‹ L'obstacle, pièce en 4 actes. Illus. de Bieler, Gambard, Marold et MontégutChapitre 55 sur 57 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les MÈ.MES, DIDIER.

(// entre sans chapeau, les cheveux an vent, dans une agitation extraordinaire ; sans prendre garde à sa mère ni à Hormis, il cherche autour de lui dans le salon, ouvre le piano, une partition sur le pupitre, prend dans la bibliothèque quelques jolis livres à reliure blanche quil pose sur une petite table, tout cela avec fièvre et nerfs.)

— Eh ! bon Dieu ! qu'est-ce qu'il t'arrive donc>

Didier, su?-pris, }n.^is satis s'interrompre.

— Tiens! Hormis.... Je ne te voyais pas. La Marquise.

— -Mais qu'as-tu, mon enfant r Que fais-tu r Didier.

— Laisse.... laisse..., je prépare.... Plus tard... je te dirai....

{Regard d'épouvante de la mère à Hornus.)

HoRXus, à part.

— C"est vrai qu'il est dans un état sin gulier.

La Marquise, arrêtant son fils par la main.

-- Didier! Didier! écoute....

Didier, distrait.

— Ma mère....

La Marquise.

— Écoute-moi.... Regarde-moi, bien en face.

{Elle le prend à pleins t-ras.)

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Didier, souri.vit.

— Eh bien, je te regarde.

La Marquise.

— Ce que j'ai à te dire est si grave, si terrible pour ta mère, d"une telle importance pour toi ! {Mouvement de recul d'Hormis.) N'est-ce pas, mon cher Hornus?

HoRXus, très bas.

— Oui, oui....

La -Marquise, à Didier.

— Tu te souviens qu'un jour, dans un moment de détresse, amené à douter de l'honneur, de l'intégrité du nom que tu portes, tu m'as questionnée sur la vie de ton père....

Didier.

— Je me souviens en effet.

La .ALvRQUiSE.

— Depuis ce jour, mon enfant, j'ai comme un poids sur le cœur, un remords dont il faut que je me débarrasse.... De ton père, je n'avais rien à dire. Une vie sans tache. Thon-

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neur intact.... .Mais pourquoi ton interrogatoire s'est-il arrêté là r Ta mère, il fallait me questionner sur ta mère.... La tare que tu cherchais était peut-être là..., {baissant la voix) ta mère se serait avouée coupable.

Didier, arec un cri et un bon rire.

— Coupable, toi!... Et de quoi, pauvre chère maman? Voilà une chose qu'on ne me

persuadera jamais.

HoRNUs, triomphant.

Ah! j'en étais bien sûr qu'il ne voudrait pas vous croire.... Vous ne le connaissez donc pas, votre Didier?

Didier, fermant la bouche à sa mère qui veut parler.

— Tais-toi.... tais-toi. (-4 Hornus.) Mais enfin, que signifie?...

HORXUS.

Un mensonge, mon enfant, un mensonge héroïque qu'elle essa3'ait de te faire pour t'enlever à l'idée fixe qui te harcèle, à cette peur du mal héréditaire....

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Didier, gaiement.

- Mais, grâce à Dieu! je ne l'ai jamais eue, cette peur-là.... D'abord parce que j'ai la tête solide et les yeux bien en place. Je ne connais pas le vertige. Et puis, ces nouveaux catéchismes de la science moderne, je ne les accepte pas aveuglement.

HORNUS

— Bien, mon petit.

Didier.

]e pense avec toi, mon vieux maître, que pour lutter contre les puissances mauvaises du sang-, de l'hérédité, l'homme porte une force morale et intérieure qui, s'il veut, peut l'affranchir de ces lois de fatalité.

Hornls.

— Eh! parbleu! C'est ce qui nous diffé renciedelabrute.

La Marquise.

— Mais alors, mon enfant, pourquoi la vie que tu mènes, pourquoi ces lectures sinistres où tu t'abîmes, tes visites mystérieuses à ceux qui ont connu ton père>

Didier.

— Rien de plus simple. L'enquête dont on nous avait menacés, je lai faite, moi, et sérieusement.

La -Marquise.

— Tu vois !

Didier.

— Je devais la faire, cette enquête, ma mère.... Il me fallait la preuve, acquise maintenant et dûment certifiée, qu'il n'existait aucun danger, non pas pour moi, — j'étais bien tranquille, je te le répète, ^ mais pour le repos, la sécurité de celle qui, un jour, consentirait à être ma femme, et qui, à cette heure même.... {Élevant la voix.) Mère, je te disais ce matin que le bonheur était proche, que je l'espérais ... Tiens.... regarde !

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