III. Aller du simple au complexe. — Bonne méthode
(1) Un dixième du spectre solaire seulement, nous est perceptible et nous voudrions faire de notre conscience le siège de la certitude ?
(2) Pour Bergson, elle est le mouvement qui se transmet d'un germe à un autre germe par l'intermédiaire d'un organisme développé.
pour comprendre ; inapte pour créer. Voyez-vous l’artiste, le savant, opérer de la sorte ? Archimède passait-il du simple au complexe, lorsque, dans son cerveau, la lumière jaillit et qu'il s’élança hors de sa baignoire ? Et Henri Poincaré, quand, montant dans un omnibus de province, il reçut l'idée décisive grâce à quoi il construisit sa théorie des fonctions fuschiennes ? Et Descartes lui-même, dans son « poêle » considérant qu’ « il n’y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de la main de divers maîtres, qu’en ceux auxquels un seul a travaillé. »
IV. Synthèse définitive. — De bonne foi, Descartes pensait après avoir démoli, reconstruire, après avoir analysé, synthétiser. De fait, cela se fait couramment en chimie : on y fait mieux encore, depuis Berthelot et sa découverte sur les corps gras : on réalise des créations véritables. En réalité, dans le reste de la nature, cela se passe autrement. Par exemple, Y irréversibilité des phénomènes vitaux a été constatée. Mais la marche des sciences a suffisamment démontré que le mouvement de dissociation n’atteint jamais son terme. « On n’atteint jamais le fond du matérialisme , non plus que le dernier des nombres », écrit le Dr Gaubert. L’état de nos sciences, la « mort » de notre philosophie, constatée par E. Boutroux et par E. Faguet, indiquent superlativement que, depuis Descartes, loin de nous rapprocher du moment des « dénombrements si entiers » et des « revues si générales », nous n’avons cessé de nous en éloigner. 11 y a hétérogénéité absolue entre les lois de la conservation et de la dégradation de l’énergie, et les lois d’évolution organique, mentales, sociales, etc. Ges successives conquêtes de la science résistent victorieusement à Punification et ne se pénètrent pas entre elles. Les mathématiques, qu’il s’agisse d’un H. Poincaré, d’un E. Picard, ou d’un Einstein, ne sont-elles pas comprises, d’ailleurs,
l’occultisme et la science
d’une manière qui rend toute unification impossible ?
Et puis, quand même cette pente effrénée de l'analyse aurait un terme, à supposer que notre vœu de morcellement soit comblé ; que, de plus, nulle opposition organique ne nous interdise la synthèse, parviendrions-nous à reconstituer de la sorte le Tout à l’aide de la totalité des parties ? Serions-nous, comme le voulait Descartes, assurés de ne rien omettre ?
Alfred Fouillée nous répond :
« Le sophisme commun . . . consiste à prendre , pour mesure de la réalité admise dans son tout, l’opération analytique de l’esprit humain qui va des parties au tout ou du tout aux parties au moyen de la numération. 11 est clair qu’on n’obtiendra jamais un tout infini en ajoutant une partie à une autre, alors même que cette opération se continuerait indéfiniment.,. C’est un paralogisme de donner, comme preuve que l’infini n'existe pas, notre impossibilité de le construire par l’addition du fini au fini... Si l'infini est réel, il s’ensuit que nous, hommes, nous ne le construirons pas idéalement par une addition de parties qui sera toujours finie et qui Régalera jamais l'infini (1). »
Kant avait dit :
« L'infinité d’une série consiste en ce que cette série ne peut pas être achevée par une synthèse successive. » Et ailleurs : « Il ne faut donc faire des réserves que sur l’aaalyse qui prétend épuiser la réalité, comme sur la synthèse qui prétend reconstituer le réel à l’aide d’un certain nombre d'éléments combinés (2).
Mais, de même que A. Fouillée, Kant a bien soin d’établir que : « 11 est manifeste que l’impossibilité de cette synthèse ou de cette analyse ne prouve rien contre la idéalité d'un monde infini dans le temps et sans premier commencement . »
(1) Interprétations... p. 15.
(2) Critique de la raison pure.
Ici donc encore, même réflexion s'impose qu'au sujet de la certitude. La méthode cartésienne ne nous permet d'embrasser finalement qu’une ombre. Certitude absolue et synthèse définitive sont pures illusions (1).
Donc, telle est la philosophie de la science moderne : nulle, radicalement nulle.
Du reste, il importe de se rendre compte que notre science normale, notre science officielle, que ses représentants nous donnent comme absolue en son ensemble, n’est au contraire que très relative, et conditionnée par toutes sortes de contingences de matière, de forme, de milieu, de temps, d'espace, etc..., je ne dirai pas seulement — ce serait un truisme banal — qu’elle est fonction de notre intelligence, mais j’affirmerai que si elle est telle que nous la connaissons, c’est uniquement parce que notre taille atteint tel développement, notre vie telle durée, etc...
Comme, au premier abord, il est assez difficile de comprendre les rapports pouvant exister entre nos théories scientifiques et notre stature ou notre longévité, on aura beau jeu de crier au paradoxe. Qu’il me soit donc permis de me retrancher derrière un des maîtres de la physique contemporaine et de citer une page extraite d’un discours de sir William Crookes qui, ayant découvert le quatrième état de la matière — l’état radiant, qui est à l’état gazeux ce que celui-ci est à l'état solide — ne peut guère être regardé comme un songe-creux ou un esprit mal équilibré (2).
(1) Th. Pagnat. Enquête générale sur l'occultisme, dans la Vie Morale (juin 1922).
(2) Discours récents sur les recherches psychiques , traduction de M. Sage, 1 br. in-12, Paris, 1903.
Il est du reste arrivé à sir William Crookes la plus effarante aventure qui puisse advenir à un scientiste ; quand il travaillait dans son laboratoire de physique où il faisait ses admirables découvertes, le monde savant n’avait pas assez de louanges pour lui et saluait en lui un génie de premier ordre ; au contraire, lorsqu’il étudiait dans son laboratoire de métapsychisme, où ses découvertes étaient non moins
« ... Je ne parle pas d’un monde immatériel ou spirituel, je parle du monde des infiniment petits qui doit encore être appelé un monde matériel, bien que la matière telle qu’elle y existe ou telle qu’elle y est perçue soit quelque chose que nos facultés limitées ne peuvent concevoir : c’est le monde — je ne dirai pas des forces moléculaires, par opposition au monde des masses — mais le monde des forces dont l’action est en grande partie en dehors de la perception humaine, par opposition aux forces qui apparaissent nettement à la grossière perception de nos organismes. J’ai peine à concevoir et à vous faire bien concevoir les différences dans les prétendues lois de T Univers que suffirait à entraîner une différence dans le volume de l’observateur. . .
« Donc, il faut que vous supposiez avec moi, pour un instant, l’existence d’un homoncule, autour duquel rouleront mes spéculations. Je ne le placerai pas vraiment au milieu de l’interaction des molécules, car je serais bien incapable d'imaginer son ambiance, mais je le ferai d’une taille si microscopique que les forces moléculaires qui ordinairement nous échappent — telles que la tension superficielle, la capillarité, les mouvements Browniens — deviennent pour lui prépondérantes au point qu’il a peine à croire, par exemple, à l’universalité de la pesanteur, que, par hypothèse, nous, ses créateurs, lui avons révélée.
« Mettons-le sur une feuille do chou et abandonnonsle à lui-même.
« La surface de la feuille de chou lui semble une
admirables mais froissaient le misonéisme de ses collègues ou leurs idées préconçues, la scène changeait du tout au tout, et le monde savant se détournait avec un suprême dédain, en taxant de folie ou de ramollissement cérébral, le chercheur de qui les découvertes lui faisaient horreur... N’osait-il pas, en effet, affirmer et prouver, par l’emploi de contrôles scientifiques, que les morts ne sont pas morts et qu’on peut communiquer avec eux, les voir, les toucher, les photographier, s’entrertenir avec eux, etc., absolument comme s’ils vivaient de notre vie ?
plaine immense de plusieurs lieues carrées. Pour cet être minuscule, la feuille est constellée de gros globes étincelants, transparents et immobiles ; chacun de ces globes est plus haut, pour lui, que les pyramides ne le sont pour nous ; chacun rayonne par une de ses faces, une éblouissante lumière. Mû par la curiosité, notre homoncule s’approche, touche l’un de ces globes et le trouve résistant à la pression comme une balle de caoutchouc. Accidentellement, il déchire la surface ; aussitôt il se sent saisi et emporté dans un tourbillon ; puis il se retrouve quelque part en équilibre, embarrassé dans la surface de la sphère et totalement incapable de se dépêtrer. Après une heure ou deux d'attente, il s’aperçoit que le globe diminue ; finalement, celui-ci disparait et voilà notre héros libre de continuer son voyage. Abandonnant la feuille de chou, il erre à la surface du sol qui est, pour lui, hérisse de rochers et de montagnes ; soudain, il aperçoit en avant une vaste surface composée du même élément qui, tout à l’heure, formait des globes à la surface de la feuille de chou ; mais au lieu de s’élever comme tout à l'heure dans les airs, voilà cet élément qui s’incline à partir du bord en une immense courbure concave pour paraître horizontal plus loin, quoique, vu la distance, notre homoncule ne puisse pas absolument assurer que cette horizontalité n'est pas une illusion. Supposons maintenant que le petit être tienne à la main un vaisseau ayant avec sa taille minuscule le même rapport qu’une bouteille d’un demilitre environ avec la taille d'un homme ordinaire ; à force d’adresse, il a réussi à le remplir d’eau. S'il retourne le vase, il s'aperçoit que le liquide ne s’écoule pas et qu’on ne peut le déloger qu’au moyen de chocs violent^. Epuisé par les efforts qu’il a faits, pour vider le vaisseau, il s’asseoit sur le rivage et se distrait en jetant nonchalamment des pierres et d’autres objets dans l’eau. Ordinairement, les pierres et autres objets s’enfoncent s’ils
sont mouillés au préalable ; s’ils sont secs, ils refusent obstinément de s’enfoncer et flottent à la surface.
« Il essaie avec d’autres substances. Une barre d’acier poli, un porte-crayon en argent, un fil de platine, une plume d'acier, objets deux ou trois fois plus denses que les pierres refusant entièrement de s’enfoncer et flottent à la surface comme autant de bouchons de liège. Bien mieux, s’il arrive, aidé de ses amis, à jeter dans l’eau une de ces énormes barres d’acier que nous appelons des aiguilles, celle-ci se creuse à la surface une sorte de lit concave et flotte tranquillement (1). Après ces observations et d’autres encore, il bâtit des théories sur les
propriétés de l’eau et des liquides en général. En viendrat-il à la conclusion que les liquides tendent à reprendre leur niveau, qu’au repos leurs surfaces sont horizontales et que les solides, placés dans les liquides s’enfoncent ou flottent suivant leur plus ou moins grande densité ? Pas du tout ; il sera au contraire fondé à soutenir qu’au repos les liquides prennent des formes sphériques ou tout au moins curvilignes, convexes ou concaves, suivant des circonstances qu’il n’est pas facile de déterminer ; qu’on ne peut les verser d’un vaisseau dans un autre, qu’ils résistent à la pesanteur, laquelle, par conséquent, n’est pas universelle ; que les corps solides qu’il peut manier ne s’enfoncent pas dans les liquides, quel que soit le poids spécifique de ces corps. D’après la manière dont se comportera un corps placé au contact d’une goutte de rosée, il aura même des raisons plausibles de douter de l’inertie de la matière.
« Déj n, notre homoncule a été quelque peu intrigué par le bombardement capricieux et incessant d’objets
(1) Le métal jeté à l'eau, sous un très petit volume, surnage quand il est sec ; l'expérience est facile à faire en laissant tomber sur l'eau des grains de limaille métallique ou même en y déposant horizontalement une petite aiguille à coudre ( Noie de l'auteur ).
très gênants, volant dans les airs ; en effet, la danse joyeuse des poussières qui peuplent les rayons de soleil manquera d’agrément [pour notre microscopique héros qui ne saura comment les éviter.
« Bien mieux, il lui semblera bientôt qu’on a exagéré jusqu’à l’absurde la difficulté qu’éprouvent à s’élever audessus du sol les êtres vivants dépourvus d’ailes, car il apercevra une terrifiante créature, un béhémoth « à la cuirasse cuivrée » bondissant à travers les airs, à la poursuite effrénée d’une proie, et, pour la première fois, un hommage mérité sera rendu à la majesté de la vulgaire puce.
« Troublé par ses incertitudes, le voilà qui regarde, pendant la nuit, dans un étang parfaitement calme. Il n’y a pas la moindre brise, pas la moindre arrivée de chaleur qui puisse déterminer des courants et changer la tension de la surface ; de petits objets sont immergés et tranquilles. Sont-ils vraiment tranquilles ? Non ; en voici un qui bouge, puis un autre. Peu à peu cette conclusion s’impose à notre homoncule : toutes les fois qu’un objet est suffisamment petit, cet objet est toujours en mouvement. Peut-être notre héros sera-t-il plus capable que nous ne le sommes, d’expliquer ces mouvements Browniens, ainsi qu’on les appelle ; il ne pourra peut-être pas s’empêcher de conjecturer qu’il entrevoit par eux, vaguement, la structure intime de la matière, que lesdits mouvements sont un restant, le dernier résultat, de l’agitation moléculaire intérieure, agitation qui ne s’est pas encore éteinte tout à fait comme cela se passe pour les agrégats de matière moins microscopiques.
« Notre homoncule rencontrerait sans doute des phénomènes plus troublants encore. Et ces interprétations, si différentes des nôtres, ne viendraient pas du tout de ce qu’il a conscience de forces dont nous n’avons pas de soupçon, encore moins de la disparition des lois présen-
tement reconnues par nous, mais simplement de ce fait que, par hypothèse, sa taille est assez petite pour permettre à la capillarité, à la tension superficielle, etc., d’avoir pour lui une prééminence qu’elles n’ont pas pour nous. Pour les êtres raisonnables de notre taille, les effets de ces forces sont négligeables et n’ont attiré l’attention que du jour où la science a eu fait des progrès. Pour nos homoncules, ces mêmes effets auraient une importance capitale ; ils ne verraient probablement pas que ces effets sont des manifestations dernières de la force de gravitation et les attribueraient sans doute à une force différente, peut-être antagoniste.
« La physique de nos homoncules différerait étonnamment de la nôtre. Ils rencontreraient probablement d’insurmontables difficultés pour étudier la chaleur. En effet, on ne peut presque rien faire dans cette branche à moins d’être capable d’élever ou d’abaisser à volonté la température des corps. Gela suppose qu’on est maître du feu. L’homme, même à un degré rudimentaire de civilisation sait enflammer certaines matières par la friction, la percussion ou par la concentration des rayons de soleil ; mais, pour que ces opérations aboutissent, il faut agir sur une quantité considérable de matière, sinon la chaleur produite se perd au fur et à mesure par rayonnement, et il est impossible d’atteindre le point d’ignition.
« Tout comme de la physique il en irait de la chimie pour nos lilliputiens, si toutefois il leur était possible même de concevoir une science pareille.
« Les phénomènes fondamentaux qui ont orienté tout d’abord l’humanité vers les recherches chimiques sont ceux delà combustion, voilà qui n’est guère niable. Mais, nous venons de le voir, nos êtres minuscules ne pourraient pas produire le feu à volonté, sauf au moyen de certaines réactions chimiques ; ils auraient donc peu d’occasion d’en examiner la nature.
« Ils pourraient bien, accidentellement, être les témoins d’incendies de forêts ou d’éruptions volcaniques ; mais des phénomènes aussi grandioses et aussi désastreux, bien que propres à révéler à nos lilliputiens l’existence de la combustion, ne s'accommoderaient guère d’une recherche calme des causes et des résultats.
« D’un autre côté, si nous nous souvenons de l’impossibilité où ils seraient de verser de l’eau d’une éprouvette dans une autre, nous comprendrons qu’ils devraient ignorer à tout jamais les opérations de l’analyse chimique et toutes les manipulations qui demandent l’emploi des ventouses.
« Passons maintenant à l’extrême opposé, et demandons-nous comment apparaîtrait la nature à des êtres humains d’une taille énorme. Leurs interprétations erronées seraient le contraire de celles de nos pygmées. L’action capillaire, la cohésion des liquides près de leurs bords, la goutte de rosée, la manière de se comporter d’un corps minuscule sur un globule d’eau, les métaux flottants sur l’eau, ce seraient là autant de phénomènes ignorés d’eux. Pour l’homoncule, capable seulement d’un effort mécanique faible, les corps seraient plus durs que pour nous, tandis que nos colosses ne seraient guère arrêtés, même par des rochers de granit.
« Il y aurait encore une autre différence remarquable entre ces êtres énormes et nous. Si nous nous baissons et prenons une pincée de terre entre le pouce et les autres doigts, en mouvant notre main avec une vitesse de quelques centimètres par seconde, nous n’éprouvons rien de particulier. La terre que nous tenons ofire un peu de résistance, plus ou moins, suivant son degré de cohésion, mais c’est tout.
« Supposons la même action accomplie par un de nos géants capable de mouvoir sa main avec une vitesse de quelques kilomètres à la seconde, celui-ci éprouverait
une réaction très prononcée. Cette masse de sable, de terre, de pierres et autres matériaux du même genre, lancée en quantité pareille et avec une pareille vitesse, atteindrait une température très haute. Notre homoncule ne pouvait pas atteindre le point d’ignition ; nos géants ne pourront pas se mouvoir sans amener le développement d’un degré de chaleur très incommode, qui rendra les objets positivement intenables. Notre géant attribuerait naturellement au granit et aux autres éléments constitutifs de la croûte terrestre la propriété que le phosphore a pour nous : celle d’entrer en ignition dès qu’on le manie un peu rudement.
« Est-il nécessaire de poursuivre mon développement ? Non. Alors qu’une variation possible, voire très admissible d’une seule des forces conditionnant la nature humaine, la force de la gravitation, pourrait modifier notre apparence extérieure et les proportions de notre corps, ou point de faire de nous une espèce d’êtres entièrement différente de celle que nous sommes ; alors qu’une différence dans notre taille suffirait à nous faire voir quelques-uns des faits les plus familiers de la physique et de la chimie sous un aspect si différent ; alors que des êtres microscopiques ou d’autres prodigieusement grands, par le fait seul de leur taille, seraient sujets aux fausses interprétations que j’ai signalées et à bien d’autres que je pourrais signaler, pourquoi nous-mêmes, bien que placés à ce qu’il semble dans un juste milieu, ne serions-nous pas, par le seul fait de notre taille et de notre poids, exposés à des interprétations erronées auxquelles nous échapperions si nous, ou le globe que nous habitons, nous étions plus grands ou plus petits, plus lourds ou plus légers ? Notre savoir, dont nous sommes si fiers, peut parfaitement n’avoir de valeur que pour notre milieu ; il peut parfaitement y entrer une telle part de subjectivité que nous ne saurions même nous en faire une idée. »
Voilà donc un aperçu de quelques-unes des modifications qu’apporterait dans notre science une différence de taille. Jetons maintenant un coup d’œil sur ce que deviendrait notre science si la durée de la vie humaine était augmentée ou abrégée (1).
« Rien ne s’oppose à ce que nous imaginions des êtres pouvant énormément différer de nous par la perception consciente des éléments de la durée et par la ténuité des événements qui emplissent cette durée. Von Baer s’est complu dans des calculs très intéressants sur les changements qu’apporterait cette différence dans l’aspect de la nature. Supposez-nous capables, dans l’espace d une seconde, de noter distinctement 10.000 événements, au lieu de 10 comme aujourd’hui : si notre vie ne devait contenir que le même nombre d’impressions, elle pourrait être mille fois plus courte. Nous vivrions moins d’un mois, et, par expérience personnelle, ne saurions rien du changement des saisons. Si nous étions nés en hiver, nous croirions à l’été comme nous croyons maintenant aux chaleurs de la période carbonifère. Les mouvements des êtres organisés seraient si lents pour nos sens que nous ne les verrions pas et ne les connaîtrions que par induction. Le soleil demeurerait immobile dans les cieux, la lune n’aurait point de phases et ainsi de suite. Renversons maintenant l’hypothèse et supposons un être n’ayant que la millième partie des sensations que nous avons dans un temps donné ; il vivrait en conséquence mille fois plus longtemps que nous. Les étés et les hivers lui sembleraient des quarts d’heure. Les champignons et autres plantes à croissance rapide surgiraient si brusquement qu’elles lui apparaîtraient comme des productions instantanées ; les plantes annuelles s’élèveraient et tombe-
(1) La page qui suit est extraite des Principes de psychologie de William James et citée par W. Grookes, loc. cit.
raient sans relâche, pareilles aux bouillons d'une source minérale. Les mouvements des animaux seraient aussi invisibles pour lui que le sont pour nous les mouvements des balles et des boulets ; le soleil traverserait le ciel comme un météore, en laissant derrière lui une traînée de flamme, etc. Qui nous dit que rien de pareil n’existe dans le monde animal ? »
Et que F on ne croie pas, en ceci à la fantaisie ou au paradoxe ! C’est par suite de la durée normale de la vie humaine que l’homme a été si longtemps sans croire à la vie des arbres parce que leur durée embrasse des siècles, et c’est pour ce même motif que, à l’heure actuelle, il ne peut admettre la vie minérale parce que les modifications qu’elle entraîne portent sur des millénaires et que sa propre brièveté l’empêche d’en suivre les phénomènes.
Donc, que l’on en soit bien persuadé, notre science actuelle est d’une relativité complète, et conditionnée — entre bien d’autres contingences — par notre taille et la durée de notre vie. Cette science, que nous croyons absolue, serait certainement tout autre selon que nousmêmes serions plus petits ou plus grands, selon que notre vie serait plus rapide ou plus lente, et, pour reprendre les termes mêmes de W. Crookes, ne sommesnous pas, par le seul fait de notre taille et de notre poids, exposés à des interprétations erronées auxquelles nous échapperions si nous étions placés dans des conditions différentes ?
En résumé, la science contemporaine, dont nous sommes si fiers et que ses représentants officiels nous donnent comme absolument assurée, n’est pas aussi sérieuse qu’on pourrait le croire : je n’en veux d’autre preuve que l’instabilité de ses théories qui changent en moyenne tous les vingt ans.
D’autre part, quand on parle des inventions delà science
moderne, on oublie trop que la plupart sont des réinventions de ce que savait l’antiquité, laquelle connaissait le télescope, le microscope, la poudre à canon, la boussole, etc. (1). Et quand on parle des progrès de la science, on prend toujours comme point de départ le Moyen Age, qui fut. en effet, aussi peu scientifique que possible, par suite des ruines presque universelles dont les invasions des barbares en Europe et des musulmans en Orient avaient couvert le monde civilisé : en ce cas, nous avons le droit d’être fiers de notre science. Mais ce point de départ est faux, et, si nous voulons acquérir une juste appréciation des choses, c’est avec l'antiquité qu^il nous faut établir notre comparaison, et alors nous devenons plus modestes en nous apercevant que nos inventions, dont nous sommes si orgueilleux, ne sont, pour les principales d’entre elles, je ne saurais trop le répéter que des réinventions .
On ne se doute pas assez, dans le public, de ce qu’étaient exactement la science et l’instruction dans l’antiquité égyptienne, grecque et romaine, pour nous tenir sur un terrain solide de discussion et ne pas remonter aux pays d’Assur dont les monuments et les tablettes d'écriture cunéiforme témoignent cependant d’une science rare (2) : il faut nous y appesantir ici pour exposer de façon suscincte le mode d’enseignement dans l’antiquité la plus rapprochée de nous.
Tout d’abord, l’antiquité a-t-elle possédé une science,
(1) J’en parle à plusieurs endroits du présent ouvrage. Qu’il me soit permis ici d’énoncer un simple fait élémentaire qui se présente en ce moment à mon souvenir : suivant une inscription de Dendérah, découverte par Dümichen, des mâts élevés, armés de pointes de fer et placés à la porte des habitations servaient à attirer et diriger la foudre : c’était, en Egypte, le paratonnerre au xv® siècle avant notre ère.
(2) Manéthon ( Histoire d'Égypte ), Sanchoniathon (Histoire), et Bérose ( Babylonica ) dont les travaux ont été longtemps regardés comme fabuleux constituent aujourd’hui la base des recherches sur la profonde antiquité orientale.
ce que nous appelons aujourd’hui de ce nom, c’est-à-dire un ensemble de connaissances techniques, théoriques et appliquées, assez étendu, assez approfondi pour mériter cette qualification élevée ? Car enfin, avant de prôner la science antique, il convient d’établir son existence objective.
Pour répondre à cette question, je me bornerai à résumer quelques pages de Papus (Dr G. Encausse) pour qui la question s’est posée et qui l’a résolue dans plusieurs de ses ouvrages, notamment dans son Traité élémentaire de science occulte (1). Je supprimerai ici ses citations d’auteurs qui alourdiraient le présent ouvrage, le lecteur curieux des textes originaux pouvant recourir facilement à la source indiquée.
Dire que la science a existé dans l’antiquité, c’est passer auprès de la plupart des esprits sérieux pour un sophiste ou un naïf, et cependant je vais tâcher de prouver ma paradoxale prétention, et je prie mes contradicteurs de me prêter quelque attention.
Tout d’abord, me demandera-t-on, où pouvons-nous trouver quelque texte de cette prétendue science antique ? quelles connaissances embrassait-elle ? quelles découvertes pratiques a-t-elle produites ?
Tout bien considéré, ce ne sont pas les matériaux qui nous font défaut pour reconstituer cette antique science. Les débris de vieux monuments, les symboles, les hiéroglyphes, les rites des initiations diverses, les manuscrits, les traditions de toutes sortes se pressent en foule pour aider nos recherches.
Mais les uns sont indéchiffrables sans une clé qu’on se soucie fort peu de posséder ; l’antiquité des autres (rites et manuscrits) est loin d’être admise par les savants contemporains qui les font remonter tout au plus à l’Ecole d’Alexandrie.
(1) 1 vol. in-12 carré. Paris 1898.
Il nous faut donc chercher des bases plus solides, et nous allons les trouver dans les œuvres des écrivains de beaucoup antérieurs à l’École d’Alexandrie, Pythagore, Platon, Aristote, Hippocrate, Pline, Tite-Live, etc. etc., et cette fois, il n'y aura plus à chicaner sur l'antiquité des textes ; et l’on concédera, je pense, que ces noms ne seraient pas déplacés dans notre science actuelle, ce qui prouve déjà qu’il y eut jadis un degré de culture scientifique absolument indéniable (1).
Ce n’était certes pas une chose facile que de rechercher cette science antique pièce à pièce dans les auteurs anciens et nous devons toute notre reconnaissance à ceux qui ont entrepris et mené à bonne fin cette œuvre colossale. Parmi les plus estimables, il faut citer Dutens (2) Fabre d’Olivet (3) et Saint-Yves d’Àlveydre (4).
Ouvrons le livre de Dutens, et nous allons voir les effets produits par la science antique ; lisons Fabre d'Olivet et Saint- Yves d’Alveydre, et nous allons pénétrer dans les temples d’où rayonne une civilisation dont les productions étonneraient les prétendus civilisés modernes...
En astronomie, les anciens connaissaient la marche de la terre autour du soleil, la théorie de la pluralité des mondes, des marées produites par l’attraction lunaire, et surtout la loi redécouverte par Newton.
Ce sont là des découvertes générales que la force de l’esprit pouvait suffire à faire atteindre ; mais peut-on
(1) Le professeur Ch. Richet, dans son Abrégé d’histoire générale, écrit qu’il n'y a de penseurs que depuis 3.000 ans, et de savants que depuis 300 ans. On est surpris que ce savant pourtant éminent, n'ait pas pensé aux ingénieurs des pyramides — dont nous parlons plus loin — , aux créateurs préhistoriques du zodiaque, aux géomètres de la Grèce, aux astronomes Khaldéens, etc.
(2) Origine des découvertes attribuées aux modernes, 2 vol. in-8, Paris, 1766.
(3) Vers dorés de Pythagore, 1vol. in 8°, Paris, 1813.
— Histoire philosophique du genre humain , 2 vol. in-8°, Paris, 1824.
(4) Mission des Juifs., 1 vol. grand in-8°, Paris, 1884.
montrer, chez les anciens, les découvertes expérimentales, les gloires du xixe siècle et les preuves du progrès qui nous entraîne ?
Puisque nous sommes dans l'astronomie, consultez Aristote, Archimède, Ovide, et surtout Strabon, cité par Dutens, et vous allez voir apparaître le télescope, les miroirs concaves, les verres grossissants servant de microscope, la réfraction de la lumière, la découverte de l’isochronisme des oscillations du pendule, etc.
Vous serez sans doute étonné de voir ces instruments, qu’on croit vulgairement si modernes, connus des anciens ; mais je n’ai pas encore parlé des questions les plus importantes.
La vapeur, l’électricité, la photographie et toute notre chimie, où sont-elles, dans la science antique ?
Agathias vivait au vie siècle de notre ère ; il a écrit à cette époque un livre (De rébus jastinis) qui fut imprimé en 1660. Vous trouverez, aux pages 150 et 151 de son livre la description complète de la façon dont Anthème de Tralle se servit de la vapeur comme force motrice pour déplacer un toit tout entier. Tout y est : la manière de placer l’eau, de boucher les issues pour produire la vapeur à haute pression, de gouverner le feu, etc.
Nos électriciens feraient bien triste mine devant ces prêtres égyptiens et leurs initiés (grecs et romains) qui maniaient la foudre comme nous employons la chaleur et la faisaient descendre et tomber à leur gré. Saint-Yves nous montre la mise en œuvre de ce secret qui constituait une des pratiques les plus occultes du sanctuaire.
Dans Y Histoire ecclésiastique de Sozomène (L. IX. ch. VI) on peut voir la corporation sacerdotale des Etrusques défendant à coups de tonnerre, contre Alaric, la ville de Narnia, qui ne fut pas prise.
Lucius Pison nous apprend que Numa Pompilius deuxième roi de Rome (vne siècle), qui sortait d'un collège
sacerdotal, connaissait et pratiquait 1? art de former e diriger la foudre ; et, d’après Pline, c’est à l aide de ce procédé qu’il abattait les animaux sauvages.
Tite-Live et Pline nous décrivent la mort de Tullus Hostilius,son successeur, voulant évoquer la foudre d’après les rites d’un manuscrit de Numa, et mourant foudroyé pour ne s’être pas prémuni contre le choc en retour.
Les temples souterrains de l’antique Egypte étaient éclairés au moyen d’une lumière éblouissante et très facilement maniable, qui ne peut être, d’après les rapports des témoins, assimilée* qu’à l’électricité.
Est-ce que Sardanapale n’est pas connu pour avoir allumé son bûcher par le feu du ciel, et le premier Zoroastre, pour avoir anéanti ses palais, ses richesses et ses secrets dans un immense éclat de tonnerre ?
Est-ce que l’électricité, c’est-à-dire la foudre susceptible d’attraction et de maniement, n’avait pas son temple, à Rome, sous le nom de Jupiter Elicius?
Et la photographie? — Dans un couvent du mont Àthos, un monastère conserve le manuscrit d’un de ses anciens moines, Panselenus qui révèle, d’après d’anciens auteurs ioniens, l’application de la chimie à la photographie. Le fait a été mis en lumière à propos du procès de Niepce et Daguerre. La chambre noire, les appareils d’optique, la sensibilisation des plaques métalliques y sont décrits tout au long.
Et la chimie, maintenant !
Les anciens Égyptiens connaissaient la façon de travailler les métaux, la dorure, la teinture de la soie en couleur, la verrerie, l’incubation artificielle des œufs, l’extraction des huiles médicinales des plantes, la préparation de l’opium, de la bière, du sucre de canne qu’ils appelaient « miel des roseaux», et de quantité d’onguents; ils savaient distiller et connaissaient les alcalis et les acides.
Dans Plutarque, dans Hérodote, dans Sénèque, dans
l’occultisme et la SCIENCE 4
Quinte-Curce, dans Pline, dans Pausanias, etc., on peut retrouver nos acides, nos bases, nos sels, l’alcool, l’éther) en un mot les traces certaines d’une chimie organique et inorganique dont ces auteurs n’avaient plus ou ne voulaient pas livrer la clé.
L’artillerie et la poudre ? Porphyre, dans son livre sur Y Administration de l'Empire décrit l’artillerie de Constantin Porphyrogénète, etValerianus dans sa Vie d' Alexandre nous montre les canons de bronze des Indiens.
Dans Ctésias, on retrouve le fameux feu grégeois, mélange de salpêtre, de soufre et d’un hydrocarbure, employé bien avant Ninus en Chaldée, dans l’Iran, dans les Indes, sous le nom de « Feu de Bharawa » ; ce nom qui fait allusion au sacerdoce de la race rouge, premier législateur des noirs de l’Inde, dénote à lui seul une immense antiquité.
Hérodote, Justin, Pausanias parlent des mines qui engloutirent, sous une pluie de pierres et de projectiles sillonnés de flammes, les Perses et les Gaulois envahisseurs de Delphes.
Servius, Valérius Flaccus, Jules l’Africain, Marcus Grœcus décrivent la poudre d’après les anciennes traditions ; le dernier donne même nos proportions d’aujourd’hui.
Dans une autre branche de connaissances, nous voyons les prétendues découvertes médicinales modernes, entre autres la circulation du sang (1), l’anthropologie, et la biologie générale parfaitement connues de l’antiquité et surtout d’Hippocrate.
On peut, à la rigueur, admettre ce que vous avancez, me direz-vous, car, à chacune de nos nouvelles découver-
(1) Il n’est personne ayant tant soit peu étudié la symbolique de l’antiquité qui ne sache que la figure de Youroboros (serpent formant cercle en se mordant la queue), dont l’origine se perd dans la nuit des temps puisqu’on la rencontre dans toutes les civilisations antiques, est — entre autres significations — , le symbole de la circulation de la vie dans les êtres organisés.
tes, il se trouvera toujours quelqu’un pour montrer que tel vieil auteur en parlait plus ou moins ; mais y a-t-il quelque expérience que nous ne possédions plus, quelque phénomène physique ou chimique dont la production nous serait impossible ?
Là encore, il y aurait une foule de choses à citer ; je nommerai seulement Démocrite et ses découvertes perdues pour nous, notamment la production artificielle des pierres précieuses ; voyez aussi les découvertes égyptiennes de l’art de rendre le verre malléable, de conserver les momies, de peindre d’une manière inaltérable en trempant une toile, enduite de divers vernis, dans une seule solution d’où elle ressortait revêtue de couleurs variées, sans parler des enduits en quelque sorte indestructibles employés par les Romains pour leur architecture, de leur ciment qui fait qu’après plus de deux mille ans les voies romaines sont encore utilisables et utilisées à notre époque, etc., etc.
Le fait est indéniable : l’antiquité a été en possession d’une science colossale et qui, on le verra plus loin, était à certains égards supérieure à la nôtre (1) et cette science a laissé, de son existence, des preuves multiples auxquelles on est forcé de se rendre à moins de nier à tout jamais le témoignage des hommes.
On voit donc que les civilisations qui ont précédé la nôtre ont été en possession d’un savoir grandiose et qu’on a aujourd’hui bien tort de négliger ; mais je n’ai pas épuisé le sujet, bien loin de là 1 j’aurai à y revenir en quelquesunes des pages, qui vont suivre, et l’on verra, notamment quand il sera question des Pyramides d’Egypte, à quel degré d’élévation a atteint jadis l’étude des mathématiques
(1) La science antique était en possession d’une vaste et très souple synthèse, dont j’aurai au cours de cet ouvrage à montrer l’essence, alors que la science moderne a toujours pitoyablement échoué dans toutes ses tentatives en ce sens.
dans leurs applications notamment à la géodésie, à l’astronomie, etc.
Mais, demandera quelque lecteur, quelle antiquité, exactement, peut-on assigner à l’époque où cette science a reçu son plein développement ?
J’étonnerai peut-être beaucoup ce lecteur en lui avouant : Nous n’en savons rien ! Si loin que nous puissions remonter dans le passé, nous la trouvons établie et son origine se perd, pour nous, dans la nuit des temps. La seule chose qui soit possible, à cet égard, est d’indiquer quelques chiffres qui aideront le lecteur à aboutir à la même conclusion que nous.
Manéthon nous établit une chronologie qui repousse Ménès de six millénaires dans le passé.
Platon, initié aux mystères d’Egypte nous dit que, dix mille ans avant Ménès (regardé couramment comme le fondateur de l'Egypte), il a existé une civilisation complète dont il a eu les preuves sous les yeux. Hérodote, autre initié, confirme Platon, mais en ajoutant que des serments scellent ses lèvres et lui interdisent de dire tout ce qu’il sait à cet égard.
Diodore nous affirme tenir des prêtres d'Egypte que, bien avant Ménès, ils ont les preuves d’un état social complet, ayant duré jusqu’à Horus dix-huit mille ans.
Manéthon, que l’on a longtemps regardé comme fabuleux et qu’aujourd’hui l’on étudie attentivement, nous certifie qu’avant Ménès, plusieurs cycles immenses de civilisations successives avaient existé sur la terre.
Et enfin, voici : On verra plus loin que c’est notre ancêtre le celte Ram qui, dans sa fondation de l’empire du Bélier* lequel couvrit une partie de l’Asie de l’Europe et de l’Afrique, a établi le principe des Mystères sacrés, détenteurs de la haute science. Or, quelle époque peut-on assigner à l'existence de Ram.
Un des plus antiques poèmes de l’Inde le « Ramayana
(la course de Ram) » célèbre allégoriquement la gloire du fondateur d’empire, et, d’après toutes les dernières recherches et les meilleures conjectures, nous ne pouvons guère placer Ram à moins de dix millénaires de nous.
Mais ce n'est pas Ram qui a créé la science ; nous verrons, au cours de ces pages, qu’elle a. été transmise à la race blanche par une migration rouge issue de l’Atlantide ; or, l’engloutissement de l’Atlantide a commencé il y a 80.000 ans pour être définitive il y a 7.000 à 8.000 ans. Et 1 Atlantide était dans toute sa splendeur, c’est-à-dire en possession de toute sa science, il y a environ 400.000 ans.
Mais l’Atlantide n’a pas créé cette science, elle n’a fait que la développer, en ayant reçu au moins les principes de la migration d’une colonie lémurienne, les Lémurio- Romoahals, qui, venus d’un continent dont l’Océanie ne représente plus que les sommets de montagnes, ont peuplé l’Atlantide il y a environ 800.000 ans...
Je n'irai pas plus loin ; ce qui vient d’être dit suffit pour nous montrer la formidable antiquité de la science hermétique, antiquité sur laquelle j’aurai à revenir dans un ouvrage ultérieur (1) où j’étudierai les grandes lignes de l’histoire occulte et les origines de la science mystériale.
Revenons à l’instruction publique telle qu’elle existait dans les civilisations qui ont immédiatement précédé la nôtre et dont les annales constituent l’antiquité de Thistoire officielle.
On se figure trop généralement que, à part quelques exceptions connues, les anciens vivaient dans une ignorance crasse, semblable et même supérieure à celle de la chevalerie au Moyen Age : la vérité est tout autre.
En Egypte, en Grèce et à Rome — à Rome, surtout après la conquête de la Grèce, — il existait des écoles publiques
(1 ) L'occultisme et le pasié, en préparation.
où la jeunesse pouvait acquérir une instruction rudimentaire ; les grandes familles possédaient même pour leurs enfants des instituteurs particuliers, qui, notamment à Rome, étaient des esclaves grecs doués d’une réelle culture intellectuelle. 11 ne paraît pas y avoir eu, pour ces écoles et ces professeurs particuliers, de garanties publiques spéciales ; mais la valeur de leur enseignement suffisait pour opérer entre eux une sélection nécessaire : le public allait où l’instruction donnée lui semblait préférable.
Qu’enseignait-on, dans ces écoles publiques? A peu près les matières de notre instruction primaire : la lecture, l’écriture, le calcul, la grammaire, plus certains éléments usuels de philosophie, de géométrie, de médecine, et enfin de tout ce qui était d’un intérêt immédiat pour la vie courante ; et, si nous en croyons le témoignage des inscriptions murales de la voie publique à Pompéi — qui était en somme de la province — les enfants du peuple même, ceux que nous appelons aujourd’hui les gamins, savaient écrire (1). Certaines écoles se spécialisaient dans l’enseignement de la géométrie, de la médecine, et surtout de la grammaire, ce qui dénote un certain degré d’instruction publique.
On n’allait guère plus loin avant l’âge adulte; mais alors, ceux qui voulaient pousser leur instruction se faisaient initier aux Mystères d’un temple. Tout temple, presque, avait ses Mystères dont l’enseignement était dévolu aux prêtres de la divinité du lieu : mais il y avait à distinguer entre les petits et les grands Mystères. Les petits Mystères répondaient, dans leur ensemble, à notre enseignement secondaire, et il était très facile de s’y faire
(1) Antérieurement, à Athènes, ne voyons-nous pas par de nombreux témoignages que l'habitude universellement répandue était d’écrire sur les murs du Céramique le nom de la courtisane avec qui l'on désirait faire connaissance? Cela suppose au moins que la plupart des Athéniens, hommes et femmes, savaient lire et écrire.
admettre puisque les auteurs contemporains citent des réunions de 20.000, 30.000 initiés : de tels chiffres montrent combien était diffusée l’instruction moyenne : dans les Mystères mineurs on approfondissait la grammaire, la philosophie, la médecine et l’on recevait des notions usuelles de science pratique. Il fallait avoir suivi avec succès les petits Mystères pour être admis aux Mystères majeurs. En général, tout temple de quelque importance avait ses grands Mystères ; mais, là comme dans les écoles ordinaires, il s’opérait une sélection amenée par ‘la seule force des choses, et certains temples seulement étaient réputés dans le monde entier pour renseignement qui y était distribué : par exemple les Mystères d’Isis en Egypte, d’Eleusis en Grèce, de Bacchus à Rome et certains autres : tels que ceux de Thèbes, de Memphis, de Delphes, de Nîmes, de Chartres, etc. En général, il était assez difficile d’y être admis, et le récipiendaire s’engageait, sous serment, à ne rien révéler, au dehors, de ce qui lui serait enseigné dans le temple, serment corroboré par une série d’épreuves destinées à mettre en lumière la force d’âme, la volonté et d’autres qualités morales du postulant, et dont la rigueur était d’autant plus grande que le sanctuaire était plus renommé pour la profondeur de son enseignement et, par suite, plus désiré par qui voulait s’instruire. Toute indiscrétion postérieure, tout manquement à la parole jurée était puni de mort par les ordres des prêtres.
On s’est demandé souvent : Pourquoi ces épreuves et ces serments? Plusieurs motifs en avaient, dès l’origine, démontré la nécessité, dont quelques-uns très humains, et les autres d’ordre absolument supérieur. Parmi les premiers, le principal était de ne pas laisser répandre inconsidérément dans le vulgaire, et parfois de façon erronée, des leçons que l’étudiant, dès lors, ne viendrait plus demander au temple; c’est ce même sentiment, très
humain, qui fait qu’à l’heure actuelle toute science s’érige derrière la barricade d’une terminologie qui lui est propre, et que toute école supérieure n’admet la diffusion de son enseignement que par l'intermédiaire de ses diplômés. Un motif plus relevé fut que les sanctuaires voulaient éviter de laisser prostituer et déformer, dans un public grossier et inapte à les comprendre, les hautes spéculations de ces études, et cela d’autant plus que certaines notions de cet enseignement étaient souverainement dangereuses et pouvaient être tournées aussi bien vers le crime que vers la morale : c’est en vertu de ce sentiment, toujours existant, qu’à notre époque certaines professions libérales, par exemple le barreau et le notariat, voient leurs membres astreints à un serment spécial, et c'est ce sentiment encore qui fait que, dans certaines écoles supérieures où existe une partie dangereuse de 1’enseignement, cette partie n’est mise à la portée des élèves qu’aux derniers temps de leurs études, c’est-à-dire quand ils ont prouvé, par leurs examens successifs, quils sont aptes à en porter la charge et la responsabilité. Enfin, renseignement de certains temples abordait des matières telles, relativement à la théodicée, l’anthropologie, la haute science et ce que nous appelons à l’heure actuelle la psychologie expérimentale, que l’on se refusait, vu les conséquences fatalement désastreuses des divulgations dans des milieux trop souvent ignorants de toute moralité, à voir ces connaissances répandues parmi un public généralement porté à en abuser ; c’est ainsi qu’à notre époque, mais à un point de vue plus secondaire, celui-là soulèverait contre lui un toile général d’indignation qui ouvrirait un cours de toxicologie accessible au premier venu.
Aussi les examens et les épreuves se succédaient-ils rigoureusement au cours de l’initiation progressive, et ceux-là seuls arrivaient au couronnement de leurs études,
qui avaient subi efficacement les uns et qui avaient traversé victorieusement les autres.
Qu'enseignait-on, dans ces grands Mystères? Tout ce qui constituait la haute science d’alors au multiple point de vue de Dieu, de l’homme et de la nature, haute science qui avait été créée, au cours des siècles, par des générations successives de laborieux chercheurs. Pour se rendre compte de ce que pouvait être cet enseignement, il nous suffira de savoir que Platon fut un initié aux Grands Mystères et que ses œuvres, en se tenant simplement sur la limite de ce qui, par serment, ne devait pas être révélé, ont, depuis vingt-quatre siècles, illuminé la marche de l'humanité; il nous suffira de dire que Mosché, un autre initié — révolté parce qu’il avait* échoué au dernier stade de ses études, — a pu, d’une tourbe d’esclaves fugitifs, forger un peuple — le peuple juif — qui dure encore après trente-cinq siècles, simplement en le faisant dépositaire de la plus haute révélation qu'il eût reçue luimême dans le Temple, celle de l’unité divine.
Tout ce qui précède nous montre que la Science antique était loin d’être méprisable et que c’est étrangement se tromper que de la juger inférieure à celle du Moyen Age : sa diffusion était moindre que celle de la nôtre, et son enseignement plus restreint, plus entouré de difficultés, particulièrement en ce qui touchait ses plus hautes spéculations, voilà tout ! Mais, à part cette considération, il faut bien se dire qu elle était, à certains points de vue supérieure à la nôtre. Elle connaissait la balistique de la foudre, comme le prouvent et la défende de Narnia contre Alaric par le corps sacerdotal, et les écrits de Lucius Pison. Elle pratiquait la conjugaison des miroirs à un point qui nous semble fabuleux, comme cela résulte, lors de la défense de Syracuse par Archimède, de l’incendie en mer de la flotte romaine. Ses ingénieurs possédaient une machinerie égale sinon supérieure à la nôtre, comme
le démontrent les pyramides d’Egypte et les autres travaux cyclopéens qu’elle nous a laissés. Elle avait créé un art et une industrie qui n’avaient rien à envier aux nôtres, car notre art n’a jamais pu égaler la mosaïque, et, au point de vue de la durée, la peinture des anciens, et notre industrie cherche encore vainement, entre autres produits, leur indestructible ciment et le verre malléable qu’ils fabriquaient. Elle ne connaissait pas toutes nos applications de l’électricité, cela est indubitable, mais elle en connaissait d’autres, car enfin, qu’était-ce que cette « pyrotechnie transcendantale », rapportée par les historiens, des mages de l’Assyrie? Et qu’étaient toutes ces fulgurescences lumineuses qui, dans les initiations d’Egypte accompagnaient les épreuves du récipiendaire ?
Les anciens n’avaient ni le téléphone, ni le paratonnerre direz-vous? Quant au téléphone, lisez donc César et dites si ce n’est pas par un moyen approchant sinon supérieur, aux mains du corps sacré des Druides, que, en quelques heures, toutes les nouvelles intéressant la Gaule étaient connues partout, à la fois chez les Vénètes et chez les Helvètes, chez les Bataves et chez les Boïens, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest.
Pour ce qui concerne le paratonnerre, j’en ai parlé plus haut, et l’inscription de Denderah, découverte par Dümichen, montre que, quinze siècles avant notre ère, les Egyptiens savaient canaliser la foudre.
Enfin le rappel d’un simple détail bien connu de la civilisation d’Egypte et son explication suffiront pour montrer combien, en certaines de ses applications, la Sagesse antique était supérieure — infiniment — à la science moderne : On sait que, chez les Egyptiens, tout défunt était jugé; on embaumait, pour le conserver, le corps de ceux qui avaient conduit leur vie suivant la norme delà Justice et du Bien; le cadavre des autres était incinéré. Pourquoi cette différence de traitement? Cela répondait à un
principe d’hygiène, établi par la caste sacerdotale, dont nous avons perdu le secret, et qui était le suivant : Les expériences du Dr Gibier ont montré à l’évidence l'effet nocif sur les vivants, des cadavres de morts ayant mal vécu, l’organisme fluidique du défunt (1) demeurant un certain temps après le décès près de l'organisme physique périmé. Quand, au contraire, il s’asit de la dépouille d’un être de bien, la permanence, aussi longtemps que possible, d'un organisme fluidique en possession des vertus acquises par l'esprit, ne peut avoir qu'une influence favorable sur les vivants qui l’entourent. De là, cette différence de traitement : on brûlait le cadavre du méchant pour empêcher son « double » de séjourner parmi les vivants et de les empoisonner de son contact ; on embaumait au contraire la dépouille mortelle de l’être de bien pour conserver le plus longtemps possible aux vivants l’influence bienfaisante de son organisme fluidique. Notre hygiène publique, dont nous sommes si fiers, n’en est pas encore arrivée là (2).
D’autre part, l'analyse de la science antique n’allait pas aussi loin que la nôtre, d'accord, parce qu’elle manquait des moyens de laboratoire dont nous jouissons aujourd’hui; mais elle possédait une synthèse colossale pour la reconstitution de laquelle tous les efforts de notre science ont toujours lamentablement échoué, qui était la simplicité même, basée sur le livre de Thot, dont je donnerai le plan au cours des pages suivantes, mais que notre science actuelle ne pourra utiliser que lorsqu’elle aura rejeté loin d’elle le matérialisme qui l’engangue aujourd'hui. Car il
(1) V. troisième partie, chap. III, section de l'intermédiaire plastique.
(2) Au point de vue de la simple hygiène physique, qui est l’embryon de la médecine future, il est convenu que l’état d’avancement d’hygiène urbaine est en raison directe de la quantité d’eau dont dispose une ville par tête d’habitant ; je rappellerai simplement que, dans la Rome d’Auguste, chaque habitant avait à sa disposition collective vingt-deux fois plus d’eau que le Parisien de nos jours.
n’y a pas d’erreur possible à cet égard : la Sagesse antique était basée sur un idéalisme parfait, sur un spiritualisme absolument et indéniablement pur.
C’est d'un pédantisme fou que de prétendre que nos grandes conceptions scientifiques modernes étaient inconnues des anciens : elles n’étaient pas répandues dans le public, c’est toute la différènce.
La constitution de la voie lactée? Voyez Démocrite.
Notre théorie des systèmes cosmologiques stellaires ? Voyez Anaxymène, Héroclite, Aristote, Àlcinoüs et Plotin.
Les mouvements de rotation de la terre ? Voyez Pythagore, Philolaüs, limée de Locres, Aristarque et Seleucus.
L'attraction universelle ? Voyez Plutarque, Macrobe, Pline, Gensorinus et surtout Pythagore qui établit nettement, vingt-deux siècles avant Newton, qu’elle est proportionnelle au carré des distances.
En physiologie, la circulation du sang et la biologie générale étaient connues d’Hippocrate (1) : bien plus tard après lui Apollonius a décrit cette même circulation du sang quinze siècles avant Harvey (2).
Quant à nos moyens d’action, si, par suite du manque de diflusion de la haute science ils n’ont pas produit alors les multiples applications que nous en connaissons aujourd’hui, ils n’étaient pas davantage forclos aux savants de l'antiquité.
L’électricité n’est — pour cause — nommée nulle part, mais les auteurs qui ont traité de pyrotechnie citent des phénomènes qui ne pouvaient se réaliser que par elle. Voyez notamment ce que rapportent les historiens de l'éclairage des cryptes sacrées de la vieille Egypte.
La vapeur d’eau? J en ai parlé plus haut.
La chimie? Les résultats sont là : momies imputresci-
(1) V. Œuvres.
2) Philostrate. Vita Apoll. c. 15.
blés, ciments indestructibles, peintures ineffaçables, etc...
Nos instruments, même, dont nous sommes si fiers et dont,— au moins pour quelques-uns — il a déjà été question plus haut ? Le télescope était connu d’Aristote ; le microscope, de Pytagore, d’Archimède et d’Euclide; le stéréoscope même', que nous croyons d’invention contemporaine, remonte au ive siècle avant notre ère, ayant été construit par le géomètre Euclide ; et qui ne sait que, sous le nom de chariot du sud , la boussole a été connue dans la plus haute antiquité chinoise?
On pourrait continuer indéfiniment cette énumération ; mieux vaut s’arrêter sur cette conclusion que la science antique, à part sa diffusion, valait bien la Science moderne et que rien, ou presque, de ce que nous connaissons n ‘était inconnu aux savants de l’antiquité. — Même les tables tournantes? interrogera quelque esprit chagrin. — Même les tables tournantes! Dans les Mystères de Samothrace, Héraclès était qualifié de théos épitrapèzios , le dieu qui domine les tables, le dieu qui rend ses oracles [qui enseigne] au moyen des tables (1).
(1) Je ne veux pas, ici, quitter l'antiquité authentique, mais il est à remarquer que la plupart de nos inventions techniques modernes ont été trouvées dans des âges antérieurs et produites en public par des auteurs qui étaient très probablement des initiés. Un dessin (miniature peinte) de cloche à plongeur se trouve dans un manuscrit de la Romance d'Alexandre, au Cabinet royal des Estampes, de Berlin. La description d'un bateau sous-marin se rencontre dans un manuscrit du poème allemand Salman und MoroLf, écrit en 1190 et conservé à la bibliothèque de Stuttgard. L'appareil du plongeur a été très complètement décrit et dessiné par un auteur du commencement du xvi« siècle, le chevalier L. de Eybezum Hartenstein : tout en cuir avec lunettes de verre, bottes plombées, tuyau d'aération, etc. Un vieil ouvrage d'art militaire, dont le titre m'échappe, écrit en Allemagne vers 1350, renferme des ligures et des descriptions de canons-revolvers : le mot lui-même est de l'époque et s'écrivait revolvere. La lanterne magique, qu'on attribue à tort au Père Kircher (1671) a été pour la première fois vulgarisée par Johannas de Fontana, en 1420; et cela n'a rien de surprenant, puisque, de toute antiquité elle servait, comme encore de nos jours, aux expériences de magie, en éclairant vivement les fluides que produisent certaines opérations. Avant Papin, la roue à aubes à été créée vers 1430. Nos tourne-broches
Et, qu’on veuille bien le remarquer, ici comme précédemment je n’ai montré, dans les civilisations antiques que des applications scientifiques et des théories en quelques sorte banales ; on verra plus loin, lorsque j’aborderai l’étude de la grande pyramide d’Egypte, où en était, il y a des millénaires, ce que nous appelons aujourd’hui la « Haute Science ». Et le lecteur, j’en suis persuadé, en aura à la fois une révélation et un éblouissement.
Revenons aux doctrines générales de la science.
Notre science, aujourd’hui, garde jalousement ses théories qu’elle juge intangibles à quiconque, puisqu’elle préfère nier les faits les plus évidents qui vont à leur encontre plutôt que d’y laisser porter une main sacrilège. Or, ces théories dont elle est si fière, que nous en dit l’histoire? Qu’elles n’ont cessé de varier du tout au tout
depuis l’origine jusqu’à notre époque en chacune des parties de la science, où, de toutes parts, les systèmes, les doctrines, les écoles et les théories se succèdent à chaque instant les uns aux autres, où presque rien n’est assuré et où tout le reste est vague, flottant, divers, nébuleux, ondoyant, incertain et polymorphe.
Alors quoi ?
En regard de cette science générale qui possède à son actif, à côté de beaux efforts et de quelques résultats assurés, des échecs et des variations que l’on ne saurait énumérer, plaçons la Science occulte que l’on a le tort de trop dédaigner parce qu’on la range couramment dans lecapharnaüm du charlatanisme (1).
mécaniques ont été inventés par Léonard de Vinci (1500) qui les faisait mouvoir par l’air chaud du foyer. Il n’est pas jusqu’à la guillotine (employée en Allemagne avant d’être introduite en France) qui ne se trouve dans un dessin de Lucas Cranach daté de 1539, représentant la décollation de saint Matthieu par un instrument absolument semblable à l’appareil contemporain, etc. Dans beaucoup de ses inventions, la science moderne n’a fait que de simples mises au point.
(1) ll'est malheureusement acquis que, comme tout ce qui est inconnu ou mal connu, l’occultisme est une sorte de bouillon de culture
D’abord qu’est-ce que cette science occulte dont le seul nom excite la risée de l’ignorance qui serait bien embarrassée de dire au moins le motif de sa moquerie, et la frayeur de la piété mal éclairée, laquelle voit en elle une œuvre purement démoniaque? 11 nous faut l’expliquer en quelques mots.
Nous avons vu plus haut ce qu’était la Science antique et quel était son mode d’enseignement ; nous avons vu que, si nos moyens actuels de laboratoire lui faisaient défaut pour pousser son analyse aussi loin que la nôtre, par contre elle possédait une synthèse monumentale et, à côté de connaissances qu’aujourd’hui nous nous flattons d’avoir inventées et que, en somme, nous n’avons fait que retrouver, bien d’autres connaissances qui nous sont, à l’heure actuelle, encore forcloses.
Dépositaire des découvertes successives et accumulées qu'avaient faites les maîtres en chacune des branches du savoir humain durant une longue série de siècles, elle ne tenait nullement, contrairement à la nôtre, à sa propre diffusion dans un public grossier et incapable de la comprendre, qui, par suite, ne pouvait que la dénaturer, l’abâtardir et la fausser ; elle se gardait jalousement pour un nombre restreint de disciples, les initiés aux grands Mystères, d’abord mystes, puis époptes, à qui, entre chaque degré d’avancement, elle faisait subir de rigoureuses épreuves d’aptitude, d’intelligence, découragé et de maîtrise de soi. En un mot, alors que la science moderne poursuit à la fois chez ses disciples le nombre et la qualité, elle écartait dédaigneusement le nombre, recherchant avant tout, en eux, la qualité, mais la qualité d’ordre foncièrement supérieur, et à un degré que nous ne soupçonnons pas aujourd’hui : elle ne tendait pas à faire,
fpvorable à l'éclosion du charlatanisme... Qu’est-ce que cela prouve ? Est-ce parce qu’on a fraudé toutes les monnaies qu’il n’existe plus de monnaie de bon aloi ?
comme la nôtre, des disciples mais des maîtres. Et non seulement elle dédaignait le nombre, mais elle le haïssait : ses enseignements devaient rester secrets, et la mort était le châtiment de toute divulgation ; elle savait en effet — et fort justement — que ce n’est jamais par la multitude qu’elle peut avancer, mais que ses progrès sont invariablement dus à des esprits d’élite, travaillant et méditant dans le recueillement et dans la solitude. Et ce qui était de règle pour les initiés était à plus forte raison la part des maîtres enseignants, dont chacun, avant de succéder à son prédécesseur, vivait avec lui des années, ayant été élu parmi les plus instruits des époptes ; de cette façon, chacun d'eux, avant de le remplacer, connaissait à fond les idées, les théories et les travaux du maître dont à sa mort il devait reprendre l’enseignement ; par ce procédé, il y avait unité absolue des méthodes de recherches, et l’on pouvait consacrer successivement, s’il le fallait, plusieurs vies humaines à la poursuite d’une vérité, à l’établissement d’une théorie, à la réalisation d’un phénomène (1), alors qu’aujourd’hui la fin d’un chercheur équivaut à la fin de ses recherches qui ne sont reprises, parfois, que longtemps après lui, et toujours par des méthodes différentes des siennes.
C’est à l’aide de cette organisation que la science antique a été poussée si loin, à un point que la nôtre sera longue à égaler : je n’en veux pour preuve que la philosophie hindoue, que nous commençons à pénétrer et à comprendre, et auprès de laquelle la nôtre est naïvement enfantine. Certes, nous connaissons, surtout au point de vue des applications publiques qu’a toujours dédaignées la science antique, des résultats qu’elle ignorait ; mais elle possédait des branches d’étude dont à l’heure actuelle
(1) Tel fut, en somme, à une époque plus rapprochée de nous, le système de travail des Bénédictins, qui permettait de consacrer plusieurs vies humaines à la solution d'un problème historique ou autre.
nous ne soupçonnons même pas l'existence : sa psychologie expérimentale, par exemple, et sa psycho-physiologie étaient poussées, d'après les témoignages qu’en ont rendus tous les auteurs de l’antiquité qui ont écrit sur les Mystères, à un point tel que leur initié arrivait à posséder des facultés particulières qui en faisaient un surhomme, et lui permettaient, en quelque sorte, de participer à la vie divine ; aujourd'hui, chez nous, ces deux sciences en sont encore à leurs premiers balbutiements... que dis-je 1 elles sont ignorées de la foule et repoussées par les académies.
Qu’il me soit permis, à ce propos, de citer un seul fait pris parmi les plus simples, c’est-à-dire parmi les plus propres à frapper l'esprit.
Le chapitre VII de l’tüxode nous montre Mosché — un initié d’ordre supérieur, ne l’oublions pas — changeant devant le Pharaon sa verge en serpent et ce phénomène aussitôt réalisé par les mages de la cour ; puis il nous montre le même Mosché changeant de l’eau en sang (1) et la même merveille reproduite aussitôt par les mages. Or, ces deux « miracles » s’expliquent très naturellement pour qui a pratiqué la psychologie expérimentale : le premier est basé sur la catalepsie animale qui donne à un serpent la rigidité d’un bâton : je l’ai vu réaliser maintes fois dans nos centres d’étude sur des oiseaux et des grenouilles ; le second ressortit à la suggestion collective que produit journellement le moindre fakir hindou en faisant voir à une assemblée des phénomènes inexistants. Je le demande donc: — Quel est le scientiste officiel, quel est le savant en place qui a jamais réalisé, moins même : étudié la catalepsie artificielle chez les animaux ou la suggestion collective à l’état de veille chez l’être humain ? Ces ines-
(1) La Bible dit : « Toutes les eaux du fleuve » ; il y a là une exagération évidente, et le phénomène n'a pu être que partiel sans quoi il est évident que les mages n'auraient pu l'imiter.
l’occultisme et la science 5
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sieurs se contentent, en psychologie expérimentale, d’approfondir l’hypnotisme — qui n'existe pas, je le prouverai plus loin — à l’aide duquel ils font en quelque sorte de la vivisection humaine aux dépens et au grand dam de malheureuses hystériques qu’ils détraquent sous prétexte de recherches scientifiques, et que, une fois détraquées, ils rejettent dans la circulation.
En résumé, c'est se tromper étrangement que de croire à la nullité de la science antique : elle n’était pas répandue dans le public, voilà tout. Mais de longues générations d’esprits éminents l’avaient fait progresser par leurs découvertes surajoutées durant des millénaires, au delà de tout ce que nous pouvons imaginer.
Or, cette Sagesse antique, qu’est-elle devenue ? Elle s’appelle de nos jours l’occultisme, qui est son héritier direct, son continuateur, parce qu’il détient l’ensemble des théories, des pratiques et des voies de réalisation de cette science mystériale enseignée jadis dans les sanctuaires initiatiques.
Gomment ceci est-il advenu ? C’est ce que je vais dire maintenant.
Je rappellerai d’abord que le haut savoir ne se distribuait pas publiquement, mais seulement dans les grands sanctuaires, et à un petit nombre d’initiés toujours soigneusement choisis, et liés par des serments dont la sanction était capitale. Certes, des indiscrétions étaient commises de temps à autre, que punissait dans le plus bref délai un assassinat mystérieux. De vagues données, par suite, fusaient dans les foules, mais sans pouvoir être comprises par leurs détenteurs accidentels eux-mêmes, car l’enseignement mystérial était toujours présenté sous une forme mystique qui empêchait le profane de comprendre le fond même des choses. L’ignorant entre les mains de qui tombait ainsi quelque notion des sciences cachées, n’y voyait donc que son sens apparent et son
application immédiate, sans comprendre ni sa profondeur ni sa portée ; il acquérait ainsi seulement une bribe de connaissance superficielle, en dehors et au-dessus de ce qui était connu des foules, et, quand il la faisait passer dans la pratique, il se créait dans son entourage un renom de thaumaturge, absolument comme, de nos jours, dans les cabarets de village, l’escamoteur est regardé comme un être surnaturel. Ce furent les débuts de la sorcellerie que j’ai étudiés ailleurs (1) ; la sorcellerie, plus tard, en opposition avec le christianisme, se mélangea aux restes du paganisme expirant, puis, dans la suite, au Moyen Age, fusionna avec le satanisme où se ruaient les foules ivres de misères matérielles et affolées de désespoirs moraux ; elle s’est perpétuée jusqu’à nos jours où des débats publics de tribunaux ont eu à juger pour escroqueries, en des paysans grossiers mais thaumaturges avérés, des manieurs de forces inconnues qu’ils savaient puiser dans leur ambiance hyperphysique (2).
Mais c’est là simplement un surgeon néfaste de la hautaine Science antique... Cette Science elle-même, qu’estelle devenue ?
Peu à peu, les révolutions intérieures et surtout les guerres étrangères ont anéanti les sanctuaires vénérés qui l’abritaient ; Rome, dont l’esprit grossier — en sa période de conquête jusqu’à ce qu’il se fût affiné au contact de l’esprit grec — était incapable de la comprendre, fut la grande destructrice de ce savoir qui ne vivait que dans ses temples (3). Quand furent brisés les autels qui l’enombraient de leur protection, son éclat disparut, ses initiés se dispersèrent et elle sembla avoir vécu.
Elle sembla, seulement.
(1) La Sorcellerie des campagnes , 1 vol. in-8°, Paris.
(2) Affaire de Cideville, 1851.
(3) En Gaule, la conquête romaine persécuta sanguinairement le druidisme dont renseignement initiatique, si florissant à Bibracte, disparut devant elle.
Parmi les initiés épars, dont le plus grand nombre, en ces temps de luttes sanglantes, avait des soucis plus immédiats, il en fut quelques uns qui restèrent en communion intime avec la déesse sainte et meurtrie, et qui comprirent que ce serait un crime, à eux, de laisser périr à leur suite le savoir si péniblement acquis. Ceux-là agirent comme le faisaient jadis les maîtres de l’enseignement mystique : ils se choisirent avec soin un disciple dont ils feraient l’héritier de leur science, que ce disciple transmettrait plus tard à un autre, et ainsi de suite dans la longue série des âges, jusqu'au jour où la divinité exilée pourrait enfin franchir le parvis des nouveaux temples que lui élèverait l’avenir.
L’avenir qu’ils attendaient, hélas ! ce fut la chute de la domination romaine, ce fut l’invasion des hordes barbares, promenant avec elles, durant des siècles et dans tout le monde civilisé, le sac des cités, le carnage des foules, la torche des incendies, le retour à la bestialité et l’anéantissement de tout. Et puis, ce fut la longue nuit du Moyen Âge, nuit d’affreuses ténèbres où subsistait seule, comme une lampe de sanctuaire dans un pandémonium d'horreur, la foi blanche et naïve des croyances religieuses. Mais cette foi même était l’adversaire naturel et forcé de toute science : la science, pour être admise, ne devait s’y étayer que sur le plus anti-scientifique des livres, le livre des Ecritures ; et l’Eglise, aveuglée par le souci de sauver les âmes, regardait comme suspect et traitait en ennemi quiconque étudiait en dehors d’elle : or, que savait-elle elle-même, à part quelques-uns — et combien rares ! — de ses représentants ?
Durant cette sombre période du Moyen Age, combien subsista-t-il d’initiés de la dernière heure ? 11 y en avait encore quelques-uns, certes (1), mais qu’ils étaient clair-
(1) L'histoire a enregistré le nom du rabbin Jéchiélé qui au temps de Louis IX, à Paris, s’éclairait avec une étoile de première grandeur, et
semés ! Et combien, dans les ténèbres ambiantes, avaient conservé intact le pur dépôt des maîtres de jadis ! Que de gangue, chez la plupart, recouvrait l’or transmis ! Fiancés, de par la nature même de leurs études, à la hart et au fagot, ils étaient obligés de se dissimuler, et quand, n’osant pas faire de disciples par peur de la trahison, ils confiaient leur savoir à l’écriture, sous quels symboles obscurs, maintenant presque indéchiffrables, le dissimulaient ces continuateurs de l’expression mystique des anciens âges (1) ! Ces symboles — qu’ils soient bons ou mauvais — utilisés par eux, il nous faut aujourd’hui les pénétrer pour en faire jaillir la lumière qu’ils recèlent.
Pendant longtemps, après même la Renaissance, on n’a eu que ces mystérieux écrits pour étudier la haute science du passé ; mais depuis, nous pouvons les collationner avec ce qu’on appelle couramment des Traditions , dont le nombre va de nos jours en augmentant, et dont je m’occuperai plus loin.
Ainsi donc, même au point culminant de son efflorescence, la haute science antique était célée dans les temples et ne se distribuait qu'avec une jalouse prudence entre quelques initiés d’autant plus rares, d’autant plus sélectionnés que son enseignement était plus élevé; plus tard, elle se cachait strictement dans le cœur de ses dépositaires, successeurs de plus en plus lointains des époptes sacrés, et alors elle se cachait parce qu’elle devait demeurer fatalement incomprise, non seulement par la grossièreté des foules, mais encore, mais surtout, par les con-
punissait, en les jetant à terre par une secousse soudaine et terrible, les mauvais garçons qui, la nuit, le troublaient en agitant son heurtoir. L'homme qui, à cette époque savait de la sorte manier l'électricité, ne pouvait être qu'un initié (Voir Sauvai, Antiquités de Paris.)
(1) On en trouve un exemple remarquable dans la gravure du frontispice du Grémoire (sic) du pape Honorius, un livre de maléfice, il est vrai, où sous l'exergue très moral : Obéissez à vos supérieurs parce qu'ils y prennent garde, se cachent les plus odieux symboles.
ducteurs de ces foules, ignorants eux-mêmes et égarés dans un esprit de foi, profonde sans doute, mais foi sans jugement et disposée à voir l’œuvre du démon dans tout ce qui dépassait l’étiage bas de sa compréhension ; et parce qu’enfin le résultat de cette erreur générale, qui jugeait tout savoir sur le lit de Procuste de la croyance religieuse, conduisait fatalement au bûcher ou au gibet quiconque étudiait la science en dehors de l'Ecriture.
C’est pour toutes ces raisons multiples et successives que la science antique, toujours cachée pour les causes indiquées, est connue aujourd’hui sous le nom de science occulte ou d’occultisme (! scientia occultali , scienlia occul tata , scientia occulta) (1). Et c’est pour ce double motif qu’elle est encore partiellement cachée — même à ses propres disciples qui sont loin d’avoir à l’heure actuelle déchiffré tous ses symboles et pénétré tous ses secrets (2) ; — c’est pour cela que, durant tout le Moyen Age et le commencement des Temps Modernes elle était pourchassée comme démoniaque; c’est pour cela, enfin, qu’à notre époque, d’une part, les intelligences plus pieuses qu’éclairées y voient comme une œuvre avant tout issue du mal en vue du mal, et que les esprits plus instruits la repoussent parce que, supérieure infiniment à la science moderne à ses débuts, elle ne s’est pas mêlée aux débuts de la science moderne, dont les théories — différentes des siennes, car leur étant inférieures — ont progressé en
(1) Il ne faut pas confondre la science occulte, qui est l'ensemble des hautes théories scientifiques de l'antiquité, avec ce qu’on appelle aujourd'hui les sciences occultes, ou sciences divinatoires, qui ne sont que des applications plus ou moins sérieuses, plus ou moins justifiées de ces principes, applications pratiques faites par des gens qui parfois ignorent même ces principes.
(2) Il en va tout autrement au point de vue du public : les livres de l'occultisme sont aujourd’hui à sa disposition et expliquent ses théories et ses phénomènes de la façon la plus claire, à la seule exception des révélations qui peuvent créer un danger public ou privé ; mais il n'y a là qu'une simple mesure de prudence et de moralité générales.
dehors d'elle et, par la suite, se sont rapprochées des siennes mais sont habituées depuis des siècles à les repousser.
Les exemples abondent ; je pourrais rappeler le double fait, dont j'ai parlé plus haut, de la vision à travers les corps opaques et de la télépathie, toutes deux niées par les savants en place, et toutes deux prouvées au moins dans leur possibilité, par la découverte des rayons Rœntgen et de la télégraphie sans fil ; je préfère présenter une < espèce plus probante encore : La science occulte a tou- jf jours affirmé l’unité de la matière ; la science officielle l’a toujours niée, jusqu’à ces temps derniers où les plus récents travaux des maîtres de la chimie contemporaine ont démontré que les alchimistes avaient raison contre les chimistes : la matière est une et non multiple.
Or, à l’heure actuelle, après avoir déchiffré ce que nous avons pu des symboles sous lesquels nos prédécesseurs dissimulaient les vérités de leur savoir, après avoir scruté, dans les traditions diverses, les vieilles théories des maîtres, après avoir expérimenté tout ce qui, avec les moyens que les laboratoires modernes mettent à notre disposition, est accessible à l’expérimentation, où en sommesnous ? Voici.
Chaque science, dans l’état normal, se divise, en quelque sorte naturellement, en deux parties : la partie acquise — ou soi-disant telle — que les professeurs enseignent du haut de leurs chaires, et la partie incertaine et reconnue telle (ce qui ne signifie pas que la partie prétendue acquise nè varieiur n’est pas modifiée au jour le jour) sur laquelle les maîtres méditent et expérimentent dans leur particulier, pour en établir les principes, de façon à en faire jaillir les lois générales que doivent corroborer les faits.
Or, c’est sur cette partie encore incertaine et fluctuante des sciences modernes, c’est sur les principes, c’est, si
Ton peut employer ce néologisme, sur l’hyper-science, que portent les études de l’occultisme contemporain, parce que ce sont surtout les principes de toutes choses que nous ont communiqués les traditions et les vieux auteurs : c’est dire que nous allons beaucoup plus loin que la science normale et que nous nous mouvons au delà des limites qu'elle a elle-même fixées — et de quel droit puisque nous y trouvons des faits que nous lui apportons ? Ces faits, elle refuse de les voir parce qu’ils jettent à terre les théories sur lesquelles elle vit, qu’elle chérit comme on chérit tout ce qu’on a enfanté douloureusement, mais il n’importe I Ces faits n’en existent pas moins, et un jour viendra où il lui faudra bien, quoique avec mauvaise grâce, les étudier. C’est ainsi que, pour rappeler l’exemple posé plus haut, l’occultisme lui a répété pendant longtemps : « La matière est une, et les corps réputés simples peuvent être transmués les uns dans les autres par une modification appropriée dans leurs groupements moléculaires. » Pendant longtemps, la science normale nous a opposé ses plus fermes dénégations ; aujourd’hui les faits sur lesquels se basent nos théories sont entrés fatalement dans son domaine d'études, et, à la suite de leur examen forcé, elle s’incline enfin et confesse : « Oui, la matière est une ! »
En dynamique, elle affirme : « Nous connaissons toutes )es forces de la nature — Nous répondons : Vous ignorez encore les forces que nous appelons astrales (1) : un jour vous serez forcée de les étudier parce que notre pratique de chaque jour nous prouve leur existence.
En physiologie, elle dit : Nous connaissons toutes les possibilités de l’homme. — Nous répondons : Vous ignorez encore ses possibilités psychiques et ses énergies men-
(1) Non parcs qu’elles proviennent des astres mais parce qu’elles naissent sur le plan voisin du plan physique et que les anciens avaient dénommé plan astral.
taies : un jour, vous serez forcée de les aborder, parce que la psychologie expérimentale nous donne raison.
En ontologie, elle affirme : L’homme est le couronnement de la chaîne des êtres. — Nous répondons : Vous ignorez que la chaîne des êtres se poursuit au delà de l’homme: un jour vous serez forcée de le reconnaître, parce que le phénomène spirite, quelles que soient d’ailleurs les conclusions que l’on en tire, mais que, à moins d’ignorance et de mauvaise foi, Ton ne saurait nier — prouve absolument la vérité de nos théories.
En astronomie, elle affirme : Toutes les influences des astres nous sont connues .-toutes sont purement physiques. — Nous répondons : Les astres, comme les climats, comme les altitudes, comme les régions du globe, exercent aussi leurs influences morales : un jour vous serez forcée de les étudier parce que l’ensemble des faits — dont aujourd’hui vous n’admettez, etcomine à regret, qu’une minime partie — s’imposera à vous et vous y contraindra.
En chimie, elle affirme : Nous connaissons toutes les propriétés des corps. — Nous répondons : Tous les corps ont des propriétés hyperphysiques que vous ignorez : un jour vous serez forcée de les expérimenter parce que la radio-activité des corps, à l'heure actuelle, vous impose votre voie (1).
En psychologie, elle affirme : Toutes les possibilités de l’âme nous sont connues. — Nous répondons : L'âme possède des énergies physiques et hyperphysiques qui vous échappent encore : un jour vous serez forcée de les sonder, parce que le phénomène animique doit fatalement s’imposer à vous.
En optique, elle affirme : Toutes les lois de la vision nous sont connues. — Nous répondons : Vous ignorez la voyance dans le temps et dans l’espace : un jour vous
(1) J'appellerai simplement, à ce sujet, l'attention sur Faction des médicaments à distance.
^àâUktkàâààU»ààMàààUiàÊààiààiÛMiiiàà^k»tkàààiiiàiüiùdUUkUUiÉiàiAàitàtÈà^kiAMi Ji SRS
serez forcée de la reconnaître, quand l’étude des rayons supra-violets et infra-rouges vous aura conduite à une théorie qui expliquera les faits journaliers de la voyance.
En mathématiques, elle affirme : Nous connaissons toutes les propriétés des chiffres. — Nous répondons : Les chiffres n’ont pas que des propriétés extérieures, ils ont aussi des propriétés intimes : un jour vous serez forcée de les étudier quand vous reprendrez, dépouillant votre actuel dédain, l’étude des maîtres anciens (1).
En géométrie, elle affirme : Nous connaissons les trois dimensions des corps : il n’y en a pas d’autres. — Nous répondons : Les corps ont en outre des dimensions métaphysiques qui vous échappent : un jour vous serez forcée de les admettre, parce qu’il est des phénomènes physiques dont elles constituent la seule explication possible (2).
En physique, elle affirme : Nous connaissons les trois états de la matière : il n’y en a pas d’autres. — Nous répondons : La matière comporte bien plus de trois états : un jour, vous serez forcée de les expérimenter parce que vos expériences vous y conduiront fatalement, parce qu’elles vous y ont déjà conduite (3).
Et ainsi de suite.
A quoi cela tient-il ?
On a pu dire de la science qu’elle est comme toute religion, et qu’elle possède à la fois un exotérisme livré aux foules et un ésotérisme que se réservent les maîtres : ce n’est pas tout à fait exact, et une comparaison fera mieux comprendre ma pensée :
Remettez un télégramme à un illettré : remettez ce même télégramme à un homme instruit, et posez-leur à tous deux la même question : Qu’est ceci ?
(1) V. les œuvres de Pythagore.
(2) V. dans Zollner, Beltrami, H. Poincaré et autres, l’hypothèse d’une quatrième dimension.
(3) Le grand chimiste anglais W. Grookes, notamment, a trouvé l'état radiant qui est à l'état gazeux ce que celui-ci est à l'état solide.
L’illettré vous répondra : « C’est un papier bleu, cacheté, mais s’ouvrant, et légèrement découpé ; cette feuille est très légère, mais elle est solide ; elle a deux faces dont chacune porte de l’écriture à la machine sur bandes rapportées collées : je n'y vois pas autre chose. »
L’homme qui sait lire vous dira : « C'est 1 annonce d'une catastrophe où ont péri des centaines de vies humaines. »
Ainsi, chacune de ces deux personnes vous a répondu de façon très exacte, mais chacune en se plaçant à son point de vue particulier qui correspond à son savoir propre. Or, n’y a-t-il pas un abime entre les deux réponses ?
11 en est de même entre la science normale et la science occulte.
La science moderne, basée uniquement sur l’expérimentation et ne voyant rien, par suite, au delà du côté matériel des choses, a, depuis son origine moyenâgeuse, évolué dans les voies d’un matérialisme de plus en plus étroit, dont les entraves se font encore et malgré tout sentir à l’heure de réaction que nous vivons : pour elle, tout ce qui ne peut être pesé au trébuchet est illusoire ; pour elle, tout ce qui ne tombe pas sous les sens ou ne peut être évalué à une mesure quelconque — connue d’elle, — est un mythe ; pour elle, rien n’existe, parce que pour elle rien ne peut exister, en dehors du chiffre, de la balance ou du scalpel. Elle fut positiviste avant Auguste Comte, et elle tient à ce positivisme qu’elle considère comme la base de toute étude qui ne veut pas errer. 11 en résulte qu’en tout, elle ne connaît des choses et ne peut en connaître que les propriétés extrinsèques, celles que lui révèlent immédiatement ses instruments de contrôle — et elle écarte tout le reste, comme inexistant.
L’occultisme, lui, procède différemment — non pas qu'il repousse l’expérimentation qui est, pour lui comme
pour la science normale le point de départ nécessaire (1) ; il lui accorde au contraire une importance capitale ; de plus, il se sert de tous les instruments de contrôle que la science normale met à sa disposition, mais il ne s’acharne pas comme elle à ranger les faits dans des catégories préalablement et strictement délimitées, à les étendre bon gré mal gré sur le lit de Procuste de règles invariables, à les soumettre malgré tout à des instruments de contrôle quand l’évidence prouve qu’ils sont sans action sur eux. Dans l’étude de la force odique ou ecténique, par exemple, alors que l’Académie de Médecine déclare : « Nous avons cru ne pas devoir fixer notre attention sur des cas rares, insolites, extraordinaires, qui paraissent contredire toutes les lois de la physique (2), et en conclut que la force ecténique n’existe pas, l’occultisme ne s’attache pas à savoir quelle mesure elle donne sur un dynamomètre puisqu’elle est sans action sur aucun dynamomètre connu ; mais il s’attache aux résultats qu’elle produit, c'est-à-dire précisément à ce que l’autre repousse, « aux cas rares, insolites, extraordinaires, qui paraissent contredire toutes les lois de la physique », et il conclut : c’est que les lois de la physique sont fausses.
C’est en effet une des caractéristiques de l’occultisme non pas de mépriser ou de dédaigner les lois posées par la science et présentées par elle comme intangibles, mais de ne les regarder que comme provisoires, comme lois d’attente si je puis employer cette locution. Avant la loi de la science moderne, il fait intervenir les principes de science antique.
Prenons un exemple.
(1) Je ne parle naturellement ici que de l'occultisme scientifique laissant de côté le faux occultisme qui agit dans l'ignorance de ses propres principes et se perd dans les rêveries : ce genre d’occultisme n'a rien de sérieux.
(2) Rapport du commissaire de la Société royale de médecine pour faire l’examen du magnétisme animal, p. 21.
L’histoire nous raconte qu’il a existé de tous temps des personnages doués de la singulière faculté d’ubiquité ; les procès de sorcellerie sont remplis de faits de cette nature, et les hagiographes attribuent des dons de bilocation à beaucoup de saints.
— Légende, hallucination ou imposture ! tranche la
science. La physiologie nous enseigne que la vitalité est
une, et la pratique de chaque jour nous apprend que si
l’on divise un organisme supérieur (1) cet organisme
meurt partiellement ou en totalité suivant l’importance
de la section.
— La vitalité n’est pas dans l’organisme seul, réplique l’occultisme, elle est universelle et peut, par suite, exister en dehors de l’organisme ; chacune des deux parties de l’être divisé possède sa vitalité propre, et ne meurt que parce que cette vitalité n’est pas entretenue par l’apport de vie qui lui convient ; l’être continuerait à vivre si vous saviez le reconstituer : tout est là.
Or comme toutes les traditions constatent que la reconstitution peut se faire, puisque l’objet du prodige continue à vivre, à la science qui, basée sur ses propres lois, affirme ex cathédrà l’impossibilité absolue du phénomène, l’occultisme répond que ces lois sont fausses — et il cherche. Et les immortels travaux de Rochas sur l'Extériorisation de la sensibilité (2) et sur Y Extériorisation de la motricité (3) ouvrent la voie. A l’heure actuelle, le dédoublement de l’être humain est entré dans la pratique, s’accomplit journellement : le sujet magnétique, après préparation spéciale, se divise en deux : le corps, réduit à l’état de quasi cadavre, et le double , composé de plusieurs éléments parmi lesquels le premier que l’on rencontre est la vitalité du sujet — et cela, maintenant, avec la
(1) Les êtres inférieurs (annélides, etc.) échappent à cette loi.
(2) Un vol. in-8°, Paris, 1895.
(3) Un vol. in-8°, Paris ,1896.
plus grande facilité, pour peu que le sujet soit entraîné. En ce qui me concerne, poursuivant certaines recherches basées sur le dédoublement de l’être, il est des sujets que j'ai dédoublés plus de cinq cents fois.
Ainsi étayé sur ses principes, l’occultisme a réalisé un phénomène dont la science, appuyée sur ses lois, a décrété, et décrète encore à l’heure actuelle l’absolue impossibilité. On peut donc établir cette différence capitale entre l’occultisme et la science, que le premier se base sur des principes qui, établis par une succession de penseurs au cours d’une longue série d’âges et ayant été immuables dans la haute Science antique doivent être tenus pour vrais, ce qui nous fait aujourd’hui procéder par déduction du principe au fait qui en découle, alors que la science moderne, basée sur l’expérimentation du fait, procède par induction du fait à la loi qui le régit, sans jamais s’élever jusqu’au principe. Il en résulte que l’occultisme est la science des principes, et la science moderne, la science des faits.
Mais il y a encore d’autres différences enfre les deux méthodes ; une des principales est celle-ci : — Là où la science étudie uniquement les propriétés extrinsèques des corps, l’occultisme, libéré par elle de ce souci, s’attache surtout à l’étude de leurs propriétés intrinsèques. La science est comme l’illettré dont il a plus haut été question et qui, d’un télégramme ne voit que l’apparence extérieure. De là vient que la science ne veut pas reconnaître la force odique, que cependant nous manions journellement ; et quand, dans ses recherches spéciales, elle arrive à un résultat basé sur cette force, et que l’occultisme connaît depuis longtemps, elle en est toute surprise et hésite à mettre cette découverte en pratique. C’est ainsi qu’elle a trouvé Faction des médicaments à distance et l’a laissée dans le domaine de la théorie, alors que le principe nous était connu de tous temps : « Il
n’est aucun corps qui ne rayonne ses propriétés autour de soi. »
Enfin, la différence capitale entre les deux méthodes a bien été indiquée par le maître Papus (1) :
« Le visible est la manifestation de l’invisible : ce principe est vrai pour tous les phénomènes de la nature, et nous indique clairement la différence fondamentale entre la science des anciens et la science des modernes.
« La première s’occupe du visible uniquement pour découvrir l’invisible qu'il représente, alors que la seconde s’occupe du phénomène pour lui-même, sans s’inquiéter de ses rapports métaphysiques.
« La science des anciens, c’est la science du caché, de l’ésotérique ; la science des modernes, c’est la science du visible, de l’exotérique. »
De toutes les considérations qui précèdent résulte une conclusion précise : c’est que l’ensemble des vues de l’occultisme dans chacune des branches de la science constitue une haute science, une hyperscience aux vues de laquelle, dans beaucoup de cas, par exemple en ce qui concerne l’unité de la matière, la science moderne a été amenée à se rallier.
La physique a, au-dessus d’elle, l’hyperphysique qui étudie les forces cachées de la nature ; la chimie a l’hyperchimie (2) qui étudie les forces cachées des corps ; l’astronomie a la méta-astronomie qui s’applique aux influences astrales (3) ; la psychologie a le métapsychisme
(1) Traité élémentaire de science occulte , 1 vol. in-12. Paris, 1898.
(2) A laquelle conduisent tout naturellement aujourd'hui la thermochimie, la dynamochimie et la stéréochimie.
(3) L’hyperphysique, l’hyperchimie et la méta-astronomie étudiées au Moyen Age et dans les temps modernes, sous les noms de magie, d’alchimie et d’astrologie, ont fini par tomber entre les mains d’ignorants ou, pis encore ! d’imposteurs qui ont fait décrier ces sciences ; à l’heure actuelle, l’hyperphysique, à Paris avec Papus, l’hyperchimie qui a son principal centre à Douai avec A. Poisson, et la méta-astronomie, guidée par des ingénieurs sortis de l’Ecole Polytechnique, remontent à leurs vérita-
qui scrute les possibilités cachées de l’âme ; les mathématiques ont l’arithmologie qui creuse les théories de Pythagore et des grands mathématiciens de l’aDtiquité ; l'histoire, qui remonte actuellement à dix mille ans a au-dessus d’elle la préhistoire occulte qui remonte à des millions d’années (1), et l’ensemble de ses lois cachées au vulgaire, en vertu desquelles, par exemple comme je le montrerai plus loin, la guerre européenne de 1914-1918, n'est que l’aboutissement fatal de l’épopée vécue par Ram l’initiateur de notre race, il y a huit mille ans, etc.
Toute science moderne, en un mot, comporte au-dessus de soi l’ensemble des théories spéciales à chacune d’elles que nous résume la Sagesse antique représentée, coordonnée — au moins dans celles de ses parties immédiatement accessibles — et expérimentée par les occultistes de notre époque.
Or, que sortira-t-il, que doit-il infailliblement sortir de cet énorme travail ? — L’examen critique et l’étude expérimentale des doctrines occultes par la science moderne — après quoi la doctrine occulte, en tant que science cachée, ne sera plus qu’un souvenir, un détail de la grande histoire de l'humanité.
C'est ce qu’a fort bien compris le colonel de Rochas, lorsque, voyant journellement devant son expérimentation s'accumuler les phénomènes renouvelés de la Science antique par le labeur des chercheurs contemporains, et comprenant que leur étude par la science moderne devait fatalement s’imposer dans un délai rapproché, il a écrit, illuminé par un éclair de géniale prévision d’avenir : « L’occultisme sera la science du xxe siècle ! »
blés sources, font le tri cnLra le bon grain et l'ivraie, et établissent un corps de doctrine de ce qui est acquis.
(1) L’occultisme sait que le premier cataclysme de l’Atlantide se produisit il y a 800.000 aas; mais avant meme la naissance de l'Atlantide, il connaît la Lémurie, et, avant la Lémurie, les Terres Blanches de la Boréalie» berceau de notre race, etc.
En un mot, la science normale enseigne ce que parait être la nature ; elle établit les lois apparentes du phénomène et nous montre les dehors des choses ; l’occultisme enseigne ce qu'est en réalité la nature ; il fait connaître les principes profonds du noumène et pénètre dans l’intimité de l’univers.
« L’occultisme, qui renaît en ce moment, est autre chose qu'une source de rares curiosités jaillie pour enrichir les collections de ceux qui ont à peu près tout catalogué sur la planète. C’est un besoin de l’évolution qui brisera les misérables cloisons des prétentieux assez naïfs pour s'imaginer pouvoir le canaliser pour leur propre usage. L’occultisme doit être considéré, non de l’extérieur mais du dedans ; dans son ensemble, non dans ses parties. Scientifiquement, il est l’exposé des rapports de l’Unité et de la Diversité. Socialement, il est le seul Messie, le seul régénérateur possible. Mystiquement, il est la clé des Harmonies dont l'échelle part des systèmes atomiques et va se perdre en Dieu (1). »
Oh ! je n’ignore pas l’accusation que les officiels portent contre les occultistes : des rêveurs ! des songes creux ! des chimériques, qui se réclament d’une soi-disant science antique dont ils seraient bien embarrassés de prouver l'existence, et qui se perdent dans de nébuleuses théories qu’ils voudraient substituer aux réalités tangibles de la science !
Si nos adversaires connaissaient un peu mieux nos livres, ils auraient reconnu dès longtemps qu’il y a eu chez nous et de tout temps, de puissants cerveaux, que la Sagesse antique n’est nullement un trompe-l’œil et que, à l’heure actuelle, notre expérimentation n’est pas inférieure à celle des officiels.
Il me serait loisible, à ce propos, de parler des résul-
(1) Ph. Pagnat. Enquête générale sur l’occultisme , dans la Vie morale juin 1922).
l’occultisme et la science
tats pratiques auxquels j’ai abouti personnellement sur certains points de la psycho-physiologie et de la psychologie expérimentale ; mais, outre qu’il est peu séant, pour un auteur, de se citer soi-même, il n’est ni dans mes goûts ni dans mes habitudes de plastronner. Mais comme j’aime avant tout les réalités, particulièrement dans l’ordre scientifique, il me semble que ces deux reproches valent d’être examinés de près... Voyons donc successivement et ce que valait la science antique et ce que vaut aujourd’hui notre expérimentation.
J’ai déjà dit que nombre de nos instruments de science et des théories modernes étaient connus de l’antiquité : j’ai déjà donné à cet égard quelques précisions ; je vais maintenant aller au fond des choses.
En effet on s’est souvent posé — et on se pose encore souvent — la question primordiale à laquelle il est aujourd’hui nécessaire de répondre : En haute science, quelles étaient exactement les connaissances des sages de l’antiquité?
Exactement ... il est difficile de répondre à cette question, mais très approximativement et avec preuves à l’appui, la réponse est aisée : La science antique possédait des théories transcendantales dont certaines sont indéniablement plus précises que celles de la science moderne et dont beaucoup sont encore insoupçonnées d’elle. Ses applications pratiques et publiques étaient, par contre, bien moindres que les nôtres, et cela parce qu’elle était jalousement réservée aux sanctuaires, mais on peut affirmer sans crainte d'erreur que, dans son ensemble, elle était supérieure à la nôtre.
Des mots ! dira quelque lecteur sceptique... Affirmations aventurées que l’auteur, s’il était mis au pied du mur, serait fort embarrassé de prouver !... — Point du tout ! je ne ressens aucune gêne à apporter les faits les plus probants, les plus saisissants et les mieux établis.
11 est de la dernière évidence que je ne puis ici, dans le cadre de cet ouvrage, passer en revue toute la science antique et que je suis forcé de me borner. Je vais donc examiner simplement un point particulier, la grande pyramide d’Egypte, dite de Khéops, construite il y a environ quarante siècles.
Ce monument a été particulièrement étudié par les égyptologues contemporains, de qui les travaux ont été excellemment résumés par M. Fabbé Moreux, dans' son ouvrage, la Science Mystérieuse des Pharaons (1) : je ne saurais, en vérité trouver de meilleur guide pour montrer aux lecteurs de ces pages, tous les hauts enseignements scientifiques résultant de l’examen de ce monument.
Disons, pour commencer, que c’est à tort que s’est établie l’opinion des premiers archéologues qui ont étudié les pyramides: si l’on y rencontre des momies — voire des momies royales — ce fait n'est qu’accessoire et accidentel, et, aujourd'hui, on admet plutôt que ces monuments étaient, purement et avant tout, scientifiques. D’autre part, à mon avis, l'exploration intérieure de la pyramide de Khéops est loin d'être terminée, et la grande difficulté qu’on a eue à y trouver d’abord l’entrée et ensuite trois chambres seulement, nous fait assez supposer qu’il y a d’autres galeries que les six actuellement connues, et que Jamblique avait raison en y plaçant une partie des épreuves de la grande initiation, comme nous le verrons plus loin.
Faisons remarquer que les dynasties antérieures à la quatrième, sous laquelle a été construite cette pyramide, nous ont laissé des œuvres — statues et autres — d'un art alors très avancé, et que, dans toutes les civilisations, la science marche de pair avec l’art, qui ne pourrait, sans elle, atteindre un certain niveau.
(1) 1 vol. in-8°, Paris. 1924.
Les dimensions de la grande pyramide, exprimées en nos mesures modernes sont : — hauteur, 148 m. 208 ; — côté de la base, 232 m. 805 ; la surface qu’elle couvre est donc 5 h. 41 a. 98 ; son poids est d’environ 6.000.000 de tonnes. Gomme le revêtement qui en couvrait originairement l’extérieur a été en grande partie détruit pendant la domination arabe, il a fallu en quelque sorte le reconstituer dans son intégrité par le calcul et c'est ce qu’a fait Piazzi-Smith de qui les chiffres, donnés plus haut, ont ensuite été vérifiés et reconnus exacts. Ceci posé, tirons les déductions scientifiques de ce monument.
A. — La pyramide de Khéops est constituée par des blocs de pierre polie d’énormes dimensions ; un d’eux, de 10 mètres de long, dépasse 170 mètres cubes et pèse plus de 470.000 kilos : la machinerie qui mettait en place de pareilles masses devait être, indubitablement, de premier ordre ; car, si Hérodote parle d’une chaussée qui aurait servi à exhausser les pierres pour les amener à pied d’œuvre, cette chaussée, d'après les mesures qu’il donne, n’avait pas plus de 15 mètres dans sa plus haute élévation ; or, pour élever de 15 mètres à 148 mètres des poids de plus de 400 tonnes, il faut des appareils mécaniques d’une rare puissance, et dont la construction et le fonctionnement font présumer l’existence d’ingénieurs excessivement instruits. — Poursuivons.
B. — Les pierres qui entrent dans cette construction sont non pas cimentées avec leurs voisines mais simplement jointoyées, et cela si exactement qu’une lame de canif ne peut en découvrir le joint : à plus forte raison ne peut-elle y pénétrer, tant le jointoiement est parfait ; or, un des principaux entrepreneurs carriers des Etats- Unis, visitant la pyramide, a fait remarquer que, à notre époque, il n’existe nulle part de machine assez perfectionnée pour réaliser deux surfaces de 10 mètres de long s’assemblant aussi parfaitement que les pierres de la
grande pyramide. Ici encore, nous sommes amenés à conclure que les ingénieurs qui ont 'établi ces machines étaient plus forts que ceux de notre xx siècle.
G. — Lorsque, durant l’occupation de Bonaparte, les savants de l'expédition voulurent dresser une carte exacte de l’Egypte, ils prirent comme point de départ la grande pyramide ; or, dès leurs premières opérations, ils s’aperçurent que ce monument avait été établi à un point précis et suivant des coordonnées où le méridien de la pointe divise le delta du Nil en deux parties rigoureusement égales, tandis que les diagonales, prolongées enserrent très exactement ce même delta de l’ouest à l’est. Pour arriver à ce résultat, les géomètres égyptiens d’il y a cinq mille ans ont dû se livrer à des travaux de triangulation qui supposent une connaissance approfondie de la trigonométrie.
D. — Cette pyramide est orientée Nord-Sud. Avec quelle exactitude ? Voici.
Il u’existe que trois moyens de repérer le Nord : la boussole, l’étoile polaire et le calcul astronomique. Mais la boussole n’indique que le pôle magnétique, qui est variable et donne lieu à une déclinaison de l’aiguille qui, à l’heure actuelle, est d’environ 22 degrés ouest. De même, l’étoile polaire décrit autour du pôle une circonférence éloignée de ce pôle d’environ 1 degré 8 minutes. Ces deux procédés ne peuvent donc donner qu'une approximation très relative, et. pour qui veut repérer le nord exact, il n’y a d’autre moyen que le calcul astronomique, très compliqué, très délicat, au point que l’observatoire d’Uranienbourg, orienté par les soins de Tycho-Brahé, et celui de Paris, comportent une erreur de dix-huit minutes d’arc: l’orientation de la grande pyramide ne comporte qu’une erreur de moins de cinq minutes : les procédés des astronomes de la IV” dinastic égyptienne devaient être plus précis que les nôtres.
E. — Si, par le sommet de la grande pyramide on tire une droite Nord-Sud, on crée un méridien qui est le méridien idéal en ce sens que, de tous, c’est celui qui parcourt la plus grande partie des terres et la moindre des mers. On objectera peut-être le hasard... soit ! La grande pyramide est assez riche en documentation scientifique pour ne pas faire état de ce détail.
F. — Hérodote nous apprend que, d’après les prêtres égyptiens, les mesures du monument auraient été établies de telle façon que le carré construit sur sa hauteur verticale égale exactement la surface de chacune des faces triangulaires. Or, le fait a été vérifié à notre époque. On peut en conclure que les ingénieurs égyptiens ont joué la difficulté puisque dans un but de relation dont on ne voit pas Futilité, il leur a fallu, après avoir transformé un carré en triangle, trouver pour les faces de la pyramide l’inclinaison nécessaire pour présenter la surface triangulaire obtenue par le calcul.
G. — Le système numérique de la pyramide est le système décimal caractérisé par la relation des nombres 2 et 5 que présente sa construction... Cinquante siècles avant nous, les prêtres de Memphis et de Thèbes usaient du système décimal dont l’établissement chez nous, en 1795, parut une audacieuse nouveauté.
H. — Chacun sait que le rapport de la circonférence d’un cercle avec son diamètre est incommensurable ; on l’exprime par la lettre grecque pi et les géométries donnent l’approximation 3.1416, suffisante pour les calculs ordinaires; ce nombre 3.1416, inconnu des Romains, n’a été établi qu’à une époque relativement récente et par des procédés modernes. Or, prenez la moitié de la base de chacun des quatre côtés de la grande pyramide
X 4) vous trouverez, comme résultat de l’opé¬
ration 465.610 ; si vous divisez cette somme par la hau-
teur de la pyramide (148.208) le résultat de l’opération sera très exactement 3.1416 : les mathématiciens des grands Mystères connaissaient il y a des milliers d’années, le rapport aussi exact que possible puisque l’exactitude absolue ne peut exister, de la circonférence au diamètre, ce rapport que, depuis Archimède qui l’évaluait à 3 1/7, nous avons mis des siècles à redécouvrir ! Dira-t-on encore que c’est le hasard ? Singulier hasard qui permet de pousser un calcul, avec exactitude jusqu’à la dernière décimale usuelle!
!• — On sait que notre mètre constitue approximative ment la dix-millionnième partie du quart du méridien terrestre ; je dis approximativement, parce que, vu les accidents de la surface du sol, il est impossible de mesurer exactement, sur le terrain, un degré de méridien, et, pour la même cause aucun méridien n’est égal à un autre. On admet maintenant que notre mètre est plus court que sa mesure idéale d’environ 2/10 de millimètre. La base idéale du mètre eût donc été une subdivision du rayon polaire que l’on peut calculer avec une bien plus grande exactitude et qui est regardé, à l’heure actuelle comme étant de 6.356 kilm. 7, le dernier chiffre étant encore incertain. Or, nous savons que la coudée sacrée (1), qui est l’unité de mesure employée par les constructeurs de la grande pyramide, se divisait en 25 pouces et que le rapport exact du pouce sacré avec le pouce anglais est de 999 à 1.000. 11 a donc été facile, dans ces conditions d’établir la valeur exacte de la coudée sacrée : 0 m. 63566 ; or, si l’on multiplie ce chiffre par 10 millions, on trouve 6.356 km. 6 : la valeur du rayon polaire de la terre, avec simplement l’écart du dernier chiffre, mais j’ai dit que le nôtre n’est pas assuré. En tout cas il y a une légère erreur d’un côté ou de l’autre, mais, les mathématiciens de l’an-
(1) Il y avait aussi la coudée vulgaire qui en différait un peu.
tique Egypte pouvant être, ainsi qu’on i’a vu et comme on le verra plus loin, considérés comme supérieurs aux nôtres, il y a quelque chance pour que l’erreur soit de notre côté.
J. — On sait que le phénomène dit précession des équi noxes ramène le pôle céleste à la même place tous les 25.800 ans : cette période de 25.800 est justement le nombre de pouces sacrés que donne la somme des deux diagonales de la base de la grande pyramide.
K. — L’année — durée de la révolution delà terre autour du soleil — comporte 365 jours et une fraction qui, mai connue des Grecs et des Romains, a causé des erreurs rectifiées successivement par la réforme julienne et la réforme grégorienne. Aujourd’hui, nous savons que cette fraction est de 342/1000. Or, la longueur de l’antichambre qui précède, dans la pyramide, la pièce improprement appelée chambre du roi , multipliée par 3.1416, rapport de la circonférence au rayon, donne exactement 365.342 pouces sacrés.
L. — On a calculé la densité des pierres composant la pyramide; connaissant son volume, il a été facile d’en déduire son poids total, et ce poids a été trouvé en rapport — très simple — avec celui de la terre comme 1 à 10.000.000.000.000.000 : les mathématiciens des Mystères sacrés connaissaient donc le poids de la terre.
M. — Dans la pièce improprement appelée chambre du roi , on a trouvé une sorte de coffre sans couvercle, en granit rouge poli, qu'on a cru d’abord être un sarcophage; mais ses dimensions inusitées le font maintenant considérer comme une œuvre de haute science; il m’est impossible ici d’entrer dans toutes les considérations remarquables auxquelles il a donné lieu (1) : je n’en donnerai qu'un détail : la capacité extérieure de forme parallélipipédique
(1) V. V. Abbé Msreux, op. cit.} et laud.
en est exactement le double de la capacité intérieure, de même forme. Se rend-on bien compte de la difficulté mathématique qu'a présentée cette opération qu'un esprit superficiel peut considérer comme très simple : ne croit-on pas, au premier abord, quil suffit de doubler les dimensions d’un cube pour obtenir une duplication de ce même cube? C’est une erreur: on en obtient ainsi l’octuplation et non la duplication du cube, puisque le cube de 2 est 8 et le cube de 4 est 64; dans cet exemple, pour avoir la base du double du cube de 2, il faut doubler ce cube (23 = 8 x 2 = 16) et, du résultat 16 extraire la racine cubique qui sera la longueur de la ligne de base du cube. Cette première opération suppose déjà une connaissance assez profonde des mathématiques ; mais, dans l’espèce dont il s’agitla difficulté est incommensurablement accrue de ce fait qu'il ne s’agit pas d'un cube parfait, mais d’un parallélipipède dont la capacité cubique, doublée, doit être transformée en un second parallélipipède dont toutes les lignes doivent présenter une proportion exacte avec les lignes du premier volume. D’après cette explication sommaire, il est aisé de se rendre compte qu’une telle opération n'est pas à la portée du premier mathématicien venu... et cependant des mathématiciens mortsdepuis cinquante siècles l’ont menée à bien.
N. — La distance exacte de la terre au soleil est une mesure capitale en astronomie, puisque, de sa connaissance dépendent les dimensions de notre système planétaire et de la partie de l’univers qui nous est connue. Je n’entrerai pas dans le détail des procédés et des calculs qui ont servi à établir cette distance; il me suffira de dire que, à l’heure actuelle, on évalue approximativement cette distance à 149.400.000 kilomètres, avec un écart possible de 70.000 kilomètres.
Or, la hauteur de la grande pyramide (148 m. 208), multipliée par un million, nous donne cette même dis-
tance avec une approximation d’un million de kilomètres. Reste à savoir lesquels, des astronomes égyptiens ou des astronomes modernes, se sont trompés. Pour ma part je pencherais à croire que ce sont les modernes, voici pourquoi : dans leurs calculs, les quatre premiers chiffres seulement (1494) donnent une précision ; les cinq autres chiffres sont des zéros, c’est-à-dire des quantités imprécises, alors que, au contraire, les chiffres égyptiens donnent des précisions jusqu’au sixième (148208) et ne laissent porter le doute que sur les derniers qui sont des zéros.
O. — Il a été question plus haut du pouce pyramidal ou sacré (0 m. 0254264) d’après lequel on a établi la valeur de la coudée sacrée. Or, cent milliards de pouces sacrés représentent exactement le parcours de la terre sur son orbite en vingt-quatre heures.
Je m’arrête. On trouvera dans l’ouvrage précité de l’Abbé Moreux bien d’autres considérations des plus savantes — et des plus troublantes — que je ne puis rapporter ici car elles nous entraîneraient dans des expositions astronomiques, historiques, cosmogoniques et philosophiques qui donneraient un trop grand développement à ces pages. Ce que je viens de dire de la grande pyramide (1) doit suffire à prouver que, quand l’occultisme actuel parle de la haute Science mystériale, cette locution n’est pas une vague façon de parler, un à peu près facile destiné seulement à jeter de la poudre aux yeux... Non !
(1) Nous ne connaissons pas encore tout de la grande pyramide, et je suis persuadé que nombre des découvertes à venir de la science contemporaine trouveront leur confirmation dans ce monument scientifique par excellence.
D’autre part, il ne faudrait pas croire que cette haute science dont je viens de noter quelques fragments fût l’apanage particulier de la seule Egypte; certains monuments de la Babylonie sont orientés avec la même exactitude que la grande pyramide et les astronomes khaldéens ont laissé au monde un renom de profond savoir qui, à travers les âges successifs, est arrivé jusqu'à nous.
lorsque nous évoquons la Sagesse antique qui s’enseignait dans les Mystères sacrés de Memphis, de Chartres, ou de Delphes, de H’Lassa, de Balbeck, de Nîmes ou de Méroë, nous avons en vue une science certaine, une science monumentale, une science que la science actuelle, si vaniteuse, est cependant encore bien loin d'égaler.
Examinons maintenant le second reproche qui nous est adressé : Notre expérimentation est-elle une amusette ou bien présente-t-elle quelque valeur scientifique?
Pour résoudre cette question je me bornerai à reproduire ici une page du commandant Darget, qui était un simple, un modeste, fuyant l'éclat, et de qui cependant le nom restera à cause des progrès qu'il a accomplis dans un domaine particulièrement occulte, celui de la photographie de l’invisible.
Cette page est intitulée :