‹ L'Obstruction au Parlement AutrichienChapitre 16 sur 19 · PET · texte numérisé non relu

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définitivement. Mais la droite, qui était la majorité sans en avoir les bénéfices, devint impatiente et accusa de faiblesse le président M. Kathrein, qu’elle avait élu et qui appartenait aux partis de la majorité. Il se retira bientôt, ne voulant pas se prêter aux manœuvres qui se préparaient. Le comte Badeni voulait mettre à l’ordre du jour le compromis avec la Hongrie qui expirait le 31 décembre. Un des chefs des partis gouvernementaux proposa à cet effet de tenir deux séances par jour, dont la seconde serait uniquement réservée à l’examen du compromis. La proposition était déjà contraire au règlement qui ne permettait pas de fixer un ordre du jour pour plus d’une séance, ni d'interrompre une délibération en cours, sans le consentement des deux tiers de la Chambre. Illégal aussi étaitle vote en lui-même, fait par une assemblée houleuse qui, pour la plus grande partie, ignorait de quoi il s'agissait. Mais le gouvernement pas plus que la majorité ne devait se réjouir de la victoire. Le premier orateur inscrit pour le débat sur le compromis (le bruit circulait que la majorité ne voulût admettre que celui-là pour se prononcer contre le compromis), le docteur Lecher, parla douze heures de suite dans une séance d’une durée de trente-trois heures (1),

(1) Cette séance du Parlement autrichien dépasse en durée même la fameuse séance de la Chambre des Communes, des 30 juin et 4er juillet 1882, dans laquelle Gladstone fit voter le Coercion-Bill contre les Irlandais.

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car le gouvernement et le bureau de la Chambre avaient voulu profiter des scènes de désordre qui étaient à prévoir pour renvoyer le compromis à une commission nommée par les sections (1). Ce plan fut contrarié par le fait que le premier orateur inscrit tint la Chambre aussi longtemps en haleine. La séance fut interrompue et les débats se changèrent en un véritable chaos, au milieu duquel le nouveau président, M. Abrahamovicz, tâcha en vain, par de mesquines subtibilités dans l’interprétalion du règlement, d’arriver au vote du compromis provisoire, Il y réussit, en effet, après une séance de quinze heures. Mais ce n’était que la première lecture, il restait encore deux étapes à franchir ; la discussion dans la commission du budget, et surtout la seconde lecture devant la Chambre elle-même. L’obstruction ne chômait pas pendant les délibérations de la commission qui soumit son œuvre le 24 novembre à la Chambre.

La proposition d’un député tchèque d’épargner à la Chambrela lectureintégrale des innombrables pétitions, les ordonnances réglementant l'emploi deslangues contre en n’en lisantqu'une seule, et l'acceptation de cette pro-

(1) Paragraphe 35 du règlement. Les projets du gouvernement et de la Chambre des seigneurs doivent être soumis à une commission, quand la Chambre ne prend pas de décision à ce sujet ou qu'il n’y a pas de commission spécialement désignée pour l'examen de cette affaire.

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position par la droite, furent le point de départ de nouvelles scènes scandaleuses. Le président et le bureau entier prirent une part trop active à la lutte contre l’obstruction et on peut dire que c’est à eux qu’incombe la responsabilité de tout ce qui dégénéra, dans la suite, en véritable révolution parlementaire. Le 25 novembre, le comte Falkenhayn (ancien ministre et membre du centre catholique) lut, dans un vacarme qui noyait ses paroles, une proposition pour débarrasser la Chambre, en modifiant le règlement, des obstructionnistes les plus ardents. Le comte Falkenhayn proposait des mesures provisoires jusqu’à ce qu'un des nombreux projets de modification du règlement ait été changé en loi. La première de ces mesures conférait au président le droit d’exclure un député de trois séances consécutives après l'avoir rappelé deux fois à l'ordre et même de proposer à la Chambre l'exclusion d’un député pour trente jours. Le président devait avoir à sa disposition une garde pour expulser #anu militari le député récalcitrant qui devait perdre, pendant le temps de son exclusion, ses droits aux jetons de présence et ne pouvait plus entrer dans les locaux du Parlement.

Le pseudo-vote rapide qui avait eu lieu sous les yeux et avec l’aide du président, constituait de sa part une véritable violation du règlement et de la constitution, c'était, à plus d’un point de vue, un vrai coup d'état parlementaire. L'article 80 du règlement indiquait

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précisément la voie à suivre pour apporter des modifications au règlement : de telles propositions devaient être soumises à la Chambre et être diseutées indépendamment de toute autre proposition de loi. Une procédure plus sommaire n’était pas admissible pour la diseussion et, d'autre part, d’après l’article 4 de la loïsur le règlement intérieur, chaque député avait le droit d'assister aux séances et de voter, tant qu’il n’avait pas été invalidé (1).

Le président avait, dans un discours entendu seulement par les sténographes, excusé sa conduite comme étant la légitime défense contre la tentative d’anéantissement du parlementarisme. Mais ce n’était pas là le remède qu'il avait espéré. Les socialistes, jusqu'ici assez neutres dans la lutte des partis nationaux, prirent, maintenant qu'ils voyaient les droits du Parlement méprisés, une part plus active à la bataille. Le lendemain de ce vote, ils escaladent la tribune du président et s'efforcent de le repousser. Celui-ci fait usage de la loi fraîchement votée et prononce l’exclusion de ces députés pour trois séances. Et comme ils ne veulent pas quitter la salle, on voit entrer dans l’enceinte même du Parlement une troupe de sergents de ville qui entraînent, d’après les indications des détectives, en dehors de la salle les députés exclus, tandis que

(1) Neue freie Presse, 26 novembre 1897.

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d’autres entourent le siège du président et les bancs du gouvernement et un pugilat en règle a lieu entre députés de la majorité et de la minorité. Dans la séance suivante,un député pangermaniste, Wolf, est arrêté dans la salle des séances et conduit en prison. L'entrée en action du groupe socialiste, plus populaire à Vienne même que les quelques membres brailiards du groupe pangermaniste Schoenerer — qui jusqu'ici avaient été les chevau-légers de lobstruction physique(1) — etla violation évidente de la loi fondamentale du parlementarisme avaient aussi mis en émoi le pays, resté jusqu’alors calme et plus ou moins indifférent. Des ouvriers et . des étudiants manifestèrent bruyamment devant le Parlement et livrèrent bataille à la police. Et on pouvait prévoir des scènes plus regrettables encore qui furent seulement empêchées par la démission du comte Badeni et l'acceptation rapide de cette démission par l'Empereur (25 novembre 1897).

Le baron Gautsch, ministre de l’instruction publique et des cultes dans le ministère précédent, fut désigné comme successeur du comte Badeni (1897-1898). Il prit comme collaborateurs des fonctionnaires, la plupart des directeurs de ministères, à l'exception du ministère pour la Galicie dont il chargea un député polonais et aristocrate. [l essaya de réconcilier les partis en dehors

-(1) F. de Pressensé, R. P. et P., décembre 1897.

DCITOAE du Parlement et délibéra souvent avec les chefs des partis slaves et allemands. Mais le résultat de ses délibérations fut toujours négatif et il les rompit à la fin brusquement, en concentrant tout l'intérêt politique dans les séances de la diète bohémienne. La session du Reichsrat fut clause — mesure prise pour la deuxième fois depuis 7 mois — et, pour procurer à lEtat les moyens de vivre, il se servit de l’article 14, à l’aide duquel il arrêta le budget provisoire pour six mois. Mais il profita aussi de cette époque d’absolutisme masqué, pour promulguer une loi moins urgente quin’avait pu être votée par la Chambre, loi modifiant le tarif des frais de procédure.

Des troubles, dirigés surtout contre les Allemands, avaient eu lieu à Prague et avaient amené le gouvernement à déclarer l’état de siège dans cette ville. C’est dans cette atmosphère surchauffée que se réunit la diète. Un féodal tchèque y proposa l'élection d’une commission pour régler la question des langues ; un Allemand demanda de voter l’abolition des ordonnances d'avril. La proposition des Tchèques se présentait comme une concession, mais les Allemands y virent une attente au principe d’après lequel les questions de langue doivent être réglées par le Reichsrat central et non par une diète. Ils votèrent contre la nomination de cette commission, dont ils refusèrent aussi de faire partie, bien que le gouvernement promît, par la bouche

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du Statthalter, de nouvelles ordonnances, plus favorables aux Allemands, sur lemploi des langues en Bohème. Peu de temps après, les Allemands quittèrent la diète, et les Tchèques, restés seuls, votèrent, malgré l'opposition du Statthalter, une adresse qui exprimait leurs idées autonomistes.

On prévoyait donc pour la nouvelle session du Reichs- rat, en outre de l'opposition des Allemands, une-indifférence visible des Jeunes-Tchèques et des féodaux tchèques pour le ministère, et le baron Gautsch ne tarda pas à tirer la conclusion de cette situation. Mais le 5 mars 1898 il fit publier les ordonnances annoncées qui déclaraient abolies celles du comte Badeni.

Ces ordonnances répondaient en quelques points aux désirs des Allemands. D’abord, elles étaient provisoires, jusqu'à la promulgation d’une loi réglant la question des langues. Elles divisaient la Bohême au point de vue de l'emploi des langues en trois territoires, allemand, tchèque et mixte. La langue qu’avaient à employer les fonctionnaires (ces ordonnances s’adressaient aux mêmes autorités que celles du comte Badeni), était celle de la population présente d’après le dernier recensement. Les deux langues devaient être connues et employées indifféremment dans les territoires mixtes. Etaient considérés comme mixtes : 4) — Les territoires contenant des circonscriptions administratives composées d’une ou de plusieurs communes,

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dont une au moins est habitée par une minorité assez considérable, au point de vue de la langue (un quart de la population parlant une langue autre que celle des trois autres quarts); b). — Les territoires comprenant une circonscription judiciaire dans laquelle un cinquième des communes au moins parle une autre langue que le reste; c). — Les territoires administratifs comprenant des circonscriptions judiciaires dont une a une population d’une autre nationalité que le reste, ou dont une est un territoire mixte; d). — Enfin le territoire de la capitale de Prague.

L'inscription dans les registres administratifs devait être effectuée dans la langue de la circonscription administrative où elle avait lieu ou être accompagnée d’une traduction. Les règles relatives à la correspondance avec les autorités militaires, ou. avec celles des autres pays et du gouvernement central, avec l’administration des postes, du télégraphe, des caisses publiques, restaient les mêmes que celles que fixaient les ordonnances du comte Baden.

Pour la Moravie, ces ordonnances fixaient Pemploi des deux langues pour toutes les autorités, en laissant la langue allemande pour le service avec les autorités des autres pays où du gouvernement central.

L'obligation, pour les juges et les jurys, de se servir de la langue employée par la requête même dans les délibérations, était enfin abolie. Quant aux fonction-

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naires, la connaissance des deux langues n’était plus exigée d’eux que pour les circonscriptions administralives où le besoin s'en faisait réellement sentir.

La concession faite aux Allemands par les nouvelles ordonnances consistait done dans la promesse qu’elles disparaîtraient devant une loi régulièrement votée, ensuite qu'elles reconnaissaient des territoires purement allemands, purement tchèques et mixtes, tandis que dans les ordonnances du comte Badeni, la Bohême ne formait qu’un territoire où les deux langues avaient droit égal partout; la troisième concession enfin consistait en ce que les autorités n'étaient plus obligées de se servir d’une langue qui n’était pas la langue officielle de leur circonscription administrative, dans leur service intérieur.

Immédiatement après avoir signé ces ordonnances, le baron Gautsch donna sa démission et fut remplacé par le comte Thun-Hohenstein (1898-1899). La stagnation de ses pourparlers avec les partis d'opposition, les difficultés intérieures, la froideur que lui témoignèrent dans la diète bohémienne les Jeunes-Tchèques et la noblesse conservatrice, ne furent pas la seule cause de la retraite du baron Gautsch, mais aussi les difficultés, relatives au compromis, avec le gouvernement hongrois. Le comte Badeni avait fait aux exigences hongroises toutes les concessions possibles, le baron Gautsch voulut diminuer comme compensation

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la quote-part de l'Autriche dans les dépenses communes, mais il n’y réussit pas.

Le comte Thun fut appelé à gouverner avec les Tchèques dont il avait été, il n’y avait pas bien longtemps, l'homme d’État le plus haï, contre les Allemands auxquels il avait donné déjà des marques de sympathie. Issu d’une des premières familles aristocratiques de la Bohême, il s'était mis du côté des féodaux cléricaux tchèques, bien que plusieurs membres de sa famille fissent partie de la noblesse libérale allemande. Comme Statthalter de la Bohême, il se croyait obligé de sévir contre les Jeunes-Tchèques et de déclarer, à Prague, l’état de siège. Sa démission fut ensuite le prix pour lequel les Jeunes-Tchèques, devenus un parti considérable, consentirent à se rallier au gouvernement. Et le dépit d’avoir dû céder au comte Badeni, rapprocha sensiblement des Allemands le comte féodal et tchèque. Comme président du Conseil, il voulut former, comme le comte Badeni en avait eu l’idée, un ministère de concentration où Jeunes-Tchèques et Allemands modérés fussent représentés. Et il choisit comme collaboraleurs, à côté des fonctionnaires, un des chefs des Jeunes-Tchèques, le docteur Kaizl, comme ministre des finances, et le chef des grands propriétaires allemands et modérés le docteur Bærnreither, comme ministre du commerce, et un clérical allemand comme ministre de l’agriculture. Mais, malgré la formation de ce ministère

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de concentration, l’obstruction fut décidée par les Allemands, dans les délibérations qui précédèrent l’ouverture du Reichsrat. Et cela fut résolu d’abord par le parti allemand populaire qui n’avait aucun député de Bohême et très peu de députés moraviens, parmi ses membres mais qui aimait à faire parade, dans les questions nationales, de son radicalisme.

La nouvelle session du Reichsrat s’ouvrit le 21 mars 1898. Le docteur Fuchs, clérical allemand, qui avait élé élu deuxième vice-président de la Chambre pendant les derniers jours troublés du règne de Badeni, sans toutefois avoir exercé ses fonctions, fut élu cette fois président. Les vice-présidents furent pris, non pas dans les grands clubs qui ne voulaient pas assumer la responsabilité d'événements qu'ils ne pouvaient pas prévoir, mais dans celui des Slaves du Sud et des Roumènes, chose significative pour l’inquiétude des grands partis et l'incertitude de la situation parlementaire. On avait écarté le bureau des jours néfastes de novembre, le président profita aussi de la première occasion pour déclarer que la loi Folkenhayn n’était pas maintenue, car, disait-il, elle était proposée en connexion avec diverses propositions de modifications du règlement, et la clôture de la session l'avait écartée, comme toutes les autres propositions.

Dans la suite ce fut quand même l’obstruction qui régna, mais non pas l’obstruction violente et bruyante,

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mais celle des discours sans nombre et des votes nominaux. On effectua ainsi lesélections aux délégations; le ministre des finances put soumettre son budget à la Chambre, le président du conseil exposer son programme — et il s'ouvrait même, chose nouvelle pour cette Chambre, un débat qui, bien entendu, prit fin d’après le règlement sans résolution ni vote. Mais cinquante trois propositions d'urgence déposées au cours de sept séances, cent treize interpellations aux ministres et une quantité de demandes de mise en accusation des gouvernements précédents, obstruaient l’ordre du jour. Et, pour le débat sur la question des langues — soulevé par une demande d'urgence des Allemands — se firent inscrire soixante-quatorze oOrateurs. Le ministère subit aussi un échec quand vint en discussion la demarde de mise en accusation du comte Badeni, à cause de l'introduction de la police “dans le Parlement. La Chambre décida à huit voix de majorité, malgré la résistance du gouvernement, de fare examimer cette demande par une commission. Toutes ces circonstances amenèrent le gouvernement à ajourner la Chambre le 43 juin, et cela d'autant plus que le budget provisoire avait été arrêté par le baron Gautsch seulement jusqu’au 30 juin. Aussi, la Chambre ajournée, l’article 14 entra de nouveau en action afin d'arrêter. le budget pour la seconde moitié de lannée 4898. Enfin, le 26 juillet de cette année, l’ajournement

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de la Chambre fut transformé en clôture pour laisser

au gouvernement une plus grande liberté d'action;

pendant ce temps avaient eu lieu des conférences des députés allemands ainsi que des députés tchèques avec le président du conseil, sans que la situation eût été améliorée. Le gouvernement hongrois ne laissait pas

passer toutes ces difficultés, dans lesquelles se débattait

l'Autriche, sans en ürer profit. L'opinion, en Autriche, soupçonnait le comte Thun d’avoir cédé aux exigences hongroises, dansle projet du compromis qu’il avait éla-

boré, et d’avoir seulement obtenu l’augmentation de la

Hongrie dans les dépenses communes. C’est pour cela

-que le baron Bauffy aurait accepté un compromis, non

pas voté par le parlement, mais ordonné en vertu de l’article 44 et statuant que, seule, la fixation de la Quote (la quote-part des deux Etats dans le payement des dépenses communes) devrait être laissée aux com-

missions élues par les Parlements autrichiens et hon-

grois. On allait encore plus loin; on prétendait — et

les orateurs oppositionnels répandaient cette rumeur

dans la Chambre réunie de nouveau le 26 septembre 1898 — que le comte Thun voyait d'un œil favorable lobstruction qui lui enlevait la possibilité de soumettre

le compromis au Parlement. Une proposition d'urgence

déposée par les Allemands modérés et demandant au ministre-président de communiquer à la Chambre l'ar-

‘rarigement que, disait-on, il avait fait secrètement avec

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le baron Bauffy, président du conseil hongrois, n’obtint pas la majorité des deux tiers nécessaire pour pouvoir être mise en discussion tout de suite, mais elle fut votée à une majorité simple (172 voix contre 162).

L'opposition de tous les partis allemands, même du parti le plus modéré, auquel appartenait le ministre du commerce, le docteur Bærnreither, les projets de coup d'État qui furent sérieusement pris en considération par le président du conseil, l’intransigeance du gouvernement hongrois, toutes ces circonstances réunies amenèrent le ministre du commerce à donner sa démission. Avec lui, sortit du ministère le seul représentant des idées de la minorité, le seul ministre aussi qui fut attaché sincèrement à la constitution. Sa place fut prise par le baron Dipauli, chef du centre catholique allemand, qui, plusieurs fois, avait fait montre de ses sentiments nationaux, soit en condamnant dans ses discours les ordonnances relatives aux langues, soit en se séparant des parts slaves de l'anneau de fer, soit enfin en proposant des lois réglant la question des langues. Mais les partis allemands n'avaient pas besoin, pour le moment, du gage que le gouvernement croyait leur donner par cette nomination. Ils avaient cessé l’obstruction, bien que cette tactique provoquât des dissentiments entre eux. La première leeture du compromis fut vite expédiée, la discussion dans la commission menée avec une rapidité exemplaire: les vingt-deux parties dont

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le compromis se composait furent discutées et votées en deux semaines! Mais l’obstruction, disparue en Au-

triche pour le moment, était entrée triomphalement

dans le Reichstag hongrois où les partis oppositionnels

empêchaient toute délibération sérieuse, parce que le

président du conseil, le baron Bauffy, ne voulait pas établir, par le nouveau compromis avec l'Autriche, l’autonomie douanière de la Hongrie. Là, l’obstruction était plus forte qu’en Autriche, car la Hongrie ne possède pas d’article 14, le gouvernement ne peut subsister autrement qu'avec l'appui du Parlement. Là aussi,

le gouvernement ne trouva pas le bureau du Reichsrat disposé à sortir de la légalité pour combattre l’obstruc-

tion et, quand le baron Bauffy voulut gouverner sans

budget légalement voté, le parti libéral, qui formait la

majorité, se désagrégea et le désavoua. Le gouverne-

ment extra-légal du baron Bauffy ne dura pas plus de

deux mois, pour faire place à celui de M. de Szell qui,

en peu de temps, conclut la paix avec la minorité.

En Autriche, la même situation s’éternisait avec les mêmes épisodes et les mêmes personnages. A l’ordre du jour étaient des demandes de mise en accusation d’abord contre le comte Badeni, ensuite contre le comte Thun, demandes qui furent toutes repoussées. Les partis allemands, après un désaccord sur la tactique à suivre, se retrouvaient dans l’obstruction, à la suite de quelques séances de travail utile. Et quand le

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président voulut assigner à une commission l'étude des deux projets de lois du gouvernement, relatifs à un compromis provisoire avec la Hongrie (lun sur un traité de douanes et de commerce et sur la banque commune, l’autre sur la quote-part à payer dans les dépenses communes), les chefs des clubs allemands l'en empêchèrent. Après que le Reichsrat se fut ajourné pour les vacances de Noël, parurent des ordonnances arrêtant, grâce à l’article 14, le compromis provisoire pour une année (jusqu’au 31 décembre 1889), et pour la même époque le budget provisoire. Et l’obstruction purement de principe recommença après la rentrée (17 janvier 1899). Une seule loi fut admise à la discussion, celle qui devait réglementer et augmenter les traitements des employés de l'Etat. La Chambre vota la loi, mais décida en même temps, à une voix de ma- Jorité, et malgré l'opposition du ministre des finances, qu'elle aurait son effet à partir du premier janvier de l'année courante. La réponse du gouvernement à celte insoumission fut l’ajournement de la Chambre (4er février 4899), mais ce ne fut peut-être là qu'un prétexte et cette mesure fut peut-être prise pour pouvoir décider le compromis sur la base de l’article 44, car le gouvernement estimait que le compromis pouvait être rendu responsable, en grande partie, de la situation où se trouvait actuellement le parlementarisme.

Le fait que le compromis devait être voté à une date

fixe, encourageait les partis, aussi bien gouvernementaux qu'oppositionnels, à rester irréconciliables, dans l'espoir que le gouvernement achéterait à la fin leur vote. Le compromis écarté — par n'importe quel moyen — une réconciliation serait possible et plus facile. Et voici que commença une nouvelle époque où l’article 14 devait remplacer le consentement des Chambres, non seulement dans des cas réellement urgents, mais pour des lois moins indispensables et même pour les lois ayant été repoussées par les Chambres, comme la loi sur les traitements des employés de l’Etat. Le radicalisme des partis nationaux s’accrut de plus en plus du côté allemand ; les radicaux se séparèrent des autres partis et transportèrent leur propagande aussi sur le terrain religieux. Le mouvement appelé Séparation de Rome (Los von Rom), qui consistait en une propagande pour la-conversion en masse des Allemands catholiques au protestantisme, prit ici Son origine.

Occupés avant tout des questions nationales, les radicaux pangermanistes reprochaient à l’église catholique d'envoyer dans les territoires habités par les deux nationalités surtout des prêtres tchèques. Et ils ne pouvaient pardonner à la représentation parlementaire des catholiques allemands, de faire partie — malgré quelque velléité de sentiment national dans une crise si grave — de l’anneau de fer slave. Ils espéraient enfin

trouver dans la communauté de religion, un nouveau lien entre les pays allemands de l'Autriche et ceux de l'Empire allemand. Le mouvement Los von Rom avait au début amené des conversions assez nombreuses en Bohême, dans la Basse-Autriche et à Vienne même, mais il ne fut pas capable malgré cela d’influencer les événements à venir.

Les Allemands plus modérés essayèrent, pendant les vacances involontaires que le gouvernement imposait aux députés, de fixer les grandes lignes d’un programme. Ils demandaient que la langue allemande servit comme langue officielle entre les peuples autrichiens, par conséquent qu’elle fût employée dans l’armée, le Parlement et dans les services entre les autorités centrales et celles des pays. Tous les juges et fonctionnaires devaient faire preuve de leur connaissance de la langue allemande. En outre ces députés désiraient voir fixée par une loi l’alliance avec l'empire allemand. Quant à leur programme pour les pays allemands, ils demandaient pour la Bohême une séparation administrative des territoires purement allemands du reste de ce Kronland, et pour la diète, des curies nationales et une représentation proportionnelle dans l'administration du pays; enfin que les écoles des minorités fussent entretenues seulement par la nationalité en minorité dans la région. Pour la Moravie, ils concédaient aux deux langues le droit de servir entre les autorités et le public;

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par contre devait être employée dans le service intérieur, seulement la langue allemande.

Le souci principal du gouvernement était le compromis avec la Hongrie. Les exigences du nouveau ministère de Szell, profitant sans doute de l'embarras du gouvernement autrichien et de la toute-puissance que lui procurait l’article 44, se heurtaient d’abord à l’intransigeance du comte Thun et de son ministre des finances. Mais, au dernier moment, cette intransigeance tomba et M. de Szell put rentrer à Budapest en triomphateur. Ses concessions étaient minimes. Le 20 juillet, parut, dans le Journal officiel de Vienne, la première série des lois du compromis votées par le Reichstag hongrois et sanctionnées par l'Empereur, mais publiées, pour l’Autriche, dans une ordonnance de Particle 14. Ce fut même la première fois qu’un compromis — et surtout un compromis qui chargeait l'Autriche de nouveaux impôts sérieux et importants, comme d’une nouvelle taxe sur le sucre — fut publié sans le consentement du Parlement. Ce compromis, conclu jusqu'en 1903, ou, si le gouvernement n’arrivait pas à le faire voter régulièrement, jusqu’en 1904, souleva des protestations énergiques dans les partis oppositionnels. Et quand le comte Thun voulut passer à la seconde partie de son programme, et convoqua une nouvelle conférence de réconciliation entre les représentants des nationalités en lutte, les Allemands refu-

sèrent de conférer sous la présidence d’un gouvernement qui avait violé la constitution.

L'obstruction était encore une fois victorieuse; ce résultat qu’une opposition parlementaire normale n’aurait pu atteindre, ce qu’elle n'aurait même pu exprimer par les moyens légaux, la tactique obstructionniste y parvenait par son intransigeance persévérante : le ministère Thun donna sa démission (23 septembre 4899). :

La succession peu enviable du comte Thun échut au comte Clary. C'était un fonctionnaire allemand d’origine, mais incolore au point de vue politique, qui avait parcouru toute la carrière hiérarchique pour arriver au poste de gouverneur de Styrie. On ne lui confiait le poste de ministre-président qu’à titre transitoire, avec une lâche bien définie; pour montrer sa neutralité, il ne prit comme collègues que des fonctionnaires, des directeurs de ministères, et ne retint du cabinet précédent que le ministre de la défense nationale (qui garda son portefeuille pendant vingt ans) et le ministre des chemins de fer, M. de Wittek. Le comte Clary se mit immédiatement à l’œuvre, retira des ordonnances relatives aux langues, cause permanente du désordre parlementaire, et remit en vigueur celles du ministre Stremayr (1880) et du ministère Taaffe (1890), c’est-à-dire qu’il remit les choses dans l’état où elles étaient avant Badeni. Il promit en même

temps une loi sur l’emploi des langues en Bohême.

Ces actes gouvernementaux déchaînèrent la colère des Tchèques qui se voyaient ainsi ravir les fruits d’une longue et patiente politique « réaliste ». Les députés tchèques pensèrent à une démission collective; mais les éléments modérés du groupe réussirent encore à refouler le radicalisme intransigeant que blâmait même le vénéré chef des Vieux-Tchèques, le docteur Rieger. Et, hésitante, poussée par les électeurs et les municipalités, l’obstruction autrichienne entre dans la deuxième période de son histoire.

Le Parlement se réunit le 47 octobre 1899, les Allemands observent une certaine neutralité, les Tchèques manifestent bruyamment leur mécontentement. Les difficultés parlementaires commencent à surgir déjà dans la nomination du bureau, où la gauche n’est toujours pas représentée. L'opposition tâchait d’abord de consolider la constitution et d’en supprimer l’article 14. Le parti socialiste proposa son abolition pure et simple, les partis libéraux demandèrent lélection d’une commission chargée de le remplacer par un autre article tellement précis, que son application ne fût vraiment possible que pour des cas d'urgence absolue. Le président du conseil, tout en promettant de ne pas gouverner autrement qu'avec le Parlement, s'oppose à l’abolition de Particle et la Chambre le suit en votant la proposition la plus modérée. La commission décide, peu

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de temps après, — à vingt voix contre douze — l'abolition pure et simple de l’article 14; c'était là une manifestation tout à fait innocente.

Mais l’ordre du jour, portant la discussion sur les ordonnances relatives au compromis, était toujours obstrué. Et maintenant, ce furent les Jeunes-Tchèques qui entreprirent l’obstruction, pour punir le ministère du retrait des ordonnances sur les langues. Leur obstruction fut d’abord timide et dissimulée. Des scènes orageuses, des discours prolongés outre mesure, ne pouvaient être considérés comme les moyens d’une vraie action obstructionniste. Quand l'Empereur convoqua les chefs de tous les partis monarchistes séparément pour leur demander des informations touchant la situation politique et leur exprimer son désir d’un retour au parlementarisme régulier, les Jeunes-Tchèques pouvaient redevenir un parti de simple opposition sans qu’on pût y voir un recul, et la lecture du compromis pouvait être terminée. Mais peu de temps après, quand ils eurent probablement reçu une déclaration de neutralité bienveillante de la part des autres partis slaves, ils reprirent ouvertement leur tactique. Une motion d'urgence, en réalité peu urgente, donna pour ainsi dire le signal des hostilités. Cette obstruction ressemblait à tous les points de vue à celle des Allemands, elle était aussi énergique et exploitait les mêmes articles du règlement. Mais l’obstruction allemande avait quand

même une supériorité. D'abord, elle pouvait compter, aux heures critiques, sur le concours de la rue pour y transporter la révolte parlementaire. Les députés tchèques n’avaient au contraire à Vienne que des attaches insignifiantes. Les Allemands luttaient, par l’obstruction, non seulement pour un principe égoïste, mais encore pour une idée constitutionnelle, tandis que les Tchèques ne pouvaient invoquer ce prétexte d’une si grande ressource dans les batailles politiques, où il faut toujours compter avec les masses populaires. Les Allemands, enfin, avaient l'abolition des ordonnances sur les langues comme but précis de leur campagne obstructionniste. Mais les Tchèques pouvaient-ils légitimement espérer de forcer le gouvernement au rétablissement d'ordonnances qui aurait amené sans doute le retour de l’obstruction allemande ?

Le président de la commission parlementaire de la droite, un Polonais, arriva, à force de diplomatie, à réunir les délégués des partis allemands et tchèques pour délibérer sur la situation. Il proposa — et la conférence accepta — la nomination d’une sous-commission à laquelle le président de la Chambre, le docteur de Fuchs, soumit la proposition suivante comme base d’un arrangement : les Tchèques renoncent à leur tactique obstructionniste pour permettre le vote du compromis. Un comité de 48 membres élabore une loi sur l'emploi des langues qu’il doit déposer au commencement de

1900. Si cette loi n’est pas votée avant le mois d'avril, le gouvernement est, dès maintenant, autorisé à introduire, à l’aide de l’article 14, la langue tchèque comme langue officielle dans les territoires purement tchèques.

Les Allemands refusèrent de se rallier à une proposition qui invoquait l’article 14, et la conférence se sépara sans résullat. Les Tchèques décidèrent l'obstruction contre le budget provisoire, mais non contre le compromis, ce qui leur permit, d’une part, de rester dans la majorité et, d’autre part, d'espérer voir surgir des dissentiments dans les partis allemands. Mais à Prague, on désirait une tactique plus radicale et les Jeunes-Tchèques obéirent au mot d'ordre. Ils portèrent même l'obstruction dans la commission du budget et dans celle du compromis et les Polonais, les cléricaux allemands et les Tchèques fédéralistes les soutinrent, au moins d’une façon passive. Le délai pour le renouvellement du compromis s’approchait cependant, et lorsque, dans sa dernière séance, la Chambre vota — non pas le renouvellement du compromis — mais une motion d'urgence au sujet de l'abolition de l’article 44, la destinée du comte Clary était accomplie. Il démissionna pour retourner en Styrie et laissa sa place à M. de Wittek qui, moins scrupuleux dans les questions constitutionnelles, avait pour tâche de publier les ordonnances impériales relatives au compromis, à la quote-

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part dans les dépenses communes et au budget provisoire. Son ministère, comme celui de son prédéeesseur, était composé de fonctionnaires, mais cette fois, les ministres n'étaient plus des directeurs, c’étaient des chefs de division et de bureau à qui on avait grande peine à faire accepter les portefeuilles. Le Reichsrat fut bien entendu ajourné, et les Tchèques furent obligés de porter leurs doléances dans les délégations, tandis que les Allemands décidaient d'entrer de nouveau dans la diète de Bohème qu'ils avaient quittée. depuis deux ans.

Sa tâche inconstitutionnelle terminée, le ministère Wittek disparut. Celui qui le remplaça fut le ministère de M. de Koerber (1900-1904). Les partis et l'opinion publique qui connaissaient M. de Koerber depuis plus de vingt ans, soit comme directeur au ministère de l’intérieur, soit comme directeur au ministère du commerce, n'hésitaient pas à lui reconnaître d’éminentes capacités. Le nouveau ministre prit lui aussi, comme collaborateurs, des fonctionnaires, mais c'était cette fois des hommes d’une valeur reconnue, des chefs de section, comme l’économiste de Bôhm-Bawerck pour les finances, le professeur Hartel pour l'instruction publique. Bref, après des gouvernements de transition et sans autorité, celui-ci devait être un grand ministère capable d’en finir avec l’obstruction, soit tchèque, soit allemande. M. de Koerber invita tout d’abord les délégués de tous les partis de la Chambre à se réunir chez

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