‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 53 sur 57 · SCENE VI LA MARQUISE. IIORNUS · texte numérisé non relu

SCENE VI LA MARQUISE. IIORNUS

HoRNUs. ouvrant brusquement h porte du fond et apercevant la Marquise derrière la table.

— Oh! madame.... pardon.

La ryL\RQUiSE.

— Hormis !

IIORXUS.

— Je croyais que Didier était là.

La ÏNIauquise, se relevant, un peu gênée.

— Non, c'est moi, mon ami. Didier va

revenir.

HORNUS

— Quel miracle qifun temps pareil! Il VOUS met de la joie dans les veines.... Vous cherchez quelque chose?

La Marquise.

— Rien. .. rien.... Ah! mon cher Hornus, vous devriez bien me donner un peu de votre belle humeur.

HORNUS

— Mais, madame, je vous dirai comme à Didier tout à l'heure, sortez, espacez-vous. Il y en a, de la joie, dehors, on n"a qu'à se baisser pour en prendre. Tout est blanc £Ous vos amandiers. Le thym et la lavande embaument. Et une lumière!...

La Marquise.

— Mon enfant ne la voit pas, lui, cette lumière ; il ne voit pas les amandiers en fleurs.... Alors qu'est-ce que vous voulez que cette splendeur me fasse?..

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— Il est dOiic aveugle maintenant, notre Didier)

La Marquise.

— Aveugle et sourd!... Envoûté, fasciné, pris dans une idée fixe où il est en train de se débattre, comme cette mésang-e que j'^i vue une fois dans un des grands sapins de l'avenue tourbillonner de branche en branche, éperdue, les ailes battantes, avec un petit chant d'ang-oisse qui, à la fin, s'est chang-é en cri ! . . .

HORXUS.

— Il y avait une couleuvre au pied de l'arbre?

La Marquise.

— Oui.... L'oiseau fasciné, à bout de forces, a lâché brusquement de ses deux petites pattes, replié ses ailes inutiles et s'est laissé tomber, lourd et droit comme un fruit.... Vous allez voir.... C'est ce qui va arriver à mon enfant.

2i6 U Obstacle

HORXUS.

— Comment r Vous pensez que le souvenir de son amour le hante, le fascine à ce point?

La Marquise, avec un beau sourire de mépris.

— L'amour!... Allons donc! Il y a beau temps qu'il n'y pense plus.

— Alors quoi?

La Marquise.

— Quand je vous le disais.... Il ne faut pas que l'enfant sache, il ne faut pas qu'il se doute jamais.... Du jour où ce méchant homme lui a révélé le mal de son père....

Hornus.

— ^'ous croyez que c'est cela?

La .Marquise.

— De ce jour, mon fils n'a plus été le même. Mais reg-ardez-le vivre!... Pas une sortie, pas une distraction. Il se cache,tout l'ennuie, une parole à prononcer lui

pèse. Son cœur, qui était si tendre, se détache de tout, de ses chiens comme de sa mère.... Eh! oui, de sa mère, et de vous aussi, et de tout.

HORNUS

— Mais pourquoi ne voulez-vous pas que ce soit le souvenir de Madeleine ?

La Marquise, imp.itientcc.

— Il n'y a plus de .Madeleine. Je vous dis que c'est fini, cette affaire-là.

HoRNUS.

— Fini ! Fini ! Voilà bien une jalousie de maman. Moi, je vois au contraire, dans tout ce que voiis me signalez, les symptômes d'une passion tenace, d'une plante robuste, de durée, comme il peut en venir sur ce terrain-là.... Absorbé? je crois bien..., détaché de nousr... Puisqu'il ne pense qu'à elle.... Enfermé ici tout le temps?... Mais il n'y a pas un meuble, pas un objet qui ne lui parle d"elle, ici!...

La Marquise.

— Non, non. Didier est bien trop fier. Dès qu'il a su qu'elle ne voulait plus de lui....

2i8 L'Obstacle

HORNUS

— Certainement, il est fier; aussi, il renonce, et il souffre..., et il guérira. {Avec intention.) On g-uérit.

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