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sée(l), mais il comprit que, dans l'avenir, s’il ne voulait pas se mettre à dos ses confrères et la Faculté, il serait prudent à lui de laisser sommeiller l’appareil qu'il avait inventé.
Le résultat de cette mise sous le boisseau, on Fa vu plus haut.
Faut-il, d’autre part, rappeler la mésaventure dont toute l’Académie des Sciences fut victime vers 1828, à la suite du plus illustre physicien d’alors, M. Biot ? L'histoire, malgré le temps, n’a rien perdu de sa délicieuse saveur.
M. Pictet, de Genève, membre correspondant de l’Institut, avait lu, dans une séance de la classe des sciences, une lettre de M. Molet, professeur de physique à Lyon : ce professeur lui mandait que, ayant appris d’un ouvrier armurier que, par une forte compression de 1 air dans le canon d’un fusil, le feu avait pris au chiffon qui bouchait la lumière, il avait fait répéter l’expérience et qu’on avait constamment obtenu l'effet indiqué. Ce fait étant nouveau pour les physiciens de la classe, M. Biot fut chargé de répéter les expériences, et s’en tira de telle façon qu’aucune d’elles ne réussit. Il déposa donc un rapport négatif, à la suite duquel l’Académie des Sciences déclara gravement que le professeur Molet s'élail fait illusion , cependant que, dans les rues de Paris, les camelots du temps vendaient de nouveaux briquets inventés par Grobert et appelés briquets pneumatiques parce qu’ils servaient à allumer l'amadou par la compression de l'air .
Toutes nos académies, d'ailleurs, ont à leur actif quelques balourdises de même acabit. Je rappellerai simplement que notre Académie de médecine, consultée au printemps 1915 sur l’opportunité de l'établissement d’une heure d’été, déclara gravement, dans son diagnostic horaire,
(1) A ma connaissance il n'y en a jamais eu que deux dans ce cas : le souvenir de la première m'échappe : ce fut vers 1825 ; la seconde présentée vers 1874 par le Dr Gérard traitait de La fécondation humaine artificielle, et fut refusée pour cause d'immoralité.
que « l’heure moyenne du méridien de Greenwich est Y heure réelle !... » Mon Dieu ! dire qu’il lui était si facile d’éviter une telle absurdité ! il lui eût suffît de ne se mêler que de ce qui la regardait... Mais c’était trop simple.
Faut-il parler des lettres de Galilée, de Charlemagne, de Raphaël, de Pascal, de Pythagore, d’Eschyle, d’Alexandre et autres, imaginées par le faussaire Vrain-Lucas, présentées en 1868 par Philarète Chasles à l’Académie Française, et déclarées authentiques par l’illustre compagnie ? On se rappelle encore le scandale soulevé par cette affaire. J’ai sous les yeux, au moment où j’écris ces lignes des fac-similé de ces autographes ; quand j’y trouve un sauf-conduit délivré par Vercingétorix à Trogue Pompée « J’octroy le retour du jeune Trogus Pompeius auprès de l’empereur J. César sien maistre et ordonne à ceux qui ces lettres verront le laisser passer librement et l’aider au besoin. Ce X de Kal. de may (date déchirée) Vercingétorix. » — ou bien un billet d’amour de Sapho « à son très amé Phaon » — ou encore une épître du ressuscité Lazare à l’apôtre Pierre, — ou enfin le défi de Jules César à Vercingétorix : « Julii César au chief des Gaulois. J’envoy devers toy un mien amé qui te dira le but du mien voyage ; je veux covrir de mes souldats la terre qui t’a veu naistre. C’est en vain que tu la vouldras défendre. Tu es braves, je le say, mais aussi le seray s’il plaist aus dieux, ainsi rend moy tes armes ou prépare toy à combatre. Ce VI des Kal. de Juilius. Juin César,... » je songe mélancoliquement qu’il faut être — disons naïf pour être poli — comme un savant officiel pour avoir pu admettre un instant l’authenticité de telles élucubrations !
Et la tiare de Saïtapharnès ! Vous souvient-il de cette tiare de Saïtapharnès, de si joyeuse mémoire, à propos de laquelle tous les princes de la science officielle sont tombés, comme un seul homme, dans le panneau du faussaire Ellina ?
jïzim
La même Académie des Inscriptions et Belles-Lettres fut également victime vers 1855, d’une joyeuse mésaventure dont on fit longtemps des gorges-chaudes et que je m’en voudrais de ne pas rappeler. On venait alors de découvrir, je ne sais où, en Algérie, je crois, une pierre gravée dont les membres de la docte assemblée déclarèrent lmscription d’origine purement carthaginoise, et les pœnologues se mirent incontinent à l’œuvre pour en expliquer la signification. Le général Duvivier en donna le premier une traduction : Ici repose Hamilcar,père d'IIanni bal, le chef dévoué à la patrie et terrible à ses ennemis . Cette traduction fut aussitôt vivement critiquée par un autre membre de l’Académie, M. de Saulcy, depuis sénateur, qui produisit la sienne : La prêtresse d' l sis a élevé ce monument au printemps , aux grâces et aux roses qui charment et fécondent le monde . Les deux savants étaient en pleine lutte, quand un troisième académicien, dont le nom m’échappe, entra en lice, à son tour, avec la version qu’il avait élaborée : Cet autel est dédié au Dieu des vents et des tempêtes , afin d'apaiser ses colères... Ce fut un éclat de rire général, et je ne sache pas que, depuis, le sens de cette inscription ait été davantage et mieux élucidé.
Mais, il faudrait un volume pour rappeler toutes les mésaventures, plus incroyables les unes que les autres, où se sont fourvoyés les impeccables — du moins le croientils, les malheureux ! — chefs de file de la science moderne.
Malheureusement les erreurs de la science ne sont pas toutes aussi joyeuses, et le martyrologe des inventeurs est là pour prouver la vérité de mon affirmation : Harvey découvre (1) la circulation du sang... les officiels du temps la repoussent, et, malgré la protection du roi Charles Ier, il faut, pour accepter la découverte, une génération d’hommes nouveaux.
(1) Ou plutôt il redécouvre... le phénomène, je l'ai prouvé plus haut, était connu de la Sagesse antique.
Le marquis de Jouffroy invente la navigation à vapeur.. . l’Académie des Sciences déclare doctoraiement que « c’est folie de vouloir accorder le feu et l'eau ».
Galvani trouve la principale force physique connue à l’heure actuelle : on tourne en dérision sa découverte de l’électricité dynamique ; on l’appelle « le maître à danser des grenouilles ».
Mais c’est surtout l’invention de l'hélice, invention bien française, qui montre tout le misonéisme dont sont animés les corps constitués et les savants en place.
C’est l’ingénieur Duquet qui eut le premier, en 1693, l’idce -d’appliquer l'hélice à la propulsion des navires. En 1740, Bouguer en donna la théorie qui fut développée en 1768 par Paucton ; dès lors, l’idée de l’hélice passe à l’étranger et est appliquée par Littleton et Shorter à des bateaux plongeurs. Puis naît la machine à vapeur, et l’idée de l’hélice rentre en France, avec les tentatives de Delisle, de Dubois et Debergue, de Bourdon et autres. Mais ce sont surtout les travaux et expériences de Sauvage, vers 1827, qui font pénétrer l’hélice dans le domaine de l’application. Longtemps il lutta pour faire admettre son invention devant laquelle les corps savants font d’abord silence et qu’ils repoussent ensuite comme inapplicable : réduit à la misère, emprisonné pour dettes au Havre, dépouillé par des plagiaires, Sauvage voit tomber dans le domaine public, en 1832, le brevet qui devait lui assurer la propriété de l’hélice. Ces tribulations le rendent fou, et il meurt à la maison de santé de Picpus au moment où, en Angleterre, est lancé le Ratler, premier navire de guerre à hélice.
On le voit, les erreurs hilarantes de la science moderne forment une très rare exception, et ses mécomptes sont plutôt lamentables — sinon tragiques.
En voici deux autres exemples :
— Il y a quelque trente aas, l’herboriste Moreau fut, pour avoir empoisonné sa femme avec du sulfate de cuivre,
condamné à mort, sur le rapport d’experts en toxicologie et malgré ses protestations ; quarante-huit heures après son exécution, de nouvelles expériences montraient à l’évidence que la quantité de sülfate de cuivre trouvée par l’autopsie dans le corps de la victime est insuffisante pour tuer...
Faut-il aussi rappeler le certificat célèbre délivré par le professeur X... ces années dernières à l’empoisonneuse d’enfants Jeanne Weber et en vertu duquel Jeanne Weber, déclarée guérie de sa monomanie, put tuer de nouveaux enfants ?
Mais laissons de côté ces erreurs lamentables et abordons un fait qui montrera mieux que n'importe quelle dissertation, l’intransigeant autoritarisme dans l’erreur des corps scientifiques constitués, autoritarisme qu’ils se figurent déployer dans le seul intérêt de la science et qui, en réalité, ne fait que masquer leur puérile et ignorante vanité.
L'aventure s'est produite en France, quelques années avant la guerre et on a pris le plus grand soin de l’étouffer : aussi l’histoire est-elle peu connue et vaut d’être racontée.
Après nos désastres de 1870 lorsqu’il s’était agi de créer une nouvelle frontière de l’est et de l’armer, on avait établi un réseau télégraphique souterrain reliant Paris aux places fortes des côtes de Meuse ; ce réseau profondément enterré pour n’être que difficilement coupé, avait coûté un nombre respectable de millions. Or, après plusieurs années de service, pour des raisons plus ou moins obscures, les lignes cessèrent de fonctionner, malgré toutes les modifications qu’y apportèrent les ingénieurs ; et, un jour, on se trouva en face de ce dilemme : ou se passer dun moyen de communication qui en cas de guerre, devait rendre d’inappréciables services, ou refaire le réseau de toutes pièces sur nouveaux frais.
Il se rencontra alors un modeste employé des télégraphes pour prétendre et affirmer qu’une simple interversion de courant, opérée suivant certaines conditions qu’il indiquait, devait suffire pour remettre tout le réseau en bon état de fonctionnement ; il fut — naturellement — éconduit. De quoi aussi se mêlait-il, celui-là, pour prétendre en savoir plus long que le corps des ingénieurs ? Sa proposition n’avait pas le sens commun, puisqu’elle était en opposition à toutes les théories reçues : on ne fit pas même l’essai de son système : les choses restèrent en l’état et les lignes demeurèrent inutilisées.
Cela dura des années au bout desquelles un personnage influent et qui, heureusement, n’était pas de la petite chapelle des « chers camarades », se fit un raisonnement trop naïvement simple pour avoir jamais germé dans le cerveau des ingénieurs: « Puisque le réseau est définitivement perdu, pourquoi ne pas tenter de lui appliquer le procédé qu'avait indiqué le simple employé ? Cela ne coûterait rien, et, après tout, si le résultat était nul, les lignes n’en seraient pas plus endommagées! » Malgré l’opposition du corps des ingénieurs, le simple employé fut autorisé à appliquer son système, et, du coup, le réseau se trouva remis à neuf et fonctionna comme s’il venait d’être construit. L’employé reçut de l'avancement, mais on m’a dit qu’il est, depuis lors, fort mal vu du corps des ingénieurs ; cela n'a rien de surprenant : il est toujours très imprudent d’avoir raison contre les théories officielles.
Cet état d'esprit, qui amène un refus absolu d’avancer, porte un nom particulier, mais qui ne s’applique qu’aux chevaux. On doute de la nature — alors qu’on devrait simplement douter de soi — uniquement parce qu’on croit en connaître toutes les lois ; ce genre de doute porte encore un autre nom : il s’appelle, en propre terme, l’ignorance. En effet, cette rage de douter, si commune de nos jours, se caractérise généralement ainsi : elle consiste, chez les
ignorants, à confondre leur horizon subjectif avec la limite objective des possibilités de la nature, et à ne rien vouloir admettre de ce qui dépasse leur entendement ; chez les gens instruits, au contraire, elle consiste à rejeter à priori tout ce qui n’entre pas dans le système qu’ils ont édifié avec beaucoup de peine et de travail. Cela est humain, dirat-on. Soit ! cela n’en est pas moins regrettable.
Au reste, il convient de dire que les scientistes euxmêmes reconnaissent et sont les premiers à blâmer — chez le voisin — ce misonéisme des officiels dont ont souffert, souffrent et souffriront tous ceux d’entre eux ayant quelque velléité de se libérer des entraves de la « petite chapelle ».
C’est ainsi que Lamarck,ily a un siècle, const atait mélancoliquement quelque part : « Quelque difficulté qu’il y ait à découvrir des vérités nouvelles, il s’en trouve encore de plus grandes à les faire connaître ! »
Et c’est ainsi que, ces temps derniers, le colonel de Thomasson lui donna non moins mélancoliquement la réplique, en écrivant : « Quand le savant a bâti une théorie sur des expériences, c’est un homme mort à la méthode expérimentale, parce que, involontairement, il ne fera plus servir ses expériences subséquentes qu’à la confirmation de sa théorie (1). »
C’est d’ailleurs ce que reconnaissait nettement et sans vergogne un scientiste en place — dont on m’a dit le nom — quand, ces temps derniers, à quelqu’un de qui je tiens l’anecdote, et qui lui parlait du Traité de métapsychique du Professeur Ch. Richet, il répondait brutalement : Je ne puis admettre ces faits : ils sont contraires à ma conception de lyunivers. N’avais-je pas raison, d’écrire plus haut : Aujourd’hui, le savant, qui devrait avoir une haute opinion de la nature et une profonde défiance de soi-même,
(i) Le revers de 1914 et ses causes , 1 vol. in-12. Paris,
professe au contraire un suprême dédain de !a nature et une haute opinion de son savoir personuel ; il se crée d'abord sa théorie et veut ensuite contraindre la nature à rentrer dans cette théorie.
Ecoutons encore ce que dit à ce propos le Dr G. Lebon (1) : — Le prestige seul, et fort peu l'expérience, est l'élément habituel de nos convictions, scientifiques et autres. Les expériences en apparence les plus convainquantes n'ont jamais constitué un élément immédiat de démonstration, quand elles heurtent des idées depuislongtemps admises. Galilée l’apprit à ses dépens : ayant réuni tous les professeurs de la célèbre Université de Pise, il s’imagina leur prouver par expérience que, contrairement aux idées alors reçues, les corps de poids différent tombent dans le vide avec la même vitesse. La démonstration de Galilée fut très concluante, mais les professeurs se bornèrent à invoquer l'autorité d’Aristote, et ne modifièrent nullement leur opinion. Bien des années se sont écoulées depuis cette époque, mais le degré de réceptivité des esprits pour les choses nouvelles ne s'en est pas sensiblement accru.
Nous reconnaissons bien volontiers qu’aujourd’hui les officiels ne mettent plus les novateurs à la torture, c’est le seul progrès... Mais est-il bien réel? 11 est permis d’en douter quand on sait ce qui est advenu au Dr Gibier qui, pensant que la Science a le droit de porter la lumière dans toutes les parties obscures de la nature, eut l’audace de publier deux livres d’études expérimentales sur le spiritisme et l’occultisme, deux sujets qui sont en horreur aux officiels de qui ils bousculent toutes les théories, et sont, par suite, des terrains absoluments interdits à quiconque a peur de se mettre à dos les tenanciers de la haute science officielle. Or, qu’arriva-t-il à la suite de cette
(1) L’évolution de la matière, 1 vol, jn-12, Paris, 1922.
double publication ? Le Dr Gibier chassé de sa chaire du Muséum, discrédité près de sa clientèle, privé de tout moyen de vivre en France, se vit forcé de s’expatrier à New-York où il est mort, ces temps derniers... en exil... Non, les officiels n’appliquent plus la torture aux novateurs : ils ont maintenant des procédés de mise à mort mieux en rapport avec notre civilisation.
Ecoutons encore un témoin, le Dr Liébault, parlant assez dédaigneusement de ses confrères de la Société de médecine de Nancy, qui l’avaient mis à l’index à la suite de ses découvertes en hypnologie, science alors récente, et par suite en horreur aux corps constitués : — « Du moment qu’on s’écarte du courant ordinaire de la science en s'occupant de choses qu’elle rejette, et que, par conséquent on ne se range pas derrière ses grands-prêtres comme des moutons de Panurge, on se séquestre nécessairement, et les savants et le vu/gum pecus s'éloignent de vous. Heureux si l’on rencontre par-ci par-là quelques timides adeptes qui vous consolent tout bas : mais, en ce cas particulier, qu'importe l’adhésion des savants et du public, quand on est sûr des vérités que l’on met au grand jour ! Qu’importent surtout les anathèmes et les dogmes de la Médecine classique, lorsque, établi sur le terrain solide de l’observation et de l’expérimentation psychique, on a acquis la conviction d'avoir entr’ouvert non seulement de vastes horizons à une branche naissante de la psychologie, mais encore d’avoir constaté les applications de cette science à l’art de guérir, lesquelles se résument dans la thérapeutique suggestive, thérapeutique révolutionnaire au premier chef (1) ! »
Un des exemples les plus connus de ce misonéisme de la science officielle se rencontre à l’époque de l’établissement des chemins de fer.
(1) Le sommeil et les états analogues, 1 vol. in-18, Paris, 1891, préface de la 2* édition.
On se rappelle le mot célèbre de Thiers : Les chemins de fer sont bons tout au plus à flatter la manie de villégiature des Parisiens ! On m’objectera que Thiers, bien qu’éminent historien n'était pas, à proprement parler un savant. Donc je citerai une opinion autorisée, celle de l’astronome et physicien E. Arago, de l’Académie des Sciences, qui était à l'époque, un des hommes les plus savants du monde. Ouvrez le Moniteur rendant compte de la discussion, à laChambre, du 31 juin 1836, sur l'établissement des deux lignes Paris-Versailles.
Le grand savant Arago, qui était député, s’opposa à la création du chemin de fer de la rive droite. Il faudrait trop de temps, selon lui, pour percer le tunnel de Saint- Cloud. Quand on lui répondait que ce tunnel n’aurait que 800 mètres de long, il répliquait que la fumée des locomotives, en ce souterrain, rendrait les voyageurs malades. Dans les écarts entre la température extérieure et la température intérieure, il voyait un danger pour la santé des personnes qui auraient l’imprudence de se confier à ce nouveau et inquiétant moyen de locomotion.
— J’affirme, disait-il, j’affirme sans hésiter que, dans ce passage subit, les personnes sujettes à la transpiration seront incommodées, qu’elles gagneront des fluxions de poitrine, des catarrhes, des pleurésies...
Et lisez donc, à la suite, l’opinion de l’économiste V. Considérant — un nom aussi, celui-là ! — sorti de l’Ecole Polytechnique, contenue dans une brochure publiée en 1838, maintenant introuvable et dont le titre indique bien l’esprit : Déraison et danger de /’ engouement pour les chemins de fer ; avis à /’ opinion et aux capitaux .
11 y déclare légitime de prononcer le mot de déraison sociale « en face d'une société dont les propres statistiques constatent que les cinq sixièmes des membres qui la composent ne sont pas logés et meurent de faim, et qui, nonobstant, veut tout à coup se jeter à corps perdu dans des travaux
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gigantesques, dans des mouvements de terre fabuleux, qui veut creuser et percer les montagnes, lancer des ponts à trois ou à quatre étages sur les vallées et engager des milliards dans des entreprises colossales dont le résultat idéal serait... de faire aller les voyageurs deux ou trois fois plus vite qu’ils ne vont sur les grandes routes. »
Et il cite avec éloge le Journal de V agriculture pratique qui, en cette même année 1838, écrivait : « En résumé, le commerce de nos grains, de nos fourrages, nos bois, nos bestiaux, tous ces articles capitaux de la production agricole, ne retireront de l’établissement des chemins de fer aucun avantage positif. »
Le même journal d’agriculture, dirigé alors par les sommités de la science agricole, ne combattait pas moins la navigation à vapeur. « Gomme le trajet sera plus rapide, disait-il, le bétail étranger dirigé sur la France coûtera moins cher à nourrir, et cela fera du tort à l’agriculture française. Il est à craindre, concluait -il, que cette bonification dans les frais de voyage ne tourne toute à l’avantage des bestiaux étrangers, dont la concurrence nous deviendra ainsi plus dangereuse: la navigation à vapeur apporte déjà sur les côtes du Nord les énormes bœufs de la Hollande. »
Et ce ne sont pas seulement les chemins de fer qui, au xix® siècle, furent ainsi combattus par la routine ou par l’égoïsme.
Le 15 février 1843, la Chambre des Représentants de Belgique reçut une pétition signée de plusieurs banquiers et membres de corps constitués, qui demandaient, « au nom de la morale, de l’ordre public, des intérêts du trésor et du commerce », la suppression des lignes télégraphiques établies en Belgique !
Citons d'autres faits.
Sait-on quels furent les débuts du télégraphe Morse qui, inventé par deux Français, porte un nom américain ? Voici : En 1836, à Amiens, M. Henry avait établi avec
M. Lapostolle, chimiste distingué, une correspondance par fils électrique, suivant un système basé sur des séries de chocs et d'interruptions : c’était, somme toute, le principe appliqué plus tard dans le système Morse. M. Henry crut devoir donner connaissance de cette découverte au Gouvernement. 11 écrivit donc, le 8 août 1836 au ministre du Commerce et des Travaux publics; celui-ci lui répondit, le 8 octobre de la même année, que « la commission consultative avait décidé que sa découverte ne pouvait avoir d'application en grand. D’après cette décision, il n’y aurait pas lieu de s’occuper plus longtemps du système de télégraphie électrique » (1). En 1837, le système Henry et Lapostolle était réalisé par Morse, de Charlestown et il se voyait adopté en France en 18o>>, au détriment des véritables inventeurs, arrêtés dès leur premier pas par une commission soi-disant scientifique.
Véritablement, les faits de cet ordre se pressent sous ma plume.
Cette sainte horreur des corps savants pour tout ce qui est trouvé en dehors d’eux, a atteint un tel degré d’acuité que trop souvent elle les mène à des résultats faux.
C’est ainsi que, par haine du magnétisme, qui est la grande force curative de l'avenir, ies officiels, quand ils se sont vus acculés à la nécessité d’étudier des faits que tout le monde, en dehors d’eux, connaissait, en ont été réduits à inventer l’hypnotisme — qui est le faux-nom scientifique du magnétisme et qui agit dangereusement sur le cerveau, alors que le magnétisme agit avec une complète innocuité surlepkxus solaire ; et, avecl’hypnotisine, ils ont abouti à de telles erreurs que Bernheim, un des maîtres de l’hypnotisme, pourtant, et le chef de l’école de Nancy, infiniment supérieure à celle delà Salpêtrière, a été amené à écrire : 11 n’y a pas d'hypnotisme.
(1) Don Mariano Cubi et i. Soler, Leçons de phrénologie , t. Il, p. 473, en note.
11 raconte d’ailleurs, d’autre part, ce que j’ai pu moimême constater à la Salpêtrière. •
De même, aujourd’hui, le spiritisme est leur bête noire et le maître Charles Richet, pour leur faire accepter une partie de la vérité a été obligé de créer le terme doctoral de métapsychisme. Le métapsychisme est une science, tandis que le spiritisme... mais pardon ! Je ne suis pas spirite, mais j’ai souvent constaté que le spiritisme proteste absolument quand on lui dit qu’il est une religion et affirme hautement : « Je suis une science ! » Ne sont-ce pas d’ailleurs les mêmes faits qui sont étudiés dans un cas comme dans l’autre ? Il n’importe d’où que vienne la vérité ! Soyons donc reconnaissants au professeur Charles Richet qui, par ce moyen détourné a tenté de forcer la forteresse du misonéisme et de faire étudier par la science officielle des faits que le moindre psychiste considère depuis longtemps comme assurés.
Une autre anecdote me semble devoir trouver sa place ici. En mars 1913 se tint à Paris le deuxième Congrès international de psychologie expérimentale qui avait placé au premier rang de ses travaux la question jusqu’alors si discutée, de la baguette divinatoire et de la recherche des eaux souterraines. A la suite des études de M. H. Mager qui établit scientifiquement la théorie de la baguette et présenta des appareils de recherches, à la suite des expériences indubitablement probantes, de MM. Probst, Pélaprat, Ravel, Pradel, Lebrun, Coursange, Hémon, Falcoz et autres baguettisants opérant sur les conduites souterraines de la ville de Paris qui avait bien voulu aider à la solution de la question en mettant une partie de son service des Eaux à la disposition du Congrès, la question fut résolue dans le sens de l'affirmative et quitta dès lors le domaine de l'empirisme pour entrer de plain-pied sur le terrain de la science pure.
’ Des hommes d’une science éminente ont même suivi
avec intérêt les travaux des bagucttisants : parmi eux, je citerai seulement M. Armand Viré, directeur du Laboratoire de Biologie souterraine, au Muséum.
Or, devant le mouvement d’opinion qui s’était fait alors dans le public, et poussée en quelque sorte par la force des choses, l’Académie des Sciences avait désigné une commission pour suivre et étudier les expériences des sourciers.
Cette commission se composait de MM. : Douvillé, géologue ; Gautier, chimiste ; Dastre, physiologiste ; et Violle, physicien, membre supplémentaire — de qui les noms méritent d’être conservés.
Or, faut -il le dire ? Aucun de ces messieurs ne s’est présenté au Congrès où se discutait la théorie de la baguette ; aucun d eux ne s’est présenté sur le terrain d’expériences pourtant d’un si grand intérêt. Par suite et naturellement, aucun rapport ne fut présenté.
L'affaire semblait bien et dûment enterrée lorsque le 16 août suivant, M. Van Theghem lut en séance de l’Académie, une lettre du Directeur de l’Académie de San Francisco, demandant communication du rapport établi par l’Académie de Paris sur les remarquables expériences des sourciers au printemps précédent.
Stupeur !... Pas de rapport !... Rien !... Néant !... Les commissaires s'étaient dérobés, et des rires fusèrent dans le public, qui n’étaient pas en faveur de la docte assemblée.
11 fallut que, sur cette question qui intéressait la Science américaine, mais où la Science officielle française avait fait banqueroute, l’Académie de San Francisco s’adressât à M. Henri Mager pour être enfin documentée.
Vraiment, dans ce pays merveilleusement féerique que le colonel de Rochas a appelé les « Frontières de la science » il paraît exister comme une ligne de démarcation au delà de laquelle les tenanciers de la science
officielle semblent avoir la terreur de s’aventurer, parce qu’ils savent, par expérience ancienne et personnelle, que, cette limite franchie, ils perdront aussitôt tout principe de savoir, de sens commun, d’équité et de conscience, et c’est aussi bien à leur adresse plus peut-être qu'à celle du gros public, que le voyageur J. Arago a écrit, dans son Voyage autour du monde : — « Quand vous ne voudrez pas trouver d’incrédules en ce monde, ne dites aux hommes que ce qu’ils savent, ne leur apprenez rien, ne leur parlez jamais que des objets qui les entourent, qui frappent leurs sens et avec lesquels ils vivent pour ainsi dire, en famille. Hors de là vous trouverez le doute, le doute railleur, offensant, qui vous forcerait à mentir, si vous n’aviez le courage de trouver dan3 cette persécution même un motif de plus de résolution et de persévérance. »
Si encore les savants, quand ils donnent leur opinion, savaient toujours de quoi ils parlent ! mais non... Récemment encore je lisais une petite histoire de l’occultisme écrite dans un but de vulgarisation par un professeur qui fait preuve, en ceci du moins, d’une ignorance rare, car, le croirait-on ? le principal reproche qu’il adresse à cette doctrine, c’est de s être formée uniquement en pillant le savoir des anciens. Si ce naïf avait ouvert le moindre de nos auteurs, il aurait eu cette révélation que l’occultisme contemporain se présente lui-même, précisément et jalousement, comme le dépositaire de la Sagesse antique !
Revenons aux faits.
11 n’est personne, ayant quelque peu lu, qui n’ait au moins entendu parler des énormes difficultés auxquelles se heurta le Dr Carrel pour faire admettre ses procédés d’antisepsie et de traitement des brûlures, difficultés créées uniquement par les scientistes en place à qui il déplaisait qu’un auteur fit accepter des découvertes qu'euxmêmes n’avaient pas faites. Et cependant Dieu seul et
les blessés par le feu savent quels splendides résultats obtinrent ses procédés lorsqu’enfin on se décida — en quelque sorte forcément — à les appliquer. Aujourd’hui l’ambrine est d’un emploi courant dans le traitement des brûlures. Au reste, la médecine militaire est bien connue pour être un de ces sanctuaires spéciaux où la capacité se mesure au nombre des galons, où nul, s’il ne possède un grade supérieur n’a le droit de créer un progrès. Et si quelqu’un en doute, il n’a qu’à se figurer le Dr Vincent n’ayant que deux ou trois galons et faisant de la publicité sur son sérum antityphique... que d’éclats de rire dans le bas de la hiérarchie et quelle obstruction dans le haut !
Puisque nous sommes sur le chapitre de la guerre européenne, il nous faut parler de la Commission créée en 1914 pour étudier et appliquer à la défense nationale tous les procédés que lui soumettraient les inventeurs, et qui mérita le nom, lequel lui fut appliqué par la Presse, de « Commission d’étouffement des inventions ».
Quand, au début de la guerre on put constater que le côté industriel y allait être prépondérant, le gouvernement français crut logique de réunir un certain nombre de scientistes pour les préposer à l’examen de toutes les inventions nouvelles qui leur seraient présentées par les particuliers. Le malheur fut que, au lieu de composer cette commission d’industriels et de praticiens, on y fit entrer surtout des théoriciens et des savants en place, de ces gens en somme qui, infatués des dogmes scientifiques qu’ils ont posés, n’admettent le progrès qu’autant que ce progrès sort d’eux-mêmes et repoussant avec la dernière énergie tout ce qui vient d’autrui, tout ce qui est en désaccord avec leurs propres théories, — au milieu desquels, en somme, étaient noyées les rares intelligences, véritablement et pratiquement ouvertes, qui faisaient partie de la commission.
l’occultisme et la science
Ne voulant pas verser dans la même ornière qu’eux, et risquer par suite de me voir accuser, comme eux, d’aveugle partialité, je me retrancherai derrière quelques extraits de journaux dont la simple lecture suffira pour édifier le lecteur.
Une institution néfaste.
La Commission d'étouffement des inventions.
« Si Ton a cru favoriser l’éclosion des inventions par la création d’une commission spéciale, on devrait bien reconnaître aujourd’hui qu’on s’est grossièrement trompé : une clameur s’élève contre l’hermétique et anonyme Cour souveraine, en laquelle les inventeurs ne veulent plus voir qu’une officine d’avortement.
« J’ai déjà donné les raisons de l’inaptitude à juger de la commission telle qu’elle est constituée, signalé le vice constitutionnel qui en fait l’ennemie de l’inventeur et de l’invention.
« Composé de mandarins, qui prétendent posséder la somme des connaissances humaines, cet aréopage peut-il admettre qu’en dehors de lui on découvre quelque chose, et, n’est-il pas l’ennemi naturel de l’invention qui, par définition, sort du cadre des idées reçues, des données acquises, des formules vérifiées ?
« Si l’on voulait réellement que le génie créateur de notre race donnât tous ses fruits à la défense nationale, il fallait résolument et tout d’abord écarter de la commission d’examen les théoriciens détenteurs de la science officielle, la composer d’ingénieurs de l’industrie ayant des connaissances pratiques et leur adjoindre des officiers, retour du front.
« Tant que les juges seront des hommes, assurément très savants, mais n’ayant jamais décollé de leur rond-de-cuir, toujours prêts à faire repousser par des colonnes de chiflres l’assaut des inventeurs, on pourra apposer sur la porte de leur siège la pancarte accrochée il y a deux siècles aux grilles du cimetière Saint-Médard à l’intention des convulsionnaires :
De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
« On croyait pourtant être sorti, sous la pression des circonstances, de la belle incohérence qui voulait qu’un avoué présidât à la réception des cuirs, et que l'avocat Bénard présidât aux destinées de notre aviation.
« La commission des inventions mérite-t-elle la dénomination de commission d'étouffement qui lui est appliquée par les inventeurs découragés ?
« Je pourrais tenter de le prouver en énumérant les inventions qu’elle a étouffées dans l’œuf : ce ne serait pas très probant, la valeur de ces inventions pouvant toujours être contestée.
J’ai mieux que cela : quelques inventions qui ont fait leurs preuves et ont été agréées malgré l’opposition de la commission.
« Je ne révèle aucun secret, ces inventions étant d’autant mieux connues de nos ennemis qu’ils en subissent les effets, pour leur grand dam : le seul secret que je révèle — et cette révélation peut être profitable à la défense nationale — c’est que ces inventions avaient été rejetées, sans essais, par la commission.
(Quinze lignes censurées)
« Je n’en cite pas davantage ; mais quel tableau-réquisitoire je pourrais dresser s’il m’était permis d’entr’ouvrir le dossier constitué, je le sais, par la Société des Ingénieurs civils ! Ce dossier ne pourra être publié qu’après la guerre : il sera trop tard.
Si je voulais aborder le chapitre des inventions rejetées et non appliquées, je parlerais du dispositif très simple pour la destruction des zeppelins et drachens, refusé parce que les auteurs n’ont pas fait d’essais : que voulez-vous ! ils n’ont pas dans leur jardin un zeppelin à consumer.
« Je pourrais citer encore' ce procédé de tir contre avions qui a été expérimenté avec plein succès, — il y a quatorze mois ! — mais à l’adoption duquel s’oppose la commission parce qu’aucun de ses membres n’en peut revendiquer la paternité.
« J’en ai dit assez pour convaincre chacun que la commission des inventions est une institution néfaste, qu’il est nécessaire d’abolir si l’on ne peut se décider à la réformer. »
Albert Monniot.
( Libre parole , 3 novembre 1916.)
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La pêche aux zeppelins.
« La censure ne m’a pas permis d’énumérer quelques-unes des inventions repoussées par la Commission d’étouffement, mais heureusement acceptées d’emblée par les services compétents puisqu’elles rendent actuellement les services signalés à la Défense nationale.
« On s’apercevra plus tard que la Censure aura surtout servi à couvrir les organisations et les individus qui ont trahi leur devoir ou failli à leur mission.
« Je sais aujourd’hui que je peux parler, au moins indirectement et par analogie, d’une des inventions condamnées par les mandarins : l’appareil pour la destruction des zeppelins et drachens.
« En effet Le phare de Nantes après Le Times , sous la rubrique « La pêche aux zeppelins », vient de nous faire la description de l’appareil dont s’est servi le lieutenant Robinson pour abattre un des monstres allemands dans les environs de Londres.
« Sur un treuil placé au-dessous de son avion, le lieutenant Robinson avait enroulé un câble d'environ quatre cents mètres terminé par une ancre à quatre ou cinq branches, en forme d 'araigne. A quelques mètres au-dessus de cette ancre, trois bombes puissantes étaient échelonnées au long du câble.
« Dès que le zeppelin fut en vue, le lieutenant s’éleva en déployant son câble, prenant de la hauteur de façon à survoler le dirigeable à deux ou trois cents mètres en le franchissant par le travers.
« Quand l’araigne agrippa la carcasse, la brutale secousse fit exploser les bombes qui, en même temps, rompirent le câble et incendièrent le zeppelin.
« Tout ce que je puis dire de l’appareil français, c’est qu’il supprimait le danger résultant pour l’avion de la secousse imprimée au câble par l’accrochage.
« La toute-puissante commission l’a rejeté, en prétextant qu’il était impossible de l’expérimenter.
« Pourquoi, impossible? disait l’inventeur ; mettez-moi dans un champ une vieille bâche de camion montée sur des cercles^ et vous vous rendrez compte du fonctionnement de mon appareil.
« Déranger des membres de la commission pour une invention dont l'efficacité ne pouvait pas s’établir au coin du feu par une équation : ces inventeurs ont toutes les audaces !
« C’est au moment où l’Allemagne proclame sa volonté d’intensifier la production des munitions et la création des engins de guerre qu’un tel aréopage paralyse notre génie créateur.
« Mais j’ai évidemment tort de protester contre cette inertie et cette méconnaissance des nécessités de l’heure ;ilne faut pas troubler le sommeil des commissions et des bureaux...
On nous a répété le conseil d’avoir à nous réfugier dans les caves en cas d’incursions des zeppelins.
Que pouvons-nous exiger de plus?...
Albert Monniot .
[Libre parole, 6 novembre 1916.)
... « Les barrages aériens sont des filets à très larges mailles tendus entre les câbles de nombreuses saucisses, dont la seule connaissance force l’assaillant nocturne à s’élever beaucoup. Par suite, la précision du lancement de bombes est diminuée et même annulée si la nuit est sombre ou si un voile de brumes flotte au-dessusdu sol. De plus, la surveillance des avions de la défense s’exerce en hauteur sur une moindre tranche de l’atmosphère.
« Cependant il semble bien que, comme beaucoup d’autres, l’idée des barrages aériens, conçue par un Français, ait reçu son application chez nos adversaires.
En effet dès le 10 février 1916, remise était faite à la commission des inventions intéressant la défense nationale d’une notice accompagnée de dessins explicatifs, exposant l’emploi d’un système de filets protecteurs, utilisable contre les avions ou les dirigeables. Ce système était généralement semblable à celui que les Allemands ont adopté depuis lors ; il comportait de plus l'adjonction de petits ballonnets semés de loin en loin et contenant soit un explosif, soit un signal avertisseur.
Or, moins d’une semaine plus tard, le 17 février 1916, avec une remarquable célérité, la commission des inventions faisait savoir à l’inventeur que l’étude de son projet, enregistré sous le numéro 4.778, avait démontré que ce projet ne paraissait pas suceptible d’être retenu pour le moment.
« Les Allemands, ainsi qu’il apparaît, n’ont pas été du même avis; et s’ils n’ont certes pas reçu confidence des plans de notre
compatriote, par une coïncidence fortuite, quoique logique, ils ont su les premiers en faire une application, dont nos aviateurs les plus qualifiés ne méconnaissent pas la valeur. La défense contre les avions de bombardement comme celle contre les sous-marins, doit recourir à la multiplicité des moyens.
Commandant de Civrieux.
(Le Matin, 28 janvier 1918.)
Voici maintenant qui concerne les pièces d'artillerie à longue portée qui ont bombardé Paris.
Les canons tirant a 1 00 kilomètres ont été inventés en France.
« Depuis un an, ou, plus exactement, depuis le 1er mai 1917, des expériences décisives ont été faites qui ont fourni la certitude que la portée de nos canons pouvait être allongée dans des proportions insoupçonnées. L'invention théorique est due à un savant russe de génie qui vit en France, M. Chilowsky ; la mise en pratique du procédé Chilowsky a été faite par un groupe de savants français qui a à sa tête, M. Huguenard, professeur de physique au lycée de Belfort.
« M. Huguenard est un homme d’une trentaine d’années dont le visage respire l’intelligence et l’énergie. Interviewé par un rédacteur du Petit Journal , il a dit :
« — Ne croyez pas qu’il s’agisse de quelque chose d’extraordinaire, d’une pièce monstrueuse qui enverrait des projectiles énormes. Non ; ainsi que le dit le communiqué, c’est une pièce de 240 qui a envoyé des obus sur Paris.
« En physique pure, le problème qui se pose dans cette augmentation de la portée des canons est celui-ci : supprimer la résistance de l’air.
« Il y a deux manières de la résoudre : la première consiste à diminuer la résistance de l’air en modifiant la forme de l’obus ; la seconde, à réduire celle-ci à un minimum de façon que l’obus puisse conserver pendant une durée plus ou moins grande sa force meurtrière.
« C’est la découverte de cette seconde méthode qui constitue le procédé Chilowsky. Vous comprendrez très bien que je ne veuille donner à ce sujet la moindre indication, bien que je sois convaincu que c’est le procédé Chilowsky que les Allemands se sont approprié.
« C'est dans des laboratoires aérodynamiques à grande vitesse que les études ont été faites; ainsi on a pu pratiquement réaliser, en quelques semaines, des expériences qui, si elles avaient eu lieu dans les polygones d’artillerie, auraient pris beaucoup de temps et coûté beaucoup d’argent. »
En juin 1917, M. Huguenard a été reçu par M. Breton, ministre des Inventions, à qui il a déclaré que, désormais, de Belfort on pourrait bombarder Fribourg-en-Brisgau, et il donnait ces chiffres : un obus de 240 lancé à la vitesse initiale de 950 mètres peut atteindre un but situé à 90 kilomètres de distance. Si la vitesse initiale est de 1.000 mètres, la portée sera de 105 kilomètres. Et ce résultat est obtenu sans qu’il y ait besoin de modifier quoi que ce soit aux canons actuellement en usage.
« Le 5 janvier dernier, on a pu faire, dans des conditions d’ailleurs imparfaites, une expérience avec une pièce de 75 ; la portée a été augmentée de 25 %; elle aurait dû, à ce moment, être de 38 %•
« Et comme notre confrère s’étonnait qu’une telle expérience n’eût pas été reprise ;
« Vous ne pourriez jamais comprendre, répondit M. Huguenard, combien est grande la force d’inertie de certains bureaux et même l’incapacité de certaines gens intelligents à discuter les théories qui renversent leurs idées préconçues. »
[Liberté, 24 mars 1918.)
Les canons à grande portée.
« Au mois d’octobre 1915, un de nos amis, ardent patriote, désireux d’apporter son concours à l’œuvre de défense nationale, nous entretenait d’essais qu’il venait de faire avec un nouveau type de canon, destiné à envoyer des projectiles à des distances inconnues jusqu’alors.
« Ces essais, bien qu’ils fussent faits avec un canon à âme lisse, très rudimentaire, étaient stupéfiants. Avec une charge déterminée de poudre noire un projectile pesant 7 kgr. 500 avait été lancé à une distance cinq fois supérieure à celle qu’il aurait pu atteindre dans un canon ordinaire rayé sous la même charge.
« Comme nous nous étonnions de ce résultat, notre ami nous faisait connaître le dispositif qu’il venait de breveter.
« Ce dispositif, bien que profane, nous parut des plus ingénieux et en tous cas absolument original. Nos lecteurs comprendront que nous ne puissions donner des détails plus complets.
« Précisant toutefois les données de notre ami, cette invention permet d’accroître, dans des proportions folles, la vitesse initiale du projectile, même dans des canons courts ou obusiers. Or, chacun sait que la vitesse initiale est fonction de la portée. Si donc ce nouveau canon peut lancer, comme il en est convaincu, des obus avec une vitesse de 1.800 à 2.000 mètres, iis atteindront facilement des distances supérieures à celles des obus allemands qui tombent sur Paris depuis deux jours.
« Pourquoi cette invention, aussi à l’ordre du jour, n’at-elle pas été développée? Elle eut le sort de beaucoup d’autres.
« Il fallait pour la mise au point l’approbation et le concours des officiels. Ceux-ci refusèrent de l'étudier. Notre ami, découragé et allégé de plus de 25.000 francs que lui avaient coûtés ses essais personnels, laissa cette affaire de côté.
« Les Allemands ont-ils volé cette invention? Nous le saurons bientôt, car son dispositif laisse des traces sur le projectile, faciles à retrouver même sur les débris. »
( Liberté , 25 mars 1918.)
Passons maintenant aux tanks.
L’honneur de l’invention a donné lieu, en 1919, aune vive polémique entre M. J.-L. Breton et le général Estienne ; mais remarquons qu’il s’agit, dans cette polémique, des « chars d’assaut » français, imités des Tanks anglais déjà en usage; or, quel est l’auteur primordial de cette création anglaise ? C’est un ingénieur français, qui ne put faire adopter son invention en France ainsi qu’il résulte de la note suivante extraite de la Liberté (17 décembre 1917).
« Notre érudit confrère, M. Georges Montorgueil, démontre avec à propos que l’invention des tanks est due à un ingénieur français, M. Paul Frat. Dès le mois de novembre 1914, celui-ci écrivait au service compétent :
« Le rouleau cuirassé que j’ai imaginé permettrait de détruire aisément et rapidement les réseaux de fil de fer les plus solides. f Il permettrait d’aborder les lignes ennemies en servant d’écran et sans avoir rien à redouter des balles ou des éclats d’obus. 11 permettrait également de déclancher une attaque sans prévenir l'ennemi, en choisissant l’endroit et l’heure et sans dépenser des sommes énormes d’obus.
« Le « service compétent » fit des essais qui réussirent pleinement. Mais M. Lebureau (1) fit obstacle. Les tanks passent sur tout mais non pas sur les formalités, en France. M. Lloyd George ayant entendu parler de cette invention envoya des experts. Et, quelques mois après, l’armée anglaise allait à l’assaut des tranchées allemandes avec deux cents tanks formidables. »
[Liberté, 17 décembre 1917.)
L’artillerie d’assaut française ne vit le jour que plus tard, bien que ce fût un ingénieur français qui en eût eu le premier l’idée (2).
Voici maintenant une autre erreur qui a trait au canon d'accompagnement des troupes d’attaque.
Bureaucratie .
« L’histoire du canon d’accompagnement Archer, on ne l’a prise ici que comme exemple. Je n’ai jamais vu l’inventeur, j’ai entendu maint spécialiste dire de son procédé qu’il était pratique, qu’il avait, l’un des premiers, compris le sens de la
(1) Ce qu'on appelle communément « les bureaux » ou par raillerie,
« M. Lebureau » est une des institutions qui ont fait le plus de mal à notre pays : c'est l'administration. Mais que l'on ne s'y trompe pas : en fait d’inventions scientifiques, la bureaucratie ne se compose pas uniquement d'employés quelconques occupés à paperasser des écritures ; elle est dirigée par des scientistes en place, qui, n'ayant rien à gagner à une invention nouvelle, ayantau contraire à y perdre leur repos, et partisans, comme tous les bureaucrates, du moindre effort, élèvent, chaque fois que surgit une nouveauté, toutes les objections possibles pour n’avoir pas à s en occuper, et, par leur simple force d’inertie, arrêtent et découragent les promoteurs d'idées nouvelles. La bureaucratie, dans ce cas, c'est la science tombée au rang de basse administration.
(2) Cette priorité a été réclamée récemment par M. Edwin Weelock, ingénieur à Vinena (Etats-Unis) mais sans preuves sérieuses à l'appui.
bataille moderne où le soldat d’infanterie emporte sa défense avec lui, sans se soucier de la liaison avec l’artillerie, souvent difficile à garder.
« Or il n’est pas d’obstacles administratifs que l’inventeur et son procédé n’aient rencontrés. Il serait trop long de les énumérer. Pour y avoir simplement fait allusion, j’ai reçu quelques protestations qui auraient gagné en autorité à ne pas demeurer anonymes. « L’artillerie de tranchée d’accompagnement a sans cesse, m’écrit-on, fait l’objet des études et de l’activité des services compétents. Le matériel Archer a été mis en concurrence avec d’autres, il est fort défectueux, il est aussi loin de la perfection que le matériel d’un archer moyenâgeux (sic), un matériel inventé par le Dr Doyen lui a même été préféré. La question de l’accompagnement étant dominée par les besoins considérables de munitions exige la constitution de stocks en première ligne, difficiles à réaliser; ce sont ces raisons qui ont retardé l’emploi technique du canon de tranchée; et d’ailleurs la mobilité a toujours été recherchée et acquise pour notre artillerie de tranchée; il importe donc de nous rassurer, etc. »
« Je cite l’une de ces répliques comme exemple. J’en pourrais citer une autre qui est à peu près du même esprit. Elle a été fournie à la Chambre par notre collaborateur et ami M. Emmanuel Brousse. Le député des Pyrénées-Orientales y rappelait l’autre jour que les commissions de l’armée et du budget à la Chambre et au Sénat avaient réclamé depuis longtemps des canons d’accompagnement. Ces jours derniers , précisait-il, on a chargé un colonel d'artillerie de faire un rapport surl'uti lisation de ce canon dans la dernière offensive allemande . Ce colonel a fait un rapport tendancieux, disant , contrairement à Vévidence, et malgré tous les témoignages que les Allemands ne s'en étaient pas servis.
« Rapport, ajoutait M. Brousse, que MM. Ahrami et Jeanneney ont trouvé si tendancieux, si mensonger, quüs l'ont annoté en marge très durement.
« Je ne sais pas de plus bel exemple de l’entêtement administratif. On tient là sur le vif la distance infranchissable qui sépare l’homme d’action du bureaucrate. L’esprit critique juge et arrête l’initiative. Sous prétexte de chercher le mieux, on refuse le bien et on ne fait rien. L’entêtement personnel, l’amour-propre, la passion s’en mêlent, et le rond-de-cuir s’en vient fi défendre sa conception avec autant d’acharnement qu’il
défendrait sa maison ou sa femme. Toute critique lui est une injure personnelle.
« Gela pouvait se tolérer dans le temps de paix; nous vivions alors au jour le jour, nous n’avançions pas,, mais personne au dehors ne contrôlait nos infériorités, et nous en étions quittes pour nous ronger nous-mêmes.
« Mais la guerre est impitoyable, elle met tout au point ; elle confronte les forces et les faiblesses, elle donne à chacun selon son dû. Ne disons pas qu’une victoire n’est pas méritée. La victoire c’est comme le succès, elle ne va qu’aux gens qui ont quelque chose dans le ventre. C’est bien pour cela d’ailleurs que nous espérons vaincre. Mais quand des esprits libres s efforcent, dans ce but de secouer la bureaucratie, et la supplient de collaborer à la victoire, il faut que la bureaucratie comprenne la loi de la guerre. Sinon, elle se prépare de durs lendemains. »
Léon Bailby.
(. Intransigeant , 30 juin 1918.)
D’autre part, il a paru dans le Matin du 25 mai 1919 un article montrant lamentablement à quel point les détenteurs officiels de la science repoussent, au détriment du bien public, tout progrès issu d’ailleurs que de leur coterie; à ce titre, cet article vaut d’être reproduit en entier.
Un réquisitoire documenté et attristant contre ceux
MALGRÉ QUI NOS SOLDATS ONT REMPORTÉ LA VICTOIRE. M. GëORGES
Claude, le grand savant français, révèle comment on accueillait LES INVENTIONS PENDANT LA GUERRE
« La plus vive émotion sera produite dans tous les milieux qu’intéressent les questions de défense nationale — et n’est-ce pas toute la France aujourd’hui? *— par le livre où M. Georges Claude apporte, sur le sort des inventions pendant la guerre, des révélations appelées à un grand retentissement.
« Quand un homme illustre par ses travaux scientifiques et qui a voulu, à travers mille difficultés, fournir des armes nouvelles à la patrie, sort du silence du laboratoire pour apporter au pays le fruit de son expérience et dire : « Voilà ce qu’on a fait, voilà ce qu’il ne faut plus faire », le devoir est de l’écouter. Georges Claude est de ces hommes.
« C’est l’histoire étrange et mystérieuse de ses inventions de guerre que Georges Claude livre aujourd’hui à la discussion publique; histoire presque incroyable par endroits — le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ! — et qui provoquera le rire quelquefois, et plus souvent l’indignation.
«Le titre de ce volume: Politiciens et polytechniciens , doit être pris plutôt comme une boutade qu’à la lettre. Georges Claude se défend à cet égard de toute généralisation injuste et il dit sagement : « Il n’y a pas à l’X que ceux que je dénonce, il y a aussi les Jofîre et les Foch. » Mais cette réserve faite, Georges Claude montre, moins bien encore par les appréciations que par la simple histoire de ses inventions, qu’un déplorable état d’esprit, régnant dans certains milieux, dressa devant toute initiative extérieure, dès le début de la guerre et pendant trop longtemps, un réseau infranchissable de fils barbelés et créa, suivant l’expression de Georges Claude, un monopole de la défense nationale » au profit des hommes qui avaient une certaine origine.
« Ce contre quoi s’élève Georges Claude, c’est l’exclusivisme, l’excommunication dont ont été l’objet, dans les services techniques de l’armée, ceux qui, quels que fussent leur dévouement, leur courage, leur science, ceux qui ne pouvaient pas montrer sur leur état civil... ou plutôt militaire, le moderne « Sésame, ouvre-toi! », l’X fatidique, cabalistique, omniscient et tout puissant.
« Mais Georges Claude, dans son livre — et c’est ce qui le rend si passionnant — ne se borne pas à des généralités ; il appelle les choses et les gens par leur nom ; il ne veut plus du « pas de personnalités », qui pendant trois ans de guerre nous a fait tant de mal en stigmatisant les choses mais jamais les hommes, les fautes mais jamais les coupables.
« L’histoire des bombes à air liquide inventées, réalisées, expérimentées avec un succès foudroyant sur l’ennemi par Claude lui-même, et qui eussent pu et dû apporter un appoint formidable à notre défense, alors qu’on manquait d’explosifs, est à cet égard édifiante.
« Georges Claude explique comment, alors que le déficit d’explosifs était complet, dès le début des hostilités, il en apportait un très puissant en quantité presque illimitée, grâce à l’air liquide dont l’atmosphère fournit la matière première inépuisable. On ne lira pas sans indignation comment l’usine à
air comprimé de Billancourt qui, devenue inutile à la compagnie des omnibus par l’électrification de son matériel, et qui sans transformation pouvait fournir en grandes quantités le nouvel et précieux explosif, fut livrée à la démolition, au moment de rendre cet inestimable service, par l’impéritie volontaire et la négligence de certains services et de certaines personnalités élevées, que M. Claude met personnellement en cause. A propos des bombes à air liquide réalisées par Claude et qui eussent pu faire tant de mal aux Boches après la Marne, si on n’en avait pas freiné l’emploi par toutes sortes de procédés incroyables à propos desquels le colonel Barès, de l’aéronautique, est nettement mis en cause, Georges Claude raconte diverses anecdotes piquantes et notamment celle-ci :
« Le Grand Quartier me réitère d'envoyer d'urgence les cinquante bombes commandées. Je téléphone au G . Q. G. pour savoir sur quel pied danser. Dois-je obéir au G. Q. G. qui veut ou au général Bernard qui ne veut pas ? Réponse du G . Q. G. à moi , cet ordre : « Envoyez de suite . »
« Au général quelque chose dans ce goût : « J'ai commandé au lieutenant Claude d'envoyer des bombes. Quand je commande j'entends qu'on m'obéisse. Signé : Joffre. »
« Dix jours après il n'y aura plus de Bernard a l'Aéronautique.
« L’histoire du repérage par le son, invention française, qui n’a commencé à être prise au sérieux chez nous que quand les Boches, après nous l’avoir volée, s’en servirent pour démolir nos batteries, et à laquelle Georges Claude a apporté une contribution importante, n’est pas moins suggestive. M. Claude . raconte comment cette invention fut finalement mise entre les mains d’hommes, qui avaient tout fait pour l’empêcher d’aboutir ; il montre comment le repérage a été mis hors d’état de rendre de réels services et comment « il y a eu un mur contre les repéreurs au son. Ce mur a même un nom. Il s’appelle Driencourt.» M. Claude surnomme sans mansuétude, et après démonstration, « le geai Driencourt », 1’ « étouffeur en chef du service géographique de l’armée », et qui était précisément... le chef imposé à ceux qui avaient inventé le repérage par le son, et « qui s’empara de la question, grâce à son très puissant patron, le général Bourgeois, non pour coordonner tous les efforts, ce qui serait inutile, mais pour s’y substituer. » Le récit de Georges Claude montre comment des manœuvres de subal-
ternes ont pu ainsi suffire à annihiler les volontés de perfectionnement de ces chefs éclairés qui avaient nom Galliéni, Foch, Pétain, etc.
« Pour terminer Georges Claude raconte l’histoire — semée par la censure de larges taches blanches ainsi qu’un sommet alpestre — de son remarquable canon de tranchées où le recul est supprimé grâce à une application ingénieuse et tout à fait imprévue de la physique. Malgré les résultats remarquables donnés par cette arme simple et précise en présence de toutes les commissions compétentes, malgré l’intérêt tout spécial que le général en chef Nivelle portait à la question, des manœuvres étranges — de petites manœuvres — réussirent à « étouffer » complètement l’arme nouvelle.
« Toutes les précisions abondamment documentées apportées par Georges Claude au sujet de la manière dont furent encouragées, accueillies et appliquées ces inventions, « dont les conséquences ne sont restées petites que parce qu’on les empêcha de grandir », ne manqueront pas de soulever la plus douloureuse émotion, d’autant qu’elles mettent nommément en cause, par la bouche d’un homme qui est une autorité dans la science, plusieurs personnalités dont certaines — M. Clemenceau le sait-il? — ne sont pas encore à Limoges (1). »
Voici maintenant une histoire de sous-marins où se trouve vivement engagée la responsabilité des scientistes de la rue Royale.
« Sous le titre — Histoire d’hier — More Landry rapporte dans le Figaro une nouvelle histoire d’incurie administrative de la rue Royale :
« Le 10 août 1915, M. Olivier Guilheneuc, publiciste maritime qui tient de près à la marine, remettait au secrétariat de la commission des inventions intéressant la défense nationale un
(1) Qu'il me soit permis, pour l'édification du lecteur, d’ajouter ceci : Le génial G. Claude, qui, après la guerre, avait conservé son grade de capitaine de réserve de l'artillerie, dans l'espoir que le ministère de la Guerre mettrait à profit ses admirables travaux scientifiques pour établir — au moins partiellement — notre armement de demain, que ses connaissances techniques lui permettraient de rendre formidable, le génial G. Claude, dis-je, a donné sa démission en juin 1924, écœuré positivement de se voir attribuer, comme fonction militaire, l’immatriculation des chevaux de réquisition. Toujours le règne des incompétences!
mémoire sur la nécessité de créer un type de monitor submersible propre aux bombardements. Son navire, dessiné d’après les données fournies par les submersibles en usage, portait un canon de 280 millimètres enfermé dans une tourelle cuirassée centrale et pouvant s’éclipser au moment de la plongée. La pièce était à chargement automatique, dispositif qui avait fait déjà ses preuves sur certains calibres. Un ou deux canons antiavions complétaient cet armement. Le déplacement du monitor était de 2.500 tonnes en immersion. Transmis au ministère de la Marine le 17 septembre 1915, le mémoire de M. Guilheneuc y était examiné et, le 4 octobre, celui-ci recevait une lettre officielle l’avisant que la « proposition n’avait pas été jugée susceptible d’amélioration pratique ». Pas pratique, et pourtant, dès la fin de 1915, les sous-marins allemands portèrent des canons de 105 millimètres et, un an plus tard, des sous-marins du type Deutschland le fameux sous-marin commercial, recevaient des canons de 150 millimètres. Les idées de M. Guilheneuc n’étaient donc pas aussi peu pratiques qu’on le pensait rue Royale. Mais voici qui est mieux : un monitor submersible britannique appelé « M-l » fut réalisé un peu plus tard. Il portait un canon de 305 millimètres monté, non pas dans une tourelle fixe, mais avec un affût à éclipse. Ce navire déplace 1.700 tonnes en surface et 2.200 à 2.500 en plongée. Il porte, outre sa grosse pièce, un canon antiavion et deux tubes lance-torpilles. C’està-dire qu’il reproduit presque exactement la conception de M. Olivier Guilheneuc, déclarée par nos augures comme n’étant pas d’une réalisation pratique ». Cette histoire d’hier, qui sera hélas, sans aucun doute, une histoire de demain et de toujours, doit inspirer quelques remords à nos « compétences » de la rue Royale. »
Puisque nous parlons de sous-marins, abordons un moyen original qui, au cours des hostilités, avait été proposé, c’est-à-dire repoussé par les compétences, pour repérer et par suite détruire cet engin de guerre maritime.
Les sourciers et les sous-marins .
M. Louis Probst, un baguettisant connu qui habite dans les Pyrénées, a pensé à appliquer sa méthode de recherche des sources à la recherche des sous-marins.
« De Bidart, a-t-il dit à un de nos confrères de Y Eclair, mes fenêtres plongent sur la mer ; avec le « rhéostat » et le « radiocondensateur » que j’ai mis au point, j’ai fait des expériences de repérage de sous-marins, en présence d’amis et d’ingénieurs et je ne me suis jamais trompé. Plaçant les appareils à terre, sans rien voir, j’indique en quelques secondes le nombre de bateaux qui passent et la direction qu’ils suivent. Pour déterminer leur distance, j’applique deux méthodes, l’une contrôlant l’autre, et les résultats obtenus sont les mêmes pour un navire en surface ou en plongée.
« Je viens de faire un essai, étant moi-même à bord de la canonnière le Qui-Vive , à Saint-Jean-de-Luz, et l’expérience a parfaitement réussi.
« M. Probst a soumis son invention aux compétents de l’administration de la marine. »
[Liberté, 10 juin 1918.)
11 est probable — que dis-je? il est certain que les « services compétents » ont écarté ce projet de baguettisanl(l) avec ce sourire de dédain qui est la caractéristique des gens sûrs de l’infaillibilité de leur science... Ce sourire, même, je le vois poindre sur le visage de plus d’un de mes lecteurs. Pour le glacer sur les lèvres, il me suffira de dire ceci : 11 est aujourd’hui prouvé que, durant la dernière guerre, l’Allemagne employait ce procédé pour découvrir et détruire les sous-marins des alliés.
Voici maintenant la dernière erreur dont je m’occuperai à la charge des officiels; je l’ai gardée pour la bonne bouche, car elle en vaut la peine : c’est un résumé, en quelques lignes, de l’histoire des débuts de l’aviation.
Comme introduction à cet historique, il convient de
(1) La réalité du phénomène delà baguette divinatoire a été établie, au cours du deuxième Congrès général de psychologie expérimentale (Paris, 1910) par une série d'expériences précises, faites en présence de notabilités scientifiques, avec le concours du service des Eaux de la ville de Paris, où M. H. Mager, notamment a prouvé — quelles qu'en soient les causes, que l'on peut discuter — l'efficacité des procédés de la baguette pour la découverte des eaux et des masses métalliques cachées.
rappeler — sans aucune arrière-pensée et comme simple enregistrement d'un fait — que, il y a déjà un certain temps, l’Académie des Sciences a porté à la connaissance du public que, les trois problèmes de la quadrature du cercle, du mouvement perpétuel et du plus lourd que l’air, n'étant susceptibles d’aucune solution, elle ne prendrait plus connaissance des mémoires qui lui seraient adressés sur ces sujets.
En ce qui concerne la quadrature du cercle, n’ayant pas l'honneur de faire partie de l’Académie des Sciences et ne me jugeant pas, par suite doué d’infaillibilité scientifique, je crois devoir être prudent en déclarant que j’ignore les possibilités de solutionner le problème. Pour ce qui regarde le mouvement perpétuel, je ferai remarquer qu’il existe en Europe trois horloges, lune à Moscou, la deuxième je ne sais où, et la troisième au Maséon Arlatan , à Arles, en Provence, qui fonctionnent automatiquement d’elles-mêmes et sans avoir besoin d’être jamais remontées.
Mais la question du plus lourd que l’air !
Si toutefois le partage d’une erreur peut en alléger le poids, hâtons-nous de dire que l’avis de la docte assemblée a été pleinement partagé par les aliénistes qui, jusqu’à ces derniers temps, regardaient comme preuve évidente de folie, le seul fait de travailler ce problème.
A une époque encore peu éloignée, on internait les aviateurs ; maintenant on les décore, ceci vaut mieux.
En 1890, les expériences que le précurseur Clément Ader poursuivait au château de Péreire, à Armainvillers, — car l’aviation est une science d’origine essentiellement française, — avaient enthousiasmé le ministre de la Guerre d’alors, M. de Freycinet, qui voyait, à juste titre, que, dans la guerre à venir, la victoire appartiendrait infailliblement à la nation pouvant utiliser une arme aussi redoutable ; en conséquence M. de Freycinet décida
que, désormais Ader travaillerait dans le secret le plus absolu, mais avec l’appui et aux frais de l’Etat. Le 14 octobre 1897, au camp Satory, près de Versailles. Ader réussit à s’élever jusqu’à 300 mètres. Malgré les grandes espérances que pouvaient faire naître ces essais, les officiers du génie et de l'artillerie, sortis de l'Ecole Polytechnique, déclarèrent qu’il n’y avait pas lieu de continuer l’appui officiel à des expériences en opposition avec tous les principes scientifiques admis, et le génial inventeur, découragé, brûla tous ses plans. Il ne reste de cette tentative que le dernier appareil d’Ader recueilli aux Arts et Métiers, à titre de curiosité.
Au moment où les frères Wright exécutaient leurs pre- ' miers vols en Amérique, un journaliste français (je crois me souvenir qu’il appartenait à la rédaction du Journal) qui avait assisté à leurs expériences, frappé de l’importance militaire de cette invention, rentra immédiatement en France pour la signaler au ministère de la Guerre à Paris, afin qu’il put, en l'achetant, en garder le monopole. Les savants « compétents » consultés à cet égard par le ministre, furent d’avis qu’il ne pouvait y avoir là rien de sérieux. Et voilà comment, dans la guerre de 1914-1918, notre pays n’a pas été seul à utiliser ce merveilleux instrument de victoire l Les officiers qui ont interdit à la France la possession exclusive d’une telle arme dont l’emploi eût, dès le début, amené la décision de la guerre européenne, peuvent se dire que ce jour-là, ils ont commis un crime de lèse-patrie.
Je terminerai cette rapide vue d’ensemble des bévues des scientistes officiels par le récit d'une anecdote récente qui ne manque pas de saveur, et dont, pour ce motif, on a essayé, vainement d’ailleurs, d’arrêter la diffusion.
Chacun sait que les « chers camarades » de l’X se tiennent tous par la main et se poussent mutuellement partout où se trouvent les situations fructueuses ; malheu-
reusement ils y apportent trop souvent des théories qui, pour transcendantales qu’elles sont, seraient souvent remplacées avec avantage par un peu de pratique terre à terre ; la régie de l’Etat, lorsqu’elle prit en main l'exploitation des allumettes, antérieurement dirigée par des industriels privés, n’échappa pas à cette invasion et plaça des ingénieurs de Polytechnique à la tête du nouveau service.
Au cours de la guerre, les bois étant hors de prix, l’administration des allumettes eut une idée géniale : remplacer les billes de sapin de Norvège par des baraquements usagés que soldait l’armée américaine ; évidemment au regard des ingénieurs ce bois devait donner d’aussi bons résultats que du bois neuf, et la Régie acheta des quantités de baraques américaines qui furent débitées en bûchettes préparées au phosphore et congrûment renfermées dans les boîtes que tout le monde connaît. Au moment de les livrer à la consommation publique — combien en existait-il alors de millions ? Dieu seul et le ministère des finances peuvent le dire — on fit, comme d’usage, quelques prélèvements d’essai : à la stupeur générale, aucune allumette ne réussit à s’enflammer. On fit alors ce par quoi eût commencé un industriel privé : une enquête, qui découvrit ceci : les bois de sapin destinés à construire des baraquements en France avaient été préalablement et soigneusement ignifugés en Amérique, et nos ingénieurs d’Etat, très forts en trigonométrie curviligne, ne s’étaient pas doutés un instant qu’ils fabriquaient leurs allumettes avec du bois incombustible — et, m’a-t-on dit, il y en avait pour une somme qui n’était pas précisément minime. Je ne doute pas d’ailleurs qu’après ce haut fait, les ingénieurs en cause n’aient pris sur les listes de la Légion d’honneur, la place de quelque poilu tombé à Verdun ou au Chemin des Dames.
Après cette savoureuse et authentique anecdote, il
faut tirer l’échelle, et je m’arrêterai ici, tout ce qui précède devant suffire pour que le lecteur se fassç une idée exacte de la valeur pratique de nos scientistes officiels.
Mais il est un point encore sur lequel il me reste quelques mots à ajouter.
De même que la science normale ne veut en aucune circonstance faire abstraction de ses principes ; que, par exemple, elle nie les forces que lui révèle l’occultisme sous prétexte que ces forces sont sans action sur ses instruments — sans comprendre qu’à force nouvelle il faut dynamomètre nouveau — ; de même les disciples qu’elle forme veulent appliquer en tout les méthodes d’étude qu’elle leur a inculquées, sans même se douter que, pour aborder une science encore inconnue d’eux, il leur faut faire table rase de leurs idées à priori pour utiliser les procédés de recherches indiqués par ceux qui savent.
Or, qu'en résulte-t-il ? Dans tous les phénomènes occultes, ils n’ont que deux lignes de conduite :
Ou bien ils nient délibérément et sans y rien comprendre, le phénomène, si évident soit-il, comme je l’ai vu faire un jour par un médecin qui, devant les résultats — trop transcendants pour sa compréhension — d’une séance de magnétisme, déclarait froidement : Mais il n’y a rien !... rien !... rien !... Tout ça, ce sont des expériences qu’on réussit quand on est de mèche avec le sujet ! ! !
Ou bien il suffit qu’un charlatan — et Dieu sait si cette espèce néfaste abonde dans les parages de l’occultisme ! — fasse luire à leurs yeux la possibilité d’expliquer les phénomènes occultes par les procédés courants de la science, pour s’en faire des complices involontaires d’autant plus ardents qu’ils sont de meilleure foi. Les malheureux tombent dans le panneau uniquement parce qu'ils sont inféodés à des théories qu’ils croient d’application universelle.
11 serait facile de citer bien des exemples de tels agis-
sements: je me bornerai à rappeler la lamentable aventure dont fut victime, pendant plusieurs mois, un médecin — et non des moindres — de Paris.
Il y a quelques années, débarquait à Paris un soi-disant mage hindou qui était tout simplement un escroc, condamné comme tel par tous les tribunaux des deux mondes, mais d’une extraordinaire habileté à dépouiller le vieil homme pour faire peau complètement neuve après chacune de ses mésaventures judiciaires.
Paris en effet, lui offrait un excellent terrain d'exploitation, parce qu’il est un des grands centres actuels de l’occultisme et que la foule, sachant par ouï-dire, par les racontars des journaux, par les conversations salonniennes ou autres, que les principaux médiums étrangers s y viennent faire étudier, et que certains chercheurs comme le Dr Baraduc, le colonel de Rochas et d’autres obtiennent d’étranges et merveilleux résultats, la foule parisienne, dis-je, est passionnée de mystère et se précipite au-devant de tous les thaumaturges — vrais ou faux — qui lui arrivent.
Or, ce pseudo-mage s’attribuait, entre autres pouvoirs supra-normaux, celui d’émaner la vie ; on lui donnait des œufs de poisson ou des graines, aussitôt il se mettait soi-même dans une Irance d’autant plus profonde qu'elle était absolument factice, soi-disant pour émaner sa force vitale, et, en quelques instants, il produisait des plantes ou des poissons.
Très habilement, il avait constitué autour de lui un petit cénacle de personnes ayant une certaine situation sociale, et qu’avaient aveuglées et sa grandiloquence et ses tours de prestidigitation ; et lorsque, à la suite d'un phénomène trop douteux, il y avait quelque agitation parmi les assistants, le mage tombait en trance et laissait ses fidèles — convaincus — donner toute explication aux protestataires. Sa réussite fut complète le jour où il sut
capter la confiance du médecin en question. Comment cela se fit-il? je ne sais ; si, en effet, il faisait acheter très cher aux badauds le droit d’assister à ses exercices, ses invitations — payantes — étaient rigoureusement personnelles de façon à lui permettre d’éviter tout contact avec des assistants trop soupçonneux : car ses prestiges laissaient trop souvent à désirer. C’est ainsi qu’un jour où un enquêteur sérieux lui avait donné du caviar (œufs d’esturgon) à faire éclore et des graines de gazon à faire germer, lorsque lumière fut faite (les phénomènes se passaient toujours dans l’obscurité) l’enquêteur en question lui fit remarquer que les œufs d’esturgon avaient produit des alevins de truite déjà âgés d’au moins huit jours, et que les pousses de gazon, bien que nées dans l’obscurité étaient vertes, c’est-à-dire avaient subi déjà l’action de la chlorophylle que, seule, l’exposition au jour produit dans la plante.
C’est dire à quel point étaient peu sérieux les phénomènes générés par cet aventurier, et il est inconcevable qu’un médecin sérieux se soit laissé berner de la sorte ; mais il escomptait de faire rentrer dans le giron de la science normale tous les faits supra-normaux de l’occultisme : de là son aveuglement qui, réellement, était pénible pour les quelques gens éclairés fourvoyés en cette caverne.
Pour donner une idée de la façon dont cet aigrefin savait jouer de sa dupe, je citerai un fait. Le mage prétendait faire passer dans la rue, à travers les carreaux de la fenêtre, la carte de visite d’un des assistants, signée de lui ; ce.qui se faisait de façon très simple, le mage tombant en trance près d’une porte, fermée à clé il est vrai, et dont un assistant avait la clé dans sa poche, mais sous laquelle, au cours de la trance, la carte était glissée, et recueillie, de l’autre côté, par la domestique du personnage qui allait tout simplement la déposer dehors, à l’endroit voulu, le long de la maison où avait lieu l’expérience,
de façon à n’être pas vue des assistants : je tiens le fait d'un ami qui, arrivé en retard à la séance, fut malgré lui, témoin du manège. Or, un jour quelques spectateurs, méfiants, firent observer que, dans cette expérience, le papier se retrouvait bien dehors, mais toujours le long delà maison, à droite ou à gauche, et jamais en face, ce qui permettrait cependant le contrôle à travers les vitres.
— Gela ne se peut pas ! trancha nettement le personnage.
— Pourquoi ?
— Parce que... Parce que... Mais c’est connu de la science... moi, je ne peux pas vous dire, mais voici le docteur qui vous expliquera bien mieux que moi...
Et le médecin, ainsi mis en cause, trouvait, de très bonne foi, une théorie scientifique appropriée : La matière de la carte ne peut traverser la matière de la vitre qu’en se fluidifiant ; or, les fluides paraissent obéir aux lois de la lumière qui, en passant d’un milieu dans un autre, est déviée par le phénomène de la réfraction ; la substance fluidifiée de la carte, à moins de traverser la vitre normalement, ce qui semble difficile à cause de son état même de diffusion, est forcément réfractée et, par suite, ne peut pas se reconstituer à l’état matériel en face de nous, mais seulement à droite ou à gauche...
Pitoyable !