Psychologie de la musique
crainte ne vient is'inler|;osor. Ils s'aiment simplement, complètement et la lleur même qu'interroge la jemie fille lui répond qu'il faut aimer. »
Gounod, en effet, a fait beaucoup par et pour l'amour, et Tamour a tout fait pour lui. Nul sentiment ne l'a porté si haut.
Dans Tristan et Y seul f^ de Richard Wagner, l'occultisme s'est empreint au dedans de l'œuvre et transfigure l'éternelle tragédie d'amour. Aux jeux des « voj^ants », tous les objets, les événements extérieurs mis en scène revêtent une signification symbolique et deviennent emblèmes sensibles d'événements secrets. Ainsi envisagé, le philtre d'amour, liqueur de feu qui dévore le cœur et l'être tout entier, versé par Brangccne, au lieu du philtre d'expicition et de réconcihation qui doit mettre fin à l'existence, marque une évolution mystérieuse dans l'âme des deux amants. Jusque-là contenu, leur amour, une fois déchahié, sera plus fort que tous les hens ; désormais, par le véritable pouvoir du philtre, ils s'affranchiront des apparences obsédantes, des réalités décevantes de la vie positive et se réfugieront dans l'imaginaire et hbre empire de l'amour. C'est ainsi que de poétiques symboles empruntés à la magie ou au merveilleux sont utilisés par R. Wagner pour traduire dans le drame les grands mystères psychologiques.
Jamais le parallèle entre le voluptueux amour païen et l'amour presque idéal toléré par l'éghse n'a été mis en lumière, mis en action, peut-on dire, que dans le Tannhausei% de Richard Wagner.
Hosted by
LA MUSIQUE ET l' AMOUR %V:^
Tannliauser, enchaîné au Vénusberg par des chaînes de baisers et de fleurs, comme jadis le paladin Renaud chez Armide, comme Ulj^sse chez. Caljpso, finit, dans la satiété du phnsir, par se rappeler qu'il existe là-bas, dans sa patrie, une jeune fille au front chaste, au cœur pur, à laquelle il est fiancé, — Ehsabeth.
Violemment, il s'évade du séjour enchanteur, et revient juste pour concourir au tournoi poétique dont celle qu'il aime doit être le prix. Il faut célébrer Tamour. Les aèdes les plus réputés disent de fort belles et de fort poétiques choses sur la question, mais sans feu, sans passion. Aussi, lorsque vient son tour, Tannhauser, Tinitié de la déesse même, surexcité par le souvenir des joies délirantes goûtées au Vénusberg, se laisse-t-il entrahier par le sujet. Aux sentimentalités de Tamour fade, aux nuageuses rêveries du platonisme, il fait succéder les transports de la passion, il chante Tivresse des baisers défendus, le suprême bonheur des enlacements ! Scandale, tumulte dans rassemblée. Les ])raves se lèvent menaçants, les épées sortent des fourreaux, et si Elisabeth, éplorée, n nitervenait,, c'en serait fait de Taudacieux.
Alors, comme des pèlerins passent, se rendant à Rome en chantant leur hymne de foi, Tannhauser comprend la grandeur de sa faute, et pour racheter à la fois le passé coupable et le mal qu'il vient de causer en Tavouant d'une façon si brutale et si inopinée, il se précipite dans leurs rangs, prêt à aller demander son pardon au blanc vieillard qui trône
Hosted by
clans la Ville Eternelle sur le siège de Saint-Pierre.
Confiante en sa promesse, Elisabeth qui, elle, l'a déjà pardonné, guette chaque soir le retour des pèlerins avec lesquels il a juré de revenir.
Les voici enfin.
Ils reviennent las, courbés, vieillis, mais heureux, ivres de foi et d'espérance. Tannhauser n'est pas avec eux! Elisabeth s'enfuit, désespérée, dans la nuit.
Mais le voici cependant ; vêtu d'un habit de pèlerin, il arrive par un autre chemin au carrefour oii tout à Theure Elisabeth l'appelait. A sa place, c'est le chanteur-poète Wolfram qu'il rencontre. Wolfram, adorateur dédaigné d'Elisabeth, qui, sacrifiant son amour au bonheur de la vierge désolée, a deviné sa peine, et vient lui aussi guetter le retour de Tannhauser dont il est resté l'ami.
— Où est Elisabeth, demande le chevalier pèlerin?
— Ehsabeth ! malheureux!... mais d'abord d'où viens-tu?
— Tu le vois.
— Mensonge ! Tout à l'heure les pèlerins sont revenus et tu n'étais pas du nombre. Ah! elle a trop bien deviné que c'est d'un autre côté que tu as dirigé tes pas.
Tannhauser avoue, il est retourné au Vénusberg, repris par le besoin des voluptés goûtées jadis.
— Misérable, dit Wolfram. Qu'as-tu fait!
Ce qu'il a fait, il a tué Elisabeth, voilà tout; car au même instant un cortège funèbre arrive sur la
Hosted by