Velléda ( notes de l’auteur
grâce harmonieuse des robes sacerdotales dont la brise caressait doucement les plis. Quelle devait être la splendeur de ces assemblées dans les forêts profondes de la Gaule, quand l’archidruide officiait en face d’un peuple frémissant, casqué d’ailes gigantesques ou de panaches touffus, vêtu de peaux de bête ou de saies brodées d’or et d’argent? Et ce rituel était le même chez tous les Celtes, dans la verte Erin, en Ecosse, chez les Gallois et les Armoricains. Ainsi, les traditions, la langue et une certaine tournure d’esprit resserrent notre parenté étroite.
« Il faut remercier la délégation galloise de nous avoir donné une reproduction aussi exacte que possible du Gorssed bardique. Dans les plis de ses robes liliales, elle nous a apporté la poésie, délicate des Highlands et des fraîches vallées de Galles. J’étudiais la physionomie des protagonistes cependant qu’ils évoquaient la vie dcuidique. L’œil était profond, vraiment inspiré, il allait chercher la vérité éternelle au delà du dais azuré, tendu sur notre tête. Le geste très noble, très ample, rassemblait les montagnes de Cambrie,les chênes de Cornouailles et les sources d’Armorique.
«... Quatre heures sonnent. Dans le cercle sacré, formé de menhirs, gardés — combien difficilement ! — par les robes blanches, l’archidruide monte sur le Moeti Llog ou dolmen sacré, qui symbolise la terre. A sa droite se tient fièrement le porteglaive, sir Thomas Cochfard, ancien maire de Cardiff. Il a pour mission de présenter la longue épée du roi Arthur. A la gauche de l’archidruide est le barde-hérault avec, à la main, la corn hirlas ou conque, merveilleusement ouvragée. Derrière lui est tendue labannière de l’ancien roi d’Irlande, Coswallon, en velours bleu avec lion héraldique. Tout autour flottent les robes blanches, bleues et vertes du corps bardique.
« Très solennel, très décoratif, le barde-hérault, se tournant lentement vers les quatres point cardinaux, annonce l’ouverture du Gorssed de 1906 par quatre appels successifs de conque.
« L’archidruide récite les prières liturgiques. Je me les suis fait traduire. L’inspiration en est très pure. La phrase « Y gwir yn erbyn y byd », le Droit à la face du monde , sonne un son très harmonieux qui ne déplairait ni à M. d’Estournelles de Constant, ni à nos internationalistes. Cette incantation vous ramène vers les sources pures de la philosophie platonicienne et aussi vers la Prière sur l'Acropole de Renan, le prince des Celtes.
« La cérémonie de la paix m’impressionna vivement. Les ovates et les bardes, comme dans le baptême gaulois, couchèrent horizontalement le glaive, un glaive d’un gothique merveilleux) dont la poignée d’or es! incrustée de pierres précieuses, avec coquilles enfer sculpté. L’archidruide se tourna vers la foule des robes blanches et bleues, et cria: « A oes heddu ?» «Est- ce la paix ? » Les robes blanches et bleues, s’étant inclinées, répondirent : « Heddu ! » « Paix! » Alors les bardes redressèrent vers le ciel le glaive d’Arthur, puis le rentrèrent au fourreau. La bannière de Coswallon s’inclina lentement et la corn-hirlas sonna.
« La paix était consommée entre les Celtes, de l’Ancien et du Nouveau-Monde. Paix symbolique, allez- vous me dire. Qu’importe ! Toutes les révolutions n’ont-elles pas eu pour point de départ un mouvement d’idées !
« De nouveau, se produisit un flottement dans lés robes. Les Gallois se placèrent à droite du dolmen, les Bretons à gauche. Le vaillant député du Morbihan, M. de l’Estourbeillon, somptueusement vêtu du costume national, monta sur le dolmen et présenta la moitié de l’épée symbolique, cependant qu’un druide gallois offrit l’autre moitié. L’archidruide maria les deux tronçons et enlaça le glaive reconstitué d’un flot de rubans aux couleurs galloises et françaises ; puis, comme Pavait fait Lamartine à Abergavenny , il expliqua à la foule que ce glaive était le symbole de la paix etde la poésie, que ce «Baptême du Glaive» était une forme saisissante de la reconstitution définitive des deux branches de la race celtique : la gaélique et la kymrique ou bretonne.
« L’émotion se prolongea en longues vagues frémissantes jusqu’au peuple indocile — un peuple casseur de barrières — quand un barde gallois, dressé sur le dolmen, chanta en anglais la Marseillaise , quand une jeune ovatesse, aux yeux magnifiques, des yeux de prêtresse inspirée, se drapa dans sa robe mauve et entonna l’hymne gallois. J’avais les yeux rivés sur les Anglais. Ils s’étaient découverts, redressés fièrement, et, les yeux au ciel, en ton mineur, accompagnaient l’air national gallois. Pourquoi, à celle heure divine, n’étaient-ils plus là, ce Gruffyd, ce joueur de harpe aveugle de Llannover, et sa fille Suzanna qui, en 1867, du frémissement divin de leurs cordes d’or accompagnèrent les cantates ?
« La cérémonie était finie. Le peuple s ’éco-ula. Quelque
temps encore, je demeurai dans l’enceinte sacrée, regardant le gui se balancer au chêne majestueux et suivantau loin le flot des robes blanches et bleues, qui lentement, religieusement, glissaient dans les allées pointi'lées d’or par le soleil couchant. »
Voici enfin le compte rendu du Goseddtenu en 1906 dans le pays de Galles : on pourra constater que cette cérémonie revêt encore plus d’ampleur de l’autre côté de la Manche que chez nous, au fond de l’Armorique...
L' Eisteddfod. Royale Nationale de Carnarvon
« Carnarvon, 22 août
«... Je me lève de bonne heure, et je parcours la ville. Carnarvon me paraît une bonne petite ville de province, élégante et coquette : elle a quelque chose de Paimpol... Je visite le port, où je rencontre un groupe de marchands d’oignons de RoscotT et Cléder .. Mais je dois m’apprêter pour la grande cérémonie du matin, tant attendue : l’intronisation de Parchidruide Evan Rees-Dyfed. Je me dirige vers l’hôtel de ville, où le cortège doit se former. A 8 heures du matin, la foule est compacte et gêne déjà la circulation dans les rues. Je réussis cependant à m’assurer un poste d’observation.
« A 8 h. 1/2, la tête du cortège bardique sort de la mairie.
« En tête, voici la grande bannière du Dragon-Rouge, dont l’on admira la richesse à Saint-Brieuc ; puis les bannières des sociétés adhérentes ; la Corne de guerre ; la Corne à boire, en ivoire, montée sur un dragon en or, qui repose lui-même sur un plateau d’onyx. Les porteurs de harpes suivent, précédant les druidesses harpistes ; puis le barde porte-glaive, aussi grand que sa gigantesque épée d’Arthur ; ensuite la théorie des druides blancs, des bardes bleus, des ovates verts, au nombre de plus de cinq cents. Les bardes bretons se distinguent au signe qu’ils portent sur la toque de 1a. saie ; les bardes irlandais ont une sorte de mitre noire avec des broderies d’or.
« A la fin du cortège, voici les dignitaires du gorsedd, puis les personæ gratæ : sir Morgan, lord-maire de Londres, délégué de S. M. Edouard VII, en grand costume d’apparat ; ses shériffs où adjoints ; lord Castletown, président de l’Association panceltique ; M. Derbishire, maire de Carnarvon ; sir Graves, lieutenant royal ; les aldermen, en robes rouges fourrées de
renard ; les notabilités ; puis l’archidruide Dyfed (prononcez Deuved), tout resplendissant dans sa toge de lin immaculé.
« Par la grande porte gothique de l’Est, le cortège pénètre dans Tenceinte intérieure du château-fort de Garnarvon, qui est un magnifique ground d’un hectare de gazon, à ciel ouvert, où, dans le décor merveilleux de murailles crénelées et de donjons massifs, vont se dérouler ces captivantes cérémonies druidiques, que nous devons remercier les Kymris de nous avoir conservées à travers des millénaires.
« Au centre du ground, un dolmen a été édifié. Il est entouré de douze menhirs, représentant les douze chevaliers de la Table- Ronde.
« La cérémonie s’ouvre par les appels du corn-gvilad et se continue par la cérémonie du Glaive.
Par trois fois, le doyen des druides, Gadvan, fait retentir l’appel : « La paix existe-t-elle parmi vous ? »
« Elle existe ! » clame la foule entière, tandis que les bardes touchent le fourreau de la main.
« Cette épée d’Arthur est une véritable merveille. Elle a été fabriquée, d’après des dessins anciens, par l’artiste Herkomer. Elle mesure 2 m. 10 de haut et a la forme de la claymore écossaise.
« Le fourreau est en bois de cèdre, entouré de cercles de cuivre sur lesquels sont gravées les devises : Jesu, na'd gamivaith (Jésus ne trompe pas) ; Gwir yn erhyn y byd (Vérité contre le monde). La lame est en acier damasquiné, la poignée est enroulée de fils d’or et d’argent. Les trois gardes sont en acier également, et, surmontant le tout, un bloc de cristal de roche incrusté dans un dragon en or massif.
« Gadvan cède alors le dolmen à l’archidruide Dyfed. On apporte un siège de chêne sculpté, où l’ancêtre de la race est assis ; puis, après la récitation de la prière solennelle : « Dieu, donne-nous ta force, etc. », un druide passe le pectoral d’or au cou de l’archidruide, puis lui pose sur la tête la couronne de bronze imitant des feuilles de chêne. Il le sacre chef intellectuel du corps bardique des deux Bretagnes, puis il retrace en quelques mots sa vie.
« Evan Rees a 63 ans. Il est né dans le comté de Glamorgan, de parents très pauvres. Il fut, dans sa jeunesse, ouvrier mineur. A 18 ans, il entra en relations avec un pasteur non conformiste, qui lui fit faire ses études ; il fut reçu prédicateur peu après
puis pasteur. Il occupe aujourd’hui, dans le civil, l’humble fonction de pasteur à Cardiff.
« De bonne heure, il se fit connaître par son réel talent poétique. Il fut cathédré dans plusieurs Eisteddfods, et a publié plusieurs volumes de vers gallois. On le dit passé maître dans les 32 mesures rythmiques de la cyngkanedd ou allitération métrique, système de versification très ardu, auquel on reconnaît les véritables bardes lettrés.
« L’archidruide se lève alors, très solennel. Il paraît très ému. Cet humble vieillard, hier encore un inconnu, est devenu soudain le chef d’une hiérarchie ancienne et honorable, la plus honorable de l’Occident, puisqu’elle a ses racines dans le passé de notre propre race.
« Gravement, il retire ses lunettes d’or, se lève, et d’une voix sourde d’abord, qui se timbre peu à peu, pour devenir tonitruante par moments, il prononce un long discours. Il retrace un tableau imagé des luttes que les Celtes dispersés ont eu à soutenir à travers les âges pour leur indépendance et leur liberté. Il constate qu’aujourd’hui ils marchent la main dans la main, à la tête de la civilisation occidentale. Autrefois guerriers, ils sont devenus les apôtres de la paix féconde. Leur tolérance mutuelle a eu raison des divergences de religions et de sectes qui semblaient avoir creusé entre eux un fossé profond ; désormais, ils ne veulent plus avoir qu’un cœur et qu’une langue. Ils veulent travailler ensemble à l’avènement de la bonté et de la justice, et, respectueux des droits de tous, ils entendent que leurs droits soient également respectés de tous les peuples.
« Gardiens et dépositaires de la plus sacrée tradition de l’Occident, ils veulent en conserver les symboles, comme une armure merveilleuse qui imposera à leurs ennemis et réveillera le patriotisme de leurs amis.
« Il fait allusion à Y Entente cordiale des deux nations française et anglaise, et rappelle la magnificence des fêtes de Saint-Brieuc, dont il retrace un tableau saisissant aux auditeurs.
« Il termine en remerciant tous ses confrères du gorsedd, et le3 assure que, tant qu’il vivra, il n’aura qu’un idéal : la gloire du pays de Galles.
« L’archidruide Dyfed est applaudi avec un enthousiasme indescriptible.
« Le lord-maire de Londres, sir Morgan, monte alors sur le dolmen, et, au nom du roi Edouard VII, il présente à Dyfed ses
félicitations. 11 assure l’Eisteddfod de la sympathie du gouvernement. Puis, il remet à l’archidruide, de la part du roi, un don de joyeux avènement (t).
« Cette cérémonie, grandiose dans sa simplicité primitive, et d’autant plus imposante qu’elle ne se départît jamais de son caractère essentiellement populaire, est suivie ensuite de récitations de tercets par les bardes, en l’honneur du nouvel élu.
« Plusieurs nouveaux membres ont été reçus dans le gorsedd.
« Il était plus de midi lorsque la cérémonie prit fin. Le cortège, à travers une foule immense, est retourné à la mairie, où les bardes ont déposé leurs saies pour reprendre leur place parmi le commun des mortels.
« Carnarvon, 23 août.
« J’ai assisté, hier soir, à un concert qui dépasse en grandiose tout ce que j’ai vu jusqu’à ce jour.
« Il avait lieu à 8 heures, dans le hall du Pavillon.
« Figurez-vous un immense édifice tout en fer, quelque chose comme des halles dans une grande ville de France, mais plus haut, plus vaste encore, avec une acoustique parfaitement étudiée.
« Quatre portes y donnent accès : l’une sur la scène et dans les coulisses, les trois autres aux différentes places, fre, 2e et 3 '. Les délégués bretons sont aux premières. Dix mille auditeurs sont massés là, tous assis. Le stage ou scène est, comme le reste, gigantesque. Pas de rideau, mais des bancs en amphithéâtre. Un chœur de 300 exécutants, hommes, entre en ordre par la droite et prend placé sur la scène. On entendrait voler une mouche. Le chef du chœur, M. Edward Elgar, garde sou calme parfait, qui contraste avec le « démènement » habituel de nos chefs de musique.
« Un geste, et le chœur attaque avec un ensemble merveilleux le poème gallois Caratacus , à quatre voix, avec accompagnement de harpes. Ce chœur comprend des solide ténor et d'alto,
(1) Un détail montrera l'importance du mouvement néo-celtique actuel. Le 5 août 1924, le prince de Galles s'est fait initier, à Pentypool, à P Eisteddfod national, aux rites de l'ancien ordre des bardes de l'ile de Bretagne. 11 a été accueilli par tous les druides et les bardes du Pays de Galles en costume de cérémonie : il a revêtu lui-même la grande cape verte des bardes, et a reçu le nom gaélique de Jorwerth Dyvysog [Note de l'auteur).
que remplissent des voix véritablement surprenantes de souplesse ! Le pays de Galles est vraiment gweiad y gan, le pays du chant ! Penser que tous ces choristes, ces solistes sont des ouvriers, des mineurs, des boutiquiers, de petites gens, enfin, qui ont, comme tout le monde dans cette contrée, la passion de la musique, de la littérature et du chant 1 On se sent transporté en plein pays d’idéal et de rêve, et Ton se prend à regretter de n’avoir pas une Bretagne semblable, moins divisée par la politique, moins dévorée de cléricalisme et d’anticléricalisme. Je deviens de plus en plus partisan de ces fêtes francoanglaises internationales.
« Si nos compatriotes fréquentaient davantage ces gens-ci, ils en auraient beaucoup à apprendre. Et ce sera l’honneur des Bretons et des Gallois d’avoir jeté les bases de cette Entente cordiale nouvelle à Cardiff, en 1899.
« Le chœur des hommes a fini Caratacus. Disciplinés, ils se défilent par la gauche, et aussitôt, un chœur de 200 femmes et enfants succède au premier.
« La foule acclame : c’est du délire : les femmes, toutes jeunes et gracieuses, saluent de la tête et attaquent le chœur religieux Lawenwch yn yr Arglwydd (Réjouissez-vous dans le Seigneur). La musique, œuvre de M. David Evans, est tout à fait celtique. On eût dit un pot-pourri de cantiques bretons : c’était religieux, grave, et doux à la fois, car ces femmes ont des voix ravissantes.
« Le concert prit fin, vers minuit, au chant de l’hymne national gallois : Vieux pays de mes pères . »
{Dépêche de Brest , 26 août 1906).
On voit que nous n’avons pas affaire ici à une tradition morte, mais à une tradition essentiellement vivante et vivace qui, en dehors de la reconstitution de ces antiques Gorssedd, étudie ses sources, creuse ses origines et reconstitue patiemment, dans le silence de l’étude, le haut savoir ancestral.
Ainsi en est-il de toutes les traditions sur lesquelles nous nous appuyons, et si les manifestations extérieures des autres sont moins connues du public, parce qu'elles vivent plutôt en elles-mêmes, elles n’en sont pas moins
réelles et perceptibles pour qui veut les percevoir.
C’est ainsi que l’Essénisme, du Mont-Moria qui forme une des branches de la tradition judéo-orientale, l’Essénisme dont est sorti le Christ et qu’on pouvait croire disparu depuis des siècles, possède encore, en France même, plusieurs communautés, dont une^ à Lyon, qui détiennent, en le célant, le savoir divin de leurs ancêtres.
Et ce qui vient d’être dit pour la tradition gaélique se retrouve dans tous les anneaux de la tradition égyptienne qui, vu le manque d'écrits de la Tradition des Gaëls, est surtout la nôtre.
Aujourd’hui encore nous avons autour de nous, concurremment avec des Talmudistes et des Kabalistes, des représentants de la Mischna et de la Massorah hébraïques. Il existe encore à Fheure actuelle des Pythagoriciens qui non seulement étudient les œuvres laissées par le maître, mais qui pratiquent sa doctrine. Le néoplatonisme et les écoles d’Alexandrie ont laissé assez d’écrits pour nous guider dans nos recherches, et la Gnose s’est continuée jusqu’à notre époque où j’ai personnellement connu le patriarche Synesius III — un charmant homme, entre parenthèses, et des plus érudits — qui habitait Paris. Il existerait encore des Templiers, m’a-t-on affirmé, et je le crois volontiers puisqu’il est reconnu que, pas plus dans l’ordre intellectuel ou moral que dans l’ordre matériel, rien ne se perd . Plus tard, les alchimistes et kabbalistes du moyen âge nous ont laissé assez de manuscrits, maintenant, pour la plupart, remis au jour, et dans lesquels il nous est loisible d’approfondir la connaissance de leurs doctrines. Les Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie des temps modernes ont été assez étudiés pour que nous soient connues les théories qui les guidaient. Enfin, le Martinisme date de notre époque.
On voit donc que nous sommes reliés par une série ininterrompue de chaînons à l’Université mystériale d’Egypte.
Quand nous aurons enfin pénétré — travail en ce moment en cours — dans le fond de la tradition gaélique, nous recevrons directement la pensée dirigeante de notre ancêtre Ram, et, par elle, nous entrerons en relation avec la pensée atlante, reflet de la pensée lémurienne qui, elle -même semble avoir été contemporaine, — dans un passé des âges combien reculé ! — des Terres Blanches de la Boréalie, berceau de notre race.
11 n’est pas jusqu’à la vieille Magie, si décriée cependant, par l’intrusion d'un Charlatanisme éhonté, qui n’ait retrouvé la faveur d’antan ; mais aujourd’hui, elle a abandonné ce nom tombé en défaveur, pour prendre celui d’hyperphysique, et toutes les formules des vieux grimoires ont été reprises, étudiées, approfondies, et surtout expérimentées, particulièrement par la Société d’ éludes ésotériques , afin que l’on pût savoir définitivement la part de vérité qu’elles peuvent détenir, car si un certain nombre d’entre elles nous proviennent assurément de la Sagesse antique, il en est un certain nombre aussi qui ne doivent leur existence qu’à des cerveaux exacerbés de mysticisme malsain.
Personnellement, je me suis peu adonné à ce genre d’études, m’occupant plutôt de psychologie expérimentale et de psycho-physiologie ; mais il est néanmoins telles expériences prônées par les manuels de magie et de sorcellerie qui se sont présentées sur ma voie et que j ai eu la curiosité d'élucider, — celle des cercles magiques, notamment.
Voici le récit d’une de ces expériences, tiré d’un journal de 1 époque qui en a rendu compte. On verra par la simple lecture de cette expérience quels étaient les motifs qui me guidaient et quels buts je me proposais d’atteindre en la poursuivant. Je reproduis in extenso l’article publié alors.
« L’opinion générale, parmi tous les occultistes et magistes contemporains, est qu’une expérience d’hyperphysique ne peut
réussir que si elle est tentée dans le plus strict isolement. Le motif est qu’une assistance, quelle qu’elle soit, interdit ipso fa,cto toute production de phénomènes.
« Personnellement, j’avais eu, à plusieurs reprises, l’occasion de remarquer le bien fondé de telle opinion, mais je n’étais pas d’accord avec les autres expérimentateurs quant à la cause des échecs universellement constatés : il me semblait qu’il devait se produire à tout le moins un commencement d’exécution, malgré la présence d’assistants, et que cette présence ne devait, en tout état de cause, influer que sur le résultat final, lequel ne pouvait se produire parmi renchevêtrement — si je puis m’exprimer ainsi — des fluides émanés par une assistance d’ordre composite où surtout domine le sentiment égoïste delà curiosité ; mais, pour arriver à une certitude à cet égard, l’expérimentation était absolument nécessaire ; or, comment, vérifier le résultat d’une expérience qui, logiquement, n’en doit produire aucun? Il y a là une sorte de cercle vicieux dont au premier abord, il semblait assez difficile de sortir; et en réalité, aucun de mes devanciers n’avait pu résoudre la question qui, par suite, restait toujours pendante. Je résolus de tourner cette difficulté par un procédé spécial qui n’a pas encore été employé, que je sache, en pareille matière.
« Je pensai que l’usage de bons sujets magnétiques mis en état de voyance et décrivant instant par instant les phases diverses de l’opération, pourrait être d’un grand secours pour arriver à une certitude dans un sens ou dans l’autre... et je résolus d’expérimenter dans ces conditions.
« Le 9 novembre 1912, je réunis, à Y Institut de Recherches Psychiques de France , un certain nombre d’adhérents de cette Société, plus quelques invités, parmi lesquels MM. les docteurs T. et E. ; en tout une soixantaine d’assistants, hommes et dames, présentant toute la variété des degrés d’instruction technique, de croyance et d’incrédulité. Mon but, en agissant de la sorte, était de réunir un public d’ordre en quelque sorte composite, de façon à voir si, devant une assistance un peu disparate, j’arriverais à obtenir un résultat appréciable.
« Je fus donc obligé, un certain nombre de personnes présentes étant peu au courant de la question, d’expliquer ce qu’est exactement la vieille magie, devenue l’hyperphysique de nos jours.
« La magie n’est pas, comme le pensent trop de gens, le
moyen de produire des miracles en dehors de toute loi physique; c’est, au contraire, l’application de la volonté humaine hyperdynamisée à des forces naturelles existantes, que ces forces soient connues ou non de la science normale (l); et la volonté actionne ces forces en agissant intermédiairement sur les Entités astrales qui les dirigent.
« Ceci expliqué, j’avertis les assistants : Ce que je vais faire est une expérience qui n’a jamais encore été tentée, de cette façon, en public ; j’ignore donc autant que vous le résultat que pourra donner cette tentative; c’est, en un mot, un essai que je fais ici.
« Il y avait là plusieurs voyants naturels, Mme T. M., Mme L. et quelques autres. Mais il y avait surtout Mmo Lambert, un des meilleurs sujets actuels, qui fut pendant des années, celui du colonel de Rochas et qui est maintenant le principal sujet de l’ Institut de Recherches Psychiques de France.
« J avais préparé trois expériences successives, de manière à atteindre quelque résultat par des voies différentes.
« La première était la consécration d’un miroir magique constitué par un globe de cristal. La deuxième était la consécration d’une épée. Enfin la dernière devait consister en la création d’un cercle magique; je n’avais rien dit, au cours de la conférence préalable, de ce que je comptais faire, pour éviter toute suggestion verbale chez le sujet.
« Après les explications préliminaires données par moi, M. Lefranc endort Mme Lambert et les résultats obtenus ont été les suivants :
« Première expérience . — Je présente au sujet le miroir non consacré et lui demande ce qu’il voit. Il décrit le globe de cristal, sans plus. Je procède à la consécration. Le sujet voit la boule devenir peu à peu lumineuse, et, au moment où je l’expose à la vapeur d’encens, il en voit jaillir comme un éclatement de flammes rouges au milieu desquelles lui apparaît une tête qui s’efface avant qu’il ait le temps de la bien voir. Puis, à la fin de la consécration tout disparaît progressivement : il ne voit plus qu’une boule de cristal.
« Deuxième expérience . — Je présente l’épée au sujet; il la décrit telle qu elle est physiquement. Je prononce la formule de
(1) C'est à ce titre que le magnétisme et l'hypnotisme forment deux chapitres de la vieille magie mystériale.
l’occultisme et la science ]Ç
consécration et expose l’objet à la vapeur d’encens. Pendant toute l’opération le sujet reste muet, mais agité; quand, après la consécration, je lui présente l’épée, avant que j’aie le temps de lui poser une question, il jette un cri d’effroi et accuse la présence d’une Entité rouge qui, dit-il, le menace et veut se jeter sur lui. Je tente de le rassurer, mais en vain : il est positivement terrifié et tout son corps tremble.
« Troisième expérience . — Je comptais dans le principe faire de la formation du cercle magique une expérience complètement à part : mais devant l’agitation du sujet, je trace aussitôt, sur le parquet, autour de nous deux, avec la pointe de l’épée consacrée, un cercle protecteur. A partir de ce moment le sujet semble plus rassuré, et il m’est possible de l’interroger. Je lui demande ce qu’il voit : le cercle que je viens de tracer lui paraît flamboyant, et il voit l’Etre rouge qui circule tout autour en essayant d’y pénétrer, mais sans pouvoir y parvenir : cette Entité ne cesse de le menacer, mais sans lui causer de frayeur trop grande maintenant qu’il se sent à l’abri.
« Sur ma question : « Suis-je également menacé? », la réponse est : « Oui, mais il ne peut rien contre vous. — Pourquoi? — Parce que vous êtes protégé par des Entités bleues qui vous entourent, tandis que moi je n’ai pas de protection. — N’ayez pas peur, je suis là pour vous sauvegarder : vous n’avez rien à craindre près de moi : les Entités qui m’environnent ne vous laisseront pas faire de mal. — N’importe ! j’ai peur ! »
« Devant la frayeur du sujet, je crois devoir mettre fin à l’expérience; je prononce mentalement la formule de renvoi, en priant les Entités protectrices de défendre le sujet. Celui-ci déclare qu’il voit tout s’éteindre autour de lui et tout s’effacer.
« On le réveille et, même revenu à soi, il demeure assez énervé.
« Les voyants naturels qui se trouvaient dans l’assistance, ensuite interrogés, ont confirmé dans ses grandes lignes le témoignage du sujet ; ils signalent, de plus, dans l’expérience du cercle, un tourbillon d’Etres astraux dont n’a pas parlé le sujet qui, dominé par la terreur, dirigeait toute son attention sur l’Entité dont il se croyait menaçé.
« Telle est l’expérience, jusqu’alors inédite, que je viens de tenter publiquement et dont la réussite m’amènera à faire prochainement dans les mêmes conditions de contrôle magnétique, une opération magique complète et conduite, du commence-
ment à la fin, selon les règles techniques. Deux conclusions me paraissent pouvoir être tirées de cette réussite :
« 1° En utilisant ce procédé de contrôle, il sera, semble-t-il, possible à l'avenir, de connaître exactement les résultats que peuvent donner les expériences hyperphysiques, et, par suite, de contrôler objectivement les affirmations des expérimentateurs en magie cérémoniale;
« 2J Jusqu'à présent, toute opération hyperphysique devait être accomplie dans l'isolement; on pourra désormais, je pense, en se servant d'un sujet placé magnétiquement en état de voyance, agir devant quelques témoins aptes à certifier la réalité des résultats ainsi obtenus. »
( Vie mystérieuse , 25 janvier 1913.)
A l’heure actuelle, cette partie de la « Physique transcendantale » des sciences époptiques est étudiée, creusée et expérimentée par un certain nombre de chercheurs occidentaux au premier rang desquels s’est placé le Dr Encausse (Papus) ; mais c’est dans l’Inde, le principal berceau, avec l’Egypte, de la Sagesse antique, et le grand centre initiatique fondé par Ram (1) que cette science s'épanouit aujourd'hui dans toute son ampleur ; personnellement, il m’est arrivé maintes fois, au cours de mes études de me trouver en face des étranges phénomènes générés par les yoghis et les fakirs : je n’en donnerai qu’un exemple, publié sous le titre Une expérience du Fakirisme, dans le Monde psychigue d’octobre 1911.
En rade de Colombo (Ceylan).
«... Un fakir vient de monter à bord, vêtu uniquement d'un langouti (sorte de pagne étroit), portant de la main droite le bâton à sept nœuds qui ne lequitte jamais, et de la main gauche un panier où il nous découvre une collection de cobras, nous offrant de nous faire des tours. Nous le prions tout d'abord, de remiser ses dangereux reptiles et de nous montrer autre chose. Il demande alors un poulet vivant qu'on lui apporte, en lui
1 V. ci-après, les Traditions .
disant, puisque nous sommes entre hommes, de retirer son langouti qui pourrait être pour lui ce qu’est la gibecière pour les escamoteurs occidentaux, ce qu’il fait d’ailleurs aussitôt et sans difficulté.
u Après s’être accroupi, il dépose devant lui son bâton à sept nœuds, saisit le poulet et le malaxe doucement après lui avoir rentré la tête sous une aile. Chose étrange : le poulet semble diminuer à vue d'œil, et disparaît enfin entre les mains du fakir qui continue son manège. Soudain, il sépare vivement ses deux mains; chacune d’elles contient un poulet vivant. Il en dépose un sur le pont où l’animal, d’abord étourdi, se secoue puis cherche à picoter, pendant que le fakir recommence son manège avec l’autre poulet.
« L’homme réitéra une douzaine de fois successivement son opération, et une douzaine de poulets couraient sur le pont lorsqu’il se leva.
« On l’interrogea alors pendant qu’on le payait et qu’il ramassait ses volailles. Etait-ce de la magie orientale? Il s’en défendit très vivement, affirmant n’être qu’un fakir et non un yoghi, c'est-à-dire un faiseur de tours et non un initié.
Par quel procédé pouvait-il arriver à tel résultat?
« La réponse à cette question est bien simple :
Cet homme n’était en effet qu’un fakir, c’est-à-dire un serviteur du temple où il avait été instruit et au profit duquel il exerçait la profession qu’on lui avait enseignée.
« Mais les Orientaux ont bien plus creusé que les savants d’Occident ce que l’on a appelé les Mystères de VEtre. En Europe, nous savons créer l’hallucination, mais seulement l’hallucination individuelle ; lorsque ce phénomène d’ordre psychique s’y produit collectivement, il esi le résultat de causes extérieures et accidentelles. Au contraire, les sages d’Orient savent le créer artificiellement et de façon voulue. La plupart des fakirs ont reçu du temple qu’ils servent, les notions nécessaires pour produire simplement par le regard une magnétisation collective qui dispose chacun des assistants à voir dans la réalité ce qui n’est, en somme, qu’illusion ; on peut tenir pour assuré que si le phénomène eût été produit par un yoghi, c’est-à-dire eût été réel, les poulets auraient été laissés après le départ de l’opérateur de façon que chacun des assistants pût se convaincre
de la réalité du tait. Au contraire, le fakir les a emportés avec lui de manière à donner la seule conclusion possible à l’hallucination qu’il avait produite.
« Il est, de plus, probable que, si les assistants s’étaient communiqué leurs impressions de façon précise et à l'insu de l’opérateur, chacun d’eux eût vu les poulets avec un plumage différent et dans des directions diverses. •
« En somme, en Extrême-Orient, le yoghi produit des prodiges réels ; le fakir n’en donne que l’illusion, mais il donne cette illusion par des moyens tels, et si insoupçonnables pour un occidental, qu’ils paraissent eux-mêmes tenir du prodige... »
On voit, par là, qu’à l'heure actuelle toutes les branches de la Sagesse antique — toutes celles du moins qui nous sont actuellement accessibles, sont étudiées et approfondies en opérant avec tous les moyens d’investigation que la science moderne met à notre disposition.
[Jn dernier point reste à élucider, avant d’entrer en matière, c’est de savoir jusqu'à quel point la science cachée du passé mérite aujourd'hui le nom de science occulte .
Dans un livre récent Le Grand secret , Maurice Maeterlinck m’a beaucoup surpris en consacrant des pages et des pages à étudier l’occultisme pour découvrir en fin de compte ce que nous savons tous, c’est-à-dire qu'il n’y a chez nous, en somme, aucun secret, sauf la réserve qui va être établie plus loin.
En effet, les doctrines et les théories de l’occultisme sont expliquées au clair dans des quantités d’ouvrages dus à des plumes autorisées et que n’importe qui peut se procurer chez le premier libraire venu ; et l’on peut être assuré que si, en pareille matière, on se trouve en présence d’un auteur qui se retranche derrière d’intangibles mystères, c'est que, au fond, l’instruction technique de cet écrivain laisse à désirer et que, au total, il n'a luimême rien à dire. Tant de jeunes gens, en effet, aujourd’hui. pour se donner un vernis à la mode, s'intitulent
occultistes sans connaître, de l’occultisme, que ce que leur a appris un livre banal de vulgarisasion, dû à quelque compilateur d’occasion qui n'en sait guère plus qu'euxmêmes !
Alors, dira-t-on, pourquoi avoir conservé ce titre de science occulte ou cachée, qui ne répond plus à son objet? Tout simplement parce que c’est sous ce vocable qu’est parvenue jusqu’à nous la Sagesse antique et que nous le conservons par fidélité, parce qu'il nous relie nettement et sans erreur possible à nos maîtres de jadis. Par quel mot d'ailleurs, compréhensible à tous, pouvait se remplacer le mot occultisme actuellement compris de tous? Faut -il dire science époptique? C’est bien prétentieux... la Mystagogie ? bien pédant... la Mathèse? qui comprendrait sans explication?... Non! tenons-nous-en au qualificatif connu de tous : ne continue-t-on pas à dire les Euménides, bien que chacun en comprenne l'antinomie?
Je viens de parler de réserve au sujet de l’absence de tout secret dans nos études... Voici : Presque chaque science possède une partie dangereuse pour l’étudiant : les manipulations chimiques peuvent amener des explosions ; la pratique de l’électricité expose à des décharges parfois mortelles; l’étude de l’anatomie peut amener des piqûres, etc. ; bref, il n’est guère de science qui, d’une façon ou d’une autre, ne donne lieu à quelque péril. Ce n’est donc pas à l’étudiant de première année qu’en médecine on fait suivre un cours de toxicologie, et ce n’est pas au débutant en chimie qu’on fait manier les explosifs...
Or l’occultisme comporte de ces théories qui, bien comprises, conduisent à des connaissances effroyablement dangereuses, et qui ne doivent pas être divulguées sur la place publique — pas plus qu’un bactériologiste n’a le droit de donner au premier venu une culture de choléra
ou de fièvre jaune. Ces connaissances, on ne les rencontre pas dans nos livres : elles ne s’acquièrent qu'à force d’études et de méditations... C’est dire qu’on ne peut arriver à leur possession qu’après des années et des années de travail, oui ! mais alors l’étudiant est passé maître, et il est imbu de la grande doctrine de la fraternité humaine ; il sait, à n'en pas douter, à quelle expiation terrible l'amènerait inéluctablement la divulgation de cette partie mauvaise de son savoir — et il se tait.
Tels sont les seuls secrets de la science occulte, et véritablement, nul ne peut nous reprocher de ne pas jeter une telle semence de mal sur les places publiques !