‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 36 sur 57 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

XOËLIE puis .MADELEINE.

XOÈLIE.

— Là!... je crois que j'en aurai assez pour fleurir le maître-autel.

{Elle s'assi'e.i à côté de ses fleurs sur un banc.)

.M.\DELEiNE, debout derrière elle, un livre sous le bras et sans la reconnaître.

— Voulez-vous que je vous aide à faire vos bouquets, ma sœur }

L'OhLiclc i.v)

NOËLIE.

— Bien volontiers, mademoiselle.

.Madeleine, tress.iilLiiil.

— Ah! mon Dieu, cette voix. ^Xoclic se retour ne.) Est-ce possible?

NoELiE, très c.ilme, sourire triste.

— lîonjour, .Madeleine.... Je savais que vous étiez ici pour c^uclquc temps; la Supérieure me l'avait dit, seulement j'étais en retraite, voilà pourquoi nous ne nous sommes pas rencontrées.

Madeleine.

— Mais moi, je ne me doutais pas....

Quelle surprise !... Personne ne m'avait dit.. .

Noëlie.

— Personne ne pouvait vous parler de Noëlie, ici on ne sait pas ce que c'est.... Cette pauvre Noëlie. vous vous la rappelez?. . . Bien enfant, bien frivole, mais pas méchante ! oh! ça, non.... pas méchante...- Eh bien, c'est fini, il n'y a plus de Noëlie.... Pour tout le monde je suis la « postulante » en attendant de m'appeler sœur .Marie-Thérèse.

Madeleine.

— Ma pauvre amie!... mais que s'est-il donc passé? moi qui vous croyais si heureuse.

Noi^LiE.

— Je suis très heureuse, Madeleine. Par exemple, depuis vous, j'en ai eu, de mauvais jours, je l'ai bue jusqu'cà la lie toute la misère humaine : lâchetés, trahisons, mensonges.... Si vous saviez..., si je pouvais vous dire..., mais mon malheur est trop laid, je ne peux pas en parler, même à une amie comme vous.... Ah! l'horreur.... Enfin laissons cela. Maintenant Dieu m'a prise... je suis bien.... Faisons mes bouquets, voulez-vous?

Madeleine, assise à côté d'elle et travaillant.

— Moi aussi, j'ai eu de la peine.

NOËLIE.

— Vous ne vous êtes pas mariée non plus? Madeleine.

— Non, au dernier moment, cela n'a pas pu se faire.

LZb;lL:cle in

NOËLIE.

— Est-ce sing-ulier, cette analooie de nos deux existences. (Daissjnl la voix.) Comme les hommes sont menteurs, dites, comme ils sont lâches!... Il vous a laissJe?.,. Jl n'a plus voulu, le vôtre aussi?

M.VDELEINE.

— Oh! non... moi, ce n'est pas cela..., mon tuteur s"est opposé..., c'est moi-même qui n'ai pas voulu.

NûËLIE.

— Vraiment!... Pauvre monsieur Didier, qu'il a dû soulFrir!... Mais comment avczvous pu, vous qui êtes si bonne?...

Madeleine.

— Ce n'est pas ma faute, allez!... un obstacle, un obstacle insurmontable..., le père de Didier était fou..., on nous l'avait toujours caché..., et fou dans des conditions telles que le fils infailliblenient.. .

NOÈLIE.

— Ah ! le malheureux.

143 V Obstacle

.Madeleine.

— Cela m'a causé un profond chag-rin.

XOËLIE.

— Et alors, comme vous l'aviez souvent dit, vous êtes venue vous réfugier dans votre ancien couvent....

— M"al:riter, me recueillir quelques jours. Tous mes souvenirs sont ici, je revis toute mon enfance.... J'aime surtout ce petit cloître. L'après-midi, pendant la classe de chant, je viens m'asseoir sur ce banc avec un livre.... Elle n'est pas commencée encore?

NOËLIE.

— La classe de chant :•... Non, pas encore, je ne serais pas là..., c'est moi qui la fais.... On m'a mise à ça et à la chapelle.

-Madeleine.

Oh ! je vous dois de bonnes heures.... La fraîcheur de ces voix de fillettes me berce, m'apaise. C'est un repos béni.... Il me semble que je n'ai plus de peine. [Un si-

L'ObsLuic 143

Icncc. Les deux jeunes filles conlinuenl à faire leurs l'(>u.]uels.]

XoELiE, roix profonde.

Oh! l;i paix du cloître, il n'y a pas d'autre asile..., a'autre refiig-c contre la vie, la triste, la cruelle vie. Certes, j'ai été bien frappée, bien meurtrie.... Hé bien! tout à l'heure, en coupant mes roses, je songeais comme tout cela est loin et vague.... De ma douleur je n'ai plus qu'un engourdissement.

iM.\DELEIXE.

— ^'ous ne regrettez rien du monde?

NoËLiE, vivement.

— Rien.

Madeleine.

— \'ous êtes complètement heureuse? N0ËLIE.

— Complètement, non. Je ne suis encore que postulante. Mon bonheur ne sera complet que lorsque j'aurai prononcé mes vœux.

M.\DELEIXE.

— Ce sera, quand?

L'OlK^Udc

— Oh! quand notre mère voudra. Elle dit que je suis trop jeune, qu'il faut attendre,.., encore attendre ! {A\-cc passion.) Oh ! le jour de ma prise de voile, ce jour-là, oui, je serai tout à fait heureuse.

Madeleine.

~ Je voudrais avoir le courage de faire comme vous.

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