I. — Les Alchimistes
Nous voici arrivés en plein Moyen Age, à une période de l’histoire où l’Eglise, devenue toute puissante, n’admet plus de savoir humain en dehors d’elle-même, ni de science qui ne soit basée uniquement sur les livres saints. C’est alors que tout ce qui est connaissance profane, tout ce qui est vestige du haut enseignement mvstérial devient réellement l’occultisme, la science cachée dont tous les fervents sont, par cela même, tenus en suspicion par l’auto-
(1) On sait qu'au I*r siècle, il y eut un antagonisme absolu, pour ne pas dire une lutte acharnée, entre les Pétriniens (disciples de Pierre) et les partisans de Paul.
rité ecclésiastique, et voués tôt ou tard à la potence ou au bûcher. Dès lors la doctrine sacrée des vieux sanctuaires écroulés évite toute clarté, chemine dans l’ombre, et suit trois voies qui ne ressemblent en rien aux grandes écoles philosophiques de l’antiquité : l’alchimie, pour les fervents de la nature terrestre, l’astrologie pour ceux qui cherchent à pénétrer les arcanes des cieux, et enfin la magie — qu'au jourd’ hui nous appelons l’hyperphysique — pour les investigateurs des mystères, au delà de l’homme tel qu’on le connaît, au delà de la nature tant terrestre que sidérale, poursuivant les possibilités du sur-homme, ou abordant les arcanes de la sur-nature. Et, durant cette période, la haute science mystériale devient l’apanage presque exclusif des alchimistes, des astrologues et de ceux qu’on appelait alors des magiciens et que maintenant nous appelons des magistes.
Nous allons examiner successivement ces trois cheminements.
L’alchimie aujourd’hui, dans le recul des temps, nous apparaît avoir été presque uniquement la doctrine des chercheurs d’or... Allons au fond des choses.
L’alchimie reposait sur deux principes essentiels qui étaient professés par les antiques initiations : l’unité de la matière à laquelle vient de se rallier la science officielle — et l'unité de l’énergie vers laquelle s’acheminent en ce moment les doctrines officielles; en un mot les alchimistes se proposaient un but multiple : pénétrer, dans tous les sens, les secrets de la nature en s’appuyant sur ce qui était parvenu jusqu’à eux de la Sagesse antique.
Parmi eux, ceux qui étudiaient surtout l’unité de la matière, cherchaient la transmutation des métaux et, par suite, la création des métaux rares et précieux; ceux-ci s’appelaient surtout des souffleurs. Ceux, au contraire, qui creusaient plutôt la théorie de l'unité des forces, se
basant sur le truisme mystérial que la vie est la force, primordiale, voulaient résoudre le problème de la création de la vie : ils cherchaient donc à réaliser l’élixir dans la composition duquel entrait la Pierre philosophale qui, considérée comme le ferment universel delà nature, était également cherchée par les souffleurs pour transmuer les métaux.
En somme il a existé, de tous temps deux catégories d’alchimistes : les alchimistes proprement dits, qui étudiaient la vie, et les souffleurs qui cherchaient la création de l’or : c’est ce qu’explique très bien Becher dans sa Physica subterranea (1) : « Les faux alchimistes ne cherchent qu’à faire de l’or ; les vrais philosophes ne désirent que la science ; les premiers ne font que teintures, sophistications, inepties; les autres s’enquièrent des principes des choses ». Malheureusement les souffleurs sont seuls connus du public et ont fini par englober tous les alchimistes dans leur propre discrédit.
En effet, si l’on cherche dans un dictionnaire une définition de l’alchimie, on trouve à peu près ceci : « Science chimérique recherchant la Pierre philosophale et la Panacée universelle. » A ce titre, les dictionnaires devraient définir la médecine : « Science chimérique recherchant la guérison des cors aux pieds », car, en alchimie, la Pierre philosophale ne tient pas plus de place que les cors aux pieds en médecine.
L’Alchimie est la science de la Vie, de la Vie dans les trois règnes; elle a pour but de séparer le principe actif de la matière inerte : c’est la métaphysique de la chimie comme l’astrologie est la métaphysique de l’astronomie. Elle étudie les causes et les principes, la loi universelle et éternelle de l’Evolution qui change insensiblement le plomb en or et perfectionne l’homme malgréjui.
(1) Francfort, 1669, in-8.
Avec le règne minéral, elle est simplement chimie, elle rêve de transmuer les métaux et les métalloïdes. Avec le règne végétal, elle devient agriculture, elle greffe, elle veut ressusciter, arriver à la palingénésie. Avec le règne animal, elle devient thérapeutique, médecine, elle veut obtenir la subtile quintessence des choses, leur véritable concentration vitale, elle rêve de distribuer la Vie, d’enfanter l 'homunculus, de prolonger l’existence, grâce à la Panacée. Enfin, avec le règne divin, l’alchimie devient herméneutique, elle enseigne à convertir le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ (1). On le voit, toujours l’alchimie s’occupe de transfuser la vie : elle n’ordonne pas au plomb de se transmuer en or, elle cherche seulement à extraire la vie d'un corps pour la donner à un autre.
Comme la plupart des sciences, l’alchimie est née dans l’antique Égypte. A l’origine, la connaissance en était réservée aux prêtres et aux initiés qui n’opéraient qu’avec le plus grand mystère, dans le silence des sanctuaires. Après la conquête romaine, les secrets passèrent aux néoplatoniciens et aux gnostiques : c’est de cette époque (11e et ni6 siècles de notre ère) que date véritablement l’alchimie, et c’est alors que furent écrits les premiers traités alchimiques ; mais la science devait remonter loin dans le passé, car, dès lors, elle est constituée de toutes pièces et ses théories traverseront les âges sans changer, jusqu’à notre grand Lavoisier.
Puis les Barbares envahissent l’Europe : les sciences, les arts, les lettres sont morts en Occident. C’est en Orient que nous les retrouvons aux mains des Arabes. Leurs chimistes, observateurs patients et opérateurs habiles, accrurent le domaine de la science et la débarrassèrent
(1) La vie devrait être présente dans le sacrifice de la messe : ce fut le concile de Nicée qui décida de se ccntenter du simulacre de la présence. V. Schwaéblé, Cours pratique d* Alchimie, 1 br. in-8, Paris, S. D.
de ses éléments étrangers, magie, cabale et mysticisme. Avec les Arabes, finissent les débuts de l’alchimie : elle va désormais marcher à grands pas vers son apogée.
Dans l’Europe, débarrassée des terreursde l'anMille, il y eut comme une sorte de renaissance : les croisades avaient permis à l'Occident d'acquérir gloire et science, — au moins partielle et rudimentaire — ; mais, ce que les croisés rapportèrent de plus précieux, ce furent les œuvres d’Aristote et les traités des alchimistes arabes.
La Philosophie prit un nouvel essor, et l’Alchimie compta en Europe ses premiers grands maîtres, Albert le Grand, Roger Bacon, saint Thomas d’Aquin, Raymond Lulle... La voie était désormais largement ouverte, non seulement à l’alchimie, mais à toutes les sciences d’observation : Roger Bacon et Albert le Grand n’avaient-ils pas substitué l’expérience à l’autorité des anciens ? Alors (xive et xve siècles) les alchimistes se multiplient, surtout en Angleterre, en France et en Allemagne.
Avec Basile Valentin, nous entrons dans une ère nouvelle, et l’alchimie tend au mysticisme ; elle s’allie de nouveau, comme dans son enfance, avec la cabale et la magie, en même temps que la chimie proprement dite apparaît, et, peu à peu, se sépare de sa mère. Le représentant le plus illustre de l’alchimie au xvi0 siècle est Paracelse.
Au xvii* siècle, l’alchimie est dans tout son éclat ; des adeptes sillonnent l’Europe, démontrant la vérité de la science d’Hermès par des transmutations vraiment étonnantes. Véritables apôtres, vivant pauvrement, se cachant sous une misérable apparence, ils vont par les grandes villes, ne s’adressent qu’aux savants, avec le seul désir de démontrer la vérité de l’alchimie par les faits, et c’est ainsi que van Helmont, Bérigard de Pise, Crosset de la Haumerie, Helvétius furent convertis â l'alchimie. Mais, dès lors aussi, la soif de l'or s’empare du monde entier :
tous les couvents ont un laboratoire ; les princes et les rois, en compagnie d’alchimistes à gages, travaillent au grand œuvre ; les médecins surtout et les apothicaires s’adonnent à l’hermétisme, et les traités d’alchimie paraissant à cette époque sont innombrables.
Un siècle plus tard, au xvni®, la chimie s’est constituée comme science et Talchimie est en pleine décadence ; elle a bien encore ses partisans, mais ils se cachent déjà pour travailler, et on les regarde comme des insensés. Il n’y a plus d’adeptes, on réimprime les traités anciens, les nouveaux ouvrages ne sont plus que des compilations sans valeur, et l'alchimie tombe dans le charlatanisme avec Cagliostro.
Aujourd’hui, cependant, un regain de faveur jaillit sur elle et l’illumine : ses trois principales théories, l’unité des forces, l’unité de la matière et l’unité de la vie sont ou admises ou étudiées par la science contemporaine (1).
Il nous faut dire maintenant quelques mots des principaux problèmes dont l'alchimie poursuivait la solution.
Le premier et le principal consistait dans la préparation d’un composé nommé élixir, magistère, médecine, pierre philosophale, doué de la propriété de transmuer les métaux ordinaires en or ou en argent. La pierre philosophale n’eut d’abord qu'un simple pouvoir transmutatoire sur les métaux, mais plus tard les philosophes hermétiques lui reconnurent une foule d’autres propriétés : produire des pierres précieuses, guérir toutes les maladies, prolonger la vie humaine au delà des limites ordinaires, donner à celui qui la possède la science infuse, le pouvoir de commander aux puissances célestes, etc.
Les premiers alchimistes n’avaient pour but pratique que la transmutation des métaux ; mais plus tard ils se proposèrent plusieurs autres problèmes. Dans leur orgueil,
(1) V. A. Poisson, Théories et symboles des alchimistes , 1 vol. pet. in-8° carré, Paris, 1891.
l’occultisme et la science 25
ils crurent pouvoir s’égaler à Dieu et créer de toutes pièces des êtres animés. Déjà, suivant la légende, Albert le Grand avait construit un automate en bois, un androïde auquel il avait donné la vie par des conjurations puissantes. Paracelse alla plus loin et prétendit créer un être vivant en chair et en os, Yhomunculus ; on trouve dans son traité De naturel rerum (1) la manière de procéder : « Dans un récipient, on place différents produits animaux ; les influences favorables des planètes et une douce chaleur sont nécessaires pour la réussite de l’opération. Bientôt une légère vapeur s’élève dans le récipient, elle prend peu à peu la forme humaine, la petite créature s’agite, elle parle, 1* homunculus est né. » Paracelse indique très sérieusement le parti que l’on en peut tirer et la façon de le nourrir.
Les alchimistes — ou plutôt les souffleurs — cherchaient encore l’alkaëst ou dissolvant universel, qui devait dissoudre tous les corps gu’on y plongeait.
La palingénésie peut, comme conception, être rapprochée de l’ homunculus ; c'était une opération par laquelle on reconstituait une plante avec ses seules cendres. Kircher, dans son Mundus subterraneus (2) a indiqué la façon de faire renaître une fleur de ses cendres.
Les alchimistes essayèrent aussi de recueillir Spiritus mundi , l’esprit du monde. Cette substance, répandue dans l’air, saturée des influences planétaires, possédait une foule de propriétés merveilleuses, celle notamment de dissoudre l’or. Ils la cherchaient dans la rosée, dans le fïos cœli , ou nostoch, sorte de cryptogame qui apparaît après les grandes pluies.
Le problème de la quintessence était plus rationnel : il s’agissait d’extraire, de chaque corps, les parties les plus
(1) Œuvres , données par G. Dorn, 1568-1573.
(2) 2 vol. in-f., Amsterdam, 1665.
actives, ce qui eut surtout pour résultat immédiat le perfectionnement des procédés distillatoires.
Enfin, les alchimistes cherchaient l’or potable. Suivant eux, For, étant un corps parfait, devait être un remède énergique et communiquer à l’organisme une résistance considérable à toutes sortes de maladies (1).
Gomme on le voit, les alchimistes — ou plutôt les souffleurs — ne manquaient pas de sujets pour exercer leur patience ; mais les véritables alchimistes, les philosophes hermétiques ne faisaient guère que de la science abstraite, cherchant et creusant les grandes théories des trois unités : de la matière, de la force et de la vie (2).
Voici maintenant les principaux noms dont s'enorgueillit l'alchimie :
Période de formation, ou de I’art sacré (IIe-VIQ siècles).
Zozime-le-Panapolitain, initié aux Mystères d’Égypte, le créateur et premier maître de l’alchimie profane. ( Les fourneaux et instruments . La vertu et la composition des eaux. L'eau divine. L'art sacré de faire de l'argent).
Marie-la-Juive initiée aux grands Mystères de Memphis, disciple de Zozime ( Discours sur la pierre philosophale ).
Pélage {L' Art sacré).
Pseudo-DÉMOCRiTE ( Physiques et mystiques).
Synesius ( Commentaires sur le livre de Démocrite).
Olympiodore ( Commentaires sur l'art sacré et la pierre philosophale).
Cosmas-le-solitaire {Interprétation de la science de chrysopéé).
Cléopâtre : La chrysopéé.
Période arabe (W/e-Ae siècles).
Geber (La somme de perfection • Le livre des fourneaux) .
Avicenne {Révélation de la pierre physique).
Rhasès {Le livre des lumières).
(1) V. A. Poisson, cit. sup.
(2) Pour comprendre toute la profondeur des théories alchimiques, il convient de lire La, science alchimique , par A. Poisson (un des principaux alchimistes de notre époque), 1 vol. pet. in-8° carré, Paris, 1904.
Calid ( Le livre des trois paroles . Secret d'alchimie).
Morien (De la transmutation des métaux).
Abenzoar, maître d’Averrhoës ( L'assistance ).
Période européenne (XI9-X Ve siècles).
Artéphius (Clé de haute science. Traité secret de la pierre philosophale).
Alain de Lille ( Sur la pierre philosophale).
R. Fludd médecin anglais (Œuvres).
Albert-le-Grand (De l'alchimie . Concordance des philo sophes. Le composé des composés. Le livre des huit chapitres).
Roger Bacon (Traité du don de Dieu. Miroir d'alchimie).
Saint-Thomas d’Aquin (Secret d'alchimie).
Jean de Meung (Complainte de nature k l'alchimiste errant).
Raymond Lulle (La clavicule. Résumé de l esprit de la transmutation. Elucidation du testament . Vade mecum).
G. Riplée (Moëlle d' Alchimie. Traité des douze portes. Traité du mercure).
Northon ( Crois-moi ).
Jehan de la Fontaine (La fontaine des amoureux de science).
Bernard le Trêvisan (De la nature de Vœuf. Le livre de la philosophie naturelle des métaux. La parole délaissée).
Nicolas Flamel (Explication des figures du cimetière des Innocents. Le livre de Flamel. Le sommaire).
Eck de Sultzbach (La clé des philosophes).
Arnauld de Villeneuve (Le chemin du chemin. La fleur des fleurs. Nouvelle lumière. Le Rosaire. Questions sur l'essence et l'accident).
Ulstedt’ patrice Nuremberg (Le Ciel des philosophes).
Lambsprinck (Poème de la pierre philosophale).
Trithéme (P oly graphie).
Basile Valentin (L'azolh des philosophes. Char de triomphe de l'antimoine. Colloque de l'esprit de Mercure avec frère Albert. Les douze clés de sagesse. Des choses naturelles et surnaturelles).
Isaac le Hollandais : Œuvres minérales.
Augurallo (La chrisopée).
XVIe siècle.
Paracelse (Le ciel des philosophes . De la nature des choses . Teinture des physiciens. Le trésor des trésors).
Thurneysser de Thurn (Œuvres).
Croll ( Basilica chimica).
H. Khunrath : ( Amphithéâtre de V éternelle sagesse . Confession du chaos des physicochimistes).
Dorn (Œuvres).
Roch-lb- Baillif (Œuvres).
Lacinio (La pierre précieuse).
Bernard Penot (Œuvres).
J. DsE(La monade hiéroglyphique).
Quercetanus (OEuvres).
Glauber (L'œuvre minérale. La médecine universelle).
Libavius (La pierre des philosophes. Commentaire sur A. de Villeneuve).
Denys Zachaire (La philosophie naturelle des métaux).
Blaise de Vigénère (Traité du feu et du sel).
W. Lavinius (Traité du ciel terrestre).
Barnauld, Théologien (Œuvres).
Lagneau (V harmonie chimique).
Gaston Claves (Apologie de L art de faire deVor et del argent).
Kblley-Talbot (La pierre des philosophes. Poèmes).
Sendivogius : Le Cosmopolite (Lettres. Dialogue de Mercure et de la Nature).
J.-B. Porta (Magie naturelle. Physionomie de V homme).
Depuis le xvi0 siècle, les noms connus abondent, etje me bornerai à citer, sans autre détail, Van Helmont, Beccher, Bérigard de Pise, Crosset de la Haumerie, A. Kircher, Helvetius, Philalètbe, Michel Mayer, Chartier, Knorr de Rosenroth, Nuysement, Colleson, d’Atremont, Salmon, Hélias, Barchusen, Pianiscampi, Saint-Romain, Pernéty, Respour, Macquer, Lenglet-Dufresnoy, Libois, Saint-Germain, le président d’Espagnet, et, de nos jours4 Cyliaii et Cambriels.
Tifîereau et Louis Lucas, que l’on regarde comme des alchimistes contemporains, poursuivent bien les théories alchimiques mais en les basant sur la chimie.
j. — Les astrologues.
Les astrologues furent les représentants, au Moyen-Age, à la fois de la science astronomique des Chaldéens et de la mantique astrologique des Mystères.
Od considère d’habitude que, de même que l’alchimie a donné naissance à la chimie, de même l’astrologie fut mère de l’astronomie moderne; on a raison dans les deux cas, si l’on fait une réserve essentielle : c’est que la chimie et l’astronomie ne sont issues que de la partie purement physique de l’alchimie et de l'astrologie.
Je m'explique.
Vous donnez une même substance à un physiologiste et à un chimiste en posant à l’un et à l’autre une question identique : Qu’est-ce ceci?
Le chimiste l'analysera qualitativement et quantitativement avec ses minutieux instruments de laboratoire et vous répondra : C'est un sel composé d'acide sulfurique, corps constitué lui -même par de l’oxygène et du soufre, et de quinine, alcaloïde extrait du quinquina.
Le physiologiste expérimentera ce même corps d’autre façon ; il recherchera l’influence qu’il peut avoir sur la marche de la vie, sur certains états morbides, sur les organismes tant à l’état sain qu’à l’état anormal et vous répondra : C’est une substance qui possède une propriété particulière, celle de produire des accidents fébriles chez l’homme à l’état de santé, et, au contraire de faire tomber la fièvre chez le fébricitant.
Ces deux réponses sont exactes et vraies mais chacune d’elles s’applique à un point de vue différent : le chimiste n’a vu que les propriétés purement matérielles de la substance étudiée et le physiologiste y a vu surtout les propriétés cachées.
Ainsi en va-t-il de la chimie et de l’astronomie au regard de l’alchimie et de l’astrologie; elles n’examinent, dans les corps terrestres ou célestes que le côté physique de la question, sans s’occuper de leurs influences biologiques, morales et autres.
Prenez, par exemple, la planète Mars. Vous trouverez, dans tous les traités d’astronomie, les indications concer-
nant sa forme, son aplatissement, sa courbe elliptique, l’excentricité de son orbite, son inclinaison sur l’écliptique, sa rotation, sa distance, ses diamètres, son volume, l’intensité de sa pesanteur, son année, son atmosphère, ses saisons, sa coloration, ses phases, etc. Mais, à part les données qui se rapportent à l’attraction universelle, vous n’y trouverez aucune 'documentation relative à ses influences, à quelque titre que ce soit, sur les astres qui l’entourent et notamment sur notre terre : ceci est le propre de l’astrologie.
A l’heure actuelle, je lésais, l’astrologie est bien déchue de son antique splendeur, et les temps sont loin où elle jetait un si vif éclat avec les Ptolémée de Peluse et les Junctin de Florence : cela tient à ce que, étant progressivement tombée dans le charlatanisme, cette science est devenue à notre époque un objet de raillerie pour les ignorants ; le vrai est que durant les siècles qui viennent de s’écouler, elle a perdu une partie de ses clés, mais, à l’heure actuelle, elle s’occupe de les recouvrer par les travaux de mathématiciens séduits par la profondeur de ses calculs, tel que P. Flambard et certains ingénieurs sortis de l’Ecole Polytechnique.
La grande, la seule objection qui ait été élevée contre l’astrologie — par des esprits superficiels — ne tient pas debout : « Si, dit-on, les astres possédaient une influence sur notre humanité, tous les êtres nés à la même heure et au même endroit, devraient avoir le même avenir. » Il est facile de faire remarquer qu’il suffit d’un intervalle de quelques minutes pour modifier l’orientation des astres; et, d’autre parties critiques qui élèvent cette obj ection ignorent complètement la règle absolue qui a toujours dominé les données astrologiques et qui est l’affirmation du libre arbitre humain: Astra inclinant, non nécessitant, les influences astrales indiquent les voies, mais n’ont rien d’absolu : l’homme peut agir contre elles et modifier leur propension.
Gomme, dans le passé, les maîtres de l’astrologie n’appartenaient à aucune école philosophique et se confinaient dans la pratique de leur science particulière, je vais diviser la nomenclature de cette section en deux parties dont la première indiquera les initiés des temps anciens, et la seconde les érudits qui, au Moyen-Age ont assisté, malgré tous leurs efforts, au déclin de cette science.
a. — Temps anciens.
Vil 6 siècle avant J.-C.
Thalès, philosophe grec, initié aux grands Mystères d’Egypte, fondateur de l’école ionienne ; donna le premier la véritable théorie des éclipses.
VIe siècle.
Pythagore, philosophe et mathématicien ; découvrit la rotation de la terre autour du soleil.
Euctémon, Athénien.
Phænus, Athénien, eut le premier l’idée du nombre (T or*
V* siècle .
Méton, Athénien, réalisa le nombre d'or indiqué par Phænus.
IV* siècle .
Galippe, de Cyzique, créateur du cycle calippique.
Eudoxe de Gnide {Traité des phénomènes ).
Pythfas, géographe et navigateur; le plus ancien écrivain de la Gaule.
III a siècle .
Aristarque, mathématicien de Samos : eut l’idée de la rotation de la terre sur son axe.
Conon, géomètre d’Alexandrie, découvrit la chevelure de Bérénice.
Eratostène, d’Alexandrie, géomètre, géographe, philosophe et poète.
//« siècle .
G. Gallus, consul romain.
Hipparque, de Nicée, mathématicien, inventeur de la trigonométrie.
Ier siècle.
Cléomède, mathématicien grec.
Sosigène, d’Alexandrie, réformateur du calendrier Tarutius, ami de Cicéron, astronome.
Théodose de Tripoli, géomètre grec.
1er siècle après J.-C.
Saint Jean ( Apocalypse ) (1).
IIe siècle .
Ptoléméb, géographe égyptien, auteur du système astronom que apparentiel (Œuvres).
Théon l’ancien, mathématicien grec (Abrégé).
b. — Moyen Age
IVe siècle.
Autolycus, philosophe grec (Traités d'astronomie).
Théon d’Alexandrie (Commentaires . Tables manuelles).
VIIe siècle.
Eugène Ier, évêque de Tolède.
VIIIe siècle.
Fazary, un des premiers astronomes musulmans.
IXe siècle .
Albategnius (Al-Battany) Arabe (La science des étoiles) . Albumazar, Arabe de Khorassan (Un millier d'années. Les fleurs de V astrologie).
Xe siècle.
Hoceïn, Persan (Commentaires. Les lumières de Canope). Sylvestre II, pape.
XIIIe siècle.
P. d’Albano, médecin.
Roger Bacon, moine (Lettre sur les œuvres cachées de la nature et de l'art , etc.).
XIVe siècle.
Robertis, moine, orateur et poète.
(1) Je rappelle que V Apocalypse est partiellement basée sur des données astrologiques (V. Bell, Aus der Offenbarung, 1914).
XVe siècle. ■*
Bonet de Lates, médecin provençal.
Coclès (B. délia Rocca, dit) médecin {Physionomie et chiromancie).
Tycho-Brahé, le plus grand astronome du Moyen-Age.
S. Calvisius, musicien et poète saxon.
J. Cardan, médecin, naturaliste et mathématicien (Œuvres).
J. Dee, savant anglais ( Monade hiéroglyphique.