TENDANCES ET DIRECTIVES
Jusqu'à présent, nous avons vu l'occultisme au point de vue spécial de la science pure. Mais l’homme n'a pas que le désir de savoir ; il a aussi des aspirations d’utilité plus immédiate et des besoins qui sont de chaque jour. Or, l’occultisme, s’il étudie surtout l’essence et l’organisation de l’homme et de l’univers ainsi que leurs rapports avec Dieu, doit adapter ses théories à tout ce qui en découle. 11 nous faut donc maintenant jeter un rapide coup d’œil sur les tendances qui sont les siennes — et qui résultent naturellement des principes qu'il a posés — pour donner satisfaction à ces aspirations et à ces besoins ; nous allons, par suite, voir comment cette doctrine s’applique aux nécessités journalières de l’être humain.
À. — Science.
Bien que les principes généraux de la science mystériale aient été indiqués plus haut dans leur ensemble et que le lecteur ait pu, de la sorte, se rendre compte en quoi ils diffèrent de ceux qui guident la science officielle dans sa marche vers l’avenir, il nous faut, ici où nous examinons l’influence cachée de l’occultisme sur les différentes voies du progrès de l'esprit humain, ajouter quelques mots touchant les conséquences qu’elle peut produire dans un temps prochain sur l’avancement général des sciences.
« Ce qui est en haut, dit la Table d’Emeraude, est comme ce qui est eu bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour faire les miracles d’une seule chose... »
Ce texte, au premier abord et pour qui n'a pas l’habitude du mysticisme oriental, semble quelque peu nébuleux, voire incompréhensible... Ecartons-eu donc le voile de la mystique qui l’empêche d’être pénétré par le profane et efforçons-nous d’en dégager le sens scientifique tel que puisse le comprendre la science contemporaine: la phrase suivante nous aidera dans ce travail : Et comme toutes choses ont été originaires d’uN par la pensée d'uN, ainsi toutes choses sont nées de cette chose unique par adaptation.
Qu’est cet un mystérieux ? C’est la source, c’est l’origine, c'est Dieu.
Sous l’unité divine, nous l’avons aussi vu, se cache la trinité divine, Essence, Energie et Esprit.
Sans l’essence, rien ne pourrait être; sans l’énergie, rien ne pourrait durer ; sans l’esprit rien ne pourrait être réglé : ces trois principes divins dominent tout et se retrouvent en tout : leur modalité seule diffère : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas... A chacun de ces trois principes dont la réunion constitue l’unité divine correspond donc une unité d’ordre différent.
Nous en déduirons par unité la loi suivante :
Dans le Kosmos, aussi bien en l’infini de la grandeur qu’en l’infini de la petitesse tout se réduit à l’unité : Unité de substance — unité de force — unité de loi.
Unité de substance. — On sait que, ces dernières années, après avoir beaucoup ri des alchimistes — ces fous qui cherchaient la transmutation des corps —, la chimie, sous la direction de ses maîtres contemporains, est arrivée à cette stupéfiante conclusion de ces travaux : la matière est une, et la variété des corps ne résulte que de groupements moléculaires différents les uns des autres.
Mais ce n’est là qu’une théorie, dira-t-on. Où est la preuve de l’exactitude de cette théorie basée simplement à Fheure actuelle sur certaines transmutations de métaux et de métalloïdes obtenues — peut-être accidentellement — en laboratoire?
La preuve, la preuve scientifique, palpable, probante, ne sera pas encore obtenue tout de suite, mais il m’est permis, dès à présent, de dire quelle elle sera.
En poursuivant la désagrégation de la matière, la science normale a franchi successivement les stades de la molécule, de l’atome, de l’ion, et de l’électron, pour arriver, à notre époque, à l’émanation. Au vrai, elle ne sait pas trop en quoi consiste ce dernier stade, mais enfin elle a été amenée pratiquement à constater son existence. Or, en fouillant de plus en plus la matière, en poursuivant comme il convient ses tentatives de dissolution de cette matière, elle arrivera un jour, après avoir dépassé de trois degrés encore l’émanation, à tenir enfin l’ultimate.
Sous quelle forme se présentera cet ultimate? Voici : Figurez-vous un solénoïde (1) minuscule, contourné luimême en hélice de façon à former un solénoïde de second ordre, qui, contourné de même, en constitue un de troisième ordre, et ainsi de suite sans que l’on puisse dire quel est le degré du dernier solénoïde, lequel, ramené sur lui-même, forme une petite masse sphéroïdale de — peut-être — un mille milliardième de micron, composée uniquement de force-substance électrique. Je viens de dire que la forme de cet ultimate est sphéroïdale... Théoriquement, elle serait sphérique ; mais le point d’entrée du courant détermine, sur cette sphère minuscule, une dépression qui la déforme, et le point de sortie du même courant, à l’opposé du point de pénétration, occasionne une protubérance qui, avec la dépression susdite, donne à la
(1) Fil métallique contourné en hélice.
sphère une forme en quelque sorte cardiacée. Telles sont les données de Fultimate tel qu’il sera trouvé un jour par la science officielle.
Ici, je vois poindre une interrogation sur les lèvres de chacun de mes lecteurs : Gomment pouvez-vous savoir ce qu’ignorent les maîtres de la physique et les plus savants micrographes?
Les personnes qui me font l'honneur de suivre mes travaux doivent me rendre cette justice que jamais, en aucun de mes ouvrages, je ne me suis présenté comme thaumaturge ou inspiré, et que — toujours, au contraire — mes affirmations ont été basées sur une expérimentation soit personnelle, soit étroitement suivie par moi. Or, ce n’est pas en cette heure, après un demi-siècle d’études poursuivies avec une absolue probité scientifique, que je déchoirai en tentant de me poser en prophète ou en illuminé. Il y a, dans ce que je viens de dire, une énigme qui peut sembler à certains particulièrement troublante, et dont je dois la solution à mes lecteurs. Or cette solution, comme tout ce quil m’est arrivé jusqu’ici d’exposer dans mes conférences et mes écrits, est basée sur la pure et simple expérimentation.
Devant le regard interne de sujets magnétiques de qui une longue série de travaux poursuivis en commun m’a démontré l’indéniable loyauté et m’a certifié la véracité, après toutes précautions prises pour écarter du champ d’expérience tout roman subliminal qui pourrait y naître, j’ai, après avoir placé ces sujets en de profonds états d’hypnose, poursuivi la désintégration de corps variés, métalloïdes et métaux ; or, dans tous les stades intermédiaires, les sujets indiquaient les différences d’organisation moléculaires, donnant lieu à des formes spéciales différemment électrisées, mais au dernier stade, à celui de l’ultimate, tel que je Fai décrit, tous présentaient la forme sphéroïdale qui vient d’être figurée, constituée par
de la force-substance électrique animée d’un mouvement à la fois infiniment intense et prodigieusement rapide.
Aussi, je ne crains pas de l’avancer : quand, dans dix ans ou dans dix siècles, la science officielle aura enfin trouvé l’ultimate de la matière, il sera tel que je viens de l’énoncer, semblable à lui-même dans tous les corps et donnant, par cela même, la preuve absolue de l’unité de la matière.
Uniié de force. — Depuis plus longtemps qu’elle ne l a fait pour l’unité de la matière, la science moderne a soupçonné qu'il y a unité de forces; en effet, ce n’est pas d'hier que la mécanique lui a montré que, par des appareils spéciaux, chaque mode de mouvement peut être converti en un mode de mouvement tout différent ; puis les applications successives de l'électricité sont venues lui prouver que cette énergie — qui, au premier abord, semble tout à t ait spéciale — peut se transformer, et très facilement, en chaleur, en lumière, en force motrice, chimique ou vitale, etc. La science officielle admet donc depuis un certain temps la théorie de l'unité de forces ; mais d’où vient, la force première? Gomment pénètre- t-elle dans notre monde? et qu’est-elle? La science n’apporte — et pour cause — aucune réponse à ces différentes questions.
Or, voici ce qu’elle trouvera dans l’avenir.
La force première, l’énergie primordiale, c’est la vie, qui engendre le mouvement, lequel, à son tour, se retrouve à l’origine de toutes nos forces physiques, même de la cohésion (solidité), même de l’inertie qui n’est jamais qu’apparente. Et d'où vient la vie? De Dieu qui est énergie et qui, par un sacrifice de soi-même, émane incessamment cette énergie vitale, comme il émane son esprit, comme il émane son essence, dans une constante radiation allant les porter dans l'infini du Kosmos organisé, aussi bien que dans les abîmes de Tohu-Wabohu chaoti-
que. Mais comment faire comprendre cette vérité à notre science contemporaine, fondamentalement agnostique et mécaniciste?
Cette incessante vague de force vitale — je l’ai déjà dit ailleurs, mais je ne saurais trop le répéter — se répand constamment dans chacun des systèmes solaires qui constituent notre univers, et, de chaque soleil, elle se diffuse en chacune des planètes du système ; sur notre globe, elle devient de la vie terrestre, qui se scinde ensuite en vie minérale (1), végétale, animale, humaine: tout ce qui existe est vivant — même le cadavre — et, on Fa dit avant moi: la vie, c’est de la chaleur du soleil modifiée. Dans chaque être encore elle se mue en force végétale, en force cardiaque, en force nerveuse, etc., pour s'affinerensuite, pour se spiritualiser et remonter, dans une évolution cosmique inverse, vers la source immanente de tout.
C’est en effet le soleil qui est, pour nous et dans notre système, la source de toute énergie. Qu’est la houille, sinon de la chaleur solaire emmagasinée ? Qu'est le vent sinon le courant d’air produit par la dilatation — causée elle-même par le soleil — de notre atmosphère sur un point quelconque du globe? Qu est l’électricité cosmique sinon la résultante des deux potentiels caloriques différents? etc...
Donc, toutes les forces terrestres émanent de la force propre du soleil qui la diffuse autour de soi comme il l’a lui-même reçue de l’Infini. Et alors cette force incommensurable n’aboutit pas seulement aux planètes et aux
(1) Depuis quelques années seulement, on ose parier — et avec quelle timidité! — de biologie minérale. Or, il faut bien s’en rendre compte : le minéral vit au même titre que l’homme ; comme l’homme, il a ses périodes de naissance, de croissance, de maturité, de décrépitude et de mort ; mais ses phénomènes vitaux, s’étendant sur des myriades de siècles, ne peuvent être compris de l’homme à qui sa brièveté interdit de telles observations. C’est d’ailleurs un sujet qui sera traité plus amplement dans le volume suivant, L'Occultisme et la Vie.
êtres : elle demeure aussi, à l’état latent, dans ce vaste réservoir de vie que constitue l’aither et dans lequel chacun de nous la peut puiser sous des modalités différentes. C’est ce que la doctrine occultiste a toujours appelé « le serpent des grandes forces cachées » parce que, dans un mouvement sans fin autour de notre monde, elle semble l’enserrer dans l’infinité de ses replis.
Mais au delà de notre propre système solaire, qu’est, que peut être cette énergie primordiale ? Sous quelle modalité actionne -t-elle l’orbe des soleils ? Cela est un mystère qui sera toujours forclos à l’infimité de l’homme; nous savons seulement sa source — l’énergie première, le centre intelligent du Kosmos, ou Dieu — et son mode de propagation ; en quoi l’occultisme en sait plus long que la science ; mais il est de la dernière évidence que, tant que nous ignorerons Dieu en tant qu’êtres terrestres, c'est-à-dire toujours, nous ne pourrons savoir ce qu’est l'énergie divine qui constitue un des trois éléments de Dieu même.
Plus tard seulement, après l’achèvement du cycle de nos vies hyliques, lorsque, dans la vie supérieure des espaces, nous nous serons rapprochés du point central des lignes de force qui enserrent et font vivre les univers comme les individus, alors nous serons plus aptes à comprendre ce que peut être l'énergie primordiale; jusque-là, inclinons devant elle notre puérile vanité et disons à l’imitation de Job : « Où étions-nous lorsque la force première, lorsque l’énergie suprême, lorsque la Toute-Puissance jetait les fondements de la terre, établissait ses mesures en étendant le cordeau sur elle, quand elle affermissait ses bases et posait sa pierre angulaire ? Où étions-nous, quand elle renfermait la mer en ses digues, quand elle l'enveloppait d'un vêtement de nuées et d’une ceinture de ténèbres? Est-ce donc nous qui, depuis l’origine, commandons à l’étoile du matin, montrons à l'aurore
le lieu où elle doit se lever, et éclairons les extrémités de l’univers? Connaissions-nous alors la voie de la lumière et la demeure des ténèbres? Savions-nous seulement que nous devions naître et avions-nous décompté le nombre de nos jours? Pourrions-nous donc rapprocher les Pléiades et disperser les étoiles d’Orion ? Est-ce nous qui envoyons la foudre à son but, pour que, à son retour, elle nous dise : « Me voici » ? Est-ce nous qui prescrivons la marche du monde, et qui donnons l’intelligence aux météores? » — Nous sommes trop infimes et la Toute-Puissance est trop sublime... Nous ne la comprendrons jamais dans notre exil terrestre !
Unité de loi . — Une loi suprême domine le Kosmos, dont dérivent toutes les autres, puisque tout est dans tout, et que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut »... Connaître le grain de sable, c’est connaître Dieu... Cette loi universelle, c’est la Loi d'analogie, qui peut se formuler ainsi : « Tout est analogue à tout », et qui donne lieu quant à son application, à la Méthode d'analogie (1).
L’esprit moderne ne connaît couramment que deux méthodes de raisonnement, l’induction et la déduction.
L’induction part des faits pour remonter aux lois : c’est la méthode généralement usitée par la science.
La déduction part d’axiomes considérés comme des lois qu’elle applique aux faits : c’est la méthode essentiellement religieuse, et c’est, par suite, celle de la métaphysique.
Chacune de ces deux méthodes présente ses avantages et ses inconvénients : l’induction examine tous les détails d’un monument mais n’en voit l’ensemble qu’avec difficulté ; la déduction, au contraire, n’en voit que l’ensemble et a peine à en comprendre les détails.
(1) Il importe de ne pas confondre analogie avec similitude : il existe une énorme différence entre les significations de ces deux termes.
« Or, a dit excellemment le Dr Encausse (1), de même que le caratère fondamental de la Science occulte est la découverte du lien qui unit la Science et la Foi, de même la méthode de l’Occultisme participe des deux précédentes et ne peut se passer du concours d’aucune d’elles: L’analogie peut indifféremment partir du fait ou de l’axiome.
« Si elle part du fait, elle doit découvrir de suite en lui une loi assez générale pour constituer une formule synthétique applicable à tous les faits possibles : le fait doit lui fournir immédiatement l’axiome.
« Si elle part de l’axiome, au contraire, elle doit déterminer une loi telle, qu’elle s’applique de suite à un fait quelconque pris au hasard.
« Cette idée revient à dire que la Nature est construite d’après un type primitif qu’on trouvera répété, sinon dans sa forme, du moins dans son essence, partout. De là, la formule des alchimistes énonçant l’analogie : ’Ev zô zy.'/ (Tout est dans tout)...
« Faire de la métaphysique seule, comme le théologien, c’est aussi faux que de faire de la physique seule comme le physicien : « Edifiez le noumène sur le phénomène, et la Vérité apparaîtra » ; en d’autres termes : « Unissez la méthode du physicien à celle du métaphysicien, et vous donnerez naissance à la méthode analogique, véritable expression de la synthèse antique. »
Au reste, et bien qu’elle s’en défende, la science moderne doit de très belles découvertes aux applications de l’analogie. N’est-ce pas, en effet, uniquement sur la loi d’analogie qu’est, de nos jours, basée la stéréochimie? Et, dans le passé, n'est-ce pas par application de cette même loi que, dans la chute d’une pomme, Newton a trouvé la
(1) Papus, Traité méthodique de Science Occulte , un fort vol. grand in-8°, Paris 1891.
gravitation universelle et le mouvement des corps célestes, et que Cuvier a pu reconstruire le monde gigantesque des animaux antédiluviens en comparant leurs débris à ceux des animaux de notre époque?
Quelques exemples feront mieux comprendre que de longues explications toute l’ampleur de cette loi.
— Le corps de l’homme est composé de cellules; mais l’homme lui-même est une cellule de la terre; la terre, à son tour est une cellule de notre système solaire, et tous les systèmes solaires (dont le soleil est une étoile) sont des cellules du Kosmos qui est le corps de Dieu.
— Les cellules composant le corps humain sont baignées par un fluide nourricier : le sang ; ce même corps est lui- même plongé dans un fluide nourricier : l’atmosphère ; la terre, de même, a son fluide nourricier : l’eau dans toutes ses modalités ; l’espace où gravitent les astres comporte en soi leur fluide nourricier, Laither, réservoir de force vitale ; et enfin en Dieu se trouve l’énergie primordiale, la vie dans son absolu.
— Chacun sait que notre système solaire se compose d’un point central, le soleil, autour duquel gravitent, à des vitesses vertigineuses, les astres dont fait partie notre globe et que l’on appelle les planètes. Or quand, en poussant de plus en plus loin l’analyse de la matière, on est arrivé à décomposer l’atome, qu’a-t-on trouvé ? un minuscule système solaire composé d’un point central, le noyau, autour duquel tourbillonnent des quantités de corpuscules dénommés électrons, dans un mouvement de propulsion tellement plus intense que leur choc contre un obstacle a été souvent qualifié de « bombardement »* Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas!
De cette loi d’analogie en découle une autre que la science normale ne connaît pas encore mais qu’elle sera bien forcée de reconnaître un jour, et qui s’énonce ainsi: Le visible est la manifestation de l'invisible.
La science officielle ne s’occupe du visible que pour étudier le phénomène en soi, sans s’occuper de ses rapports métaphysiques.
La doctrine occultiste, au contraire cherche surtout à découvrir, dans le visible, l’invisible qu’il représente.
Combien peu de personnes se doutent — et ceci va sans doute surprendre plus d’un lecteur — que le simple fait de lire une lettre constitue une opération d’occultisme pratique ? En effet, à quoi l’on s’attache dans la lecture d’une lettre, ce n’est pas au papier, ce n’est pas aux signes graphiques, ce n’est pas à la couleur de l’encre, à la gracilité ou à la grosseur de l’écriture, c’est à l’invisible qui se manifeste au travers du visible, c’est à la pensée du correspondant.
Cette loi de la manifestation de l’invisible à travers le visible, établit à elle seule la différence entre la science moderne qui n’étudie que le phénomène, qui n'embrasse que le visible, qui est, en un mot simplement et banalement exotérique, et la science antique qui s’occupe avant tout de ce qui est caché et que, à ce titre, on peut qualifier d’ésotérique. On peut même dire que les anciens ont ainsi allégorisé toutes les connaissances, scientifiques, philosophiques et autres, qu’ils possédaient :
Voyez plutôt l’expédition des Argonautes à la conquête de la Toison d’or... une légende, dira-t-on? Non, un mythe astronomique. « Les Argonautes, dit Rabaudde Saint-Etienne^) seplaçant aupointde vue de l'allégorie astronomique, sont des personnages du firmament qui courent après le Bélier jusqu’au temps où il remonte sur l'horizon; le pays où sont le Serpent, les Taureaux, le Fleuve, la Coupe et le Navire est le pays où se trouvent le Serpentaire, le Bouvier, la Vierge, le Centaure, et où soufflent les quatre vents qui font naviguer le vaisseau, et, ce pays, c’est le ciel. » (2).
(1) Lettres à M . Bailly sur Vhisloire primitive de la Grèce, 1 vol.in-S*, Paris, 1787.
(2) Je donné plus loin l'explication historique de ce mythe.
Mais ce mode particulier d’affabulation n’est pas spécial à la Grèce seule : il se retrouve chez tous les peuples de l’antiquité, car, dans leurs écrits, les anciens ne philosophaient pas, ils racontaient, certains que les mythes de leurs idées, revêtus d’une affabulation populaire, seraient colportés d’âge en âge par la bouche des ignorants, mais en retenant l’attention des penseurs qui les entendraient réciter.
En effet, à des siècles de distance et dans une toute autre région du globe, nous trouvons cet enseignement : « Dans l’union de l’homme et de la femme, l’homme, principe actif, personnifie l’intelligence; la femme, principe passif, personnifie l’amour ; unis, ils forment un tout dont les parties se complètent mutuellement. Si l’actif succombe à la partie sensitive et attractive du passif, abdiquant ainsi son intelligence, l’homme, alors, involue vers l’animalité ; il est chassé par sa faute de l’unité de lumière, et il n’y pourra rentrer qu’après avoir vaincu la science dont le glaive de vérité lance des éclairs qui le repoussent et l’aveuglent... (1) »
Un tel enseignement, donné sous cette forme, froide et abstraite, n’aurait pas survécu à son auteur. Qu’a fait alors l’écrivain pour donner à sa pensée une autre apparence en quelque sorte plus populaire, qui lui permit de pénétrer partout en défiant le temps ? Il en a fait un petit récit, très curieux, très attachant par son fond de merveilleux, et, à l’heure actuelle, à trente-sept siècles de distance, il n’est personne, dans toute l’Europe comme dans la partie occidentale de l’Asie, qui ne connaisse le mythe d’Adam succombant à la tentation d’Eve et chassé avec elle du Paradis terrestre dont les abords leur sont interdits par un Chérub au glaive flamboyant.
Et, puisque je me trouve jeté ici dans cet ordx'e d’idées,
(!•) Papus loc. cit.
qu’il me soit permis de dire que, dans le Sepher de Moïse — ou de l’auteur quel qu’il soit dont on a mis l’œuvre sous le nom de Moïse — le livre de la Genèse, que l’on considère ordinairement comme le récit d’une cosmogonie sacrée, n’est, quand on recourt aux racines des mots et surtout des noms propres qui y foisonnent (1) qu’une œuvre scientifique considérable qui résume les connaissances des prêtres égyptiens en science générale.
11 ne faut pas croire, en effet que l’hexateuque que F on place sous le nom de Moïse ait été composé de toutes pièces par un unique écrivain, et nous avons, à ce jour suffisamment pénétré ses sources pour pouvoir en dire ceci :
A l’origine se trouve une compilation de quatre documents très antiques : — Le livre des générations d’Adam (2) ; — Le livre des guerres d’Ioah [ou du Seigneur], dont le titre seul nous est parvenu; — le Livre des Prophéties (3) et enfin le livre d'Enoch — primitif et non pas tel que nous le connaissons aujourd'hui d'après les résumés grecs de Georges Le Syncelle ou la version complète en langue éthiopienne de Bruce qui, d’après les critiques et notamment E. Krieger (4) et Luecke (5), aurait été composée en syro-chaldaïque au ne siècle avant notre ère sur des documents antérieurs, dont quelques-uns proviennent de la plus haute antiquité et parmi lesquels se trouvent
(1) Certains chapitres sont presque uniquement composés de longues généalogies.
(2) Intitulé aussi Les généalogies ou les créations d'Adam. Fabricius en parle dans son Codex pseudepigraphus veteris Testamenti (1 vol.
Hambourg, 1723) et on le trouve mentionné dans le Dictionnaire des Apocryphes (sans nom d’auteur — G. Brunet — 2 vol. grand in-8°, Paris 1856) de l’ Encyclopédie théologique de l’abbé x\ligue — V. aussi dom Ccillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques (25 vol. in-4°, Paris, 1729-1763), t. I, p. 464-
(3) V. Fabre d'Olivet, Langue hébraïque restituée (2 vol. in-4°, Paris 1816).
(4) Beytræge zur Kritik und Exegese, 1845.
(5) Einleitung zur OfTenbarung das Johannès, 1848.
peut-être les trois qui viennent d’être mentionnés (1).
En tous cas, on a les preuves que Moïse a établi ses livres d'après une documentation déjà très ancienne à l’époque où il écrivait. Sans parler des v. 1-4 du chapitre VI de la Genèse qui résument de façon évidente les chapitres V1I-X du Livre d’Enoch, une preuve certaine ressort de certains passages de la Bible, par exemple :
Nombres, XXI, 14 : C’est pourquoi il est écrit dans le Livre des Guerres de loah...
Ibid. 27 : C’est pourquoi il est dit dans les Enoncés prophétiques [le livre des Proverbes?] (2)...
Ces sources paraissent copiées ou résumées surtout dans les douze premiers chapitres de Moïse, dont le style diffère de celui des suivants.
De plus, certains passages des Ecritures nous montrent que les rédacteurs s’appuyaient sur des documents antérieurs; tel Josué X, 13 : Cela n’est-il pas écrit au Livre du juste (3)?
En résumé, les quatre sources que nous venons d'établir (Livre des Générations d’Adam — Livre des Guerres d’Ioah — Livre des Prophéties — Prototype ou sources du Livre d’Enoch), réunies (4) auraient contribué à former un Livre génique des Egyptiens conservé dans les centres d’ini-
(1) On trouvera la traduction complète du Livre d'Enoch (version abyssinienne) dans le Dictionnaire des Apocryphes de la Troisième Encyclopédie thèologiqve de l'abbé Migne citée ci-dessus.
(2) Ce passage est assez discuté. On le traduit ordinairement par : on dit en proverbe ; mais ce qui suit n'a nullement l'apparence d'un proverbe, La traduction donnée ci-dessus est celle de dom Martin, bénédictin de Saint-Maur (xvn® s.}, éditée en anglais (in-12, Londres, s. d.)par Samuel Baystese.
(a) C e Livre dn Juste est encore cité II Samuel I, 18. Nous n'en possédons que le titre : Ha-Yasar. D’après Reuss, ce serait une anthologie d’anciens chants ce qui expliquerait que, malgré sa très haute antiquité le rédacteur de Samuel ait pu y puiser l'élégie de David sur la mort de Saül et de Jonathas qui aurait été introduite bien postérieurement dans je texte de cette anthologie.
(4) Remarquons que, dans la Genèse , on trouve à l'évidence deux documents différents dits, le premier E lois te , et le second Jèhoviste.
tiation. Moïse, étudiant en un de ces centres avant de devenir prêtre d’Osiris, en reçut connaissance de certaines parties qui furent ensuite reliées entre elles par l'écrivain de la Genèse et augmentées seulement de certains enseignements provenant de son propre fonds, soit en tant qu'inspiration, soit comme résultant de ses études et de ses méditations personnelles.
Mais, à l'heure actuelle, on peut avancer hardiment, sans aucune crainte d'être contredit par l’avenir, que le Bereschit (1) nous est presque complètement inconnu et que nous ne pourrons y pénétrer que quand il aura été traduit par un homme versé dans toutes les sciences et doublé d’un linguiste érudit, à la fois hébraïsant et Égyptologue. Fabre d’Olivet nous en a montré l’entrée : lorsque nous pénétrerons enfin, en connaissance de cause, dans ce monument de la science antique, nous pouvons dire dès à présent que la science moderne en recevra une impulsion dont nul encore ne peut mesurer la portée.
A bien d’autres points de vue aussi les doctrines de l’occultisme sont appelées — fatalement — à réagir sur la science; je mentionnerai ici seulement ses théories sur la vie dont la logique objective est appelée à la révolutionner, puisque, à l’heure actuelle, la science officielle ignore encore, quoi qu’elle en dise, la nature et l'essence de la vie. Mais c'est là une question trop grave et trop vaste pour être traitée et solutionnée en ce modeste chapitre : elle fera, à elle seule l’objet d'une importante étude qui suivra celle-ci (2).
11 est encore une face de la question dont il faut dire ici quelques mots, c’est la question du hasard qui, dans la science normale joue véritablement un trop grand rôle.
(1) La Genèse , ainsi appelée de son mot initial quand on l'étudie dans ses sens profonds.
(2) V Occultisme et la, Vie, du même auteur, 1 vol, in-S°, sous presse.
l’occultisme et la science
Qu’estdonc cette divinité aveugle et capricieuse, cette influence accidentelle sans cause et sans lois, ce moteur sans direction et sans but qu’on appelle le hasard ? Cette force que l’on croit — à tort — irrésistible, est à la fois indéfinissable, insaisissable, et, par suite, semble défier toute tentative d’analyse. Ce terme, dans son ensemble, évoque l’idée de tout événement fortuit, dont nous ne saurions trouver la cause raisonnable, ainsi que toute solution chanceuse échappant à nos calculs ; le hasard, à première vue, semble une force aveugle et toute puissante, mais qui, dès qu’on la pénètre, n’existe plus. Or, malgré son caractère instable, fuyant et antiscientifique au premier chef, quel rôle énorme le hasard n’a-t-il pas tenu aux jours du passé et ne tient-il pas encore en ceux du présent, dans l'avancement de la science dont les plus beaux fleurons sent regardés comme l’œuvre du hasard ! Car vraiment, il y aurait un livre curieux à écrire sur la part de ce qu’on appelle le hasard dans les découvertes scientifiques depuis l’origine jusqu’à notre époque, depuis la production du verre par des navigateurs phéniciens allumant du feu sur le sable siliceux d’une grève, jusqu’à Edison trouvant le phonographe en tapotant machinalement le fond d’un chapeau, en passant par Archimède découvrant au bain le principe qui a gardé son nom, et par Galvani devinant l’électricité parce qu’il appréciait la chair de grenouille ! Non, la réalité est tout autre, et, malgré la part énorme que la science laisse au hasard dans ses recherches journalières, malgré l’exclamation bien connue de Voltaire « Sa sacrée majesté le hasard décide de tout ! » Le hasard est analysable : cela revient à dire qu’il se résume en une pure et simple hypothèse de l’esprit.
En effet, si nous examinons attentivement les résultats attribués communément au hasard, nous y trouvons deux parts bien définies, résultant l’une et l’autre de lois certaines, mais avec cette seule différence que d’un côté nous
pouvons reconnaître l'enchaînement logique de ces lois, tandis que, de l’autre, elles échappent à notre perspicacité.
Prenons le premier cas :
Une personne prend une pièce de monnaie et la jette en Pair: la pièce de monnaie, en retombant, demeure immobile et présente le côté face. Est-ce l'effet du hasard ? Oui, selon l’opinion commune parce que cette pièce a autant de chances de retomber sur un côté que sur l’autre. Examinons cependant la question.
Dans cette expérience, ou ne s’est occupé en aucune façon de la position initiale de la pièce, de la force qu; l’a mise en mouvement, de la vitesse du mouvement de rotation qu’on lui a imprimé, de la résistance de l’air, etc. ; en un mot on n’a essayé de se rendre compte d’aucune des influences qui ont agi sur la trajectoire de la pièce ; on a lancé la pièce au hasard, et le hasard Ta fait tomber pile ou face, ces deux cas étant les seuls possibles, rien ne permettait de prévoir celui des deux résultats qui se présenterait.
Supposons maintenant un habile mathématicien qui répète la même expérience ; il détermine à quelle hauteur du sol se trouve la pièce à son point de départ ; il connaît exactement sa position initiale, son poids, ses dimensions ; il calcule la valeur de la force qui la lance dans l’espace, l’angle sous lequel se fait la projection, le nombre de tours que fait la pièce sur elle-même dans une seconde ; il en conclut, en tenant compte de la résistance de l’air, quelle sera exactement la trajectoire, de genre parabolique, que décrira le centre de gravité de la pièce, quelle sera la formule algébrique de vitesse de rotation déterminée, en ayant égard aux causes qui la modifient à travers l’espace. Ce mathématicien, pourvu de tous ces éléments de calcul qu’il a su déterminer, mesurera exactement le moment de la chute, le nombre de tours exécutés par la pièce, et en déduira, d’une façon
mathématiquement rigoureuse, quelle devra être la position de la pièce au moment où elle viendra rencontrer le sol .il aura calculé que la pièce tombera pile, par exemple, parce qu’aucune des causes qui ont agi simultanément sur son mouvement ne lui aura échappé et qu’il les aura évaluées rigoureusement. Le résultat aura été prévu scientifiquement (1).
Ainsi, dans la première catégorie de faits dont un exemple vient d'être posé, ce qu’on appelle à tort le hasard est seulement l'absence de détermination des causes, et admettre l’existence du hasard dans ces conditions constitue une pure absurdité parce que cela équivaut à admettre qu’il peut se produire des eflets sans cause.
Voyons maintenant la seconde catégorie de faits que que l’on attribue également au hasard.
Ici il y a encore des causes et des lois, mais l’origine de ces causes et l’enchaînement de ces lois nous échappent ou du moins échappent à la science courante. Pourquoi ? parce que, dans les circonstances diverses de la vie comme dans une opération algébrique, il y a un X mystérieux qu’il s’agit de dégager, et que cette opération est de la plus absolue impossibilité pour la science de notre époque, encore aveuglée par son positivisme ; c'est que cette opération ressortit au monde moral et le monde moral, à y regarder de près, comporte plus d’énigmes encore que le monde physique. En effet, l’action des causes libres s’y mêle à l’action des lois et des forces matérielles, et le moindre fait y a d’innombrables racines ; les influences s’y marient, s'y neutralisent, s’y modifient, s’y enchaînent, s'y fécondent, de manière à déjouer toutes les prévisions et à rendre plus tard toute explication incertaine.
Faute du dégagement de cet X — qui procède d'une algèbre transcendantale, — l'homme ne se paraît, et ne
(1) M. G. -P. cité par G. Revel dans Le hasard , sa loi et ses conséquentes, 1 vol. in-8*, Lyon et Paris, 1921.
peut se paraître à soi-même, que comme le misérable jouet d’une force aveugle et sans limite, que ce soit l' Ananké grecque, le Fatum latin ou le Hasard contemporain. Pourquoi est-il né ? Pourquoi en ce siècle plutôt qu’en un autre ? Pourquoi dans ce pays plutôt qu'aux antipodes ? Pourquoi dans un palais ou dans une chaumière ? Est-ce que la vie serait une loterie ? Mais alors, l’homme, enfant du sort, est donc, dès sa naissance, livré à l'empire d'une législation ténébreuse ? Que doit-il faire? Où doit-il aller ? La société marche, l’enveloppe, l’emporte dans son tourbillon, le hisse au pinacle ou le broie sans merci, ou le rejette ou l'oublie... Coup de dés ? Chance ? Destinée ? Quoi ? C’est le chaos ! Et cela, parce que l'homme ne sait pas donner sa valeur exacte à l’X mystérieux, parce que sa science a l’instinctive horreur de certains problèmes, parce que les tenanciers de cette même science comprennent d’instinct que leur solution rejetterait dans le néant la plupart de ses actuelles théories.
Or, c’est là qu’interviendra — tôt ou tard, quand la science normale sera enfin apte à la comprendre — la doctrine occultiste pour résoudre à la science normale l’équation mystique et lui montrer la valeur exacte de de l’X mystérieux : la Providence.
Je sais que ce mot fera hausser certaines épaules : je n'en ai cure — les chiens aboient, la caravane passe, dit le proverbe arabe. Poursuivons.
Trois forces régissent le monde moral : qui ont leur répercussion sur le monde matériel ; la fatalité (1), qui domine le passé, la volonté qui domine le présent, et la Providence qui domine l’avenir.
La volonté humaine est plus puissante que la fatalité ou la Providence, mais ne s’exerce que dans le présent ;
(1) U ne faut pas confondre la fatalité avec le hasard.
dans le passé, elle ne peut rien contre la fatalité, mais elle est libre de préparer l’avenir à sa guise en suivant dans le présent la voie de la Providence ou celle de la fatalité.
Un exemple concret fera mieux saisir l'action réciproque de ces diverses forces.
Un homme habite une maison sur les bords d’un torrent. Suivant les immuables lois cosmiques, devenues les lois physiques de notre monde, ce torrent grossi par des pluies et des neiges (fatalité), menaçait la veille de déborder ; l’homme était libre alors de suivre la voie de la Providence qui lui conseillait de lever une vanne supérieure pour donner une autre issue au courant ; il a jugé qu’il n’y avait pas danger de débordement et n’a pas pris la précaution indiquée : sa volonté s'est exercée dans le sens de la fatalité, et la fatalité a suivi son cours, prenant possession souveraine du passé ; pendant la nuit, le torrent a débordé, et la volonté humaine est maintenant impuissante contre la fatalité du passé. Mais alors, dans le présent la force de la Providence s’exerce de nouveau : l’homme, réveillé par les hurlements de son chien, se lève pour calmer la bête et constate que ses cris proviennent de l’eau qui a envahi le rez-de-chaussée ; sa volonté a de nouveau à s’exercer : suivre la voie de la fatalité ou celle de la Providence, et, parfois ces deux voies sont difficiles à discerner l’une de l’autre, pour l’intelligence bornée de l’être humain. En effet, devant la menace de l’inondation, l’homme s’est enfui, et derrière lui sa maison s'écroule, minée par l’inondation: il a sauvé sa vie et, en cela a suivi la voie de la Providence. Mais il n’a pas pris de vêtements pour se couvrir et est victime d’une congestion :en cela sa volonté s'est exercée dans le sens de la fatalité ; mais rien de tout cela ne fut survenu si, la veille, il avait suivi la voie de la Providence en levant la vanne supérieure ; il a préféré suivre la voie de la fatalité : son libre
arbitre était alors entier et sa volonté maîtresse des événements ; il a préféré s’abandonner à la fatalité, et maintenant la fatalité a pris possession de la veille : il ne peut plus réagir contre elle que dans le présent.
J’ai dit que la Providence s’exerce dans l’avenir ; il faut comprendre par ce mot la seconde qui suit immédiatement celle que nous vivons, de même que la fatalité devient inéluctable à partir de la seconde qui précède le centmillième de seconde qui constitue le présent. Mais est-ce à dire que la force providentielle s’exerce par le miracle? Pas plus que la force fatale.
Le miracle, en effet, c’est la dérogation aux lois de la nature par la puissance divine ; mais la puissance divine a une limite qu’elle ne peut franchir : l'absurde; par exemple, Dieu ne peut faire un cercle qui soit carré ; or, il est aussi absolument impossible d’imaginer un atome de matière soustrait aux lois de la matière ou une seconde de temps échappant aux lois du temps, que de se figurer un cercle qui serait carré. De plus, cette conception du miracle fait surgir dans l'esprit une pensée qui diminue beaucoup la Divinité : Il faut vraiment que Dieu ait bien mal organisé les lois qui régissent notre monde, pour que la manifestation de sa puissance ne puisse s’accomplir sans une évidente dérogation à ces mêmes lois !
Non ! que l’on en soit bien assuré, la force que l’on appelle la Providence se manifeste à l’humanité sans jamais recourir à aucun miracle, mais par le simple jeu des lois naturelles qu’elle-même a établies dès l’origine des choses (1).
Peut-être quelque lecteur sera-t-il surpris de cette intrusion d’éléments religieux dans un chapitre uniquement consacré à la science... Le motif du fait est très
(1) Cette question du miracle sera étudiée à fond dans un ouvrage ultérieur. L’Occultisme et la Foi.
simple et ressortit à l’histoire : — Dans les sanctuaires antiques, la science mystériale et la foi religieuse ne se présentaient que comme les deux faces d'une unique question qui était la connaissance de i’univers; aujourd’hui la doctrine Occultiste, héritière des anciens Mystères sacrés, présente le terrain d’élection où, dans l’avenir, devront s’unir la science retournée à ses origines religieuses, et la foi basée sur une notion simple mais scientifique de la Divinité (1).
Tel est le point de vue général de l’influence que l'hermétisme peut et doit exercer un jour à venir sur l’ensemble de la science. Mais il est des questions scientifiques particulières qui s'imposent de plus en plus impérieusement à la conscience publique et pour la réponse desquelles l’occultisme est appelé — fatalement, et que la science officielle le veuille ou non — à jouer un rôle prépondérant. De ces questions spéciales, je ne citerai qu’une seule, mais celle-là, on en conviendra, présente une importance capitale.
Depuis que l'humanité existe, il n'est, peut-on dire, aucun de ses membres capables de réflexion, qui n’ait envisagé ce problème et tenté de lui donner une solution plus ou moins satisfaisante: « Qu'est l’homme? D’où vient-il ? Où va-t-il ? »
La science a éludé jusqu’à ce jour la question, arguant qu'elle a d’autres mystères à découvrir, d’un intérêt plus immédiat, et se retranchant au surplus derrière les religions. Mais elle a elle-même formé au public une menta-
(1) On se figure communément — cela a même été imprimé dans des encyclopédies sérieuses — qu'à notre époque, l'Occultisme est tout entier compris dans le spiritisme : c’est une erreur. Le spiritisme, qui s'occupe avant tout du devoir posthume de l’homme et étudie les voies d'intercommunication entre les deux mondes, ne constitue qu’un chapitre de l'Occultisme, dont le but est la connaissance des lois primordiales
inconnues de la science officielle — qui régissent le kos nos et, par
suite, relient le plan physique au plan divin.
lité avide de précisions et que ne peuvent plus satisfaire les affirmations sans preuve des religions; et, de plus en plus, le public se tourne vers la science et la somme de lui donner une réponse qui, en fin de compte, est de son ressort.
La science, mise en demeure de parler, ne pourra éternellement éluder toute réplique, et il viendra forcément un jour où elle devra s’expliquer; et, ce jour-là, elle restera muette, n’ayant rien à dire, puisque, depuis quatre siècles qu'elle existe, elle a pris à tâche de rejeter loin de ses préoccupations ce problème, pourtant capital et dont elle nous doit la solution ; et ce joür-là sera pour elle celui d’une colossale faillite où, contre ses tenanciers, s’élèvera de toute la foule une clameur formidable de haro : — Pourquoi avez-vous tué en nous la foi de nos pères, puisque vous ne nous offrez rien pour la remplacer ? Et les légendes pieuses que vous avez détruites ne valaientelles pas mieux que l’abominable néant que vous avez édifié sur leurs ruines ?
Or, ce jour-là, la science défaillante sera bien obligée de se tourner vers l’hermétisme, et l’hermétisme paraîtra ce qu’il est : l’héritier de la haute Science antique et de l’enseignement des sanctuaires initiatiques qui, en possession d’une tradition dix fois millénaire et jamais démentie, détenaient et nous ont transmis la solution du problème que toutes les religions successives ont révélée (1) à leurs fidèles en l'adaptant à leur mentalité plus ou moins développée et aux conditions primordiales de temps et de lieu...
Enfin — et c’est là le point capital — il existe, entre la . science telle que nous l'ont faite les officiels de nos jours et l’hermétisme héritier de la Science antique, un terrain
(1) Révéler signifie voiUr de nouveau, c'est-à-dire proclamer une vérité sous une forme nouvelle, mais encore partiellement impénétrable, qui la mette à la portée de l'intelligence des auditeurs.
de recherches qui devrait être commun, où la science normale n'a jamais voulu pénétrer, où, par suite, l’hermétisme est maître, ce qui n'empêche pas les officiels impuissants de railler — pour masquer leur propre insuffisance — les résultats auxquels il est parvenu.
Le sujet étant d'une importance capitale, je l'ai déjà abordé ailleurs, mais on m’excusera de le montrer ici sous le jour où il doit être vu de chacun. Reprenons le problème qui s’impose primordialement à la conscience humaine : Qu’est l’homme ? D’ou vient-il ? Ou va-t-il?
Or, je viens de le dire, chaque fois que le problème se présente trop pressant, la science, ou non pas elle, mais ses tenanciers n'ont qu'une réponse à faire : Gela ne nous regarde pas ; demandez aux religions !... — Franchement, est-ce bien la peine, à ces gens, de railler ce qu’ils appellent l’obscurantisme des religions, pour en arriver à remettre aux religions la solution d’un problème aussi indéniablement capital que celui-là ? Il n'y a pas à épiloguer, et une si pitoyable fin de non recevoir fait hausser les épaules et signe la banqueroute — que dis-je : la forfaiture de la science.
En principe, d’accord: le problème regarde les religions mais chaque religion lui donnant une solution différente, l'homme est en droit de se tourner vers les détenteurs du savoir — les détenteurs officiels: j’appuie sur ce mot qui englobe en soi depuis les membres de l’Académie des Sciences, jusqu'aux titulaires de chaire, sans en excepter les profiteurs de prébendes. — et de leur dire : Vous ne cessez, depuis que vous enseignez dans vos tribunes, de prétendre que tout ce qui se présente comme vérité doit être préalablement prouvé. Or, voici des révélations qui se contredisent dans les vérités qu'elles enseignent : il est dans vos attributions, il est dans le rôle que vous avez assumé — et qui vous apporte distinctions et profits — de passer toutes ces vérités diversesl au crible de l’expé-
rience et de nous dire, une fois pour toutes ce que nous sommes et ce que nous devons croire I Car enfin, la nature, l’origine et les fins de l'homme constituent un problème scientifique de premier ordre et dont la solution présente une importance pratique infiniment plus grande pour l’humanité, que vos travaux sur le système nerveux de la puce ou l’analyse spectrale d’une des soixante-treize millions d’étoiles que révèle seul un puissant télescope et qu’on ne verra jamais à l’œil nu !
A ces mises en demeure, chaque jour plus impérieuses, la science ne trouve à opposer qu’un dédain croissant, et cela se comprend car c’est humain : le jour ou certaines notions encore imprécises dans le public, se trouveront avérées, les tenanciers de la science officielle n’auront plus qu’à constater la ruine de leurs fragiles théories et à descendre de leurs chaires avec leur bagage d'erreurs accumulées... Or, quand on a une chaire — et qui rapporte — on s’y tient, quitte à perpétuer l'erreur et à répondre à toutes les demandes, à toutes les sommations par de dédaigneux haussements d'épaules.
Mais un haussement d’épaules n’a jamais constitué une solution de problème, et, peu à peu, la conscience publique élève la voix et grandit ses protestations par-dessus les dédains officiels... la situation, qui commence à devenir intenable, doit avoir une issue ; il le faut à tout prix : l’homme aujourd’hui ne veut plus être traité en enfant, il exige de connaître enfin — et de façon scientifiquement assurée — tout ce qui le concerne, tout ce qu'il lui importe de savoir pour vivre comme il le doit.
Et c'est alors que, devant la carence de la science et, s’il le faut, pour lui forcer la main, paraîtra l'hermétisme déjà maître de la situation.
Or, à l’heure actuelle, ou en sommes-nous, en présence de cette formidable question « qu'est l’homme? d'ou vient-il? Ou va-t-il? » qui est à la base même de l'humanité et dont
la solution s’impose à bref délai pour reconstituer nos sociétés chancelantes sur les solides assises qui leur ont manqué jusqu’alors ?
Devant cette question primordiale, je vois les scientistes tourner sur leurs talons rouges en déclarant dédaigneusement : Peuh ! Cette question n’intéresse nullement les foules ! Voyez-les plutôt déserter aujourd’hui les temples, à quelques confessions qu’ils appartiennent et quelque soit le culte qu’on y célèbre !
Oui, c’est vrai ! Les foules désertent aujourd’hui les temples, mais parce que, sous votre scalpel et votre peson,vous avez tué les fois ataviques et que — matérialistes et néantistes que vous êtes ! — vous n'avez trouvé, pour les remplacer que la négation de l’idéal, l’exaltation de la matière, la déification du ventre et l’adoration du veau d’or !
Mais ces foules ont un cœur ! Mais ces foules ont une conscience, un instinct, si vous préférez I Et elles reconnaissent de jour en jour la vanité, la nuisance des idoles que vous proposez à leurs adorations, et, quand vous leur avez suffisamment broyé le cœur sous la double meule de vos dénégations exacerbées et de vos affirmations sans consistance, où sont-elles venues, ces foules auxquelles vous en appelez ? À nous.
L’auteur de ces pages est — malheureusement — d’un âge assez avancé pour avoir pu suivre de près toute l’ampleur du mouvement de rénovation spiritualiste qui agita ces cinquante dernières années, et ce mouvement se résume, pour lui, en trois phases que symbolisent trois conférences.
Vers 1875, mon confrère et ami G. Delanne, l’apôtre du spiritisme scientifique, de qui je ne partage pas toutes les idées, mais que je considère pour sa science, son caractère et sa conviction, comme le principal champion de notre idéal — toute différence d’école mise à part —
donnait une conférence sur le spiritisme, dans la salle de la rue d’Athènes... le public des auditeurs y était bien clairsemé et il y avait de nombreux vides dans l’assistance.
Vers 1890, le même G. Delanne donnait une autre conférence, sur le même sujet, dans la vaste salle de la rue Cadet : la salle était comble, et, en certains coins, on s’écrasait positivement.
Vers 1905 — était-ce lui ou un autre qui portait la parole ? Il me semble bien que c’était lui, mais je ne saurais l’affirmer — une conférence spirite était donnée dans l’immense vaisseau du Trocadéro : que de gens y sont venus, qui, faute de place, sont restés dehors !
Voyons donc un peu le détail de ce mouvement.
A la fin de l’empire, Allan Kardec, le promoteur de l’idée spirite en France, venait de publier ses volumes, et D.-D. Hume, le grand médium écossais, avait été reçu aux Tuileries où les phénomènes qu’il générait s’étaient vus appréciés de diverses manières, mais suivis avec la plus haute curiosité. Enfin, la librairie spirite de Leymarie avait été fondée et possédait déjà une clientèle assez importante.
Or, qu’y avait-il à ce début de mise en marche des idées ? Au fond, peu de chose : une assez vive curiosité mitigée par beaucoup de méfiance. « Tout cela peut-il être vrai ?» se demandait-on en souriant avec scepticisme. Et l’Eglise seule répondait dans le sens de l’affirmative : « Oui, tout ceci est vrai, mais que l’on y prenne garde ! c’est l’œuvre du démon... » Quant au public, il demeurait indifférent, sceptique et railleur. Je n’oserais pas jurer qu’en 1869 la France entière comptait seulement cinq cents spirites convaincus.
Quant aux autres écoles de l’hermétisme, elles étaient en quelques sortes inexistantes. Eliphas Levi publiait ses livres qui tombaient dans le silence et n’étaient lus que de
très rares adeptes ou de vagues curieux qui n’y comprenaient rien. A peine, de-ci, de-là, quelques théoriciens des idées générales, et, pour l'expérimentation pratique, de rares souffleurs — par exemple Cyliali — à la poursuite du grand œuvre, mais que le public ignorait et que raillait leur entourage. Ils étaient donc bien clairsemés alors, les dépositaires de fragments de la science antique, lointains héritiers des vieux maîtres, et encore contraints, par la moquerie publique, à cacher leur savoir qu’autour d’eux on était incapable de comprendre! Quoi encore? Quelques loges obscures, non de franc-maçonnerie (1) mais de Martinistes ou de Rose-Croix, purement théoriciens et philosophes. Quant* à la théosophie elle n’existait pas encore...
Etaient-ils seulement trois cents, dans toute la France, les occultistes de cette époque ? Il est permis d’en douter.
Mais voici qu’en 1870 survient la guerre abominable, non plus une de ces guerres lointaines où se trouve engagée seule une armée de mercenaires, mais une lutte, sur notre propre territoire, à laquelle prennent part, par la force des choses, les énergies vives de la nation. Et la mort frappe à bien des portes, et le deuil visite des milliers de foyers qui croyaient devoir être épargnés. Et la foule alors se demande comme elle ne se l’était jamais demandé: Où donc sont tous ces milliers de jeunes hommes que la sinistre faucheuse a soudain abattus, alors, qu'ils étaient pleins d’espérance et de vie? — Et tout d’abord la foule s’est ruée vers les temples, demandant à leurs prêtres : — Qu’est-ce que Dieu a fait de nos enfants ? Les
(l)La franc maçonnerie, tout en tenant de très loin à l'hermétisme par ses origines, en a depuis longtemps perdu toute notion, malgré les efforts, de quelques-uns de ses membres qui, plus instruits que la masse, tels Ragon, ont vainement tenté de lui faire remonter le courant ; à cette époque elle n'était qu'une secte politique aux mains du pouvoir (le grand-maitre en était le prince Jérôme) pour devenir de nos jours une association d'intérêts politiques et matériels.
prêtres ont répondu, du haut de leurs chaires, en exposant les dogmes sacrés.
Mais déjà la foule de 1870 n était plus celle de 1815 :1a science, qu’elle avait vue croître, lui avait formé une mentalité soucieuse de précision, et elle interrogea les ministres des autels : Des dogmes ? Bien. Mais les preuves de la réalité de ces dogmes ?
Des preuves religieuses de la survie, il n’en existe que deux : la révélation qui est aussi antiscientifique que possible, qui, d’ailleurs varie d’Eglise à Eglise, et le raisonnement métaphysique, par essence inaccessible aux foules ( 1). Et lesfoules insatisfaites se sont alors tournées vers la science et lui ont demandé : Que deviennent nos morts?
Mais la science, hautaine, s’est dérobée ; elle est restée muette, et elle est rentrée dans la tour d’ivoire de son ignorance, pour éviter d’avoir à répondre : Je n’en sais rien !
C’est alors que, dans un âpre désir de savoir, prises entre les affirmations sans preuves tangibles des religions et le silence glacial de la science, les foules sont venues à nous, qui ne nous contentons pas d’affirmer théoriquement la survie, mais qui prouvons expérimentalement son objectivité. Et ce fut une ruée, qui, tout d’abord, envahit le spiritisme.
Mais alors les dépositaires des vestiges subsistant de la Sagesse antique sortirent de leur obscurité, démontrant que le moderne spiritisme n’est qu’un chapitre détaché de la haute Science mvstériale à laquelle il convient de le rattacher si l’on veut la comprendre dans son absolu ; et ce fut alors une irradiation de lumière ; on reprit l’étude des vieux maîtres, on expérimenta à nouveau — ce qui
(1) On connaît la boutade populaire : Quand deux interlocuteurs ne se comprennent pas l’un l'autre, c’est qu’ils discourent de philosophie : mais si celui qui parle ne se comprend pas soi-môme, c’est qu’alors ils discutent métaphysique.
ne se faisait plus depuis bien longtemps — et ce fut comme un éblouissement : le savoir ancestral retrouvait son temple.
Entre temps, une femme étrange, à la fois philosophe et thaumaturge, regardée tour à tour comme une aventurière et comme un génie, M*® Blavatskv, créait de toutes pièces une doctrine nouvelle, basée à la fois sur le vieil occultisme extrême oriental et sur un bouddhisme mal occidentalisé : et ce fut la théosophie, qui s’adressa aux esprits cultivés, aux intelligences éprises d’orientalisme.
Les trois écoles principales de l’occultisme existaient donc concurremment, et ce fut, dès lors, comme un épanouissement de beauté.
Le spiritisme s’adressait surtout aux humbles, à ceux qui peinent et qui souffrent, et il leur disait, consolateur : « Vous voulez savoir si vos morts vivent ? Venez à moi et je vous les montrerai dans la splendeur de leur réalité. » L’hermétisme disait aux intellectuels : « La science menteuse de notre époque, faite à la fois de la vanité incommensurable de ses tenanciers et de théories fausses parce que basées uniquement sur la matière inexistante, cette science vous répugne et vous donne des nausées? Venez à moi et je vous enseignerai la science pure, la science auguste, la science vraie parce que basée sur l’esprit, que, depuis des millénaires, vos pères ont créée dans les cryptes sacrées de l’Egypte, dans les Temples de la Hellade, dans les forêts des Garnutes et dans les grottes sauvages du pays d’Armor. »
Et la théosophie disait aux mondains écœurés de l’égoïsme, du terre à terre et de la nullité de la vie actuelle: « Vous qui cherchez plus loin et plus haut, venez à moi : je vous enseignerai la fraternité humaine telle qu’elle a été prêchée par le Bouddha Çakia-Mouni, et les merveilles de la Yoga, fille de l’Inde ! »
Et, dès lors, ce fut la montée continue vers les som-
mets ; de toutes parts pendant les huit lustres qui suivirent la guerre de 1870, les masses affluèrent vers nous suivant que leurs aspirations les poussait vers une des trois branches de l’occultisme ; je pourrais citer des villages entiers — car nos doctrines ont reflué même dans les campagnes — faisant ouvertement profession de spiritisme ; le Dr G. Encausse (Papus) avait donné à l’hermétisme une impulsion féconde entre toutes, tellement que, au moins sur divers points du savoir humain, les théories de l'hermétisme dominaient et entraînaient celles de la science officielle ; et enfin, dans les hautes classes urbaines, la théosophie avait poussé de solides racines qui lui permettaient de préparer l’avenir. 11 n’est pas exagéré d’affirmer qu’en 1910 le spiritualisme occultiste comptait, rien qu’en France, des millions de fervents, publiait ici ou là une centaine de journaux, et possédait, de toutes parts, des centres actifs de rayonnement.
Les choses en étaient là, lorsqu’éclata la guerre mondiale dont la France, plus que toute autre nation eut a souffrir. Durant plus de quatre ans il lui fallut gravir un sanglant calvaire au cours duquel elle laissa, comme la plus terrible des rançons au destin, un million et demi de vies humaines dans sa voie douloureuse : quinze cent mille morts mirent en deuil les cités et les campagnes, et ni un château ni une chaumière ne fut épargné. Alors, ce fut, en 1918, la ruée des foules comme en 1871, mais d’une violence centuplée, et le même cri que jadis jaillit de millions de poitrines tordues par les sanglots : — Par pitié ! dites-nous où sont nos morts 1
Et comme précédemment, la religion donna ses affirmations sans preuves l
Et comme précédemment, la science se tut, honteuse de ne pas savoir !
Et, comme précédemment, les foules déçues dans leurs espérances et exacerbées de douleurs, ont reflué vers nous.
l’occultisme et la science
Combien, pour ma part, n'ai-je pas pas vu de créatures pitoyables, veuves, pères, mères, frères, amis, qui ayant lu quelqu'un de mes livres et y trouvant une conviction, sont venues à moi, me demandant un allègement à leur fardeau, un baume à leur souffrance !
Et, chez tous, le thème était identique: « Je ne puis plus croire ! La religion, avec ses affirmations dénuées de tout contrôle, ne me satisfait pas ! La preuve qu’il existe un Au-Delà et que tout ne finit pas à la mort, je la veux ! Pourquoi la science, qui pourrait nous produire cette preuve, si elle le voulait, demeure-t-elle muette devant nos supplications ?... Ah ! cette preuve qu'u n’est pas tombé dans le néant, cette preuve qu’iL survit à sa mort, je la veux!... Vous pouvez, vous, me la donner... par pitié, donnez-la moi ! »
Et, à ces pauvres âmes désorientées,, soûlées de souffrances et de larmes, je donnais l'espoir de ma certitude et les dirigeais vers l’idéalisme assuré de la doctrine occulte.
Une fois même — ce qui montre quelles espérances peuvent jaillir de la nouvelle foi — une jeune femme, une veuve de guerre, vint à moi et me dit : « Je ne demande rien pour moi ! Je suis spirite, je possède de la médiumnité, et je n'ai qu'à appeler mon mari pour le voir et m’entretenir avec lui. Mais il est tant de mes malheureuses compagnes qui n’ont pas ce bonheur de consolation ! Ne pourriez-vous faire que mon mari, en venant me voir, amène avec lui les leurs ? »
Eh bien ! au risque de soulever les épaules du lecteur ignorant de ces choses, devant cette demande à la fois suprêmement naïve et colossalement formidable mais qui me montrait tant de bien à faire, j’ai jugé indigne de moi de me dérober — et j'ai fait la tentative demandée : elle a échoué, il est vrai, pour un motif particulier et qui, si je le disais, semblerait au suprême degré invrai-
semblable, mais au moins ma conscience ne peut pas me rapprocher d'avoir failli !
Une autre fois, ce fut une mère qui me vint trouver... Ah ! la lamentable confession que ce fut! Jamais encore, les murs de mon cabinet de travail n’avait rien entendu de si poignant ! Et cette mère, éperdue de sanglots, me raconta: Jusqu’en 1914, elle avait été fervente catholique, très croyante, très religieuse, très charitable. En 1914, son fils unique — elle était veuve — l’avait délaissée à l’appel de son devoir. Elle avait passé alors un pacte avec le Ciel : Si son fils lui était rendu même blessé, même infirme pour le reste de ses jours, elle donnerait la moitié de sa fortune aux pauvres ! Et, quelques mois plus tard, son fils était tué. Alors, dans une sorte d’exaspération sauvage, cette mère faisait taire ses sanglots, et rassemblant toute son énergie, elle se dressait, menaçant le ciel de ses poings tremblants, et criait ce blasphème dans un spasme :
— Dieu n’est qu’un monstre !
Quelle parole était capable de pallier une telle souffrance, et que puis-je ajouter maintenant à ce lamentable trait ?
Tout ce qui précède montre amplement que, contrairement à la défaite de la science, les foules sont loin de se désintéresser du problème de la survie, et, puisqu’elles n’en trouvent nulle part la solution basée sur des preuves absolues, les foules viennent à nous qui détenons le mot auguste de l’énigme !
Combien sommes-nous, seulement en France, à l’heure où j’écris ces lignes, tant spirites qu’hermétistes, théosophes, Rose-Croix, Martinistes et autres — et non seulement tous ceux qui arborent leur doctrine et clament la nouvelle foi, mais encore, mais surtout, tous ceux — innombrables — qui, des fonds populaires aux sommets de la hiérarchie sociale, pour des raisons multiples,
n’osent se dire ouvertement des nôtres, mais, dans l’intimité de leur être, partagent nos certitudes, sont éblouis de notre idéal, et applaudissent au triomphe de nos idées!... Combien sont-ils, tous ceux-là? Qui pourra les dénombrer?
Ah I si la Science — la Science officielle, la Science de l’Académie — savait le bien qu’elle pourrait faire simplement en daignant sortir de son vaniteux égoïsme pour diriger l’énergie de ses recherches vers la solution de l’angoissante question : « Qu est l'homme ? D'où vient-il ? Où va-t-il ? » elle n’hésiterait pas une seconde. Mais voilà : le poison d’un matérialisme suraigu s'est infiltré, comme un odieux curare, dans les veines de ses tenanciers, et aujourd'hui, émasculés par ce poison, ils n’osent plus... ils ne peuvent plus...
Pourtant, un maître — un maître derrière qui marche toute la jeune science de demain — a eu le courage en publiant son Traité de Métapsychique (1) de faire le geste si longtemps attendu, le geste nécessaire... Mais ce geste sera-t-il libératoire ou bien ne nous apporte-t-il qu’une formule vide ? Pour audacieux, pour scandaleusement audacieux quil a dû paraître aux pontifes de l'Acadcmie des Sciences, il nous semble singulièrement timide, à nous qui avons pénétré au fond des mystères bien plus loin que nest allé le Professeur Ch. Richet, mais il n’importe ! Il convient de lui être singulièrement reconnaissant du premier coup qui ait été porté à un édifice vermoulu et périmé, mais tenant encore debout par la force d’une tradition malsaine : c’est le premier pas fait vers la solution scientifique du devenir de l’homme, et cette solution — si on le veut ! pourvu qu’on le veuille ! — est singulièrement facile à obtenir.
J’ai, en effet, établi dans un précédent ouvrage (2) que
(1) Par Ch. Richet, 1 vol. grand in-8°, Paris, 1922.
(2} La vie Posthume selon la psycho-physiologie , la psychologie expérimentale el la physique , cité supra.
l’étude de la question regarde avant tous autres les membres de la section de physique.
Or, il n’est presque aucun de nous, praticiens de la 1 psychologie expérimentale qui n’ait dédoublé des centaines de fois des sujets magnétiques en organisme physique (quasi -cadavre) et fantôme vivant, détenteur de vie, de sensibilité et d’intelligence ; c'est dire combien est aisée l'étude de cet élément. On voit, de prime abord, que nous nous basons avant tout sur l’expérimentation. L’étude du fantôme vivant, entité fluidique, permet dès le début l’étude des fluides, qui enrichirait la physique d’un chapitre nécessaire, car bien que messieurs les physiciens parlent constamment de fluides (aither, courants électrique, neurique, etc.), ils ignorent profondément et la constitution et les propriétés des fluides : cette étude ne saurait donc leur nuire — au contraire ! Ensuite, l'étude du fantôme vivant permet d’induire la constitution et les propriétés du fantôme défunt d'où l’on peut conclure à la persistance de la vie au delà de la mort.
Donc, l’occultisme possède tous les éléments du problème ; et il les possède — je ne saurais trop appuyer sur ce point — non pas théoriquement, par une spéculation plus ou moins bien assise, mais par une expérimentation dont toutes les bases sont absolument assurées. C’est dire que la question primordiale « Qu'est l'homme? D'où, vient-il? Où va-t-il ? » ne le trouble aucunement, parce que, dépositaire à l’heure actuelle des connaissances de la Sagesse antique, il en a hérité la solution du problème qu'il n’a eu que la peine de vérifier pour en constater la justesse.
Si donc la science officielle, renonçant pour un moment à ses vaniteuses théories d’un matérialisme désuet, veut aborder le problème, elle en trouvera les éléments dans la doctrine hermétique, et je l'affirme, en présence de l’importance capitale des résultats à obtenir, il n’est
aucun fervent de la science mystériale qui se tiendrait à honneur de lui faciliter telle étude qu’elle-même a poursuivie pendant des millénaires.
Les esprits superficiels s’étonnent beaucoup des progrès qu’à faits l’occultisme depuis un demi-siècle que son existence a été révélée aux foules : il n’en faut pas chercher la cause ailleurs que dans cette vérité : l’hermétisme détient les chefs du problème dont les foules exigent la solution. Alors que les religions affirment sous preuve, alors que la science fait faillite à son premier devoir qui est d’apporter la lumière partout où on la demande, l’hermétisme, héritier du savoir ancestral et divin, présente sa solution avec, à l'appui, des preuves expérimentales dont se détournent seuls la sottise et le parti pris.
11 y a cinquante ans, la simple curiosité poussa quelques esprits inquiets vers nos laboratoires, mais la vérité se fait jour, s’étend, se répand de toutes parts; à présent la poussée se fait ruée, et l’heure ne tardera pas à sonner où les conclusions de l’hermétisme se verront discuter sur la place publique et entraîneront la conscience des foules.
Mais jusque-là ?
Jusque-là, c’est la banqueroute, c’est la collusion, c’est la forfaiture de la science officielle si, pour son malheur, elle continue à demeurer vaniteusement à l’écart du mouvement général — banqueroute, collusion et forfaiture qui ne peuvent manquer de s’exagérer de plus en plus par l’hostilité de ses tenanciers et l'hypocrisie de ses profiteurs.
B. — Sociologie
Tout d’abord, en sociologie, la doctrine occultiste pose, d’après ses principes, la théorie de la marche des sociétés suivant un plan idéal.
Constatant que les humanités débutent toutes par un état inférieur à la sauvagerie, elle établit trois stades successifs dont le parcours les doit amener, par le progrès, à la civilisation idéale.
Ces stades sont :
1° V égoïsme , d’abord complet, qui a pour conséquence l’isolement de chaque individu, et que l’on retrouve encore chez certaines peuplades sauvages ; cet égoïsme amène l’homme à comprendre que, pour être fort, il lui faut des associés, et produit successivement la famille, puis la tribu ; mais alors il s’amoindrit et donne naissance au deuxième stade.
2° La réciprocité , qui prend deux formes successives :
A. — La justice fondant les rapports sur le principe strict de l'échange, chaque individu abandonnant aux autres ou à la société une partie de sa personnalité pour en recevoir des avantages équivalents qui la renforcent.
B. — La mutualilé ou solidarité sous l’influence de laquelle les hommes substituent aux échanges individuels la coalition des intérêts de même nature ; l'égoïsme s’élargit en individualités collectives où les désirs et les besoins analogues travaillent en commun à la satisfaction de l’individu.
3° Enfin le dévouement qui fait que chaque homme se consacre au bien commun sans calcul de retour, pour le pur amour du bien social et cosmique (1).
A l'heure actuelle, les peuples occidentaux (l’Europe) commencent à entrer dans le stade de la mutualité , pour quitter la période de propriété et de ses échanges, et cette transformation est une des causes principales de la crise que la société traverse à notre époque.
Lorsque l’occultisme a ainsi établi l’ordre de marche des sociétés vers l'organisation sociale la plus élevée, il
(1) V. Ch. Barlet. L'occultisme , 1 vol. in-8°, Paris, 1999.
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pèse sur les individus et les collectivités pour l’atteindre aussi rapidement que possible, et, dans ce but, il formule les directives qui vont suivre.
Les formes de gouvernement jusqu'ici et actuellement usitées sont la Théocratie, la Royauté, l’Empire et la République ; mais ces désignationsgénérales n’ont rien d’absolu car il est, par exemple, des monarchies telles que l’Angleterre qui sont plus réellement républicaines que la république russe des soviets, laquelle n’est autre que l'absolutisme du tzarisme établi au profit d’une multitude de tyranneaux de bas étage.
Quoi qu’il en soit, la théocratie, gouvernant par la Divinité représentée par la caste sacerdotale, a connu une de ses plus hautes expressions dans les premiers siècles de la nation juive.
La royauté, gouvernement d’un peuple par un homme est une dégénérescence de la théocratie, car tous les fondateurs de dynasties se sont présentés comme les élus de Dieu. Dans son absolu, la monarchie se rencontre, en notre histoire nationale, de Clovis à Louis XVI.
L’empire, domination de plusieurs peuples par l’un d’eux ou par un conquérant, se retrouve à Rome, sous Charlemagne et, à notre époque, sous Napoléon.
Quant à la république, elle semble avoir trouvé son type, dans un système fédératif qui laisse aux populations d’origine diverse leurs libertés particulières, aux Etats-Unis d’Amérique et, surtout en Suisse.
Mais chacun de ces modes de gouvernement est entaché d'un vice fondamental qui, à plus ou moins longue échéance, amène fatalement sa ruine.
Dans la théocratie, la volonté des prêtres se substitue toujours à la volonté divine, trop difficile à connaître, et l’état devient oligarchique avec tous les défauts, tous les dangers de l'oligarchie.
La royauté, si elle est absolue, tombe vite dans le
régime du bon plaisir ; et si elle est constitutionnelle, elle s’affaiblit et perd sa raison d’être.
L'empire aboutit fatalement à la tyrannie d'une nationalité sur les autres, comme l’ont démontré l’Autriche et la Turquie.
Enfin, le défaut capital de la république est la liberté sans limites de toutes les théories, même les plus subversives. qui. cherchant leur application pratique, amènent la surenchère électorale, l’agitation sinon le désordre, et, quand le peuple est assoiffé de repos, le césarisme.
La doctrine occultiste repousse donc ces quatre formes de gouvernement et préconise l’organisation sociale qu’elle appelle la synarchie.
Qu’est-ce que la synarchie ? Voici.
Rappelons-nous d’abord la loi fondamentale de l’analogie. Tout est analogue à tout, et connaître la cellule, c’est connaître Dieu. Or, l'homme est une celluje de la société et la vie humaine est fonction de la vie sociale.
Partant de ce principe, si l’on analyse correctement les fonctions vitales de l’homme et qu’on les généralise, on aura établi de la sorte les fonctions vitales d’une société : la constitution physiologique de l’homme donne analogiquement la constitution politique de l’État.
L’homme, considéré dans son ensemble physique, se compose essentiellement de trois parties : — le ventre (estomac et intestin) qui nourrit l’organisme dont il représente l’économie — la poitrine (cœur et poumons) qui fait circuler la vie, la répartit dans tout l’organisme dont il représente la force ; et enfin la tête (cerveau et ramifications nerveuses) domine l’organisme et en représente l’autorité.
Appliquons ce schéma à une nation.
Qu’est-ce qui fait vivre un pays et constitue son économie ? Son agriculture, son commerce et son industrie et, par suite, ses banques.
Qu’est-ce qui fait circuler sa force et constitue sa force? Sa magistrature, son administration et son armée.
Qu est-ce qui domine un pays et constitue son autorité ? Ses savants, ses lettrés, son clergé, son corps enseignant.
Et ces trois éléments ont des actions et réactions réciproques qui établissent leur solidarité, comme la tête, la poitrine, et le ventre de l'être humain sont solidaires les uns les autres.
D’où trois chambres : — la première, expression des syndicats, s’occupant exclusivement de l’économie de la nation ; — la seconde, expression des forces judiciaires et militaires, réunissant dans son ressort toutes les forces vitales du pays ; et la troisième, constituée par les autorités, résumant par suite en soi le principe d’autorité et le pouvoir exécutif, sans'avoir à s’occuper de choses étrangères à sa compétence.
De la sorte, on n’assisterait plus à ces spectacles étranges d’agriculteurs s’unissant à des commerçants et des industriels pour organiser la magistrature, ou d’un avocat mandaté par des cultivateurs pour établir une loi militaire.
Dans ces conditions, un électeur à vote plural, représentant sa famille, n’agirait que dans sa sphère propre : commerçant ou industriel, il nommerait celui des commerçants ou industriels qu’il jugerait le plus capable de diriger le commerce ou l’industrie, et l’on arriverait ainsi à avoir un corps législatif — triple — composé uniquement de sommités et de compétences, au lieu d’assister à des surenchères électorales qui mettent parfois en péril la vie d’un pays.
Ces chambres d’affaires marqueraient la fin des politiciens de carrière : ce serait un grand bien.
Un ministre ne serait plus l’homme d’un groupe politique mais la plus haute expression de l’agriculture, de l’armée, ou de la science, et alors passerait avec les
vieilles lunes la formule fameuse : « N’importe qui étant bon à n’importe quoi, on peut, n'importe quand, le placer n’importe où », dont l’application est trop fréquente dans nos sociétés modernes.
Utopie inapplicable, dira-t-on, et analogue aux formules empiriques que chaque jour voit éclore, et dont, malheureusement, les partisans, y voyant aveuglément le retour à l’âge d’or, sont portés à invoquer la force pour faire passer leur rêve dans la réalité, quitte a accumuler les ruines, comme en ce moment en Russie, sans rien pouvoir édifier de stable...
C’est une erreur : c’est sur ces principes qu’était basée l'organisation politique créée par Ram et qui a duré jusqu’au schisme d’irshou, des milliers d’années, et c’est sur des bases analogues que la Chine voit son existence remonter à des millénaires dans la nuit des temps.
11 est impossible en quelques pages, on le comprendra facilement, d’approfondir un tel sujet. On en trouvera les développements dans l’ouvrage déjà cité du Dr Encausse (Papus)(l) de qui je ne fais ici que résumer l’idée fondamentale ; on en trouvera de plus, des études très poussées et très limpides dans les trois Missions , où Saint- Yves d’Alveydre expose l’historique de la question (2) dans les annales générales, dans celles de l’Europe et dans celle de la France.
D'autres penseurs occultistes, après ces maîtres, ont creusé l’idée, l’ont adaptée à notre état de civilisation et à nos mœurs, et sont arrivés à des résultats qui ne peuvent
(1) L'Occultisme el le spiritualisme 1 vol. in-12, Paris, 1903.
(2) Le lecteur désireux d’étudier cette conception politique, trouvera une documentation sérieuse dans la Mission des Juifs, 1 vol. in-8°, Paris, 1884; Mission des Français, 1 vol. in-8°, Paris, 1887 ; et surtout Mission des Souverains, 1 vol. in-8°, Paris, 1882; ces trois ouvrages, de Saint- Yves d’Alveydre ; les Principes de sociologie de Barlet; Anarchie Indolence et Synarchie, de Papus ; Sociologie absolue de Hélion ; Ventre et Cerveau , de J. Lermina ; le Livre du Sceptre , de J. Péladan. Les principes de la synarchie se trouvent exposés dans la Politique d'Aristote.
manquer d’être féconds le jour où ils passeront dans le domaine des faits. Parmi ces pionniers de l’avenir, je citerai particulièrement Ch. Barlet, J. Lejay, Quærens, et J. Lermina.
En résumé il s’agit d’appliquer une loi de nature à la société humaine qui est elle-même de nature : en dehors de cette loi, il ne peut y avoir qu’erreur... « Changez vos rois, changez vos gouvernements, vous ne ferez rien qu’aggraver vos maux. Ceux-ci viennent, non pas, de la forme gouvernementale, mais bien de la loi qui la constitue ; appliquez la loi de la nature, et l'avenir s ouvrira radieux pour vous et vos enfants » (1).