ERREURS PRATIQUES
Au cours du précédent chapitre, nous avons vu quelques-unes des erreurs doctrinales qui entachent les principes mêmes de la science moderne ; nous allons maintenant nous occuper de ses erreurs d’application, erreurs sans nombre et que nous ne saurions toutes aborder ; le lecteur voudra bien conclure au général d’après les quelques types qui vont être placés sous ses yeux.
Avant toutes choses, il convient de se rendre compte que ces erreurs proviennent, au moins très généralement, non de la science elle-même mais de ses détenteurs officiels qui, nous l’avons vu plus haut, regardent les théories actuelles comme intangibles et, s’en considérant comme les dépositaires indispensables et sacrés, ont le tort, par suite, de se poser eux-mêmes comme infaillibles absolument. Pour eux, demain, ce lendemain inéluctable qui doit renverser les principes affirmés aujourd’hui, demain n’existe pas : la théorie du jour est inattaquable, et eux-mêmes, agissant d’après cette théorie, ne peuvent pas même être soupçonnés d’erreur.
Au vrai, c’est là un défaut très humain : nourris des idées scientifiques actuelles qu’ils ont passé leur vie à méditer et à approfondir, cela leur paraît une sorte de sacrilège que d’y porter la main. Le malheur est qu’aucune considération, s’agit-il même de vies humaines ou des plus hauts intérêts sociaux, ne peut les décider à faire fléchir les principes scientifiques qui ont guidé leur vie.
De là leurs erreurs sans nombre ; de là — j’ai ailleurs écrit le mot et je le répète ici — , de là leurs crimes.
J’ai, à ce propos, prononcé le nom trois fois lamentable de Gourrières : il faut savoir par le détail ce qui s’est passé dans cette mine le 10 mars 1906 et jours suivants, un tissu d’abominations qui constitue la plus formidable faillite pour une des corporations réputées pourtant les plus savantes du monde, celle des ingénieurs du contrôle des mines, car rarement on a vu la criminelle infatuation de la science officielle s'affirmer avec plus d'ampleur que dans cette catastrophe. Rappelons les faits en peu de mots.
Le 10 mars 1906 une explosion formidable mettait en feu la mine de Gourrières, ensevelissant près de 1.400 mineurs. Les ingénieurs du contrôle de l’Etat accourent, décident du haut de leur impeccable science que la mine ne peut plus renfermer, ne renferme plus aucun vivant ; ils parlent de la noyer ; ils font même boucher, sous prétexte de combattrel’incendie, un puits par lequel eussent pu peut-être se sauver des centaines de malheureux. En vain des délégués mineurs certifient que des ensevelis errent encore dans le gouffre. En vain des ouvriers veulent descendre à la recherche de leurs camarades. En vain les femmes réclament des vêtements de mineurs pour se précipiter au secours de leurs maris et de leurs fils. En vain des ingénieurs non officiels comme F.Laur, affirment, à la date du 13, qu’il y a certainement encore des vivants dans la mine... Ils ne veulent rien entendre. Avec l’autorité de gens qui ne se trompent jamais, avec leur infaillibilité de pontifes de la science officielle, ils déclarent du haut de leurs diplômes que leurs calculs ne peuvent être erronés, qu’il n’existe plus aucun être survivant à l’explosion de grisou. Ils demeurent inébranlables dans leur meurtrière erreur ; pour combattre le leu ils font murer un orifice de secours... et voilà que vingt jours
plus tard, treize misérables spectres vivants remontent à la lumière malgré toutes les précautions prises pour les ensevelir dans l'abîme ; ils affirmant que bien d’autres encore ont survécu, et, sur la joue pâle de la science officielle, appliquent, comme un magistral soufflet, l’affirmation de leur propre survie. Ce n’est qu’un accident, clament les officiels, si ces gens ont survécu, c’est en dehors de toute logique !... Et, au lieu d’ouvrir tout grands les puits pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé, on continua de murer les issues ainsi révélées, dans le but d’étouffer l’incendie qui, selon les ingénieurs a complètement envahi la mine.
Et voici que quatre jours encore après raffirmation des rescapés, un nouveau malheureux remonte à la lumière ; après avoir longtemps attendu du secours au fond du puits bouché par les ingénieurs, il a eu la surhumaine énergie de se traîner à travers les boyaux de la mine éboulée jusqu’à un autre puits où il a enfin été recueilli... Et combien d’autres n'ont pas eu l’énergie qui l’a sauvé et sont morts de désespoir et de faim derrière les orifices bouchés !... Hasard ! répète la science officielle des ingénieurs. Si cet homme a survécu, c’est à l’encontre de toutes les formules magistrales dont nous sommes les détenteurs !... Et voici que, des jours encore après, on recueille des chevaux vivants malgré tout, au fond de cette mine infernale où, d’après les déclarations dogmatiques, tranchantes, de la science officielle, aucun être ne pouvait subsister !... Hélas ! Hélas !... sur les 1.380 cadavres qu’a coûtés la catastrophe, combien sont à l’actif de l’effroyable faillite que fit ce jour-là la science réputée — par eux — impeccable, du corps des ingénieurs d’Etat ? Est-il donc exagéré de mettre à son debet la moitié au moins des 1.380 vies humaines perdues dans ce cataclysme ?
A côté de ces erreurs tragiques, il en est de purement grotesques. Parmi celles-ci je relève dans la publication
le Carnet de la semaine du 23 octobre 1916 le cas hilarant, antérieurement publié par le journal l'Œuvre du 19 du même mois, d’un soldat auxiliaire dont l’acuité visuelle était sujette à contestation pour la plus grande gloire des oculistes ; cet auxiliaire est successivement examiné par deux médecins militaires : le Dr Kalt fixe son acuité visuelle à 1/15, mais le résultat est contesté par le D' de La Personne, qui l’établit à 1/20. La médecine civile entre alors en jeu pour les départager : le Dr Dehenne établit le chiffre 1/30 puis le D'Rochon-Duvigneaux la fixe à 1/50. Je ne sais s'il y a eu consultation entre ces augures, mais le cas échéant, elle a dû être plutôt joyeuse, — sauf pour l’intéressé.
Mais le piquant de l’affaire, est ceci : Vers 1901, un étudiant en médecine terminant ses études à la Faculté de Bordeaux avait cru pouvoir présenter sa thèse de doctorat sur un instrument qu’il avait imaginé et construit, et qui, par un simple enregistrement automatique donnait mécaniquement l'indice de l’acuité visuelle pour la vue à laquelle on l’appliquait. Vraiment, il fut bien accueilli du jury:
— Mais, Monsieur, avec votre instrument, le premier venu peut établir n’importe quelle acuité visuelle si délicate que soit l’opération.
— En effet.
— Mais alors, il n'y a plus besoin d’examen ?
— Non.
— Plus besoin d’observation... d’épreuves ?
— Non.
— Plus besoin de calculs spéciaux ?
— Non.
— Mars alors, avec votre appareil, que devient le médecin ?
Le candidat fut reçu parce qu’il faut un motif particulièrement grave pour qu’une thèse de doctorat soit repous-
l’ogcultisme et la science