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GÉNÉRALITÉS

Deux sciences se partagent le monde : la Sagesse antique, issue des Mystères sacrés et occultée au Moyen- Age par crainte de l’Eglise, et la science normale, née à Renaissance et se figurant que rien n’a existé avant elle.

La première est fondamentalement spiritualiste et synthétique ; c’est la science des principes, dont elle déduit les lois où se groupent les faits. La seconde, matérialiste et analytique est la science des faits d’après lesquels elle essaie d'induire les lois, sans jamais s’élever jusqu’aux principes. Cette dernière — la science contemporaine — cherche avant tout la diffusion dans le public, alors que la Sagesse antique voulait avant tout la qualité et, son résultat forcé, le petit nombre de ses fervents : de là, autrefois, les initiations aux Mystères sacrés, de là, aujourd’hui, l’ignorance des foules en ce qui touche le savoir sacré des ancêtres.

Quelles sont les origines de la science mystériale et comment nous est-elle parvenue ? En peu de mots, car ceci sera développé ailleurs, voici :

Il y a des millions d’années (1) un vaste continent, la

(1) Ces recherches historiques sont basées à la fois sur certains documents et sur la psychométrie, science de l’occultisme qui deviendra un jour la source de la préhistoire normale ; le phénomène psychométrique repose sur ce principe occulte que tout ce qui existe est doué de vie ; par conséquent les choses vulgairement considérées comme inertes, ont, commeles êtres animés, une aura où siège leur mémoire ; et leurs souvenirs, dans certaines conditions, peuvent se communiquer à des intelligences humaines qui les enregistrent et les révèlent ; au lieu

Lémurie, occupait le sud du Pacifique : les îles de l’Océanie sont aujourd’hui les sommets de ses montagnes, et ses traditions sont restées vivantes en Extrême-Orient. Une migration de Lémuriens peupla l’Atlantide qui alors, naissait dans l’Océan Atlantique et qui parvint à un haut degré de civilisation et de science dont les rudiments lui avaient été donnés par les Lémuriens. L'Atlantide, à son tour, disparut dans une série de cataclysmes géologiques, et son dernier vestige, la Poséidonis de Platon fut engloutie il y a douze mille ans.

Mais, avant de disparaître, les Atlantes avaient établi trois courants principaux de migration : le premier, vers l’Amérique naissante, donna lieu aux civilisations anciennes du Mexique, du Pérou, etc. ; le deuxième, par l’Afrique sep“ tentrionale, peupla l’Egypte et lui créa les bases de sa splendeur à venir (1); le troisième, enfin, dirigé vers l’Europe, se heurta à un vaste empire noir, l’empire du Dragon.

Mais, vers cette époque, notre race occupait la région aujourd’hui polaire, alors tempérée, de la Boréalie (les Terres-Blanches) où elle était née, et ses migrations descendaient vers le sud ; elles attaquèrent l’empire du Dragon, le repoussèrent en Afrique, et se rencontrèrent avec les migrations Atlantes ; ces deux courants fusionnèrent et la race blanche reçut le savoir des Atlantes.

Il y a dix mille ans, la race blanche se scinda en deux par une vaste migration vers l’Orient, dont le chef, Ram, y fonda l’empire du Bélier : le Ramayana , de Valmiki, est

d'interroger, comme l'épigraphie moderne, les inscriptions des pierres gravées, la psychométrie interroge l'âme même des choses, pierres ou débris quelconques ayant élé contemporains des événements enfouis sous l'oubli des millénaires passés.

(1) Ceci donne l'explication très nette de la ressemblance maintes fois constatée entre, d'une part, les types Toltèque et Aztèque de l'Amérique, provenant l'un et l'autre de deux migrations différentes d'Atlantes, et, d'autre part, le type Égyptien primitif, de même qu'entre les civilisations anciennes de l'Amérique et de l'Égypte, etc...

l’épopée légendaire de la conquête de l’Inde par Ram. C’est cet ancêtre de notre race qui établit les antiques Mystères comme gardiens de la haute science pour qu’elle fût conservée et accrue sans crainte de profanation : dès lors, tous les grands cultes de l’antiquité eurent leurs Mystères, que détruisirent plus tard la conquête romaine, puis les invasions des barbares.

Les derniers dépositaires de la Sagesse antique, forcés de se cacher pour échapper aux persécutions de l’Eglise, devenue a! rs toute puissante, écrivirent leur savoir sous forme de symboles, et la Science des Mystères devint la science occulte, la science cachée, qui se désocculte aujourd’hui à chacun des progrès que, sur son terrain, fait la science normale.

Et nous, aujourd’hui, nous étudions tous les symboles de nos maîtres d’autrefois, en nous aidant des diverses traditions qui sont parvenues jusqu’à nous, comme il sera expliqué plus loin.

Telle est, en peu de mots, la vue d’ensemble que l’on peut donner des origines de la Science Mystériale ou Occultisme.

L’Occultisme donc, héritier de la Science jadis enseignée dans les cryptes sacrées ou dans les solitudes de l’ilimalaya aussi bien qu’au fond des forêts où les Golaks, nos ancêtres, célébraient leurs Mystères, l’Occultisme n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui : son domaine, à la vérité quoique toujours très vaste, s’est rétréci à mesure que la science normale se développait, et nous sommes loin du temps — dont cependant quelques siècles à peine nous séparent — où la pompe à puiser de l’eau, inventée par Bacon, était regardée comme un instrument de magie dont le seul usage constituait un pacte tacite avec le démon et devait amener l’éternelle damnation de quiconque s’en servait ; ainsi, dans l’avenir, la sphère d’action de l’Occultisme est destinée à se restreindre de jour en jour,

jusqu’au moment où, la science officielle, se décidant enfin, à étudier tous les mystères qui, à l’heure actuelle ne ressortissent qu’à la seule compétence de la Science mystériale, celle-ci disparaîtra complètement au point de n être plus, dans l’avenir qu’un objet d’études pour les historiens et les curieux des choses du passé. — Mais nous n’en sommes pas encore là !

D autre part, la Science occulte (1) s’est modifiée dans son esprit à la fin du siècle dernier.

Jusque-là, les occultistes, conservaient avec piété toutes les doctrines, toutes les théories, tous les enseignements que leur avait légués le passé sans s’occuper — la critique historique n'existant pas alors — si ce passé ne les avait pas lui-même plus ou moins modifiés, voire adultérés, au cours de cette transmission de siècle en siècle ; il n’en est plus de même à l’heure actuelle : Éliphas Levi (abbé L. Constant) a rénové et assis le dogme, un peu dénué de fixité avant lui, et Papus (Dr G. Encausse) a porté dans nos travaux un esprit judicieusement critique qui leur a donné une impulsion nouvelle.

Les maîtres anciens ont été traduits et d’érudits chercheurs comme Barlet, Pierre Piobb, l’Abbé Julio, Desbarolles, Jolivet-Castelot,le DrP. de Régla, Phaneg, Santini de Riols, et bien d’autres ont apporté de nouvelles pierres à l’édifice commun.

Les difficultés mathématiques de l’astrologie ont séduit des ingénieurs sortis de l’École Polytechnique ; l’alchimie, qui, à l’étranger, s’honore du nom de Strindberg, possède à Douai un grand centre, présidé par Albert Poisson,

(i) Il ne faut pas confondre la science occulte qui étudie les doctrines mystériales, avec les sciences occultes qui, à part la magie (aujourd'hui hyperphysique), l'alchimie (aujourd'hui hyperchimie), la psychométrie, la théurgie, la psychurgie, la thérapeutique occulte, la Kabale et quelques autres parties de la science, ne sont généralement constituées que par des tentatives d'ordre divers et plus ou moins heureuses, pour pénétrer le secret de l'avenir*

pourvu de tous les moyens modernes de' recherches, et dont les travaux rivalisent avec ceux des chimistes sortis des écoles officielles. Les traditions sont scrutées par des chercheurs comme Matgioi, Ed. Franck de l'Institut, et bien d'autres, alors que le Druidisme renaît de ses cendres et crée aujourdhui de ces assemblées populaires qui, connues sous le nom du Gorsedd , se tiennent annuellement soit en Bretagne, en Cornouailles ou dans le pays de Galles, où elles réunissent des milliers et des milliers d'adhérents, de telle sorte que la doctrine sacrée de nos pères est entrée de nos jours en une période de merveilleuse efflorescence. Cela même peut sembler si incroyable qu’il nous faut donner, pour prouver cette affirmation, les preuves les plus convaincantes, tirées de la presse locale, la grande Presse ne s’en étant pas encore occupée.

On verra plus loin ce que sont ces traditions auxquelles nous nous rattachons aujourd’hui, mais ce serait se tromper étrangement que de les croire mortes comme par exemple la langue latine qui n’est plus parlée à notre époque que par les érudits et les curieux des choses du passé. Au contraire ces traditions sont vivaces ; elles ne subsistent pas seulement dans une élite, mais elles sont dans l’âme populaire qui les porte en soi — sans toujours les comprendre, mais en les révérant toujours comme l’héritage sacré des ancêtres.

Puisque je viens de parler des Gorsedd, je prendrai la preuve de ce que j'avance, dans la tradition celtique qui est celle dont nous rapprochent le plus nos affinités ataviques et celle dont, dans l’avenir, les occidentaux auront le plus à se réclamer, bien que, à l'heure actuelle, ce soit indéniablement celle que nous connaissons le moins.

De la vitalité qu’elle manifeste malgré tout, on pourra conclure à la vitalité des autres traditions.

Voici d’abord le compte rendu d’un Gorsedd tenu

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en 1905, dans une* petite île rocheuse perdue sur la côte armoriéaine.

« Gomme cette cérémonie a été célébrée presque en cachette ou, en tout cas, en présence d’un petit nombre d’invités, il y a eu des déçus.

« Combien de personnes n’étaient-elles pas venues à Roscoff dans l’espoir d’assister à cette curieuse évocation du passé ?

« Nous allons essayer de la reconstituer sommairement :

« Aussitôt débarqués, les membres duGorsedd revêtent leurs robes blanche, bleue ou verte, selon leur qualité de druide, de barde ou d’ovate.

« M. Berthou, grand druide, ouvre le Gorsedd par l’ancienne prière druidique :

« Peden ar Gorsedd :

« Aotre dimp, Doue, da warez ;

Ha gant gwarez, nerz ;

Ha gant nerz, poell ;

Ha gant poell, gwiziegez ;

Ha gant gwiziegez, dibab argvvir ;

Ha gant dibab ar gwir, e garout ;

Hag en e garout, karout an holl bueziou ;

Hag en holl bueziou, karout Doue ;

« Doue, ha pep madelez. »

( Traduction . — Prière du Gorsedd :

« Dieu, accorde-nous ta protection ;

Avec ta protection, la force ;

Avec la force, la sagesse ;

Avec la sagesse, la science ;

Avec la science, la connaissance de la vérité ;

Avec la connaissance de la vérité, ton. amour ;

L’amour de toute créature ;

Avec l’amour de toute créature, l’amour de Dieu ;

Dieu et toute bonté. »)

« La prière terminée, M. Berthou (Alc’houéder Tréguer) prononce, en langue celtique, un discours que nous résumerons ainsi :

« Nous espérons que le temps viendra où les bardes ne seront

pas obligés de se réfugier dans une île sauvage de la Manche pour faire revivre le culte de la tradition.

«Nous comptons sur lejouroù les personnalités les plus marquantes de notre province revendiqueront l’honneur d’être des nôtres. »

Le vénérable M. Vallée, de Saint-Brieuc, prend ensuite la parole sur le soleil de vérité, dont les rayons pénétreront de plus en plus dans le fond des cœurs.

« Nous sommes, ajoute-t-il, les prêtres du patriotisme, du cuite national, deuz religion karantez ar vro.

« Telen Aour (de la Guichardière), débite une mélopée du iv0 siècle, de Gwen C’hlan, intitulée : Garm Gam emgann (Plainte du combat).

« Barz al Labourer (Hervieu), Sagory, Diverrès, etc., s’adressent également au public.

« Des chants bretons sont entendus, et l’on sacre les bardes dans les formes convenues.

« Pour finir, les membres du Gorsedd, portant trois bannière déployées, celles de Bretagne, du Gorsedd et de Ty Kamiri Breiz, une oriflamme, la corne à boire, le cor d’appel, le gui sacré et le glaive d’Arthur, font processionnellement le tour du cercle sacré, délimité par des piquets en cuivre (Une matière première est rituelle.)

« Six bardes ou ovates ou mabineg ont été créés.

« La cérémonie a été célébrée sans bruit. On tenait à ce qu’elle fût discrète. On y a réussi.

« Relativement peu de monde, en effet, en a été témoin.

« Vers les cinq heures, le Gorsedd, chantant de vieilles complaintes de la race, a été ramené au quai du V>, tels les émigrés bretons descendirent jadis, dans des barques plates, sur la côte d’Armorique.

« Impressions recueillies :

« 1° Sorte de franc-maçonnerie ; 2° restauration du culte ancestral ; 3°rénovation littéraire celtique, coutumes, etc., simple évocation du passé.

« C’est cette dernière manière de juger qui est la vraie, selon nous (1).

(1) Nous respectons l’impression énoncée par le témoin, mais nous verrons plus loin qu’il a fait erreur en ne regardant que l’apparence des faits : en présence des affirmations saçs preuves des religions exotéri-

« Dareste, ignore-t-on que legouveruement anglais approuve la même cérémonie, au pays de Galles, qu’il accorde annuellement une subvention de 50.000 francs à l’archidruide ?

« Ce qui n’empêche pas l’Angleterre d’être ou de paraître la nation la plus religieuse de l’Europe. »

(. Dépêche de Brest , 15 sept. 1905.)

Ce mouvement celtique, commencé depuis de longues années rencontre parfois un écho dans la grande Presse française ; c’est ainsi que la mort de l’archidruide Houva- Mon, chef suprême de toute la tradition Gaélique est saluée par la Patrie du 8 décembre de la même année.

Le réveil du Celtisme.

Qui remplacera Varchidruide Houva-Mon ?

En Bretagne et au pays de Galles.

« Il n’y a plus d’archidruide : telle est la nouvelle qui nous arrive d’Angleterre.

« Houva-Mon, qui portait ce titre, vient de mourir à l’âge de quatre-vingt-cinq ans et son corps repose dans l’un des sites les plus beaux du pays de Galles.

« — Houva-Mon, nous dit M. Yves Berthou, l'auteur de La Terre qui parle et de tant d’autres œuvres consacrées à exalter la petite patrie bretonne, s’appelait de son vrai nom Rolland Williams et exerçait les fonctions de pasteur protestant ; c’était un homme d’une prestance magnifique et d’un admirable talent poétique.

« Il avait été nommé, il y a une quarantaine d’années, archidruide, c’est-à-dire, si j’ose m’exprimer ainsi, pape du druidisme.

« Le plus haut dignitaire de notre Bretagne n’est que grand druide.

« Le druidisme, qui sommeillait en France depuis de longs siècles, s’est réveillé. Chaque année, maintenant, de nombreux

ques et des furieuses dénégations de Ja science officielle qtai ne veut rien étudier en dehors des limites qu'elle s'est tracées, il surgit de toutes parts comme un appel éperdu à la science ancestrale des vieux sanctuaires qui n'a jamais craint d’étudier lesproblèmes vitaux et de les solutionner.

Bretons se rendent aux fêtes celtiques du pays de Galles qui réunissent plus de cinquante mille personnes ; celles que nous avons organisées à Lesneven et à Saint-Pol-de-Léon ont’été également fort courues. Rien n’est d’ailleurs plus pittoresque et plus impressionnant que ces cérémonies où, revêtus de robes blanches, bleues ou vertes, druides, bardes et ovates renouvellent, montés sur des dolmens, les rites des premiers âges.

« Le but des associations bardiques est de conserver la tradition, la langue et l’esprit celtiques (1). La première condition que nous exigeons de nos novices c’est une connaissance parfaite de notre idiome ancestral si poétique; nous en sommes fiers en effet et nous ne voulons pas qu’il disparaisse, pas plus que les coutumes qui assurent notre originalité.

« Les efforts des premiers apôtres de la renaissance celtique commencent à être couronnés de succès. Un véritable mouvement se dessine. Les nobles et les bourgeois qui jadis jugeaient de bon ton de dédaigner le costume et le parler de leurs ancêtres se reprennent à affectionner l’un et l’autre, et ne rougissent plus d’être confondus avec le peuple. Notre grande force est de nous abstenir de toute politique, et d’admettre toutes les opinions religieuses... »

Le même journal annonce l’année suivante (1906) l’ouverture du Gorssedd qui, cette fois, se tient de façon presque officielle dans le parc de la préfecture de Saint- Brieuc.

« Saint-Brieuc, 22 juillet. — Les fêtes celtiques ont brillamment commencé hier.

« Ce qui donne à ces fêtes un caractère tout particulier, c’est la participation d’une importante délégation d’habitants du pays de Galles (Angleterre) qui viennent, en qualité de Bretons d’Angleterre, célébrer l’entente cordiale qui n’a jamais cessé d’exister entre eux et les Bretons de France.

« Un important cortège historique évoquant les principaux souvenirs de l’histoire de la ville de Saint-Brieuc, fondée par une colonie galloise au vi0 siècle, a parcouru les rues principales.

« Les jeunes filles de la ville, réunies, ont, entre elles, élu

(1) Et aussi, ajouterons-nous, de reconstituer le corps des doctrines druidiques.

une reine, et quatre demoiselles d’honneur qui prendront place sur un char spécial et porteront les costumes de la reine Anne de Bretagne et de ses suivantes, lors de leur voyage à Saint- Brieuc, en 1499.

« Demain aura lieu la partie purement celtique de ces fêtes, la plus intéressante.

« Dans le parc de la préfecture, mis gracieusement à la disposition du comité, s’élèvera un dolmen en granit entouré de douze menhirs gigantesques. Autour de ce cromlech, les druides et bardes gallois et bretons réunis, procéderont aux cérémonies rituelles et symboliques du gorsedd (réunion). On sait que ces assises solennelles ont lieu tout les ans depuis plus de vingt siècles dans les environs de Cardiff, au pays de Galles. Ce sera la première fois qu’elles se tiendront publiquement en France.

« Un certain nombre de druides du pays de Galles, au nombre desquels l’archidruide Dyfed sont arrivés hier pour consacrer le caractère officiel de ces fêtes. »

Mais voici le récit détaillé de la cérémonie, dû à la plume d'un celtisant bien connu, le Dr Th. Garadec, dans la Dépêche de Brest du 1er août 1906.

La fête celtique de Saint-Brieuc.

« ... Mon âme fut ravie quand, dans le lointain, sous la pénombre verte, je vis avancer lentement la théorie des robes blanches et bleues, accompagnée de charmants éphèbes, précédée du biniou et de la bombarde de chez nous. Il n’y manquait que la harpe galloise, les pibrochs et les pipers écossais.

« Les robes blanches habillaient les druides.

« Les bleues vêtaient les bardes.

« Les vertes drapaient les ovates.

« 11 était superbement décoratif, cet archidruide gallois, sir Dyfed, couronné de chêne bronzé, vêtu d’une robe de fine toile, décorée du Moren ou pectoral d’or, en forme de croissant, emblème du Thibet ou navire de la Cariadwen, déesse du ciel 1 J’ai regretté qu’il n’eût pas rehaussé son costume de ce manteau de lin blanc et de cette ceinture lamée d’or, dont on entend le bruissement dans les chants celtiques.

« A quoi bon se préoccuper des accrocs portés à la tradition et de quelques erreurs d’habillement ? Ces druides, un peu fan-

taisistes, dont je vois les robes liliales flotter gracieusement sous la brise embaumée, portent le lourd héritage de ces « hommes des chênes » qui, dépositaires de la théologie et de la législation, prêchaient envers l’amour de la gloire et le dévouement à la patrie.

« Ces druides étaient des personnages redoutables. Ils passaient leur temps à pratiquer la délation (1), comme on dirait aujourd’hui. Leurs blancs fantômes ne s’échappaient des brousses de la forêt que pour poignarder des victimes humaines. Malheur à celui qui encourait leur excommunication ! Il n’était plus qu’un objet d’horreur et de haine. On pouvait le dépouiller, le tuer impunément. Tous les humains redoutaient leur liturgie mystérieuse ; les rois eux-mêmes tremblaient devant leur pouvoir occulte.

« Les ovates étaient les devins de la caste sacerdotale. Ils assuraient la partie matérielle du culte. Tout comme les augures de la Rome impériale, ils lisaient l’avenir dans les entrailles des victimes ou conjecturaient d’après le vol des oiseaux. Ne nous en moquons pas, nous autres médecins : ils étaient nos confrères dans ces temps primitifs, ils appliquaient les simples à la guérison des maladies et pansaient les guerriers avec des herbes aromatiques.

« Les bardes me sont les plus sympathiques dans la hiérarchie sacerdotale. C’étaient les poètes, les aèdes. Improvisateurs sacrés de la Gaule, le long des routes et dans les assemblées publiques, iis s’en allaient chanter les gestes glorieux des chefs, et quand sonnait l’heure des luttes épiques, sur le champ de bataille, leurs incantations accompagnaient les guerriers. Chez les Celtes, comme aux beaux jours de la Grèce, a dit Ménard, les poètes ne sont point des rêveurs solitaires : ils se mêlent à la vie active dans les luttes pour la conquête et la défense du droit. La direction des esprits leur appartient, et c’est le cœur de la patrie qui bat dans leur poitrine.

« J’ai regretté que les ligurants briochins n’aient pas reproduit le costume de ces bardes vagabonds, porteurs de la bonne parole dans les clans celtiques. Le vêtement de ces errants se composait d’une tunique, de larges braies descendant jusqu’aux chevilles.

1. Ils veillaient à ce qu'aucune partie de renseignement rnystériel ne fût divulguée ( note de L’auteur).

« Compagnons des armées en campagne, iis revêtaient une cuirasse, tenait à la main une hache de bataille et jetaient la rote (lyre à trois cordes) sur l’épaule.

« Ces trois ordres de la hiérarchie sacerdotale, je les ai vus avec le plus vif intérêt évoluer dans la pièce écrite d’une écriture cursive, pour la circonstance, par M. L. Aubert.

« Mon distingué confrère eût pu prendre pour sujet le Mystère de saint Gwénolé, le Purgatoire de saint Patrice, la Vie de sainte Tryphine ouïe roi Arthur. Il a préféré extraire de la légende celte Huellédah (1), pétrie d’amour et pourtant fidèle à ses dieux jusqu'à mourir de cette fidélité même. Je ne veux pas rechercher si l’auteur a pillé l’histoire, puisqu’aussi bien il avoue lui-même son larcin. 11 lui sera, en tout cas, pardonné, parce qu’il a recousu habilement ces morceaux de légende.

« Pour ceux qui s’isolèrent du tumulte de la foule, quelques minutes inoubliables sonnèrent pendant le développement de ce drame celtique. Les druidesses, en cercle, tendirent un immense drap blanc. Le druide monta sur le dolmen, leva vers le ciel sa faucille et, accompagnée par le chant des oiseaux, par le frémissement des feuillages, Huellédah murmura la prière du gui.

« O gui, plante sublime, symbole de l’espoir, image de la vie 1 Tu nais dans l’ombre du grand chêne ; sous ses rameaux sombres et dentelés, tu croîs 1 En signe de ta dépendance, de ton humilité, tu vis mystérieusement... Cependant, ô gui! tu es idéal et divin... tes fruits sont d’or... tes feuilles sont d’argent et les pleurs de la nuit les irisent deperles.Mais simple, modeste, en dépit de ta splendeur, tu te tiens caché aux regards indiscrets... seuls, les oiseaux connaissent ta secrète beauté et les magnifiques effets du soleil se rient sur tes branches. »

« Les poètes applaudirent cette naïve invocation, puis un grand silence tomba pour la cérémonie druidique.

«J’ai relevé sur un calepin les actes successifs de cette liturgie très respectueuse de la tradition, et, si mes notes sont parfois un peu tremblées, c’est qu’il est des moments où mon cœur a battu la charge etque mes yeux se sont voilés.

« Ce que ma plume ne peut rendre, c’est la beauté du cadre, la fluidité de cette lumière d’été — une lumière d’or fin — sous ces arceaux de verdure d’un vert très tendre, et aussi cette

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