OREMUS
Quiconque étudie la vie, dans son ensemble phénoménique, découvre que le libre arbitre humain évolue entre deux pressions égales en essence, inégales en actualité, qui s'appellent de leurs noms physiques : l'inertie et le mouvement ; au moral et à l'intellectuel, il y a aussi un perpétuel conflit entre la dynamique et la statique : ce que qu'Eschyle a incomparablement exprimé dans sa Prométhéïde.
L'élément conservateur analogue à l'inertie demeure sous la pression du passé ; l'élément actif, au contraire, excité par les forces latentes de l'avenir, sollicite perpétuellement la volonté de l'homme. Sagesse, salut, succès, génie, toute pensée et tout acte, tout événement se réduisent pour l'analyste à ce même conflit. Le saint résoud l'antinomie par une adhésion complète à la Providence ; cela s'appelle la
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conformité à la volonté de Dieu, terme inexact à moins qu'on ne considère le divin vouloir dans les lois connues. Pour ne pas désorienter l'âme simple toujours obstinée à considérer Dieu comme un père selon la chair, l'Eglise a enseigné que pas un cheveu ni une feuille d'arbre ne tombait sans la permission du Très-Haut, et cela est vrai si l'on considère que l'arbre obéit à son espèce, au sol, au climat et enfin à toutes les circonstances des normes naturelles. Mais la formule a été autrement comprise : l'homme a voulu se persuader qu'il était pour Dieu un actuel objet de préoccupation et il est arrivé à saluer dans les fléaux, hommes ou cyclones, la volonté du Créateur qui ainsi se trouve responsable de toutes les déformations du cosmos. Il ne faut pas discuter avec la foi, parce que la foi n'a rien à recevoir de la discussion : celui qui croit est comme celui qui aime ; il n'a que faire des motifs, quand il est mû intérieurement par l'enthousiasme. Il faut discuter avec le doute, le scepticisme et l'incertitude ; il faut montrer à ceux qui ont plus d'esprit que d'âme les dogmes spirituels ; or, la conception d'un Dieu qui intervient dans son œuvre comme un jardinier entretient, émonde et travaille son jardin est d'un antropomorphisme puéril : la création entièrement conçue dans l'instant même où elle a commencé et les six jours en six périodes sont des formules sans va-
v. — l'occulte catholique
leur. Chaque fois que nous parlons de Dieu, il faut mettre le verbe au présent sinon les paroles énoncées n'ont plus aucun sens. En Dieu, tout est présent, de toute éternité, et, quoiqu'il nous soit impossible de comprendre la simultanéité de la création et de la rédemption, il est cependant certain qu'entre un acte agissant et une puissance d'être devant agir, la différence étant temporelle, divinement n'existe pas. S'il fallait expliquer pourquoi Dieu s'est incarné il y a dix-neuf siècles, on ne pourrait donner aucune raison que banale comme l'état d'immoralité. L'incarnation existait en puissance d'être dans la création et les mérites de Jésus-Christ n'ont pas seulement un effet postérieur à Lui, mais aussi un effet antérieur. L'Eglise se déclare avec raison la véritable société des chrétiens, mais elle méconnaît les chrétiens d'avant le Christ, c'est-à-dire ceux qui ont fait des œuvres messianiques. Qui conquiert des chastetés sur l'instinct, des renonciations sur Pégoïsme, qui voit et qui montre aux autres un point de perfection, celui-là est un chrétien, celuilà est un Messie. On a parlé récemment d'un congrès des religions, idée ingénue. La religion, incarne le principe d'autorité et l'autorité qui accepterait d'être discutée ou comparée, ne serait plus qu'un vain simulacre. L'unification de la conscience universelle est un beau rêve, mais pour le faire il
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faut ignorer et la philosophie et l'histoire. Une religion, comme un monument, concrétise une âme collective. Celui qui a échangé des idées abstraites avec des individus appartenant au groupe caractéristique de l'espèce, sait parfaitement que l'âme des races jaunes ne se substante pas de la même nutrition morale que les sémites ou les Aryas. Quoi de plus légitime et de plus noble que de vouloir communiquer à tous la vérité que l'on possède : le prosélilisme est une des formes les plus élevées en soi de la charité et cependant le prosélitisme a donné lieu au plus grand crime que l'histoire mentionne. Même saint, même mage, l'homme conserve une telle imperfection que ses qualités, ses vertus le poussent au crime s'il ne réagit point contre la déformation passionnelle de la doctrine. A écrire un traité des passions il faudrait consacrer une section aux passions religieuses, c'est-à-dire aux désordres qui naissent de la foi. La Société ne nous présente-t-elle pas des traits permanents de passions coupables, sous forme de sentiments nationaux. Le viol, considéré comme un acte barbare, n'a jamais été reproché à aucun officier dans aucun pays, or le viol est l'exercice régulier de tout soldat vainqueur : l'homme poussé par la faim, qui prendrait un pain chez le boulanger, serait déshonoré et ferait six ans de prison ; la famille qui a pris la Po-
logne jouit de la plus grande considération et le brigand incomparable qui avait rêvé de changer le monde en un bagne, dont il eût été le garde chiourme, dresse encore sa grotesque figure non-seulement sur les places de Paris, mais dans l'âme d'esclave de l'humanité. L'homme reste féroce même aux pieds de Dieu : l'auto-da-fé marque qu'il faut se méfier des personnes et des choses sacrées : ce domaine offre d'incomparables prétextes à la tyrannie et à l'exaction. Aucun catholique parmi les plus fervents ne verrait sans terreur le pouvoir passer aux mains des prêtres, et l'auteur de ce livre, si l'Eglise triomphait dans les pays latins, devrait abandonner ces pays pour éviter l'inquisition. Certes, l'Eglise, comme l'Etat, assumant une charge d'âmes a le droit de défendre ses ouailles des contagions morales. Il y a des paroles délétères, il y a des prédications qui empoisonnent, mais il ne faut pas confondre la police générale des âmes et le droit de quelques esprits. Le troupeau ecclésial doit paître paisiblement et les réformes doivent lui venir de ses pasteurs eux-mêmes ; mais la vie intellectuelle de l'humanité a droit à son libre cours pour que les œuvres du Saint-Esprit se réalisent. Ceux qui, dans le monde latin, attaquent la divinité de Jésus- Christ sont des malfaiteurs ; cette race n'a d'autre but que le Verbe du Calvaire ; mais ceux-là qui vont
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dans l'Extrême-Orient contredire le culte des ancêtres et enseigner à des Mongols qu'il faut adorer le descendant des rois d'Israël, ceux-là sont aussi des malfaiteurs. Depuis que les temples de la Grèce ont cessé leurs oracles, ni le clergé, ni les hommes de pensée n'ont compris l'effroyable lacune qui exislait dans la civilisation. Repoussé par le prêtre, le penseur indépendant a perdu de vue ses responsabilités morales et l'Eglise a trouvé plus simple de travailler au discrédit de la science qu'à opérer son concordat avec elle. Actuellement, le penseur et le prêtre n'échangent plus que des formules de dédain et leur méconnaissance mutuelle désoriente les esprits puisqu'ils représentent chacun une indiscutable part de vérité. La divinité, une d'essence, doit être conçue sous la forme ternaire ; la vérité revêt donc trois formes, trois personnalisations pour être complète. La religion et la philosophie procèdent d'un troisième pouvoir spirituel équilibrant les deux autres. Il est extraordinaire que cette nécessité ne soit pas sentie. Plusieurs fois dans l'histoire moderne, cette impérieuse nécessité se présenta à de grands esprits ; mais les uns manquaient de puissance matérielle, les autres comme Huges des paiens, ont provoqué la compétition des pouvoirs politiques et, de nos jours, les initiés ayant toute liberté pour parler, seraient moins entendus que jamais. Dans ces temps
v. — l'occulte catholique
inquiets où la pensée était en péril dès qu'elle s'exprimait, sous l'allégorie souvent grossière, du moins, la moindre parole suscitait des échos prolongés. Avec la faculté de tout dire est venue une indifférence telle chez l'auditeur que, avant de le convaincre, on s'aperçoit qu'il faudrait l'intéresser. Les contemporains comprendraient difficilement cette violence des hérésies qui mettait les armes à la main pour l'interprétation d'un texte sacré. Par l'éducation, on peut agir encore. Malheureusement, les inconscients du pouvoir, au lieu de cultiver l'âme dans un sens religieux même sectaire, se sont attachés à détruire la religiosité en tant que faculté, et dans dix ans nous pourrons voir une génération qui sera entièrement inculte, au point de vue moral.
L'initiation a toujours répondu aux postulants qui demandaient de participer au mystère : « connais-toi toi-même », et Pythagore, qui représente la plus grande élévation de la pensée hellénique, indique dans ses vers dorés de ne jamais s'endormir avant d'avoir fait son examen de conscience et d'avoir pris des résolutions pour le lendemain. L'Eglise, qui met les plus hauts exercices de l'âme à la portée de tous, a institué la confession afin que l'être se connût et, regardant en lui-même, se réformât.
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Eschyle, dans son incomparable Orestie, nous montre une doctrine bien plus proche du christianismeque celle de l'Inde. Dans le cas d'Oresle,le coupable implore de la religion une purification et, dans la personne même d'Apollon et d'Athéné, elle lui accorde l'absolution. On ne songe pas assez quand on discute le sacrement de la confession que la remise de la coulpe qui correspond à la contrition n'implique pas la remise du dam qui nécessite la réparation. Le plus grand tort actuel des confesseurs est d'appliquer avec rigueur une formule du catéchisme qui remonte à une époque où il y avait une vraie proportion entre les pénitences et les péchés, c'est la recommandation de ne pas oublier les circonstances notables du délit. Or, rien n'est dangereux surtout vis-à-vis des pénitentes comme ces récits inconsciemment romanesques ou lascifs et qui entraînent le prêtre à des questions d'un effet dépravant sur le fidèle; il s'est glissé dans la pratique une casuistique bizarre qui considère comme à peu près véniel l'adultère lorsqu'il n'est pas consommé selon la chair. Autre chose est la confession, sacrement savamment conçu de culture animique ; autre chose est la direction, formule aristocratique du désœuvrement moral. La magie seule explique pourquoi la confession ne peut pas être intérieure comme la prière, pourquoi il faut le truchement du
prêtre pour que la grâce du sacrement opère. Lorsqu'un sorcier guérit magnétiquement un malade, il va ensuite rejeter le fluide contaminé dont il s'est chargé sur un arbre ou un animal qui peu après dépérissent et meurent.
Le prêtre ne pourrait pas supporter le poids moral de la confession s'il ne puisait dans la communion ecclésiale une sorte de préservation. Les pénitents éprouvent en sortant du confessional une impression d'allégement : physiquement, ils se sentent dispos. Or, il faut prendre garde aux effets physiques des mouvements moraux, car ils sont les meilleurs indices de causalité; une sensation ne se discute pas, elle est réelle du moment qu'elle est perçue môme par action réflexe. L'occulte et la religion ne conçoivent pas semblablement la pénitence : l'un commande de se retirer violemment du péché ot de se précipiter dans la vertu sans perdre de force à pleurer les fautes passées; l'autre s'attarde à considérer ses péchés afin d'augmenter en lui la contrition ; or, la contrition consiste surtout dans ce que l'Eglise appelle la satisfaction et qui est de deux sortes : l'une envers Dieu et l'autre envers le prochain. Le catéchisme prescrit la prière, le jeûne et l'aumône. Le jeûne qui s'allie mal avec les exigences de la vie moderne ne présente que peu d'intérêt ; autant les excès du boire et du manger sontdes
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prodromes d'avilissement, autant une nourriture rationnelle et modérée est un gage de bonne conduite. 11 faut établir dans son organisme le plus grand calme possible et la .dicte modificateur important de la sensibilité, délerminant de la fièvre par conséquent prédispose à du désordre; il faut suivre l'exemple des saints, non pas leur hygiène : ils provoquaient la tentation et la difficulté, nous serions téméraires de les suivre en cette voie sans en avoir les grâces spéciales.
LaGoëtie présentant la caricature tragique de la religion, on y trouve appliqués au mal comme point de départ des analogues aux mortifications mystiques. Lorsqu'une sœur de charité s'entraîne à tuer en elle la répulsion instinctive que cause la vue des plaies, elle pratique une ascèse divine.
Mais lorsque la charité n'est pas le mobile de ces efforts extraordinaires, il ne faut pas toujours les considérer comme les meilleurs mérites. L'enseignement orthodoxe distingue une contrition parfaite qui est le regret d'avoir transgressé la divine loi d'harmonie et l'attrition ou seule crainte du châtiment afférant au péché. Il y a aussi deux sortes de satisfaction : celle où le pénitent abandonne sa prévarication et change de vie et celle où il se borne à des résolutions sans effet. C'est au prêtre, huissier de la divinité, que le pénitent signifie son repentir,
c'est lui qui signifie au pénitent l'acceptation de ce repentir. Aux initiations, dans les collèges de l'antiquité, le récipiendaire se purifiait par un aveu verbal pour monter au grade supérieur. Le catholicisme a vulgarisé pratiquement les anciens mystères, offrant ainsi le patrimoine de l'aristocratie au commun des êtres. Par analogie, l'esprit comme l'estomac éprouve dans l'assimilation un besoin idiosyncrasique de variété : il y a des âmes blasées qui restent sans appétence devant de saines et robustes formules et qui s'émeuvent à une énonciation maladive, inférieure, mais conforme à eux-mêmes. Qui n'a convaincu par des raisons médiocres mais identiques à l'auditeur? Cette considération suffirait pour légitimer l'individualiste, dans l'expression des vérités. Les hommes se choisissent selon leur faiblesse et voilà pourquoi une démonstration en soi emporte la résistance, tandis que le raisonnement classique de la matière passerait inécouté.
Homme, sois humain ; la religion et la magie te proposent de devenir un Dieu ; la nature t'incite à devenir un animal ; sois un homme.
Vivant, que penses-tu faire de ta vie? Tu peux la réduire à la satisfaction de tes besoins; tu peux l'élever à la satisfaction de tes désirs.
Tes besoins, expriment ton espèce et tes désirs expriment ta personnalité.
Les besoins sont relatifs à la vie ; tous les désirs sont relatifs à la survie.
Actuellement, tu n'es que ce que tu peux ; éternellement, tu seras ce que tu veux : avec cette limitation que le désir injuste, c'est-à-dire inharmonique, entraîne un châtiment et n'est pas exaucé.
Fais concorder ton désir avec la notion d'universelle harmonie et crois que ce n'est pas l'homme qui a créé l'idéal et que ses justes rêves ont leur réalité dans l'au-delà.
La définition de Dieu est tour à tour l'Absolu, l'Eternel; par conséquent, si tu te bornes aux cinquante années de la vie moyenne de ton espèce, tu ne trouveras pas de préceptes moraux qui puissent te servir.
Même, si tu n'as pas une obscure conscience que la mort physique n'est qu'un entr'acte de la vie, tu te voues toi-même au devenir le plus limité ; car, Dieu dans sa miséricorde réalise nos vœux les plus excessifs, mais sa justice l'empêche de nous donner ce que nous n'avons pas conçu.
L'évolution de l'être dépend donc de sa conception et de l'identité de ses actes avec cette conception.
Le froid, la faim, la soif sont des phénomènes indiscutés, leur domaine est le corps, tierce partie de la personnalité humaine.
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L'âme a besoin de sympathie et d'émotion, et l'esprit de mystère.
Il est donc certain et de constatation journalière que celui qui ne souffre pas en son corps peut souffrir en son âme, et que celui qui ne souffre, ni en son cœur ni en son âme peut souffrir encore en esprit.
Or, chaque fois qu'il y a souffrance, il y a imperfection, et s'il y imperfection, il y a lieu de modifier l'individu jusqu'à extinction de la douleur.
Souffrir est un verbe qui n'a pas besoin de commentaires, pour être compris.
Il y a trois sortes de douleurs : la douleur subie, la douleur consentie et la douleur voulue.
La douleur subie est celle que l'être ne peut éviter; la douleur consentie est celle qu'on accepte parce qu'elle est présente ; la douleur voulue est celle qu'on provoque parce qu'on en espère des biens consécutifs.
L'une est animale; l'autre est religieuse, la troisième est divine.
La pitié commune se trompe en estimant les seuls actes des mystiques ; à un certain degré, la douleur morale devient une perception indivise entre le plaisir et la peine.
La loi d'intensité tend perpétuellement à rapprocher une chose de son contraire, l'extrémité de la
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souffrance est une forme surélevée de la volupté.
Et cela explique la béatitude que l'histoire attribue à ceux qui, exaltés comme les martyrs, ont souffert des maux extraordinaires dans un état d'âme plus extraordinaire que ces maux eux-mêmes.
Présenter les saints et les docteurs comme des modèles à suivre, c'est proposer l'exemple du génie au moindre élève d'humanités.
L'exception ne doit pas servir d'exemple ; ce que l'Eglise appelle le Salut et la magie, le Devenir s'opère par la manutention de ce qu'un être contient et non par la présomption de cet être s'efforçant vainement vers les fins dont il ne possède pas les potentialités. Dans l'harmonie cosmique, le végétal qui prétendrait à l'animalité serait en formule de désordre et de rébellion; de même dans l'humanité tous ceux qui se proposent des fins injustifiées se préparent des châtiments.
Le bonheur social d'un homme réside pour lui à connaître ce qu'il peut et à faire de sa possibilité les limites mêmes de sa volonté ; de même dans le sens indéfini du devenir, le salut de l'homme dépend d'une proportion entre ses potentialités et ses vœux.
Et c'est pourquoi, en l'insistance de ce discours qui n'a d'autre but que ton bonheur, ô qui que tu sois, je t'ai dit : Homme, sois humain ; à moins qu'une
v. — l'occulte catholique
impulsion céleste ne te pousse, ne cherche pas à réaliser un autre idéal que celui de l'humanité ; il est assez haut pour t' assurer sinon l'immortalité en ce monde, du moins ce qu'on appelle le Paradis dans l'autre.
Recherchons maintenant quel est l'idéal humain et à quel prix l'opinion décerne les palmes. Ici je dois mentionner l'écart énorme qui sépare le suffrage compétent de l'humanité, de son suffrage passionnel. L'intérêt, qu'il soit contingent ou moral, dénature chez la plupart des êtres les notions essentielles. Il faut donc soustraire de l'opinion générale les jugements qui sont entachés d'une partialité évidente : et dès lors les gloires locales, expression d'un égoïsme collectif, cessent de compter dans la balance philosophique.
Tandis que le commun des hommes s'appuie aux évidences physiques, la réflexion impose à l'être conscient de ne reconnaître pour valable que ce qui est revêtu des caractères inimitables de l'abstraction.
Or, ces caractères se réduisent à une formule : l'identité à travers les temps et les lieux ; ce qui rejette toutes les gloires nationales et tous les utilitarismes restreints.
La souffrance subie est une nécessité, la souffrance provoquée est un héroïsme.
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Ce livre n'est pas le livre, des héros : ce livre n'est pas le livre des méritants, c'est simplement celui des conscients, de ceux qui appliquent aux matières éternelles cette prudence et ce soin qu'on accorde communément aux choses matérielles.
Tout verbe qui oserait raturer le Verbe de Jésus serait un inutile blasphème. Ce qui a été fondé sur le Calvaire ne peut subir ni diminution ni changement, mais il faut se souvenir que l'œuvre d'un Dieu n'est pas une œuvre humaine et les exemples trop sublimes doivent être modérés pour être suivis.
L'univers n'a qu'un besoin : l'harmonie ; la société n'a qu'un besoin: l'ordre; l'homme n'a qu'un devoir: c'est de consonner à cette harmonie et à cet ordre.
L'Agneau qui efface les péchés du monde ne nous oblige pas à une humanité de Messies, qu'en réalité nous ne pouvons être. Les Anges l'ont dit au moment de la naissance du Sauveur: « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
La bonne volonté est cette disposition de l'âme qui, sans nous flatter d'aucune ambition morale, nous rend dociles aux saints enseignements.
La théologie classe la tristesse parmi les péchés et quiconque a connu de vrais mystiques sait qu'ils sont gais et riants.
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La conception gémissante du salut n'est donc pas plus vraie que toute autre conception. Il suffit d'accepter la douleur lorsqu'elle arrive et c'est une témérité d'imiter les saints qui excitaient en eux la tentation pour le mérite de la vaincre. S'il était permis de les juger, il faudrait dire qu'ils se trompaient, mais le saint comme le génie relève de lois particulières et qui échappent à l'entendement du commun.
Le salut peut se concevoir d'une façon joyeuse ; ainsi la race grecque a-t-elle préféré le sourire du mystère à ses pleurs.
Le Christianisme, succédant aux orgies romaines, a dû forcément s'accentuer en réaction du désordre auquel il succédait.
Et comme il y a proportion entre l'action et la réaction, le sentiment religieux a subi une exagération de tristesse sans connexité réelle avec le dogme lui-même.
Il y a plusieurs façons de concevoir la même formule et les expressions de joie ou de mélancolie s'appliquent également à l'ascèse religieuse. Si un chrétien vient à penser qu'il méprise en sa prévarication l'amour et le supplice d'un dieu : cela est propre à le jeter au désespoir : mais s'il réfléchit qu'il n'a qu'à prier sincèrement et à aimer relativement le prochain, il reprendra confiance malgré son
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indignité et opérera son salut dans la sérénité comme d'autres Topèrent dans l'effroi.
Si l'on disait aux fidèles : « le repentir est un mouvement stérile de l'âme, » on en scandaliserait plusieurs et cependant la contrition c'est de changer de conduite et de réparer.
Si tu as volé, il faut rendre et à celui-là même que tu avais lésé ; si lu as mal parlé, il faut parler à nouveau et dans des circonstances analogues ; si lu as desservi quelqu'un, il te faut le servir; si tu as négligé Dieu, il faut redoubler de prières.
Mais ne prends ni pour de la vraie piété, ni pour de la vraie prière, certains mouvements d'âme confus où l'imagination a plus de part que le ferme propos. Agir est la seule preuve de pensée. Quand une action mauvaise a été commise, il faut commettre une bonne action au moins équivalente ; quand le prochain a subi un dommage, tu lui dois un avantage ; si tu as témoigné trois fois pour l'erreur, tu dois témoigner sept fois pour la vérité, car, retiens-le en ton esprit, la conséquence de toute pensée suit celui qui l'a conçue d'une façon indéfinie et ne peut être effacée que par une formule propor-, iionnellement opposée.
ARCANES
DU
PSYGHURGIE
JJyi antropomorphisme détestable légué par Israël à l'Eglise, est cette attribution à Dieu de tout événement funeste : et si la foudre tombe pendant les vêpres, tous les crétins du, cabaret se gaussent.
L 'enchaînement de la causalité à la finalité englobe toute la parabole du possible, eu une triple parallèle. Tout événement ou apparence providentielle a trois causes : l'une physique, r autre morale, la troisième métaphysique, et Dieu n'y est pas autrement présent, à moins que Vhomme ne le provoque ou ne l'invoque, auquel cas nous entrons dans le surnaturel ou domaine des causes secondes.
Ce qui rend impossible de parler de Dieu dignement c'est la différence du temps à l'éternité. Le passé et l'avenir sont des idées propres à Vhomme ; Dieu est, le présent seul s'applique
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à lui. Cela est si peu conçu, que Vexégèse et la polémique ont également accepté cette invraisemblable abandon où Dieu laissa sa créature pour venir la réclempter il y a dix-neuf siècles alors que sept mille auparavant il y avait des hommes qui péchaient et qui pensaient. On accorde à la Messiation qu'elle s'étendait au futur, mais non pas qu'elle nassait aussi le passé pour cette simple logification, que tout acte divin est présent dans la durée entière, par cela seul qu'il est divin.
Les mérites de la passion ont commencé leur application à V apparition de V homme et ne la finiront jamais.
Le devenir sera la réalisation de notre idéal. Nous n'aurons rien sans l'avoir demandé.
Magiquement, rien n'est que ce qu'on croit, rien ne sera que ce qu'on espère, rien ne nous sera fait que ce que nous avons fait.
L éternité aura donc la splendeur de notre foi, la beauté de notre espérance et la chaleur de notre amour.
La miséricorde apparaîtra au jour éternel identique à la justice.
La réédité subjugue les âmes ordinaires et peu développées, sensation conforme à l'espèce.
v. — l'occulte catholique
Si Vâme s'élève et se dégangue, V extériorité Vétreint de moins en moins ; le martyre a opéré la transmutation de la douleur en joie; les phénomènes physiques cèdent au phénomène psychique, lequel est encore dominé par l'intellectuel.
La dérogation aux lois de la nature, fameuse définition du miracle chez les dévots, est en effet une substitution de causalité.
Quand la loi corporelle est transposée, c'est par la loi supérieure de V âme ; cela est extraordinaire, mais non pas anormal.