‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 54 sur 57 · L.v Marquise · texte numérisé non relu

L.v Marquise

— Oui, si c'était le mal que vous dites..., si c'était Tamour, mais hélas ! je suis tellement sûre.... (S'approchant de l.i table.) Venez ici; vous qui êtes fort, ouvrez ce tiroir, onvrez-le, je n'ai pas pu.

HoRNUs, ouvrant le tiroir.

— C'est dur!

La Marquise, sortant du tiroir les livres de médecine dont elle lit les titres à mesure.

— " La Folie des enfants. " — " L'Hérédité des maladies nerveuses. " — (Elle ouvre un livre.) Et tenez! En voilà un que j'ouvre au passage marqué. (Lisant.) « Ainsi, le fils d'un fou semble destiné à la folie!... » (Elle jette le livre.) La folie! la folie! toujours la folie! En doutez-vous encore? Et si vous saviez combien d'autres preuves, les ques-

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lions qu'il me fait sur son père, ses visites aux médecins.

HORNUS

— Hé bien, tout ce que vous lui dites, tout ce qu'il apprend des médecins est fait pour le rassurer.

La Marquise.

— Vous voyez bien que non, qu'il ne pense qu'à son père et à riiérédité de l'horrible mal.

HORNUS

— Hé bien, en admettant.... que craignezvous r

La .Marquise.

— Ce que j'ai toujours craint, toute ma vie, malgré vous ! Et ce que maintenant vous craignez vous-même, la.... [Elle ne prononce pas le mot.)

HORNUS

— Oh ! ne dites pas cela, madame.

La ALxrquise.

— Mais il faut bien que Je le dise, puisque

cela est. [Baissant la voix.) Ah ! mon pauvre ami, je les connais ces silences, ces sombreurs..., cette apathie, cette indifférence pour tout. {Plus bas encore.) C"est comme ça que le père a commencé... Et depuis deux jours, le mal augmente. Avez-vous remarqué, hier soir, ce matin, son agitation, ses brusqueries, ses mots sans suite?...

HoRNus. perdant pied.

— Mais, madame, il chantait ce matin; je l'ai entendu.

La Marquise.

— Oui, comme la mésange, avant le dernier cri.

HORNUS

— Enfin.... Que faire?

La Marquise.

— L'arracher de cette idée, à tout prix.

HORNUS

— Et le moyen?

La Marquise.

— Il y en a un. La pensée m'en est venue.

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depuis longtemps déjà, et par lui, le pauvre enfant, sans qu'il s'en doute.

HoRNt s.

— Par lui?

La Marquise, après un silence et un long regard craintif autour d'elle.

— Supposez qu'il apprenne tout à coup..., quil n'est pas le fils de cet homme.

HORNCS.

— Comment r La Marquise.

— Alors plus d'iic'rîdité, plus d'idée fixe.

Horxus.

— Mais, madame....

La AL\.rquise.

— Il nest pas l'enfant de cette folie.... {Un temps.)

Horn-us, effrayé, bégayant presque.

— Mais pour que Didier ne fût pas le fils du marquis d'Alein....

La Marquise.

— Hé bien, quoi? J'étais jeune, j'étais belle, le pauvre être n'existait plus. ..

HORNUS

— Oh!

La Marquise.

— Le roman ne serait pas si invraisemblable, en vérité.

Hornus.

— Je plaindrais l'homme qui le raconterait à votre fils, madame.... Et d'abord il ne le croirait pas.

— Si, je sais quelqu'un qui peut tout lui dire, quelqu'un de qui il croira tout.

Hornus.

— Qui donc?

La Marquise.

— Vous.

Hornus.

— Jamais!... Jamais cet abominable mensonge....

La Marquise.

— Si, Hornus, il le faut, il le faut.. . C'est le seul moyen de mettre sa pauvre tête en repos.

Hornus.

— En repos!... Mais c'est lui créer une nouvelle torture. Vous enlevez à votre enfant l'orgueil de sa mère, et c"est vous!

La },L\rquise.

— Oui, moi, pour l'arracher à la folie..., . à la mort peut-être.

(Un silence. Hormis fait quelques pas, puis revient vers la Marquise.)

Hornus, bas, tremblant et comme avec une rage sourde.

— Et quel est l'homme que vous avez honoré de cette faute imaginaire r... Quel nom devrai-je dire à votre fils, sUl me le demander... Quelle preuve pourrai-je donner)

La xMarquise.

— De preuve, il n'y en a pas.

HORNUS

— Est-ce un vivant? Est-ce un mort?

La Marquise.

— Vivant! vivant!... Comme les preuves manquent et que l'enfant sera difficile à persuader, il faut que le père se nomme et qu'il avoue.

HORNUS

— Mais qui consentira jamais r... \'ous avez trouvé quelqu'un?

La M.\rquise, tas.

— Oui!

{Elle le regarde avec des yeux si parlants que le vieux fait un pas en arrière.)

Hornus, ému aux larmes.

— Oh! madame....

(// cache sa figure dans ses mains tremblantes.)

La Marquise.

— Allons, Hornus..., ceci nest presque plus ua mensonge.

L'Obstacle 22S

HoRNL's, relevant le front.

— Comment ?

La Marquise.

— Avec ça que vous ne m'avez pas toujours aimée !

HoRNUs, fièrement.

— Mais je ne vous l'ai jamais dit, à vous, ni à personne au monde.

La .^LvRQUISE.

— Vous n'aviez pas besoin de me le dire; je le voyais bien.... Et c'est cet amour, que je sentais profond et noble, qui m"a fait vous confier rnon fils avec tant de sécurité, certaine que cette passion sans espoir pour rhonnête femme que j'étais, vous la reporteriez en tendresse sur mon enfant.... Et je ne me suis pas trompée, Hornus.

HORXUS.

— Alors pourquoi voulez-vous que j'abîme, que je salisse ce que j'ai de beau, de pur dans mon existence, ce qui fait ma gloire, ma fierté?

La Marquise.

— C'est la vie de mon enfant, de notre enfant, que je vous demande.... Je vous jure que cela seul peut le sauver.... Hornus..., mon ami.

HoRNUs, sujfoqiianl.

— Non, madame, je ne pourrais pas....

Ces mots horribles m'étoufferaient au passage. Non, non, pas cela. C'est au-dessus de mes forces.

La Marquise.

— Eh bien, si c'est trop pénible pour vous, moi je parlerai.

Didier, criant au dehors.

— La grille ! ouvrez la grille toute grande ! La Marquise.

— Ah! le voilà! {Elle ramasse et serre dans le tiroir les livres épars sur le divan.) Je ne vous demande que de ne pas me démentir.

HoRNUs, avec effort.

— J'essaierai, madame.

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