Lucain, loc. cil., L VI, v
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LES PHILTRES ET LES LXCANTATIOiSS EN AMOUR d 39
brûle, le méchant ! et moi, clans ce laurier, je IjrCile Daphnis. Ramenez, charmes puissants, ramenez Daphnis de la ville en ces lieux. » La magicienne dit ensuite la formule de Tincantation : « Que Daphnis soit en proie à l'amour, comme la génisse qui, lasse de chercher, à travers les bois et les forêts profondes, un jeune taureau Tobjet de ses désirs, tombe au bord d'un ruisseau, et, sans espoir, haletante, oublie la nuit qui la rappelle à l'étable. Qu'ainsi Daphnis soit en proie à l'amour, et qu'il me trouve insensible à ses maux. » Aussi elle en appelle aux charmes magiques les plus puissants et les plus dangereux. '( Voici les dépouilles que naguère m'a laissées le perfide : gages biens chers de son amour ! Je les enfouis sous le seuil même de cette porte: terre, je te les confie ; ces gages doivent me rendre Daphnis. Ces herbes enchantées, ces poisons cueillis dans le Pont, c'est Méris lui-même qui me les a donnés : le Pont les produit, en abondance. J'ai vu, par leur secours, Méris, plus d'une fois, se changer en loup et s'enfoncer dans les bois ; du fond de leurs tombeaux évoquer les mânes, et transporter les moissons d'un champ dans un autre. Emporte ces cendres. Amaryllis, jette-les, par-dessus ta tète, dans le courant du ruisseau ; surtout ne regarde pas derrière toi. C'est le dernier charme que j'emploie contre Daphnis ». Et le charme a produit son effet. « Regarde : tandis que je tarde à enlever cette cendre, elle a d'elle-même entouré l'autel de flammes tremblantes. Qu'heureux soit le présage! Mais qu'entends-je? Plylax aboie à la porte! Le croirais-je?
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N'est-ce pas une des illusions que se forment les amants? Cessez, charmes puissants, cessez : Daphnis revient de la ville en ces lieux ^ »
TibuUe écrit à Délie : « Redites trois fois cette chanson, et, après Tavoir dite, jetez aussi trois fois A'Otre salive sur le seuil de voire chambre : ce charme rendra votre mari incrédule aux rapports de ses espions ; il n'en croirait même pas ses propres yeux s'il me voj^ait près de vous. » Mais l'astucieux poète ajoute : « Prenez garde. Délie, le charme n'a d'effet qu'en ma faveur : avec un autre amant votre mari verrait tout; la sorcière ne le rend aveugle que pour moi'-'. »
Pourtant Ovide, malgré ses folies avec Corinne et Néère, ne croit point à la puissance des charmes et des sortilèges en amour. « Vainement, dit-il, on mettrait en usage Thippomanès, arraché au front d'un jeune poulain; les herbes de Médée, les magiques enchantements des Marses ne sauraient faire naître et entretenir l'amour-'. »
Au milieu des superstitions du moj^en âge et même jusqu'aux xvi" et xvif siècles nous retrouvons cette foi en la puissance des charmes magiques et des sortilèges. « Les amoureux invoquaient ces puissances surnaturelles, consultaient les sorcières, achetaient des philtres, portaient des anneaux constellés, faisaient ou faisaient faire des conjurations et des enchantements ; la magie amoureuse enfin était