V. Grestrakes ( xvue s.), guérisseur
J. -T. de Lisle, provençal plutôt aventurier.
M. van Helmont (xvii® s.), chimiste.
Ch. Poniatowa (xvii® s.), fille d’un moine apostat de Pologne. J. -J. Surin, jésuite, convulsionnaire.
J.-J.-C. Bode (xviii® s.), compositeur, chef des Illuminés . Swedenborg (xvme s.), métallurgiste suédois.
J. -J. Gasner (xviii0 s.), célèbre guérisseur tyrolien.
Anne Lee (xviii® s.), directrice de la secte des Shakers. Cagliostro (J. Balsamo, dit) (xviii8 s.), Italien très discuté, thaumaturge pour les uns et charlatan pour les autres.
l. — Les courants modernes de l'occultisme.
A la fin du Moyen-Age, il n’existe plus d’école bien caractérisée comme dans l’antiquité; parmi les initiés, les uns se réclament, qui du platonisme, qui du mysticisme, qui de Pythagore, qui des idées alexandrines, ou cabalistiques, sans que, — sauf cependant pour les mystiques — les liens qui les rattachent à quelque école issue des initiations sacrées soient particulièrement distincts. Je suivrai donc simplement l’ordre chronologique pour citer les noms des occultistes de cette période.
Albert-le-Grand (1193-1260), évêque de Ratisbonne, qui possédait une science si considérable que ses contemporains le considéraient comme sorcier ; commentateur d’Aristote, a laissé vingt et un volumes publiés en 1651; fut le maître de Thomas d’Aquin ; on lui attribue un grimoire.
Le rabbin Jéchiélb (xiii® siècle) connaissait l’électricité et, entre autres applications, l’utilisait pour son éclairage (1).
Roger Bacon (1214-1294), moine anglais célèbre (Prodiges de la nature et de l'art).
Thomas d’Aquin (1225-1274), dominicain, de qui la théologie reflétait les grandes idées Alexandrines (Traité de la Pierre philosophale. Traité sur l'art de V Alchimie).
Eckart (1260-1328), dominicain, fondateur du mysticisme en Allemagne.
(1) V. Sauvai, Antiquités de Paris , 3 vol. in-f°, Paris, 1724.
Dante Allighieri (1265* 1321), auteur de la Divine Comédie (1).
Tauler (1290-1361), dominicain [Œuvres).
J. Ruysbroek, dit V Admirable (1294-1381), mystique flamand (Sur les noces).
Suso (1300-1365), élève d’Eckart, créateur de la fraternité des Amis de Dieu. Il fut, comme les deux précédents et comme les suivants, adversaire déclaré de la scholastique, cette création païenne ou cabalistique de l’ésotérisme d’Aristote, sous couleur d’orthodoxie chrétienne.
Pétrarque (1304-1374), poète italien célèbre (Œuvres).
Gerson (1362-1429), élève de Pierre d’Ailly, à qui il succéda au chapitrede Notre-Dameet comme chancelier de l’Université. Il se montra le hardi défenseur de la doctrine trinitaire des trois sphères de l’homme (Œuvres).
Th. a Kempis (1379-1471), écrivain ascétique allemand (Œuvres).
Nicolas de Guza (N. Grebs, dit) (1401-1464), fit revivre la doctrine de Pythagore (Œuvres).
Marsile Ficin (1433-1499), le maître de Pic de la Mirandole ; ses idées émanent de Platon, Plotin et Denys l’Aréopagite (Œuvres).
Rodolphe Agricola (1444-1480), philologue allemand (Œuvres).
Ange Politien (Angelo Poliziano , dit) (1454-1494), humaniste italien (Œuvres).
Léon l’hébreu (xv0 s.), écrivain cabalistique (Œuvres).
Reuch lin (1455-1522), le rénovateur des lettres anciennes en Allemagne ; fut le maître de Mélanchton (De Va rt cabalistique).
Jean dit delà Mirandole (1463-1394), savant universel (œuvres)
François Pic db la Mirandole, son neveu (1469-1533) (Œuvres).
Agrippa (1486-1535), médecin, conseiller de CharJes-Quint et auteur de la Philosophie occulte , la première encyclopédie réelle de la matière (Œuvres).
Ricci (1552-1610), célèbre jésuite et missionnaire italien (Véritable Doctrine de Dieu).
Trithème (1462-1516), chroniqueur et théologien (Traité des causes secondes ).
Paracelse (1493-1541), médecin alchimiste et cabaliste, le grand réalisateur et le grand m titre de l’occultisme scientifique,
(1) V. Histoire delà, Magie, par Eliphas Lévi (1 vol. in-8°, Paris, 1892).
le créateur de l’homœopathie, et le savant qui a le mieux étudié le corps astral et le plan astral, auxquels il a donné leur nom. Toutes ses œuvres, publiées (en latin) à Genève, en 1658, sont encore étudiées et approfondies par les occultistes contemporains (Œuvres).
Cardan (1501-1576), le plus humble et le plus savant des illuminés (Œuvres).
Guillaume Postel (1510-1581), le plus savant homme de son époque ; orientaliste et philosophe (Œuvres).
Michel Servet (1509-1553), médecin, de qui le De Christia nismi restitutione et surtout la Bible commentée sont encore consultés avec fruit (Œuvres).
Jean Wier (1515-1588), médecin flamand, célèbre pour avoir combattu le préjugé qui faisait accuser de sorcellerie une foule de personnes sujettes à des maladies bizarres ou alors inconnues, ou à la folie (De presligiis dæmonum. — Pseudomonar chia dæmonum).
G. Mennens (1525-1608), philosophe belge (La Toison d'or).
I. Lorich (1534-1572), théologien ( Traité des révolutions des âmes).
Patricio Patrizzi (1526-1 567), philosophe platonicien, historien orateur et poète, s’acharna contre Aristote, et traduisit en latin les ouvrages de Zoroastre, d’Asclépias et d’Hermès (Œuvres).
J. Dee (1527-1607), mathématicien et voyageur anglais ( Monade hiéroglyphique).
Valentin Weigel (1533-1588), philosophe et théologien, élève de Tauler et de Paracelse (Œuvres).
Giordano Bruno (1550-1600), philosophe, de qui se sont inspirés, dans la suite, Descartes, Leibnitz, Shelling et même Hégel, mais surtout Spinoza (Œuvres).
H. Kunrath (1560-1605), chimiste allemand (Amphithéâtre de V éternelle sagesse).
Robert Fludd (1574-1637), encyclopédiste et réalisateur, médecin, physicien, alchimiste (Œuvres).
Jacob Bûehm (1575-1624), célèbre mystique et visionnaire, l’inspirateur et le guide de presque tous les illuminés (Sur la théologie révélée. La signature des choses. L'élection de la grâce. La vie su per sensuelle).
Bayer (xvi6 s.), astronome allemand (Uranométrie).
J.-B. van Helmont (1577-1644), médecin et chimiste, le Paracelse du xvii® siècle. Son idée de Y Archée (être de raison au
moyen duquel s'expliquent certains phénomènes de l’économie animale) est encore vivante aujourd’hui. C’est lui qui a fourni à Barthez l’idée de son principe vital (Œuvres).
A. Kircher (1602-1680), savant jésuite allemand (Œuvres).
François van Helmont (1618-1699, fils de J. -B. van H., chimiste et visionnaire, exerça une grande influence sur Goethe et Leibnitz, et aida à la publication de l’ouvrage classique Kabbala denudata de Knorr de Rosenroth.
Ant. Bourignon (1616-1680), illuminée, fondatrice d’une secte très répandue en Hollande et en Ecosse (Œuvres).
J. Leade (1623-1704), mystique anglaise, fondatrice de la Société des Philadelphes , disciple de J. Boehm (Œuvres).
Sinistrari de Ameno (1621-1 701), religieux italien ( Ladèmonia lité).
J. Pordage (1625-1698), médecin anglais, maître d’abord, puis élève de Jeanne Leade (Théologie mystique. Sophie, Doctrine divine ).
Spinoza (1632-1677), ouvre la série des philosophes s’inspirant delà Kabale juive dans ses parties non mystiques (Œuvres).
Gichtel (1638-1710), avocat allemand (Théosophie pratique).
Poiret (1646-1719), théologien et philosophe, disciple de Thomas a Kempis, Tauler, Ant. Bourignon (Economie de la nature).
Cuper(xvii® s.), philosophe hollandais (Arcanes de V athéisme).
Knorr de Rosenroth (1636-1689), érudit allemand (Kabbale dévoilée ).
Cufaeler (xvii6 s.), philosophe hollandais, disciple de Spinoza (Art de raisonner).
M. Parker (1640-1687), prélat et écrivain anglais (Œuvres).
Watchter (1673-1757), philologue et archéologue allemand (Œuvres).
W. Law(1686-1761), théologien anglais, précepteur de Gibbon (Œuvres).
Mad. Guyon (1648-1717), célèbre mystique, auteur du quiétisme. amie de Fénelon (Œuvres).
Benoit XIV (1675-1756), pape, auteur de l'Electre magique.
Swedenborg (1688-1777), philosophe et voyant, surtout connu comme tel, mais sans qu’on tienne suffisamment compte de sa très importante œuvre de réalisation. C’est à lui, en effet, que se rattachent toutes les fraternités chrétiennes de l’occident, car il inspira Martinez de Pasqualis qui, lui-même, initia Louis-
Claude de Saint-Martin : il fut donc au principe de l’Ordre Martinisme.
Boyer d’Argens (1704-1771), philosophe et littérateur; auteur de Lettres cabalistiques encore lues à notre époque.
Martinez de Pasqualis (1715-1799), philosophe portugais ; fondateur de Y Ecole des Cohms (Œuvres).
A.-J. Pernety (1716-1801), bénédictin, fondateur des Illuminés d' Avignon. ( Fables égyptiennes et grecques dévoilées . Dictionnaire mytho-hermélique.
Hamann (1730-1788), écrivain et philosophe allemand, dit le Mage du Nord (Œuvres).
Mesmer (1734-1815), médecin allemand, créateur du magnétisme (Œuvres).
Lavater (1741-1801), inventeur de la Phrénologie ; peut être, considéré comme un des précurseurs du spiritisme (Œuvres).
Claude de Saint -Martin, dit le Philosophe inconnu ( 1743- 1803), disciple de Martinez Pasqualis, lié avec Swédenborg, Jacob Bœhme et tous les mystiques de son époque ; fonda une philosophie occultiste dont les bases sont établies dans son ouvrage Des erreurs et de la vérité. .
Weisiiaupt (1748-1830), chef de la société des Illuminés ; a laissé De la vérité et dv lt perfection morale , et Description de l'Ordre des Illuminés «
De Maistre (1753-1821), philosophe, publiciste et homme d’état ; a surtout attaqué le scepticisme de Locke, et combattu la fausse philosophie moderne au profit de théories religieuses.
De Bonald (1753-1840), écrivain, adversaire résolu du sensualisme sous toutes ses formes ; a renfermé sa doctrine entière dans sa Législation primitive.
W. Blake (1757-1828), peintre, graveur et littérateur anglais (Les portes du Paradis . Mariage du ciel et de V enfer).
Franz von Baader (1765-1841), Philosophe allemand (Les enseignements secrets de Martinez de Pasqualis).
Fabre d’Olivbt (1767-1825), un des plus grands savants qu’ait produit l’occultisme ; a laissé de nombreux ouvrages, parmi lesquels on peut citer les Vers dorés de Pythagore, l’ Histoire du genre humain , et surtout la Langue hébraïque restituée, œuvre positivement monumentale.
Frédéric Schlégel (1772 -1829), professa la philosophie de la vie et la philosophie de l’histoire ; autour d’un Traité sur la langue et la sagesse des Indiens.
Ballanche (1776-1847), de qui tous les travaux procèdent d’une seule et même pensée : fhisloire des destinées du genre humain et la rénovation sociale ; a publié environ la valeur de six volumes en extraits divers de sa Palingénésie sociale , qu’il ne put achever.
Cii. de Reichenbach (1788-1860), chimiste et naturaliste [Œuvres).
Sciiopenhauer (1788-1860), philosophe [Mémoire sur les sciences occultes ).
Dans cette nomenclature — ainsi du reste que dans les précédentes — beaucoup de noms, et non des moindres, ont été forcément omis ; le lecteur excusera ces lacunes : on ne peut citer tous les hommes qui se sont, dans le passé, rattachés aux théories occultistes : mais ces aperçus succincts montrent que, de tous temps, cette doctrine a suscité d’éminents esprits et que, si elle est arrivée à notre époque un peu enténébrée dans certaines de ses parties par la longue nuit du Moyen-Age, nous possédons au moins, aujourd’hui, son essence en toute sa pureté : pour le reste, nous le reconstituons progressivement par la méditation et l'étude des maîtres anciens.
De nos jours, en effet, il surgit une magnifique efflorescence de l’oocultisme qui n’est plus regardé, ainsi qu’il en fut encore dans un passé même récent, comme une œuvre de cerveaux en mal d’équilibre, mais comme une doctrine basée sur des fondements scientifiques jusqu’alors méconnus de la science officielle, qui a fini par admettre certains de ses principes (p. ex. l’unité de la matière) et par étudier certains de ses phénomènes (p. ex. l’hypnose). 11 suffira donc, pour montrer à quel point nous en sommes arrivés, de citer, parmi nos contemporains, les noms de E. Arnold, E. Bosc, Abbé Julio, R. Caillet, M. Decrespe, Eliphas Lévi (Abbé Constant) Chev. Drach, K. du Prel, J. Péladan, Sédir, Fauvety, L. Ménard, Blavatsky, Duchesse de Pomar, Malfatti de Montereggio, Hœné Wronsky,
l’occultismb et la science
Durand de Gros, Herveyde Saint-Denis, Jacolliot, Dr Fugairon, Saint-Yves d’Alveydre, Barlet, Stan.de Guaita, Commandant Darget, Dr H. Baraduc, AbbéAlta, L. Ménard et bien d’autres, parmi lesquels il n’est pas possible d’omettre, comme s’étant spécialisés dans l’hvperphysique : Papus (Dr Encausse) J. Bois, Lermina, P. Piobb ; dans le magnétisme et Phypnotisme : Deleuze, Lafontaine, Puységur, Dr Bonnet, Dr Moutin, Dr Luys, Ür Liébault, Filiâtre, Durville et surtout le colonel de Bochas d’Aiglun ; dans le spiritisme et le métapsychisme : Allan-Kardec (Rivail), Bodisco, Delaage, L. Figuier, W. Crookes, L. Denis, Flammarion, Delanne,le professeur Ch. Richet; dans la kabale: Lenain, Papus, H. Château, Pauly, Franck; dans l’astrologie : P. Flambard, Selva, Delestre, Haatan, Fomalhaut, Santini; dans les sciences divinatoires : Lavater, Desbarolles, M. Decrespe, Abbé Michon, de Rochetal ; dans l’alchimie : Cambriels, Louis Lucas, Cyliali, le dernier des souffleurs,. Emmens qui transforme les piastres d’argent mexicaines (1) en or que lui achète comme tel la Monnaie de New-York, et surtout Tiffereau, A. Poisson et Jollivet-Castelot qui rénovent en ce moment l’alchimie à laquelle ils donnent des bases absolument scientifiques.
Telles sont, en résumé, les voies qui nous unissent à l’antique Sagesse des Mystères. En étudiant les auteurs qui se rattachent, soit par leurs initiations, soit par la nature de leurs travaux, à ces divers courants et surtout aux traditions hermétique ou druidique, plus proches de nous, on pourra acquérir des vues générales sur le savoir antique.
Mais ce savoir embrassait tout, aussi bien l’Essence Divine que la formation du grain de sable, aussi bien le
(1) L'argent des mines mexicaines est plus mûr que l'argent des autres régions du globe.
fonctionnement du Kosmos que sa domination, aussi bien la naissance du premier atome que le devenir posthume de l’homme, en un mot, toutes les sciences divines, psychologiques et naturelles.
Or, il est des parties de ces sciences qui sollicitent plus particulièrement l’humaine curiosité : ce sont précisément les points sur lesquels la science contemporaine reste muette, et devant lesquels s’inquiète la conscience de l’homme, prise entre les affirmations sans preuve de la foi spiritualiste, et les négations également sans preuve de la science matérialiste. Et, en présence de cette violente opposition de principes, l’homme se trouble, et se demande tout d’abord : Que suis-je ?
A cette question capitale s’unissent d’autres questions aussi importantes, relativesà son passé et à son devenir...
Cette étude ne serait donc pas complète si je n’y adjoignais quelques indications pour le grand nombre dG personnes qui, à notre époque, n’ont ni le loisir, ni les moyens de remonter aux sources et qui cherchent plutôt les preuves pratiques sur lesquelles elles désirent baser leur conviction.
Les lignes suivantes s’adressent donc, non pas à ceux qui savent ou, plus simplement, étudient, mais aux esprits ne connaissant pratiquement encore rien de toutes ces matières, en proie à une crise de conscience, et désireux de se faire une opinion d’après des témoignages certains. Ces lignes leur seront un guide d’autant plus sûr, puis-je écrire sans aucune prétention autre que celle de rendre service, qu’elles émanent d’un vieil étudiant en toutes ces matières ; d’un chercheur ayant expérimenté sans aucun parti pris, sans aucune idée à priori ; d’un éclectique dont l’opinion foncière est que la vérité n’est pas l’apanage absolu de telle ou telle église mais qu’il y a du bon à puiser dans chaque école ; qui a consacré sa vie à étudier pratiquement le Mystère sous trois impulsions capitales
de maîtres incontestés : le Dr H. Baraduc, le Dr G. Encausse, et surtout le Col. de Rochas ; et qui, sans être inféodé à aucune chapelle, sans avoir prêté aucun serment, sans avoir subi aucune de ces initiations qui lient les mains, s’est gardé libre de parler et d'exprimer ouvertement sa pensée.
11 existe, à l’heure actuelle et dans notre société occidentale, trois voies principales au moyen desquelles l’esprit, assoiffé de savoir ou simplement curieux, peut aborder pratiquement — je veux dire expérimentalement — le Mystère. Ces trois voies sont : le Spiritisme, la Théosophie et l’Occultisme.
Il en existe certes d’autres qui sont l’introduction dans tel ou tel centre initiatique ; mais, sans les réprouver, je n’engage pas le chercheur à frapper à ces portes, parce que, une fois entré, il lui faudra déposer son libre arbitre et faire abstraction de sa raison pour la soumettre à telle croyance qui lui sera imposée ; or, s’il faut s’incliner devant un Credo, j’estime que celui du Catholicisme a fait ses preuves d’ancienneté et que le Catholicisme luimême est assez large d’idées pour que — en légère marge de lui et sans trop s’en écarter — on puisse, à l’aide de définitions appropriées, se créer sa croyance particulière — pourvu toutefois qu’on ne la clame pas trop haut.
En effet, le Catholicisme, malgré sa prétention à la fixité, a assez varié ses doctrines dans le temps (t) pour qu’on se mette d’accord avec lui dans son ensemble ; et, d’autre part, je trouve la preuve de sa largeur d’idées dans ce fait que, bien qu’on ne rencontre peut-être pas deux fidèles d’accord absolu sur toutes les questions qu’il agite, il ne nous présente pas cette innombrable diversité de chapelles dissidentes où s’éparpille le Protestantisme qui
(1) Par exemple en ce qui concerne le purgatoire qui avant le xvie siècle était déclaré inexistant.
cependant se présente à nous comme religion de libre examen (1).
Donc, je repousse à priori l'initiation dans un milieu quelconque et ce, avec d’autant plus de raison, me semblet-il, qu'en plusieurs de ces centres on n’enseigne rien autre que ce qui peut s’apprendre par l’étude et la méditation personnelles et que même, quelques-uns d’entre eux ne présentent rien de sérieux. Plus tard seulement, après avoir obtenu un certain acquis, on peut se rendre compte de la valeur de certains milieux où se perfectionnera possiblement l'instruction déjà élaborée. Restent donc, comme je l’ai dit, le Spiritisme, la Théosophie et l’Occultisme. Je vais consacrer quelques lignes à chacun d’eux.
D’abord et avant tout, l’esprit inquiet et désireux de se faire une opinion agira sagement en prenant une connaissance au moins superficielle de chacune de ces trois doctrines qui, bien que aboutissant au même point, piésentent certaines assez grandes divergences d’idées.
Pour se faire une opinion préalable, je conseillerai la lecture de :
1° Qu'est-ce que le Spiritisme ? par Allan Kardec (1 vol. in- 12 de 180 p., Paris Librairie des sciences psychiques, S. D.)
2° La Clé de la Théosophie , par H. -P. Blavatsky (1 vol. in-12 de 410 p., Paris, Publications de la Société Théosophique, 1895) ou une Esquisse de Théosophiey par C.-W. Leadbeater (1 vol. in-12 de 103 p., Paris, Publications Théosophiques, 1906).
3° V occultisme et le Spiritualisme , par le Dr G. Encausse (Papus) (1 vol. in-12 de 188 p., Paris, F. Alcan, 1903).
La connaissance de ces livres montrera bien à l’étudiant
(1) Il est vrai qu'à notre époque, le Protestantisme dénote une propension très marquéeà être une philosophie plutôt qu’une religion.
quelle est celle des trois doctrines qui répond le mieux à ses désirs et à ses aspirations.
Les différences qu’on trouve entre elles sont les suivantes.
Le Spiritisme s’occupe avant tout du devenir posthume de l’être humain et accessoirement des questions qui s’y rapportent : Constitution de l’homme, organisation de l’Univers, et nature de Dieu ; problème du mal, évolution morale et scientifique à travers le cycle des vies dans la matière etc., le tout établi surtout d’après les enseignements fournis par les « esprits » eux-mêmes.
C’est dire que l’expérimentation est à la base de la doctrine, et c’est en effet le spiritisme qui nous met le mieux en relation avec les défunts.
Mais, d’après le spiritisme lui-même, on a souvent affaire, dans ces communications, à des esprits légers et trompeurs. Or, qui nous garantit que, dans l’établissement de la doctrine il n’a pas été commis d’erreurs ? A cette objection, on répondra qu’il n’a été fait état que des réponses sérieuses et cadrant bien avec les notions antérieurement acquises. D’accord, mais alors nous nous trouvons en présence d’une sélection faite par des hommes, c’està-dire par des êtres sujets à l’erreur, et rien ne nous garantit que leurs préférences personnelles ne sont pas entrées enjeu dans ce travail fondamental.
Telle est la grosse objection que l’on peut faire à la doctrine spirite; je me hâte toutefois d’ajouter que dans son ensemble , elle est très sérieuse et que ses erreurs ne portent en somme que sur des points de détail qui sont chaque jour rectifiés.
En résumé, c’est vers le Spiritisme que j’engagerai l’étudiant à porter ses premiers pas, mais en lui recommandant la plus absolue prudence.
En effet, le Spiritisme, étant — parce que basé sur l’expérimentation — la partie du Mystère qui attire le
plus la curiosité, -est, par cela même, un terrain d'élection pour le charlatanisme, et les milieux sont trop nombreux où I on présente des phénomènes frauduleux, sans compter que l'on y rencontre trop d’aventuriers de haut vol qui, comme le soi-disant comte de Sarak dont j ai parlé ailleurs^ exploitent fructueusement la naïveté humaine.
11 est donc recommandé aux novices de fuir toute séance payante à moins que, s’ils veulent être guidés, ils ne se fassent présenter dans quelque association honorablement connue où, naturellement, il leur sera demandé une cotisation annuelle.
Le mieux est encore, à mon avis, et pour éviter jusqu'au soupçon de fraude, de se réunir entre personnes sérieuses et de s’efforcer d’obtenir, entre soi, le mouvement automatique d’un guéridon ; il est bien rare que sur cinq ou six personnes, il n’y en ait pas au moins une douée d’une neuricité médiumnique suffisante pour obtenir ce phénomème — un peu simpliste, d’accord, mais qui suffît pour démontrer la réalité générale du phénomène spirite.
Quand le néophyte a acquis une certitude sur ce point primordial, qu’il travaille les classiques de la matière et, seulement quand il possède une théorie suffisante pour discerner autant que possible le bon grain de l’ivraie, il peut aborder les séances payantes, car il y en a de sérieuses : par exemple celles que donnent les principaux médiums de l’époque qui, produisant des matérialisations, phénomène épuisant, sont incapables de tout autre travail et ont, de plus, leurs frais de voyage à récupérer. Très généralement ces médiums se rencontrent chez des militants du spiritisme dont l’honorabilité et le savoir sont une garantie de loyauté pour l’assistant ; mais il sera prudent de s’abstenir de toute séance annoncée par voie d'affiches ou autre genre de publicité, et donnée dans une salle banale par un thaumaturge exotique n’ayant rencontré en France aucun répondant pour le présen-
ter: il y a toute chance pour que les phénomènes produits ressortissent purement et simplement à la prestidigitation.
A un autre point de vue également, au point de vue des théories pures, je recommanderai une certaine prudence à l’étudiant en spiritisme, voici pourquoi.
Le spiritisme n’est, en quelque sorte, qu'un chapitre détaché de l'occultisme général etsoccupant avanttoutdu devenir posthume de l’homme et de l’intercommunication entre morts et vivants. 11 en résulte qu’il rattache tout, qu’il subordonne tout à cette conception première et qui, pour lui, prime toutes les autres : il faut le reconnaître, ses doctrines sont assez exactes à cet égard ; mais, dès qu'il s’en écarte, ignorant les grandes théories de l’occultisme sur Dieu et l’univers, ses idées ne répondent pas toujours à la réalité des choses, ou, du moins, aux doctrines d’en, semble de l’occultisme que je regarde comme plus assurées que les siennes. C’est là, me dira-t-on, un point de vue à part... D’accord, mais encore est-il bon de le signaler.
La Théosophie, qui s'est donné pour but de vulgariser en Occident les grandes doctrines occultes de Dinde, nous offre une science très curieuse, très vaste, quoique trop modifiée de son origine orientale en vue de s’adapter plus aisément à nos conceptions occidentales. Elle est, théoriquement, beaucoup plus profonde que le spiritisme dont elle étudie tous les problèmes en y joignant des questions de psychologie expérimentale, d’histoire, de possibilités occultes de l’homme, et autres ; mais elle présente un vice capital, qui éloignera toujours d’elle tout chercheur doué d’un certain fond de connaissances techniques et surtout de sens critique.
En effet, elle est dirigée par des hommes de valeur, mais qui, soit qu’ils craignent de répandre dans le public des notions dangereuses, soit pour tout autre motif, ont le grand tort de se réserver exclusivement toute la partie expérimentale de la doctrine. Quand, d'après ces expé-
riences — que je crois sérieuses, je dirai plus loin pour quelle raison — ils ont établi une théorie, ils l'enseignent à leurs disciples, mais en célant soigneusement la preuve matérielle, tangible, résultant de lexpérience même, et qui seule, pour l’esprit scientifique, emporte la conviction ; de telle sorte que tout théosophe doit croire à des axiomes dont la preuve lui fait complètement défaut : la théosophie en somme, telle qu elle est répandue dans le public, n’est qu’une théorie intéressante certes ! mais sans base expérimentale, toute preuve matérielle, toute expérience, même primordiale, demeurant dans le cercle minuscule des grands maîtres.
Quelque temps avant sa mort, je discutais cette question, pour moi capitale, avec le regretté commandant Gourmes, qui a tenu dans la branche française une place de premier ordre. « Pourquoi, lui demandais-je, vos pontifes se réservent-ils pour eux seuls la preuve de leurs affirmations ? » Sa réponse fut : « Nous avons confiance en eux, qui sont, en science, plus élevés que nous, et nous nous inclinons devant leurparole. » — Trèsbien,mais alors c’est d’une foi aveugle qu’il s’agit, et dès lors que le Commandant Gourmes lui-même, malgré son rôle prépondérant, demeurait étranger à la technique des expériences poursuivies, cela me montrait combien restreinte est la petite chapelle d initiés qui les gardent jalousement pour eux seuls.
Et j’ai, je me le rappelle, beaucoup surpris mon interlocuteur en lui révélant les procédés dont, à mon avis, usent les maîtres de la Théosophie pour étudier pratiquement les théories de leurs doctrines : ils agissent simplement sur des suj-ets magnétiques entraînés, sur des psychomètres développés, et sur les médiums du spiritisme . — « Gomment pouvez-vous savoir cela? » me demanda le Commandant surpris. » — Tout simplement parce que, en étudiant leurs théories par ces procédés et surtout en me servant
de sujets hypnotiques, j’ai abouti, dans nombre de cas, au même résultat qu’eux. »
Dans ces conditions, j’estime que toute science véritablement digne de ce nom doit produire ses expériences au grand jour, de façon qu’on puisse les discuter ; sinon les esprits sérieux et critiques s’éloigneront toujours d’une doctrine dont les résultats seuls leur sont communiqués, sans leur dire comment ils ont été obtenus.
Et aux débutants dans telles recherches, je dirai: Lisez les livres de la Société théosophique quand votre instruction technique sera assez développée pour vous permettre de les bien comprendre : ils piqueront votre curiosité ; mais ne leur donnez que le degré de confiance que vous semblerait mériter, par exemple, un ouvrage de mathématiques dont toutes les données vous seraient présentées sous forme d’axiomes sans explication à l’appui, dont tous les problèmes vous offriraient leur solution tout établie sans vous indiquer ni le raisonnement suivi ni les opérations effectuées.
L'Occultisme, enfin, héritier de la Sagesse antique, offre aujourd’hui au chercheur, un champ fécond d’investigation, car il ne borne pas se-s études aux questions qu’embrassent le spiritisme et la théosophie, mais il creuse aussi les théories léguées par l’enseignement des sanctuaires touchant les parties élevées de chaque branche des connaissances humaines, l’hyperphysique, Thyperchimie, l’arithmologie transcendantale, la biologie occulte, la polarité universelle les théogonie et cosmogonie mystériales, la psychophysiologie etc. Il étudie, en somme, l’ensemble des connaissances humaines, comme la science normale, mais avec uue différence : alors que celle-ci s’occupe avant tout des propriétés physiques et extrinsèques des choses, celui-là s’occupe spécialement des possibilités cachées de la nature. Cette différence a d’ailleurs été plus amplement développée en un chapitre antérieur.
Il en résulte que l’Occultisme donne des théories générales issues de la science des Mystères, et qui, appliquées à la pratique du spiritisme, peuvent rectifier ses erreurs de doctrine, de même que les expériences du spiritisme peuvent à leur tour les compléter, de telle sorte que, tous deux unis, Spiritisme et Occultisme, ont plus de chance qu'isolés, deserrer de près la réalité des choses.
Mon avis motivé est donc, en résumé, que l’étudiant, lorsqu’il se sentira suffisamment maître de soi tant dans l’expérimentation que dans la théorie du spiritisme, aborde l’Occultisme pour au moins en acquérir une vue d’ensemble et la connaissance de ses lois générales, connaissance qui ne pourra lui être que profitable — même s’il demeure dans la suite cantonné exclusivement sur le terrain de la doctrine spirite.
En tous cas et quelle que soit la voie choisie, il convient de s’y engager sans aucun aveuglement,sansoutrance d’aucune sorte, mais au contraire en gardant soigneusement la pleine possession de son entendement ; à ce titre, les lignes suivantes d’Àimée Blech ( Bulletin thëosophique, 2e trimestre 1917) sont à méditer.
« Dans la recrudescence de phénomènes spirites ou psychiques de l’heure actuelle, la guerre est pour une grande part, je pense,... et c’est bien naturel.
Le problème de l’au-delà est à l’ordre du jour et le soi-disant surnaturel passionne les esprits. En passant, disons qu’il n’y a rien de surnaturel : il y a des lois naturelles que nous ignorons, dont nous ignorons l’action. Et ce qu’on appelle phénomène n’est qu’un effet de l’action invisible de ces lois inconnues.
Je veux simplement donner un avertissement. Pas de croyance aveugle, pas de fanatisme, point d’embardées dans ces régions peu connues sans garder la direction, d’une main ferme.
Faisons appel au bon sens qui ne gâte jamais rien, quoi qu’on dise.
Une autre pierre de touche est le but, la raison d’être des expériences psychiques... Pas plus que du spiritisme, je ne suis l’ennemie du psychisme, dont certaines expériences m’intéressent vivement, mais je redoute ses écueils, ses fondrières et ses précipices.
Alors que, pour quelques-uns, il est l’épanou issement de facultés latentes qui n’attendaient qu’une occasion pour éclore, alors qu’il peut être le développement harmonieux de tous les corps subtils de l’homme, pour d’autres il est une gên~, un danger ; il peut affaiblir le sens moral, déséquilibrer l’intellect, ruiner la santé ; il provoque la foi aveugle, prédispose à la vanité, renforçant ce moi haïssable dontparlait Pascal : il peut donc entraver sérieusement le développement spirituel de l’individu, ce développement qui est le seul vrai , le seul désirable.
Enfin, si l’étudiant, saturé de théories, veut aborder l’expérimentation dans l’une des trois voies ci-dessus indiquées, il ne devra jamais perdre de vue les conseils qui suivent.
1° Si l’on ne veut pas agir solitairement mais se réunir à un groupe, choisir toujours un centre où la prière soit pratiquée.
3° Se souvenir que les véritables maîtres ne font pas de livres et placent la simplicité et l’humilité au-dessus de toute science ; se méfier des pontifes et des hommes qui se disent parfaits.
3° Ne jamais aliéner sa liberté par un serment enchaînant l’individu, soit dans un clergé, soit dans une société secrète : Dieu seul a droit de recevoir un serment d’obéissance passive.
4° Se souvenir que toute la puissance invisible vient du Christ, et ne jamais entrer, dans l’invisible, en relations avec un être astral ou spirituel ne confessant ni Dieu ni le Christ.
5° Ne pas chercher à avoir des pouvoirs mais attendre que Dieu nous les donne si nous en sommes dignes.
6° Avoir la certitude que l’homme n’est jamais aban-
donné du Ciel, même dans ses moments de négation et de doute.
7° Avoir cette autre certitude que nous sommes dans le plan physique pour les autres et non pour nous, et que, par suite, la charité doit présider à tous nos actes : nous ne devons donc jamais juger les actions d’autrui, ni, par suite, condamner notre prochain (1).
8° Se souvenir que la purification physique par un régime est un enfantillage si elle n’est pas appuyée par la purification astrale, par la charité et le silence et par la purification spirituelle, résultant des efforts pour ne pas penser ou dire du mal d’autrui.
9° Bien savoir que la prière ou la méditation, qui donnent la paix du cœur, sont préférables à toute magie qui, dans trop de cas, ne demande que de l’orgueil.
10° Ne jamais faire un acte important sans demander de ne pas offenser le Ciel.
En résumé, et pour condenser la question en quelques mots, qu'est exactement l’occultisme à l'heure actuelle ?
Héritier des doctrines professées par la Sagesse antique et enseignées par les maîtres des sanctuaires initiatiques auxquels le relie une longue tradition, il n’est aujourd’hui caché que pour ceux qui dédaignent de l’étudier ; mais, d'autre part, c’est une science hautaine qui, contrairement à la science officielle, ne recherche pas la diffusion.
À ce propos, je me permettrai de reproduire ici quelques lignes que j’écrivais dans la Vie posthume , parce qu’elles répondent bien à la question posée. 11 est de mauvaise grâce à un auteur de se citer soi-même, je le sais ;
(1) Tout être spiritualisé par les épreuves ou la souffrance, ou par une vie de dévouement, peut faire son salut, quelle que soit son Eglise ou sa philosophie. Qu'il soit Chrétien, Israélite, Musulman. Bouddhiste ou libre-penseur, tout être humain a les facultés nécessaires pour évoluer jusqu'au plan céleste. Le jugement appartient au Père et non aux hommes.
mais mon excuse est en ceci que, après méditation, je me suis convaincu de mon impossibilité de dire mieux ici que je ne l’ai fait ailleurs.
A part l’étude des symboles sous lesquels les occultistes du passé —d’un passé où un trop grand savoir constituait un danger parce que la masse était trop arriérée pour le comprendre — notaientleurs idées, à part également l’histoire de ses doctrines et de sa tradition, l’occultisme n’est constitué que par les théories d’une haute science encore partiellement cachée — cela va de soi — mais qui se désocculte de jour en jour pour entrer dans le cadre de la science normale, au point que Ton peut poser cet aphorisme que « la science de nos jours n’est que l’occultisme de jadis, aujourd’hui désocculté ». A ce titre, Volta en découvrant l’électricité, Harvey en prouvant la circulation du sang, Berthelot en établissant sa théorie de l’unité de la matière, ont fait de l’occultisme comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir : ils ont retrouvé la pyrotechnie transcendantale des vieilles cryptes sacrées ou prouvé la réalité des théories, sur la vie et la matière, professées par l’antique occultisme.
Voilà donc ce qu’est, au premier abord, l’occultisme et c’est à ce point de vue que mon maître, le colonnel de Rochas, a pu écrire en toute vérité : « L’occultisme sera la science du xxa siècle. »
Mais il est une autre face de la question, qui est celle-ci.
Dans les écrits des vieux maîtres, il est de ces symboles que nous n’avons pu encore déchiffrer, et, d’autre part les traditions nous présentent certaines lacunes que nous n’avons pas encore comblées. Nous ne détenons donc qu’une partie — très importante, à la vérité — de la haute science mystériale, dans laquelle nous avons l’intime conviction de détenir la vérité. D’un autre côté, le but de toute science est la recherche de la vérité dont elle finit par approcher plus ou moins : il y a donc, entre la
science normale et l'occultisme, un point de contact qui est celui-ci : nous suivons attentivement les travaux de la haute science officielle, pour vérifier s’ils se rapprochent de ce que nous tenons pour assuré et, en ce qui concerne les points encore douteux pour nous, dans le but de vérifier s’ils sont d'accord avec nos théories générales; car un fait résulte de la plupart des hautes doctrines, récemment établies, c'est. que plus les pionniers de la science normale progressent, plus ils se rapprochent de nous.
Remarquez, en effet, que toute science dont les enseignements sont répandus dans le public a, au-dessus d’elle, une hyperscience dont les théories, moins assurées, sont discutées et controversées : or, au point de vue pratique, l’ensemble de ces hypersciences se rattache étroitement à l’occultisme, au point de le constituer partiellement. Voyez en effet : Thyperastronomie, c’est l’astrologie ; l’hyperphysique, c'est la magie; l’hyperpsychologie, c’est le métapsychisme ; la voyance — dans le temps ou dans l’espace — résulte simplement d’une théorie d’optique transcendantale. Et ainsi du reste. Comme toutes les religions, la science possède à la fois un exotérisme accessible aux foules, et un ésotérisme que creusent les seuls chercheurs.
On nous objecte ceci que nous nous occupons spécialement de ce qui se passe dans le mystère... mais n’est-ce pas le fait de toute science que de soulever les voiles de l’inconnu ? Et l’occultisme étant l’étude de la vie universelle, et le kosmos vivant dans ses moindres particules, n’est-il pas évident que cette étude doit également porter sur ce qu’on appelle la mort qui, d’après ses théories, n’est qu’une modification de la vie ? Si les travaux des occultistes dans cette voie frappent plus l’imagination des foules que, par exemple ceux des expérimentateurs dans des branches différentes, alchimie ou rhabdomancie, c’est que les idées générales sont aujourd’hui tournées de ce côté ; et c’est que, comme toutes les autres sciences, l’on-
tologie et la biologie possèdent aussi leur partie hyperscientifique ; c’est que l'occultisme affirme qu’aux modalités de la vie que nous connaissons s’en ajoutent d’autres qui sont à étudier ; et c’est, enfin, que la doctrine occultiste n’a pas la faiblesse, comme le savoir normal humain de croire que l'échelle des êtres s’arrête brusquement à l’homme terrestre, mais qu’au contraire, au-dessus de lui, évoluent des surhumanités dont la science officielle n’a pas encore abordé l’étude.
Et toutes ces théories de sci'ence supérieure, l’occultisme les revendique et les faits siennes parce qu’elles se rattachent à la doctrine unitaire qui a été exposée plus haut, qui est, en quelque sorte de l’hyperphilosophie, qui lui a été léguée, comme on l’a vu, par l’enseignement sacré des centres antiques de haute initiation, puis par les maîtres du passé, et qui, enfin, constitue une merveilleuse synthèse scientifique.
Donc, à l’heure actuelle, l’occultisme n'est pas une science cachée; il le fut jadis — de là son nom — ; mais, à notre époque, il se borne à s'abstenir de tout bruyant prosélytisme, laissant chacun libre de l'étudier dans ses ouvrages doctrinaux dont beaucoup sont dus à des plumes autorisées. Cependant, pour tout dire, il est dans l’occultisme une partie tenue rigoureusement secrète et qu’on chercherait en vain dans nos livres... Je m’explique.
Certaines théories, lorsqu’elles sont bien comprises, conduisent à des connaissances effroyablement dangereuses, mais qui — heureusement — ne peuvent s’acquérir qu’à la suite de longues études, c’est-à-dire à un degré de savoir où l'occultiste est assez pénétré du principe de la fraternité humaine pour que sa conscience lui interdise de jeter à tous vents une aussi exécrable semence. Oui, il y a, dans l’occultisme, des secrets de mort, car, pour ne parler que d'une partie entre autres du savoir humain, la toxicologie, par exemple, possède elle aussi
son hyperscience qui se rattache aux doctrines générales de Foccultisme ; mais quel est donc, je le demande, l’homme de bon sens qui peut nous faire un crime de ne pas produire en place publique de tels secrets néfastes? En vérité, que dirait-on d’un bactériologiste qui vendrait à tout venant des cultures de fièvre jaune ou de choléra? N’accumulerait-il pas sur sa tête l’universelle réprobation, sans parler d’autres sanctions plus afflictives ?
L’occultiste véritablement digne de ce nom, c’est à-dire celui qui étudie et médite — et non celui qui s’est contenté de feuilleter quelques ouvrages techniques d’un doigt dédaigneux et distrait — sait que la théorie de la fraternité humaine n’est pas un vain mot ; il a voulu connaître expérimentalement, autant du moins que cela peut être fait, ce qui se passe au delà de la mort ; il sait avec la plus entière certitude, parce que les expériences à cet égard sont concluantes et absolument affirmatives, que tout ne finira pas pour lui avec la vie terrestre ; il cherche donc. par la pratique de la fraternité humaine en ce monde, à se créer un chemin vers un Au-delà supérieur ; il sait, de plus, qu’il est sur terre pour travailler, pour étudier, pour apprendre, et l’occultisme avec ses doctrines spéciales qui constitueront la science de demain, lui en fournit les moyens ; donc, en vue d’un avenir qu’il sait indubitablement certain, sa caractéristique est l’effort continu vers la science et le bien... Je ne sache pas que l’on puisse trouver d’idéal terrestre plus radieusement et plus pratiquement superbe !
Tel est l’Occultisme à l’heure présente.
L’<PCfULTISM* ET LA «CIKNGE 27