LA MCSIQUE ET L AMOUR
route portant le corps de la jeune fille et Tannliauser ne trouve qu'un cri en se précipitant aux genoux de sa victime :
— Sainte Elisabeth ! priez pour moi.
Parmi les manifestations artistiques de l'occultisme en amour, il n'en est pas de plus saisissante que la Symphonie fantastique d'Hector Berlioz. On sait que cette œuvre étonnante fut écrite et composée sous l'empire d'une grande passion pour une femme adorée que le maître espérait conquérir par l'irrésistible magie de la musique. Le poète compositeur, s'incarnant dans une sorte de Faust qu'il appelle Lelio, traduit toutes les pensées qui peuvent germer dans l'âme meurtrie d'un amant désespéré.
Un jeune poète veut se suicider par amour. II absorbe un narcotique. Mais la dose, insuffisante pour le tuer, lui suggère les plus étranges hallucinations. Il rêve qu'il a assassiné celle qu'il aime et les souvenirs de sa victime l'assiègent en foule. C'est une promenade qu'ils ont faite dans la campagne, c'est un bal champêtre avec son orchestre naïf et bruj^ant, c'est la réminiscence d'une valse qu'ils ont dansée. Oh î cette valse, comme elle est troublante, comme elle évoque bien l'enlacement des couples oublieux du monde et les ivresses du tête-à-tête tourbillonnant si propice aux brûlantes causeries d'amour. Elle chante, languide, fascinatrice, triomphale. Cette valse, ce n'est pas un vulgaire <( leit motiv, » c'est l'incarnation de l'aimée elle-même, c'est le souffle prodigieux de F « esprit » qui hérisse les cheveux et donne la chair de poule, c'est la mélodie faite
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femme vous enlaçant de son irrésistible magnétisme- Mais la scène change, un orage se déchaîne, tout s'obscurcit; comme dans là pkipcirt des mauvais^ rêves une transformation incohérente s'opère.
C/est la marche au supplice. L'heure de l'expiation est Venue. Au miheu d'un cortège sinistre, aux sons lugubres d'une marche d'un rythme implacable et sourd, il s'en va à la mort. Voici le moment suprême; glaive, hache ou couperet, la loi du talion va s'abattre sur sa nuque frémissante... Alors, alors la délicieuse valse revient planer iiu-dessus de Tharmonie stridente des cuivres. Elle!... toujours Elle! La mort frappe, l'âme s^nvole dans le déchahiement de l'orchestre. Mais, voici que tout change encore. Minuit sonne. Des tintements de cloche fêlée appellent sorciers et sorcières au sabbat qui se déroule avec tous les rites sataniques. Pour accueillir dignement Tâme du poète, la diabolique assemblée célèbre en parodie l'office des morts, et le « Dies Ira3 », un « Dies ira? » caricatural, grotesque, éclate, sarcastique. L'office terminé, c'est la ronde infernale qui l'en traîne^ mais, toujours, dominant le brouhaha des cuivres déchahiés et la tempête de l'orchestre en délire, la valse de l'aimée vient battre des ailes et rappeler au poète l'inoubliable amour qui le poursuivra jusque dans l'éternité.
Berhoz a donné une suite, Lélio, à la Symp/ionir fantastique. Mais, de pareilles inspirations ne so retrouvent pas, et l'épilogue, bien qu'il puisse suffire à immortaliser un compositeur de génie, n'est pas. à la hauteur de la première partie.
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LA MUSIQUE ET L Ai^lOUR 237
S'il est vrai que les œuvres géniales aient toutes 1U1 symbole ésotérique qui fait reconnaître aux initiés que leur auteur possédait à fond la vraie ■science, une audition de la Symphonie fantastique ■est la suprême consécration du génie de Berlioz. Le caractère de cette musique est si étrange, si merveilleux, si au-dessus de Thabituelle formule •des diableries d'opéra-comique qu'on croirait que le maître, dédoublant sa personnalité comme les fakirs hindous et les médiums américains, a assisté aux mystérieux rites de l'au-delà.
On sait, d'ailleurs, quel rôle la musique joue dans les opérations magiques. Un chant suave, s'élevant parmi les nuages de parfums, était un adjuvant précieux pour les évocations.
- Nous bornerons là ces considérations d'esthétique musicale qui sortent un peu de notre sujet. Nous nous bornerons à ajouter un mot sur les séductions -amoureuses de la danse qui ont été connues de toute antiquité et qu'apprécient encore tous les peuples.
Le Ramâyana nous décrit les séductions employées par des courtisanes pour séduire un anachorète.
« Quand elles se fuirent assurées que le richi était '30rti de la cabane, elles vinrent se montrer tout à •coup aux regards du jeune homme en se plaçant devant lui.
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(( Puis, se livrant aux ébats les plus divers, elles se jettent des balles, elles chantent, elles sautent et bondissent en folâtrant. Les unes, chancelantes comme dans l'ivresse, tombent et aussitôt se relèvent ; les autres, parleurs œillades, par l'agitation de leurs sourcils, par leurs mains aussi belles que le lotus, se font de ces signes d'inteUigence qui enllamment les désirs des hommes.
(( Aux sons vibrants des anneaux de leurs jambes, à leur chant plus doux que celui des kokilas, le bois retentissait aussi harmonieux que la ville des Ghandharvas. Leurs légers vêtements se soulèvent en s'agitant avec toutes leurs parures. »
Pour bien se rendre compte de l'influence mystérieuse de la danse sur les sens, il faut se rendre un soir à Biskra où les filles des Ouled-Naïl viennent se prostituer et danser. Entrons dans un café indigène. Voici une jeune musulmane au teint bruni. Ses grands 3^eux noirs, encore agrandis par le kohl, ont l'éclat des lames des yatagans tirés au soleil : ils boivent Tâme. Ses sourcils, arcs gracieux, descendent jusqu'aux tempes par une ligne délicate. Le souak a rougi ses dents et ses gencives et ses lèvres sont pourpres comme la chair des grenades. Bras et jambes nus, elle a teint avec le henné ses maiub; jusqu'aux poignets et ses pieds jusqu'aux chevilles, de sorte- que le bout de ses doigts ressemble au fruit du jujubier. Son front, son nez, son menton, ses pommettes, ses poignets, sont tatoués de petites étoiles bleues. Elle porte une longue robe avec des voiles aux couleurs éclatantes et qui flottent à ses côtés
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