ; tu réussiras. >
Le 1 5 aoêit, les reïs des barques qui remontent le fleuve jusqu'à Philœ, vinrent nous annoncer l’arrivée d’un immense bâtiment. Frappés de la grandeur de ses proportions, de sa mâture et de ses voiles, les uns le comparaient à une mosquée
flottante , les autres à un feddam de terre ( i ). Mais ce qui les étonnait plus encore , c’était de voir manœuvrer cette masse à l’aide seulement d’un petit sifflet, sans qu’il fût nécessaire de crier, de chanter, de dire un seul mot. C’était le Luxor, qui en effet mouilla le 1 4 août 1 83 1 , par le travers des obélisques. Le lendemain , il fut présenté sur la cale préparée pour le recevoir.
Dès ce moment , il fallut s’occuper sans délai de déblayer les deux galeries du temple dont l’une était destinée au casernement de l’équipage , et l’autre à servir d’hôpital pour les malades. Une grande partie de nos manœuvres furent immédiatement affectés à ces déblais; en même temps les maçons travaillaient à recouvrir la toiture de l’édifice que le temps et le vandalisme avaient détruite. Des troncs de dattiers coupés en trois parties remplacèrent, en guise de poutres, les architraves et les dalles antiques ; on remplit les intervalles avec des rameaux du même arbre ; on appliqua par-dessus du limon du fleuve mêlé avec de la paille hachée pour former un plancher.
Sur cette plate-forme s’élevèrent en peu de jours les chambres des officiers , un divan , une salle de réception, une vaste terrasse, etc. ; au-dessous et devant le temple, d’autres chambres pour les maîtres, la cambuse, le four, etc., et tous les aménagements que nous avons retracés dans la planche 1, fig. A , en indiquant par des traits ponctués les parties du temple qui n’existent plus; le tout, bien réparé et blanchi à la chaux, donna un nouvel aspect au village.
Ces maisonnettes furent bâties suivant l’usage du pays , avec des briques cuites au soleil et du limon du fleuve, mêlé, comme nous venons de le dire, avec de la paille hachée. Elles ne formaient en définitive qu’une masse de boue que, dans nos climats occidentaux , la pluie ou même l’humidité suffirait à délayer en quelques heures; mais sous un ciel sans pluie ni rosée, où l’air est toujours parfaitement sec , ces cahuttes peuvent durer un grand nombre d’années. Au reste , cette manière de bâtir est très-antique : nous lisons dans l’Exode que Pharaon, irrité contre Moïse, fit retrancher aux Hébreux, sans diminuer en rien leur tâche, la paille hachée qu’on avait l’habitude de leur fournir pour faire des briques. Cette vexation fut Lune des.causes de la fuite des Israélites dans le désert.
Pendant que ces travaux s’exécutaient avec toute la promptitude désirable, j’en avais arrêté d’autres non moins importants et relatifs à l’appareil d’abattage et des retenues. Les charpentiers, guidés par le contre-maître Elies, dont je ne saurais trop louer le zèle et l’intelligence, n’étaient pas restés dans l’inaction.
(1) Fcddani, mesure agraire du pays.
L’OBÉLISQUE
Le i" août, trois échelles placées bout à bout s’élèvent verticalement le long de la face siid de 1 obélisque. A un signal donné , les couleurs nationales flottent au sommet du monolithe ; marins et ouvriers les saluent par les cris : » A présent il est à nous, il appartient à la France; Paris va bientôt posséder ce monument. » C’était le cas ou jamais de répondre à leurs vivats par ces deux vers de La Fontaine :
“ • 11 ne faut jamais
« Vendre la peau de l’ours, qu’on ne l’ait mis parterre. »
Après cette prise de possession , on se dispose à relever toutes les dimensions de 1 obélisque, à installer le chantier ainsi que les ateliers de la forge et de la garniture. A partir de ce jour, tous les ouvriers sont à fœuvre; les Arabes tranchent les deux monticules de décombres, démolissent les maisons, d’autres en bâtissent de nouvelles sur la toiture de l’édifice , les charpentiers encadrent l’obélisque dans un échafaud , grimpent au sommet pour prendre des mesures ; les marins préparent des palans; le maître charpentier court çà et là, dispose le matériel, compte les pièces de bois , règle les travaux de charpentage , recommande l’économie des matières qui lui paraissent insuffisantes pour le travail qu’on va exécuter.
Ce serait assurément forcer la comparaison que de dire qu’à l’aspect de cette jtopulation qui s agite autour du monument , on se croirait reporté aux temps où les Egyptiens élevaient ces prodiges d’architecture ; mais on peut au moins affirmer que depuis bien des siècles, sans doute, les ruines silencieuses de l’antique Thèbes n avaient été témoins d un pareil mouvement , d’une semblable activité de travail. Là, il est vrai, il ne s agissait pas d’édifier ; on allait enlever aux derniers vestiges de 1 ancienne civilisation un de ses plus imposants débris pour en enrichir une civilisation nouvelle.
Avant de rendre compte de cette opération, il est nécessaire de poser les éléments numériques du problème, et d’entrer dans quelques détails sur le système et les projets qui vont être mis à exécution.
Pour le moment, nous ne considérerons fobélisque occidental, celui de droite, en entrant dans le temple , que comme un immense bloc de granit rose. Les opérations dont il doit être 1 objet ont pour but de l’abattre et de fembarquer à bord d’un bâtiment échoué sur la plage.
Sa forme est celle d une pyramide quadrangulaire tronquée , à base parallèle. La petite base surmontée d une autre pyramide nommée pyramicbon, à cause de sa petite Itauteur, termine le monolithe. Le pyramidion est dégradé; on remarque, en outre une fente qui , partant de la base, sillonne les deux faces E. et O. jusqu’au
tiers environ de la longueur. La face la plus voisine du fleuve est exposée à l’O. ; celle qui regarde le pylône du temple , au S.; les faces symétriques aux précédentes , à fE. ou au N.
Dimensions de Ja gi-ande base
arête N.
dito S.
dito O, dito E.
arête N.
dito S.
dito O.
dito E.
Hauteur de la pyramide tronquée
Hauteur du pyramidion altéré
Hauteur totale
Dimensions de la petite base
De ces données, on déduit que le volume de la pyramide est équivalent à 83,46 mètres cubes, celui du pyramidion à i,54 mètre cube, ce qui donne un total de 85 mètres cubes, dontle poids est représenté par 229,600 kilogrammes, en prenant le nombre abstrait 2,70 pour la densité du granit de Sienne.
En examinant le monolithe occidental avec attention , en posant des règles sur les faces et les arêtes, on s’aperçoit qu’il n’est pas hmité par des plans. Les faces O. et E. ont une double courbure, elles présentent en travers une convexité dont la flèche est mesurée par o'",o3 pour la première, et par o'°,o35 pour la deuxième. Ce fait a été constaté et expliqué par les membres de l’Institut d’Égypte, mais ces savants ne s’étant pas trouvés , comme nous , dans l’obligation de relever au compas toutes les parties du monument , la deuxième courbure a dû forcément leur échapper. Cette courbure en long des mêmes faces est d’autant plus remarquable qu’elle est tournée en sens inverse par rapport à l’axe du monolithe. En d autres termes , la face O. est convexe dans le sens de la longueur, tandis que la face E. est concave suivant la même dimension ; il résulte de là que les quatre arêtes longitudinales sont des lignes courbes dont la concavité est tournée vers lE. La flèche de courbure des arêtes O. est de 0,02, celle des arêtes E. est mesurée par o,o/f5.
11 serait assez difficile d’expliquer cette singularité qu’on ne peut cependant attribuer au hasard ou à l’imperfection du travail, car l’obélisque oriental offre absolument la même particularité ; les quatre arêtes longitudinales présentent aussi leur concavité vers l’E.
Je reviens à mon sujet.
Quel que fût le procédé employé pour descendre le monolithe de son piédestal.
L’OBELISQUE
il était nécessaire de le revêtir d’une enveloppe pour conserver la vivacité des ai'êtes, le poli des surfaces et les sculptures qui y sont intaillées, et pour le protéger, enfin, contre une foule d’autres accidents possibles pendant le transport , le déliarquement et la mise en place à Paris. Dans le système que nous avions adopté, il fallait en outre défendre de toute fracture l’arête de la base qui devait servir (t axe de rotation. On atteignit ce double but par les dispositions suivantes :
Toutes les faces du monolithe furent recouvertes de madriers , ou , en style de manne, de bordages de o'",i6 d’épaisseur, retenus de distance en distance par des cadres horizontaux. Ces cadres étaient formés de deux traverses en chêne entaillées de o'",o5 dans des bordages, et de deux boulons qui les pressaient contre le granit. Les traverses et les boulons furent placés alternativement sur les quatre faces pour serrer également les pans de bois. Au moyen de ces liaisons, les diverses parties du système étaient solidaires et fixées d’une manière invariable ; mais l’ensemble de la charpente pouvait glisser de bas en baut à cause de sa forme pyramidale. 11 était urgent d’empêcher ce mouvement et de préserver en même temps l'arête inférieure ; c’est dans ces prévisions qu’on creusa les traverses du dernier encadrement, suivant un angle rentrant dh'd. Ce cadre, engagé sous la base même de 1 obélisque et lié avec les autres traverses, formait point d’arrêt et s’opposait ainsi au glissement de bas en haut. Si l’on conçoit maintenant que l’on ait arrondi extérietirement la solive dans laquelle est encastré Taxe de rotation , il ne s'agira plus ensuite que de la faire poser dans une pièce creusée suivant la même courbure , pour compléter la charnière autour de laquelle le mouvement giratoire doit avoir lieu. Figure 1, planche 11.
L’inspection de ce plan fait voir que la mise en place de la charnière et du dernier cadre exigeait que l’on pratiquât sur le socle deux entailles en forme de gradin d’escalier , et assez larges en tous sens pour y loger ces pièces de bois , ce ijui fut effectué.
Le monolithe ainsi encadré , restait à combiner l’appareil qui devait imprimer la première impulsion , et celui qui était destiné à supporter l'effort de la masse abandonnée à son propre poids.
jéppareil d abattage. Planche 11 (i).
Ce premier appareil se composait de trois cabestans qui sollicitaient les cbets
(1) Voir l’appendice , pour l’explication des mots techniques.
d’un pareil nombre de palans. Les poulies de ces moufles étaient frappées d’un côté à l’extrémité d’un câble passé en double sous le pyramidion , et de 1 autre à des ancres mouillées dans le sable.
Chaque cabestan armé de soixante-quatre hommes tirait donc à lui le câhle d’abattage et par suite la tète du monolithe ; celui-ci , cédant à l’action réunie de ces moteurs , devait se pencher vers eux en tournant autour de la charnière.
Arrivé à la position où le grave tendait naturellement à descendre sur le rouleau ; loin de le solliciter par une traction, il fallait se mettre en mesure de le retenir à l’aide d’un second appareil afin d’éviter toute accélération fâcheuse dans le mouvement de rotation.
Pour bien concevoir la manière dont cet apppareil fonctionnait, il faut se reporter aux détails consignés dans la page 58, et supposer que tous les remblais compris entre l’obélisque et le rouleau U ont été enlevés jusqu’au raz de la base; en d’autres termes qu’on a pratiqué une vaste excavation B CO U limitée suivant l’axe du chemin , d’un côté par un plan vertical passant par l’arête inférieure est du socle, et de l’autre, par un plan U O parallèle et tangent au rouleau.
A2)parcLl des retenues. Planche II.
On construisit dans le fond .SCO de cette excavation une plate-forme N N composée de plusieurs pièces de bois croisées qui aboutissaient au plan U O. Un long madrier ou plançon PP chevillé à l’extrémité de cette charpente et retenu en outre par de forts taquets, devait servir de point d’arrêt à l’appareil. Le mur en briques ipii s’élève au-dessus était destiné à contenir le terrain contre les éboulements.
C’est sur cette plate-forme que reposait la partie principale du système des retenues, le chevalet des bigues.
Le chevalet avait pour base une forte pièce de bois arrondie en demi-cylindre, et placée dans le fond de l’angle droit NPD formé par le plan vertical du mur en briques et la plate-forme d’appui. Sur sa face-plane dont le milieu correspondait à l’axe du chemin , s’engageaient à tenons huit mâts ou bigues divisés en deux groupes symétriques de quatre chacun , passant l’un à droite et l’autre à gauche de l’obélisque. Ces mâts réunis en haut par une double traverse formaient un grand trapèze de forme invariable , qui pouvait tourner en se relevant autour de sa base comme autour d’une charnière. La double traverse était liée au sommet du monolithe par des câbles ou haubans passés en cravate sous le pj'ramidion. Afin de mieux diriger le monument dans sa descente , le système de cordages se déployait
L’OBÉLISQUE
eu éventail et venait s’amarrer à l’extrémité des bigues. Chacune d’elles portait au petit bout une caliorne (i) à trois rouets. Ces caliornes correspondaient à autant de poulies à deux rouets frappées (2) sur un grillage qui encadrait le piédestal oriental , pour former avec les premières huit moufles dont les poulies de retour étaient attachées sur le même point fixe.
Chaque palan était garni à six hrins(5). Les chefs des garants s’enroulaient chacun par un double tour, d’abord sur les gorges d’un treuil TT, horizontal, et libre de tourner sur son axe, puis sur un cylindre fixe MM, où ils devaient glisser à frottement ; passant de là dans une poulie de retour ils venaient chercher un dernier frottement sur une vergue P'V et aboutissaient ensuite aux mains de huit hommes.
Tel était 1 ensemble du système des retenues dont nous n’avons fait connaître que la partie matérielle.
11 convient maintenant de décrire la manœuvre de l’appareil, d’entrer dans quelques détails sur ses diverses parties, d’examiner la fonction de chaque organe, de calculer enfin les eftorts exercés sur les points fi.xes , les tensions des haubans et des apparaux d’appel et de retenue.
A l’origine du mouvement, l’obélisque est vertical, les bigues en bb, et les cabestans tirent dans la direction FH. Ils sont armés par 192 Arabes. Le monolithe cédant à 1 action de ces moteurs s’inclinera vers le rivage , entraînant avec lui le chevalet des bigues avec lequel il est Hé d’une manière invariable par le système de cordages déployés en éventail. Ceux-ci réagiront à leur tour sur les palans de retenue et les forceront à se dérouler. C’est en vertu des frottements et de la roideur des cordes, combijiés avec 1 action exercée par huit hommes sur les chefs de ces apparaux , qu on se propose de modérer à volonté le mouvement des moufles auquel est subordonné celui du grave. Pendant toute la durée de la rotation, il reposera sur le piédestal. Une partie du poids sera donc supportée par ce point d’appui ;
1 auti e partie , qui constitue la résistance à vaincre , dépend, comme il est facile de le concev oir, de 1 angle sous lequel le monolithe sera tiré par son collier FH.
D après les dispositions prises, la tension transmise à ce câble par l’action des cabestans sera de 23,122 kil. (4),elîort qui déliasse le maximum de la résistance de 5,000 kil. Mais cet excès de force est nécessaire pour surmonter les frottements
(1) Voir l'appendice.
(2) Id.
(3) Id.
(4) Id.
D£ LUXOR
et la roicleur des cordes des apparaux de retenue dont les chefs seront filés peu à peu à la demande des moteurs.
Arrivé à la position c où la verticale du centre de gravité va dépasser la base , l’obélisque tombant de lui-même, le rôle des cabestans sera fini; le grave, en vertu de la force accélératrice de la pesanteur, continuera son évolution en exerçant sur le sommet des bigues, et par elles sur les moufles, un effort toujours croissant, puisqu’une plus grande partie de son poids tombera en dehors du piédestal. Cette puissance, variable avec l’inclinaison de la masse, tirera successivement, et de bas en haut , la poulie mobile de chaque palan de retenue comme le feraient 4iOOo'‘, — 7,o8o‘~9,5oo'‘ — II,88o^ à l’instant où le centre de gravité coïncidera avec chacun des points de l’espace marqués, sur le plan de l’appendice, par les numéros (i), (2), (3), (4). Le dernier correspond au terme extrême de sa chute.
Ces tractions énormes relativement à la force d’un homme , seront absorbées en grande partie par le frottement et la roideur des cordes. L’appareil est combiné de telle sorte quelles ne doivent transmettre à fextrémité du chef, qu’une tension correspondante mesurée par 4^34 — 7^^7 — I0^3o — 12'‘,88. Ainsi, dans toutes les positions intermédiaires entre les points c et (4), l’effort à exercer sur chacun de ces cordages pour équilibrer la puissance , et rétablir , le cas échéant , l’immobilité du système, sera inférieur à i2'‘,88. Comme un homme robuste peut produire une action de 2o’‘, il s’ensuit que les huit marins, maîtres du mouvement , pourront à volonté accélérer , modérer et même arrêter au besoin , la cbute de fobélisque.
Ces résultats déduits de la théorie {voir ajjpejidice), sajj-posent une tension égale dans tous les palans. Mais il n’en est pas ainsi dans la pratique, soit qu’il faille élever un fardeau, soit qu’on veuille l’abaisser à terre à laide de plusieurs moufles. Les chefs des apparaux n’étant pas fdés par la même main, il est physiquement impossible de leur imprimer un mouvement uniforme, d’où résulte une inégale répartition du poids sur les palans. C’est pour obvier autant que po.ssible à ce grave inconvénient qu’on emploie dans les grandes manœuvres des caliornes dont la force absolue est double, quelquefois trqtle de la résistance à vaincre. Le pouliage de l’appareil du Luxor était loin d’offrir cet excès de solidité-, l’ardeur du soleil avait fait fendre ou gercer les caisses des poulies , un de ces moufles soumis à l’expérience s’était brisé sous une traction de i3,ooo'‘, et nous venons de voir qu’ils avaient, en les supposant également tendus, à supporter une tension de 12,000''.
Cette uniformité de tension était une des conditions indispensables du problème , et d’autant plus difficile à remplir que nous manquions de ressources matérielles.
L’OBÉLISQUE
La nécessité me suggéra l’idée de régulariser le mouvement des apparaux au moyeu du cylindre mobile TT. Ce treuil qui , au premier abord , paraît inutile , nous fut d’un très-grand secours dans l’instant le plus délicat de l’opération. 11 portait, avonsnous dit , huit gorges de même diamètre. Elles étaient formées de taquets rapportés sur l’arbre pour les rendre raboteuses. C’est autour de ces gorges que les chefs des garants venaient s’enrouler, chacun par un double tour; ils y éprouvaient un frottement tel que le glissement devenait impossible. Ce n’était donc qu en vertu de la révolution du treuil que les palans pouvaient se défiler. Mais cette machine déroulant ci chaque appareil des circonférences égales , les poulies mobiles devaient s’écarter des poulies fixes, en même temps et de la même quantité. 11 suffisait donc de donner au système des moufles une tension uniforme , avant l’origine du mouvement ( ce qui est facile avec un peu d’habitude), pour être certain qu’ils la conserveraient pendant toute la durée de la rotation.
Des équations d’équilibre ( co/r oyyjenÆce ), nous avons déduit les tensions successives des haubans et des garants et la pression exercée sur le tourillon et le pied des bigues. En ne considérant que les résultats maxima, nous voyons i° que chaque hauban sera soumis à une tension de 6,757''-,5o et que sa force absolue est équivalente à 19,980'“ ; 2° que le cordon le plus tendu aura à résister à une traction de 2,9 io'‘-,6o, ce qui est inférieur de 3,2 52 à l’effort qu’il peutsupporter sans se rompre ; 3” que le point d’appui des poulies mobiles sera sollicité verticalement par une puissance calculée à 7 1 ,000'“ à laquelle on a opposé une résistance de 80,000'" non compris le frottement du grillage sur le dé oriental.
Enfin, les composantes horizontales des pressions exercées sur le piédestal et sur 1 arrêt du pied des bigues étant dirigées en sens inverse, se détruisent en partie; l’excès de la première sur la deuxième est neutralisé par la masse de sables adossés contre la face est du socle, et par le frottement résultant de la plate-forme NIN, avec laquelle ce bloc est lié dune manière invariable au moyen des bigues horizontales VU.
Ainsi, tous les éléments du sj’stème réunissent les conditions de forces et de résistances nécessaires au succès de la manœuvre. La seule difficulté qui reste à surmonter, consiste à construire l’appareil tel que nous l’avons décrit avec un matériel et un nombre d’ouvriers donnés; quant à trouver sur les lieux des bois et des hommes capables de les travailler, c’était à quoi il ne fallait pas songer.
J’avais amené de Toulon, conformément à mes instructions, huit charpentiers et deux forgerons. Ces ouvriers , dirigés par un maître habile et secondés par les marins , se mirent à l’œuvre dès les premiers jours de notre arrivée à Luxor.
Les travaux de charpentage s’exécutaient forcément sur la place des obélisques, au milieu des tourbillons de poussière soulevés par les quatre cents manœuvres qui creusaient les chemins. Ces sables, divisés en leurs plus petits éléments, pénétrant dans toutes les parties du corps, se mêlant à la transpiration, excitent un picotement général , s’attachent à la gorge, oppriment les poumons, provoquent la toux et une soif intarissable. Quiconque n’a pas habité la haute Égypte ne saurait se faire une idée de ces sensations douloureuses. Malgré toutes ces souffrances, il n’en fallait pas moins manœuvrer la hache ou l’herminette , pendant toute la journée, et suppléer au nombre par l’activité. Mais l’idée de contribuer pour quelque chose à une opération dont le but était de doter la France d’un monument remarquable sufiBsait pour soutenir l’énergie et le zèle infatigable des ouvriers français. Dès la pointe du jour, on les voyait se livrer avec gaieté à des travaux, qui, dans toute autre circonstance, leur eussent paru pénibles, difficiles et dangereux.
Là ne devait pas s arrêter la limite des souffrances et des obstacles : un fléau bien plus redoutable vint soumettre à une nouvelle épreuve leur patience et leur dévouement.
Le 27 août, des marins du Nil annoncèrent aux habitants de Luxor que le choléra exerçait d’horribles ravages dans la basse Égypte. Quelques jours après , les rives de Tbèbes étaient bordées d’embarcations chargées d’Européens fuyant l’épidémie. Chacun racontait ce qu il avait vu soit au Caire, soit à Alexandrie, et tous s accordaient sur la marche rapide de la maladie vers le Saïd.
Le 10 septembre, cette triste nouvelle nous fut confirmée par la mort presque subite d’un Turc arrivé la veille de Quournah (i). La fin tragique de ce malheureux ne laissait plus aucun doute sur la nature du mal dont nous étions menacés. Le choléra était à nos portes ; le lendemain , il pénétrait dans le village , et plus tard dans le chantier. Nous perdions journellement plusieurs manœuvres , quelques-uns tombaient frappés au moment même où je leur distribuais le salaire de la journée.
Cet incident déplorable , les pleurs , les lamentations des habitants firent d’abord sur nous une impression pénible , mais nos grandes occupations ne nous laissaient pas le temps de réfléchir aux périls qui nous environnaient. Personne ne quitta son poste ; nul ne suspendit ses travaux , une seule idée nous animait tous : enlever à 1 ancienne capitale du monde civilisé un de ses plus lieaux ornements.
Toutefois, notre situation devenait de plus en plus critique, une foule de circonstances se réunissaient pour l’aggraver. Quinze marins venaient d’être attaqués
(t) Village situé sur la rive gauche du fleuve , en face de Luior.
dune manière effrayante par le choléra, nos communications avec Alexandrie étaient interrompues. Les matériaux que l’on attendait de ce port pour la construction de la cale de hallage ne pouvaient plus arriver.
Livrés à nos propres moyens, désormais nous n’avons rien à espérer du deliors ; c’est par notre industrie cju’il faut suppléer à tout ce qui nous fait défaut ; le temps presse; le travail forcément retardé, le nombre des ouvriers qui diminue chaque jour , tout contribue à me faire craindre de ne pouvoir terminer nos opérations avant la prochaine crue. La privation de toute correspondance avec la mère patrie, et même avec Alexandrie, excite parmi nous les plus douloureuses inquiétudes, et le mal moral vient ainsi aggraver nos soulfrances physiques.
Soutenir le courage de nos compatriotes, les empêcher de s’écarter du régime prescrit par le docteur du bâtiment , ne les employer qu’à des travaux spéciaux , les faire suppléer par des Arabes autant que possible, tel était le devoir que nous imposait notre désastreuse position.
Mon premier soin fut de former des scieurs de long, nos ouvriers n’auraient pu résister à un métier déjà si pénible dans le midi. Quatre Arabes dirigés par un charpentier , après s’être exercés pendant quelcpie teng^s sur des troncs de dattiers , parvinrent à débiter passablement les solives de chêne dont nous avions besoin. Six mois après, ils étaient en état de scier avec précision, non-seulement les bois droits, mais les pièces à double courbure. Une escouade composée de trente manœuvres et de vingt apprentis , fut spécialement affectée au charpentage. Les premiers, qui, dans le principe , osaient à peine poser les mains sur les bordages pour les charger sur 1 épaule, et qui n’avaient aucune idée des triqueballes, charrettes, sonnettes, cabestans, etc., maniaient ensuite tous ces instruments avec la même facilité que le font les manœuvres des arsenaux. En peu de jours les enfants apprirent le nom de tous les outils et la manière de s’en servir. Ils aidaient les charpentiers à prendre des équerrages , à ligner les bois, etc. Ils allaient chercher dans farsenal les divers objets dont on avait besoin , de sorte que l’ouvrier ne perdait pas un moment.
De pareils résultats pratiques obtenus au bout d’un an d’expérience prouvent suffisamment fintelligence des Arabes, et je dois reconnaître qu’ils nous furent cfun grand secours en cette circonstance.
Bien que fépidémie eût un peu ralenti l’activité de nos travaux , dès le premier septembre l’obélisque est encadré dans un échafaud léger et composé en partie avec des barres de cabestans , faute d’autres matériaux. Des palans frappés à son sommet élèvent les bordages destinés à recouvrir ses faces. Les résultats obtenus dans les déblais sont plus considérables qu’on ne pouvait raisonnablement l’espérer,
à la suite d’une maladie qui venait de décimer la population du village. La vaste excavation dont nous avons parlé est entièrement terminée. On peut circuler autour des obélisques , en examiner toutes les faces et marcher sur les dalles du parvis de l’édilice , qui depuis tant de siècles gisaient ensevelies sous les sables du désert. C’est alors que déblayant par la pensée les décombres qui restaient encore sur la place, la façade du temple m’apparut, non telle qu’elle est aujourd’hui avec ses membres d’architecture brisés, amoncelés, enterrés dans des dépôts immondes , mais telle quelle était à l’époque où la science y prodiguait ses savantes combinaisons , où les arts y étalaient toute leur magnificence.
L’œil a d’abord de la peine à s’habituer à un spectacle si nouveau , si inattendu , à une architecture qui ne ressemble en rien à ce que nous avons vu et admiré. Ici point de statues à membre détaché, point de frontons ni de fenêtres, point de volutes à feuilles fouillées comme au beau temps de la Grèce, encore moins de faisceaux de colonnettes supportant avec élégance, sur quatre rangées d’arceaux, une triple voûte à nervure, mais des masses colossales placées devant des masses plus colossales encore.
Ce sont des obélisques de 24 mètres de hauteur couverts de sculptures, des colosses dont le calme et l’immobilité de pose , la régularité des proportions commandent le respect; deux massifs pyramidaux entre lesquels se trouve une porte de 17 mètres de hauteur couronnée d’un demi-tore, et surmontée d’une élégante corniche ; un ensemble enfin présentant le caractère de simplicité et de durée , de grandiose et d’excellence d’exécution qu’oii ne retrouve au même degré dans aucun édifice moderne. Cet immense palais sculpté et peint au dehors comme au dedans des couleurs les plus vives devait être une des merveilles de Thèbes. Tel qu’il est aujourd’hui, il donne encore une haute idée de son antique magnificence.
Le parvis de ce palais se compose de deux plans de larges dalles croisées. A i”’,2o delà façade sont assis quatre colosses monolithes, un peu plus en avant s’élèvent les deux piédestaux sur lesquels posent les obélisques.
Le piédestal de chaque obélisque se compose de deux parties distinctes, la base et le dé. La base, formée par la réunion de trois blocs de grès siliceux , repose sur le premier plan de dalles et se trouve encastré dans le second. Le dé est un monolithe en granit.
Le côté S du dé occidental porte quatre cynocéphales; les trois premiers sont sculptés à même dans le cube , le quatrième est rapporté et déborde la face .Æ’de la moitié de son épaisseur. Celle-ci et son adjacente, ou N, ne sont ni planes ni verticales, tandis que la face O. présente des tableaux parfaitement hiéroglyphiés.
L’OBÉLISQUE
Ces irrégularités indiquaient que le dé ne nous était pas parvenu tout entier. Nous retrouvâmes en ellét dans les fouilles, des fragments d'une plaque en granit qui recouvrait la face E et les débris de quatre cynocéphales adossés contre une dalle de même dimension que la face N ; en sorte que le socle dans son état primitif devait avoir Informe indiquée sur le plan///. Le piédestal oriental, misa découvert postérieurement , est tel que nous l’avons dessiné planche IV. Il est en tout semblable à l’autre , seulement les quatre cynocéphales font corps avec le dé. L’exiguité du bloc employé dans le socle occidental n’a pas permis d’y sculpter ces quatre figures. L’artiste y a suppléé par. une pièce de rapport et par un placage.
La hauteur du piédestal de droite est mesurée par 5“,4o , celle du piédestal de gauche par 2'”,6o. Cette inégalité s’explique naturellement quand on remarque que les deux obélisques, en regard pour ainsi dire l’un de l’autre , n’ont pas les mêmes dimensions. Afin de remédier autant que possible à l’inconvénient de la dissemblance, l’architecte a imaginé de placer le plus petit (celui de Paris), sur un socle plus élevé et un peu plus en avant du temple. Par cette disposition , il forçait ses proportions en le présentant en premier plan à l’œil du spectateur. Il a dû aussi masquer les défectuosités du pyramidion par un revêtement, afin de le rétablir dans les proportions voulues. Le redan de 7 c. à 8 c. qui règne autour de sa base , semblerait destiné à le supporter , mais cette restauration , comme celle du dé du socle, n’a pu être faite qu’avec du granit. Toute autre matière aurait contribué au contraire à établir une différence tranchée entre les deux obélisques, car il eût été impossible d’adapter une enveloppe semblable sur le pyramidion de gauche. Celui-ci est parfaitement poli et ses faces affleurent celles du fût.
Ainsi que je fai dit plus haut, tant que je n’eus pas sur le système des travaux à entreprendre , une idée nette , précise et arrêtée , tant que l’œuvre fut tout entière à faire , complètement dominé par la pensée de la tâche que j’avais à accomplir , je ne vis, je ne dus voir dans le monument qui en faisait l’objet, qu’un bloc de granit, une^ie/ve, comme l’appelait Krali-Effendi. Maintenant que je suis à peu près certain de le descendre sans accident de son socle , et que d’ailleurs sa face et sa base dégagées l’une des ignobles masures qui la masquaient , l’autre des sables séculaires qui la dérobaient aux regards, permettent d’y contempler les mystérieuses légendes intaillées ÿüï son fût, il convient, je crois, d’entrer dans quelques détails historiques sur ces masses imposantes.
Les ohéliscpies sont d’une seule pierre de granit rose ; placés toujours deux à deux devant l’entrée des édifices, ils en font partie intégrante et se lient à tout un
système d’idées. Ils étaient conçus et érigés dans le but de rappeler à la postérité le motif de la fondation des monuments qu’ils décorent, le nom de la divinité :i laquelle ils étaient consacrés, et les titres honorifiques du souverain qui les faisait élever. Posés sur des socles peu élevés afin de rehausser la hauteur du fût, éclairés par des flots de lumière qui font ressortir la couleur , l’éclat , le poli du granit , la pureté et la finesse des hiéroglyphes , ces monolithes dont le sommet se dessine dans le ciel produisent un magnifique effet de perspective qui augmente la grandeur de leur proportion. Cette illusion était si complète qu elle balançait dans mon esprit les démonstrations même de la géométrie. A l’aspect de ces masses , je ne pouvais me défendre d’un sentiment vague de crainte et d’incertitude, cependant les procédés que j’avais combinés pour arriver à les déplacer étaient fondés sur des calculs positifs, qui , dans ma conviction , en garantissaient les résultats.
On ne trouve rien en Égypte de plus parfait que les trois bandes d’hiéroglyphes qui décorent chacune des faces de ces monolithes. Elles commencent à un mètre environ de la base, et se terminent au pyramidion. La bande du milieu creusée plus profondément que les deux autres est travaillée et polie avec autant de soin que les pierres fines , elle est surtout remarquable par la vivacité des arêtes des signes qui y sont sculptés, et par l’excellence des détails. Les bandes latérales ne sont que piquées au trait. Par cette distinction, les rayons lumineux diversement réfléchis produisent des tons variés, qui empèclient toute confusion, et permettent de distinguer nettement cette écriture monumentale.
Une partie de ces hiéroglyphes n’avait pu être relevée , parce que les socles étaient enfouis sous les décombres , et qu’une face de chacun des monolithes se trouvait masquée en partie par des constructions modernes. Ce n’est qu’après 1 achèvement des travaux dont nous venons de parler, que ces figures furent mises à découvert. Je m’empressai d’en envoyer les dessins à MM. le ministre de la marine et Champollion jeune.
Nous ne pouvons mieux faire pour satisfaire sur ce point la curiosité du lecteur, que d extraire le passage suivant du savant ouvrage publié par M. Champollion-Figeac , d après les notes et les interprétations qu’a laissées son illustre frère.
Matériel des inscriptions de t obélisque.
Il Les quatre faces de l’obélisque sont couvertes dinscriptions en caractères
L’OBÉLISQUE
Iliéloglyphiques (i). Un léger examen sulllt pour faire voir que, sur chacune d elles , les signes sont rangés symétri(|uement pour composer trois colonnes perpendiculaires, bien distinctes, et formant ainsi trois inscriptions, trois phrases sui chaque face. Chaque face elle-même peut, quanta lensemble des inscriptions quelle contient, être divisée en trois parties, savoir:
» I Immédiatement au-dessous du pyramidion, le bas-relief des offrandes qui occupe toute la largeur de chaque face.
"2 En tète de chaque colonne d hiéroglyphes , un encadrement surmonté de la figui e de 1 épervier symbolique , coilfé du pschent entier et terminé en franges à sa partie inférieure ; on peut donner à cet encadrement le nom de bannière royale ; il lenfeimeles titres honorifiques et variés des princes nommés dans les obélisques, et on le trouve figuré isolément à côté des rois égyptiens , dans des représentations de cérémonies religieuses ou civiles.
>' 5 inscription jiroprement dite, dont les signes, divisés en trois colonnes pai allèles , et écrits les uns au-dessous des autres isolément ou par groupes , forment trois inscriptions verticales qui se lisent de haut en bas.
'> L obélisque de Paris rappelle en même temps les noms et les actions des deux rois; mais 1 équité de 1 histoire peut faire la part à chacun d’eux. C’est Rhamsès II qui fit e.xtraire 1 obélisque des carrières de Syène, qui le fit transporter il Tbèbes, qui le destina à la décoration d’un grand édifice; et il est difficile de le désigner aujourdhui. Ce ne fut pas celui de Luxor, le nom de Rhamsès II n’est rappelé sur aucune des parties de ce palais. Serait-il, avec ses fondations , encoie caché dans la terre, et, à cette supposition, faudrait-il en ajouter une seconde , en attribuant à ce roi la construction des masses principales du Rhamesseion de Luxor, que Sésostris aurait décoré et terminé? Mais toutes les conjectures possibles seraient également oiseuses , chacunes d’elles pouvant réunir en sa faveur une somme presque égale de probabilités.
» 11 est certain cpe les deux obélisques devaient consacrer par huit inscriptions et transmettre jusqu à nous le souvenir de la gloire et de la piété de Rhamsès II, quatre de ces inscriptions furent seules terminées, trois sur l’obélisque transporté à Paris, une sur celui qui reste isolé à Luxor. Comment ces chants de victoire
(1) Les Egj'ptiens employèrent trois sortes de caractères d’écriture = pour les monuments , les signes hiéroglyphiques , dont chacun est la figure exacte d'une plante, d’un quadrupède, d'un oiseau, d’un objet quelconque de la création ou de l’industrie humaine; pour les livres et autres sujets relatifs à la religion , les signes hiératiques ou sacerdotaux, simple tachygraphie des hiéroglj'phes ; pour les contrats et les usages oïdinaiies de la xîe , les signes dernoliques ou populaires , simple abréviation des caractères hiératiques.
furent-ils interrompus? La mort surprit Rhamsès II au milieu de ses trophées; ses victoires sur les impurs (les étrangers) y sont en effet mentionnées. Les obélisques sont donc postérieurs à ses campagnes en Asie et en Afrique, et ne peuvent appartenir qu’à la fin de son règne , qui fut d’assez courte durée.
i> Sésostris survint, qui édifia ou termina le Rhamesséion de Luxor, adopta les obélisques commencés par son prédécesseur, employa à y rappeler sa propre gloire toute la place que la mort de Rbamsès H laissait inoccupée, c’est-à-dire trois faces entières de l’obélisque qui est encore à Luxor, une face entière de 1 obélisque de Paris, et sur chacune des trois autres faces terminées, comme sur la seule que le nom de Rbamsès occupait sur l’autre, la place nécessaire aux deux inscriptions latérales qui subsistent sur toutes les faces également.
» Sur l’obélisque de Paris les travaux des deux rois sont ainsi distribués :
Faces
Face
nord,
sud,
est.
Rhamsès II, l’inscription médiale;
Rbamsès 111, les deux inscriptions latérales.
ouest, Rhamsès III, les trois inscriptions.
" De plus, Rhamsès 111 fît dresser cet obélisque et graver son nom sous le plan de la base, et sur toutes les parties du piédestal où ce nom pouvait être placé comme ornement ou comme renseignement historique.
» Enfin , et pour multiplier encore ces renseignements pour une postérité qui devait s’étendre jusqu’à la génération présente, et qu’il était dans la destinée de la France de perpétuer par sa munificence, Sésostris fît écrire sur la face nord du monolithe laissé à Luxor, que lui, seigneur de la région d’en haut et de la région d’en bas (la Haute et la Basse-Égypte), Germe (fils) des dieux et des déesses. Seigneur du monde, Soleil gardien de la vérité, approuvé par Phré , a fait ces travaux (le Rhamesséion de Luxor) pour son père Amon-Ra, et qu’il a érigé ces deux grands obélisques en pierre devant le Rhamesséion de la ville d’Ammon (Tbèbes).
» Sésostris termina donc ce grand ouvrage commencé par son prédécesseur, et ce concours de deux rois à l’achèvement de ces admirables monuments fournit pour leur histoire des notions chronologiques assez précises.
a Le règne de Rbamsès II , qui fît commencer ces obélisques, remonte à l’an i58o avant 1ère chrétienne; il n’existe pas de monument avec des dates postérieures à la quatorzième année de ce règne qui finit bientôt après, ce fut donc
LOCÉLISQUE
vers lan 1070 que ces obélisques furent entiepris par Rhamsès 11, après qu’il eut châtié les impurs en Alrique et en Asie, connue le disent ses inscriptions.
" Sésostris succéda a son frère vers i565; il édifia ou continua le palais de Luxor , et un tel ouvrage exigea bien tles années ; sur les bas-reliefs du pylône, qui est le frontispice même du palais, Sésostris fit sculpter en grand sa campagne contre les Asiatiques, et les inscriptions lui donnent pour date la cinquième année du règne de ce roi; les obélisques ne furent élevés qu’ après ce pylône; on jteut donc les supposer, dès l’an i55o, à la place où ils ont bravé, pendant près de 54oo ans , le temps et les hommes.
Texte des inscriptions hiéroglyphiques.
a Les traductions et sommaires qui suivent sont tirés des manuscrits de Champollion le jeune; nous avons borné nos extraits à ce qui peut plus particulièrement intéresser les lecteurs; et pour nous conformer à l’ordre de priorité lies inscriptions hiéroglyphiques gravées successivement sur l’obélisque, nous ferons connaître d’abord celles qui concernent Rhamsès 11, prédécesseur de Sésostris.
Inscriptions de Hhamsès Tf Armais.
Face ouest. Coté de l’Arc de l’Étoile. ( Face nord à Luxor, )
» Bas-relief des offrandes. — Le dieu de Thèbes , Amon-Ra , est assis sur son trône; deux longues plumes ornent sa coifl'ure; il tient dans la main droite son sceptre ordinaire, et dans sa main gauche la croix ansée, symbole de la vie divine. Devant lui Rhamsès 11 est à genoux; sa tête est ornée de la coiffure du dieu Phtha-Soccaris, surmontée du globe ailé, et il fait au ilieu Amon-Ra l’offrande de deux flacons de vin. Les cartouches noms et prénoms de Rhamsès 11 sont au devant de son image, et les légendes d’Ammon entre ces cartouches et la coiffure du dieu. La courte inscription perpendiculaire à son sceptre est l’intitulé même du tableau : Don de vin à Ainon-Ra.
Il Colonne médiale : a. Bannière, u L’Aroéris puissant , aimé de Saté. «
» b. Inscription verticale. « Le seigneur de la région supérieure, le seigneur Il de la région inférieure, régulateur, seigneur de l’Égj^pte, qui a châtié les Il contrées, llôrus (dieu) resplendissant, gardien des années, grand par des Il victoires, le roi du peuple obéissant. Soleil G.lrdien de la vérité, modérateur Il des modérateurs, engendré par Thmou dans avec lui, pour exercer les
» pouvoirs royaux sur le monde un grand nombre de jours pour la ville
» d’Ammon (Thèbes) le fils du soleil, le chéri d’Amom Rhamsès. La vie!
(ou vive!)
Face est. Côté des Tuileries. ( Face sud à Luxor. )
» Bas-relief des offrandes. — Le sujet de ce bas-relief est analogue à celui de la face nord. Le Rbamsès II fait au dieu Amon-Ra une nouvelle olfrande de vin. Dans la bannière sont aussi exprimées des qualifications honorifiques du roi; X inscription contient aussi les louanges de ce prince, ses mêmes noms et prénoms, les titres de dieu resplendissant, gardien des vigilants, l’invocation à Ammon, qui a ici le rang de seigneur des dieux, et elle rappelle cjue le roi a décoré un sanctuaire consacré à une divinité, et qu’il a en même temps lionoré les autres dieux du même temple.
» Ces circonstances permettent de présumer que Rhamsès 11 avait destiné les obélisques de Luxor à un autre temple qu’à celui de ce lieu.
Face nord. Côté de la Madelaine. ( Face nord à Luxor. }
» Bas-reliefs des offrandes. — Le môme roi fait la même offrande au même dieu. Le vautour, emblème de la victoire , plane au-dessus de la tête du roi.
i> La colonne médiale de cette face est aussi de Rhamsès IL La bannière porte encore ses titres royaux ou religieux. 11 en est de même de Vmscription, qui lui donne les titres de gardien, grand des vainqueurs sur la terre entière, soleil visible , etc.; l’inscription est terminée par le nom du roi , et le vœu A toujours.
Inscriptions de lïhamscs III Sésostris.
Face ouest. Coté de l’Arc de l’Étoile. ( Face est à Luxor. )
» Le has-relief Aes offrandes appartient à Rhamsès II. Colonne, de gauche. Bannière. “LAroéris puissant, gardien des vigilants (ou surveillants). » =\iinscription rappelle la force et les victoires de Sésostris , et sa gloire dans la terre entière. Dans la colonne de droite, la bannière le qualifie de chéri de Saté (la 'Vérité). \j inscription dit que le monde entier a tremblé par ses exploits, elle l’assimile au dieu Mandou, dont elle le dit le fils.
Face sud. Côté du pont de la Concorde. ( Face ouest à Luxor. )
« Cette face de l’obélisque appartient tout entière à Rhamsès Sésostris. Rhamsès U l’avait laissée vide.
Il Dans le has-relief des offrandes , Sésostris , coiffé du pschent complet , symbole de son autorité sur la Haute et sur la Basse-Égypte , et surmonté du globe ailé du soleil , fait au grand dieu éponyme de Thèbes , à Amon-Ra , l’offrande du vin.
» Aux louanges d’usage, la colonne médiale ajoute que Sésostris est le lils préféré du roi des dieux , celui qui , sur son trône , domine sur le monde entier. On mentionne le palais qu’il a fait éléver dans l’ôph du midi ( la partie méridionale de Thèbes). Le titre de hieffaisant lui est donné dans linscription de droite, qui ajoute ; Cl Ton nom est aussi stable que le ciel ; la durée de ta vie est égale à la » durée du disque solaire, n Sésostris porte dans la bannière de l’inscription de gauche le titre de chéri de la déesse Saté ; et avec d’autres louanges très - orchnaires dans le protocole royal égyptien , cette inscription proclame Rhamsès 111 « l’engendré >1 du roi des dieux pour prendre possession du monde entier. » Les trois colonnes de cette face sont uniformément terminées par le cartouche nom propre du roi, le lils du Soleil , le chéri d’Ammon Rhamsès.
Face est. Côté des Tuileries. ( Face sud à Luxor. )
La bannière et \' inscription de la colonne de droite proclament Sésostris » L’A- » roéris puissant, ami de la vérité (Saté), roi modérateur, très-aimable comme i> Thmou, étant un chef né d’Ammon , et son nom étant le plus illustre de tous. « Sur la colonne de gauche, on lit dans la bannière : «L’Aroéris roi vivant des ré- » gions d’en haut et d’en bas, enfant d’Ammon; » l'inscription donne à Sésostris le titre de roi directeur, mentionne ses ouvrages, et ajoute qu’il est .< grand par » ses victoires , fds préféré du Soleil dans sa royale demeure , le roi ( ses prénoms » et nom propre ) , celui qui réjouit Thèbes, comme le firmament du ciel , par des Il ouvrages considérables pour toujours. »
Face nord. Côté de la Madelaine. ( Face est à Luxor. )
Il La bannière de la colonne de gcniche est remarquable par le grand nombre de signes qui composent sa légende; elle signifie; «L’Aroéris puissant, le grand » des vainqueurs , combattant sur sa force. » L’ inserption nomme Sésostris grand
conculcateur, le seigneur des victoires, qui a dirigé la contrée entière, et qui est trèsaimable. Enfin la bannière qui surmonte l’inscription de droite annonce que Sésostris est « l’Aroéris fort , puissant dans les grandes Panégyries ( assemblées civiles » ou religieuses); l’ami du monde et le roi modérateur.» L’inscription ajoute, comme pour combler la mesure des éloges , qu’il est aussi « le prince des grands , » jouissant du pouvoir royal comme Thmou , et que les chefs des habitants de la Il terre entière , sont sous ses sandales. »
so
L’OBELISQUE