‹ L'occultisme et la scienceChapitre 33 sur 57 · VI. — Loi du symbolisme · texte numérisé non relu

VI. — Loi du symbolisme

Il semble, au premier abord, que rOccultisme, ^seul entre toutes sciences, est soumis aux règles du symbolisme, et que, par suite il n’y aurait pas lieu d’en parler, puisque ce symbolisme particulier ne peut être d’aucun service à aucune autre science...

(1) Pour qui voudrait pénétrer plus avant, les œuvres de Hoëné Wronski conduisent, en partant des principes donnés, à des résultats d’une profondeur magistrale.

Mais d’une part la prémisse de ce raisonnement est fausse, attendu que, de nos jours, à la fois pour abréger son travail et pour se retrancher derrière un voile plus épais, toute science qui le peut se dissimule derrière un symbolisme particulier : la modeste arithmétique même a ses signes, l’algèbre a se 9 signes et ses lettres, la chimie a sa notation et ses formules, etc...

D’autre part, aucune science moderne n’a poussé l’usage du symbolisme aussi loin que la Sagesse antique, et cela dans le but que ses enseignements ne soient compris que des initiés et demeurent lettre morte à tout profane. Or, si l’acquisition d’un symbolisme si profond est inutile aux sciences modernes, il n’en est pas moins vrai que, pour pénétrer dans la Science mystériale, il est absolument nécessaire de connaître les principales règles de ce même symbolisme, sans quoi les récits des vieux auteurs semblent contes à dormir debout, et leurs représentations graphiques ne sont plus que des gribouillages incompris.

Il existe, dans l’étude de l’occultisme, trois formes de symbolisme dont il faut se pénétrer si l’on veut s’assimiler ses enseignements : le symbolisme d’actiôn, le symbolisme de pensée et le symbolisme graphique.

Du premier, je n’ai rien à dire, si ce n’est que sur lui étaient basées jadis toutes les épreuves de l’initiation aux grands mystères (1). Je ne m’occuperai que des deux autres, le symbolisme d’idées et le symbolisme graphique.

Les anciens ne philosophaient pas, ils racontaient, certains que leurs récits, colportés par des ignorants incapables d’en comprendre le sens caché, arriveraient un jour ou l’autre à la connaissance de penseurs qui les pénétreraient et en seraient illuminés.

C’est ainsi que Mosché [Moïse] un initié, prêtre d’Osiris

(1) C'est par une maladroite imitation de ces initiations antiques qu'aujourd’hui la franc-maçonnerie soumet 3es postulants à une initiation symbolique, mais d'un symbolisme absolument puéril.

ne l’oubliez pas — a ouvert son livre de la Genèse par le récit d’une création de T Univers et de l’homme qui semble enfantin à qui n’en saisit que la lettre sans en comprendre le sens caché : les dix premiers chapitres de Mosché sont un traité de haute science et non une histoire ou une géographie.

« Gan-Bi-Heden séjour d’Adam- Eve, représente l’organisme de la sphère universelle du temps, l’organisation de la totalité de ce qui est temporel.

Les fameux fleuves sont au nombre de quatre en un, c’est-à-dire forment un quaternaire organique, n’exprimant pas plus le Tigre et l’Euphrate que le Tibre, la Seine ou la Tamise... Aussi, ces prétendus fleuves sont en réalité des fluides universels qui, partant de Gan, la puissance organique par excellence, inondent la sphère temporelle, Héden, le temps sans bornes de Zoroastre, placée elle-même entre deux Eternités, l’une antérieure, Kædem, l’autre postérieure, Ghôlim (1).

Voici d’ailleurs la traduction que donne des versets 10-14, chap. Il de la Genèse, Fabre d’Olivet dans sa Langue hébraïque restituée (2).

« 10. — Cependant une émanation lumineuse, telle qu'un vaste fleuve, coulait de la sphère sensible pour la vivification de l’enceinte organique, s’y divisait et paraissait au dehors, selon la puissance quaternaire multiplicative, en quatre principes.

11. — Le nom du premier de ces principes émanés était Phishôn , c’est-à-dire la réalité physique, Têtre apparent : il enveloppait toute la terre de Huwila , l’énergie virtuelle, lieu natal de l’or.

12. — Et l’or de cette terre-là, emblème delà réflexion lumineuse, était bon. C’était encore le lieu natal de

(1) Saint- Yves d'Alveydre, Mission des Juifs (1 vol. grand in-8°, Paris, 1884).

(2) 2 vol. in-4°, Paris, 1815-1816.

Bedolla, division mystérieuse, et de la pierre Shôam , sublimation universelle.

13. — Le nom du second de ces principes émanés était Gihôn, le mouvement formatif : il enveloppait toute la terre de Choush, le principe inné.

14. — Le nom du troisième de ces principes immanés était Hiddekel , le rapide propagateur, servant de véhicule au principe de la félicité. Le quatrième enfin, recevait le nom de Phrat , à cause de la fécondité dont il était la source. »

Aujourd’hui l’Eglise commence à admettre un sens profond à ces récits, poussée par la force des choses, par la géologie qui rit de la création hebdomadaire, par l’anthropologie qui fait des gorges chaudes d’Adam et d’Eve, par l’histoire qui, admettant maintenant Manéthon, Sanchoniaton et Bérose, noie dans le flot des millénaires remontés les 4.004 années si péniblement échafaudées par la chronologie des Bénédictins...

Et cependant l'Eglise s’est étroitement solidarisée, durant dix-huit siècles, avec le sens naïf de ses écritures, et, à l’heure actuelle, elle n’abandonne, du sens littéral de ses livres, que ce que, de toute impossibilité, elle ne peut conserver, défendant le reste avec d’autant plus d’énergie. A quoi cela tient-il ? Je l’ai dit plus haut : en rompant avec toute Gnose, c’est- à dire avec toute science, l’Eglise s’est retranchée uniquement dans la Foi, et la Foi, qui ne peut s’imposer comme guide qu’à l’ignorance, est obligée de rompre avec la science.

Donc, les anciens ne dissertaient pas : ils établissaient un récit symbolique et le racontaient : à chacun de creuser l’apparence pour en trouver le sens. Les mythologies grecque, égyptienne, romaine, etc., ne sont que des applications de ce principe, et, plus tard, les alchimistes, en nous racontant les aventures du roi, de l’hermaphrodite, ou bien du mari rouge et de l’épouse blanche,

ou bien encore les histoires des dieux, ne font que se conformer à cette façon de transmettre la pensée, qu’ils tenaient des maîtres de la haute science. C’est au lecteur à méditer la fable pour en dégager la vérité.

Le symbolisme graphique est plus difficile à pénétrer car si, pour le précédent, il suffit d’être averti, pour le second, même averti, l’on ne peut comprendre la pensée de l'auteur si l’on ne possède quelques données préalables.

Tout signe graphique symbolisant une idée est appelé Pantacle ; un pantacle est donc l’expression synthétique d’une idée. Il peut signifier un chiffre ou un objet quelconque, ou les deux, ou plusieurs objets : c’est au lecteur de méditer le signe et d'en dégager la valeur.

Je donnerai d’abord un exemple de pantacle général et appliqué.

C.-W. Leadbeatcr dit, dans son ouvrage Échappées sur V Occultisme (1) : « Dionysos était un des noms donnés au Logos, et son enfance signifiait simplement le début de sa manifestation. On le représente, enfant, jouant avec une toupie, une boule, un miroir et des dés. Vous pensez sans doute que ce sont là des symboles incompréhensibles, mais si vous pouviez les noir, vous comprendriez aussitôt que ces jouets représentent, la matière dont sont construits les mondes. La toupie, c’est l’atome qui tourbillonne constamment, et ces atomes sont les briques, avec lesquelles est construit l’édifice du système solaire. Les dés ne sont pas des dés ordinaires, mais sont tous différents, car ce sont les cinq solides platoniciens, les seuls solides réguliers qui existent : le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre et l’isocaèdre. Eux aussi peuvent être considérés, quoique d’une autre façon, comme des matériaux de construction. Ils représentent les atomes des différents plans de la nature, non pas la forme réelle de ces atomes,

(1) 1 vol. in-12. Paris, 1909.

et ils indiquent à l’étudiant en occultisme pratique certaines qualités fondamentales de ces atomes, et la direction dans laquelle leur force peut se déverser ; nous pouvons en faire une série de sept en ajoutant le point (1) au commencement et la sphère (2) à la fin, nous aurons alors un ensemble d’une signification profonde et cachée. La boule avec laquelle joue l’enfant est naturellement la terre ; son miroir est la matière astrale qui reflète toutes choses en les renversant, et que, pour cette «raison on symbolise si souvent par l’eau comme dans l’histoire de Narcisse. 11 est très intéressant de remarquer combien tous ces points, d’abord étranges et incompréhensibles, deviennent aussitôt clairs et lumineux lorsqu’on les étudie et qu’on en pénètre le sens. »

Cet exemple montre bien comment doivent être étudiés les symboles de l’occultisme pour la pénétration desquels il a été écrit de nos jours plusieurs ouvrages (3) destinés précisément à aider à ces études. Je me bornerai ici à expliquer les symboles des chiffres qui se rencontrent le

plus fréquemment dans les vieux auteurs.

La principe, l’unité, Dieu, l’action

Le binaire, l’opposition, la réaction.

/Actif | \

\Passif — J

Le ternaire, l’idée, Dieu tri-un.

Le quaternaire, la forme, la matière.

/Activité || \

\Passivité = )

ou l’Absolu, l’immensité, l’éternité.

/Activité | \

VP.issivité — /

(1) Représentée par la pointe de la toupie ( Noie de l'auteur ).

(2) Représentée par la boule ( Note de l'auteur).

(3) La légende des symboles , par Marc Saunier 1 vol. in-8° Paris, S. D« Théories et symboles alchimistes, par A. Poisson, 1 vol. in-12 carré. Paris» 1891, etc...

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