CHAPITRE II
ADEPTAT
A. — Autrefois : ^Initiation
Il a été dit plus haut que la science antique se recrutait par voie d’initiation : nous allons reconstituer cette initiation d’après les auteurs tant anciens que modernes qui s’en sont occupés (1). Mais comme chaque temple possédait son système spécial, nous prendrons comme type celui qui a été le plus étudié dans ses sources, celui des Mystères d’Isis, en Egypte dont Jamblique nous a laissé une relation des principales épreuves qui le composaient, épreuves, disons-le tout de suite, destinées à mettre en lumière à la fois la force de caractère, le courage individuel et la maîtrise sur soi-même de chaque postulant à Fadeptat, et organisées de telle façon que, seul, celui-là pouvait arriver au but, de qui les Maîtres seraient assez sûrs par la suite pour lui confier les secrets à la fois sublimes et dangereux de la haute Sagesse.
L’initiation (2), majesté de la science, ne se communiquait pas indifféremment, même aux membres du sacerdoce égyptien. Il y avait, au sein des collèges sacrés, une hiérarchie d’aptitudes et de fonctions, une échelle de grades scientifiques à chacun desquels était attachée une
(1) Jamblique, Proclus, Plutarque, P. Christian, E. Lévi, baron de Sainte-Croix, Papus, etc...
(2) Il s'agit ici naturellement de la grande initiation, de l'initiation aux Mystères majeurs, celle des mystèses mineurs se faisant presque sans épreuves et, en quelque sorte, sur simple présentation par d’autres initiés.
épreuve particulière, différente des épreuves générales d’initiation dont nous allons avoir à nous occuper. Chaque épreuve donnait la mesure du degré d'intelligence et de force morale auquel était parvenu l’initié. Celui qui chancelait dans une de ces épreuves ne pouvait être admis à la subir une seconde fois. Si c'était un fils de Mage, il demeurait au point qu’il nV.vail pu dépasser ; on lui conférait, dans les temples, un emploi en rapport avec ses facultés naturelles, mais l’accès des dignités supérieures lui demeurait fermé.
Si le récipiendaire était un étranger, il devait d’abord se soumettre à une rigoureuse enquête sur ses antécédents; et selon le résultat de cette enquête le collège réuni autorisait ou refusait par un vote secret, l’admission aux épreuves. En cas d’admission, la première épreuve était assez terrible pour le faire reculer s'il n’avait pas une âme fortement trempée, et alors il pouvait se retirer librement. Mais si l’épreuve était franchie, si les premiers symboles de la science lui avaient été découverts et expliqués, et s’il venait à défaillir dans une des épreuves suivantes, une loi redoutable, inflexible, le condamnait à périr dans l’enceinte mystérieuse : il ne revoyait jamais la lumière des cieux (1).
Deux entrées différentes donnaient accès à la voie des épreuves, suivant que, comme fils ou parent de mage, on était introduit dans cette voie par des Thesmothètes (gar-
(1) Les philosophes grecs Thalès, Pylhagore, Platon et Eudoxe furent les plus célèbres étrangers qui traversèrent avec succès les phases de l’initiation. Pythagore eut pour maître Tarchi-prophète Sonchis ; Platon fut enseigné pendant treize ans, nous dit Proclus, par les Mages Pathenéitb, Ochoaps, Sechtnouphis et Eytmon de Sebennithis. Ainsi, la fameuse doctrine qui a conservé le nom de Platonicienne, et qui a exercé une si grande influence sur le développement philosophique de toute la sagesse humaine en général, et en particulier des idées chrétiennes, est sortie dos sanctuaires de Memphis et d’Héliopolis. (P. Christian, Histoire de la. magie 1 vol. in-4°, Paris, S. D. ; ouvrage remarquable, et depuis longtemps épuisé, qui va surtout nous servir de guide dans cette question des initiations antiques).
diens des rites) qui d’ailleurs ne tardaient pas, dès après la première difficulté franchie, à abandonner le candidat à ses propres forces, ou que, comme étranger, on l'abordait seul. Nous allons d’abord nous occuper du premier cas.
Le sphinx de Giseh (1), d’après Jamblique, était la seule entrée réservée aux postulants accompagnés. Cette entrée obstruée de nos jours par les sables et par des décombres, se dessine encore entre les jambes antérieures du colosse accroupi (2). Elle était autrefois fermée par une porte de bronze dont le ressort secret n’était connu que des prêtres, et gardée surtout par la terreur religieuse et le respect craintif des foules. Dans le sphinx et sous lui se creusaient des couloirs communiquant avec la portion souterraine de la grande pyramide et s'entrecoupant de telle façon que, si l’on y pénétrait sans être guidé, on était
(1) Le sphinx de l'antiquité sacrée constitue à lui seul un ensemble de symboles qui sont, même à l'heure actuelle, à la base de tout adeptat : sa signification est : Savoir, vouloir, oser, se taire.
La tête de femme personnifie l’intelligence humaine qui, avant d'entrer par l'action dans l'arène de l'avenir, doit étudier le but de ses aspirations, les moyens de l'atteindre, les obstacles à éviter, les écueils à franchir.
Les flancs de taureau signifient que l'homme, armé de la science, doit sous l'aiguillon d'une infatigable volonté et sous le joug d'une patience à toute épreuve, creuser pas à pas le chemin qui mène au succès.
Les griffes de lion signifient que, pour atteindre le but marqué par l'intelligence, il ne suffit pas de vouloir, il faut oser ; il ne suffit pas de travailler, il faut parfois combattre et se faire place par la force.
Les ailes d'aigle, repliées sur la puissante masse du sphinx, signifient enfin qu'il faut envelopper d'un voile épais ses desseins, jusqu’au moment d'agir avec une résolution qui s'élance, au besoin, sur les hauteurs de l'audace.
Jadis l’hiérophante disait à l'initié : « Sache voir avec justesse et vouloir avec justice ; sache oser tout ce que permet la conscience; sache te taire sur tes desseins... » Aujourd’hui, nous disons au néophyte : « Etudie avant tout pour savoir; quand tu auras la science, vois le but où elle doit te mener, et marche vers ce but non seulement avec toute ta volonté mais encore, s'il en est besoin, avec toute ton audace ; mais sache aussi observer le silence, sauvegarde contre les envieux et les aots, et gardien, devant la multitude ignorante, des secrets terribles que t'a dévoilés l'étude et qui, divulgués, constitueraient une exécrable semence de maux et de deuils.
1. A l'heure où paraissent ces lignes, des travaux se poursuivent pour exhumer complètement le sphinx de son linceul de sable.
ramené à une issue, soit celle ci soit celle dont il va être question plus loin.
Les deux premiers initiés par rang d'âge, revêtus du grade de Thesmothète, avaient mission d’amener de suite le postulant qu’un vote unanime admettait aux épreuves. Celui-ci devait se livrer à la discrétion de ses conducteurs, écouter leurs avis comme des ordres et s’interdire toute question. Dès sa sortie de Memphis, on lui bandait les yêux afin qu’il ne pût se rendre compte de la distance qu’on lui faisait parcourir ni du lieu secret où il était conduit.
Ce postulant, la face voilée, est amené au pied du sphinx. La porte de bronze s’ouvre sans bruit et se referme de même. Un des thesmothètes prend une lampe suspendue à la muraille et marche en avant pour éclairer la route ; le second conduit par la main le postulant et lui fait descendre un escalier en spirale qui compte 22 degrés. Au bas du dernier degré s’ouvre et se referme une nouvelle porte de bronze donnant accès dans une salle circulaire. Le côté intérieur de cette porte est couvert d’un enduit granitique et, ne laisse plus reconnaître la portion de surface dans laquelle se découpe l’entrée.
Ici commence la mise en scène des épreuves.
Les deux thesmothètes arrêtent brusquement le postulant, comme s’il était au bord d’un précipice entourant, lui disent-ils, le temple des mystères. — « Si tu tiens à ta vie, ajoutent-ils, demeure immobile, croise tes bras sur ta poitrine et ne détache pas ton bandeau sans ordre. »
Le candidat sait qu’il ne s’appartient plus : il se soumet passivement ; mais il a des sens, et ces sens dans cette longue attente, frissonnent malgré lui au seuil des dangers inconnus qu’il est venu braver.
Pendant ce temps, les deux thesmothètes se couvrent de longues robes de lin blanc ; l’un revêt une ceinture d’or et un masque de lion, l’autre une ceinture d’argent et
un masque de taureau ; ils symbolisent de la sorte les deux génies Pi-Rhé et Pi-ish qui gouvernent les évolutions de la lune et du soleil, les deux astres exerçant Pinfluence la plus directe sur la création, la dissolution et le renouvellement des êtres terrestres.
Aussitôt que les thesmothètes sont masqués, une trappe s’ouvre dans le sol avec un bruit éclatant et donne passage à un spectre, armée d’une faulx, et une voix lugubre s’écrie : « Malheur au profane qui vient troubler la paix des morts ! » En même temps, le bandeau du candidat tombe de ses yeux et il se trouve à l’improviste en face de ces trois figures monstrueuses, pendant que, sept fois de suite, la mort l'effleure de sa faulx. Si, malgré Phorreur de cette surprise, il conserve son calme, ses conducteurs se démasquent et le félicitent en lui laissant croire que les épreuves physiques sont terminées, et qu’il n’a plus à surmonter que les épreuves morales. Si, rassuré par cette perspective le candidat déclarait vouloir persévérer, on lui remettait en main la lampe conductrice, pendant qu’à fleur de sol une trappe de bronze ouvrait un couloir si étroit et si bas qu'on ne pouvait y pénétrer qu’en rampant sur les genoux et sur les mains. Les thesmothètes lui montraient l’ouverture d’un geste impératif et, dès lors, aucune parole n’était plus prononcée: le postulant était livré à lui-même.
Hésitait-il à s’engager dans ce trou sinistre ? ses conducteurs attendaient, muets et immobiles, sans un seul signe d'encouragement, quil prît une décision. Si son hésitation se prolongeait, on lui revoilait la face et il était reconduit hors du lieu sacré. Dès lors, son impuissance était démontrée et il ne pouvait plus, quoi qu’il fit, être admis de nouveau aux épreuves de l’initiation.
Si, au contraire, ferme en son dessein, il pénétrait dans la mystérieuse ouverture, la plaque de bronze retombait derrière lui avec un bruit formidable, répercuté encore
au loin par un effet calculé d’acoustique, pendant qu’une voix lointaine prononçait ces paroles sept fois répétées par l’écho : « Ici périssent les fous qui ont convoité la science et le pouvoir. » Les deux thesmothètes avaient disparu et il se trouvait, seul avec sa lampe, engagé dans ce souterrain sans savoir où il allait aboutir, sans savoir si même il allait y trouver une issue.
Ici, la suite des épreuves se confondant, nous allons nous occuper du candidat qui, au lieu d’être conduit aux épreuves, s’y rendait de lui-même. 11 évitait ainsi la probation symbolique des thesmothètes, mais il se trouvait, dès le principe, dans des conditions démoralisantes d’absolu isolement qui constituaient comme la pierre de touche de son courage physique et de sa fermeté morale.
L’homme qui sentait en son âme une soif ardente de la Vérité, en son cœur la volonté nécessaire pour braver les terribles épreuves de l’initiation, gravissait jusqu’à la seizième assise de la grande pyramide de Memphis où se trouvait une ouverture taillée dans le granit, qui, jour et nuit, restait ouverte ; cet accès, d’environ trois pieds carrés, était situé au nord, côté du froid, des ténèbres, de l ignorance (1). Le candidat devait, muni de sa seule lampe, et sans se laisser égarer par les ramifications sans nombre du souterrain dont chacune le ramenait à son point de départ, découvrir la galerie basse fermée par un panneau de bronze qu’il poussait et qui retombait derrière lui avec un bruit terrible, pendant que la voix mystérieuse, répercutée par les échos, lui clamait : « Ici périssent les fous qui ont convoité la Science et le Pouvoir ! »
La raison du postulant est alors frappée d’une violente secousse : est-il victime de son imprudence ? Est-il, dès le principe, condamné à mort ? Chez lui, l’indécision se
(1) Papus, Traité méthodique de Science occulte , 1 fort vol. in-i°. Paris, Carré 1891.
mêle à la terreur, comme pour lui faire savourer la menace de la plus lente agonie. Cependant, dans l’impossibilité de reculer, il se traîne en avant, et remarque que la direction de la galerie où il est engagé, suit une pente de plus en plus prononcée qui l’entraîne dans les profondeurs de la terre. Il rampe, en songeant que si sa lampe venait à s'éteindre, n'ayant plus aucun moyen de se guider, il serait perdu sans ressource.
Après un certain temps qui est pour lui un temps d’angoisse, la galerie qu’il suit aboutit à une sorte de cône renversé d’où sort une fumée noire et épaisse, et dont les parois, revêtues d’un ciment poli ne lui offrent aucune aspérité pour aller plus loin. Pourtant il découvre des échelons de fer scellés dans le ciment; leur série s'enfonce dans un trou d’obscurité dont sa lampe ne lui permet pas de dissiper les insondables ténèbres. En face, l'inconnu plein de périls ; en arrière, la retraite interdite ; et, entre ces deux menaces, une inertie pleine d'angoisses, avec la mort en perspective : il y a de quoi rendre fou le plus stoïque philosophe. Une seule résolution est possible : avancer.
Il descend un a un, lentement 78 échelons, après quoi le cône se termine par un puit béant, d’ une- invisible profondeur, et sans autre moyen de descente. Frissonnant d’épouvante, il remonte les 78 échelons que, ensuite, devant l’impossibilité de s'évader, il redescend de nouveau. A force de gravir et de descendre cette série de crampons, il finit par apercevoir, à sa gauche, vers la moitié de ces degrés, une crevasse dans laquelle peut s’engager un homme. N’ayant pas d’autre issue, il y pénètre et, à la lueur vacillante de sa lampe, il y découvre un escalier étroit, tournant sur lui-même en spirale, qui semble devoir le sortir des profondeurs de l’abîme. Au 22e degré, il est arrêté par une grille de fer qu'il cherche longtemps à ouvrir pour aller plus loin ; mais la grille ne présente
aucune aspérité, aucun ressort, et demeure hermétiquement close à ses recherches et à ses efforts. A bout de courage, il se laisse tomber devant cet obstacle qu’alors viennent lui ouvrir trois prêtres du grade de Pastophore (gardien des symboles sacrés), armés d’épées et coiffés de casques en forme de tête de chacal (1). Un d’eux lui dit : « Fils de la terre, sois le bienvenu, toi qui as échappé au piège de Fabîme où sont tombés tant d’imprudents, toi qui as découvert le chemin des sages. D’autres périls t’attendent, mais la Déesse, en protégeant jusqu’ici ta fermeté d’âme, t’a jugé digne de connaître les premiers symboles de la Science, ceux qui sont la clé de tous les autres. Entre, regarde et écoute : quand tu sauras, les rois de la terre seront moins puissants que toi. »
Le postulant se trouvait alors dans une longue galerie, soutenue par vingt-quatre énormes sphinx sculptés, douze à droite, douze à gauche, dont les onze espaces de chaque côté, revêtus de peintures à fresques, représentent vingt-deux figures sacrées qu’éclaire une rangée de onze trépieds de bronze occupant le centre de la galerie. Chaque trépied porte un sphinx de cristal dans lequel brûle une mèche d’amiante à la surface d’une huile embaumée.
Alors un pastophore explique au néophyte chacun des vingt-deux symboles dont l’ensemble constitue une doctrine absolue et qui correspondent à la fois aux vingtet-un premiers nombres (2), et aux vingt-deux lettres de l’alphabet mystique (3) dont chacune a sa triple corres-
(1) Telle est l'origine du Cerbère de la mythologie grecque. Il est a remarquer que la plupart des symboles infernaux de cette mythologie ne font que reproduire les phases diverses des grandes épreuves de l'initiation Isiaque. Et quand nous voyons les épopées de l'antiquité faire descendre leurs héros aux enfers, il faut se rendre compte que ce n'est là qu'une allusion voilée aux épreuves de cette même initiation.
(2) Le vingt-unième symbole correspondait à zéro.
(sf Atkoïm, Beïnthin ,Gonier ... Thoth, dont les signes graphiques, égyptiens archaïques, ont donné naissance à l'alphabet hébræo-chaldaïque.
poodance dans les trois inondes (divin, intellectuel et moral, physique), et représente la formule d'une loi de l’activité humaine dans ses rapports avec les forces spirituelles et les forces matérielles dont la combinaison produit les phénomènes de la vie.
Ges vingt-deux symboles, base de toute étude mystériale, étant les mêmes que ceux des vingt-deux arcanes majeurs du livre de Thoth -Hermès ou vingt-deux premières lames du Tarot sacré, dont l’explication nous ferait sortirde notre cadre, nous poursuivrons immédiatement, avec le néophyte, la série des épreuves de l’initiation.
Quand est terminée la révélation des tableaux divins, le pastophore conduit le postulant au fond de la galerie et lui ouvre une porte donnant accès sous une nouvelle voûte, étroite et longue, à l’extrémité de laquelle rugit une ardente fournaise.
Devant cette terrible vision, le candidat frémit : « C’est la mort ! » murmure- t-il.
— « Fils de la terre, luirépond le pastophore, les périls de la mort n’épouvantent que les natures avorte s. Si tu es lâche, qu’es-tu venu faire ici ? Maintenant que les premiers Mystères t’ont été dévoilés, tu ne peux plus reculer : ou tu avanceras, ou lu périras ici, ensevelissant avec toi dans la mort les révélations qui viennent de t'être faites. Choisis ! »
Placé ainsi en présence de l'inéluctable, le postulant se met en marche pendant que derrière lui se referme la porte d’entrée : de nouveau il est seul, seul avec sa lampe, seul avec son courage. À mesure qu’il avance toutefois, la fournaise se réduit à une illusion d’optique créée par de légers entrelacements de bois résineux disposés en quinconces sur des grillages au milieu desquels se dessine un sentier qu’il va rapidement parcourir, sans redouter nulle atteinte. 11 s'élance, il croit l'épreuve franchie, mais subitement l'imprévu le saisit à nouveau: devant lui, l’avenue voûtée
se termine brusquement au niveau d’une eau morte dont la large surface couvre une profondeur ignorée ; en même temps, derrière lui, la fournaise devient réalité : de la voûte tombent des flots d’huile bitumineuse qui rejaillissent en boue embrasée et se rapprochent progressivement, lui interdisant tout retour en arrière : un vent de tempête souffle dans le souterrain et éteint la lampe qui guidait jusqu’alors le néophyte.
Poussé par le rideau de flammes qui s’avance rapidement derrière lui, il entre dans l’eau qui, à chaque pas, monte autour de lui, dépassant bientôt ses épaules... Mais, à la clarté grandissante de la fournaise, il s'aperçoit qu'il est au centre d'un étang sur l’autre bord duquel s’étage un escalier. Le fond de l’étang remonte progressivement et le néophyte atteint enfin les premiers degrés de l’escalier qui le conduit à une plate-forme surélevée, carrée, dont trois côtés sont dominés par autant de hautes arcades s’ouvrant sur le vide. Le quatrième côté est fermé par une porte d’airain que paraît diviser en deux une mince colonne torse où se voit en saillie une tête de lion tenant en sa gueule un anneau.
Le postulant, trempé et glacé, cherche en vain une issue ; derrière lui le brasier est éteint. Dans l'obscurité, il tâte, il palpe autour de lui, et, ne trouvant en saillie que l'anneau mobile delà gueule du lion, il le saisit...
Mais aussitôt s’etfondre le plancher sur lequel reposent ses pieds, et il demeure suspendu dans le vide, sans savoir quel abîme s’est ouvert sous lui.
Il ne faudrait pas croire que, dans cette longue série d’épreuves, il est, comme il le croit, abandonné à lui-même. Au contraire, il est attentivement bien qu’invisiblement surveillé et suivi. Il n'est délaissé que si, dominé par la terreur et se sentant au-dessous de la tâche entreprise, il recule devant un danger ; en ce cas, il meurt de faim et de désespoir, perdu dans’ les cryptes où il s’égare, et,
l’occultisme et la science 19
quelques jours plus tard, les eaux du Nil, roulant son cadavre, apprennent au peuple terrifié qu’un imprudent, tenté par la double ambition de la science et du pouvoir, n'a pas su s'égaler aux dangers des épreuves et a payé de sa vie sa vaine tentative d’initiation.
Au contraire, marchant de l’avant, est-il trahi par un incident banal en dehors de sa volonté, comme l'extinction fortuite de sa lampe? il est alors secouru d’une façon incompréhensible pour lui, mais efficace, qui lui permettra d’atteindre son but. C’est ainsi que tous les dangers qu’il lui faut affronter et qui lui paraissent terribles, sont préparés de façon qu'il n’en soit pas gravement victime. C’est ainsi, par exemple que, à l’épreuve où il est parvenu si, ayant mal saisi l’anneau, il tombe dans ce qui lui paraît un gouffre, son corps passe d'abord à travers plusieurs toiles tendues que déchire son poids, mais dont l’une finit par arrêter sa chute, et le remonte ensuite devant la porte fatale.
Toutes ces épreuves n'avaient pas seulement pour but de s’assurer du courage de l'aspirant, mais, par un symbolisme effrayant, de lui enseigner que l’homme qui, dès cette vie, aspire à posséder la vie éternelle, doit commencer par mourir au monde, descendre vivant dans le tombeau, séjourner assez longtemps dans le sein de la terre pour s’y dépouiller de son corps mortel et n'en sortir que converti et régénéré, pour renaître à une vie nouvelle, après avoir triomphé des quatre éléments de la nature dont il était l’esclave. — Il faut avoir étudié de près toutes ces choses pour comprendre quelle haute idée les peuples de l’antiquité se faisaient de l’initiation.
Revenons au néophyte.
S’il a réussi à saisir de toutes ses forces l’anneau que tient en sa gueule le lion d’airain, le plancher mobile ne tarde pas à remonter sous ses pieds, en même temps que s'ouvre devant lui la porte de bronze : il se trouve alors
dans un temple étincelant de lumière où l’entrée qu’il a franchie est pratiquée sous le piédestal de la triple statue d’Isis, d’Osiris etd’Horus, trinité auguste, image des trois manifestations du Dieu créateur. Ce n’est que plus loin que lui sera dévoilée l’unité divine.
Là, le néophyte est reçu par des prêtres d’Osiris rangés sur deux lignes, parés de riches ornements sur lesquels se distingue un triangle rayonnant de lumière au milieu duquel brille un œil de diamant, symbole du Dieu (1). A leur tête est le porte-flambeau tenant en main le mystique Baris , vase d'or en forme de vaisseau, d’où jaillit une clarté éblouissante, symbole de la lumière incréée ; un autre porte le Van , symbole d’épuration, et tous les autres tiennent en main des signes de force et de puissance.
Le porte-flambeau embrasse trois fois le postulant, le fait agenouiller devant la triple statue et l’engage à s’unir de cœur à une prière qu’il prononce à haute voix : — « 0 grande déesse Isis, éclaire de tes lumières ce mortel qui a surmonté tant de périls, accompli tant de travaux, et fais-le encore triompher dans les épreuves de l’âme, afin qu’il soit tout à fait digne d’être initié à tes Mystères ! » Quand tous les assistants ont répété ces paroles en se frappant la poitrine, le porte-flambeau tend la main au néophyte pour le relever puis le conduit à une porte qui s’ouvre au fond de ce premier temple. Là, il l’invite à frapper trois fois.
Alors, une voix sévère, sortant de l’intérieur, demande au profane ce qu’il veut. Sur le conseil des prêtres, celuici répond qu’il est un pénitent descendu vivant dans le sein de la terre pour y confesser ses fautes, les expier et obtenir la lumière. Aussitôt, avec un bruit sépulcral, la porte glisse sur ses gonds et le postulant se trouve dans
(1) Le nom d'Osiris signifie œil de Dieu.
un lieu faiblement éclairé, en présence d'un tribunal composé de trois prêtres.
Celui du milieu a la tête couverte d’une mître où flamboie un œil de pierreries, image de la divinité à qui rien n’échappe. Retenu à son cou par une chaîne d’or, un pectoral orne sa poitrine, formé d'un saphir où est gravée l’image d'une femme nue se contemplant dans un miroir: c'est la conscience, c’est l’âme prenant connaissance d'ellemême dans le miroir de la Vérité. Ces trois juges (1) ordonnent à l'aspirant de confesser en détail toutes les fautes de sa vie : pour aller plus loin, la pureté du cœur est une condition d’absolue nécessité.
Quand il a terminé l’aveu des fautes de sa vie, aveu dont l’enquête qui a précédé son admission aux épreuves permet d’apprécier la sincérité, on lui présente deux coupes à boire successivement : la première, aux bords enduits de miel, contient le breuvage d’oubli (2), vin mélangé de fiel : il lui faut délaisser toutes les erreurs au milieu desquelles il a jusqu’alors vécu; la seconde coupe, dont, au contraire, les bords étaient frottés de fiel, contient le breuvage de la mémoire, nectar exquis: il ne doit se souvenir que des vérités auxquelles il va être initié.
Dès lors, le néophyte est* livré à l'expiation qui comporte deux parties : la contrition du corps et la renaissance de l’âme.
La contrition ducorps se composait de tous les supplices de l’enfer antique dont la tradition a conservé le souvenir : la roue dlxion, le tonneau des Danaïdes, etc., dont le néophyte tirait cet enseignement d’une grande élévation, que le travail est saint et que c’est profaner la majesté du labeur utile que de l'infliger comme punition.
La renaissance de l'âme devait lui permettre de faire
(1) Gf. les trois juges de la mythologie infernale : Minos, JEaque et Rhadamante.
(2) Cf. le JLéthé des légendes grecques.
planer l’esprit au-dessus des tortures du corps ; dans ce but, il était livré sans vêtements aux cruelles fustigations de femmes que devaient exaspérer son calme et sa placidité au milieu des tourments (1). Dans le nom de ces femmes (Euménides, c’est-à-dire bienveillantes) les pédants de collège ne voient qu’une antinomie : il faut y trouver une appellation d’une profonde justesse, car, dans cette flagellation infâme, nous apercevrons la renaissance de l’âme et sa souveraineté sur les sens surexcités.
Ensuite, vient l’Ascension idéale de l’esprit de l'aspirant, qui comporte trois degrés : le premier se compose d’hymnes religieux, pénétrants et doux, sous le charme desquels s’épanouit l’âme qui prend possession de soimême et se sent enfin vivante ; le second degré porte le nom d’Edification, nom qui lui convient à la lettre, puisque le néophyte, envahi par la magie d’une harmonie mystique qui le plonge tout entier dans une méditation profonde, doit préparer son cœur à devenir le temple de la Divinité Une et Souveraine dont l’attend la révélation ; enfin le troisième degré ou Fixation le prépare à faire à jamais, de son être tout entier la demeure de l’Esprit divin qui souffle où il veut.
Durant tout le temps de ces épreuves morales, le néophyte est dirigé et soutenu par les prêtres d’Osiris, qui lui donnent tout l’enseignement explicatif que comporte pour lui cette partie mystérieuse de l’initiation.
Lorsqu’enfin cette œuvre de régénération transcendante est accomplie, les prêtres remettent le postulant entre les mains de douze Néocores ou conservateurs du sanctuaire, dont le chef lui place un bandeau sur les yeux et le conduit à travers de longues galeries fermées de distance en distance par des portes massives, sous la garde de prêtres inférieurs du temple,
(1) Cf. les Furies grecques.
11 est alors introduit dans une vaste crypte où l’attend le Collège des Mages, et dont les murs disparaissent sous une quantité de peintures symboliques représentant les quarante-huit génies de l’année, les sept génies des planètes et les trois cent soixante génies des jours. Aux quatre angles de la crypte se dressent quatre statues de bronze, posées sur des colonnes triangulaires, représentant respectivement un homme, un taureau, un lion, et un aigle, c’est-à-dire les quatre figures dont la réunion a produit le sphinx (1). Chacune de ces figures est surmontée d’une couronne qui est un foyer de lumière ; de plus, au centre de la voûte est une vaste rosace d’or à sept rayons de l’extrémité desquels pendent de grandes lampes d’or à trois branches. Toutes ces lumières sont d’une nature éclatante qu’aujourd’hui nous ne pouvons rapporter qu’à l’électricité.
Sous cet éclairage flamboyant, sur un trône d’argent dominant une estrade, se tient PHiérophante vêtu de pourpre, le front ceint d’un cercle d’or fleuronné de sept étoiles. Autour de lui, sur des sièges moins élevés, sont rangés en triple hémicycle les autres Mages simplement vêtus de lin blanc et ceints d’un glaive.
Derrière le trône hiérophantique, sous un dais de pourpre, se dresse la statue colossale d’Isis (la Nature déifiée) composée d’un alliage des sept métaux planétaires : Plomb (Saturne), étain (Jupiter), fer (Mars), or (Soleil), cuivre (Vénus), mercure (Mercure), et argent (Lune).
La déesse porte au front un diadème d’argent avec aigrette à douze rayons, et, sur la poitrine, une rose d’or (figurant la sphère universelle) au centre d’une croix de même métal (2) dont les branches symbolisent à la fois les
(1) Ces quatre mêmes figures se retrouvent dans l'Apocalypse de Jean et le christianisme les a attribuées, comme symboles, aux quatre évangélistes (Pour leur signification, voir plus haut, p. 282, note 1).
(2) De là est dérivé le symbole des Rose-Croix qui subsiste eneore de nos jours.
quatre points cardinaux et les sens de l’infini, hauteur, largeur et profondeur. Les deux bras de la divinité s'avancent un peu, de façon à former avec les mains et le front un mystique triangle équilatéral. De chacun de ses doigts étendus, tombent vers la terre autant de rayons de lumière, et ces dix rayons joints aux douze de l aigrette frontale symbolisent les vingt-deux arcanes majeurs dont il a été question plus haut (1).
Mais le néophyte, les yeux toujours recouverts de son voile, ne distingue rien de ce grandiose spectacle. Toujours transi et glacé, il est amené devant l'Hiérophante, entouré des douze Néocores, dont deux lui saisissent les bras pour le maintenir immobile.
« — Fils de la terre, lui dit alors FHiérophante, tu as, poussé par la soif de savoir, bravé les dangers de l'initiation : ton courage et ta force d’âme t’ont aidé à les surmonter. Mais quoi ! Les crois-tu donc terminés ? Détrompe-toi : tu n’es encore qu’au seuil. Nous pouvions te laisser périr dans les entrailles de la terre, nous ne l’avons pas voulu ; mais il faut plus que du courage pour pénétrer dans le souterrain du savoir ; il faut faire preuve d’un ensemble de qualités dont la première est une discrétion à toute épreuve. Jures-tu de ne jamais révéler à qui que se soit le moindre détail de ce que tu as vu et entendu cette nuit ?
« — Je le jure ! » répondait le candidat.
Mais cela ne suffit pas. Les Néocores poussent le néophyte vers l’autel d’isis au pied duquel ils le font agenouiller. Et l’Hiérophante lui dicte le serment sacré qu’il répète phrase à phrase :
« En présence des sept génies qui exécutent les volontés de l’Être ineffable, éternel et infini, moi, un tel, fils de un tel, né à telle époque, en telle ville, je jure de taire tout
(1) A remarquer que ces vingt-deux rayons ont été repris dans la suite par le Christianisme pour auréoler la figure et les mains de la vierge Marie.
ce que j'ai vu et entendu, tout ce que je verrai et entendrai dans ce sanctuaire des prêtres de la Divine Sagesse. Si jamais je trahis mon serment, je serai digne d’avoir la gorge coupée, la langue et le cœur arrachés, et d’être enterré dans le sable de la mer, afin que les flots m’emportent dans un éternel oubli ! »
« — Nous sommes témoins de ta parole, reprend l’Hiérophante, et si jamais tu te parjures, une invisible vengeance te poursuivra où que tu sois, si haut ou si caché que tu sois, pour te faire subir le sort auquel tu viens de te vouer. Dès cette heure, tu comptes au nombre des zélateurs en attendant que tu mérites de passer à un grade plus élevé, Mais tous les Mages me doivent une soumission absolue : me jures-tu une égale obéissance ?
« — Je le jure ! » répondait le postulant.
« — Malheur à toi si tu n’as juré que des lèvres ! s’écriait l’Hiérophante : ici, le mensonge est puni de mort ! »
En même temps, un effroyable bruit de tempête se déchaînait, produit par de puissants appareils. De fulgurants éclats de lumière que le néophyte pouvait percevoir à travers son bandeau imitaient les phénomènes de la foudre. Les sept lampes de la voûte s’éteignaient alors et la crypte n’était plus éclairée que par la couronne des génies d’angle et par les vingt-deux rayons de la déesse. Deux Néocores, portant chacun une coupe, prennent place près de l’autel, pendant que quatre Mélanophores (officiers des funérailles) se rangent derrière lui, dépliant un grand voile noir. Un Néocore fait alors tomber le bandeau du néophyte qui se trouve au centre d’une tempête devant l’autel d’Isis, qu’éclairent seuls les rayons pâles de la déesse et des quatre figures sphingiques ; en face de lui est l’Hiérophante majestueux et menaçant: autour de lui, un triple cercle de Mages l’enserre dans un triple cercle de glaives.
Les deux Néocores portant des coupes s’approchent du néophyte.
« — Ta m'as juré obéissance ! dit alors l’Hiérophante; je m'en remets aux dieux de décider si tu dois définitivement pénétrer dans notre science sacrée. Vois ces deux coupes : l une est inoffensive et l'autre renferme la mort, je t'ordonne de prendre sur-le-champ l'une ou l’autre et de la vider d’un trait.
Si le postulant manifeste la moindre hésitation, un coup de tonnerre marque l'interruption dé l’initiation, les lumières s’éteignent, les quatre mélanophores jettent leur voile noir sur le néophyte, le roulent dans ses plis et l'emportent.
Durant sept lunes, il sera enfermé dans un caveau de la pyramide, avec une lampe, du pain et de l’eau, renouvelés chaque jour par des visiteurs silencieux. Au bout de sept lunes, les deux coupes lui sont présentées de nouveau et, s’il accepte répreuve, il sort de sa prison mais sans pouvoir espérer de grade plus élevé que celui de zélateur; refuse-t-il de nouveau ? il est replongé dans son cachot pour sept nouvelles lunes à la fin desquelles une autre épreuve est encore tentée, jusqu'à ce qu’il accepte de s'y soumettre ou que la mort vienne l'arracher à la prison.
Au contraire, si, sans hésitation, il a saisi et vidé une des coupes dès le premier essai, dans la crypte, il apprend de l’Hiérophante que les breuvages n'offraient aucun danger : du vin mélangé de myrrhe (1).
Dès lors, le récipiendaire, se remémorant tous les périls auxquels il avait échappé, se croyait débarrassé de toute nouvelle épreuve ; mais c’est alors, au contraire, qu’à son insu l'attendait la plus terrible de toutes, la plus terrible parce que, d’une part, il ne voyait pas le danger, et que, d’un autre côté, les Mages, ne voulant comme disciples que des hommes maîtres de leur passions, sacrifiaient impi-
(1) C'est du moins ce qui arriva dans l'initiation de Platon.
toyablement d’un coup de poignard, quiconque échouait, à cette ultime probation !
Quand le postulant a bu la coupe, il est à bout de forces morales et physiques. Les Néocores l’entraînent alors dans une salle voisine où ils le dépouillent de ses vêtements mouillés, le massent avec des essences parfumées, et le couvrent d’une robe de lin. En même temps, des serviteurs approchent de lui une table garnie de mets délicats et réconfortants, et de vins exquis ; puis on l’abandonne à lui-même pour lui permettre de se restaurer.
Pendant son repas, une musique invisible, enivrante entraîne son imagination dans un rêve. En face de lui, une tenture se soulève lentement et découvre à ses regards une vaste galerie éclairée seulement d’un demi-jour voluptueux et dans laquelle circulent en dansant des pas langoureux, des théories de jeunes femmes unies les unes aux autres par des liens de roses enlacées, et vêtues seulement de fleurs, de légères tuniques pailletées d’or, et d’une écharpe de gaze.
La musique redouble ses prestiges ; des parfums inconnus font aspirer à l'initié leurs vertigineux effluves ; l’aimant de la contemplation l'attire en silence, pas à pas, au-devant de cette magie des formes, éternelle Gircé qui emprisonne la raison humaine dans les ténèbres du monde matériel.
A peine a-t-il franchi le seuil de la galerie que deux des folâtres danseuses l’enlacent dans leur chaîne de roses et cherchent à l’entraîner. Malheur à lui s'il ne surmonte pas la tentation en brisant la chaîne de roses et en fuyant les séductrices ! Malheur à lui s’il touche les femmes autrement que pour les repousser ! (1) Dès qu’il
(1) Cf. le supplice de Tantale des légendes grecques. Il est à remarquer que les mylhologies égyptienne, hellénique et romaine sont entièrement basées sur les enseignements et les épreuves des grands Mystères.
s'abandonne, un Néocore jusque-là caché, l'abat d’un coup de poignard dans le dos. Si au contraire il a dominé l’épreuve par la résistance ou la fuite, il est félicité par l’Hiérophante et les Mages. Mais une dernière épreuve l'attend qui a surtout pour but de lui inculquer le respect de ses serments et la terreur des vengeances auxquelles l’exposerait un parjure.
On le ramène devant l’autel de la déesse où l’Hiérophante saisit un sceptre et un glaive, et, plaçant ses bras en croix, interroge à haute voix :
« — Frères, quelle heure est-il ?
« — L'heure de justice ! » répondent tous les Mages.
« — QUe la justice s’accomplisse ! »
Au pied de l’autel s’abat une trappe d’airain, dégageant l’entrée d'une autre crypte plus profonde où le récipiendaire est entraîné par les Néocores.
Là, dans une pénombre pleine de mystère, il voit un monstre énorme, aux formes sphingiques, déchirer de ses griffes et de ses crocs une forme humaine qui se débat, hurlant... des lambeaux de chair volent... le sang gicle... un dernier cri... un spasme suprême... et la victime pantelante demeure écrasée sous le corps du monstre.
« — Ainsi périssent les parjures ! » s'écrient les Mages î et l’Hiérophante conclut : « Justice est faite ! »
Peu d’initiés pouvaient supporter cet effroyable spectacle, surtout dans l’état de faiblesse morale et matérielle où les avait jetés la série d’épreuves qu’ils venaient de traverser. Aussi la plupart, sinon tous, s'évanouissaient-ils d’horreur devant l’abominable vision : les Néocores rapportaient le néophyte dans une salle du temple où, quand il avait repris ses esprits, les Mages recevaient le nouvel initié à un banquet religieux qui marquait le terme de ses travaux, au moins pour l’initiation générale, puisque chaque grade était précédé d’épreuves spéciales (1).
(1) A notre époque, la Franc-Maçonnerie qui se prétend mensongère-
Dès lors, on proclamait dans tout Memphis qu’un initié était sorti triomphant des dangers où tant d’imprudeDts succombaient journellement. Entré dans la pyramide par la fenêtre du nord, il en sortait, le jour de sa manifestation triomphale, par la grande porte du midi, précédé d'une longue procession de prêtres revêtus d’ornements magnifiques et portant à la main des symboles vénérés du peuple qui n’en comprenait pas le sens. Le grand-prêtre, habillé en soleil, donnait la main à l’initié vêtu de blanc, le front ceint d’une couronne de feuillages et tenant en main la palme de la victoire ; il était suivi d’un char de triomphe dans lequel il ne montait jamais, pour montrer qu’il dédaignait les honneurs de ce monde. C’était une fête pour la ville ; de toutes les terrasses, on l’accablait de fleurs, on répétait son nom avec acclamation ; le roi, entouré de sa cour le recevait et le félicitait.
De retour au temple, deux voies s’ouvraient à lui : ou bien, satisfait des vérités primordiales dont il avait reçu la révélation, il retournait dans son pays où l’initiation spirituelle était complétée par un autre initié que lui indiquait le temple ; ou bien il demeurait pour s’élever successivement au plus haut grade qu’il pourrait atteindre. La plupart prenaient ce dernier parti, bien que l’enseignement complet, divisé en neuf grades, dût se prolonger sur une période de vingt et un ans (1) et embrasser toutes
ment l'héritiére des Grands Mystères de l'antiquité, a voulu imiter les phases de l'initiation époptique, mais de quelle façon naïvement grotesque I Quant à ce qui regarde la science absolue, un de ses plus remarquables tenanciers, Ragon, a tenté, à notre époque, de lui infuser quelques bribes du savoir mystérial : il a lamentablement échoué, et la Franc- Maçonnerie qui aurait pu, qui aurait dû être le trait d'union entre la Sagesse antique et le savoir moderne, ne nous apparaît plus que comme une collection d'appétits enlisée dans le plus bas sectarisme.
(1) Platon n'aurait séjourné au Temple que les treize ans qui ont suivi son initiation, aussi n'a-t-il pas atteint le summum de la science mystériale. Mais il n’importe : c'est là qu’il a puisé sa philosophie de l'idéal, cette philosophie qui, pleine de dédain pour les choses de ce monde, veut que le sage apprenne à s’en détacher pour s’élever, sur les ailes de
les sciences, même des sciences théurgiques dont notre science contemporaine, qui nous enorgueillit si fort, ne soupçonne même pas l’existence, car leur possession ravissait l’homme terrestre au-dessus de lui-même, en faisant de lui le confident, l'aide et le collaborateur de Dieu dans la matière.
Et il faut bien que l'Ordre des Mages ait été réellement quelque chose dans l'antiquité pour que, sans parler du respect universel dont les nations ont entouré son savoir, il ait, comme il l'a fait, gravé son nom dans l’Histoire, en caractères indélébiles. 11 est l'unique société humaine dont les œuvres monumentales nous révèlent encore et nous prouvent l'existence d’arts poussés jusqu’à la plus haute perfection et d’une science incomparablement profonde, dont la science moderne n'est encore parvenue qu’à piller les tombeaux (1).
Nous examinerons plus loin comment nous sont parvenus les débris de cette science monumentale ; mais il nous reste encore quelques mots à ajouter au sujet des initiations.
l'âme, jusque vers le monde céleste où il se nourrira do pures idées, où, à la lumière du soleil intelligible, il contemplera les essences, le beau en soi, le bien en soi, etc. ; cette philosophie nous enseignant que ce que Je vulgaire prend pour des réalités, ce ne sont que des ombres, et que ce à quoi il attache tant de prix, est ce qu'il y a de plus méprisable au monde. Evidemment un tel système est fécond en grandes et nobles pensées, mais son dédain des réalités le rend dangereux à certains points dé vue, en le faisant aboutir en fait à des impossibilités : il a manqué à Platon quelques années d'études transcendantes pour lui faire comprendre le juste milieu entre le réel et l'irréel, entre la vérité concrète et l'abstraction de l’idéal. Quelque temps de plus consacré à la divine étude lui eût certainement permis de poser dans sa République les bases d'un idéal vivant d'organisation sociale, au lieu du rêve pur qu'il a enfanté.
(1) Nous n'avons pu nous occuper ici que de la principale initiation, celle des mystères d’Isis ; le lecteur curieux des autres initiations ainsi que de l'enseignement donné dans les autres grands sanctuaires de l'antiquité (Adonis, Mithra, Cotytto, Gérés, Gabîres, etc.) et surtout à Eleusis, trouvera à ce sujet une savante et curieuse documentation dans les Recherches historiques et critiques sur les mystères du Paganisme, par M. le baron de Sainte-Croix, 2a édition revue par Silvestre de Sacy (2 vol. in-8, Paris, de Bure frères, 1817).
Un papyrus, dû à un initié nous dit :]« Après mes grandes épreuves au temple d'Isis, j’ai approché des confins de la mort, et, après avoir foulé le seuil de Proserpine, je suis revenu transporté au travers de tous les éléments. Au milieu de la nuit, j’ai vu le soleil resplendissant d’une blanche lumière ; j’ai contemplé les dieux d’En-Bas et les dieux d’En-haut, je me suis approché d’eux et je les ai adorés de tout près. Voilà ce què je puis rapporter et ce que j’ai vu et entendu...
« Et cependant tu ne me comprendras pas à moins d’être toi-même initié... »
Qu’apprenait-on, au cours de cette initiation ? Non certes les petites sciences pratiques professées dans les écoles publiques ou dans les petits Mystères, mais d’abord les théories transcendantales de ces mêmes sciences et ensuite, plus loin, plus haut, les quatre ordres supérieurs du savoir mystérial qui se divisait en sciences physiogoniques, sciences androgoniques, sciences cosmogoniques et enfin siences théogoniques, tant au point de vue théorique qu'au double point de vue expérimental et appliqué. On trouvera plus loin l’explication de cette synthèse magistrale, basée à la fois sur le nom divin 'et sur la force vitale. Pour l’instant, il suffit de se rendre compte que la Sagesse antique abordait des connaissances que la science contemporaine ne soupçonne pas même exister puisque, là où la théologie moderne se traîne entre les enfantillages de notre petite théodicée pour verser trop souvent dans les obscurités d'une nébuleuse métaphysique, la science mystériale ne craignait pas d’aborder les connaissances théogoniques qui, alors que l’application des théories physiogoniques, androgoniques et cosmogoniques faisaient de l’homme un sur-homme, fait de lui, comme je viens de le dire, un être presque divin, aide et collaborateur sur terre de la suprême Divinité.
J'ai publié ailleurs le programme des huit connaissances,
entre autres, professées dans les cryptes sacrées : on m’excusera de les éditer à nouveau ici.
Les huit points qu’élucidait ce cours se rapportaient tous aux sciences simplement androgoniques et étaient :
La vie spirituelle ;
La faculté transcendante de l'esprit ;
La classification des facultés naturelles ;
La faculté de compréhension de l’idée divine ;
La connaissance de l'avenir et de la vie future ;
La réminiscence ;
La perception divine ou révélation de la divinité par l’âme ;
Et enfin la connaissance de l’existence des passions humaines.
Je le demande à tout homme de bonne foi : n’était-ce pas là, bien qu’il n’envisageât que le deuxième cycle de la science, le programme d’un enseignement absolument supérieur ?
O petite science moderne, toute pustulée de vanité, quelle erreur est tienne, sur le piédestal de gloire où se complaît ta suffisance ! Oui, sans doute, tes applications sont géniales ; celles de l’antiquité mystériale l’étaient aussi ! Car enfin où donc est ta balistique de la foudre, mise en œuvre par le collège des prêtres étrusques pour défendre Narnia contre Alaric ? Où donc — plus simplement — est ta balistique du soleil, au moyen de laquelle Archimède incendia la flotte romaine en pleine mer ? Où donc — plus simplement encore — tes liniments imputrescibles qui placent sous nos yeux, dans tout l'état de leur récente préparation, des Pharaons plusieurs fois millénaires ?... O petite science moderne, dont les théories fausses de chaque jour sont marquées pour retomber le lendemain dans le néant dont la veille les a vues sortir, que ne te doutes-tu combien tu es mesquine au regard de la Sagesse antique !
B. — Aujourd’hui : les Traditions
Lorsque la conquête romaine eut détruit, en Europe comme en Asie ou en Afrique, tous les temples qui étaient des centres initiatiques, qu’est devenue la Sagesse antique ?
Tout ce qui, en elle, était diffusible sans inconvénient dans le public, c’est-à-dire la majeure partie des matières enseignées aux petits Mystères, paraît s’être répandu rapidement dans les écoles ordinaires, et l’instruction qui s’y distribuait semble alors, dans le siècle d’Auguste, avoir atteint un certain degré d’élévation. Mais quel fut alors le sort de cette partie de la science jalousement célée derrière les initiations aux grands Mystères ? Péritelle tout entière ? Fût-elle complètement sauvegardée pour être remise intacte entre les mains d’un avenir ultérieur ?
Les circonstances semblent lui avoir fait une destinée participant à la fois de Pune et de l’autre éventualité.
Dans le principe, les derniers disciples des Mystères gardèrent intactes les connaissances qu'ils avaient reçues sous la garantie d’un serment d’absolue discrétion ; mais, par la suite, se sentant avancer en âge sans que se reconstituassent autour d’eux de nouveaux centres initiatiques, les uns, fidèles à leur serment, emportèrent leur savoir dans la mort ; d’autres, jugeant avec raison qu’ils n'avaient pas le droit de laisser anéantir le dépôt sacré qui leur avait été confié, se choisirent avec prudence un ou deux disciples dévoués et discrets à qui ils transmirent leur part de la science cachée ; ceux-ci, à la suite, agirent de même ; et ainsi se perpétuèrent d’âge en âge les hautes doctrines émanées des sanctuaires.
Mais il est facile de comprendre tout ce que présente de défectueux un tel mode de transmission. Sans doute, aux premiers temps, la science demeura-t-elle intacte,
mais à la longue — et c’était fatal — la doctrine des ancêtres subit des altérations qui nous sont aujourd’hui comme une gangue sous laquelle nous cherchons le pur diamant des enseignements mystériaux.
Heureusement, et comme pour remédier à cette adultération causée par une défectueuse transmission, dès avant la disparition des centres initiatiques, des initiés s’étaient groupés, comme ensuite d’autres initiés se groupèrent, les uns pour enseigner dans un milieu très restreint ce qui, de l’enseignement des sanctuaires, pouvait être transmis sans inconvénient, et les autres pour former des sortes de communautés très fermées où ils discutaient et travaillaient entre eux sur les connaissances qu’ils possédaient en commun ; de chacun de ces centres secondaires sont sortis, soit directement ou par intermédiaires, des ouvrages qui sont parvenus jusqu’à nous, qui, à la vérité, ne disent que ce qu'ils veulent bien dire et dont il nous faut aujourd'hui creuser le sens des mots pour en retrouver l'esprit ; or, ces ouvrages corrigent assez aisément, pour qui sait réfléchir, les erreurs provenant d’une longue série de transmissions individuelles.
Ainsi, une double source, déjà, peut guider le chercheur vers la lumière des Temples. Cette double source, unie à toutes les parcelles de savoir antique qui ont filtré dans le public et ont été recueillies par des auteurs non initiés, constitue ce qu’on appelle une tradition.
Pendant longtemps, chaque partie du monde eut sa Tradition spéciale (en France, ce fut la tradition hermétique) qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours par transmission individuelle : je n'en donnerai qu’une preuve.
En 1764, Jacques Cazotte publiait son Diable amoureux, petit chef-d’œuvre littéraire dans l'écriture duquel, poussé par une singulière intuition, il mettait au jour, dans sa conception de la plus grande épreuve de la vie, celle de l’amour, des principes tout à fait célés
l’occultisme et la science
de l'occultisme, la lutte entre Lilith, qui est la mort cachée sous les traits de la volupté, et Nahéma la fatale et meurtrière beauté ; or ces conceptions ne se rencontrent que dans des ouvrages de haute initiation, le livre hébreu de la Révolution des âmes , le Dictionnaire kabbalistique du Zo-har ou les Commentaires talmudistes sur le Sota. Après la publication de cet ouvrage, Cazotte reçut un soir la visite d’un énigmatique personnage qui commença d'abord la conversation par des signes particuliers et qui, voyant que l’auteur ne comprenait pas bien, lui demanda enfin, en langage clair, s’il n’était pas initié ; sur la réponse négative de Cazotte, l’inconnu lui avoua : « J’étais venu pour tuer le dépositaire infidèle de nos hautes doctrines. Je comprends que vous êtes simplement un intuitif, mais vous en savez trop ou trop peu. Voulez-vous commander réellement aux passions humaines ? »
Cazotte était curieux, et une longue conversation s’ensuivit qui fut le préliminaire de plusieurs autres, à la suite desquelles il semble bien avoir été initié ; je ne parle pas seulement de sa prédiction bien connue, mais je me réfère au discours étrange que lui adressa le président du tribunal qui le condamna à mort : « Vieillard, lui dit-il, tu peux envisager la mort sans crainte ; songe qu’elle n’a pas le droit de t’étonner ; ce n'est pas un pareil moment qui doit effrayer un homme tel que toi ! » — Pour comprendre la portée de ces paroles, il faut se rendre compte que les grands bouleversements politiques ou guerriers qui ont agité le monde furent toujours la résultante de vues lointaines des Entités directrices de notre humanité (1) et ont été accomplis surtout par le moyen des fraternités occultes. Dans l’espèce, le président du tribunal révolutionnaire était, lui aussi, un initié
(1) V. plus loin les origines occultes de la guerre européenne de 1914-
et Cazotte fut condamné non comme royaliste mais comme dissident... qui eut raison, du juge ou de la victime ? Tous deux sont morts pour leurs convictions, des convictions opposées, mais que chacun d'eux regardait comme l’expression de la Vérité. Ce n’est pas dans notre monde que siège la juridiction destinée à les départager...
Aujourd’hui, nous connaissons les principales, au moins des traditions mondiales dont je vais maintenant m’occuper.
La première qui nous fut connue et qui fut la seule pendant de longues années, c’est la tradition Egyptienne — une des plus hautes, il est vrai — qui nous parvint dans le fatras de la littérature juive, où commentateurs et exégètes nous ont transmis de précieux enseignements, et par les écrits gréco-égyptiens et gnostiques des premiers siècles. Puis vinrent les traditions hindoue et arabe qu’aujourd'hui nous pénétrons assez pour qu’une connaissance au moins rudimentaire de la langue sanskrite (1), soit nécessaire à qui veut conduire ces études à un but assuré. Entre temps, la tradition grecque s’est offerte à nos recherches, dans son double courant ionien et dorien, par la pénétration de sa mythologie et de certains auteurs, tandis que nous nous essayons, en déchiffrant les triades bardiques, à prendre connaissance de la Tradition celtique et qu’à l’horizon commence à se montrer la Tradition extrême-orientale, la Tradition chinoise.
Toutes ces traditions paraissent bien — telle est du moins mon opinion — émaner d’une haute science très antique que les Atlantes, qui semblent l’avoir eux-mêmes reçue, au moins pour partie, des Lémuriens aux temps préhistoriques, ont apportée, avec eux, dans leurs courses et leurs migrations successives à travers le monde, et
(1) Ainsi, naturellement, que de la langue hébraïque qui nous permet l'accès de la tradition hermétique.
surtout dans leurs colonies qui ont couvert l’occident, comme plus tard celles des Phéniciens ; les Atlantes possédaient une haute civilisation dont on retrouve encore certaines traces, et, par suite, une science adéquate à leur degré d’évolution sociale. C’est cette science qui, jalousement conservée dans les sanctuaires de l’antiquité, augmentée, durant des siècles et des millénaires, par les travaux et les études des maîtres successifs, a constitué ce que nous appelons aujourd’hui la Sagesse antique.
Pour comprendre ses origines, il nous faut remonter assez loin en arrière, à des millénaires avant notre ère c’est à-dire à une période du monde que l’histoire officielle ne soupçonne pas (1).
Le manuscrit Troano (2) nous dit :
« En Tannée 6 du Kan, le 11 Muluc, dans le mois de zac , de terribles tremblements de terre se produisirent et continuèrent sans interruption jusqu'au 13 chuen. La contrée des collines d’argile, le pays de Mu, fut sacrifié. Après avoir été ébranlé à deux reprises, il disparut subitement pendant la nuit, le sol étant continuellement soulevé par des forces volcaniques qui le faisaient s’élever et s’abaisser en maints endroits jusqu à ce qu’il cédât. Les contrées furent alors séparées les unes des autres, puis dispersées : n’ayant pu résister à ces terribles convulsions, elles s’enfoncèrent entraînant avec elles 64 millions d’habitants. »
Quel est ce cataclysme rapporté par le manuscrit Troano ? Simplement la catastrophe finale de Poseïdonis :
(1) L'histoire normale remonte, à grand’ peine, à 2.000 ans avant notre ère. Nos sources historiques, bien que, célées aux indifférents, peuvent être facilement trouvées par quiconque étudie ; on verra d'ailleurs qu'elles sont étayées et corroborées, quant aux événements, parles mêmes sources que l'histoire normale : monuments, noms, traditions, etc.
(2) Considéré comme écrit, par des Mayas du Yucatan, conservé au Brilish Muséum de Londres, et traduit par Le Plongeon. D’autres documents se rencontrent dans le Popol-Vuh, l’historien Timagènes, etc.
et Poseïdonis, dont parle Platon, était le dernier débris de l’Atlantide.
L’Atlantide peuplée antérieurement des migrations de Lémuriens (1) était en plein apogée il y a plusieurs millions d’années. Elle s’étendait alors des côtes orientales d’Afrique jusqu’à l’Islande et comprenait l’Amérique centrale et le sud de l'Amérique septentrionale avec le nord de l’Amérique méridionale dont les côtes se sont soulevées depuis et qui, peuplées par la race rouge allante ont constitué par la suite les débris de ce continent.
11 y a 800.000 ans, une première catastrophe sépara l’Atlantide de l’Amérique proprement dite, puis une autre, environ 200.000 ans avant notre ère, détruisit sa capitale, la Cité-aux-Portes-d’or, et partagea l’Atlantide en deux continents, Daitya et Routa qui, il y a environ 80.000 ans subsista seule, rongée de plus en plus par les flots pour devenir enfin la Poseïdonis de Platon, disparue au hui * tième millénaire avant notre ère. On peut donc admettre que la civilisation de l’Atlantide se développa pendant au moins un million d’années, et cette civilisation devait être de premier ordre si l’on s’en rapporte aux monuments mexicains et péruviens (2) : les restes en ont malheureusement disparu sous les coups des grossiers conquistadores espagnols et portugais après que la découverte de l'Amérique eut jeté sur ce malheureux continent des bandes de pillards européens assoiffés d’or.
Mais cette civilisation, dont de tels restes nous mou-
(1) La Lémurie était le grand continent austral dont, à la suite d'un cataclysme antérieur, les sommets des montagnes et un grand plateau ont seuls subsisté pour former l'Océanie et l'Australie actuelles.
(*2) Il nous est impossible ici d'entrer dans plus de détails; mais sur les institutions, sciences, arts, mœurs, religion, etc., des Atlantes, on pourra consulter l’histoire de l* Atlantide de Scott-Elliot (1 vol. in-12, Paris, 1901) ; U Atlantide, de R. Dévigne (1 vol. in-12, Paris, 1923); A la recherche d'an monde perdu , par P. Le Cour (1 br. in-8, Paris, 1926 ; etc.).
trent toute la grandeur et la magnificence, n'allait pas sans un cortège adéquat d’arts de toutes sortes et des sciences qui en sont le principe nécessaire.
En effet, à l’époque de sa splendeur, à la suite de guerres intestines, toutes les tribus atlantes gouvernées chacune par un roi électif, étaient réunies sous la domination d’un chef suprême : c’était en quelque sorte une confédération de royaumes libres. L’architecture, la sculp- # ture, la peinture, y étaient en honneur, ainsi que la musique, bien que cette dernière, à en juger par la forme primitive des instruments, ne fût que rudimentaire. La monogamie était de règle, bien que comportant des exceptions, et le sentiment de la famille très développé, au moins avant la période de décadence. Les Atlantes écrivaient sur de minces feuilles de métal et leur instruction était poussée assez loin puisqu’ils usaient de certaines facultés psychiques dont nous commençons seulement à soupçonner l’existence chez l’homme ; mais c’étaient leurs prêtres qui étaient détenteurs de la haute science et ils ne la communiquaient qu’à un petit nombre de disciples soigneusement choisis et. pour la plupart, destinés à leur succéder ou à régner sur quelque tribu. Pour la guerre ils possédaient de puissants explosifs, et cependant leur balistique était peu avancée. La misère était inconnue chez eux, grâce à un système particulier de répartition de la propriété. Enfin la religion, basée sur l’unité divine, était très développée mais voilée sous un symbolisme savant que nous retrouvons dans les temples péruviens et mexicains (1). Ces trésors ont-ils donc disparu dans les cataclysmes successifs? Non. De même que l’Atlantide avait été peuplée, dans l’origine, par des migrations lémuriennes, de même, au cours de son existence, la race atlante essaima autour d’elle le trop plein de sa popula-
(1) L'Egypte aussi fut primitivement colonisée par une migration atlante.
tion qui fonda des colonies en Amérique, dans l’Ouest de l’Europe et sur la côte septentrionale d’Afrique. Et ces émigrants emportèrent avec eux la charge sacrée du savoir et de l'art de la mère-patrie.
En Europe, ils se rencontrèrent avec des établissements provenant d’anciennes migrations lémuriennes et diverses populations de pré-adamites, car la race blanche n’était pas encore descendue de ses forêts de la Boréalie.
Puis vint un temps où ils furent submergés par l’invasion Noire qui, après la race rouge, domina le monde, toute l’Afrique, l’ouest et le sud de l’Asie et l’Europe méridionale.
Il faut chercher le type supérieur du Noir non pas dans le nègre dégénéré, mais dans l’Abyssin et le Nubien en qui se conserve le moule de cette race parvenue à son apogée. Le souvenir de leur domination subsista en Europe surtout par l’horreur du dragon, bien que personne n’ait jamais vu ce fabuleux animal, mais parce qu’il constitua l’emblème de leurs rois, et par l’idée que le diable est noir. Au temps de leur souveraineté, les Noirs eurent des centres religieux en Haute-Egypte et dans l’Inde. Leurs villes cyclopéennes crénelaient les montagnes de l’Afrique, du Caucase et de l’Asie centrale. Leur organisation sociale consistait en une théocratie absolue : au sommet, des prêtres redoutés comme des dieux ; en bas, des tribus grouillantes, sans familles reconnues, les femmes esclaves. Ces prêtres avaient des connaissances profondes, le principe de l’unité divine de l’univers, et le culte des astres qui, sous le nom de Sabéisme , s’infiltra chez les peuples blancs. Mais entre la science des prêtres noirs et le fétichisme grossier des masses, il n’v avait point d’intermédiaire, d’art idéaliste, de mythologie suggestive ; du reste, une industrie déjà savante, surtout l’art de manier, par la balistique, des masses de pierre colossales, et de fondre des métaux dans d’immenses fourneaux aux-
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quels on faisait travailler des prisonniers de guerre. Chez cette race puissante par la résistance physique, l’énergie passionnelle et la capacité d'attachement, la religion fut donc le règne de la force par la terreur. La Nature et Dieu n’apparurent guère à la conscience de ces peuples enfants que sous la forme du dragon, du terrible animal antédiluvien que les rois faisaient peindre sur leurs bannières et que les prêtres sculptaient sur la porte de leurs temple-s (1).
Cette civilisation et la brutalité qui l’accompagnait étaient trop opposés aux idées des groupements atlantes pour que les deux races pussent se développer librement côte à côte ; aussi les émigrés de l’Atlantide en Europe, infiniment plus faibles que les envahisseurs, furent-ils amenés à cacher, dans des retraites profondes, le savoir et les idées religieuses que leur avaient légués leurs ancêtres.
C’est à cette période qu’il convient de reporter l’origine des initiations; mais celles dont nous avons hérité la tradition datent de bien plus tard, et nous verrons tout à l’heure où il faut placer leur principe.
Cependant la race blanche grandissait dans la Boréalie, d^bord à l’état sauvage et errant ; protégée par son climat (2), elle s’accrut en nombre et en force, et bientôt commença la descente progressive vers le sud, à travers les immenses forêts de la Terre-des-chevaux (Rossland, Russie) puis des Terres-Supérieures (Poll-land, Pologne)
(1) Les grands Initiés , par E. Schuré (1 vol. in-12, Paris, 1899).
(2) Je rappelle que, dans l'origine, la Boréalie ou continent septentrional, jouissait d'un climat tempéré et plutôt chaud, puisque de nos jours, nous trouvons des débris de mammouth (éléphant antédiluvien) dans les glaces du pôle nord et que le Groenland renferme des mines de houille et de lignite, à l’heure actuelle exploitées. Ce n'est que plus tard que survint le cataclysme cosmique encore inexpliqué, qui, modifiant l'axe de la Terre, plaça le pôle dans la Boréalie; c'est vraisemblablement -ce cataclysme qui, en rendant la Boréalie inhabitable, provoqua l’émigration de la race blanche vers les contrées plus méridionales de l’Europe.
et enfin des Terres-Elevées (Teuts-land, Allemagne), bornées au nord par la Limite-des-Àmes (D’ahn-mark) et à Fouest par les Terres-Inférieures (Holl-land et Ghôllland). Mais là, les blancs allaient rencontrer la race noire.
Ils furent d’abord repoussés et forcés de rentrer dans leurs épaisses forêts; mais, à la longue, ils apprirent à se servir des armes des noirs, et, après de longs siècles de luttes furieuses, la race noire fut expulsée d’Europe et rejetée d'abord vers le sud, en Afrique. Alors, sûrs du lendemain, les Blancs s’organisèrent ; sur les côtes de la mer intérieure, ils trouvèrent les restes des colonies atlantes qui, sorties grâce à eux d’un avilissant esclavage, leur firent part de la science des ancêtres qu’ils avaient sauvée du cataclysme de leur race : alors se forma, chez les Blancs, l’institution connue plus tard sous le nom de druidisme, destinée à conserver le savoir divin, et qui appelait à soi indifféremment quiconque voulait apprendre, hommes et femmes, car dans l'Atlantide et, par suite, dans les colonies atlantes, la femme était regardée comme l’égale de l’homme.
Mais il y eut des luttes intestines chez les Blancs, et les Noirs tentèrent d'en reprendre avantage et de réparer leur défaite : ce fut le collège des Druidesses qui imposa l'union de toutes les fractions de la race et qui groupa toutes les forces blanches pour infliger à l'Empire du Dragon une irrémédiable défaite (1).
La race, sauvée grâce à elles, voua tout d’abord une vive reconnaissance aux prophétesses dont l’autorité s’accrut rapidement aux dépens de celle des Druides ; mais bientôt, dominées par l’orgueil, celles-ci perdirent toute union avec l'invisible céleste, laquelle demeura l’apanage des Druides; voyant alors l’autorité leur échapper, les Drui-
(1 V. Fabre d'Olivot, Histoire philosophique du genre humain [2 voi. iu-8° Paris, 1824.)
desses voulurent la retenir par la violence, et, masquant leur faiblesse par du sang, elles établirent le dogme des sacrifices humains qui allait courber les populations, pour des siècles, sous une néfaste terreur religieuse à laquelle se joignit, pour abâtardir le peuple et émasculer les caractères, le fléau mortel de la lèpre, issue des rapports de guerre avec la race Noire, et qui décima les Blancs, chaque jour plus vorace et chaque jour plus effroyable. En vain eut-on recours à tous les moyens curatifs ; en vain les druidesses multiplièrent-elles les sacrifices humains pour fléchir la colère du ciel.: la hideuse maladie rongeait la race et menaçait de l’anéantir.
C’est alors que parut Ram, le véritable initiateur de la Race Blanche (1).
Ram était un jeune druide, qui avait montré de bonne heure une aptitude singulière pour la connaissance des plantes, de leurs merveilleuses vertus, de leurs sucs distillés et préparés, non moins que pour l’étude des astres et de leurs influences. Il semblait deviner, voir leâ choses lointaines. De là son autorité précoce sur les plus vieux druides qui l’avaient appelé Celui qui sait , tandis que le peuple l’avait nommé Y Inspiré de la Paix .
Après avoir voyagé dans les pays du Nord, il se rendit dans les contrées des Noirs, qui étaient en pleine civilisation. Par son savoir et sa modestie, il séduisit les Prêtres Noirs, qui l’initièrent à leurs Mystères. Son initiation terminée, il revint dans son pays, où, désolé de voir l’ignorance et la sauvagerie de ses compatriotes, les ravages du fléau qui minait le corps des blancs, et l'autorité mauvaise des druidesses qui asservissait leur esprit, il voulut entreprendre de réagir. Mais comment?
Un jour qu’il s’était assoupi au pied d’un chêne, le
(1) Le lecteur curieux de connaître l’histoire détaillée de Ram, la trouvera dans Ed. Schuré. {Les grands initiés). Je ne fais ici que résumer en quelques lignes cette vie monumentale et inconnue.
génie de sa race (1) lui apparut et lui révéla le remède de la maladie : une préparation spéciale du gui de chêne, — en lui recommandant de n’en parler qu'au collège des Druides, de façon à leur permettre de recouvrer par ce moyen l’autorité dont les avait dépouillés les Druidesses.
Le remède préparé donna les résultats attendus, et Ram, élu chef des prêtres de sa peuplade, en profita pour interdire les sacrifices sanguinaires. Les Druidesses, menacées dans leurs pouvoirs, clamèrent des malédictions contre l'audacieux qui voulait soustraire ses compatriotes à leur autorité, et un arrêt de mort partit de l'île de Seyn, qui retentit dans toute la Celtide. Parmi les Blancs, les uns prirent parti pour Ram, et les autres contre lui. 11 se créa deux camps, qui adoptèrent deux étendards : les partisans de Ram placèrent dans leurs enseignes le Bélier , par allusion à son nom, et les autres le Taureau ( Tauros , Thor ).
Dans la situation où se trouvait Ram, il fallait de trois choses l’une : ou livrer bataille à sa propre race ; ou accepter une mort inutile, en laissant après lui égorger ses fidèles qui l’avaient porté au souverain pontificat ; ou enfin s’exiler.
Ram s’arrêta à ce dernier parti, il emmena avec lui tous ses partisans, et une émigration de plusieurs millions d'hommes et de femmes s’ébranla, entraînant sur son passage des multitudes entières que guérissait la science du chef, qu’exaltaient son enthousiasme et sa douceur, et le réformateur traversa l’Europe entière plutôt en conquérant qu’en exilé (8.000 ans avant notre ère).
Il franchit le Caucase après en avoir pris les forteresses des noirs, et atteignit la Taratah où il trouva de solides alliés parmi les Celtes du pays qui, anciens prisonniers
(1) Absc-hbyl-hopa (L’espérance du salut est au bois) Cf. le nom de TEsculape grec (Asclépios).
de guerre des Noirs, avaient conquis leur liberté. Cette alliance entre ces peuples, qui, au seuil de l’Asie suivaient la loi de Thôr, avec Ram donna à la contrée son nom antique : Thôr-Ram (Touran).
C’est là que demeura Ram, organisant le pays en même temps qu'il armait, disciplinait et approvisionnait ses armées pour livrer à l’ennemi noir le suprême assaut et le chasser de l’Asie : c’est là que commence à se fonder l’empire du Rélier (I-Ram, Iran).
Quand le conquérant fut prêt, il marcha sur l’empire Noir qui va faire partie de l’Iran; il défît l’armée du Dragon en bataille rangée, mit le siège devant la capitale Isdhan-Kaïr, et, après en avoir brisé les murailles sous ses machines de guerre, il l’emporta d’assaut. De tous côtés les Celtes Bodhones égarés en Asie par le hasard des migrations ou la dispersion des captivités, se ralliaient à ce chef des Blancs, et Ram chassa les Noirs de toutes leurs forteresses réputées imprenables, Balk, Merw, Mesched... Les débris des vaincus se replièrent sur leurs autres colonies et le gros de leur armée alla couvrir les Indes.
C'est alors que Ram reçut de ses soldats le titre de « vainqueur des Universels » Gian-Shid d’où, plus tard, la modification des langues fit Djemschyd (1).
La belle organisation de l'Iran et du Touran s’était dressée tout entière, donnant à son chef: cavalerie, infanterie, chars de guerre, machines de siège et même une flotte sur la Caspienne, alors beaucoup plus grande qu’aujourd’hui car d’un côté elle se joignait à la mer Mæotide et de [ autre elle couvrait une partie de l’Asie Centrale. Cette Hotte défendait l’empire au Nord, et, après avoir ruiné la flotte des Noirs de la Tauride, elle assura le transport des troupes blanches vers le sud.
(1) Çf. le Déjoeis des Grecs.
En effet, pendant qu'une armée de Blancs se dirigeait vers l’Egypte, de façon à prendre à revers les Noirs du sud, une autre, commandée par Ram, refoulait les troupes du Dragon, descendait le Tigre et faisait sa jonction avec la précédente, entraînant à sa suite tous les Celtes Bodhones qu’elle rencontrait sur son passage.
La Tradition sacrée s’accorde, chez tous les peuples de ce cycle, à mettre ea lumière l'héroïsme acharné avec lequel les Noirs se défendirent. Mais l’enthousiasme religieux que Ram inspirait à ses troupes était irrésistible, et successivement toutes les places fortes du sud et du nord se rendirent. C'est dans cette campagne qu’il prit Salem, capitale des Ha-mas-ohne (peuple sans mâles) (l)où il établit un de ses lieutenants avec le titre de « Roi de justice du Dieu suprême », Milich-Shadaï-Ka dont, plus tard la Bible rencontrera un descendant de même nom en Melchisedec, roi de Salem.
Il s’empara alors de l’Egypte où il retrouvait une vieille colonie atlante, et à laquelle il donna la constitution connue sous son nom, Ram-Mon, ou Ham-Mon, loi de Ram. Pendant ce temps, une autre armée, commandée par un de ses lieutenants, marchait sur Tinde ; après une bataille désespérée, les Noirs s'étaient retranchés, en troupes innombrables, dans Ayodhya, la ville de 60 kilomètres de diamètre, où les troupes du Bélier les investissaient et les affamaient, mais sans pouvoir vaincre leur énergie. Averti par son lieutenant, Ram retourna dans l’Iran, y leva de nouvelles armées et s’enfonça dans l’Inde par la route que tous les conquérants ont suivie depuis. A son arrivée, un assaut furieux emporta Ayodhya, mais les Noirs soutinrent encore la guerre pendant des années.
(1) La mythologie grecque a conservé le lointain souvenir de cette épopée, en faisant conquérir par Hercule le pays des Amazones que, par une erreur étymologique, elle regardait comme des « femmes-sansmamelles ».
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Villes, plaines, forêts, montagnes, partout on se livra des combats de géants, dont l’enjeu solennel était, pour les deux races la tiare et le sceptre du globe entier, le Sacerdoce et l’Empire universels (1).
Je ne raconterai pas la conquête de l’Inde par Ram : cette épopée de notre race, une des œuvres les plus antiques, sinon la plus antique, que l’on sache, a été écrite par le poète Valmiki, il y a des milliers d’années, en 24.000 çlokas ou distiques, et tous les modernes la connaissent et la vénèrent sous le nom de Ramayana,la Course de Ram. Et le poète grec Nonnus, quand, dans ses Dionysiaques, il raconte l’épopée du Bacchus indien, nous fait revivre l’histoire de Ram.
Ram, après cette conquête qu’il organisa, parvint, dit-on, aux plus extrêmes limites de la vie, faisant régner dans ses étals la pure doctrine des Atlantes, illuminée de sa suprême bonté : « Vaincre, c’est pardonner », disait-il. Et : « Attendez toujours que l’ennemi blessé se relève.-» Ou bien : « Donnez à tous, ne recevez de personne » etc., (Ramayana).
Ram a disparu du monde laissant après lui un universel renom de justice et de grandeur; et partout, jusque dans les contrées les plus reculées, on retrouve son souvenir.
Pour les peuples hindous, c’est Rama, comme on vient de le voir; pour le Thibet, c’est Lama; pour la Chine, Fô; pour le Japon, Pa; pour le Nord de l’Asie, Pa-pa ou Pa-si-pa ; pour l’Asie Occidentale, Pa-di-Schah ; pour les Iraniens, ce fut Gian-Shyd (le Déjocès des Hellènes); pour les Aryens, Dionysos. D'autre part, Ab-Ram (plus tard Abraham) était de la race de Ram. Les rois de Tyr s’enorgueillissaient du nom de Hi-Ram, comme les Pha-
(t) Saint-Yves d'Alveydre, Mission des Juifs (1 vol. in-4, Paris, 1887). Voir aussi Fabre d'Olivet, Histoire philosophiq ue du genre humain. Loc . cit.
raons d’Egypte de celui de Ram-Sès. Dans le vieil Orient, notamment en Palestine, nombre de villes antiques portaient le nom de Rama. Longtemps après, le plus sage des amis de Job, Elihu, sera [caractérisé d’un mot : « Il était de la race de Ram! » (Job. XXXII, 2), et le souvenir des Arabes perpétuera la fête de sa justice dans le Ramadan, ou jugement de Ram. Le Zend-Avesta considère Ram comme le précurseur des Zoroastres (1); il traversera même la mythologie grecque sous les traits du Dionysos indien, et, ayant, après ses conquêtes et en vue de Rétablissement de sa doctrine religieuse, modifié son nom de Ram (bélier) en celui de Lam (agneau) il transmit ce titre théocratique à ses successeurs, souverains Pontifes de son Empire universel, et, après quatre-vingt-dix siècles, les Lamas du Thibet comptent encore leurs fidèles par près d’un demi-milliard d’âmes.
La doctrine établie par Ram était basée sur le Culte des Ancêtres (pîtris) et, par suite, sur la foi en une vie future. Elle est renfermée dans les trois premiers Védas (Big, Sama et les deux Yaour, — Y Atharva Véda étant de beaucoup postérieur) qui constituent les plus anciens écrits connus, et de beaucoup antérieurs à tous les autres livres sacrés : on les dit composés sous l’inspiration sinon par la main même de Brahma. C’est du premier de ces quatre sanhita (recueils), le Rig-Véda, que sont sorties les innombrables religions de l’Asie et, particulièrement dans l’Inde, le Védisme, le Brahmanisme et le Bouddhisme.
Toute Thistoire de Ram, pour qui sait comprendre, est inscrite dans les figures du zodiaque que notre époque utilise encore : le Bélier qui fuit, la tête tournée en
(1) « O Ormuzd, infinie perfection, divine justice, arbitre du monde, quel est l’homme qui, dans le passé vous a consulté comme je le fais aujourd’hui? Alors, Ormuzd répondit: «C’est le pur Gian- Shyd, chef des peuples, etc. » ( Vendidad Sadé, Fargard II, neuvième hâ).
arrière, c'est Ram, l'œil fixé sur la Celtide dont il vient de s’exiler : le Taureau furieux, mais retenu par la vase où s’enfonce la moitié de son corps, ce sont les Celtes de la domination de Thor, qui finissent par accepter la sienne ; les Gémeaux symbolisent l’alliance réalisée entre les deux parties des Celtes et qui se retrouve dans le nom du Taureau (Thor-Ram) ; le Cancer , c’est son retour sur lui-même, son appel à toutes les forces de l’Empire Blanc pour livrer la suprême bataille à l’Empire du Dragon ; le Lion nous montre les luttes furieuses dont l’Inde fut le théâtre et l’enjeu ; la Vierge ailée, avec sa palme à la main, indique sa victoire ; la Balance est le signe de la justice qu’il a fait régner dans l’empire, de l égalité qu’il établit entre vainqueurs et vaincus ; le Scorpion marque la dernière rébellion des Noirs, et le Sagittaire^ la vengeance qu’il en tira ; le Capricorne , le Verseau et les Poissons nous sont moins clairement compréhensibles parce qu’ils doivent s’appliquer à certains des événements des derniers temps de sa vie que nous ne connaissons pas encore, à moins qu’ils ne regardent la partie morale de son histoire.
On comprend que le vaste empire fondé par Ram avait besoin, pour durer, d’une organisation solide et d’institutions communes mais capables de satisfaire l’immense diversité des peuples qui le composaient : on peut définir le gouvernement institué par lui, une théocratie tempérée par un système électoral à trois degrés laissant à chaque nation son autonomie particulière, mais les reliant ensemble par un système fédéraliste permettant toutes les améliorations utiles, et dont nous allons rapidement exposer le très simple mécanisme.
Ram, comme archidruide, devait laisser aux Druides le soin de conserver et d’augmenter le trésor de science hérité des ancêtres : le collège des prêtres fut donc confirmé dans son rôle de gardien du savoir commun.
D’autre part, nous savons que la vulgarisation à outrance qui est la base de notre enseignement actuel, a été, dans l’antiquité, réputée dangereuse et procédant d’un principe faux : pour elle, la science devait choisir ses disciples, afin de n’être déposée que dans des vases d'élection : de là, l’initiation préalable qui, au point de vue religieux, s’est conservée dans tous les cultes ; mais, de là aussi, dans l’antiquité, Félévation, au-dessus de la moyenne des peuples, de toutes les intelligences qui, ayant subi l’initiation, avaient communié, dans les collèges de prêtres, à la haute sagesse accumulée et approfondie par les communes méditations séculaires des plus grands esprits des nations. Ram avait institué le Temple mystique pour être l’intelligence dominatrice de l’humanité, ce Temple que plus tard devait — mais combien petitement ! — réaliser Schlémoh, et portant au fronton le symbole de Ram, l’agneau de paix, synthèse de la fraternité des peuples, que devait, plus tard aussi, reprendre le Christianisme.
Chez tous les peuples le chef — et, si la royauté était conservée, le roi — était soumis à l’élection, ce qui écartait du pouvoir, non pas peut-être les insuffisants, mais au moins les déments et les faibles d’esprit ou de corps. Toutes les communautés particularisées étaient gouvernées par un conseil électif, et ces conseils élisaient dans leur sein le conseil national où ne devaient prendre place que des initiés, c’est-à-dire des compétences ; à leur tour, les conseils nationaux élisaient les membres du conseil suprême siégeant près du chef souverain et qui n’était composé que d’initiés du plus haut grade, ce qui assurait une réunion d’intelligences hors ligne ; de cette façon, les vœux des peuples étaient librement formulés, accueillis de conseil en conseil, et réalisés par l’autorité dominante en ce qu’ils présentaient d’équitable et d’utile : le gouvernement de l’empire était donc, à proprement parler, synarchique.
Cette organisation, qui répondait à tous les désirs de progrès, qui satisfaisait à tous les besoins de justice, qui accueillait tous les vœux des peuples en les soumettant eux-mêmes à la forte, idéale, et équitable discipline du Temple, dura des siècles et des millénaires sous les successeurs de Ram, tant les bases en étaient constituées fortement, tant les principes en étaient par eux-mêmes souverains.
Et on retrouve la trace de cette période de justice et de fraternité dans les documents antiques : « Quand les dieux régnaient sur terre », disent les monuments grecs et les papyrus égyptiens : les dieux, dans cette théocratie d’une divinité unique, c’étaient les initiés des hauts grades (1). Et les peuples eux-mêmes ont conservé, dans leurs traditions, le souvenir de cette vie de paix universelle et d’alliance des peuples sous un sceptre de force et de bonté : toutes les légendes de l’antiquité nous parlent de l’âge d’or qui régna sur le monde...
Vers le quatrième millénaire avant notre ère, il y eut des troubles dans l’Alliance universelle ; la discipline de l’idéal s’était relâchée ; des rois en profitèrent pour se faire élire à vie, en flattant le nationalisme égoïste des peuples et en leur promettant l’affranchissement des liens de l’Alliance.
C’est alors que se produisit le schisme d’Irshou.
lrshou était un haut initié ; mais, autoritaire et enorgueilli de sa propre valeur, supportant mal, par suite, la discipline du Temple, il entreprit de la réformer pour s’y soustraire. Il soutint et enseigna, contrairement à la doctrine initiatique pure, que la Nature a des droits égaux à ceux de l’Esprit ; comme l’Esprit, la Nature a droit à
(1) Lorsque dans les origines des nations, nous apparaît la figura d'un dieu civilisateur, révélateur de sciences et d'arts, ce n'est pas une divinité que nous voyons aujourd'hui en lui, mais un homme supérieur — et, en réalité, c'étr.it un initié du Temple.
l’adoration de l’homme. C'était la rupture avec la discipline morale, c’était l’autorisation de satisfaction accordée aux instincts de l'humanité, même les plus grossiers, même les plus bas, même les plus vils ; c’était la glorification de la matière, de l’individu, le triomphe des égoïsmes entraînant la guerre entre nations, l’écroulement de l’œuvre de Ram, du Temple, de l’Alliance des peuples ; c’était en un mot l’intrusion de l’abject naturalisme déifié sur l’autel même du pur et divin spiritualisme.
Rejeté par le Temple, Irshou rejeta le Temple et fonda une initiation rivale qui, s’appuyant sur les instincts de tout ordre — la passion et la jouissance chez les individus, la force et l’égoïsme chez les collectivités — recueillit vite de nombreux adhérents. Les druidesses saluèrent avec joie le culte nouveau, rénovateur de leur propre puissance, et lui révélèrent le dogme du sang ; alors naquirent dans l’Inde toutes les religions de stupre et de mort, dont la plus haute expression est celle de Kâli, la mère des Rakshasas, c’est-à-dire des jouissances, des ivresses et des vices ; alors aussi des initiés, élus rois par les peuples, s’appuyèrent à la fois sur leur qualité divine et sur la force naturaliste des armes pour fonder des dynasties de droit divin.
Il y eut une longue période de guerres qui amena la fin de l'alliance des nations, la chute du Temple (1) et l’écroulement de l’œuvre de Ram.
Dès lors, deux courants d'idées se partagèrent le monde, qui sont venus jusqu’à nous : le courant orthodoxe ou Dorien et le courant schismatique d’irshou ou courant
(1) Au moins conçu dans son universalité. Toutefois le Temple se survécut à soi-même dans les Temples régionaux dont chacun se développa en harmonie avec le milieu, les idées et la population où il évoluait, mais en voilant son idée fondamentale sous les dehors d’un culte populaire approprié à son époque et à son ambiance. De là, la diversité des modes d’initiation. Quant à l’enseignement, il était sensiblement le même dans tous les centres initiatiques.
Ionien. A ces deux courants se rattachent les nations basées sur la justice et les nations étayées sur la force dont, à notre époque les deux types ont été les Etats- Unis et l'Allemagne (1), Et la double initiation d’autrefois se retrouve encore aujourd’hui : l’initiation idéaliste se retrempe aux sources pures du passé et dans la tradition divine ; l’initiation naturaliste se retrouve dans les soidisant fraternités de notre époque qui font appel aux instincts égoïstes de l'homme pour lui promettre et la richesse immédiate et la domination universelle, ou qui le séduisent par la satisfaction sans frein de ses passions les plus viles.
A différentes époques et en différents milieux, chez les peuples dévoyés ou n’ayant pas pris conscience d’euxmêmes, des messagers divins apparurent tels que le Bouddha-Çakyamuni, Moïse, Jésus, Mahomet qui, en harmonie de temps et de milieu avec les idées ambiantes, montraient la route du progrès et unissaient le passé à l'avenir par un enseignement qui se reliait à l'un en préparant l’autre (2). La plupart de ces messagers divins fon-
(1) Au cours des âges, la plupart des nations ont oscillé — même la papauté — entre ces deux courants, et se sont vues par suite tour à tour favorisées ou repoussées par les fraternités suprêmes de l’Occultisme divin. C’est ainsi que la France, devenue nation de force s’est vu abattre avec Louis XIV ; au contraire, redevenus peuple de justice en 1789, les Français ont pu semer les idées de droit dans l’Europe entière ; grisée par ses succès et retournée au naturalisme avec Napoléon, la France a été rejetée dans l’application du droit. Toutes les fois qu’elle a voulu en sortir, un rude rappel à l’ordre lui a fait durement sentir qu'elle s’égarait loin de sa voie naturelle : 1870 a été la rançon naturelle du Mexique.
(2) Au sujet de ces messagers divins, une mention spéciale doit être faite ici d’Odin ou Wotan, de qui, par une monstrueuse aberration où se retrouvent les principes du schisme d’Irshou, est dérivée la Gnose germanique. — A ce moment, l’Empire Romain avait cessé d’être un Empire de Justice pour devenir un Empire de Force qu'il fallait détruire. Odin, d’origine Scandinave, fut envoyé aux peuplades encore barbares du nord pour leur montrer l’œuvre de progrès à accomplir. Parmi ces populations les unes comprirent la nouvelle révélation dans laquelle la grossièreté des autres ne vit qu'une œuvre de sang et de destruction. Les premières, parmi lesquelles se trouvaient les tribus franques, se péné-
dèrent des fraternités initiatiques qui furent, dans le christianisme, les ordres religieux ; mais ces initiations étaient plutôt affaire de foi qu’affaire de science ; à
trèrent de cet enseignement dont elles avaient saisi le sens caché, ce qui. leur mission accomplie et l'empire entamé, leur permit de se fondre aisément dans le christianisme qui leur ouvrait de nouveaux horizons d’avenir. Les autres ne virent dans cet enseignement de leur initiateur que ceci qu’elles devaient former un peuple de force destiné à tout détruire pour dominer par la mort. Attila, en les soumettant, leur prit cette doctrine qu’il leur rendit démesurément exagérée. Charlemagne essaya de les réduire, mais la Gnose germaine se réfugia chez les Borusses, les Lettons, les Guttons, tes Sudèves et autres tribus restées célèbres pour leur férocité : c’est sur ces bâtards de Germains et de Huns qu’ensuile s'éleva la Prusse, et, durant tout le Moyen Age l’Allemagne ne fut qu’un Empire de force brutale selon le dogme d’Irshou. A l’époque des croisades, en effet, les Allemands avaient fondé à Jérusalem l’ordre des Frères de Sainte-Marie-les-Teutons, qui, après la chute de la ville sainte, rentrèrent en Allemagne comme ordre militaire, sous le nom de Chevaliers Teutoniques ; ils conquirent toutes les tribus, Borusses, Lettones et autres, qui avaient gardé la Gnose d'Odin — le vieux Dieu l — déformée par Attila, en vertu de laquelle elles se considéraient comme un peuple d’origine divine destiné à conquérir le monde ; les chevaliers Teutoniques s’approprièrent cette doctrine dont ils firent l’âme de leur ordre ; la Prusse, en les absorbant, reçut la Gnose germanique dont l'enseignement, plus ou moins voilé, fut confié à l’Université de Kœnigsberg, créée dans ce but, qui affirma toujours la mission sacrée de la Prusse, divinisa la Force, et, de la doctrine schismatique d’Irshou, conçut la philosophie allemande, panthéistique, matérialiste et orgueilleuse, divinisant l’homme, sa raison, son effort, pour en faire le seul juge du bien et du mal et le constructeur même de Dieu. Dans ce milieu d’étudiants chauffés à blanc, naquirent nombre de sociétés secrètes dont une se prétendait la filiale des chevaliers Teutoniques : de cette société sortit le prince de Bismarck. Avec Guillaume II, la Gnose de Germanie s'exalta dans un sens mystique : l'Allemagne audessus de tout, la pensée allemande, l'intelligence allemande, l'Allemagne divine, saint des saints de la Sagesse antique, tabernacle de la science moderne, l’Allemagne seule fille du vieux Dieu, purificatrice de l’univers par le feu, par le glaive, par le sang, réorganisatrice du monde, seule intelligente au milieu de l’animalité des autres nations, destinée à réaliser le Royaume de Dieu par l’Empire universel. En 1914, la Gnose de Germanie doit triompher ; ses premiers actes en Belgique et en Serbie sont marqués du sceau de sa mission de Force, et ses premières paroles sont affirmatrices de cette mission au nom du vieux Dieu qui, au fond, n’était autre que VVotan mal compris ; c’est pourquoi guerre aux églises et aux cathédrales ! Elles doivent disparaître pour qu’en leurs lieu et place s’élève plus tard le seul Temple du dieu allemand ! — En face de l'Allemagne, nation de Force, était la France, nation de Paix, cherchant depuis un demi-siècle les voies de l’Avenir dans la Justice, la Liberté,
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peine, en effet, l'Occident compte-t-il, à l'heure actuelle, deux ordres qui se soient fait connaître par des travaux
le Travail et la Légalité ; les Fraternités du Mystère lui suscitèrent des aides puissantes, et la France, continuatrice de Ram a vaincu l'Allemagne continuatrice d’irshou ! (V. à ce sujet, les Origines secrètes de la guerret par Marc Saunier, 1 vol. in-12, Paris, s. d., ouvrage fortement pensé auquel j’ai fait quelques emprunts). Que si un lecteur, peu familiarisé avec ces questions, s’étonnait du renouveau d’Odin — d’un Odin mal compris — en plein xxe siècle, je le prierais de méditer les pensées suivantes, dues à la plume de dépositaires, à différents titres, de l’esprit allemand : — « Le christianisme et l’alcool sont les deux plus grands agents de corruption (Nietzsche, L’ Antichrêtien) — Ils (les Allemands) sont le peuple choisi de leur Dieu, et ce Dieu est le Dieu choisi de son peuple , et cela ne regarde personne (Schopenhauer, Memorabilia ) — Il existe encore un Dieu de force et d’orgueil : c’est ce Dieu-là qui a élu son peuple allemand (H. Vierordt, octobre 1914) — Dieu ne parle plus aux souverains par le moyen des prophètes, mais il y a ordre divin partout où se présente une occasion favorable d’attaquer son voisin et d’étendre ses propres frontières (Treitschke, Dix années de combats allemands) — La guerre est un instrument de progrès, un facteur indispensable de civilisation (Bernhardi, l’Allemagne et la prochaine guerre) — Quand l’Allemagne aura conquis de nouveaux domaines, les prêtres de , tous les dieux vanteront la guerre bénie (Max.Harden, Die Zunkunft) — Wotan a mis dans mon sein un cœur dur : lorsqu’un homme sort d’une pareille espèce, il est fier de n’avoir pas été fait pour la pitié (Nietzsche) — Un jour viendra où les vieilles divinités se lèveront de leurs tombeaux fabuleux et Thor se dressera avec son marteau gigantesque et il démolira les cathédrales gothiques (H. Heine) — Vous avez entendu des hommes dire : Heureux les pacifiques ! Moi, je vous dis : Heureux ceux qui font la guerre, car on les appellera non pas les enfants de Jéhovah, mais les enfants d’Odin qui est plus grand que Jéhovah! Une bonne cause dites-vous, sanctifie même la guerre ; moi, je vous dis : c’est la guerre victorieuse qui sanctifie toute cause... Il n’y a de pires vices que la pitié et la faiblesse ! Voici la nouvelle loi, ô mes frères, que je promulgue pour vous : Devenez durs ! » (Nietzsche, dans son Evangile de la Guerre) .
Bien plus ! le Néo- Wotanisme (sic) a fait vers 1912 l’objet de conférences à la Société Éthique de Munich, et dès 1898, la Deutsche Wacht , de Gratz, imprimait :
« L’Occident confessait Jésus depuis six siècles que nous adorions encore « le Soleil qui éclaire, la Terre qui nourrit, le Glaive qui tue ! »... Ceuxlà furent des malfaiteurs, qui abattirent nos chênes sacrés et nous enseignèrent une divinité étrangère, la miséricorde et le pardon des injures... il nous faut un dieu « echt deutsch » (national, indigène) ! »
Peut-on penser, après de telles citations que le renouveau d’Odin, le Néo- Wotanisme n’est qu’un rêve de songe-creux ? Non, c’est le tréfond d’une mentalité barbare remise en pleine lumière du soleil par un peuple exaspéré d’orgueil, sectateur du Naturisme et disciple inné d’irshou I
scientifiques, les Bénédictins et les Jésuites ; encore leur science est-elle entièrement basée sur les doctrines et les théories modernes, et, si Ton veut pénétrer dans la Sagesse antique, c’est aux initiations et aux traditions sacrées des anciens âges qu’ils faut demander leurs secrets.
On a vu plus haut comment se sont établies les initiations antiques ; je vais maintenant dire quelques mots de chacune des traditions qui en dérivent pour montrer par quelle voie elles nous sont arrivées et dans quel milieu se rencontrent les ouvrages les concernant, pour qui voudrait les étudier à leurs sources.
La principale de nos traditions en Occident, est la tradition Hermétique ou Blanche, qui nous vient d'Egypte (1), où Hermès Trismégiste était le nom mystique delà Haute Université, et dont ce qu’on appelait les œuvres constituaient l’ensemble de la doctrine des grades les plus élevés dans la hiérarchie mystériale.
Vers le xvme siècle avant notre ère, l’enfant d’une famille esclave voué à la mort, et sauvé par la fille du Phrâ-On, était élevé sous le nom de Mosché (Moïse) à la cour royale. Intelligent, il acquit tout le savoir des maîtres de la capitale, puis se présenta à la grande initiation ; admis à la suite des épreuves d’entrée, il gravit l’un après l’autre, d’abord auditeur, puis myste, puis épopte, tous les grades de cette initiation, tous... sauf le dernier où il échoua : il se voyait ainsi écarté du suprême pouvoir.
Exacerbé par son échec, il forma le projet d’appeler à la liberté tous les esclaves d’Egypte, tous ceux de sa race, et d’en former un peuple dont il serait roi. D’abord, il terrifia le Phrâ-On par des prodiges : il changea une baguette en serpent (2) ; les prêtres de la cour reprodui-
(lj Gela semble, au premier abord bizarre, puisque nous avons, chez nous-mêmes la tradition gauloise. J'explique ailleurs la raison de ce fait.
(2) Phénomène qu'aujourd'hui les yoghis de l'Inde répètent couramment en faisant revenir à l'état normal un serpent préalablement catalapsié.
sirent le phénomène. 11 changea, autour du roi, les eaux en sang (1), prodige que réalisèrent aussitôt ses anciens maîtres. Enfin, il réussit à. soulever les esclaves d’Egypte et les entraîna, dans une fuite, au désert.
Mais, de ces hordes sans cohésion d esclaves fugitifs, il lui fallait faire un peuple d’hommes libres, c’est-à-dire capables à la fois de défense et d’attaque. Pour atteindre le premier but, il lui était indispensable de créer, dans cette tourbe dont il voulait tirer un peuple, un antagonisme complet avec le peuple d’Egypte : il y parvint en en faisant une théocratie, c’est-à-dire en lui donnant un gouvernement basé sur la vérité la plus haute, celle qui n'était révélée qu'aux grades supérieurs des Mystères d’Hermès : l'unité divine.
En effet, c.tte vérité n'était l'apanage, en Egypte, que des * plus hauts initiés, des époptes, alors que le peuple demeurait dans un polythéisme si complexe que chaque nome, que chaque ville, chaque bourgade possédait son régime particulier de multiples divinités locales : c’était donc créer, entre Hébreux et Egyptiens, entre esclaves et maîtres, l’antagonisme le plus fort qui pût exister aux temps antiques, l’antagonisme religieux ; et c'était, en même temps, donner aux fugitifs, par cette révélation, une supériorité morale sur leurs persécuteurs.
D’autre part, pour en faire une nation de conquérants, Mosché leur fit vivre, durant quarante années, la rude vie nomade du désert, de façon à éliminer la génération émasculée qui avait connu la servitude, pour la remplacer par une génération pleine de force et d’audace. Mais c’est là une partie des actes du législateur dont nous n’avons pas à nous occuper ici î revenons à son œuvre de révélation.
Il est certain qu'après avoir basé sa conception sur la vulgarisation d’un des plus hauts mystères de la Sagesse
(1) Autre phénomène également obtenu dans l’Inde par le procédé — très connu là-bas, quoique inconnu en Europe — de la suggestion collective.
antique, Mosché n*a pu hésiter devant la divulgation cfautres grandes vérités. Où se trouvent ces révélations ? Evidemment dans l’écrit qu’il a laissé, la Genèse, appelée « Bereschit », du mot par lequel elle débute, quand on letudie dans ses sens profonds.
Mais ici, nous nous heurtons à une difficulté : la Genèse originale n’est pas absolument celle qui nous est parvenue, laquelle a été compilée de deux documents très anciens, mais très différents et qu’on appelle Eloïsteet Jéhoviste(l) ; lequel est de Mosché, nous n’en savons rien de façon sûre, bien qu’on rapporte plutôt les versets Jéhovistes à l’origine moïsiaque.
D’autre part, après avoir fait publiquement sa révélation primordiale de Funité divine, Mosché, en fin politique, a compris que la haute Science qu’il avait reçue dans le sanctuaire devait demeurer, comme moyen de domination dans les fils de sa famille (les enfants de Lévi) à qui il convenaient de la transmettre de façon que les autres n’y comprissent rien et que, seuls, les gens avertis pussent pénétrer l’essence du savoir mystérial. Dans ce but, il eut recours à deux procédés : la narration mythique tout d’abord, dont aujourd’huinous cherchons à pénétrer les sens divers, ce qui est à la portée de quiconque veut étudier sans se laisser arrêter par l’apparence sacrée du texte.
Mais dès qu’on veut aller au delà, on se trouve entravé, par des difficultés multiples que je vais rapidement exposer.
Dans l’étude approfondie du Bereschit on peut considérer que la plupart des mots ont trois sens : le sens littéral et concret que donnent les vocabulaires ; — le cens
(1) Ainsi nommés suivant que, dans les versets qui en résultent et qui sont mêlés, dans le texte que nous connaissons, Dieu est appelé Iahvé (celui qui est), ou Eloïm (lui-les-dieux). — On verra plus loin que ces deux documents ne sont pas les seuls qu'a utilisés le rédacteur de la Genèse.
abstrait, qui se trouve dans la signification première des radicaux ; — et enfin le sens mystique et ésotérique qui s'obtient par l’étude des lettres ; de ces lettres elles-mêmes, chacune est à la fois un chiffre de numération, un hiéroglyphe et un signe d’une mysticité très profonde se rapportant à des qualités ou à des forces de la divinité (1). On voit toutes les difficultés que présente telle étude.
De plus, Moschéaexposé toute une synthèse scientifique d’une façon qui déroute l’esprit non prévenu, lequel, ne voyant que le texte lui-même, n’y rencontre qu’une suite fastidieuse de noms représentant soi-disant des générations successives dont on ne comprend pas l’utilité dans l’œuvre moïsiaque (2), alors qu'il faut, pour les pénétrer, étudier ces textes de tout autre façon.
Heureusement, nous ne sommes pas absolument dénués de guides, dans ces séries de méticuleuses recherches.
Le sens concret des mots nous est naturellement fourni par les lexiques ; leur sens abstrait a été révélé, de nos jours, par un orientaliste du siècle dernier, Fabre d’Olivet, qui dans sa Langue hébraïque restituée nous a montré comment l’étude d’un radical peut indiquer un sens caché ; enfin la signification ésotérique et mystique des mots se retrouve dans les nombreux commentateurs juifs, dont malheureusement quelques ouvrages seulement ont été traduits en notre langue; dans l’un et l’autre Talmuds, dans la Mischna, dans les traités de Massorah etc. ; enfin pour cette même signification mystique des mots ainsique pour la valeur des lettres qui entrent dans leur composition, nous possédons les innombrables travaux de la Kabalah.
(1) Par exemple, VAleph représente à la fois la lettre A, le chiffre !, l’hiéroglyphe homme , et c’est une lettre mère ; le lamed représente L, 30, le bras , et c’est une lettre simple ; le resch représente R, 200, la tête de Uhomme et c’est une lettre double ; le iod représente 1, 10, l'index : c’est la lettre principe . Ajoutez à cette difficulté que le sens, aux quatre points de vue ci-dessus, peut être modifié par réaction des lettres voisines.
(2) Gen. Ch. V, X, XI 10-32, XXV 12-18, XXXVI.
Donc, le Bereschit , émanation de l’antique Sagesse, et les commentaires de l’époque sont tout d'abord à étudier pour qui veut pénétrer la haute science des sanctuaires initiatiques.
Mais, avant même que la disparition de ces mêmes sanctuaires devant la conquête romaine eut dispersé leurs disciples, diverses écoles naquirent dont l'enseignement, restreint à un petit nombre d’auditeurs choisis, s'inspirait de l’enseignement des Temples, ne disant pas tout, naturellement, mais au moins soulevant certains coins du voile. Parmi ces écoles, la plus célèbre fut celle des Pythagoriciens, où le maître soumettait ses disciples à une discipline analogue à celle à laquelle lui-même avait été astreint au cours de son initiation. La base de son enseignement était que Dieu est l’unité absolue et primordiale, la monade des monades; que l'âme change d'enveloppe et passe d’un corps dans un autre (1) ; que notre univers est un tout harmonique dont le soleil est le centre ; enfin il attribuait aux nombres une puissance qui se retrouve dans la tradition druidique (2).
Plus tard vers le 11e siècle avant notre ère, une sorte de confrérie s’était constituée en Judée même, qui avait son centre au mont Moria, dans Jérusalem, et qui suivait religieusement l’esprit de l'enseignement de Moïse dont elle conservait la doctrine laquelle, en somme, était celle des sanctuaires anciens : c’était la secte des Esséniens, qui imposaient une sorte d’initiation à leurs disciples,
(1) En restant généralement dans l’espèce humaine lorsqu’elle a atteint ce degré d’évolution, conformément à la doctrine occulte; ce sont les néopythagoriciens qui, après la destruction de la véritable école pythagoricienne par une révolte des Grotoniens, étendirent, contrairement à la doctrine du maître, la métempsychose aux espèces animales.
(2) Je passe sous silence l’école platonicienne, parce que Platon, initié, a évité, dans ses œuvres, de traiter des matières interdites ; la lecture de ses ouvrages, cependant, ainsi que des écrits de ses disciples ne sera pas sans utilité.
vivaient de façon austère, en faisant le bien (1), proscrivant la guerre et l’esclavage, enseignant l’amour du prochain, Fimmortalité de l’âme, etc. (2). Les Esséniens ne semblent pas avoir laissé d'œuvres écrites, mais leurs doctrines ont été étudiées par des auteurs qui nous ont transmis, dans leurs écrits, une documentation précieuse.
Ensuite, la tradition hermétique se continue par les néo-platoniciens dont le grand centre de développement se retrouve à Alexandrie d’Egypte. En cette école fusionnèrent le platonisme — ne pas oublier que les œuvres de Platon sont celles d’un initié aux grands Mystères — et le mysticisme oriental émané par les anciens centres initiatiques ; parmi ses chefs se trouvent le juif Philon, Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus, etc., et les écrits néo-platoniens arrivés jusqu’à nous sont assez nombreux.
En même temps qu’eux, nous voyons naître la Gnose, que beaucoup d’auteurs ont définie ; science supérieure aux croyances vulgaires. A certains points de vue, la Gnose chrétienne était basée sur la doctrine des sanctuaires, à laquelle s’unissait un mélange de judaïsme et de polythéisme assez obscur : la Gnose semble avoir été un peu au christianisme, ce que le Kabalah fut au judaïsme. Elle débute au ier siècle avec Simon le Mage, Ménandre le Samaritain, Gérinthe et Dosithée ; aux n° et me siècles, les Marcion, les Cerdon, Saturnin d’Antioche, Bardesane d’Edesse, Tatien, Basilide, Valentin, Garpocrate, répandirent et complétèrent cette doctrine.
Au fond, qu’était la Gnose ? Ge mot qui, en grec, signifie science , a désigné, aux premiers temps de notre ère, la Sagesse antique adaptée au christianisme, et l’explication des livres évangéliques, surtout ceux de l’apôtre Jean, au
fl) Ceux d’entre eux qui demeuraient en relation avec le public, se livraient sous le nom de thérapeutes, au soulagement de leurs semblables.
(2) Jésus paraît bien être issu d'une communauté assénienne ; en tous cas, son enseignement ressortit tout à fait à l’essénisme.
moyen de la science initiatique. Lorsque la religion prêchée par le Christ sortit de ses langes et, au lieu d’être révélée par des publicains ou des pêcheurs de poisson, fut expliquée par des lettrés, surtout des platoniciens, deux courants se formèrent en elle : le courant de la Pistis (la Foi) qui voulait tout prendre à la lettre, sans rien creuser des textes, etle courant de la Gnosis (la Science) qui, au contraire prétendait rendre compte de tout. Les premiers siècles furent marqués par des luttes souvent furieuses entre ces deux courants. Peut-être à la longue, se fut-il opéré une fusion entre les deux branches de l’arbre sacré, si l’étude approfondie des textes à laquelle se livrait la Gnose n’eût amené certains abus dont elle n’était pas responsable, mais qui rejetèrent l’Eglise dans le courant plus pur, quoique plus aveugle, de la Pistis .
En effet, certains novateurs se réclamèrent de la Gnose pour prêcher des doctrines qui n’avaient rien de gnostique mais qui, comme la Gnose, procédaient du libre examen des livres saints ; et, parmi ces doctrines nouvelles, il en était de singulièrement compromettantes, comme celle desCarpocratiens qui rejetaient toute autorité même civile, et celle des Adamitesqui célébraient des offices où, prêtres et assistants, sous prétexte de se mettre en état de pureté comme avant la faute originelle, dépouillaient tout vêtement ; aucune religion, à moins d’entrer ouvertement en lutte à la fois contre toutes les lois établies et les conventions sociales, à moins de se condamner soi-même à disparaître à bref délai, ne pouvait toJérer de tels écarts qui n’avaient plus rien de religieux. Les véritables gnostiques protestèrent, mais l’Eglise, exaspérée, repoussa loin d’elle toute théorie ressortissant à la Gnose, même à la Gnose la plus pure et la plus élevée.
Ce lui fut un tort, car, confinée dans la foi sans lumière, elle aboutit à ce résultat — inacceptable pour quiconque réfléchit — que toute question présentée à son examen se
résout fatalement en un mystère, c’est-à-dire en une conclusion incompréhensible et inexplicable devant laquelle le fidèle doit incliner sa raison. On a pu dire de plus, et avec raison, que le jour où l’Eglise repoussa la Gnose, elle perdit la clé de ses propres livres qu’elle ne sut plus expliquer, particulièrement les textes qui, comme ceux émanés de l’apôtre Jean, constituaient la base delà Gnose chrétienne.
A la suite de cette scission, le gnosticisme se perpétua à côté et en marge de l’Eglise, mais sans plus avoir avec elle aucun rapport. A l'heure actuelle, la France est divisée en deux évêchés gnostiques dont l’un est à Lyon, et l'autre, celui de Paris, est gouverné par le souverain pontife de la Gnose, récemment Synésius III.
On voit maintenant quels rapports ont existé entre la Gnose et la doctrine mystériale et comment le gnosticisme constitue un chaînon de la Tradition blanche. A l’heure actuelle, les ouvrages gnostiques contemporains ressortissent surtout au mysticisme ; mais les ouvrages des premiers siècles — et ils nous sont parvenus en nombre — s’étudient avec fruit, particulièrement la Pistis Sophia de Valentin, et les principales œuvres de la théologie alexandrine.
Après les Gnostiques, nous trouvons les Templiers.
Chacun connaît l’histoire de cetordre fameux qui, fondé en 1118 à Jérusalem par Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Adhémar, finit avec Jacques Molay en 1314. Ce que l'on sait moins, c’est que les richesses énormes de l’ordre tentèrent le faux monnayeur Philippe-le-Bel et le simoniaque Clément V qui se partagèrent les dépouilles des condamnés : le procès fut simplement une forme juridique donnée à un acte de brigandage ; mais, pour motiver ce procès, il fallait des raisons : on mit en avant la plus forte qui fut en ces temps de foi aveugle, on les accusa d’hérésie; à cette accusation s’enjoignit une autre,
plus élastique, de pratiques abominables, permettant et excusant tous les dénis de justice (1).
Quelles étaient donc ces pratiques abominables? L’adoration d’une divinité bizarre, le Baphomet... C’était tout simplement le personnage d’une des lames du Tarot (2) sous l’image duquel ils honoraient le fondateur de leur ordre, et dont le nom même était formé des initiales interverties de sa qualité : TEMpli Omnium Hominum Primas ABbas (3). De nombreux travaux historiques, à commencer par leur apologie, en 1789, par le Père Lejeune, les ont dès longtemps lavés de toute tache à cet égard.
Or, durant les deux siècles qu’avait duré leur ordre, d’abord à Jérusalem, puis à Saint-Jean-d’Acre et enfin en Chypre, les Templiers, en constant contact avec l’Orient sur le seuil duquel ils demeuraient, avaient recueilli bien des fragments de la science sacrée ; ils ne nous ont pas, il est vrai, laissé d’écrits, mais l’étude des ouvrages les concernant, ne fut-ce que de l’enquête dirigée contre eux (4) sera toujours utile pour l’investigation des esprits désireux de savoir, car l’Ordre du Temple a été — bien indéniablement, semble-t-il — un des anneaux de la tradition hermétique.
A leur suite se rencontre la longue théorie des alchimistes et des Kabalistes du Moyen Age, dont la doctrine,
(1) Philippe avait fait brûler 59 chevaliers dès avant l'assentiment de Boniface VIII, et Jacques de Molay, grand maître de l'ordre fut supplicié d’autorité, pendant que les juges délibéraient encore sur l'accusation qui le frappait.
(2) J'ai expliqué ailleurs (La soreellerie des campagnes , 1vol. in-8°, Paris s. d.) ce qu’est exactement le Tarot, résumé, en soixante-dix-huit lames hiératiques, de la science des sanctuaires.
(3) Au fond, le Baphomet des Templiers n'était autre chose que l'androgyne hermétique, symbole d’attraction et derépulsion, analogue, sous ce rapport, au caducée, au sceau de Salomon, au signe de la croix, etc.
(4) Cette enquête, conservée aux Archives, forme une charte sur parchemin roulée sur elle-même, — les actes antérieurs étant écrits sur papyrus ; elle forme un rouleau qui, déployé mesure 23 mètres de longueur.
au moins pour certains, n’est pas de pureté absolue, étant parfois influencée par la science arabe qui, depuis l’invasion du vme siècle, avait laissé des représentants dans les pays au sud de la Loire. Leurs travaux seraient aussi utiles à consulter quils sont nombreux, ce qui n’est pas peu dire, si leur expression nous était plus facilement intelligible : malheureusement la plupart d’entre eux parlent par symboles, tantôt décrits et tantôt dessinés, ce qui les rend difficilement compréhensibles.
La cause ? demandera-t-on... Elle était multiple.
D’abord, ils savaient être sur le terrain d’une science cachée, dont les maîtres, dans les sanctuaires de jadis ne révélaient la doctrine qu’à un petit nombre de disciples, sélectionnés avec la prudence la plus absolue par de multiples épreuves, les unes matérielles et les autres morales : premier motif pour jeter sur leurs écrits le voile d’une obscurité voulue car ils se regardaient comme responsables, vis-à-vis de leur conscience, de toute divulgation faite à des indignes, et ils prenaient toute précaution pour n’être compris que des lecteurs aptes à saisir leur pensée.
Ensuite, leur science était en dehors de l’Eglise, laquelle en cette période, n’était pas tendre pour quiconque étudiait hors de son giron et au delà de sa doctrine ; leur seule perspective, s’ils se rendaient suspects, était de se voir jeter au bûcher ou accrocher à la potence. Aussi prenaient-ils les plus grandes précautions pour ne donner lieu à aucun soupçon : c’est ainsi que, plus haut, j’ai eu déjà à citer le Grèmoire (sic) du pape Honorius dont le frontispice, entièrement en symboles dessinés, constitue une pure infamie (1) encadrée de l’avertissement on ne peut plus moral et rédigé, lui, en écriture compréhensible pour chacun : Obéissez à vos supérieurs parce qu iis g prennent garde .
(1) Ce grimoire de sorcellerie est un ouvrage de magie noire,
Un troisième motif de leur obscurité voulue était que presque tous s’occupaient du Grand-Œuvre ou de la Pierre philosophale (1) ; ils ne voulaient donc pas que leur travail pût être compris d’un profane.
Enfin, un motif très humain semble avoir encore accru le mystère de leurs écrits: on remarque que les derniers en date sont encore plus incompréhensibles que leurs devanciers, ce qui semble indiquer que, ayant réussi à pénétrer le sens des auteurs qui les avaient précédés dans cette voie, ils se sont efforcés, pour n’être eux-mêmes compris que plus laborieusement, d’accumuler autour de leur pensée tous les obstacles susceptibles de rebuter leurs lecteurs à venir.
Toutefois et quelque grandes que soient généralement les difficultés que présentent leurs textes à l’interprétation, ces textes n’en sont pas moins précieux pour nous, puisqu’ils nous offrent le moyen de pénétrer la Sagesse antique dont ils sont le reflet.
Après les alchimistes et kabalistés du Moyen-Age, nous rencontrons une société secrète allemande au xvii0 siècle, qui, du nom de son fondateur Rosen-Kreutz, a été connue sous le vocable des « Frères de la Rose- Croix ». Cette société semble bien avoir été en possession non de loute la doctrine scientifique des vieux sanctuaires, mais au moins d’une partie des enseignements mystériaux. Malheureusement les ouvrages qui la concernent sont peu connus chez nous, ayant été généralement publiés en Allemagne.
(1) La recherche du Grand-CEuvrê et de la Pierre Philosophale était entièrement basée sur les théories de la science antique ; c'est pourquoi elle doit nous intéresser au premier chef. — Au fond, des alchimistes cherchaient à créer de la vie ; seuls, les plus superficiels d’entre eux, les souffleurs , visaient à la transmutation des métaux pour obtenir de l'or ; or, la base de l’hermétisme est l'élude de la vie dans les trois mondes, et la transmutation des métaux, basée sur l'unité de la matière, était une application des théories hermétiques.
l’occultisme et la science
A notre époque, il s’est formé en France, à Paris même, une société de Rose-Croix qui a tenté de se relier à la confrérie allemande, ou tout au moins d’en prendre la survivance. Quelle est la valeur scientifique de cette société ? Je ne le saurais dire, bien qu’elle paraisse sérieuse, ayant produit un théâtre et ouvert un salon qui ont donné sa mesure artistique ; je penche cependant, en ce qui regarde le côté scientifique de la question, à penser que ses membres sont évidemment instruits, mais ne détiennent pas d’autres connaissances que celles possédées à l’heure actuelle par les occultistes qui étudient et travaillent. Toutefois, elle a fondé une bibliothèque rosicrucienne dont les ouvrages, traduits des maîtres anciens, sont d’une lecture utile.
Nous ne pouvons énumérer les degrés successifs de la Tradition Blanche, sans dire ici quelques mots de la F ranc-Maçonnerie.
Qu’est exactement la Franc-Maçonnerie?
On ne sait exactement rien de ses origines. Les uns la font sortir des Mystères de l’Egypte et de la Grèce ; les autres la font venir des règlements imposés aux ouvriers du Temple de Salomon : certains, enfin, la considèrent comme issue des Templiers, de la Sainte-Vêhme, etc. Une opinion plus récente la fait naître d’une association de ces « Maîtres tailleurs de pierres » qui au vm° siècle aurait construit, à travers toute l’Europe, la plupart des monuments du temps. On voit cette association passer de la Lombardie en France, puis en Allemagne, en Angleterre, élever la cathédrale de Strasbourg au xne siècle, et obtenir des papes et des empereurs une sorte de monopole pour l’exécution de certains travaux. Leurs secrets connus avec le temps, et Fart architectural se développant, l’association se serait modifiée pour devenir une sorte de société de secours mutuels, et un ordre dont Henri VU d’Angleterre se déclara protecteur en 1502 ; elle fut
introduite en France en 1725, par Derwent-Waters.
Je ne discuterai pas ici cette filiation.'U me suffira de dire que cette confrérie, d’où qu’elle les tint, a été, au moins dans le passé et en la personne de ses membres principaux, dépositaire de certaines théories scientifiques de la Sagesse des Temples.
« A été », ai-je dit... C'est qu’en effet, il ne faudrait pas confondre la Maçonnerie de l’heure présente avec la Maçonnerie d’antan. Celle d’autrefois était savante et se reliait, quant à son savoir, aux sanctuaires antiques ; celle d’aujourd’hui... Ah! les pauvres gens, qui croient tout connaître quand, apprentis ils ont appris que la lettre mystique G. qui resplendit, dans letoile flamboyante signifie Géométrie , quand, ouvriers, on leur a appris qu’elle symbolise la Génération , quand enfin, devenus maîtres, ils ont reçu la révélation de sa représentation mystique la Gnose! La Gnose ? qu’en connaissent-ils? M. Lafferre lui-même, qui, si je ne me trompe, préside aux destinées du G.*. 0.*. de F.-, serait bien embarrassé s’illui fallait expliquer le symbolisme scientifique des deux colonnes du Temple, J. et B. (Jakine t Boas) qui se rencontrent dans toutes les L.\, base de la science antique et dont la science moderne qui Fa retrouvé, il y a environ un siècle, ne s’est encore assimilé qu’une minime partie.
Dans la première moitié du xixe siècle, des hommes instruits, tel que Ragon, ont tenté de galvaniser la Maçonnerie française (1) et de lui faire remonter le courant d’ignorance où elle s’enlisait ; ils ne sont arrivés à aucun résultat, et, à l’heure actuelle, la Maçonnerie française n’est plus qu’une secte politique — et de la plus basse politique, de la politique égoïste et personnelle, — compo-
(1) Je ne parle pas ici des Maçonneries étrangères, que je connais peu et qui, je crois, à part quelques loges, semblent également bien déchues de leur ancienne valeur. Encore ont-elles rompu tous rapports avec le Grand Orient de France, depuis que celui-ci a ouvertement, et délibérément renié les principes qui constituaient sa seule raison d'être.
sée d’une tourbe ignorante de tout, même du but que poursuivent ses chefs, qui croit tout savoir quand elle a appris les pas rituels des grades, et conduite par des manœuvres dont les doctrines et les symboles de la science antique sont le minime des soucis.
On peut même constater à quel point ces gens sont grotesques, d’avoir, vers 1872, rayé officiellement et solennellement Dieu et l’immortalité de l’âme de leur vocabulaire et d’avoir nonobstant conservé le symbole de l’acacia dont la signification mystique leur échappe, et, lors de la réception du Maître secret des grades chapitraux écossais, d’avoir conservé le Saint des Saints comme figuration de la Loge, et, comme mot sacré la lettre hébraïque iod dont le sens kabalistique est précisément Dieu ! Aux personnes qui auraient tendance à prendre la Maçonnerie actuelle au sérieux autrement que comme société de camaraderie politique, il me suffira de recommander la lecture de 1 initiation de M. Andrieu racontée par lui-même (1). J’en résume, de mémoire, deux traits saillants.
Laissé seul dans une chambre noire pour y méditer avant sa réception, et pour y rédiger son testament comme au seuil de la mort, le récipiendaire écrit : « Je n’ai que des dettes ; je les laisse à mes créanciers ; je lègue le reste aux pauvres. » « C’est très bien, le félicite ensuite le président de la compagnie ; je vois, dans votre testament, que vous avez eu une bonne pensée pour les pauvres. »
Le postulant est mis ensuite en présence d’une tête humaine posçe sur un plat — le truc du décapité parlant avant qu’il ne fût tombé au rang d’exhibition foraine — et, dans cette tête il reconnaît celle d’un notable de l’endroit.
(1) Mémoires d’un préfet de polie®, 2 vol., im-i 2, Paris, vers 1878.
— Mais, ne peut-il s’empêcher de remarquer, c’est le père X... I
Et la tête du décapité de se tourner vers lui et lui répondre gravement.
— Taisez-vous, profane !
La Maçonnerie, résumerai-je, est à l’heure actuelle uniquement composée d’ignorants — de la plus basse ignorance — en ce qui regarde la science initiatique ! Aussi est-ce uniquement chez les adeptes antérieurs au xix" siècle, et dans les ouvrages de Ragon, le dernier franc-maçon de valeur, qu’il faut chercher quelque documentation sur la Doctrine, hautaine et pure, des sanctuaires initiatiques.
Pour résumer ce qui a trait à la Franc-Maçonnerie — au moins la Franc-Maçonnerie française — on peut dire que, née dans la vérité, elle est tombée au xix« siècle danslahoue du naturalisme, etestdevenue, à notreépoque, parfaitement représentative du schisme d’irshou. Il y a deux siècles, par contre, une société semi-secrète s’est constituée au Portugal, celle des Martinistes fondée par Martinez Pasqualis, qui, basée sur un catholicisme épuré, pratiquait le spiritisme avant sa renaissance dans le public, et étudiait les mystères de la nature d’après les théories antiques. Elle s’introduisit en France, dans certaines loges maçonniques du midi (Marseille, Toulouse. Bordeaux etc.,) mais sans grand succès, jusqu’à ce que Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu , la rénovât, et, avec l’aide de Swédenborg et de Jacob Bœhme, lui donnât une impulsion nouvelle. Cette société, bien que peu répandue (son siège principal est aujourd’hui à Paris), est très appréciée des occultistes parce que ses travaux se basent en grande partie sur les principes éternels de la Sagesse antique.
A ce cycle se rattachent Fabre d’Olivet au siècle dernier, et de nos jours Saint-Yves d’Alveydre.
Pour être complet au sujet de cette tradition, il nous faut ici mentionner la plupart de nos monuments publics
remontant au Moyen-Age. En effet, beaucoup de ces constructeurs de cathédrales qui s’intitulaient alors modestement des « maîtres tailleurs de pierre » étaient des initiés. Reprenant pour leur compte, en le modifiant, le système de diffusion du haut savoir, chez les seuls individus aptes à le comprendre, qui avait amené la grande Université d’Egypte à condenser la science dans les lames du Tarot devenues plus tard l’origine d’un jeu, ils profitaient des mille détails de sculpture que nécessite l'ornementation d’un monument pour y introduire quelques-uns de leurs symboles, à l’insu du gros public et de ceux-là mêmes sous les ordres de qui ils agissaient. C'est ainsi que, à Notre-Dame de Paris, il existe au moins trois sculptures de cet ordre : — Sur le pilier central de l’entrée la plus méridionale delà façade, on voit un évêque, sur une sorte de chaire, foulant aux pieds un dragon ; c'est un symbole alchimique ; — ailleurs le portail Saint-Marcel, [au sud, symbolise, en son entier et dans toutes ses opérations, la production de la pierre philosophale; enfin, ailleurs, au sommet d’un pilier se trouve un corbeau regardant vers l'intérieur de l’édifice la direction de ^on bec conduit à un autre pilier dont la base est creuse, suivant la tradition, et renferme l’élément nécessaire à la grande opération alchimique, la poudre de projection.
Telle est la tradition hermétique ou blanche, qui est celle par laquelle l’Occident moderne se rattache aux Mystères de Thèbes hécatompylos, de l’Hœmus, de laThrace et, en résumé, de l’Empire du Bélier.
Je parlerai maintenant des autres traditions qui se relient à celle-ci en ce sens que, si leur marche dans le temps fut différente de la tradition blanche, elles procèdent de la même source et n’en ont pas moins eu une indéniable influence sur la progression de l’humanité (1) ;
(1) La marche de la civilisation se poursuit toujours, môme à notre époque, d’après les directives posées par le savoir des Maîtres de l'anti-
mais je n’en donnerai que les lignes principales puisque leur influence sur l'Occident a été moindre que celle de la tradition Hermétique.
Cependant, parmi ces autres traditions, il en est une qui nous intéresse plus particulièrement et qui eût dû jouer pour nous un rôle supérieur à celui de la tradition orientale si elle avait laissé des écrits : c’est la Tradition Druidique qui, malheureusement, ne se transmettait que de façon orale et seulement dans la mémoire de ses initiés. Des travaux importants ont cependant paru sur la doctrine druidique, mais de nos jours seulement, ce qui fait que, dans le passé, — depuis la destruction du druidisme s’entend — son influence a été en quelque sorte nulle.
Le Druidisme, après avoir eu, à Chartres, Dreux, Nîmes, Bibracte, Périgueux, etc., des centres d’enseignement importants, mais détruits par la conquête romaine, existe encore à notre époque — je ne parle pas seulement de sa partie cérémonielle dont on a vu plus haut la brillante renaissance dans les Gorsedd contemporains, mais de son essence intime — ; c’est ainsi que, chaque année, au renouveau du printemps le gui est coupé, avec les cérémonies ancestrales dans une des forêts à l’est de Paris : mais les druides contemporains, rigides observateurs de la discipline de jadis, se gardent bien tout en nous donnant des ouvrages qui projettent une certaine lueur sur le passé, 'de publier quoique ce soit qui puisse initier le profane contemporain à la science sacrée d’autrefois. Aussi n’est-ce que par les recherches d’érudits privés de toute lumière mystériale que nous
quité sacrée : c'est ainsi que plus haut on a vu la guerre Européenne dont nous sortons à peine, n'être pour qui sait , que la continuation de la lutte — laquelle n'est malheureusment pas encore terminée — entre l'empire du Celte Ram, et le pouvoir antagoniste de Thor, lutte qui eut son début il y a sept mille ans, qui s'est continuée dans les siècles, qui constitue le drame de l'histoire occulte, et que je raconterai peut-être un jour.
pouvons pénétrer dans la Sagesse de nos aïeux. Une partie nous en est à l'heure actuelle dévoilée, celle qui a trait aux Triades Bardiques que nous creusons aujourd'hui pour en pénétrer le sens exact. Mais d'autres points en sont également venus à notre connaissance.
C’est ainsi que nous pouvons maintenant rapporter à nos ancêtres l’origine de la science médicale dont c’est à tort que l’on fait hommage à la Grèce. Nous avons vu en effet plus haut que, lorsque les blancs étaient rongés par la lèpre, au neuvième millénaire avant notre ère, alorsque la Hellade était encore dans les limbes de l’avenir, le Génie de la race apparut à Ram sous le nom symbolique de Aesc heil hopa (1) d’où est certainement dérivé celui de l'Asclépios grec qui, dans l’antiquité hellénique, symbolisa l’art médical,
Par Pline nous savons que les Druides faisaient un grand usage de la verveine ; ils prétendaient qu’après s’être frotté le corps de cette plante, on pouvait chasser la plupart des maladies, prédire l’avenir, produire des enchantements, etc (2). La jusquiame semble aussi avoir été très employée par la médecine celtique, ainsi que le sélage, le samole, la primevère, le trèfle incarnat et quelques autres plantes dont le nom gaélique n'est plus guère possible à identifier de nos jours.
Nous ne sommes pas tout à fait dénués dénotions en ce qui touche la thérapeutique des Celtes ; en effet, au iva siècle de notre ère vivait, à la cour de Théodose, un médecin d’origine gauloise, né à Burdigala, et appelé Marcellus Empirieus qualifié par quelques auteurs de Archiater Téodosii qui a laissé, sous le titre De médicamentis empiricis physicis , ac ralionalibus , un formulaire de médecine imprimé depuis (3),
(1) En langue celtique : L'espérance est au bois.
(2) Aujourd'hui encore, par un reste de ces croyances antiques, 1 2 3 la verveine joue un grand rôle dans la thérapeutique populaire.
(3) Bâle, 1vol., in-f°, 1536.
où il condensa tout ce qu’il connaissait de l’ancienne médecine druidique. Ses formules, à la vérité, demandent, pour être expliquées, une profonde connaissance de la langue celtique, mais, en ce moment nous pénétrons peu à peu leur essence.
Toutefois, le gui de rouvre était le principal remède de la pharmocopée druidique, omnia sanans, nous dit Pline, qui caractérise ses propriétés en peu de mots : « Le gui du chêne était un symbole de protection contre les dangers de toute sorte, ainsi qu un spécifique contre les maladies mentales et physiques. » Pourquoi? Les progrès du magnétisme feront un jour découvrir les propriétés absorbantes du chêne, dit Éliphas Levi dans son Histoire de la Magie (1).
Le symbolisme du gui avait de plus une valeur, morale : — 11 reste vert toute l’année et il continue à vivre, même après la mort de l’arbre qui le supporte ; c’est pour cela qu'il servait à démontrer à la foule, au peuple, qu’une seule existence corporelle ne suffit pas pour l’évolution humaine, que la vie se poursuit au delà de la mort. Puis, de ce que cette plante se nourrit de la sève de l'arbre qui la porte, on tirait le symbole de la solidarité humaine, qui doit unir tout les hommes comme les membres d’une seule famille. C’est aussi non seulement le symbole de l’union des sexes, mais surtout de l’union de l’âme et de l'esprit, union qui confère l’immorialité (2).
Ajoutons, pour en finir avec la médecine celtique, que les Druides connaissaient l’anatomie ; l’histoire nous a conservé le nom du Druide Hérophyle qui professait cette science en faisant ses démonstration sur les corps vivants.
Mais la médecine n’est qu’une science spéciale. Or, quelles étaient les connaissances générales qui étaient professées dans les collèges druidiques ou transmis à la suite des initiations ?
(1) 1 vol. iu-S°, Paris, 1892.
(2) t£. JBosc, Belisana ou l'occultisme celtique 1 vol in-12°, Paris 1910.
On nous dit aujourdhui que nous n’en pouvons rien savoir parce que cet enseignement était purement oral : c’est une erreur. Que cet enseignement fût surtout oral, d’accord ; nous savons qu’il se composait de 60.000 vers que devait enregistrer la mémoire ; mais les druides connaissaient l’écriture, qu’ils avaient reçue des navigateurs phéniciens ; leur écriture particulière portait même un nom spécial, on l’appelait Ogham ; d’après certaines pierres gravées, elle semble avoir fait usage de caractères runiques. En tous cas, on ne s’explique pas que la mémoire pût être, chez les Druides, Tunique dépositaire de la science, ce qui eût précisément désavantagé les plus savants d’entre eux, c’est-à-dire les vieillards chez qui la mémoire est moins vigoureuse que chez les jeunes hommes. C’est donc ailleurs qu’il nous faut chercher la cause du manque absolu, sauf sur quelques monuments mégalithiques, de l’écriture druidique. Cette cause à notre avis est tout d’abord la matière sur laquelle écrivaient les druides . feuilles métalliques très minces que, durant deux millénaires de nombreuses causes de destruction ont fait disparaître ; ensuite les édits des empereurs proscrivant le druidisme en Gaule et en Bretagne ont fatalement amené la destruction des écrits sacrés de ces pays ; enfin le zèle des premiers propagandistes chrétiens, de saint Patrick en Irlande et de saint Colomban en Ecosse, amena la disparition des livres druidiques de ces contrées ; après quoi l’oxydation de vingt siècles a eu raison des derniers feuillets métalliques ayant survécu à ces multiples causes d’anéantissement.
D’après une lecture attentive de divers passages de Posidonius d’Apamée, qui écrivait environ un siècle et demi avant notre ère, et de plusieurs autres auteurs tels que Strabon, Diodore de Sicile, Lucain, Elien, Pline l’ancien, etc., il est impossible de ne pas regarder les Druides comme les plus anciens auteurs de la science
dans les Gaules, ainsi que le furent, chez eux respectivement, les prêtres de l’Inde, de la Khaldée, de la Perse, de l'Egypte, etc. Et cela se comprend, puisque les uns comme les autres provenaient de l’antique initiation atlante.
Le grand collège druidique fut Bibracte et les deux principaux centres d’initiation l’île de Mona (Anglesey) et Chartres.
César dit que les Druides cultivaient particulièrement Pastronomie, ce qui doit faire supposer qu’ils étaient géographes et mathématiciens. Selon Pomponius Mêla, ils connaissaient la forme et les dimensions de la terre et Porganisation de l’univers. Ce qui fait penser qu'ils furent des maîtres en astronomie, c'est qu’on leur doit l'invention du cycle d’or de dix-neuf ans. Les anciens, il est vrai, en faisaient honneur aux Hyperboréens ; mais nous savons que, d’une part, pour les Romains, les peuplades hyperboréennes commençaient à partir des Alpes ; d’un autre côté, ce nom d’hyperboréen, appliqué aux Gaulois est conforme à la réalité de leur origine, puisque nous avons vu, plus haut, notre race sortir des Terres-Blanches de la Boréalie ; enfin, Pline dit positivement que les Gaulois avaient un cycle de trente ans, dont onze étaient des années intercalaires ; ceci nous montre que les Druides possédaient de profondes connaissances en astronomie et en cosmographie ; or, le développement de ces deux sciences supérieures ne peut, d’aucune façon, être un fait isolé, mais se relie, avec la dernière certitude, à une culture générale très avancée ; aussi n’éprouvons-nous aucune surprise quand nous voyons certains auteurs affirmer que les Druides auraient connu l’aimant et la boussole.
Mais il y a plus encore.
César consigne dans ses Commentaires ce fait, inexplicable pour lui, que les Gaulois possédaient un système de communications rapides, si parfaitement organisé que, du
Nurd au Sud et de l’Est à l’Ouest, tout fait notable qui se passait eu un point quelconque de la Gaule était, le lendemain, connu par tout le reste du pays. Plusieurs historiens ont cherché quel pouvait être ce système de communication et la plupart ont pensé, mais sans aucune preuve à l’appui, qu’il s'agissait d’un système de signaux optiques ; cette opinion ne peut être soutenue sérieusement quand on réfléchit que ce procédé nécessite des stations assez rapprochées les unes des autres et une grande liberté de vue, alors que la Gaule était couverte presque entièrement par d’immenses forêts où se perdaient les points culminants. D’autre part, un système de télégraphie avec ou sans fil eût laissé des traces que les conquérants romains eussent retrouvées — et nous après eux. La question ne présente donc qu’une solution qui est celleci: — la Sagesse antique avait une source unique: la science des prêtres de l'Atlantide et c’est cette science qui, transportée dans tout l’Occident par les migrations atlantes, forma partout la hase de l’enseignement mystérial : tous les écrivains qui ont traité ces matières ont été frappés par l’analogie du druidisme avec les doctrines de l'Egypte, de la Phénicie, de l’Etrurie, de la Grèce et de tout l’Orient, ressemblance telle que, déjà, au temps d’Aristote, on rapprochait les druides des brahmanes; que, plus tard, elle fit comparer leur système à celui de Pythagore, et qu’enfîn Pline se demande s’ils ne furent pas les initiateurs des Perses. Or, nous savons aujourd'hui quelle importance, quelle ampleur possédait, dans les Mystères antiques, la psychologie expérimentale ; ailleurs, où les guerres n’étaient qu’accidentelles, ces connaissances n'eurent pas le temps de passer de l’enseignement des cryptes dans la vie usuelle ; mais il en fut tout autrement en Gaule où, sans parler même du pays cisalpin ni de la partie méridionale où se succédèrent les migrations atlantes, phéniciennes et helléniques, il y eut près de
deux siècles de luttes cbntiouelles et acharnées contre la conquête romaine. Les Druides eurent donc tout le temps nécessaire pour former des sujets sensitifs dont ils développaient le sens télépathique : le procédé de communication rapide qui intrigua tant César notait et ne pouvait être que la télépsychie, science qui est revenue à nous par la pénétration de renseignement, mystériai.
A l’exception du dogme de l’immortalité de l’âme, les Druides tenaient secrets tous les axiomes de leur science. Ils avaient soin de répandre surtout ce dogme parmi le peuple, persuadés, dit César, qu'il rendait l'homme plus belliqueux et plus utile à la patrie, en lui inspirant le mépris de la mort qui n'est que le passage à une vie plus durable.
On a vu plus haut que la religion gauloise était assez sanguinaire : mais, comme je l’ai dit, c'est aux druidesses qu'il faut rapporter les sacrifices humains car c’est toujours sur la terreur que s’appuient les pouvoirs faibles ; au contraire, le système religieux des Druides était très doux puisqu’il pouvait se ramener à quatre points principaux : 1° adorer Dieu ; 2® éviter de faire aucun mal ; 3° donner en toute occasion des marques de courage et de grandeur d’âme ; 4° croire à l'éternité de l’esprit et de la matière, et, par suite, à l’existence d'un autre monde.
Les Druides formaient la classe supérieure et savante de l’ordre sacerdotal ; ils s’adonnaient à l’élude des hautes sciences philosophiques, physiques et religieuses ; ils étaient chargés de l'éducation publique et du pouvoir judiciaire. On peut mesurer la hauteur de leur savoir, quand on réfléchit que les sciences du langage (grammaire, rhétorique, dialectique) étaient du ressort des bardes, et que les sciences naturelles appliquées, ce que les Grecs appelaient du nom général de physiologie , c’està-dire l’astronomie, la divination, la médecine, etc., étaient abandonnées à la classe inférieure des eubages.
J’ai montré plusieurs rapprochèments entre la Science druidique et la Sàgesse mystériale ; en voici d’autres : Les îles Gassitérides (aujourd'hui Sorlingues) au nord de la Bretagne, étaient environnées aux yeux des anciens d’un caractère sacré analogue à celui de Samothrace ; de même que, pendant longtemps, à Délos, les habitants en étaient regardés comme saints et inviolables. Comme à Samothrace, il y eut des collèges sacrés dans les îles de Man, d’Anglesey, de Séna, de Tombelaine, et suivant Artémidore, cité par Strabon, les divinités y étaient les mêmes : Gérés et Proserpine. Les feux perpétuels qu’entretenaient les Druides dans certaines îles, en l’honneurd’une divinité que Solin assimile à Minerve, rappellent le culte oriental de Vesta et de Moloch, la religion assyrienne et persane liée à celle de la Phénicie.
La science était le point culminant de la religion druidique : la preuve en est que la principale divinité gauloise, Ogmius (Hercule aux chaînes d’or liant à sa bouche les oreilles des auditeurs) tirait son nom du radical celtique ogma qui signifie science (1).
Déplus, un trait particulier unit étroitement le druidisme aux grands Mystères d’Égypte : le culte d’Isis qui leur était commun, et qui, dans la terre des Pharaons, symbolisait la science de la nature. Et ce qui nous prouve que cette Isis était, en Gaule, une divinité venue du dehors, c’est qu’on l’adorait sous la forme d’un navire, le navire que nous voyons aujourd’hui dans les armes de Paris et qui nous montre, ainsi du reste — peut-être — que le nom de cette ville, combien son culte, et, par suite, ses Mystères étaient répandus chez nos ancêtres. Or, on sait que les Mystères d’Isis étaient la plus haute, c’est-à-dire la plus savante, des initiations de l’Egypte.
(1) A noter aussi le souvenir d’ua personnage légendaire, le nain Gwion, qui joue un grand rôle dans les mystères bardiques où il est représenté comme le gardien du Vase sacré de la science.
Enfin, il existe, un moyen facile de se rendre compte du degré d’élévation scientifique des dirigeants d’un pays: c’est de constater l’état de civilisation de ce même pays. A ce titre, nous ne savons rien de certain de la Gaule primitive puisque tout ce qui a été dit d’elle l’a été par ses ennemis les Romains, intéressés à placer leur propre civilisation fort au-dessus de celle des peuples vaincus ; tout au plus peut-on affirmer que les Celtes étaient loin de cette barbarie où les ont confinés les auteurs latins, quand on constate que Bibracte, la capitale du Druidisme, distribuait chaque année son enseignement à 40.000 étudiants, que, rivale de Thèbes, de Memphis, d'Athènes et de Rome, elle possédait un amphithéâtre, entouré de statues colossales, pour les gladiateurs, et pouvant contenir 100.000 spectateurs ; un Capitole, de nombreux temples, des édifices parmi lesquels on admirait la naumachie, avec son immense bassin, incroyable construction, monument gigantesque où flottaient des galères destinées aux joutes nautiques, puis un Champ de Mars, un aqueduc, des fontaines, des bains publics, et des murailles colossales dont la fondation remontait aux temps héroïques (1).
Nous avons heureusement un autre témoin de l'antique et haute science des Druides : c'est l’Ëtrurie dont les populations originaires de la Rhétie étaient de race gauloise. Peut-être objectera-t-on la différence de religion ; mais on sait, d’une part, que les Etrusques avaient adjoint à leurs propres divinités celles des Ombriens, premiers envahisseurs, avant eux, et des Pélasges, autochthones présumés ; on sait d’autre part que, dans l’antiquité, la religion ne fut jamais que le voile extérieur de la Science,
(1) Bélisana ou l’Occultisme celtique, par E. Bosc, 1 vol. in-18, Paris, 1910. Bibracte, d'abord saccagée après la défaite de Vercingétorix, fut détruite après celle de Sacrovir, en 21. Sur ses ruines s'éleva Augustodunura, maintenant Autun.
adapté aux contingences de lieu et de moment, de telle sorte que les religions égyptienne, grecque, iranienne, hindoue et autres ne cachaient, sous leur aspect foncièrement disparate, que des Mystères analogues où s’enseignait une même Sagesse, celle que les migrations atlantes avaient révélée au monde.
Or, i’Etrurie posséda une civilisation qui, bien qu’antérieure de beaucoup à celle de Rome, fut égale sinon supérieure à celle d'Athènes, de Memphis, de Milet, de Persépolis, etc. Son système politique était à la fois fédéral et féodal: nation unique constituée par 12 cités gouvernées chacune par son roi particulier mais toutes soumises à l’autorité d’un souverain pontife entouré d’un Conseil civil et d’un sacerdoce de science ; on le voit, ce système politique était sensiblement le même que celui de la Gaule trans-alpine, tous deux dérivés de l'organisation primitive de l’Empire du Bélier, telle qu’elle avait été instituée par Ram.
Avec cette organisation, les Etusques se sont rendus célèbres dans toute l’antiquité, depuis le xv* siècle avant notre ère, par leur culture des arts, par leur pratique des sciences, par leur navigation et leurs richesses. Sans parler ici de l’efflorescence de leur empire maritime qui s’étendait juqu’à la mer Egée, ni des monuments gigantesques qui couvrirent leur sol, il suffira de dire que, chez eux, l’agriculture et Faménagement des eaux ont été élevés à un degré jamais atteint depuis, puisque leurs travaux ont changé jusqu'à la topographie du pays. N’ont-ils pas dérivé de leur cours naturel l’Arnoet laSésa, en coupant Jes contreforts d’Incisa et de la Gonfalina? Or, supputez quel devait être le savoir de leurs mathématiciens et de leurs ingénieurs pour accomplir des œuvres si gigantesques 1 Us furent les inventeurs des chiffres dits romains — on n’utilisait antérieurement que des lettres numérales ; au point de vue astronomique, ils étaient arrivés, dans la
mesure du temps, à une précision à laquelle nous ne sommes nous-mêmes revenus qu’après bien des travaux, et qui fut toujours inconnue aux Grecs et aux Romains ; nous leur devons l’équation des années lunaires et solaires ; le lustre de cinq ans ; le cycle séculaire de 110 ans, le cycle du jour du monde (1100 ans), de la semaine du monde (8.800 ans) et de l’année du monde (334.400 ans)...
Or, quels savants n’avaient-ils pas à leur tête, pour être parvenus à de tels résultats !
Nous ne pouvons donc que regretter la disparition — momentanée, espérons-le — de la science druidique, — mais au seul point de vue du lustre qui devrait en rejaillir sur nos ancêtres, puisque la Sagesse antique était partout la même, et que les enseignements mystériaux de Thèbes ou d’Eleusis compensent pour nous la perte des enseignements de Bibracte.
Pour résumer l’antique tradition de notre race, je citerai une page magistrale du Dr Encausse (Papus) (1).
« Jetons un coup d’œil en arrière et figurons-nous cette ancienne civilisation, dite païenne, en nous demandant quels sont ses ressorts' secrets.
« Ce sont ces fraternités d’initiés, sortis des temples locaux ou de l’Université centrale d’Egypte, et dont les membres circulent de temple en temple, sans avoir besoin d’argent, grâce à la loi d’hospitalité et aux signes de reconnaissance qui ouvrent toutes les portes sur la terre entière ; car ces prétendus païens ignorent les guerres de religion et savent faire du temple des différentes forces astrales ou divines, un asile de Tunique Vérité ; Platon, fait esclave, devra aux signes secrets des initiés sa libération immédiate. Que fallait-il donc pour faire partie d’une de ces fraternités ? De l’argent ? non, car tout était gratuit, et l’élève était logé et nourri gratuitement
(1) L‘ occultisme et le spiritualisme 1 vol. in-12. Paris 1903.
l’occultisme et la science
pendant toutes ses études. Fallait-il être patricien et de grande naissance ? Non, car l’initiation était ouverte à tous, esclaves ou non, et une seule chose était exigée : un courage physique à toute épreuve, un mépris absolu de la mort, garanties nécessaires pour les missions qui, plus tard, pouvaient être confiées à l’initié. Après les épreuves l’initiation commençait et montait, avec la difficulté même des épreuves, progressivement élevée au plan moral, puis au plan spirituel. Homère, Virgile ont décrit, sous le nom de « Descente aux enfers » les diverses phases de ces initiations qui constituaient, dans l’antiquité, l’origine de la classe d’autant plus dirigeante que l’action de ses membres était plus désintéressé et plus occulte. C’est à cette lumière des initiations, disent les occultistes, qu’il faut reprendre et reconstituer toute l’histoire de l’antiquité.
« Le grand changement survenu dans le régime des initiations ne fut pas dû aux persécutions, cependant nombreuses, que les centres connus subirent de la part des tyrans, mais à la naissance du christianisme. Les mages, représentants de l’initiation chaldéenne qui, déjà, avaient redonné à Esdras les clefs perdues, vinrent saluer à son berceau la religion de l’Occident, et on voit les quatre formes du sphinx caractériser chacune un des évangélistes de la parole divine. En même temps, les oracles se taisent, ce qui indique que le mot d’ordre, venu des centres invisibles, était bien de donner tout l’appui possible à ce christianisme qui, seul, allait entamer la lutte contre la tyrannie romaine qui poursuivait avec acharnement la destruction de tous les sanctuaires de haute initiation. Aussi voyons-nous, sous le nom de gnostiques, les initiés de tous les centres donner un appui considérable au christianisme naissant. Saint Paul sera le réalisateur pratique du nouvel organisme, mais saint Jean l’évangéliste et l’auteur de l’apocalypse en restera toujours l’initié.
' « A ce moment, tous les centres marchent d’accord en
faveur de la révélation chrétienne, et la lutte se poursuit jusqu’à la cession du christianisme à l’administration romaine, par les évêques préférant le temporel au spirituel. A partir de cet instant, les persécutions contre les centres d’initiation reprennant de plus belle, mais elles sont dirigées, cette fois, par les membres du clergé chrétien, qui, sous prétexte d’hérésie, veulent anéantir toute trace de l’antique tradition. C'est alors que commence cette lutte incessante contre l’idée libre réfugiée à Constantinople, puis, après la prise de cette ville, dans les Universités si tolérantes des Arabes, puis dans ces mystérieuses associations d’hermétistes, de chevaliers initiés, d’adeptes de saint Jean, etc. Toutes ces formes furent groupées, pendant le Moyen Age, d’abord en Wesphalie, à partir de l’an 772, sous le nom de Francs-Comtes ou Francs-juges, puis dans toute l’Europe et une partie de l’Asie, à partir de 1186, par les Templiers. Les Templiers étaient sur le point de reconstituer l’ancienne fraternité des anciens Temples, avec ses signes de reconnaissance et ses agents répandus partout ; ils s'apprêtaient à doter la chrétienté d'une religion large et diffusée, qui aurait fait avancer l'humanité de plusieurs siècles, quand, en 1312? ils furent trahiset bientôt dispersés. Les survivants du massacre, comprenant que leur erreur avait été d’abandonner la voie des anciennes fraternités initiatiques, se mirent en relation avec les représentants de l'initiation Pythagoricienne, alors existants et posèrent les bases de ces associations d’illuminés d’où sortirent par la suite, la plupart des rites maçonniques. C'est à propos de Sociétés secrètes qu’on trouvera des détails que nous sommes obligés de résumer, et nous allons maintenant voir comment, délaissant la voie des luttes matérielles, les initiés vont appeler l’idée seule au service de leur cause, en déguisant leurs préoccupations sous le voile des recherches alchimiques et de la philosophie... »
Il nous faut maintenant jeter un coup d’œil rapide sur les autres traditions qui ont guidé différentes parties de l’humanité et dont nous commençons aujourd’hui à pénétrer l’essence.
La tradition jaune qui éclaire les peuples extrême-orientaux, est excessivement ancienne, et nous ne pouvons actuellement établir exactement son antiquité; elle semble bien toutefois avoir pris naissance en Lémurie, vaste continent occupant l’hémisphère sud de notre globe, de Madagascar, aux îles Marquises, et dont l’Océanie ne serait que les sommets des montagnes non englouties dans un cataclysme qui en a fait disparaître toutes les parties basses, vers le six-centième millénaire avant notre ère (1).
Vers 2.000 avant J. -G. la doctrine de Fo-Hi. issue semble-t-il, du schisme d’frschou, lui infuse un sang nouveau, en attendant que Lao-Tseu fonde la secte des Tao- Tsée et que Koung-Tseu (Confucius) vienne reviser les livres sacrés : cette tradition est devenue peu à peu plus philosophique que scientifique et s’est partiellement fondue, dans la suite, avec la doctrine bouddhique ; mais, dans la profondeur de ses théories philosophiques, les orientalistes de l’heure présente relèvent encore bien des données touchant à la haute science de l'antiquité.
La tradition rouge est issue, pour nous, de l’Atlantide ; dès le principe, elle s’est scindée en trois courants différents les uns des autres : le courant druidique ; dont il a été question plus haut ; le courant américain qui a produit les civilisations péruvienne et méxicaine (2) dont les Espagnols ont amené la ruine ; et enfin un courant dû à une migration atlante qui, longeant les rives septen-
(1) Je rappelle que c’est une migration de Lémuriens qui a peuplé l’Atlantide d’où provient originairement la tradition blanche.
(2) Pour ce courant comme en général pour toutes les traditions dans leur période antique, le côté scientifique se retrouve dans l’étude des mythologies.
trionales de l’Afrique (1) a atteint TEgvpte où elle s’est fondue dans la tradition blanche.
Telles sont les trois grandes traditions de l’humanité ; mais ces grandes traditions ont donné naissance, ici ou là, par suite des circonstances, à des traditions secondaires qui, se fondant à la suite des siècles les unes dans les autres, ont établi entre elles toutes une solidarité qui n’a rien pour nous étonner, puisque toutes proviennent d’une même source.
Parmi ces courants j’ai déjà cité le courant grec Ionien provenant du schisme d’irschou développé surtout en Asie mineure, et plus tard divisé : introduit d’une part en Egypte par l’invasion des Hyksos, il s'y fond avec la tradition blanche ; d’autre part, il se réunit au second courant grec, le courant Dorien, qui, postérieurement encore aboutit à la tradition blanche.
Nous avons vu ce que sont devenus les trois courants de la tradition rouge.
Il existe de plus une antique tradition hindoue, remontant, comme la tradition blanche, à Ram, mais se développant parallèlement à elle dans la presqu’île de l’Inde, et dont les principaux anneaux sont le Brahmanisme, puis Gaupala, (Krischna), Fô (Bouddha Sakya Mouni), et enfin Gautama (quatrième Bouddha), après qui le Bouddhisme prend toute son extension.
11 y a de même une tradition de l’Islam qui se divise rapidement en deux courants : le courant schiite qui aboutit au Bâb, et le courant sunnite ou traditionnel ; cette tradition arabe nous toucherait peu, étant hors de la pensée occidentale, si l’on ne rencontrait chez les Templiers des traces du courant Sunnite. De plus nous devons mention-
(1) Cette voie de pénétration, suivie par les futurs colonisateurs de l'Egypte, donna la solution d'un problème qui intrigue tous les archéologues : la découverte, en Algérie, de monuments de style égyptien dans un pays où l'histoire classique ne relève aucune incursion égyptienne.
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ner ici que les pays du Nord ont la tradition d’Odin, dont il a été déjà question plus haut, très peu importante, vu son origine relativement récente, mais à laquelle on rapporte d'ordinaire les doctrines wehmiques, et, plus tard, avec J. Bœhm et Swedenborg, Filluminisme Scandinave, qui a donné naissance à une sorte de maçonnerie aux rites très purs.
Enfin, il nous faut mentionner, si étrange que cela puisse paraître au premier abord, une tradition noire, qui semblera au contraire naturelle à qui se rappelle qu’aux périodes antiques de la préhistoire, la race nègre a dominé le monde.
La tradition noire nous est la moins connue de toutes parce que, plus ancienne que la tradition rouge, elle s’est perdue par places, et, à d’autres, fondue dans des traditions parallèles. On peut placer son origine à l’Empire du Dragon qui, des millénaires avant l'Empire du Bélier (Ram), avait dominé l’Europe, alors que la race blanche venue du Confinent blanc était confinée dans les régions hvperboréennes. Plus tard, c’est contre les restes de cet empire du Dragon que Ram, comme il a été dit plus haut, après avoir établi le siège de sa domination vers le centre occidental de l’Asie et y avoir assimilé les restes des populations voisines inféodées à Thor, et domptées par lui, eut à lutter en Asie et en Afrique pour établir son empire universel ; Ram, victorieux, changea son nom de Ram (Bélier) en celui de Lam (agneau) et la loi de Lam devint tout d’abord le culte Lamique, le culte de l'agneau mystique qui est caractéristique dans notre race Aryenne.
La race noire a donc eu sa civilisation bien que inférieure à celle de la race rouge et surtout à celle que devait atteindre plus tard la race blanche ; elle a eu aussi, par suite, sa tradition, aujourd’hui presque perdue, mais dont on retrouve des traces importantes dans toute l’Afrique orientale.
Cette tradition noire s’est particulièrement attachée à l'étude du plan astral, sous tous ses aspects ; aussi, toutes les figures de démons, toutes les cérémonies évocatrices d’esprits astraux, prennent-elles leur origine dans cette tradition.
Qu'est-elle devenue à l’heure actuelle ? Certainement, elle doit subsister en Abyssinie, chez ces populations intelligentes et policées qui, au contraire des nègres retournés à la barbarie dans le reste de l'Afrique, représentent bien la survivance d’une race jadis cultivée et dominatrice. Malheureusement, aucun voyageur ne nous a documentés à cet égard.
Cependant il existe, en dehors de l’Abyssinie et chez les nègres du monde entier, une société secrète qui paraît bien issue quant à ses origines, d’une antique tradition ; mais elle est maintenant dégénérée, comme ses affiliés, et tournée vers le sang et les sacrifices humains, comme la religiou de nos pères, les Golaks, durant la période où elle fut dominée par les druidesses. Je veux parler de la religion des Vaudoux, appelée aussi Loi de la couleuvre , qui subordonne tous ses adhérents à une soumission absolue, aveugle, aux ordres du chef suprême appelé Papaloi. Enfin, elle fait appel aux plus bas instincts de ses fidèles, si l’on s'en rapporte aux articles V, VI et Vil de ses statuts que j’ai sous les yeux en écrivant ces lignes : « Tu danseras en l9 enivrant autour de l’arche sainte de la couleuvre. — Tu sacrifieras à la couleuvre des chèvres, des poules e/, s’il se peut) des enfants . — Tu boiras le sang et tu mangeras la chair des victimes.
Que se passe-t-il, à part ces orgies de sang, dans ces assemblées — toujours secrètes ? On ne peut rien en dire, car les initiés, même sous les menaces, même dans les tourments, n’ont jamais enfreint l’article IV : Tu ne trahiras jamais le secret des mystères.
La couleuvre, qui a donné son nom à cette association,
paraît bien représenter le symbole de ce que l’occultisme occidental appelle «le serpent des grandes forces cachées », appellation par laquelle les initiés du Moyen Age, par allusion au serpent de la Genèse, désignaient les courants de la grande énergie cosmique, la Vie, mère de toutes les forces secondaires, et dont les replis mouvants enserrent les univers (1).
C’est surtout aux Antilles que cette association s’est développée et c’est très vraisemblablement ce qui a causé sa dégénérescence, car elle y est devenue rapidement la protestation et la révolte de l’esclavage nègre contre les oppresseurs de race blanche. Haïti fut longtemps sa métropole, car si Toussaint-Louverture et Dessaline arrivés au pouvoir, tentèrent de noyer les Vaudoux dans leur propre sang, au contraire Soulouque fut affilié à cette secte dont un papa-loi lui avait antérieurement prédit le trône. Un procès, jugé en 1863 à la Nouvelle-Orléans, prouva que le Vaudoux était très répandu dans toute l'Amérique où le nombre des adhérents est aujourd’hui considérable, — c’est tout ce qu’on peut dire de la Tradition noire.
A côté de ces traditions et concurremment avec elles, la Sagesse antique nous a légué un livre, mais un livre étrange qu’à l’heure actuelle nous nous efforçons de déchiffrer avec d’autant plus d’attention scrupuleuse que ce que nous avons à ce jour réussi à en pénétrer nous y a démontrél’existenced’une synthèse colossalede la science et de la philosophie des anciens maîtres.
Voici :
Au temps de sa splendeur, la grande Université d’Égypte comprit que rien n’est éternel ici-bas, et qu’un jour viendrait où elle-même s’effondrerait dans quelque tourmente politique, religieuse, guerrière ou cosmique.
(1) Cf. le rôle que joue, dans toutes ces traditions, mythologiques et autres, le symbole du serpent (Uræus, serpent de la Genèse, Ophisme, etc).
Or, elle ne voulut pas que disparût avec elle la source des connaissances qu’elle avait accumulées et qu’elle enseignait à ses initiés. Elle chargea donc quelques-uns de ses principaux époptes d en établir un résumé sous une forme particulière qui permît de la laisser aux mains des ignorants sans qu'ils pussent rien y comprendre, alors qu’au contraire il serait un guide et un aide-mémoire pour les initiés. Dans ce but, les maîtres du sanctuaire adoptèrent la forme pantaculaire (1) dont l’essence, en effet, ne peut être comprise par un non initié. Dans ce résumé de leur savoir, ils établirent 78 tableaux en concordance intime les uns avec les autres et présentant chacun un intérêt particulier et différent où, pour encore accroître les difficultés de pénétration, les pantacles eux-mêmes ne furent pas écrits ou dessinés dans le mode ordinaire, mais dissimulés soit dans le maintien, le vêtement, la pose ou les accessoires de personnages allégoriques, soit sous des nombres et des dispositions spéciales de figures à sens caché, et dont les quatre séries (deniers, bâtons, épées et coupes) correspondent aux quatre divisions de la science générale et de la physique ancienne (théogonie, cosmogonie, physiogonie et androgonie, eau, air, terre, feu).
Lorsque furent établies ces 78 séries de pantacles, on les fit graver sur autant de lames d’or qui demeurèrent dans le sanctuaire, tandis que des reproductions sur papyrus, sur parchemin ou sur des métaux plus vulgairès en étaient répandues à profusion dans le public.
La sagesse d’Hermès avait bien prévu ce qui adviendrait — et il est advenu ceci : — La seule chose immortelle à la surface de notre globe, c’est le vice de l’homme, qui ne laisse échapper aucune occasion de se donner
(1) Un pantacle est une ligure constituant l'expression synthétique d’une idée. Quelques-uns des principaux pantacles usuels seront expliqués plus loin (V. troisième partie, ch. 111, B, VI, loi du symbolisme).
carrière ; or cette disposition de quatre séries de lames identiques entre elles, quoique différentes par leurs éléments constitutifs, et surmontées de figures également identiques entre elles, bien que différenciées par leurs détails, cette disposition, dis-je, éveillait trop l’idée d'un jeu de hasard, analogue à celui des dés, mais plus compliqué que lui, pour que la rapacité et la folie, inhérentes l’une et l’autre à la nature humaine peu évoluée, ne fissent pas de ces lames un instrument de jeu.
Et le jeu fut créé, et il fut créé multiple ; et sous son couvert, les lames sacrées se répandirent par le monde, maniées âprement par le joueur, curieusement par le penseur, et respectueusement par l’initié, qui retrouvait en elles la synthèse de l’enseignement reçu dans le temple et la clé absolue de la science des maîtres.
C’est donc porté à travers les siècles par le vice de l’homme, que le livre de haute sagesse est arrivé jusqu’à nous, vestige caché d’un antique centre universitaire depuis longtemps disparu.
Mais au cours de ses pérégrinations à travers les siècles et parmi tant de peuples différents qui se repassaient les uns aux autres les lames mystériales, ce jeu avait été quelque peu dénaturé par les combinaisons auxquelles il servait de base. A la suite de ses multiples avatars, nombre de figures avaient été écartées, étaient tombées dans l’oubli des profanes : c’étaient celles qui, symbolisant les arcanes majeurs, semblaient sans correspondance entre elles et ne pouvaient entrer dans les combinaisons des joueurs. Mais ces figures, précisément parce qu’elles symbolisaient les arcanes majeurs, nous les avons retrouvées chez les alchimistes et les Kabalistes du Moyen Age. Or, en même temps que, suivant les jeux, les temps ou les milieux, le nombre des lames variait (1), en même
(1) Aujourd'hui nous trouvons, outre les jeux de cartes ordinaires qui varient de nombre par exemple en France, Angleterre et Espagne,
temps toutes ces figures, aussi bien celles conservées par les joueurs que celles retrouvées ailleurs, se trouvaient modifiées et ne s’accordaient plus entre elles au point de vue pantaculaire, qui est capital en pareille matière. Ce fut la tâche de notre époque de reconstituer patiemment le Tarot sacerdotal de l’antiquité, et Ton peut dire qu’aujourd’hui, après les travaux de Guillaume Postel et surtout d*Oswald Wirth et de Papus, cette reconstitution peut être considérée comme complètement réalisée en deux types : le type original ou égyptien, restitué par Falconnier, et le type courant (Tarot de Byzance ou, par corruption, de Besançon) reconstitué par Oswald Wirth.
Ce labeur préparatoire une fois accompli, sont survenus les travaux d’interprétation dont les précurseurs ont été Guillaume Postel, Gaffarel, Court de Gebelin et Alliette (plus connu sous le nom de Etteila) et dont les protagonistes actuels sont Bourgeat, Eiiphas Lévi, J. -A. Vaillant, et surtout le Dr Encausse qui en a donné une des clés essentielles (1).
Il reste beaucoup à faire en ce sens, mais le champ est fécond, la voie est ouverte et déjà se mettent à l’œuvre les ouvriers de demain (2).
Arrivé à ce point, je m’aperçois que, si j'ai décrit dans leur réalité les divers courants de l’idée occultiste depuis ses origines jusqu’à notre époque, en appuyant particulièrement sur la tradition occidentale, c’est-à-dire celle d’origine hébræo-égyptienne à laquelle nous ressortissons, mon exposé a pu paraître, au lecteur, dénué de vie en ce sens que je n’ai cité aucun nom ; on a pu croire, en un mot, que cette filiation des traditions successives
onze sortes de Tarots différents qui comportent de trente-deux à soixante-dix-huit lames.
(1) Le Tarot des Bohémiens , clé absolue de Science occulte, 1 vol. grand in-8°, Paris.
(2) On trouvera de plus amples explications sur le Tarot dans la Sorcellerie des campagnes , du même auteur (1 vol. in-8°, Paris, S. D).
résulte d’un simple point de vue théorique sans plus.
Je dirai tout de suite que, si je n’ai cité aucun auteur, ce n’est pas à cause de leur pénurie, car, au contraire, ils abondent, mais c’est parce que la vue d'ensemble que je tenais d’abord à établir aussi nette, aussi claire que possible, s’en fût trouvée alourdie par de constantes digressions ; maintenant que le tableau général a été placé sous les yeux du lecteur, je vais citer les auteurs qui, dans le passé furent les représentants de la Sagesse antique dès que sa connaissance a cessé d'être l’apanage absolu des centre d’initiation et qu’elle a commencé à se diffuser
— avec quelles précautions ? il faut lire les auteurs euxmêmes pour s’en rendre compte — parmi les intelligences éclairées de l’antiquité.
Il va sans dire que je ne m’occuperai ici que des représentants du courant occidental qui seul nous intéresse à l’heure actuelle.
Disons tout d’abord, pour établir un point de départ certain, qu’il existe, dans la tradition occidentale, deux courants philosophiques principaux : le courant pythagoricien et platonicien, formé d’hommes très érudits et savants, mais généralement opposés au mysticisme chrétien et à tendances plutôt païennes (pour les modernes)
— et le courant chrétien qui renferme presque tous les encyclopédistes de l’occultisme, et ses plus grands réalisateurs.
Afin de se reconnaître dans la foule de noms que je vais avoir à citer, j’aurais recours à la classification établie par le Dr Encausse (Papus) (1) en la modifiant légèrement pour la rendre plus claire, plus compréhensible, tant au point de vue des temps successifs qu’à celui de la transmission des idées à travers les différentes écoles.
Je ferai, de plus, remarquer que, bien avant la période
(1) L’occultisme et le spiritualisme, 1 vol. in-12, Paris 1903.
grecque, il est des quantités de noms qu’il me faudrait citer, la plupart des rois de l’antiquité, de Déjocès à Numa Pompilius, ayant été des initiés à tels ou tels Mystères ; mais je ne commencerai cette énumération — bien incomplète, d’ailleurs, et où trouveront place seulement les principaux noms, et encore, avant tous autres, ceux sous lesquels il nous reste des écrits (1) — qu’à partir de la période grecque c’est-à-dire à un moment où il est possible d'établir une classification.
a. — École pythagoricienne .
Cette école représente l’origine de la diffusion des théories mystériales, c’est-à-dire la pensée atlantéenne telle qu’elle était étudiée dans les cryptes sacrées de l’Egypte ; aussi la plaçons-nous en premier lieu, puisque elle est dérivée directement de la tradition des atlantes,
« Il faut comprendre la grandeur de la mission du Pythagore, parcourant tous les temples de l’Inde et venant ensuite organiser, aux jeux olympiques, la résistance contre les Perses, qui se préparaient à envahir l'Occident ; il faut comprendre cette mission, conçue comme la conçoivent les occultistes, pour se rendre compte du respect sacré qui s’attachera par la suite à ce titre de pythagoricien (2).
Dans cette école, nous trouvons surtout :
Pytiiagop.e (580-490) d’abord disciple de tous les maîtres d’Egypte, de l’Inde, delà Grèce, de la Phénicie et de J a Khaldée, fonda d’abord à Grotone l’école italique ; la base de sa doctrine est : — l’unité divine, absolue et primordiale, en qui il voit la monade des monades ; — l’immortalité de l’âme ; — la
(1) C'est dire qu'on ne trouvera pas, dans ces listes nombre de noms universellement connus pour être ceux d’incontestables hermétistes ; une telle nomenclature, d’ailleurs forcément incomplète, dépasserait les limites de ce volume.
(2) Dr Encausse, loc. cit.
pluralité des existences dans un but de progression — et enfin l’organisation harmonieuse de l’univers basée sur la série des nombres, à laquelle il attribuait la plus grande puissance. ( Ses œuvres.)
Ses disciples furent :
Charondas (vi® siècle), législateur de Catane (Il ne subsiste de lui que quelques fragments , probablement même apocryphes).
Aristée (vi® s.), historien et poète ( quelques fragments).
Alcmqeon (ve s.), philosophe et médecin qui enseigna la façon de disséquer les animaux pour étudier l’anatomie (La Nature des choses).
Timée de Locres (ve s.), maître de Platon. Nous possédons son Traité de Vâme du monde et de la nature , en six chapitres (1).
OEnopidas de Ghios (ve s.), qui fit connaître l’obliquité de l’écliptique, un cycle de 59 ans.
Philolaus (v® s.), à qui nous devons les notions précises que nous possédons sur le pythagorisme ; il remania le système du monde tel que l’avait établi Pythagore et aboutit à un système peu différent de celui de Copernic.
Lysis (ive s ), philosophe ( Lettre à Hipparque).
Arciiytas deTarente (ive s.), philosophe, mathématicien, général et homme d’État inventeur de la vis de la poulie et de la duplication du cube (Les Lniversaux).
Lorsque le maître et ses disciples immédiats furent disparus, le pythagorisme déclina ; et sa doctrine fut déformée par ses dépositaires ultérieurs (2) qui ne méritent plus dès lors le titre d’initié.
B. — École de l'Académie.
L'Académie a, en quelque sorte, créé la doctrine spiritualiste telle qu’elle a subsisté en Occident jusqu’à notre époque ; elle fut longtemps une pépinière d'hommes
(1) Traduit par d'Argens en 1765.
(2) Ce sont ceux qui ont transformé la pure doctrine des vies successives, en une métempsychose s'étendant jusqu'à l'animalité.
éminents par leurs vertus et leurs doctrines ; la base de son enseignement fut l’unité divine réalisée en un Dieu pur, immatériel, souverain maître du monde, et l'immortalité de l'esprit qui, après la mort de son corps, doit continuer à vivre dans un monde immatériel et invisible.
Son fondateur, Platon (430-348), était élève de Socrate, qui lui enseigna la morale, et de Timée de Locres, qui lui ouvrit les portes de la haute science ; il visita l’Italie et l’Egypte, où il se fit initier aux Mystères d’Isis. La plupart de ses œuvres nous sont parvenues, mais c’est surtout son Phédon et son Gorgias qui nous montreront en lui l’initié.
Les principaux, parmi les grands esprits sortis de l’Académie, furent :
Speusippe (ive siècle), neveu de Platon à qui il succéda dans la direction de l’Académie.
G rates d’Athènes (iv8 s.), philosophe.
Xénocrate (406-314), ami de Platon dont il tenta de concilier les doctrines avec celles de Pythagore, en réduisant les idées aux nombres. Il a laissé: Traité sur l'art de régner . De la Nature. De la Philosophie.
Axiotée, de Phthionte (m° s.), femme philosophe, se déguisa en homme pour suivre les leçons de Platon et de Speusippe.
Phormion (ii® s.), philosophe d’Ephèse.
Bien que le Dp Encausse regarde Aristote comme ayant été initié, je ne partage pas son avis. Aristote fut le plus brillant disciple de Platon, mais, rien dans ses écrits ne nous laisse penser qu’il ait étudié les doctrines ésotériques, et l’école péripatéticienne (Lycée), qu’il fonda, ne nous présente aucun philosophe ou savant que nous puissions considérer comme initié.
c. — Les Kabalistes.
Bien que, à proprement parler, on ne puisse ranger parmi les initiés proprement dits, tous les écrivains
hébraïques qui ont étudié et commenté l’œuvre de Moïse au point de vue ésotérique, nous devons cependant les regarder comme représentants de la science mystériale puisque le livre moïsiaque fut écrit par un initié, puisque nous pénétrons, à l’heure actuelle, ses sens profonds cachés sous l’écriture qui les voile, puisque eux-mêmes sont — au moins partiellement — nos guides dans ce travail de reconstitution, et puisque, enfin, le courant hébraïque joue un grand rôle dans la tradition générale de TOccident, et que les idées juives, au même titre que les théories égyptiennes sont à la base de l’occultisme européen.
Quand on parle de la Kabale, on entend généralement la kabale juive ; mais cette science est bien antérieure au mosaïsme comme on va le voir.
Ecrite comme chez les juifs par un Q (20e lettre de l’alphabet assyrien = 100) elle signifie Tradition ; écrite par un G (11e lettre du même alphabet = 20) elle a le sens de Puissance , et c’est surtout dans cette acception qu’il faut la prendre.
Chez les juifs, la Kabale provenait des Khaldéens, par Daniel etEsdras. Chez les Israélites antérieurs à la dispersion des dix tribus non juives, elle provenait des Egyptiens, par Moïse — Chez les Khaldéens comme chez les Egyptiens, la kabale faisait partie de ce que toutes les Universités métropolitaines appelaient la Sagesse, c’està-dire la synthèse des sciencesœt des arts ramenés à leur principe commun : ce principe était la Parole ou le Verbe.
Un précieux témoin de l’antiquité patriarcale prémoïsiaque déclare cette sagesse perdue ou bouleversée 3.000 ans avant notre ère. Ce témoin est Job, et l’antiquité de ce livre est autologiquement signée par la position des constellations qu’il mentionne : « Qu’est devenue la Sagesse ? Où donc est-elle ? » dit ce patriarche.
Dans Moïse, la perte de l’unité antérieure, le démem-
brement de la Sagesse patriarcale sont indiqués sous le nom de division des langues et d’Ere de Nimroud. Cette époque khaldéenne correspond à celle de Job.
Un autre témoin de l’antiquité patriarcale est le Brahmanisme. 11 a conservé toutes les traditions du passé, superposées comme les couches géologiques de la terre. Tous ceux qui l’ont étudié au point de vue moderne ont été frappés de ses richesses documentaires et de l’impossibilité où sont leurs possesseurs de les classer d’une manière satisfaisante, tant au point de vue chronologique qu’au point de vue scientifique. Les brahmes du Népaul font remonter au commencement du Kaly-Young la rupture de l’antique universalité de l’unité primordiale des enseignements.
Cette synthèse primitive portait, bien avant le nom de Brahma, celui d’Ishva-Ra, Jésus-Roi : Jésus, Rex Patriarcharum. disent nos litanies. C’est à cette synthèse primordiale que Jean fait allusion au commencement de son évangile.
L’oubli de la Sagesse patriarcale date de Krishna, le fondateur du brahmanisme, et de sa Trimourti. Là encore il y a concordance entre les Brahmes, Job et Moïse, quant au fait et quant à l’époque.
Depuis ce temps babélique, aucun peuple, aucune race, aucune université n’a plus possédé qu’à l’état de débris fragmentaires, l’ancienne universalité des connaissances divines, humaines et naturelles, ramenées à leur principe, le Verbe-Jésus. Saint Augustin désigne sous le nom de Religio ver a cette synthèse primordiale du Verbe.
La Kabbale rabbinique, relativement récente comme rédaction, était connue de fond en comble, dans ses sources écrites ou orales, par les adeptes du premier siècle de notre ère. Elle n’avait certainement pas de secret pour un homme de la valeur et de la science de Gamaiiel. Elle n’en avait pas non plus pour son premier et préémil’occultisme et la science
nent disciple Paul, devenu l’apôtre du Christ ressuscité.
Or, voici ce que dit Paul (1 Cor. II, 6 scq).
« Nous prêchons la Sagesse aux parfaits, non la Sagesse de ce monde, ni des princes de ce monde qui se détruisent; mais nous prêchons la Sagesse de Dieu renfermée dans son Mystère, cette Sagesse qui était demeurée cachée, que Dieu, avant tous les siècles, avait prédestinée pour notre gloire, etc. (1).
On voit, d’après ce qui précède, que tous les écrivains juifs, jusqu’aux temps modernes, ont touché à l’occultisme. Dans l’impossibilité de les citer tous nommément, je me contenterai de rappeler les principaux d’entre eux.
Daniel (vu* siècle), prophète ( Livre de Daniel).
Esdras(Ezra) (v® s.), docteur (Livres d'Esdras).
Hillel le saint ( iers. av. J.-C.), président du Sanhédrin (Ascension de la Bible).
Hillel l'ancien (i®r s. av. J.-C.), le plus aimé et le plus vénéré des docteurs juifs (Préceptes moraux , dans le Talmud).
Gamaliel Vancicn (i0r s. ap. J.-C.), docteur, maître de l'apôtre Paul.
Onkelos (i®r s. ap. J.-C.), condisciple de l’apôtre Paul (7argum).
Akiba (ii® s.), célèbre rabbin.
Juda-Hakkadosch (ii® s.), rabbin, fondateur de l’école de Tibériade ( Mischna ).
Simon* ben- Jok ai (ii® s.), rabbin, regardé comme le chef des Kabalistes ( Zo-har ) (2).
Hillel le prince (m® s.), docteur auteur d’un cycle de 19 ans. Origène le consultait souvent.
(1) Saint-Yves d'Alveydre. Note sur la tradition cabalistique, dans la Préface de la Cabbale, par Papus (1 vol. in- 8°). Paris, 1903.
(2) « Une chose nous a toujours frappé : c'est que, dans le Zohar, ce principal code de la cabale, il se rencontre des traditions relatives aux sciences physiques, et que ces traditions sont parfaitement d’accord avec les découvertes des plus profonds génies des temps modernes. Les Pères de l'Eglise, Pline l'Ancien et de nombreux savants attestent, par leurs écrits, l'antiquité de la cabale» (Chev. Drach, rabbin converti, Harmonies, I, p. XV).
Juda-Rab (ii® s.), docteur, chef d’école (Partie de la Gemara de B a by lotie).
Asser (iv® s.), docteur {Talmud de Babylone).
Aze (vi® s.), docteur (compilateur du Talmud de Babylone).
Ananus (viii® s.), rabbin, restaurateur des Caraïtes.
Aaron-ben-Aser (xe s.), rabbin et chef d’école.
Saadias-Gaon (xe s.), rabbin ( Traduction arabe de l'ancien Testament. Commentaires , etc.)
Abraham-ben-R.-Chija (xi* s.), rabbin ( Sphera mundi ).
Juda-Hioug (xi® s.), rabbin et médecin.
Nathan-ben- J échiel (xie s.), rabbin ( Aruch , dictionnaire talmudique).
Haschi (xi® s.), le plus célèbre rabbin de France ( Commentaires , etc.).
Benjamin de Tudèle (xii® s.), rabbin et voyageur ( Relations ).
Chasdaï (xii® s.), rabbin (Traduction hébraïque d'un ouvrage arabe imité du Phédon).
Gavirol (xii® s.), rabbin, philosophe, astronome (Correction des mœurs. Choix de perles , etc.).
Kharizi (xii® s.), rabbin, voyageur (Tachkémoni (traités divers ).
Maimonide (xii® s ), rabbin, médecin (Commenl aires sur la Mischna. La Main- forte, abrégé du Talmud).
Les trois Tibbon (xii® s.), rabbins (Traductions diverses dp l'arabe).
Eléazar (xiii® s.), rabbin (Le livre du droguiste (mystique). Le livre du pécheur. Commentaire de Ruth).
Gerson-ben-Salomon (xiii® s.), rabbin (La Porte du Ciel).
Manassès-ben Joseph-ben-Israel(xiii®s.), savant rabbin ( Conci liator. Thesoro).
Nathan-ben-Jéciiiel (xiii® s.), savant rabbin (Dictionnaire talmudique).
Lévi-ben-Gerson (xiv® s.), rabbin, médecin et philosophe (Les guerres du Seigneur. Commentaires bibliques).
Abrabanel (xv* s.), savant rabbin (Commentaires).
Beschitay (xv® s.), auteur du Manteau d'Élie.
Farissol (xv® s.), rabbin (Traité des chemins du monde).
Péripot-Duran (xv® s.), rabbin ( Les fondements de la loi).
rr.
RevenonsràU'ésotérisme occidental,
D. — Néo-Pythagorisme.
Nous avons vu que l’école pythagoricienne après la mort du maître et de ses disciples immédiats avait rapidement dévié et était arrivée à pratiquer un ensemble de doctrines, que de son vivant, Pythagore eût complètement reniées. Cependant au Ier siècle, cette école jeta un nouvel éclat sous le nom de Néopythagorisme et nous présente un certain nombre d'initiés et d’ésotéristes remarquables, parmi lesquels nous citerons :
EuxèNEd’Héraclée(ier siècle après J.-C.), un des maîtres d’Apollonius de Tyane.
Apollonius de Tyane (ir s.), assez versé dans la phénoménalité transcendantale pour que ces contemporains lui aient attribué le don des miracles et que plus tard, Alexandre Sévère l’ait placé au rang des dieux. Nous avons de lui une Apologie h Domitien, et Philostrate, deux siècles plus tard, a écrit le récit de sa vie (Apologie. Lettres ).
Anaxilas de Larisse (ier s.J, philosophe romain. Accusé de magie et exilé pour ce motif.
Moderatus de Gadès (ier s ), philosophe grec (Exposé du système philosophique de Pythagore).
Nicomaque de Gérasa (ier s.), mathématicien (Vie de Pythagore. Étude de l'arithmétique. Manuel d'harmonie).
Et surtout Apulée (114-190), qui, à une époque où l’enseignement des sanctuaires était bien tombé, depuis que la conquête romaine avait détruit la plupart d’entre eux et où, par suite, le serment de discrétion n’avait plus guère de sanction effective, ne craignit pas de révéler ouvertement l’ésotérisme des grands Mystères. Parmi les œuvres spéciales que nous possédons de lui, je citerai ses Traités sur la doctrine de Platon son Dieu de Socrate, son Apologie , ses Métamorphoses, ou l’épisode de Psyché nous dévoile, sous une forme encore mythique, un des principaux enseignements mystériaux relatifs à l’âme.
Vers la même époque, n’oublions pas Antiochus d’Ascalon (i0r sT qui, se rattachant à la fois au Platonisme et au Pytagorisme primitifs, renouvela la tentative de Xénocrate de concilier les deux doctrines, en ramenant aux nombres les idées platoni¬
ciennes.
E. — Néo-Platonisme.
Les idées platoniciennes n'avaient pas dévié au cours des âges, comme celle du Pythagorisme ; mais, au début de notre ère où Alexandrie d’Egypte, à la limite entre le monde oriental et le monde occidental, était le principal centre philosophique de la civilisation du temps, le platonisme se trouva en contact avec le mysticisme oriental issu, pour partie, des grandes théories hindoues représentées par le courant Egyptien, et, pour partie, du courant du mazdéisme persan et d’autres théories mystériales de l’Orient moyen. lien résulta que certains héritiers des idées platoniciennes voulurent tenter une fusion entre ces deux doctrines : c’est ce qui constitua le néo-platonisme, dont les plus brillants représentants, parmi tous ceux que nous pouvons revendiquer comme nôtres, furent :
Arius Didymus (ior siècle après J. -G.), philosophe grec, vivait à Rome où il a composé divers écrits.
Arria (iers.,)initiée, femme de P. Terasca, voulut suivre dans la mort son mari condamné par Néron.
Plutarque (50-140), de qui, dans ses Moralia , le traité particulièrement D'Isis et d'Osiris , renferme et divulgue, sous des apparences badines, de bien profondes vérités.
Albînus (ii® s.), philosophe, un des initiateurs de Galien (Introduction aux dialogues de Platon).
Maxime de Tyr (ii® s.), philosophe et voyageur (41 Discours sur les plus hautes questions de philosophie).
Taurus Cavisius (ii® s.), philosophe, un des maîtres d’Aulu- Geile.
Ptollmée d’ Alexandrie (ii® s.), le créateur du système planétaire qui porte son nom, et de qui la Syntaxe mathématique, plus connue sous le nom de Almageste , prouve des connaissances transcendantales qui n’ont pu être acquises qu’au contact d’un détenteur de la science mystériale.
F. — Ecole cT Alexandrie.
Cette école dérive directement du néo-platonisme avec lequel on la confond souvent ; mais elle s’en distingue cependant en ceci que le néo-platonisme se répandit rapidement dans l’empire, portant avec soi les idées premières du courant, tandis que, sur place, l’Ecole d’Alexandrie se rapprochait déplus en plus des théories mystériales au point que nous pouvons à bon droit regarder chacun de ses maîtres ou de ses disciples, comme un ancêtre direct de l'occultisme contemporain. Je n’indiquerai donc que les principaux d’entre eux.
Numénius d’Apamée (ii® s.), philosophe chrétien; il ne reste que des fragments cle ses œuvres.-
Ammonius Saccas (ii® s.), qui aurait, dit le Dr Encausse, doté le christianisme de tout son rituel dont le principe est tiré du Mazdéisme. IJ chercha d’abord à établir l’harmonie entre les doctrines d’Aristote et de Platon en ce qu’elles ont d’essentiel et de fondamental. Il fonda l’école éclectique et compta, parmi ses disciples, Plutarque, Hérénius, Plotin, Long-in et Origène qui, par la doctrine qu’il enseigna, peut être regardé comme l’ancètre du spiritisme de notre époque.
Plotin (203-270) alla en Perse et dans l’Inde étudier la philosophie orientale, et vint enfin ouvrir à Rome une école. Sa doctrine était que le but de la philosophie est l’union immédiate de l’âme humaine avec Dieu, et que la contemplation et l’extase sont les moyens d’arriver à cette union. Cette doctrine donna lieu à deux courants traditionnels : l’un oriental, dirigé par Amélius, et l’autre, occidental, confié à Porphyre. Ses œuvres nous sont parvenues sous le titre général de Ennéades.
Porphyre (223-305), disciple d’Origène, de Longin, d’Apollonius et de Plotin à qui il succéda dans son enseignement occidental et dont il fut le zélé commentateur, tout en paraissant cependant se rapprocher de Platon. Ses œuvres nous sont parvenues, mais sans jamais encore avoir été réunies.
Amelius (ni® s.), successeur de Plotin à la tête du courant oriental, où il développa surtout la pratique mystique.
Jambliqüe (iv® s.), surnommé, par Julien, le Platon de son siècle ;
il succéda à Porphyre dans la direction de son école ( Ses œuvres )...
Adhésius (iv0 s.), succéda à Jamblique dans la direction du courant occidental créé par Plot in.
Eusthatius (iv® s.), continateur d'Adhésius ( Traité sur la pythonisse ).
G. — Ecole d'Athènes .
L’école d’Alexandrie, qui joua un si grand rôle dans la diffusion des doctrines mystériales, donna lieu, au iv6 siècle, à la fondation d’une école similaire, quoique moins brillante, à Athènes, et dont les représentants les plus connus furent :
Son fondateur, Plutarque d’ATHÈNEs (356-436).
Sa fille Asclépigénie (ve s.), qui forma un certain nombre de disciples.
Syrianus (iv® s.), philosophe et grammairien maître de Proclus ( Commentaires sur la métaphysique d Aristote).
Hiéroclès (v0s.), autour de plusieurs ouvrages philosophiques dont le principal est son remarquable commentaire des Vers dorés de Pylhagore.
Hypatie, fille de Théon d’Alexandrie (370-415), à qui elle succéda dans sa chaire de mathématiques. Oreste, gouverneur d’Alexandrie, avait pour elle la plus grande considération. L’ésotérisme mystérial qu’elle professait et diffusait autour d’elle la fit accuser par les chrétiens de vouloir rénover le vieux paganisme, et elle périt dans une sédition religieuse.
Olimpiodore (vi® s.), philosophe Alexandrin ( Commentaire sur le premier Alcibiade. Vie de Platon).
Damascius (vie s.), fut, avec le précédent, parmi les derniers et le plus brillants chefs de cette école ( Traité des Principes Histoire des principaux éclectiques).
Julien (331-363), empereur, dit l’apostat, se rattache à cette école [Lettres).
H. - Courant chrétien.
Pendant que surgissaient successivement ces grandes écoles et ces maîtres éminents qui faisaient rayonner autour d’eux les enseignements mystériaux après la
disparition des centres initiatiques eux-mêmes, le Christianisme naissait en Judée, se diffusait, envahissait progressivement toutes les provinces de l’empire. Lui aussi devait donner naissance à des hommes destinés, à certains points de vue, à représenter et à répandre, en leurs temps, les idées sur lesquelles se hase l’occultisme actuel. Nous avons déjà rencontré un certain nombre de maîtres qui, formés surtout par l’école d’Alexandrie, héritière directe elle-même des doctrines initiatiques, devaient ensuite apporter les théories dont ils étaient détenteurs à l’Eglise naissante, encore indécise et cherchant à établir son dogme définitif : tel fut, entre autres, Origène, un des plus puissants esprits de son époque.
Mais, antérieurement et dès les débuts de la nouvelle croyance, nous y trouvons des représentants de la Sagesse mystériale.
Tout d’abord le disciple préféré de Jésus, Jean, l'auteur de Y Evangile et de Y Apocalypse.
A l'heure actuelle la critique n’admet pas que ces deux ouvrages puissent être sortis de la même plume, car il y a un abîme entre l’évangile, tout débordant d’une douceur divine à force d’être exquise et pénétrante, et l’apocalypse avec ses terrifiantes menaces et l’horreur de ses gouffres de feu. 11 n'importe, et quels qu’en soient les auteurs, ces deux livres, bien qu’à des titres différents, sont éminemment représentatifs de la pensée mystériale.
Après la mort du Maître divin, Jean gouverna plusieurs églises d’Orient, et, par suite, dut quitter la Judée et voyager dans ces pays. Simple pêcheur avant d’avoir suivi le Christ, il dut rapidement se rendre compte que, comme conducteur de fidèles, il lui fallait acquérir un certain fond d’idées générales destinées à étayer l’enseignement qu’il avait reçu de Jésus, et, sans aucun doute, au cours surtout de ses premières pérégrinations, il alla entendre les maîtres qui, ici ou là, professaient la philo-
Sophie. Où que ce soit qu’il en ait acquis la notion, il est certain que son évangile est entièrement établi sur la théorie du Logos , répandue dans le public par l’école d’Alexandrie qui, elle-même, le tenait des antiques doctrines professées aux Mystères d’isis, à This, à Philæ, à Tentyris, à Busiris et surtout à Memphis.
Quant à l’Apocalypse, outre qu’elle renferme certaines idées qui sont purement de la tradition occultiste occidentale (1), elle est presque entièrement composée en écriture pantaculaire qui était absolument le mode graphique des Mystères sacrés et qui ne se rencontre pas ailleurs que dans l’occultisme, héritier de la Science sacrée de l’antiquité. Avec une différence, cependant : au lieu de dessiner les pantacles eux-mêmes, ce qui eût rendu son enseignement incompréhensible aux fidèles non initiés, Jean les a décrits, ce qui, tout en laissant subsister l’enseignement secret qu’ils voilent, permet à chacun d’en prendre connaissance et de creuser plus facilement les vérités qu’ils cèlent. Que sont, en effet, la vision de la Majesté célébrée par les quatre animaux et par les vingtquatre vieillards — et la vision du livre scellé, et l’ouverture des sceaux, — et la vision de la bête — et la vision de la femme grosse et du dragon? Et, en lisant la description des quatre animaux (IV, 6-7), n y reconnaît-on pas aussitôt le sphinx d’Egypte, gardien des souverains Mystères?... Au point qu'il a été fait des reconstitutions pantaculaires de l’Apocalypse (2) que nous étudions de la même façon que, par exemple, les vingt-deux arcanes majeurs du Tarot. L’apocalypse de Jean renferme, de plus, des éléments astrologiques qui ont été mis en lumière à une époque toute récente (3).
(1) Cf. par exemple la théorie de l'Agneau avec ce qui a été dit plus haut de Ram.
(2) V., entre autres, Les Visions de l'apocalypse (reconstituées par W.-H Watson) 1 vol. in-4°, oblong, Paris, S. D. chez Dentu.
(3) V. BoIJ, a us der Offenbarung, 1914.
D’autre part, l’apôtre Paul est indéniablement le représentant, dans l’Eglise; de la conception qui, partout et dans tous les temps, a caractérisé les écoles d’occultisme, et se retrouve dans tous les courants les plus divers de la doctrine, le Ternaire humain , c’est-à-dire la division de Phomme en esprit qui pense, et organisme qui agit, réunis par un intermédiaire plastique, Y âme; c’est même lui qui, bien que l’Eglise fasse aujourd’hui le silence sur cette théorie, a le plus contribué à la diffusion, dans le public, de la constitution trinitaire de l’homme. Or, nous savons que Paul ne fut ni un grossier publicain ni un pêcheur de poisson; on nous dit qu’il était tisserand : cela ne signifie rien, car nous savons que, pour obéir à la loi, les familles aisées de la Judée faisaient apprendre un métier manuel à tous leurs enfants. En réalité, Paul sortait d’un milieu important, riche et instruit. Lui-même lisait les écritures sacrées dans le texte hébræo-chaldaïque primitif, alors que l’hébreu n’était plus qu’une langue morte, remplacée depuis longtemps, dans le peuple, par l’araméen; de plus, ce qui nous donne la mesure de son instruction, c’était un hellénisant distingué (ses écrits en font foi), bien que tout ce qui touchait à la grécité fût tenu en profond mépris par les juifs de son époque ; il avait donc dû, de toute évidence, fréquenter des écoles grecques et des maîtres imbus des idées alexandrines, de qui, vraisemblablement, il a reçu la doctrine mystériale du ternaire humain.
Dès le premier siècle, deux grands courants se partagèrent la doctrine naissante : la Gnosis (science) et la Pistis (Foi). Les disciples immédiats du Christ avaient été des simples et des humbles qui se contentaient de croire à la parole du Maître et de répandre son enseignement moral; mais peu à peu la nouvelle religion s’acquit des croyants d’ordre plus relevé, et, dès lors, se haussa en conséquence au niveau de leur intellectualité. Les paroles
du Christ, ou du moins les souvenirs que l’on en gardait ne concordaient pas toujours entre eux, et si, parmi les fidèles, les uns s’inclinaient pieusement devant renseignement donné, sans regarder au delà, il en était d’autres, les chrétiens instruits — de plus en plus nombreux — , qui cherchaient la cause de ces discordances et établissaient des comparaisons avec les doctrines profanes enseignées par les écoles, et les grands systèmes philosophiques de l'époque; en un mot, les uns croyaient avec leur cœur, les autres voulaient croire avec leur raison : de là les deux courants dont il vient d’être question.
Tout d'abord, ce fut la Gnose qui guida l’Église ; et alors naquirent les grandes intelligences qui, telles qu’Origène, établirent son dogme et stabilisèrent sa doctrine ; mais peu à peu, la Gnose faisait des progrès qui la conduisaient toujours plus loin; et il faut reconnaître que certains novateurs — les Àdamites au point de vue de la morale, les Carpocratiens au point de vue social, etc. — tentaient de l'entraîner dans des voies qui n’étaient plus celles du Christ. Dès lors, elle rompit avec la Gnose — complètement, ce qui fut un mal, car elle y a perdu les clés de certains de ses livres, notamment de l’Apocalypse dont le sens aujourd'hui lui échappe.
Mais si l’Eglise se renferma dans la foi pure qui la conduisit rapidement au Credo quia absurdum d’Augustin, en dehors d'elle, les Gnostiques purs — et non les Gnostiques dévoyés — qu’elle avait tous indistinctement repoussés en masse, sans même faire un prudent départ entre le bon grain et l’ivraie, continuaient à chercher l’appui de leur foi sur la base des doctrines philosophiques et scientifiques de leur époque. C’est donc chez eux que nous rencontrons encore quelques représentants des théories mystériales.
Simon le Mage (I#r siècle) est quelque peu légendaire; beaucoup pensent que ce personnage n’est autre que l’apôtre Simon.
Pierre travesti par les Pauliniens (1); mais, s’il a réellement existé, les phénomènes merveilleux qui lui sont attribués forcent à le ranger parmi les principaux initiés de son temps.
Gérinthe (ier s.), distinguait, dans le Christ, L’esprit de la. matière.
Saturnin (ier s.) disciple de Simon le Mage, fut le principal Kabaliste de la Gnose et professa une doctrine unissant celle de Ménandre aux idées de Platon et de Philon.
Bardesane (11e s.) dont le gnosticisme inclinait beaucoup vers le manichéisme.
Basilide (11e s.) inventeur des talismans connus sous le nom d 'Ahraxas.
Valentin (11e s.) enseigna une doctrine basée sur le Christianisme dont il combinait les théories avec celles du platonisme où il mêla quelques idées du Zend-Avesta; il fut le chef de l’école gnostique d’Alexandrie et son livre Pislis Sophia est, aujourd’hui encore, un des classiques de l’occulte.
Carpocrate (h6 s.) fit entrer les principes de la magie dans les théories religieuses.
Marcion (11e s.) niait l’incarnation du Verbe et basait la foi sur les enseignements mystériaux.
Manès (111e s.) eut le tort immense d introduire dans la croyance chrétienne un mauvais principe qu’il représentait en continuel antagonisme avec la Divinité, mais au moins, comine les deux précédents, il s’est efforcé d’unir la foi à la philosophie et à la science.