SYNTHÈSE, MÉTHODE ET THÉORIES
Il ne saurait entrer dans ma pensée d’écrire ici un cours complet d’occultisme : c’est un travail qui a déjà été établi par le maître Papus dans son Traité méthodique de science occulte , un ouvrage d’ensemble qu’il sera difficile de surpasser d’ici longtemps (1) ; je ne compte aborder de la matière que les généralités qui suffiront pour montrer à la fois, l’unité, la profondeur et la simplicité de la doctrine.
Mais pour bien faire comprendre cet ensemble, il convient d’établir en quelques pages l’admirable synthèse qui — contrairement à ce qui se passe dans la science moderne, laquelle n’est qu’une science d’analyse et de détails, dont tous les efforts en ce sens ont toujours misérablement échoué — a dominé et domine encore la Sagesse antique ; il convient, de plus, de donner une vue générale de la doctrine, après quoi seulement on pourra utilement aborder les grandes théories de l’enseignement mystérial.
De là trois divisions principales de ce chapitre : la première consacrée à l’exposition de la synthèse, la seconde établissant la méthode générale qui dérive de cette synthèse, et enfin la troisième destinée à expliquer les grandes théories qui en découlent.
(1) i vol. grand in-8 de 1092 p. p. Paris 1895. Ce serait une erreur de croire que l'exposé qui suit est un simple résumé d'après Papus ou un autre auteur : c’est l'ensemble des vues qui me sont personnelles sur la façon dont, à mon avis, doit être envisagée la Sagesse antique, et sa connaissance ne peut en rien dispenser l’étudiant qui veut savoir, de lire et de méditer les ouvrages des Maîtres.
1° — Synthèse.
La kabalah attribue à l’Être Divin dix noms différents dont chacun exprime un attribut spécial de Dieu, c’està-dire une loi active de la nature et un centre universel d'action.
Parmi ces dix noms, il en est un, plus particulièrement et plus mystérieusement sacré, qui domine toute la Sagesse antique, que Ton retrouve plus ou moins déformé dans toutes les vieilles religions, et qu’ont connu toutes les anciennes nations au sein desquelles se sont développés les Mystères, qui, en un mot, a illuminé toute la marche de la civilisation.
Ce nom, nul n’en connaît la prononciation exacte, parce que, par respect, on ne fait jamais que l'épeler; mais la connaissance de sa prononciation donnerait, d'après la tradition hébraïque, au mortel assez heureux pour la retrouver, la clé de toutes les sciences divines et humaines. A Jérusalem, il était simplement murmuré, une seule fois par an, au jour de l’Expiation solennelle, par le grandprêtre, à l’oreille de son successeur ; ce nom est encore aujourd’hui gravé au fronton de nos vieilles cathédrales, et il est formé des quatre lettres hébraïques
Iod-hé-vau-hé — IHVH
que l’on écrit communément, pour la commodité de la prononciation (1) Ieve. 11 dérive du verbe haïah (être), et
(1) Gomme la plupart des langues orientales, l'hébreu ne comportait pas de voyelles écrites ; elles ne paraissaient que dans la prononciation ; plus tard seulement, lorsque, remplacé par l'araméen, il devint une langue savante avant de passer à l'état de langue morte, on créa les points massotériques placés sous les lettres et destinés à suppléer aux voyelles et à fixer, pour l'avenir la prononciation du passé. Mais cette fixation, établie sur une période qui s’étend du 11e ou xm* siècle de notre ère, ne peut indiquer que la prononciation usitée à l'époque où elle a eu lieu et non celle de l'hébreu tel qu'il était parlé comme langue courante, c'est-à-dire aux temps antérieurs à la grande captivité.
est composé de telle sorte qu’on y peut reconnaître à la fois les signes distinctifs du passé, du présent et du futur: il signifie donc : Celui qui a été, qui est, et qui sera. 11 symbolise en même temps tout ce qui existe : lod, la lettreprincipe, représentant à la fois Dieu-Créateur et l'humanité absolue, l'humanité dans son origine et son sens divin (l’Adam-Kadmon, l’Adam d’avant la chute) et Eve ayant la signification de vie, élément dont nous verrons plus loin le rôle prépondérant dans cette magistrale synthèse.
On l’a prononcé et on le prononce Jao , Javé, Jahoh , Java , Jaou, Jaod , Jéhevah , Jalwah% etc. Nous disons aujourd’hui tantôt lahveh, et tantôt Jéhovah ; il est la racine du Zeus grec et du Jovis latin ; le vulgaire même l’a connu, puisque le cri des cérémonies publiques du culte de Bacchus est arrivé jusqu’à nous : Io ! Evohè ! et que nous retrouvons dans l’hellénisme la divinité mystérieuse IUÏI1 dont les caractères grecs répondent, comme forme, aux lettres hébraïques Iod-hé-vau-hé. Sanchoniathon (traduit par Philon) l’a écrit “ Ieuo'„ et Macrobe (1) cite ï oracle d’Apollon : Donnez le nom d’Iaô au Dieu suprême .
C'est sur ce nom qu'était basée la synthèse scientifique des Mystères.
Pourquoi ?
Fabre d’Olivet, dans sa Langue hébraïque restituée (2), en donne le sens général : ce mot offre d’abord le signe indicatif de la vie, doublé et formant la racine essentiellement vivante (EE) qui est le verbe unique Etre dont tous les autres ne sont que des dérivés ; et, au milieu de cette racine de vie, se trouve le Vau , signe de la lumière intelligible, qui éclaire tout et fait tout comprendre.
Que si nous analysons maintenant, au point de vue de la kabale, les quatres lettres constitutives de ce mot, nous trouvons :
(1) Saturn. I, XVIII.
(2) 2 vol. in-4# Paris, 1815 1816.
Iod, la lettre -principe, symbolise Trinité-principe dont tout ce qui existe ne constitue que des reflets à des degrés divers ; mais cette unité-principe est aussi l’unitéfin des êtres et des choses : le iod est donc aussi le symbole de l’éternel présent, en même temps que la somme dont tous les êtres ne sont que des parties constituantes . C’est enfin le moi-unité, et, cettre lettre ayant numériquement la valeur 10, c’est bien le principe-tout (1), s’alliant au Néant-Rien (0) : c’est Dieu.
Le Hé, né de l’opposition du Moi et du Non-Moi , représente ce dernier ; c’est le passif \ complément nécessaire de f actif qu’est le iod ; dans tout binaire, dans toute dualité, c’est la réaction du premier terme sur lui-même, c’est le signe de l’opposition ; au regard de Y homme, c’est la femme: au regard de V essence, c’est la substan ce : au regard de V acide c’est la base ; au regard du commencement , c’est la fin et enfin, au regard de Dieu, c’est ce qui est non-Dieu, c’est à-dire l’Univers, la Nature. C’est, en un mot, ce qui émane du premier terme qui, ici, est lod (Dieu), et son complément forcé : c’est donc la Nature.
Le Vau est le résultat nécessaire de cette opposition : c’est le lien, le rapport entre le Moi et le non-Moi : entre T homme et la femme c’est /’ enfant ; entre Y acide et la base c’est le sel ; entre le commencement et la fin , c’est le milieu etc. C’est, en un mot, le produit de la réaction de l’actif sur le passif, et ce qui est intermédiaire entre eux ; ici, entre l’univers et Dieu, c’est l’homme, guidé par les lois divines et luttant contre les forces matérielles.
Quand, plus loin, nous aborderons la loi du ternaire, nous verrons mieux toute l’ampleur que revêt chacun de ces trois termes ; bornons-nous à dire pour l’instant, que le ternaire est la loi basique des choses et l’absolu de tout ; mais, comme nous le verrons également plus loin, tout ternaire, pour être parfait et à moins d’être considéré purement en soi, doit se résoudre en un quaternaire com-
posé du ternaire et d?un quatrième terme représentent le retour à l’unité, ou, dans ses développements, une transition, c’est-à-dire le passage d’un monde, d’une gamme, d’un état quelconque au monde à la gamme, à l’état immédiatement suivants.
Le second Hé, représente ici le symbole du retour à l’unité, le passage du noumène au phénomène, en un mot la réalisation du ternaire.
Ceci étant bien compris, appliquons ces données à la science générale.
Le Iod étant la lettre-principe, la lettre divine, le symbole de Dieu, sous elle, nous placerons les Sciences théogoniques.
Le Hé étant le Non-moi du Iod, nous disons : Quel est le Non-moi de. Dieu ? C’est évidemment l’univers ou la nature. Et, sous ce Hé nous établissons les Sciences cosmogoniques et physiogoniques.
Le Vau est la résultante des réactions réciproques du Iod et du Hé ; nous disons donc : Qui est-ce qui procède de Dieu et de la nature ? L’homme. Et sous ce Vau, nous rangeons les Sciences anthropogoniques.
Enfin, le second Hé marque le retour à l’unité et l’ouverture d’un nouveau ternaire, d’une nouvelle série.
Mais alors nous nous rappellerons que dans toute science il y a deux parties : l’élément doctrinal et les applications. Le premier ternaire nous donne le cadre où viennent se ranger, naturellement, et sans effort, tous les ordres de sciences théoriques. Restent leurs réalisations. Sous le second lié qui le termine, nous placerons donc le second ternaire qui ne comportera que les adaptations, dans le même ordre et suivant les mêmes coordonnées, comme
suit :
Iod : les sciences théurgiques, qui sont la mise en œuvre des énergies divines.
Hé : les sciences magiques qui actionnent les forces
universelles cosmiques, et les sciences alchimiques, qui manient les forces universelles spéciales à notre globe.
Vau : les sciences anthropologiques qui regardent l’homme physique et les sciences psychurgiques qui enseignent, le maniement de ses forces occultes.
Second Hé : comprend un nouveau ternaire s’appliquant aux réalisations particulières de chacune de ces sciences puisque, dans chacune d’elles, les autres ont leur correspondance ; en effet, quelle que soit l'application envisagée, il y a dans toute opération : Dieu , source première de toute force mise en œuvre ; la nature dont il faut respecter les lois occultes ;* et enfin V homme qui agit, physiquement ou non, mais toujours en faisant appel à ses énergies psychiques.
On obtient ainsi le tableau général qui suit :