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moinillons. Il s'asseyait au milieu d'eux, ne causait pas, les regardait avec de bons yeux, rire.
Bien qoMl fût interdit aux pères de communiquer avec les novices, l'on tolérait cette infraction et, par charité, les petits le promenaient, quand il en manifestait l'envie, dans leur allée.
Il était d'ailleurs vénéré partons. Son cas était extraordinaire. Ce doyen qui était un moine de la vieille roche, n'avait jamais, sa vie durant, manqué à un office; depuis qu'il extravaguait, il continuait de s'y rendre, ne se dispensant même pas de celui de Matines dont tous les malades sont cependant exempts. Quand le P. Abbé lui avait dit : père, vous êtes âgé et souffrant» vous pouvez ne vous lever qu'à cinq heures, il avait doucement hoché la tête, comprenant très bien le sens des paroles et il avait persisté à occuper sa stalle, avant que le psaume des paresseux ne fût récité.
Et ce n'était pas affaire d'habitude, de routine, comme on pouvait le croire : car, marchant à peine, il se levait maintenant plus tôt, afin de n'être pas en retard. Ilcalculaic très exactement son temps et priait très bien à Téglise. La raison, sombrée pour les choses humaines, demeurait intacte, alors qu'il s'agissait de louer Dieu.
Et il était touchant, ce vieillard, s appuyant aux murs pour gagner l'église. On lui avait adjoint un convers, un brave frère, pour le. soutenir et le servir ; mais il refusait ses soins, ne voulait être à charge à persorme. Il tomba, un beau matin, et se fendit le front. Alors le P. Abbé lui défendit, au nom de l'obéissance, de sortir de sa cellule, sans être accompagné ; il comprit, pleura etj tant qu'il fut seul, ne bougea plus.
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Sa pharmacie qui l'avait tant intéressé lorsqu*il n'était pas dément, il ne la reconnaissait plus; on Vy amena, un jour, pensant lui être agréable; il la regarda, hébété, ne paraissant pas se rappeler qu'il avait, en cette cellule, encombrée de fioles, passé toute sa vie. La mémoire était morte ; dans les décombres de cette âme Dieu seul restait; et de temps à autre, lorsqu'il était assis près des novices, il balbutiait quelques paroles que Ton ne comprenait pas. Croyant qu'il désirait quelque chose, on lui faisait patiemment répéter les mots, et l'on finissait par saisir qu'il parlait de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge.
— Asseyez-vous, père, dit le frère Blanche qui Tins* talla sur un banc ; mettez-vous, là, près de notre frère DurtaL Et, tout à. coup, réveillé, le vieillard le scrutait d'un œil qui s'éclaircissait — et il secouait douloureusement la tête, le considérant avec une indicible pitié — puis il le fixait gaiement, avec un doux sourire.
Et comme tous, interdits, Durtal le premier, de ces jeux de physionomie lui demandaient : qu'y a-t-il père ? il retombait dans le mutisme de ses traits, incapable de s'exprimer plus»
JAMAIS semaine Sainte ne s était annoncée^ au cloître, plus triste. Cette loi des associations à la réalité de laquelle aucun moine ne croyait, venait d'être votée par les Députés et à l'optimisme le plus résolu avait succédé le pessimisme le plus noir.
A part quelques éberlués qui se raccrochaient à l'espoir que le Président du conseil les sauverait, au dernier moment, en faisant échouer la loi au Sénat et que M. Loubet, homme pieux, donnerait sa démission plutôt que de perdre son âme, les autres convenaientque les séniles matassins du Luxembourg ne valaient pas mieux que les pernicieuses malebètes de la Chambre. Tous étaient les leudes perdiablés des Loges; il n'y avait rien de propre à attendre d'eux.
Le P. Abbé, revenu de voyage, avait recueilli dans ses courses les bruits les plus alarmants sur le sort des congrégations, en France ; il ne soufflait mot, mais la tristesse de son regard et l'ardeur de ses prières en disaient long.
Enfin, il est impossible que les oraisons dont lescom-
munautés assaillent sans relâché le ciel soient repoussèes par Notre-Seigneur, pensaient les novices; il faut redoubler de zèle et tous se privaient de quelque chose, se levaient plus tôt, se mortifiaient pour détourner le coup.
Depuis quelques semaines déjà, sur l'ordre du P. Abbé» après Tierce et avant la grand'messe de neuf heures, tous les religieux chantaient, à genoux, le psaume » Levavi oculos meos in montes », le « Sub Tuum » et la prière à saint Michel ; et le découragement prenait de voir tant de suppliques préservatrices, demeurer vaines.
Durtal qui avait toujours été frappé du caractère (démoniaque si marqué de l'affaire Dreyfus et qui ne la considérait que comme un tremplin installé par les juifs et les protestants, pour mieux bondir à la gorge de l'Eglise et l'étrangler, Durtal avait perdu depuis longtemps tout espoir ; et cependant, lorsque la loi fut adoptée par le Parlement, il eut le petit tressaut d'un homme qui se trouve subitement en face d'un danger qu'il croyaitmoins proche.
— Quand on songe, disait-il à M"* Bavoil, que quelques gueux, élus Dieu sait comment, à l'aide de quelles manigances, dans quels bas-fonds, vont crucifier l'Epouse ainsi que les juifs ont naguères crucifié l'Epoux. C'est la Passion de l'Eglise qui commence; rien n'y manque; tout y est, depuis les clameurs et les blasphèmes des galope - chopines de l'Extrême-Gauche, jusqu'à cet ancien élève des Jésuites, ce Judas qui a nom Trouillot, jusqu'à ce nouveau Pilate qu'est Loubet.
Ah ! celui-là ! — D allait régulièrement à la messe, en cachette, tous les dimanches, à la Sorbonne, alors
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qo'ïl gitdt dams le ckpkr sxzmpçonneuxda Sénat ; et iLat Bïgm la loi et il s'en kave les vamns ; je serais Y>ismsneQà ccirieuxdf savoir quel estlesacerdotequi ose l'absoudre quand il se confesse pour Ésûre ses Pâques!
— Que peut-il bien raconter au Seigneur, ce Atoor» sieur Loobet, lorsqu'il le prie, demaruda M^^ Bavoil ?
— Eh bien mais> H lui damande de lisi conserves sa» place, d'aider à k parturitioo de ses bootnes ^aleufls ; il le supplie de protéger ses enfants aân qu'ils deviemiiem: d'intrépides chrétiens, tels que kd.
Comme il n'entretient pas de danseuses, il se jugisr on bonnêre homme, car il est probablement pareil k la majorité des catholiques pour laqueUe, seuU le péchéde la chair compte ; d'autre part^ il s'estime peutêtre charitable, car il a sauvé de la prison les traiK}uilles. fripouilles du Panama; sa conscience est donc sansscruptiles, sans reproches et il vît, honoré par les siens, ea paix.
Il se dédouble, du reste, car s'il reconnaît à Dieu le droit de s'occuper de l'homme privé, il estime que l'autre, riionTme politique, est à part et ne le regarde pas ; n'cst-il point,d'aiIleurs, une simple machine à écrire ? oa appuie sur les touches et le mot Loubet se forme., Sî k Christ n*est pas content, ce n'est pas à lui, mais à Trouillot, à Monis, à Millerand, à Waldeck-Rousseau, qu'il devra s'en prendre, car ce sont eux qui manipulent le clavier et tracent, en bas des décrets, son nom.
Puis, une fois cette besogne terminée, ce père de famille qui interdit aux pauvres de donner à leurs enfants une éducation religieuse, appelle le curé de saint Philippe du Roule, — lequel dit, tous les dimanches, la
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nacsse i l'Elysée, — pour Saîà JpecommaDder de bien eaiseigncT à sa jpr^gàmitïcre k cadiéchisme «t il palpe avec nne certaine &esai k chapelat (de liiixe que Sa SaiiKteté le Pape a cxffîeia^ en récompense sasis éemm de ses v^tos^ à cette amtre exceUeEite .catlioliqiite ^oi'cst Madame sa iemmc.
— ,Maâs, lîDtiiB auBDîL, c'est fc piomaiàt tout craché da Pharisien que Notre-SeigneuT u tant bonei, -que voiîis nous dessinez >làu.
— Avec ivœsembbinoe garftniie, j'en ai ipeur. Madame Ba^sQCBiL
— Enfin, tout n'est pas désespéré, Rome peut encore intei^inefiir.
— ftourquoi fid»e ? Auonn Pape n'a plus que Léon XIII aimé la France.; hsroelé, dl faut bienk dire, pair les cathoMqiaesqui, dénués de tou£e:ia!dtktive,luirédanaiaiient, à propos de n'importe quoi, des iostructions, il a cm mous rendre seris^icecn s'itmiaisçant dans nos .af&iiiîes et, :mal renseigné et certarmeznedait trompé sur l'état de quatre pays^ il s'«est imaginé qu'il apprivoiserait ce volatile, mkiné de vaaitiour 'et «d'oîe qu'est la .Réjmbtiqjae des yoàs et des athées ; hélas i telle a percé à coups de :bec les mains q'u'il tendait pour la caresser ; il ne s'est néan-
• mkoimB pas découragé ; il a disputé, pied à pied, les quelq!ues Hbeaptés religieatses demeurées intactes et il a subi,
, ej& échange, >des noamn^tionâ d'évèques indigaaes, des injures et des menaces. Naturellement, plus il se montrait paternel, et plus l'ecinemi devenait arrogant ; cela mms a mené à la loi des Coagiégations j; il a tenté alors «in dernier effort, en laissant entendre que si l'on touchait aux Ordres, il retirerait k protecuorat des œuvres de
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rOrientà la France; cette fois, on lui a épargné les coups de bec ; c'étaient des blessures encore trop nobles — et les satrapes de barrière qui nous régissent se sont contentés de le narguer en lui piquant ce qu'on appelle, dans l'argot du peuple « une méduse » ; et, attristé* appréhendant d'envenimer les choses, il a gardé le silence. Que voulez-vous qu'il essaie dorénavant ? il ne peut plus réagir; il est trop tard.
— Certes, si quelqu'un est à plaindre, dit M"* Bavoil, c'est bien ce vieillard dont les aflFectueuses intentions n'ont été récompensées que par des moqueries et des outrages !
— Je me figure cependant, reprit Durtal, que de plus amples douleurs ont encore supplicié la vie de notre Père ; il en est, en tout cas, une, qui a dû être pour lui la dernière goutte du calice à boire ; Ton n'en connaît^ vraiment pas de plus amère.
La Papauté pouvait, devait jouer un rôle magnifique à notre époque et Léon XIII était certainement prêta assumer la responsabilité d'un tel geste dans l'histoire; et des événements qu'il dût subir et que nous ignorons^ brisèrent sa volonté, le rejetèrent, épuisé, dansTorabre.
Alors, en effet, que cette Europe en pourriture, coalisée contre la miséricorde et l'équité, à plat ventre devant la force, regardait, en souriant, les massacres des Arméniens et les brigandages des Anglais au Transwaal, un seul homme pouvait se dresser, imposant par sa majesté et son âge, le Pape, et leur dire à tous : Je parle au nom du Seigneur que vous crucifiez par votre lâcheté f vous êtes les adorateurs de la vache i Colas et du veau d'or ; vous êtes les Caïns des peuples. Cela n*eût servi
de rien, au point de vue politique, c'est possible; mais, au point de vue moral, c'était immense. Cela prouvait qu'il subsistait encore une justice ici-bas ; Rome fuiguraît comme un phare allumé dans cette nuit qui envahit le monde et les peuples en désarroi eussent pu au moins se tourner de ce côté et croire que le Représentant du Christ sur la terre était avec eux, pour eux, . contre les gredins couronnés et les démagogues.
Pour des motifs évidemment péremptoiresSa Sainteté qui a dû pleurer des larmes de sang de ce mutisme obligé, s'est tu. Ah ! le pauvre Pape !
— Le fait est, dit M™* Bavoil, que l'existence de Léon XIII, interné dans le Vatican, spolié d'un pouvoir temporel auquel il a droit, n'est depuis de longues années qu'un Calvaire !
— Hélas ! — Pour en revenir maintenant aux épreuves que lui inflige celle de ses filles qu'il aime le plus, la France, que va-t-il décider ? Aujourd'hui, que la partie qu'il a jouée contre les francs-maçons est perdue et que le pillage de son patrimoine spirituel s'annonce, va-t-il se redresser et, en un réveil foudroyant, frapper d'excommunication, retrancher de l'Église, vouer à la malédiction jusqu'en leurs derniers descendants, Loubet, Waldeck- Rousseau, Trouillot, Monis, tous les Députés qui ont voté la loi et tous les Sénateurs qui la voteront. Ce serait tout de même un soulagement pour ces malheureux catholiques qui se voient lâchés par leurs chefs dans les grandes largeurset je vous assure que les interdits riraient moins qu'on ne pense de ce châtiment, car ce sont sur les familles, nominativement désignées dans les bulles, des amas de maux que ces anathèmes fulminés attirent I
Le Souverain Pontife les déchaîncra-t-il ? j'en doute; il pardonnera et il aura évangéliquement raison ; seulement où toutes ces défaites résignées nous mènentelles?
— Ah ! s'écria M"* Bavoil, en secouant la tête, laissons ces désolantes histoires ; ne songeons qu'à Jésus que Ton
, ,va crucifier; l'heure de Ténèbres est proche; allons le consoler.
— En supposant que nous en soyons dignes ! dit Durtal qui mit son chapeau et enfila son caban.
Une fois installé dans l'église, il oublia les tristesses de l'heure présente. La divine liturgie l'enlevait, planant si haut, loin de nos boues ! et il embrassait d'un coup d'œil le panorama de la terrible semaine, de la semaine « peineuse d telle que la qualifiait le Moyen^Age.
Avant de gravir ces jours qui conduisaient en de brèves étapes au sommet du Golgotha, au pied même du gibet, i*%lise montrait, dans l'Évangile de la Passion, le Fils de Dieu réduit à s'enfuir et à se cacher, afin de n'être pas lapidé par les Pharisjens ; — et pour exprimer cette humiliation, elle couvrait de voiles de couleur violette ses statues et ses croix. Une semaine s'écoulait encore -et soudain, pendant quelques instants, sa détresse s'interrompait, à la fête des Palmes.
La veille même, l'Épître de la messe énonçait les épouvantables malédictions que proférait Jérémie, cette préfigure du Christ, contre les Juifs; et, le lendemain, en de magnifiques offices, au cri de « l'hosanna », au chant triomphal du « Gloria Laus », Jésus s'avançait, jmonté sur le petit de l'ânesse prédit par Zacharie, et*il Centrait, assourdi par les vivat du peuple, dans cette
jémsalem qui •devait, quelques jours après» dans des clameurs de rage, le trucider. .
Et dès que ia marche gloci«iise était tTec la piooession des Rameaux finie, l'angoisse du Christ et de son Eglise reprenait aossitâc avec la messe pour ne plus cesser qu'avec la Pâques; déjà la lecture de la Passion 'Commeaçait avec saint Manhieu pour continuer, k mardi avec saint Marc, le mercredi avec saint Luc, le vendredi avec saint Jean.
£t, en les entendant, Dortal jaillissait transpc^té, hors de lui-même par ce chant étrange et pénétrant; c'était une sorte de mélopée courant dans le récit, revenant avec des retours flottants de ritournelles ; ce chant était monotone et angoissant et presque câlin, aussi ; et cette impression de bercement et de peine, on l'éprouvait également pendant les Lamentations de Ténèbres, chantées sur quelques tons à peine, variant avec les points, les points d'interrogation, les arrêts du texte.
Ces cantilènes avaient dû être recueillies, en partie, dans ks plus anciens antiphones du peuple Juif. Le courant grëco-romain auquel la paléographie de Solesmes rattache Torigine du plain-chant se faisait moins sentir que le courant hébraïque en ces mélopées qui rappelaient, dans le chant des lettres, avec leur côté languide et cadencé les mélodies i la fois ingénues et subtiles de rOrient.
Elles remontaient cenainement, en tout cas, à la plus hante annquité ; et les réparations que leur trame avait subies au xvii' siècle et depuis, n'en avaient altéré, ni la couleur, ni les contours ; elles étaient merveilleusement assorties aux offices qui, eux aussi, dataient des
premiers âges de l'Eglise, peut-être même de l'église de Jérusalem, au iv« siècle.
Et ces jours luctueux étaient admirables au Val-des- Saints.
Chaussés de sourdes pantoufles, les moines que n'annonçait plus le son des cloches, entraient, tels que des ombres, et ils soulevaient, en passant, avec leurs grandes coules noires, un vent froid qui soufflait l'odeur de cave des murs salpêtres et des dalles ; et les petites heures défilaient à la queue-leu-leu, avant la messe, tombant,gouttes à gouttes, sans le «Deusin adjutorium » qui, d'habitude, les précède, sans le Gloria qui les sépare et les suit et, à la fin de chaque office, l'on récitait le « Miserere » sur un ton lugubre, jusqu'au dernier mot « vitulos » jeté alors en Tair, ainsi qu'une pelletée de terre, sur une tombe.
Dans l'église à peine éclairée, avec les croix enfermées dans des losanges, le triangle fumant des cires, le bêlement d'agneau des lettres hébraïques chantées au commencement de chacune des Lamentations de Jérémie, c'était navrant. L'Abbé, mitre, crosse, en ornements violets, procédait, le jeudi, au mandatum, lavait les pieds de ses convers ; et, le vendredi, après l'adoration de la croix et les funèbres Impropères, coupées comme de refrains, par les apostrophes implorantes du Trisagion, il allait, vêtu d'une chasuble noire et mîtré de blanc, sans bougeoir, sans crosse, prendre le Pain consacré au reposoir, et tous les moines à genoux, sur deu3 rangs, tenaient des cierges sombres allumés et les étei gnaient aussitôt après que l'Abbé avait conso.nmé les Espèces saintes.
L'office monastique de la Semaine ne différait pas de l'office romain ; seulement, il n'existait pas d*église même cathédrale où on le célébrât avec une pareille ampleur ; malheureusement, s'il avait été, au Val des Saints, magnifique jusqu'au matin du samedi, ce jourlà, tout se gâta.
Par suite d'un compromis, entre l'abbaye et le presbytère, il avait été convenu que les religieux occuperaient l'église, le dimanche de Pâques, mais que l'honneur de bénir l'eau baptismale, le samedi, reviendrait au curé. Il opérait donc, entouré de toute la communauté qui le servait, et il savait à peine son métier et mêlait la prononciation française de son latin à la prononciation italienne des pères.
Pour des gens habitués de longue date à entendre les « um » prononcés «oum», les « us » prononcés «ous», les c< ur » prononcés « our », les j devenus des y, pour les gens accoutumés au chuintement du C qui mue, par exemple, le mot « cœlum » en celui de « tchœloum », le latin à la firançaise était déjà un peu embarrassant ; il eût été néanmoins supportable, seul ; mais, mélangé à l'autre manière de le proférer, il tournait à la cacophonie; il semblait que le curé et les Bénédictins ne parlassent pas la même langue ; et ce tohu-bohu se répercutait dans le chant grégorien que le curé chantait, non d'après les textes de Solesmes, mais ainsi qu'au séminaire, et Dieu sait comme !
Tout le monde avait hâte que cette cérémonie devenue ridicule cessât. Heureusement que la splendeur de la messe avait compensé la misère de cet office, si merveilleux lorsqu'il est bien exécuté, par des moines, en plain-chant.
28é l'oBLÀT
Après rÉpître courte de saint Paul, le sous-diacre se présenta devant TÂbbé debout au tràne et loi annonça la Résurrection de l'Âlleluia. Et l'Abbé le chantait, joyeux de la bonne nouvelle, par trois fois et, trois fois, le chœur répondait un alléluia encore un peu timide, hésitant à prendre son vol; puis, après le Credo, à l'Offertoire, on amenait jusqu'à la barre de communion l'Agneau Paschal, paré de rubans et de fleurs.
La pauvre bête que tirait le père hôtelier et que poussait par derrière le cuisinier, regimbait ; elle regardait, défiante, cherchant à fuir, cet homme, vêtu d'or qui s'avançait du fond du chœur, escorté d'une nombreuse suite, pour prier au-dessus d'elle et la bénir ; elle semblait avoir le pressentiment que tant de déférence pour sa pauvre personne, finirait mal.
Ce samedi saint était, le matin, interminable. Commencé à huit heures, l'office s'achevait à peine vers les midi ; mais Durtal était heureux ; il quittait les rangs liturgiques, quand la cérémonie s'alentissait et il s'évagùait, seul, errant sur les traces de Jésus et de sa Mère.
Oui certes, se disait-il, songeant à la Vierge sur laquelle, dans cette période de larmes, les Écritures sont si brèves, oui certes, le moment où Elle se tint au pied du Calvaire fut atroce : la transfixion prédite par le vieillard Siméon se réalisait, mais le glaive des douleurs ne s'enfonça pas dans sa poitrine, d'un coup. Il tâtonna d'abord et il y eut dans les souffrances de Marie un instant qui dut être particulièrement affreux, celui de l'attente, du temps qui s'écoula entre l'arrestation et la condamnation de son Fils; ce fut alors l'entrée de la
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pointe perçant la chair, s'j remuant, évasant la jplaie, sans plus y pénétrer.
Cette attente a duré 11 heures. Jésus a étéy eoi effet, arrêté et ramené à Jérusalem, le jeudi soir, Ters 11 heures. Le vendredi^ il a été traîné d'Anne à Caiphe, de nuiaint à 2 heures du naatin, conduit chez Pibte rers 6 h&mtàj transféré chez Hérode à 7 heures, bafoué^ âagellé^ cou-^ ronné d'épines, condamné à mon de 8 à 10.
La Sainte Vierge savait que Jésus devait périr. Ellemême avait consenti à sa mort et elle Feut même sa~ criôé de ses propres mains, dit saint Antonin,. si le salut du monde Teût exigé; mais elle n'ea était pas moins femme. Elle eut tomes les vertus à un degré héroïque^ elle posséda les dons les plus parfaits de l'Esprit ; elle fut la plus sainte des vierges. Elle fut unique, mais elle n'était pas Déesse, elle n^était pas Dieu; elle ne pouvait échappera sa condition de créature huimaûoie et, par conséquent, ne pouvait s'empêcher d'être torturée par les anxiétés de l'attente.
L'eût-elle pu d^ailleurs, qu'elle eût imité sott. Fils qui mit en quelque sorte en suspens sa divinité sur ]à croix pour mieux pâtir et qu'elle eût demandé et obtenu (^ s'infliger l'âpre tourment des expectatives déçues.
Ce que furent ces heures d'attente, on se Tim^inc mal.
Génitrice d'un Dieu, fille et épouse du Seigneur et sœur des hommes dont elle devait devenir aussi la Mère, une Mère enfantée, au pied d'un gibet, dans des flots de sang, elle greffait, les unes sur les. autres, toutes les douleurs des parentèles ; mais elle pleurait surtout U perversité de cette race abominable dont elle était issue
et qui allait réclamer, en un baptême de malédiction, ^ que le sang du Sauveur retombât sur elle.
Voulant sou£Frir tout ce qu'elle pouvait soufFrir, elle dut espérer contre tout espoir, se demander, dans l'excès I de son angoisse, si, au dernier moment, ces scélérats
^i: n'épargneraient pas son Fils, si Dieu, par un miracle
! inattendu, n'opérerait pas la Rédemption du monde,
sans infliger à son Verbe les tortures horribles de la croix. Elle se rappela sans doute qu'après son consenteë; ment, Abraham fiit délivré de l'efiroyable tâche d'égor-
ger son fils et peut-être espéra-t-elle que, de même qu Isaac, sa préfigure, Jésus serait délié, lui aussi, au dernier moment, et sauvé du sacrifice.
Et ces pensées sont naturelles si Ton songe que Marie savait ce qu'il était opportun qu'elle sût, mais qu'elle ne savait pas tout ; elle connut, par exemple, le mystère de rincarnation, mais elle en ignora le temps, le lieu et l'heure; elle ignora, avant la visite de l'ange Gabriel, qu'elle était la femme, choisie de toute éternité, celle dont le Messie naîtrait.
Et, humble, telle qu'elle était, ne cherchant point à pénétrer les secrets du Très-Haut, elle put aisément se leurrer.
Que se passa-t-il pendant ces heures sur lesquelles les Évangiles se taisent ? Lorsqu'elle apprit que le Sauveur était arrêté, raconte Ludolphe le Chartreux, elle s'élança, avec Magdeleine à sa poursuite et dès qu'elle l'eut retrouvé, elle s'attacha à ses pas et ne le quitta plus.
La sœur Emmerich confirme, de son côté, ces courses de la Vierge et elle entre dans de nombreux détails, un peu confus, sur les allées et venues de Marie,
qui, selon elle, était non seulement accompagnée de Magdeleine, mais encore de la petite troupe des saintes femmes.
Elle la montre, suivant à distance les soldats qui entourent Jésus et s'évanouissant lorsqu'elle s'assure que Tarrestation est maintenue.
Elle nous narre qu'on la transporta dans la maison de Marie, mère de Marc et que ce fut l'apôtre Jean qui la renseigna sur les brutalités commises par les goujats de corps de garde, pendant la route ; elle relate que ce fut également lui qui s'échappa de chez Caïphe, pour la prévenir, tandis que le pauvre Pierre, affolé, mentait. •
Elle ne tenait pas en place dit la visionnaire. Elle sortit de nouveau et rencontra près de la demeure de Caïphe Pierre auquel elle dit : Simon, où est mon Fils ? Il se détourna, sans répondre ; elle insista et alors il s'écria : Mère, ne me parlez pas, ce que souffre votre Fils est indicible; ils l'ont condamné à mort et, moi, je l'ai renié !
Et, Tâme déchirée, elle parcourut sans repos ni trêve la voie des supplices jusqu'au moment où saint Jean l'expose alors, au pied du Calvaire, le cœur définitivement percé par les sept glaives des péchés capitaux, les glaives enfoncés, cette fois, jusqu'à la garde.
En se remémorant ce lamentable récit, Durtal revenait toujours à sa première idée: avant de pénétrer franchement dans la chair et d'y rester 'fixées, quelles tortures ces implacables épées n'infligèrent-elles pas à Notre Dame des Sept Douleurs, en tournant dans les blessures, en attisant en quelque sorte le feu des plaies,
avec CCS sautes dcr désespérances et. d'espoirs, et qnel sujet de méditation; que Tacuîté de ces transes dans la vie si parfaitement inconnue de notre Mère !
Et Durtal gémissait avec elle^. lorsqu'à la deuxième Leçon du Nocturne dn Vendredi Saint, la voix douce et claire du petit frère Blanche^ debout aa milieu: du chdenr, devant le pupitre, chantait, ainsi qu'en un bêlement prolongé et plaintif y la lettre hébraïque c Mena » et poursuivait sur un rythme dodelineur et dolent la Leçon do Prophète: «A qui te comparerai^e, àiqui dirai-je qoc tu ressembles, fille de Jérusalem ? ou trouverai-je. quelque chose d'égal à tes maus ?et comment pourraî-jete consoler, ô Vierge, filU de SionPta blessure est large comme la mer ; qui pourra y appliquer le remède ? »
Le remède, soupira DtiFtal,^ à la place de= Thuille ardu vin avec lesquels le bon Sanaaritainî pansait naguères les plaies, c'est avec de l'eau régale et du vitriol que les modernes Pharisiens panseraient ses plaies, à. Elle^ s'ils la détenaient*. Depuis des siècles,- la. Vierge a plus spé^ cialement élu domicile en France, car iiuUe part,, en aucun autre pays, eJle n'a distribué autant de grâces ; nulle part, elle ne s'est attestée,, ainsi qu'à Theure présente, par de coîitinuels miracles comme à Lourdes:;et, de même que dans la Palestine, lies injures plcuvent sor elle, et la persécution sévit contre les^siens.
La France a inventé le moyen de Êrire, pour la Madone, du calendrier liturgique, une éternelle Semaine Sainte !
Ces pensées l'obsédaient- Au fond^ pour dire tonte la vérité, la semaine peineuse était celle qui convenait le mieux à ses aspirations et à ses goûts ; il ne voyait hÎTCw
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Notre-Seigneur^qu'en croix'«t la Vieige en .larmes. La «pieta » surgissait devant lui avant la crèche.
.Ainsi, sortait-fil de ces longs oiâces.de la grande se-maine^ accablé, mais heureux. U se sentait :si bien en cotnamnion a/v^ l'Eglise et il avait.9i> bien .prié!
£t il lui fallait un effort pour se substituflaroin état d'âme différent avec la Pâques, pour s'associer aux;tran&» ports des alléluias fusant joyeux :sous .les voûtes, aux gais carillons des cloches balançant les grappes des novices pendus à leurs cordes ; et .pourtant quelle magnifique iête que celle iie la Résurrection ! quelle atmosphère de jubilation emplissait l'église! Elle était tendue de velours rouge^. couverte de fleurs et les reliquaires réverbéraienti ainsi que des miroirs de verre et d'or, les lancettes en feu des cierges ; la messe Pontificale était aussi pompeuse que celle de Noël, avec les cérémoniaires aux noirs capuchons letombant :snT les blancs surplis, avec le porte-crosse, le porte mitre, le porte-bougeoir, le porte-queue; elle s'épanouissait, après la procession, dès l'introit où le Christ célèbre sa résurrection, par la voix prophétique du Psalmiste eties touffes de prières qui s'élevaient du choeur, même les suppliques implorantes^ telles que le .Kyrie, se paraient, .en signe de fête, d'afitragales, se gaudissaient avec .la séquence, si enthousiaste, si candide^ du 'Victimae Paschali Laudes^ s'dffirmaient vraiment triomphales avec xet alléluia, si délibéré, si .fier, qui .suit Tlte missa est et reprend après le X)eo graîias de la fin.
Et pour que la suprématie de cetoffice fût complète, les antiennes des Vêpres étaient exquises et Ton avait, au Salut, adjoint en l'honneur de la Vierge, en sus des
prières marquées, après la complainte campagnarde et boute-en-train qu'est a TO filii et fiiiae » une ancienne prose « le Salve Mater misericordiae » extraite du recueil des « Variae Preces » qui Tavait empruntée à l'ancien bréviaire des Carmélites, une prose, à refrain, dont les strophes se déroulaient sur une mélodie populaire.
Ce fut une journée d'ivresse musicale, une orgie d'allégresses liturgiques ; Durtal n'avait pas quitté l'église et le monastère depuis le matin ; et il avait mangé avec les religieux, M. Lampre et le curé, l'agneau paschal.
Ledit agneau avait été servi en entier sur une table et il se convulsait les pattes en l'air, la gueule béante, exhibant ses rangées de dents et tirant une langue noire. Enveloppés de grands tabliers, le père cellerier et le père Ramondoux, armés d'énormes couteaux, le dépecèrent.
Et Durtal eut vraiment un moment d'hilarité.
Les petits novices, qui ne mangeaient plus à leur faim, depuis le commencement du Carême, se déleaaient, encore que cet agneau eût la chair en cordes à violon d'un vieux bélier; les angelots bâfraient comme des ogres ; et les vieux moines engloutissaient furieusement les quartiers récalcitrants de la bête. • Le fait est, songea Durtal qui regardait le petit Gèdre et le frère Blanche, le fait est que les pauvres gosses n'ont pas goûté à une miette de viande depuis quarante jours et qu'on leur a mesuré le pain, juste ce qu'il fallait pour ne pas défaillir ; et ce n'est pas avec des épinards ou des betteraves à la sauce blanche que
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l'on soutient des enfants levés dès l'aube et debout
jusqu'au soir.
Et, moi-même, dont l'abstinence fut presque aussi
rigoureuse, car, faute de poisson au Val des Saints, - j'ai dû me contenter, les jours où les œufs étaient în- F^ terdits, de légumes, je me sens débilité, l'estomac en
charpie, et je ne suis pas fâché d'attaquer, à mon tour, '? le gigot de ce mouton rebelle et je suis plus satisfait ;!i\ encore de reprendre mes habitudes, de retrouver mes vt Vêpres remises à quatre heures, c'est-à-dire à une heure pas* facile, au lieu de ces onze heures et demie qui me
laissaient une heure inoccupée que je ne savais à quoi abi employer, après la messe terminée à dix heures. nte II me fallait, en attendant, remonter chez moi ou traî-
)ii'] ner dans le village ; nous rentrons enfin dans la norme t lîî à partir d'aujourd'hui, alléluia ! îpe*l Et, après le dîner, quand, au retour de la chapelle,
il fut réuni dans la salle des hôtes pour boire le café avec
le P. Abbé, Dom de Fonneuve, Dom Felletin, Dom Ba- IcDf dole, le curé et, son ami, M. Lampre, Durtal se sentit déi^[ bordé par un bien-être dont il eût été incapable d'ana- M. lyser les causes; elles étaient, à vrai dire, multiples ; il y imei avait l'entrain agissant d'un cloître possédé par cette joie eu-j liturgique qui se déversait depuis le matin dans les of- ! fices ; il y avait la satisfaction d'un homme libéré d'exer- Ire cices incommodes et de repas pénibles ; il y avait enfin ses l'enjouement de la température qui devenait, au sortir w- des frimas, clémente, car la nature ressuscitait avec le et Christ.
«c II faisait presque doux, Durtal s'était promené, avant
uc î la messe, dans son jardin; la petite allée du bois était
tapissée de violettes ;Ies bourgeons des m-arronniers jaillissaient, en pointes d'un brun gommé, dtes branches encore noires; les arbres fruitiers étaient en fletET et les cerisiers et les pêchers étaient saupooidrés, les uns d'nne neige blanche et les antres d'une neige rose ; après les nudités sinistres de l'hiver et la fatigue des prières absorbées à doses massives pendant la senraiœ, c'était, en efi^, an immense allègeihenr que celui de ce printemps et de cette Pâques !
Et cette impression, toiisréprou¥ai«ttty iusqn'au curé qui se trémoussait, les jambes en l'air, devant la che^ minée où mt reste de fagot brûlait.
Et, subitement, sur un mot du P: Ahhéy devenu soocictrxy tonte gtieté tomba.
Après l'entretien oWigatorre des convives sur la beauté de la cérémonie et l'ampleur des chants, l'Abbé s^adiressant à M. Lampre et à Durtal, avait dté les paroles de l'Évangile de saint Luc r « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâques avec vous, avant desoafFrir. » — r Et, tout le monde écoutant, — il avait ajouté t L'an prochain, à pareille heure, où serons-nous, avec qui mangerons-nous l'agneau paschal?
— O pèrCy dit Durtal, êtes-vous donc décidé à nous quitter ?
— Décidé ? Je ne puis rien décider encore ; il faut d'abord attendre que la loi soit votée par le Sénat; c'est une affaire de quelques mois ; puis il sied aussi de connaître, avant d'adopter une résolution, le sens des instructions que le Pape nous adressera.
— Et s'il ne vous en envoie pas, fit M. Lampre, ou plutôt s'il ne vous en envoie que d'imprécises et de
vagaes, laissam à chacian le soin de se débrouiller àr sa guise, — et, entre nous, il ne peut vous en formuler de ckires et de fermes, car les intérêts des instïtuts^ diflfèrent et la solution qai convient à^ f un serait nui*-* sible à Tautre, — comment agirez-vous ?
— Efens ce cas, nous nous réunirons, toiis les Abbés de l'Ordre, à lîotre maison mère de Solesmes ec roms arrêterons la ligne de conduite à suivre.
— Et elle est tracée d'avance, dit le P. de Fonneuve, cap nous ne pouvons nous soumettre à une loi qui viole nsanifesteraent le droit supérieur de l'Eglise et le principe même de la vie religieuse.
Accepter ks prescriptions de ce texpc^ sacrilège serait, de notre part, une forfaiture.
Et, en effet, les Ordres à vœux solennels, tels que le néfre, jouissent du privilège de Texemption à l'égard de l'Ordinaire et la loi édicté absolument le contraire, puisqu'elle veut nous placer sous la juridiction des [• Eveques. ♦
^ Or, ce droit d'exemption a été détenmné par le Con-
cile œcuménique de Trente et par les Constitutions apostoliques qui n'ont fait que confirmer les décrets dn 'j' Concile et il' n'appartient ni au Gouvernement, ni à l'Evêque d'y rien changer. Ils n'ont ni à approuver, ni i ■J désapprouver les statuts des Ordres religieux, du; nacrmeat '^j. que le Saint Père les a revêtus de son approbation soojj.. veraine. C'est donc là un empiétement intolérable do Lj» pouvoir civil sur les prérogatives du Saint Siège et c'est ' en même temps aussi la négation de la vie monastique, A puisque le firman de ces impies se retuse à reconnaître jgi les vœux solennels qui- en sont la base.
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— Voyez-vous, s'écria Dom Felletin, M'"^ Triauraolt se s^ubstituant à saint Benoît et, si nous consentions à lui remettre notre règle, supprimant les articles qui lui déplaisent ou y introduisant des ordonnances de son crû !
— Sans compter, dit M. Lampre,qu*un autre Êvêque^ dans un autre diocèse où se trouverait une autre abbaye Bénédictine pratiquerait tout le contraire. Celui-là bifferait les clauses conservées par son confrère et en inventerait de nouvelles à son tour. Quel gâchis ce serait !
— Ajoutons, reprit Dom de Fonneuve,qu'iHaudrait être singulièrement naïf pour se plier aux exigences de cette loi et déposer, avec la demande d'autorisation, un état des recettes et dépenses et un état inventorié des biens meubles et immeubles que l'on possède, car ce serait livrer, soi-même, sa bourse à des aigrefins qui n'hésitent, actuellement, que sur le procédé à employer pour la voler.
Enfin, quelle garantie nous oflFre cette autorisation, en admettant qu'on l'accorde ? — puisquMl suffira d'un simple décret, pris en conseil des Ministres, pour Tannuler.
Nous devons fournir aussi la liste des membres de la communauté mentionnant leur nom patronymique ainsi que le nom sous lequel ils sont désignés en religion, leur nationalité, leur lieu de naissance, leur âge, la date de leur entrée; c'est la surveillance de la haute police abro- ) gée pour les malfaiteurs et rétablie pour les moines. H t n'y manque que la fiche anthropométrique imaginée par M. Bertillon I p
— Il y a eu là un oubli de la part de cet argousin q
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des Loges qu*est Trouillot, observa Durtal, espérons que le rapporteur de la loi au Sénat le réparera.
— D'ailleurs, fit le père hôtelier, le règlement d'administration publique, annoncé par Tarticle 20, pourra encore aggraver par des interprétations judaïques Tin-* famie de cette loi.
— Vous pouvez vous y attendre, dit M. Lampre.
— Il n y a pas à se leurrer, reprit le P. Abbé, la congrégation de Solesmes ne consentira pas à subir le supplice de ce carcan. Donc, en supposant que le Sénat vote la loi dès la rentrée des vacances — et il le fera certainement — cela nous met au mois de juin et dès lors, il nous reste six mois pour nous retourner. Par conséquent, en décembre, au plus tard, nous ne serons plus ici.
— Et où irez-vous, mon Révérendissime ? demanda Durtal.
— Je l'ignore ; la Belgique est le pays le plus proche; et la \ûe n'y est pas onéreuse ; c'est la dernière nation catholique où la meute des francs-maçons soit encore muselée; si, comme cela est certain, l'assemblée des Abbés de l'Ordre ordonne le départ pour l'exil, je commencerai, aussitôt revenu de Solesmes, des recherches.
— Oh ! il faudrait d'abord savoir si les Ministres appliqueront la loi? dit le curé.
— Comment s'ils l'appliqueront I s'exclama Durtal ; vous croyez que ces mécréants sont arrivés à ce résultat si longuement, si habilement préparé depuis tant d'années pour le lâcher ! vous les prenez vraiment pour plus bêtes qu'ils ne sont ; soyez tranquille, ils iront jusqu'au bout de leurs méfaits et ce bout ne s'arrêtera pas
LOBLAT
aux religieux mais bien au clergé séculier dont la persécution £si, je vous l'assure, proche.
L'abbé [haussait doucement les épaules; s'il jugeait
I ' en son iar intérieur les cloîtres encombrants et inudies, ^V ilestimaitipar'contre que le;prêtre' était indi3peiisable .et |^{' que jamais la République n'oserait y toucher.
|< / — Et après le clergé, ce sera de taur du bourgeois ;
1^; après la xurée^des biens de mainmorte, nous assisterons
^ au (dol des valeurs vivantes. La bourgeoisie, secouera^t-
|;f elleau moins son apathie, lorsque Ton forcera sa ^caisse ?
[^ ' ditM. Lampre.
I' -^ Elle I elle s'inclinera, en soupirant et ce sera'tout,
•^/ répartit Dunal; quant aux catlioliques, vous savez. aussi
Iv bien que moi l'amas de sottise et de, lâcheté qu'ils .re-
II cèlent; si par hasard, il se trouvait parmi eux des gens K ; intrépides résolus à résister, les Députésetles Sénateurs t ^: du parti s'interposeraient aussitôt et feraient le jeu xie ?f^ i^nneoii, en»les désarmant.
— Mais alors, il n'y a rien à tenter ! s'écria Dpm de ^( Fûnneuve-
f. — .Non, mon père, rien. Je ne suis ,pas prophète,
'^ mais tenez que, pendant les événements plus ou moins
périlleux qui s'apprêtent, les orateurscatholiques.se re-
V mueront dans le vide; ils feront signer de ces pétitions
V que tout Gouvernement, lorsqu'il les reçoit^ jette au panier et ils prononceront de pathétiques discours dans des réunions triées . avôcsoin, pour qu'on n'y avarie pas leurs précieuses personnes 4 puis, quand le moment de descendre dans la rue et de se montrer sera venu, ces pieux matamores rédigeront encore de belliqueuses protestations, .tandis que Nos Seigneurs les Évêgues gémi-
ronc respectueusement en des phrases cherchées^ ce après quoi, tous se^ soumettront, ventre à terre, tranquilles, convaincus d'ailleurs qu'ils- ont rempli leur devoir et qu'ils se sont vaillamment conduits*
— Sni eaétait:ainsi> ce seraità désespérer delà France !
— Je ne vois pas de raison pour n'en point désespérer, répliqua; DurtaL
— Ah nom \ décrièrent en diœur les assistants; vous êtes trop pessimiste ; c'est un temps à passer; lesOrdces partiront en exil, c'est entendu; nous, subirons on Quatre-vingt-treize après, c'est encore possible ; mais il y aura ensuite une réaction et la France se relèvera et les monastèresi refleuriront.*.
— J'espère, ainsi que vous^ en une réaction, répondit: Durtal,. mais' quitte à feindre Toiseau^ de mauvais augure^ je vous avoue que je ne vois pas, même après uncf victoine conservatrice, les moines réintégrés dans leurs maisons. II. en sera pour moi de la loi des Congrégations comme du Concordat que les rois très chriitiens se sont empressés de garder. C'est une arme dont aucun Gouvemanent, quel qu'il soit, ne voudra se dessaisir.^.
La; meilleure chance qui pourrait vous échoir ser^t que la loi fût si implacablement, si odieusement exécutée^ qu'elle devînt par cela même difficile à défendre; peutêtre alors modifierait-on les plus impudents de ses articles; je le souhaite; si, au contraire, on l'applique placidement, doucereusement, si elle étrangle avec un lacet savonné les Ordres, elle s'inscrira, sans réforme, telle qu'une concession à perpétuité, dans le cimetière de nos codes. C'est triste à dire, mais il faudrait du sang
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pour la malédifier et le sang, dame, c'est ainsi que l'argent, les catholiques en sont plutôt un peu chiches !
— Hélas ! s'exclama le père de Fonneuve, j'ai grand' peur que vous n'ayez, cette fois, raison.
La cloche sonna. La récréation était finie. Tous se séparèrent.
— C'est très bien, tout cela, notre ami, dit M™* Bavoil à Durtal qui lui racontait la conversation de l'aprèsdîner, mais si les Bénédictins s'en vont, qu'est-ce que nous allons devenir ?
Et Durtal ne répondant pas : — Le moment est peut-être venu, reprit-elle, de prier une des saintes que vous aimez, sainte Christine l'Admirable que Ton invoque pour résoudre les cas difficiles.
— Et aussi, saint Benoît, je pense, car enfin j'inaugure, pour lui et de par lui, au Val des Saints, une pro fession un tantinet bizarre, celle de l'oblat in extremis, celle de l'oblat delà dernière heure. Je vais me porter, moi-même, en terre et mener mon propre deuil.
Il me semble tout de même que le bon Patriarche pourrait bien me ressusciter quelque part, à l'abri du monde, je ne sais où; je l'espère, mais, en attendant ce nouvel aiguillage, voilà bien des inquiétudes sur la planche.
[uELQjUES mois s'étaient écoulés ; ainsi que Ton devait le prévoir, la Chambre avait trouvé dans le Sénat son sosie d'opprobres. Unsous- Trouillot, du nom de Vallé, avait rempli avec quelques terrines de son eau de vaisselle Tauge de la rue de Tournon et les vieux glandivores s'étaient ventrouillés dans le purin de cette éloquence et avaient voté, haut la patte, la loi ; les congrégations étaient bel et bien étranglées ; le but si patiemment poursuivi depuis tant d'années était atteint.
Le Pape avait parlé, réprouvant les dispositions de la nouvelle loi, mais laissant, chacun, libre, sous certaines réserves, d'être traîné, s'il le jugeait opponun, sur la claie des Cult(es. Tout accord étant impossible entre des communautés rivales et d'esprit diflFérent, il n'y avait même pas à songer à une résistance en masse qui eût évidemment été la seule attitude digne, la seule attitude propre; la détermination, prise par Rome, était donc, en de telles circonstances, sage.
Les quelques moines, agités d'idées belliqueuses,
étaient bien obligés d'en convenir. En ce cloître du Val des Saints jadis si paisible,Ies soucis, jusqu'alors écartés de Tavenir, naissaient ; tous les pères envahissaient le scriptorium où étaient les revues et les journaux catholiques que recevait le monastère ; ils les lisaient silencieusement et, pendant la récréation, les commentaient, en les agrémentant parfois des plus cocasses gloses.
Tout ce petit monde qui n'était au courant de rien et qui s'était moqué, Dieu sait combien, jusqu'alors de la politique, se demandait quel mal il avait bien pu commettre pour qu'on le pourchassât de la sorte.
Et ce trouble se répercutait dans le noviciat.
Ce que vous avez fait, mais, aux yeux de vos prescripteurs, vous avez commis le plus impardonnable dès crimes, cdui de n'en pas commettre contre Dieu, dît Durtal, au petit frère Gèdre, qui le consultait, ahuri par ce bourdonnement de ruche qu^on enfume.
Tous erraient dans les corridors, aux écoutes. Le Révérendissime était à Solesmes et Ton attendait stvec impatience qu'il écrivît au père prieur pour savoir quand et comment s'effectuerait le départ.
Il n'y a pas de nouvelles^ dit M* Lampre à Durtal qui sortait avec lui de la grand'messe, mais la résolution du Chapitre des Abbés est si parfaitement connue d'avance qu'une lettre de Dom Bernard ne nous» apprendrait rien que nous ne sachions ; c'est l'exil à bref délai ; le lieu choisi du bannissement demeure seul ignoré et pour longtemps encore, je pense.
Et Durtal s'apprêtant à le quitter sur lé seuil de Té^ glise — Voyons, reprit-il, puisque vous déjeunez ai^our-^ d'hui à la maison, au lieu de vous rendre chez moi à
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rhfiure imperturbable du repas, arrivez dès maintenant; nous feuilleterons, en guise d.apéritif, mes enluminures.
— Ah ça, je veux bien, dit Durtal.
iL'habitation deM.Xampre, située à deux- pas de l'église et du couvent, était une de ces grandes bâtisses indifiérenteç, telles qu'il en.prospère. dans tous les bourgs. Elle sentait la province, l'odeur :mélangée de la colle à poisson etde la pomme, mais elleétait,.à rintérieur,.assez bien distribuée et munie de yieux meubles jconfortables. M. Lampre la tenait de famille, ainsi que ces ruines du cloître qu'il avait donnée avec de vastes arpents déterre aux moines.
H s'était simplement réservé un spacieux jardin qu'il avait séparé par un mur de celui de l'abbaye, pour que chacun fût chez soi; et ce; jardin, planté d'arbres séculaires, était traversé par des allées bordées de fleurs ; Tune arborait des massifs de roses de toutes formes, de toutes teintes, parmi lesquelles figurait la variété, assez laide du reste, de la rose verte. Sa collection de roses, entretenue à grands frais, était, en Bourgogne, cotée.
Pourtant, disait-il, un jour, à Durtal, je n'ai nullement la marotte de l'horticulture ; je me force par jdevoir à m'en enticher et ne dépense de l'argent que pxjur m'y intéresser.
Et conune Durtal qui admirait le feu d'artifice de . certeines touffes jaillies du sol, le regardait sans compEendee.
— C'est bien simple, reprenait-il, je suis si paresseux, si peu marcheur, que je ne bougerais pas .de chez moi, que je ne descendrais pas me promener dans le jardin, si je. n'étais muparle sentiment, très jnédiooie d'ailLeurs,
de m'assurer que je ne perds pas, envoyant des arbustes qui poussent, l'argent que leur achat et que leur entretien me coûtent. Je considère une plate-bande, je scrute une corbeille et, sans y prêter attention, je trottine; Thorticulture me dégourdit plus les jambes qu'elle ne m*égaîe les yeux ; c'est un point de vue un peu spécial mais il a, puisqu'il m'est utile, sa raison d'être.
Que diable, a-t-il bienpu faire dans la vie ? se demandait parfois Durtal. Ce que Ton savait de précis sur son compte se réduisait à presque rien. M. Lampre avait été, dans sa jeunesse, élève à l'école des Chartes et avait longtemps habité Paris. Il était resté célibataire et ne possédait plus pour toute famille que la fille de sa sœur mariée à un M. de Garambois, Préfet sous l'Empire, Sa sœur et son mari étaient morts et sa nièce, il ne l'avait guères fréquentée, car elle avait toujours vécu chez des religieuses ou près des cloîtres de Solesmes. Leurs relations jadis si espacées ne s'étaient réellement resserrées que depuis qu'elle s'était fixée au Val des Saints; et ils s'aimaient, en se disputant, sans trop se voir.
A en croire les potins du monastère, M.. Lampre, dont la iortune avait été considérable avant qu'il ne Teùt écornée par de nombreuses frasques, avait mené pendant sa jeunesse, à Paris, une existence de petit coq en émoi; puis, il s'était converti et il avait désormais vécu, dans sa maison du Val des Saints, bienfaisant et rageur, très retiré.
Lui et Durtal s'entendaient bien ; des goûts communs les rapprochaient ; M. Lampre était peu au courant de la littérature contemporaine et tout à fait arriéré pour ce qui concernait l'art de notre temps. Il était, en sa
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qualité de collectionneur, confiné en un nombre de matières fort restreint. Il s'arrêtait, en peinture, avant même les tableaux des primitifs, aux enluminures et, en histoire monastique, il n'appréciait que les monographies et les cartulaires.
Il en détenait des collections très complètes ; il possédait surtout d'admirables livres d'Heures du xiv* et du XV* siècles que lui enviait l'abbaye à laquelle il avait promis d'ailleurs de les léguer. Il avait naguères dépensé d'imposantes sommes à ces achats ; mais des époques moins débonnaires étaient venues; il avait dû aider à l'installation, pourvoir même, pendant les premières années, à la subsistance de ces moines qu'il avait demandés à Solesmes et il était à la fois furieux contre eux qui l'empêchaient de continuer des dépenses somptuaires et satisfait de les secourir.
Les jours de mauvaise humeur, il grommelait son habituelle plainte : qu'est-ce que je leur réclame, en échange des belles occasions que j'ai, à cause d'eux, ratées ? de devenir des saints et j'y suis de ma poche, car ces mâtins-là me leurrent ; et, soulagé par quelques grains de débinage, il était de nouveau prêt à leur rendre service.
En sus de sa passion pour les cartulaires et les miniatures, il était encore, en sa qualité de bourguignon, iéru d'un autre amour, celui d'une bonne cave et, mélancoliquement, à table, il se remémorait les années où il n'avait pu acquérir une petite provision de Beaune-Hospice, parce que ces sacrés Bénédictins l'avaient mis à sec.
Ces regrets enchantaient sa nièce à laquelle il reprochait sa gourmandise.
3Pé l'ow-at
— Voilà, disait-elle, il faut être indulgent les uns pour les autres, car chacun a sa petite manie et son grospcché; moi, ce sont les friandises; mon oncle, ce mm les vieux crûs de la Bourgogne.
Mais il n'admettait pas cette assimilation; l'amour des grands vins, disait-il, est un amour presque noble, car il y a une certaine beauté, un certain art dans la saveur, dans la couleur, dans le bouquet d'un Corton ou d*un Chambertin, tandis que la convoitise des chatteries et des gâteaux relève d*un sentiment bourgeois et décèle des instincts grossiers, des appétences viles ; et il la rabrouait, tandis qu'amusée de l'entendre grogner, elle se tordait.
En attendant qu'elle arrivât, — car, ce matin-là elle devait déjeuner aussi, chez lui, — M. Lampre introduisit Durtal dans la pièce où s'alignaient sur des rayons de chêne lés histoires monastiques et les cartulaires.
La pièce était vaste, tapissée d'un papier fleuri de coquelicots sur champ gris, meublée de bergères en velours d'Utrechi citron, de tables d'acajou, d'un secrétaire empire avec serrure à trèfle.
Durtal explorait les bibliothèques, mais quelques-uns seulement de ces gros bouquins l'intéressaient car, de même que dans toutes les collections, il y avail, pour faire nombre et compléter ks recueils, un tas de volumes illisibles que, pas plus que lui, M. Lampre n'ouvrait.
Ce qui captivait davantage Durtal, c'étaient les livres d'Heures; ceux-là étaient rangés dans le secrétaire et enfermés dans des écrins. M. Lampre ne désirait gént;raleiiient pas les montrer ; il les gardait jalousement,
pour lui. Il les avait pourtant exhibés déjà, plusieurs fois, à Durtal, mais il fallait que ce fût, lai-même, qui proposât de les regarder, sinon il demeurait sourd à toute invite.
Il avait offert, ce matin-là, deks examiner ; cela allait donc tout seul et il^en sortit de kurs gaines quelquesun?.
Cétait toujours un régal que rapparition de ces fraîches merveilles; je n'en ai pas beaucoup, dîsait-il, mais je crois n'avoir raflé dans les ventes que des pièces, de choix et il soupirait, avouant le prix de trente mille francs payé pour Tun de ces livres, magnifique du reste « Horae beatae Marise Virginis », un petit in-quarto avec reliure du xvi* siècle, à larges dentelles, un manuscrit de l'école flamande francisée de la fin du xiv* siècle, en lettres gothiques, sur vélin, paré de cadres de branchages et de rinceaux, à chaque page ; et ce volume de près de 300 feuilles contenait une cinquantaine de miniatures à fonds d'or plat ou diapré, étonnantes, des Vierges de Nativité, à peine pubères, mélancoliques et matines, des saint Jean, jeunes et imberbes, écrivant près d'un aigle, dans des intérieurs charmants, éclairés de croisées à résilles de plomb ouvertes sur de verts paysages à allées très pâles, menant à de petits donjons; et de grandes scènes, telles que TAunonciation aux bergers, la Visitation, le Calvaire étaient traitées avec une bonhomie de réalisme et un sentiment de piété naïve, vraiment touchants.
— Voici, dit M. Lampre, un Diurnal de moindre prix, mais bien curieux; remarquez la façon dont l'artiste a peint la Sainte Trinité ; elle difière absolument
3o8 l'oblat
du modèle connu, adopté par la plupart des enlumineurs du Moyen-Age : le Saint Esprit, planant sous la forme d^une colombe au-dessus du Père et du Fils. Ici, le Père, couronné ainsi qu'un Pape du trirègne, et assis sur le rebord d'une gloire, pareille à une amande d'or, les pieds appuyés sur Tescabeau du monde, tient en son gîron Jésus qui tient, lui-même, de la même manière, le Paraclet, figuré par la souriante personne d'un gamin blond. Est-ce étrange I
— Et ce qui est non moins étrange aussi, c'est la conservation de ce manuscrit ; les teintes sont en fleur, comme lorsqu'elles naquirent, s'écria Durtal, stupéfié, en effet, par ce coloris clair et jeune, par ces rouges restés intacts, par ces ors inaltérés, par ces ciels bleuâtres demeurés limpides.
— Ah ! ils n'acquéraient point leurs produits che? des marchands et l'aniline n'était pas encore inventée, répondit M. Lampre. Ces gens broyaient, eux-mêmes, leurs couleurs qu'ils extrayaient de certains minéraux, de certaines terres, de certaines plantes.
Nous n'ignorons pas leurs recettes ; ce blanc un peu pâteux que vous voyez là, est du blanc d'os, celui-ci plus léger est de la céruse ; ce noir provient du charbon pulvérisé d'un sarment de vigne ; ce bleu est du lapis ; ces jaunes sont de l'herbe à foulon et du safran ; ce rouge vif du minium et ce brun rouge qui correspond à notre ocre est de la terre maigre, de la macra de Naples ; ce vert est tiré de la fleur de l'iris ou de la baie du nerprun ; ce bleu, tournant au violet, n'est pas, ainsi que vous le pourriez croire, obtenu par un mélange de bleu et de rose, il est issu du tournesol et il entrait dans sa
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composition des éléments assez hétéroclites, tels que de Turine d'homme ayant bu du vin.
Us se repassaient des ordonnances singulières mais efficaces, puisqu' aucune de leurs nuances n'a bougé. Le blanc d'œuf qui était l'ingrédient le plus usité pour la détrempe, ils en détruisaient la viscosité avec de Teau de lessive vieille de quinze jours et l'écume avec un peu de cérumen, de cire d'oreille. Pour fixer leur or, découpé dans des feuilles, ils commençaient par frictionner le parchemin avec de la colle à bouche, en ayant soin de ne l'employer que lorsqu'ils avaient terminé leur digestion ou étaient à jeun ; puis, ils usaient d'enduits adhérents dans la confection desquels figuraient de la gomme adragante, du bol d'Arménie et du miel ; d'après un récipé découvert dans les comptes de Dijon, à propos du peintre Malouel, ils se servaient aussi d'une gélatine extraite des nageoires de la morue.
Mais Durtal ne l'écoutait plus ; il considérait les éclatantes floraisons de ces vélins. Ah ! fit-il, en refermant le livre, la délicieuse et la fi-êle,et la fine petite fille, aux yeux d'azur et aux cheveux d'or, que cette Enluminure qui enfanta, en une longue gésine, une fille si énorme, la Peinture, qu'elle mourut, en lui donnant le jour !
— Oui, mais elle ne trépassa point sans avoir atteint l'apogée suprême de son art, avec Fouquet, Jacquemart deHesdin, André Beauneveu, Simon Marmion, les frères de Limbourg et, dans ses dernières années, avec cet étonnant Bourdîchon, qui peignit les Heures d'Anne de Bretagne.
Ceux-là qui travaillèrent pour les princes et les rois, nous les connaissons, car Ton a retrouvé leurs noms et
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Tétat civil de leurs ouvrages dans les layettes des archives et les registres des trésoreries, .mais combien restent inconnus ! et, dans les clôtures ;qù la miniature naquit et où. les moines ne. mentionnèrent pas toujours par écrit les noms deileurs.praticiens,.conibiende chefsd'œuvre anonymes ou perdus, combien attribués à des laïques qui ifureat leurs imitateursou leurs disciples !
Certainement, reprit M. Lampre, après un silence, en ouvrant les Heures de la Vierge, ce manuscrit est une merveille, mais, à vous parler franc, mon rêve, à mai, eût été de po^éder des peintures moins parfaites peutêtre, mais antérieures à celles-ci et d'origine monastique plus sûre, cette Bible, par exemple, dont il est question dans la Chronique de Quny et qui avait été copiée et enluminée par Albert de Trêves et parée par les ornemanistes du cloître d'une reliure sertie d'or et ceillée de béryls et de rubis ou bien encore un volume de ce religieux nommé Durand qui illustrait si magnifiquement les livres liturgiques de l'abbaye que l'Abbé voulut, en signe de reconnaissance^ et d'admiration, que la communauté doublât pour lui, après sa mort, l'office que l'on chantait pour chacun des frères. défunts •
J'aurais vendu maison, champs, tout le bazar, pour les acquérir. Qu'étaient ces moines dont les travaux ravirent leurs contemporains? je l'ignoie : les histoires de Quny et les biographies de quelques-uns des Abbés sont parfois disertes, mais elles nous renseignent mal sur la vie de ces miniateurs qu'elles signalent, pêlemêle, avec les architectes, les joailliers, les relieurs, les tailleurs d'images, les verriers, avec tous les ouvriers d'art, issus de toutes les régions, qui remplissaient
le monastère, car ce fat une véritable école d'art mystique, sous toutes ses formes, que Cluny !
— Sans compter, fit Durtai, lesécrivains,^tels^que saint Mayeul, saint Odilon, saint Hughes, Pierre le Vénérable, d'autres qui ne furent point canonisés et qui nous laissèrent d^instructives monographies, Syrus, celle de saint Mayeul, Jotsand, celle de saint Odilon, enfin le célèbre Raoul Glàubert, dont l'histoire universelle est, tant de fois, depuis le Moyen- Age, citée- Mais la gloire de l'abbaye, ce furent surtout ses architectes qui rassurèrent» Je me rappelle avoir visité ses restes devenus une école professionnelle et un haras; les ruines de la basilique suggèrent Tidée contradictoire de la sveltesse et de l'énormité'; cette %lise gigantesque avec sa forêt de clochers, son vestibule grand à lui seul comme Notre-Dame de Dijon et précédant la réelle église, immense, avec ses cinq nefs, ses futaies de piliers aux chapiteaux sculptés de feuillages, d'oiseaux, de bêtes chimériques, ses trois cents fenêtres dont les personnages brûlaient en des torches de couleur, ses deux cent vingt-cinq stalles de religieux, dans le chœur, suscitait l'impression d'un monument colossal, décelait le type d'un style roman qui ne subsiste que là et dont les proportions formidables n'ont pas été dépassées par le gothique.
Il n'y a pas à barguigner, c'étaient de fiers lapins, les deux moines qui érigèrent cette basilique géante, Gauzon qui en traça les plans et Hazelon qui les exécuta !
— Et il n'y eut point que ces deux-là, dit M. Lampre, des architectes dont les noms sont oubliés et qui étaient, eux aussi, des Clunistes, ont rayonné de toutes parts et
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créé ces sanctuaires superbes de Paray-le-Monial, de Saint-Etienne de Nevers, de Vézelay, de la Charité-sur- Loire, de Montierneuf de Poitiers, de Souvigny, de combien d'autres encore !
Les Abbés n'avaient imposé aucune formule, aucun gabarit d'esthétique à leurs ateliers; ils respectèrent le tempérament de chacun et cette déférence explique l'extrême variété de ces constructions et convainc d'erreur Viollet le Duc qui voulait qu'il y eût un style Clunisien — et il n'en a pas existé de proprement ait ; — il y a eu un style roman et des architectes clunisiens l'utilisant, mais, tous, d'une façon différente, travaillant pour la gloire de Dieu, selon leurs conceptions personnelles, selon leurs forces !
— Ahl ce Cluny! s'exclama Durtal, ce fut vraiment l'idéal du labeur divin, l'idéal rêvé ! ce fut, lui, qui réalisa le couvent d'art, la niaison du luxe pour Dieu; je ne cesserai de le répéter, c'est à cette source-là que la congrégation moderne de France doit remonter, si elle veut conserver sa raison d'être.
— Vous en causez à votre aise ; il faudrait découvrir des gens de talent et pieux, dans tous les genres, ou en créer et ce n'est pas commode, fit M. Lampre.
— Evidemment ; mais, imaginez, à Paris, un cloître et une église édifiés par Dom Mellet, l'architecte monastique de Solesmes et une colonie venue de cette abbaye, chantant, sous la direction de Dom Mocquereau, le plain-chant ; imaginez des cérémonies magnifiques, des ornements, des statues, tout à l'avenant. Le succès des Bénédictins eût été prodigieux ; le snobisme s'en serait même mêlé, ainsi que pour la troupe des cabots de
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Saint-Gervais, mais il aurait aidé à attirer les foules.
Et ils auraient certainement gerbe des vocations d'artistes fascinés par la splendeur de ce milieu et récolté tout l'argent qu'ils auraient voulu. Ajoutons qu'ils auraient singulièrement avancé l'heure du triomphe du chant grégorien, en l'implantant, en plein cœur de Paris et qu'ils auraient pu occuper dans l'art une telle place qu'aucun Gouvernement n'aurait osé les toucher.
Afin d'obtenir un semblable résultat, il eût été nécessaire, pour parler la langue industrielle, de faire grand, d'exposer une maîtrise impeccable, de dérouler sous d'imposantes voûtes un habile cortège de fastueux liturges. Seul, Solesmes était de taille à réaliser un nareil concept ; mais par suite de circonstances désastreuses, indépendantes de sa volonté, TAbbé n'a pu établir un monastère à Paris. La malechance s'en est mêlée comme autrefois à Solesmes même, lorsque Dom Couturier voulut rénover l'enluminure.
— Tiens, vous savez cela ?
— Dame, Dom Felletin m'a raconté ce projet et nommé un oblat fort expert en cet art désuet...
— Anatole Foucher, oui, je Tai jadis fréquenté...
— Et qui a façonné des élèves à sainte Cécile de Solesmes.
— Et aussi chez les Bénédictines de la rue Monsieur, à Paris, car les miniatures se sont maintenant réfugiées dans les cloîtres féminins de l'Ordre. J'ai vu, d'ailleurs, des vélins dessinés et coloriés par ces moniales de Paris et aussi par celles de Dourgne et qui révélaient, en sus d'une savoureuse adresse de métier, des surgies d'âmes vivant en Dieu, vraiment charmantes.
Il y a bien aussi les dames dli' monde' qui historient le parcheittitt, mais je n'ai pas besoin de vous décrire leurs contre-sens litxirgiques et la fadeur de leurs imageries dignes de figurer sur des bottes de baptême ou dans les pieuses et bébêteîs chromos d'un Bbuasse.
— Gelles-là, je les connais; je les ai autrefois visitées à Paris, où la société de ces nobles gfibouilieuses les exhibait en de précieux salons; mais il y a encore pis, une nouvelle école, appliquant les procédés du iMoyen-Age à des sujets contemporains et profanes; celle-là, composée de pénibles virtuoses, plaque sur des fonds, en relief, une boue d'or qui sert de monture ï des turquoises d'occasion et à des bouts de perles. C'est ie rastaquouèrisme' de Tenluminure ; je doutte qu'elle puisse jamais^ être traitée avec urt goût plus vil et un dessin plus bas.
— Je vous l'ai dit, avant de disparaître complètement, elle se survit en Foucher et en ses q\ielques disciples, perdues derrière les grilles des cloîtres. A noter encore — j'ai lu cette annonce quelque part — ' que^ les Bénédictines de Marédret, en Belgique, ont illustré un superbe manuscrit de la règle de saint Benoit, offerr à r Empereur d'Allemagne, par TAbbé de Maria Laach; c'est tout ce que je sais.
" J'arrive en retard, s'écria M^^** deGarambois qui entra en coup de vent dans la pièce ; mais c'est h faute du' père Felletin que" j'avais fait demander àl'audltbîre...
— Le déjeuner est prêt, fit M. Lampre, en voyant la bonne ouvrir la porte de la salle à manger; allbns, à table ; vous vous excuserez après.
— je suis furieuse, dit-elle, lorsqu'ils furent assis; je
n'ai pu communier, ce matin, parce que, maigri sa, promesse, Dom Felletin ne m'a j)as confessée, hier au Car*mel de Dijon. Il vient de m'expliquer q.u'il ,avair :été requis au dernier momenr e.tmis dans Timpossibiliité :de prendre le train... vous avouerez qae, depuis Ja nomination de ce curé, notre situation devient absurde au Val des .Saiut.s !
— Je vous crois, répartit Durtal, quand je pehse que le jour de la Pentecôte, le jour de la fête du saint Esprit, les pères n'ont pas officié à l'église parce que c'était un dimanche e.t que ledit curé n'avait pas jugé à propos de leur prêter son immeuble^ c'est inouï ! Il a fallu se contenter d'une messe chantée dans ce malheureux petit oratoire où l'on étouffe et où aucune cérémonie n'est possible.
Lorsque je me rappelle pareille fête, Tannée d'ayant^ avec l'office Pontifical, la théorie des moines dont les coules noires et les aubes blanches tranchaient sur la pourpre et Tordes ornements, lorsque je me rappelle le « Veni Creator » enlevé par tous les moines et projeté jusqu'aux voûtes parla trombe des orgues et que je songe à la misère de ce que j'ai entendu et vu dans le brouhaha et l'asphyxie de ce pauvre refuge, j'enrage et voue à tous les cinq cents diables et l'épiscope et son cui'aton!
— Vous avez la messe et les Vêpres de la paroisse, dit, en riant, M. Lampre.
— Ah ! s'écria Durtal, figurez-vous que, dimanche dernier, je me suis glissé, à l'heure du Salut, dans l'église et (jue j'y ai assisté à l'un des spectacles les plus bouffes qui soit. Le baron des Atours était debout devant un
harmonium dont son grand cadet-lagingeole de fils lubréfiiiit de ses doigts humides les touches.
Et le baron, après s'être nonchalamment passé sur le stérile boulet de son occiput une main qu'allumaient des bagues, a retroussé la brosse à dents de sa moustache militaire et, les yeux au ciel, d'une voix acétique, a débité un étonnant couplet dont je n'ai retenu que la fin.
Jésus sera mon ambroisie Et mon doux miel.
Je serai sa maison chérie.
Son petit ciel.
Voyez-vous le baron devenu le petit ciel du Christ ! les paysannes ahuries ouvraient des bouches en valves d'huîtres et notre curé dodelinait du chef et souriait, déférent et heureux.
— Oui, certainement, répliqua M. Lampre, avec sa morgue et ses prétentions vocales, le baron des Atours est bien ridicule, mais sorti de là, il faut dire, pour être juste^ qu'il est un brave homme qui rend d'appréciables services aux sociétés philanthropiques deDijon. Son fils est également beaucoup moins godiche qu'il n'en a Taîr, Cest un honnête garçon, très travailleur, mais dame I il n'a jamais quitté sa province ! — Tenez, bien qu'il soit provincial aussi, celui-là, je vous le recommande, poursuivit-il, en débouchant avec des soins infinis une bouteille. Ce vin est du clos de laCommaraine; il est produit par des vignobles dépendant du finage de Pommard; nos •pères le qualifiaient de « loyal, de vermeil et de marchand ». Il est, dans tous les cas, bou-
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quêté par l'âge et de bonne garde ; regardez, c*est de Tescarboucle liquide qui coule dans le verre.
— Et il me reprochera ma gourmandise I s'exclama M"« de Garambois.
— Ma nièce, les grands crûs sont des œuvres monastiques comme Tarchitecture, comme l'enluminure, comme tout ce qui est bel et excellent, ici-bas. Le clos Vougeot et le Chambertin, l'honneur de notre Bourgogne, ont été cultivés, l'un par les moines de Cîteaux, l'autre par les moines de Cluny ; Cîteaux a possédé des vignobles dans les climats de Corton et delà Romanée; les chartes de Voinay mentionnent, sur le territoire de cette commune, le clos saint Andoche, qui appartenait à l'abbaye Bénédictine de ce nom. Le monastère Cistercien de Maizières et, plus tard, les Carmélites exploitèrent de nombreuses chevances à Savigny-les-Beaune et vous savez que l'on appliquait alors au vin de Beaune les laudatives épithètes de vin « nourrissantj théologique et morbifuge » ; l'on ne peut le nier, les climats les plus renommés de notre province sont issus de l'art viticole des cénobites !
N'est-ce pas naturel, d'ailleurs ? le vin est une substance sacramentelle. Il est exalté dans mainte page de la Bible et Notre-Seigneur n'a pas trouvé de plus auguste matière pour la transformer en,son sang. Il est donc digne et juste, équitable et salutaire de l'aimer !
— Les médecins le prohibent maintenant; dit M"* de Garambois.
— Les médecins sont des imbéciles, reprit M. Lampre ; outre que le vin réjouit le cœur de l'homme, ainsi que l'énoncent les Saintes Ecritures, il est d'un réconfort
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autrement puissant, autrement $ûr, q^ie le:$ fers qiji n^ s'assimilent ppipt tt Iç^ awgr.es drag^f§; ojq Tio^^rdit aujgufd'fciui ^sgens qui s^ plgigaemd^ nu»x d'e^toxziac et nos pères l'employaient au contraire pojuir U core 4^ ces oiau*, ténaoin Erasme qui rçl.ate que To» gujérissait, dç so» .tçmps, ce genre d'afeçtions avec d^ doçi^s réfeaçtées de Viçux Beauae; la v^irité est qu^ Ni)tjp^-S^g»eur a )Ha$»t;enï<n.t choisi, pom noi^s Us sign;ale/ ^ pimr ks anoblir, l^$ d^^x su>staiîA;e? qu'ij jugeait ks plu^ pré* çieus^s et qiji'il destinait ^ assurer la santé 4» çprps et diÇ l'esprit : le pain qt le vin ; aussi çst-gç fak» 6 d^ s^s eiasçigniemems, q^^^^ de n'en pa^ us^er !
r^ Sien, mon Qftcle, mai? il ^;^i.st^ eocpr» «n ^mtcç poiçt de Y\m que vous me paraisse? mg^ig^r^ UçQint <d« vu^e liturgique; vous reçQanaissij? av«iç moit n'^^t-^/ç pa$, quç l'idéal d<â Ouny, de célébra les Ipuang^is 4e Dieu avçiç ppnjpe, d« lui dédier ce que npuç avons dç plu^ b^au f 1 4# meilljeur, est uo id4fil légitime et oia^ gnifiquç et, cpmm^ dirait notre frère Durtal, surélevé^..
Elle se tut^ atteudâut de son oqcle un sign^ d'^^pprpbation.
Mais, sentant qu'elle préparait de loiu une atta(qae, il resta impassible.
Elle reprit, considérant ce siler^ce tel qu'une adhé^ sion,
— Ne voussemble-rt-il pas dès lors que le vin présenté au Sauveur pour traqssubstantier son précieux sang devrait être, lui aussi, à l'avenant des cérémonies liturgiques, du luxe et du confort dont on Tentour.©, en notre Ordre ; par conséquent les plus admirables crûs des vins bJanç§ devraient être distribués aux moines ppur le
service dies Kiesses et vpus qui détenez d'exacts Moutracbç:t.e.t dVmheJCUiiqiies Pouilly vous lerie^ certaine^ ment une œuvre pie, en vous .en dépoaAillMit £a &veur de Tau tel.
Vo«Ls m^ prêcheriez, par h même occ^skm, un exemple du mépris de la table et .de la fine cbère qui me serait sans doute profitaUe^.^
-- Ah ! c'e^ à cftU que vou« .ea vouliez venir, à la gourmandise pour le Boq Dieu, je vous re^ooiwi^» U ! — -eh bieti, j^ ne veu?: pais, aousLe prétexte d'honorer le Très-Haut, inculquer à ses prêtres des distractions de gouri»^ts pendant la messe; péché pour pécbé, il vaut mieux, tout bien considéré, que ce soitBioi qwl lecommette, car il est moins grave, moins oflFensaat pour Dieu, devant un verre, à table, que devaat un calice, à l'église. Je coiïseryerai^ douCt ne vpu^ ea déplaise, dans Tifl^térêt mJ^xm de la religiojn, nies Montrachet et ©es Pouilly, et ^v.ec la piété et le .bon çeas qui vous caractériserw, manièce, vous i»e dannexez, en y réfléchissajot, raison,
— Je n'ai pas de succès, fit en riant M"® de Garam* bois; à vrai dire, je m'y attendais un peu; mais voyons, mon cher Durtal, pour en revenir à notre malheureuse situation 4U Val des Saints, comment s'arrange h brave M"** Bayoil pour accomplir ses devoirs religieux, car elle est Logée à la même enseigne que moi !
— Dame, ne pouvam se rendre souvent à Di}on pour y joindre le P. FeJJetio., car il a y aurait plus de ménage et de cwigine possibles, elle se contiente du curé ; mais elle n y va qu'à son corps défendant et gémit d'être confessée, dit-elle, par un petiot qui ne sait rie»; j'essaie de la consoler, en lui démontrant la parfaite sapience
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de Dieu qui Ta privée de toute grâce sensible, pour qu'elle n'ait pas de discussions mystiques avec cet homme — ça ne prend pas !
— Cest peut-être un bien, car ces ennuis Taideront à supporter plus aisément le départ d'ici, si vous filez à la suite des moines.
Durtal eut un geste vague.
— L'idée de déménager mes livres et de charroyer Tamas de mes bibelots et de mes meubles m'abêtit à un tel point, soupira- t-il, que j'aime mieux n'y pas songer.
— Mais, fit M. Lampre, tous les pères ne déserteront pas la commune.
— Pourquoi?
— Ecoutez, il y a d'abord la vigne qui est la principale ressource de l'abbaye et i\ faudra toujours bien laisser le P. Paton et les convers qu'il «mploie pour la soigner. Il faudra, peut-être aussi, un ou deux religieux pour garder les immeubles ; il en restera donc forcément, quelques-uns, ici.
— Et si le Gouvernement s'empare des bâtiments et de la vigne ?
— Turlututu ! j'ai offert à l'abbaye Tancien prieuré et les terres qui en dépendent, mais je n'ai point été assez bête pour ne pas adopter des dispositions qui garantissent contre toute spoliation légale, et les pères et moi; autrement dit, je loue aux Bénédictins leur maison que j'ai fait rebâtir — les devis, les factures sont à mon nom et c'est moi qui ai réglé, en personne, les mémoires des entrepreneurs et de Tarchîtecte. — Les Bénédictins, suivant des baux consentis et enregistrés en bonne et due
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forme, me paient, chaque trimestre, contre quittance, les arrérages d'un loyer de dix mille francs par an. Je leur rends l'argent après ou ne le reçois pas, poursuivit, en souriant, M. Lampre, mais les pièces sont là ; je suis seul propriétaire de l'immeuble et des terres; et comme ces biens me viennent de famille et que Tonne peut arguer que je les ai acquis spécialement pour y loger des moines, aucune chicane de personne interposée n'est possible.
De même pour la vigne ; elle a été achetée à mon nom, soldée par moi, chez notaire — les actes en témoignent — et je suis également censé la leur avoir louée pour la faire valoir; mes droits sont, au point de vue juridique, incontestables.
— Oui, mais ils peuvent empêcher les Bénédictins d'être vos locataires.
— Tout est possible, avec des happe-lopins de cette espèce; mais personne ne peut interdire au père Paton, une fois relevé de ses vœux, d'entrer dans le clergé séculier du diocèse de Dijon dont il est originaire, et de me louer, en qualité, non plus de moine, mais de simple particulier, ma vigne ; de même encore pour les convers qui quitteront, eux aussi, Thabit monastique, et seront engagés au titre de domestiques.
J'en ai déjà causé avec le Révérendissime et c'est ainsi que, d'un commun accord, nous agirons.
Par conséquent, quoi qu'il arrive, quitte à soutenir des procès que je me charge de prolonger pendant des ans, le cloître ne sera pas complètement vide et il y aura peut être moyen de monter des offices, d'organiser quelque chose.