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DEUX VISITEURS INATTENDUS

■L connaissait cette façon d'avertir qu'Aurèle, son domestique, n'avait ordre d'user qu'en des circonstances graves, lorsqu'il s'agissait d'une demande importante ou d'une nouvelle décisive.

— Entrez, dit-il, ennuyé, prévoyant une de ces visites inévitables qui coupent l'inspiration et rejettent la pensée loin de l'idée caressée.

Le domestique s'excusa, sachant bien que le premier mouvement de Fortis en pareil cas était une sorte de brusquerie nerveuse.

— Qu'est-ce que c'est, Aurèle ?

— Monsieur, dit le domestique, ce sont deux Messieurs qui désirent voir Monsieur.

— Deux Messieurs ?

— Je leur ai dit que Monsieur ne recevait pas, que Monsieur était sorti. Ils ont insisté

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répétant qu'ils reviendraient et qu'il fallait absolument que Monsieur leur fasse savoir à quelle heure ils pourraient voir Monsieur. Ils m'ont dit : « Vous lui remettrez nos cartes. » Voici leurs cartes.

Aurèle tendit sur un plateau deux cartes que Fortis examina, le domestique ajoutant :

— Ah ! ils ont dit encore : vous avertirez M. Fortis que nous venons de la part de M. de Morlière. J'ai pensé qu'il valait mieux faire savoir à Monsieur...

André regardait les cartes, répétait ce nom, M. de Morlière, et relisant les autres noms gravés sur les morceaux de carton : Comte de Lartiges et le commandant Vignal, de VÈtat-Maj or général^ se demandait ce que signifiait cette double visite de gens inconnus venant de la part d'une troisième personne.

— Vous êtes sûr que ces messieurs ont bien demandé M. Fortis ?

— Oh ! oui, Monsieur, parfaitement sûr, répondit Aurèle. L'un des deux, le plus grand a même dit : « Il doit être dans son atelier. » Preuve qu'ils savent bien que Monsieur est peintre.

— M. de Morlière? Qu'est-ce que M. de Morlière? prononça André Fortis tout haut.

— Faut-il faire monter, Monsieur ?

— Faites monter.

— Deux hommes qui viennent de la part d'un troisième : on ne se présenterait pas autrement pour un duel, pensait André. Mais après tout, on peut venir aussi voir à deux des tableaux dont a parlé un troisième amateur.

Il avait hâte de savoir ce dont il s'agissait et, posant sa palette sur le tabouret, il regardait avec un peu de tristesse ce flamboyant coucher de soleil auquel l'arrachait la visite inattendue.

Aurèle réapparut au seuil de l'atelier faisant signe d'entrer à deux hommes fort élégamment vêtus et qui saluèrent André d'une façon correcte, un peu solennelle, diplomatique.

Ce n'était pas là une visite d'amateurs de tableaux.

— C'est bien à M. André Fortis que nous avons l'honneur de parler? dit l'un deux.

— Oui, monsieur.

Il leur fit signe de s'asseoir, avança même un fauteuil et, les enveloppant d'un coup d'œil, les étudiant rapidement, il attendit.

L'un — celui qui avait parlé — était un homme d'une cinquantaine d'années, chauve, avec de fines moustaches encore blondes, le col raidi, cravaté de bleu et la taille svelte, serrée dans une redingote à la dernière mode. Il avançait en parlant ses bottines vernies,

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guêtrées, comme pour montrer ses pieds, qu'il avait très petits. Un type élégant de clubman, de gentilhomme chasseur.

L'autre, maigre, sec, avec un profil à la Don Quichotte, la moustache à la russe, jeune encore : ce devait être un officier de cavalerie.

— Monsieur, — dit-il, en martelant ses mots, les coupant entre ses dents, comme par une coquetterie de diction, — le nom de notre ami vous apprend assez nettement le but de notre visite.

— Le nom de votre ami ? fit André un peu surpris.

— M. de Morlière nous a chargés de vous demander des explications, ou plutôt, puisqu'il faut parler net, des excuses à propos de l'altercation qui a eu lieu entre vous et lui, hier, à Versailles.

André écoutait, scrutait chaque mot, comme un homme qui peinerait pour comprendre chaque syllabe d'une langue étrangère.

Il se trouvait brusquement devant une réalité dont il ne connaissait rien, qui se dressait, pareille à une vision inattendue brutalement matérialisée. De quoi, de qui venait-on l'entretenir? Qui était-ce M. de Morlière, et à quelle altercation ignorée ce visiteur faisait-il allusion ?

Ces deux hommes inconnus étaient les

témoins d'il ne savait quel adversaire dont il ne soupçonnait même pas Texistence.

— Voyons, voyons, se dit-il, faisons appel à tout notre sang-froid, gardons toute notre raison.

Ce qu'il voulait, ne sachant rien de ce dont on venait lui demander compte, c'était apprendre la cause de cet envoi de témoins, sans laisser entrevoir à ces représentants de M. de Morlière qu'il ignorait tout, absolument tout de ce qui faisait l'objet de leur mission.

Et ce fut comme une sorte d'escrime particulière où André, ne se découvrant pas, se dominant par un terrible effort de volonté pour ne pas laisser deviner sa stupeur — cette incroyable ignorance d'un fait où, visiblement, certainement, il avait été acteur sans le savoir — cherchait à apprendre par bribes un secret dont il était responsable sans en être conscient.

— Une altercation avec M. de Morlière ! Je n'ai pas l'honneur de connaître M. de Morlière, dit-il froidement.

— Nous savons parfaitement que vous ne connaissez pas M. de Morlière — pas plus qu'il ne vous connaissait hier. Personnellement tout au moins, dit le comte de Lartiges, car notre client n'ignorait pas le nom d'un artiste célèbre. Mais, bien que l'ofïense n'ait

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pas été adressée volontairement au vicomte de Morlière, elle n'en est pas moins une offense et, devant une femme, elle prend un caractère plus vif, dont notre ami exige, je vous le répète, une réparation.

— Je suis prêt à donner à M. de Morlière toutes les réparations qu'il souhaitera, dit André, domptant son émotion, pourvu qu'il me dise en quoi je l'ai offensé !

Le commandant qui n'avait pas desserré les lèvres, interrompit avec une sorte de brusquerie :

— Comment, Monsieur, parce qu'une automobile vous frôle un peu et que vous ne vous garez pas assez vite, on vous jette — assez vivement peut-être , trop vivement si vous voulez — un cri, une épithète qui vous déplaît et vous répliquez par un geste, effleurant presque la joue d'un homme que vous ne connaissez pas, soit, qui a, mettons les choses au pire, failli vous écraser, mais que vous insultez matériellement, et vous demandez en quoi vous avez offensé M. de Morlière !

Les yeux d'André Fortis ne quittaient pas ceux du commandant Vignal. Il cherchait à y lire ce que le soldat ne disait pas, le complément même de cette scène dont il ignorait tous les détails et qu'on lui révélait à lui comme s'il se fût agi d'un autre.

Et ce mot éternel, V autre , Vautre, lui revenait à l'esprit. L'autre qui avait contracté la dette que ces hommes venaient lui demander d'acquitter !

Cette eftroyable lacune de sa vie s'ouvrait béante, pleine de mystère.

— Êtes-vous certain, dit-il lentement, se dominant par un effort puissant, comprimant son cœur qui battait, tremblant de paraître effrayé alors qu'il était foudroyé et comme stupide, — êtes-vous bien certain que ce geste, impulsif dans tous les cas, je l'ai fait, réellement fait ?

— Le personnel de l'hôtel des Réservoirs en a été témoin, fit M. de Lartiges.

— Et nous sommes étonnés que vous cherchiez de la sorte un moyen dilatoire, ajouta le commandant.

André répondit nettement, bien résolu dès à présent, à couvrir l'autre, le coupable, pour ne point, par un aveu qui lui eût semblé une honte, se découvrir soi-même :

— Pardon, pardon, je ne cherche aucun faux-fuyant... je demande ce qui s'est passé exactement entre M. de Morlière et moi ! Voilà tout.

Les témoins de M. de Morlière s'entre-regardèrent un peu surpris :

— Eh bien, dit le commandant Vignal, bien

que j'aie déjà précisé, je vais préciser mieux encore.

« Hier à sept heures un quart, dans la rue des Réservoirs, M. de Morlière revenant en auto d'une promenade avec M""® de Morlière vous a crié : « Gare, imbécile ! » Vous vous êtes avancé vers lui lorsqu'il est descendu de sa voiture, des propos ont été échangés, vous avez levé la main sur lui, et vous avez pris la carte qu'il vous a remise, pendant que vous lui remettiez la vôtre.

André pensait : « Cette carte, je ne Tai pas retrouvée. Elle doit être encore dans mes vêtements. »

Et le comte de Lartiges tendait à André Fortis le bout de carton portant l'adresse du peintre.

— Cette carte, Monsieur, est bien la vôtre ?

— Parfaitement,

— André Fortis, rue Murillo.

— C'est ma carte, c'est mon nom et c'est mon adresse.

— Alors, Monsieur, il ne nous reste qu'à revenir à Tobj et de notre visite : M. de Morlière vous demande, comme nous avons eu l'honneur de vous le dire, ou des excuses formelles ou une réparation par les armes.

André souriait. Il en arrivait à trouver ironiquement bouffonne cette situation tragique :

un être humain devenant responsable de certains actes dont il n'avait même pas conscience.

— Se battre pour un autre ! songeait-il.

Et cette pensée lui traversait le cerveau, en répondant à ces deux hommes, assis dans son atelier, exigeant ou des excuses ou une rencontre :

— Après tout, c'est cela, la guerre ! Les pauvres gens se battent pour les autres et pour les fautes des autres !

— Messieurs, dit-il, si j'ai, par un mouvement irréfléchi, outragé M. de Morlière, que, je vous le répète, je ne connais pas, je vous en exprime tous mes regrets ; mais croyez-vous que je doive les excuses que vous me demandez, vous l'avouerez, d'un ton un peu impératif?

— Le ton de notre client, dit le commandant, est adéquat à votre geste.

— Des regrets ne suffiraient pas, fit M. de Lartiges, comme en le regrettant lui-même.

— Et ces excuses consisteraient?...

Le commandant compléta la phrase interrogative d'André Fortis :

— En une lettre où les excuses exigées...

— Ou demandées, fit le comte.

— Devraient être nettement, formellement .exprimées.

igo VOBSESSION

André avait beau mettre en quelque sorte — comme un bouclier — son corps devant une espèce de spectre, il se disait avec colère que les excuses faites le seraient par ce Fortis dont M. de Lartiges tenait encore la carte de visite entre les doigts, et l'idée seule de mettre son nom au bas d'une telle lettre lui faisait, comme en une congestion de colère, monter le sang au front.

— Non, Messieurs, encore une fois, dit-il, je suis désolé de ce qui est advenu. Un mouvement réflexe et rien de plus. Mais il m'est impossible d'écrire la lettre que vous demandez ou que vous exigez, l'expression importe peu. Je puis déplorer le fait, je puis déclarer que le geste a été comme mécanique, sans qu'il ait obéi à ma volonté, je ne puis ni faire, ni dire plus.

— Monsieur, conclut alors le comte de Lartiges froidement, quand on n'est pas plus maître de soi que vous ne l'avez été, on paie la dette de son impatience ou de son inconscience.

Il prononçait, sans le savoir, le mot même de la situation.

Le conscient portait la peine de l'inconscient.

— Une dette à payer ? dit André Fortis. Eh ! bien, Monsieur, c'est ce que je vais faire!

— En vous excusant?

— En me mettant à la disposition de M. de Morlière !

— Nous aurons l'honneur d'attendre vos amis ! dit en saluant le comte de Lartiges.

— Nos salutations, Monsieur !

Ils sortirent avec la même correction officielle, les mêmes saluts qui avaient marqué leur entrée, et Fortis, un peu étourdi de l'aventure, se trouva seul devant cette étrange situation qu'il devait subir sans l'avoir créée.

D'explication, d'atténuation quelconque, il ne pouvait être question avec les témoins qu'il allait choisir. Il eût rougi d'avouer qu'à de certaines heures de sa vie, il devenait subitement irresponsable. Non. Il reconnaîtrait l'insulte faite à M. de Morlière et il se battrait pour la réparer. Seulement, il voulait en finir vite, très vite, redoutant même que l'énervement, né de cette sotte aventure, ne déterminât chez lui une nouvelle crise.

Si, par exemple, au moment d'aller sur le terrain, V Autre reparaissait, reprenait possession de son être ? Si cet Autre, qui n'avait aucunement conscience de ses actes, reculait devant sa propre responsabilité? Si V Autre n'allait pas au rendez-vous d'honneur accepté par lui, Fortis !

C'est que cette incroyable complication

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était possible, André, brave, jusqu'à la témérité, avait la terreur qu'un autre qui n'aurait pas son courage se substituât à lui. Il ne le connaisait pas, cet automate qui devenait, à de certains moments, son double, son fantôme vivant et bien vivant.

— Voyons, voyons, se disait-il, ne pensons pas à cela. Je suis maître de moi, je le sens. Il faut se hâter, voilà tout, et que personne n'ait la moindre idée de cette inquiétude.

Il ne voulait même rien dire à Cécile. Pourquoi la troubler.^ S'il était blessé, elle apprendrait assez tôt la vérité. Il demanda à deux amis du Cercle, un peintre célèbre par ses exploits de salle d'armes autant que par ses portraits, puissants et décoratifs, et un capitaine de vaisseau détaché au ministère de la Marine, de s'entendre pour une rencontre avec M. de Lartiges et le commandant Vignal.

M. de Morlière prenant la qualité d'offensé, demandait un duel au pistolet. André Fortis eût préféré l'épée. On se battrait au pistolet.

André, levé dès le jour, avait passé sa matinée à écrire pour Cécile ses dernières volontés cachetées ensuite et enfermées dans le tiroii d'un petit cabinet hispano-mauresque. Puis, l'esprit très libre, chassant par un violent effort de volonté la hantise d'une interruption possible et soudaine de sa vie normale, il avait pris

une automobile avec Pétrus Hardy, le capitaine et le docteur Wyns, le chirurgien qui devait assister au combat.

En route, malgré le fracas de la voiture, on avait causé. Le nom du docteur Klipper était venu comme par hasard, dans les propos.

— Ah ! oui, un fou, dit Wyns. Mais un fou de génie. C'est un de ces hommes qui oscillent entre le Panthéon et le cabanon, et qui sont capables de faire des miracles.

Et Fortis revoyait alors, par la pensée, la silhouette de Klipper descendant l'escalier de son hôtel. Cécile avait dû lui parler. Si le duel n'était pas mortel (tout arrive, hélas ! et la balle est plus folle que l'homme), il consulterait ce Klipper, il demanderait à ce fou le remède à cette espèce de folie.

M. de Morlière et ses témoins étaient arrivés déjà à la Sablonnière de Viroflay, rendezvous pris la veille, lorsque descendant de l'automobile, André Fortis salua son adversaire et, relevant le collet de son paletot, se plaça à l'endroit qu'on lui indiquait, Pétrus Hardy ayant mesuré la distance et le commandant Vignal devant, en frappant dans ses mains, donner le signal du combat.

M. de Morlière tira le premier. André, avec

! émotion , entendit un petit bruit sec, comme

la détonation d'un jouet d'enfants, dans l'air

humide de ce matin de décembre. Puis, ayant à riposter, il leva en Tair le canon de son pistolet et pressa la gâchette.

Le procès-verbal allait constater, selon la formule, que deux balles avaient été échangées sans résultat. Mais, avec une courtoisie charmante, M. de Morlière s'avançait vers André qui, galamment, prenait la main tendue.

— Monsieur, dit-il alors, j'ai maintenant le droit de regretter un mouvement, dont il me semble que je ne suis pas responsable et je vous prie de croire à tous mes sentiments sincères.

— Monsieur, fit M. de Morlière, j'aurais été désolé de blesser un homme dont j'admire le talent, et j'espère que nous nous re verrons autre part qu'aux Réservoirs ou à la Sablonnière !

On se salua. Le capitaine de vaisseau fit remarquer qu'à l'endroit même où, Dieu merci, la rencontre venait de se terminer par des serrements de mains, un étudiant avait été tué par son ami, un matin d'automne...

— Là, d'une balle de pistolet... J'ai vu sur le sable la place encore marquée.

— Et pourquoi s'était-il battu ?

— Pourquoi se bat-on ? Pourquoi cette rencontre avec M. de Morlière ? Pour rien.

André rentra à Paris très heureux. Il avait devant les yeux comme un voile de moins. Non pas que ce duel l'inquiétât. Ce qui devait

arriver arriverait, il était un peu fataliste. Mais Tangoisse de se dire que c'était bien « lui » et non un « autre » qui devait aller à cette rencontre était enfin dissipée. Il avait même pu constater que son sang-froid ne l'avait pas abandonné un seul instant.

Un moment, il avait demandé au docteur Wyns :

— Tâtez-moi le pouls.

Et, doucement :

— Bat-il plus vite ?

— Non... Très calme.

Et son cerveau aussi gardait la lucidité la plus complète. Il avait, pendant que le pistolet de M. de Morlière s'abaissait vers lui, remarqué l'effet d'une noire silhouette humaine sur un paysage d'hiver. Le peintre seul, en cette minute périlleuse, s'intéressait à ce qui se passait autour de lui, l'homme n'avait pas eu une défaillance.

Si, un moment, par la pensée, il avait revu Cécile — Cécile toute seule dans Thôtel de la rue Murillo l'attendant sans qu'elle sût qu'à cette heure même il jouait sa vie. Et si la balle de l'adversaire l'eût touché, c'eût été en envoyant un dernier adieu à Tadorée qu'il fût tombé.

Il l'embrassa avec une effusion de tendresse presque douloureuse en la retrouvant et elle,

ig6 L'OBSESSION

devinant qu'une tristesse nouvelle avait passé dans sa vie l'interrogeait, voulait savoir, souriait, priait.

— Quoi de nouveau? Tu me caches quelque chose.

— Non. Rien. Plus tard.

Et prenant entre ses mains cette tête blonde,

il la couvrait de baisers, lui répétait les mots éternels : « Je t'aime ! je t'adore ! » et ne voyait plus, oubliait le spectre qui prenait parfois sa forme, son nom, sa pensée, sa vie...

Mais une idée, un désir violent s'emparait de lui et, à son tour, il voulait interroger Cécile.

— J'ai, dit-il doucement, quelque chose à te demander à mon tour.

— Parle, cher aimé.

— Pourquoi as-tu fait appeler le docteur Klipper?

Elle sourit un peu embarrassée et triste comme si elle eût redouté de le blesser :

— Tu le sais bien...

— Oui, oui, je devine ! dit-il. Et moi aussi je pense à cet homme ! Un fou, dit-on. C'est possible. Que m'importerait s'il me guérissait? Il y a aussi une homéopathie morale... cérébrale. Et le génie, c'est celui qui va plus loin, qui va plus haut, qui voit ce qu'on ne* voit pas !... J'irai chez le docteur Klipper I

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