L'EXPIATION
Nul homme n'est pur ; l'imperfection sérielle appelé péché originel permane en lui : mais l'inévitable péché a son remède qui s'appelle l'expiation à Athènes et la Pénitence à Rome.
L'expiation est de deux sorties : fatale, elle satisfait à la Normale de justice ; consentie elle vaut le pardon au pécheur.
Quel confesseur, après l'ordinaire aveu, demande : « Avez-vous trempé dans un péché collectif? c'està-dire, avez-vous été, soldat, marin, aux colonies? » Avez-vous pris part aux éclats de haine contre les juifs? Avez-vous été instrument et complice de crimes contre l'humanité? »
Le Prieur du couvent a qualité pour obtenir la passive obéissance, c'est un recteur légitime des âmes, et nul ne subit son autorité qu'il ne l'ait accepté de son plein gré et sans contrainte.
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L'officier n'a aucune autorité morale, et son commandement n'est qu'une transmission de mouvement; « tirez sur les Allemands ou tirez sur les Français, » l'officier dit et le soldat fait « Feu ! »
On comprend commentcette obéissance existe, mais non pas comment elle s'est établie ; et il est instructif de le rechercher dans l'infériorité de l'espèce humaine.
La plupart des êtres n'ont aucun sens de la liberté et de la dignité : l'état militaire les remet à l'état barbare, avec moins de risque qu'autrefois. Jusqu'aux immortels principes, le militarisme était un métier ; et on devait encor sous Louis XVI, soûler un homme et lui compter quelques louis pour lui extorquer sa signature. Les tyrans n'auraient pas osé marquer tout le troupeau national pour l'abattoir : ce sont les libertaires qui l'ont fait. La mort n'est pas ce qui menace le soldat moderne, mais la maladie; l'autorité du médecin militaire n'est pas suffisante pour résister aux officiers et tout malade doit mourir : la mort même change de nom, à l'armée, elle s'appelle crevaison. Tout homme valide à vingtet-un-ans va à la caserne jusqu'à vingt-quatre ans, entendez-le bien, tout homme valide, et voyez l'agriculteur, l'apprenti, toutes les sortes d'ouvrier arrachés à la famille, au travail, à leur vie propre pour être jetés dans l'obéissance passive, tempérée par le café concert et le lupanar.
Demanderez-vous la continence à des hommes auxquels vous ne pouvez pas parler de morale ? Ils ne peuvent se marier qu'après trois ans de mauvais lieu et d'ivrognerie. Car, si l'ivrognerie pouvait être excusé, ce serait chez le soldat, qui, pour subir le joug brutal, s'abrutit par tous les moyens.
Le Recrutement tuera les nations modernes, ni la sanile, ni la morale ne résistent à la galère militaire.
C'est bien à tort qu'on s'acharne à attaquer tel •sévice, telle barbarie de discipline : ce qu'on attribue à l'individu est le jeu régulier de la machine, la plus formidable que les peuples aient jamais trouvée pour régulariser le suicide et l'étendre à l'univers. Jadis les guerres étaient cruelles, néfastes ; elles n'immobilisaient pas l'entière nation.
Aujourd'hui, l'homme valide est perdu pour la civilisation, le vrai travail et le foyer, en tout temps, à sa majorité : voilà le trait dislinctif de cette époque en face des autres.
On répondra qu'il n'y a pas moyen de mieux faire: je conclus que les peuples occidentaux se sont mutuellement condamnés au suicide et qu'il n'est plus besoin de peste, ni de guerre, pour le retour à la barbarie, le recrutement suffira.
Or, cette destruction organisée des peuples, par eux-mêmes, est tellement insensée qu'elle voudrait
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être désignée par un nom spécial : le péché contre l'humanité.
11 est rare qu'on fasse la critique de ses propres mœurs et qu'on soit frappé de ce qui est général autour de soi: le fameux sens commun de la philosophie est là pour tout justifier : et comme dit ce journaliste de Voltaire: « Qui donc a plus d'esprit que tout le monde » mot sémillant : l'habitude rend tout acceptable et lorsque une race se met des anneaux dans le nez, cet ornement devient plastique et raisonnable?
Ici l'Eglise a vraiment manqué à son mandat. Le pape bullifie à propos d'un pamphlet et, non poulies massacres d'Arménie, et son vieux et mauvais génie césarien lui a fait accepter la déshonorante complicité du suicide militaire. L'Eglise croise sa crosse avec le fusil parce que des braillards de rue ont jeté quelques cailloux au presbytère.
Le pire désordre a toujours été une usurpai ion de pouvoir ; aujourd'hui on arrive à l'insconsciente confusion des compétences et des rôles. Aucune place n'étant vraiment remplie, chacun légifère à sa guise, et en empiétant ne nuit à personne : l'indifférence étant devenue l'opinion. Nul ne croit à la sincérité du penseur lui-même : on voit dans sa doctrine une prédilection, un penchant et non une conviction. Il serait oiseux de rechercher encore la vérité,
v. — l'occulte catholique
si celte recherche ne renfermait sa raison, en elle. Tous les péchés contre le Saint-Esprit se réduisent à deux : l'acte de l'ignorant, l'abus du savant. Botlom président le conseil des ministres, et Prospero faisant servir sa magie à de vaines ambitions sont les extrêmes de cetle prévarication. Ne rien comprendre et vouloir tout expliquer, être un sot et être un habile, vouloir sans savoir, et vouloir malgré qu'on sache, termes égaux d'injustice et de désordre.
II y a encore de la répression, il n'y a plus d'obéissance sociale : on déshonore des chefs déshonnêtes mais on leur continue l'obéissance par faiblesse, et nécessité. Il vaudrait mieux se taire jusqu'à l'heure d'agir et réaliser enfin son mépris. Les peuples latins méprisent leurs pasteurs, mais ils les subissent : c'est donc qu'ils n'en méritent point d'autres.
II n'y a jamais eu de peuple saint, mais dans tous les peuples il y a eu des saints : le devoir individuel en même temps que l'intérêt se résument à la sanctification.
Partout et toujours le meurtre, le vol et le viol ont été réputés abominables : les dix commandements de Mosché sont l'abécédaire de la morale et rien de plus.
Les commandements de l'Eglise doivent être'obéis, mais ils sont moins immédiats, il est moins coupable de ne se point confesser (quoique cela soit un pé-
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ché) que de tuer un homme. Etre humain, voilà l'ordre le plus absolu : et tout le monde l'entend.
En Egypte, j'ai trouvé plus d'humanité qu'en aucun autre lieu. On m'a offert à boire sur les routes; le fellah a essuyé ma poussière et m'a guidé, et cela sans intérêt, par humanité : tandis que le Français et le Parisien a été aussi inhospitalier que l'Arabe, aussi brutal que l'Allemand.
La bienveillance pour celui qui passe, le sourire au passant, s'appelle une vertu, et cela ne se lit pas même aux yeux des prêtres latins.
Comment le divin [Maître n'a-t-il pas parlé au fellah : comme il eut été compris '.Mais il lui fallait des bourreaux, et seul Israël était assez bassement fanatique pour immoler l'Agneau sans tache.
Après les Egyptiens, les Provençaux sont les moins méchants des hommes : les pires êtres sont les gens de Paris, et à Paris les gens du boulevard ; ceux-là incarnent l'instinct de bête et y ajoutent la perversité.
Même sans paradis et sans purgatoire, c'est-à-dire sans la sanction de la vie future et la loi de justice barrait le devenir, il faudrait encore., sous le ciel et en face du scheol, rester pur ou, terni, se purifier.
v. — l'occulte catholique
La Beauté morale est une conception si logique pour l'homme développé, que le péché, considéré comme un faux accord, une déformation, une vulgarité est encore haïssable au même titre où la religion le hait.
ARCANES
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