QUATRIÈME SECTION
NIRVANA
On a souvent dit qu’à la consommation finale toutes les âmes individuelles s’anéantissaient dans la Grande Ame, et nos étudiants trouvent souvent difficile de concilier cette théorie avecd autres affirmations qui semblent impliquer que l’individualité perdue sous une forme ou sous une autre, même jusqu’aux sommets les plus élevés. Le fait est qu aucune de nos expériences* aucune des idées que nous puissions formuler dans notre cerveau physique ne peut exprimer les réalités glorieuses du Nirvâna e| des plans au-dessus. Nous savons si peu de cette gloire transcendante, et ce peu ne peut être décrit par des mots. Dans un certain sens, cependant, c’est peut-être une erreur de parler des âmes individuelles comme s’anéantissant dans la Grande Ame. Chaque monade est fondamentalement une etincelle de la triade divine. Elle ne peut donc s anéantir dans ce dont elle est déjà une partie. Il serait assurément plus juste de dire qu’en évoluant, l’étincelle se développe à l’état de flamme ; et que devenant de plus
l’oCCOLTISME D.4^'S LA NATURE
en plus consciente de son unité avec le divin, le Logos peut ainsi se manifester de plus en plus par elle.
Je puis tout au moins dire que jusqu’au plan de conscience le plus élevé que nos étudiants aient atteint, même jusqu’à celui que nous appelons communément le Nirvâna, l’individualité ne se perd pas, et que le pouvoir de penser, d’élaborer des plans et d’agir subsiste toujours. Bien longtemps avant cela, le sentiment de séparativUé a complètement disparu, mais c’est là une chose tout à fait différente. Sir Edwin Arnold a décrit ainsi cet état de béatitude : « la goutte de rosée se jette dans l’océan resplendissant ». Ceux qui ont passé par cette merveilleuse expérience savent, si paradoxal que cela puisse sembler, que la sensation est exactement le contraire et que la description serait plus juste si l’on disait que l’océan s’est déversé dans la goutte de rosée.
Cette concience, aussi grande que l’océan avec » son centre partout et sa circonférence nulle part » est un fait grandiose et glorieux, mais quand l’homme l’atteint, il lui semble que sa conscience s’est élargie au point d’embrasser ce tout, et non qu’il s’est anéanti dans autre chose. Et il a raison, car ce qu’il avait, par ignorance, supposé être sa conscience n’a jamais été sa conscience, mais seulement le rayonnement par lui du pouvoir, de la sagesse et de l’amour divins, et il arrive alors à vivre ce fait merveilleux. En réalité, ce que l’on entend généralement par individualité, n’est qu’une illusion et n’a jamais existé ; mais tout ce qu’il y a de meilleur et de plus noble dans cette conception subsiste jusqu’à l’adeplat et bien au delà, même dans le royaume des grands Esprits planétaires qui sont assurément encore des individualités bien que jouissant d’une puissance supérieure à tout ce que nous pouvons concevoir.
NIRVANA
Bien que la tentative même soit vouée à un échec, laissez-moi essayer de vous donner une faible idée d’une expérience sur ce plan élevé dont quelques-uns d’entre nous ont eu le privilège. Avant que nous ne fussions capables de l’atteindre par nos propres efforts, un Maîlre, dans un but particulier, nous enveloppa dans son aura et nous permit, par son intermédiaire, d’entrevoir quelque chose des gloires du Nirvana.
Essayez de vous représenter l’univers tout entier comme un immense toirent de lumière vivante, et dans laquelle existe une intensité de vie et une béatitude au delà de toute description, cent mille fois supérieure à la félicité la plus grande du ciel. On ne ressent tout d’abord que cette félicite , on ne voit rien que 1 intensité de la lumière mais graduellement, on commence à comprendre que, meme dans celte clarté éblouissante, se trouvent des points plus brillants — des noyaux, pour ainsi dire, qui sont faits de lumière, puisque rien n’existe en dehors de cette lumière, et à travers eux cependant, d’une façon ou d’une autre, la lumière jette une clarté plus brillante, acquiert une qualité qui lui permet d’être perceptible sur les plans inférieurs, qui sans cela, ne pourraient absolument pas ressentir son éclat. Et peu à peu, on commence à se rendre compte que ces soleils subsidiaires sont les Grands Êtres, que ceux-ci senties Esprits Planétaires, les Grands Anges, les Divinités Karmiques, les Bouddhas, les Christs et les Maîtres, et qu’a travers Eux la lumière et la vie se répandent sur les plans inférieurs. Graduellement, peu à peu, a mesureque nous nous accoutumons à cette glorieuse realite, nous commençons à voir que, d’uno façon bien intérieure, nous aussi sommes des foyers de ce plan cosmique, et qu’à travers nous aussi, à un niveau beaucoup plus bas, la lumière et la vie se répandent sur
l’occultisme dans la nature
ceux qui sont plus éloignés encore — non pas de cette lumière puisque tous nous en faisons partie et qu il n y a rien d’autre nulle part — mais plus éloignés de la réaliser, de la comprendre et d’en faire l’expérience.
Si nous pouvons voir et saisir un peu de ce qu’est cette gloire, nous pouvons dans une certaine mesure la refléter pour ceux qui sont moins heureux. Cette lumière brille pour tous, elle est l’unique réalité ; et cependant, par leur ignorance et leurs sottises, les hommes se rendent aveugles à cette lumière, comme des gens qui s’enfermeraient dans des caves où ils ne pourraient recevoir la lumière et la vie que le soleil répand sur le monde entier. De même qu’un miroir placé convenablement à l’entrée de cette cave, permet à ceux qui y sont enfermés de voir clair, au moins un peu, de même pouvons-nous, lorsque nous voyons la lumière, la réfléchir pour ceux qui se sont placés de façon telle qu’ils ne peuvent la recevoir directement.
Aucun des termes que nous avons à notre disposition ne peut donner fa moindre idée d’une telle expérience, car tout ce que nous connaissons intellectuellement a disparu bien longtemps avant que ce niveau ait été atteint. Naturellement, il existe sur ce plan une certaine enveloppe pour l’esprit, mais il est impossible de la décrire. En un sens, il semble que ce soit un atome, et cependant dans un autre sens, cela paraît être, le plan entier. Chaque homme est un centre de conscience et comme tel doit occuper une place ; ce foyer dans le courant de la vie du Logos doit donc, pourrait-on dire, occuper une place ou une autre. Cependant, il lui semble être le plan tout entier et pouvoir se centraliser n’importe où, et partout où s’arrête, pour le moment, le déversement de cette force, une enveloppe se constitue pour lui. L’homme se sent toujours
NIRVANA
comme étant bien lui-même, devenu plus que cela, quoiqu'il soit, et il peut distinguer les autres. Il est capable de reconnaître avec certitude les Grands Êtres qu'il connaît, mais plutôt par un sentiment instinctif que grâce à aucune ressemblance avec ce qu’il a pu voir auparavant ; mais s’il centre sa conscience sur l’un d’Eux, il obtient l’effet de la forme de l'homme, telle qu’il la connaît dans les Augoeides, deux plans plus bas.