C. — Morale
Il n’est pas besoin d’avoir le sens d’observation très développé pour remarquer qu’autour de nous, dans la vie courante, deux morales sont pratiquées simultanément et concurremment : la morale laïque, des agnostiques et des incrédules, et la morale religieuse, des croyants et des fanatiques.
Or, toutes deux tombent dans des excès opposés.
Le néantiste, qui pense : Après moi, il ne restera rien de moi ! est bien près de se dire : Puisque la nature a mis en moi des désirs, des instincts et des passions, c’est évidemment parce que ces désirs, ces instincts et ces passions doivent recevoir leur satisfaction ! Et la suite logique de ce raisonnement serait la série complète des délits et des crimes, si la crainte du gendarme ne réfrénait quelque peu ces malsaines aspirations; mais dès lors, cette morale peut se codifier en un article unique, qui est lui-même en dehors de toute morale : Est permis quoi que ce soit, pourvu que le gendarme l'ignore. C’est une morale qui a son siège sur les marges du code.
(1) Dr Encausse loc. cit . et laud.
Je sais bien que, pour obvier à cet inconvénient, destructeur de tout, on a inventé la morale per se , c'est-à-dire la morale pure, soustraite à toute contingence, planant dans les nuages. Mais à cette morale, qui donc peut atteindre sinon les esprits supérieurs - une rarissime exception de l'humanité ? Et encore, ces esprits supérieurs doivent trouver cette conception assez immorale quand ils constatent à leurs dépens qu’elle n’a d’autre résultat que de faire d’eux les dupes de gens moins austères. Et, de plus, dans certains cas spéciaux qui doivent rester ignorés du public — tels les captations d’héritages — qui donc oserait jurer qu’une morale de cette nature n’a pas grandes chances de fléchir ?
La morale religieuse est autre. Elle est très stricte — au moins d apparence — quand elle dit à l’homme: Après ta mort, ton âme subsistera et toutes tes actions terrestres seront impitoyablement jugées et punies par un Dieu aussi juste qu’inexorable. Mais sur quoi est basée telle conception? Sur la révélation. Or, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater que toutes les religions se basent sur la révélation. Dans ces conditions qui a tort ou raison, le Christianisme qui défend tel acte ou le mahométisme qui le permet ?
Mais il y a plus. Le croyant, plaçant sa Divinité (et par suite sa croyance personnelle) au-dessus de tout, est souvent conduit à des actes que rejette la morale per se mais qu’autorise une intention religieuse mal comprise. Est-ce que la mise à mort des hérétiques est tolérée par la morale per se ? Et cependant que de supplices n'ont pas vus, sous ce prétexte futile, toutes les religions du Moyen Age et des temps modernes — Catholicisme, Protestantisme, Mahométisme et autres ?
C’est le passé, dira-t-on... Soit. Abordons le présent. J’ai parlé plus haut de captation d’héritages... car, j’ai, au cours d’une vie déjà longue, constaté l’accomplisse-
ment de ce crime, par des particuliers d'accord avec la morale laïque ; mais je l ai vu aussi perpétrer par des gens très religieux ad majoram Dei gloriam. On ne se doute pas à quels excès peut se porter un croyant, quand sont en jeu non seulement la Divinité, non pas seulement la religion, mais simplement la façon étroite dont il comprend lui-même la Divinité et la religion.
En un chapitre précédent, j’ai montré la croyance religieuse étouffant les premières aspirations de la science à ses débuts, par la seule crainte de voir diminuer l’autorité doctrinale des livres sacrés... Or, cet état d’esprit subsiste toujours : il est latent, mais il subsiste. Et ce qu'il y a de plus curieux, en pareil cas, c'est que, si blâmable que soit l’acte accompli, la conscience de son auteur est parfaitement tranquille : il lui semble que, dès lors qu’il a fait de Dieu le bénéficiaire de son geste, celui-ci cesse d’être répréhensible pour devenir méritoire.
Un des exemples les plus curieux que je connaisse de cette façon d’agir est le suivant : — Il y a quelque vingt ans, Miller, le grand médium américain, vint à Paris et y séjourna quelque temps chez M. L... lequel, un soir, reçut la visite d’un inconnu qui venait lui offrir 20.000 fr. autant qu'il me souvient, s’il voulait prêter la main à une machination — très ingénieuse, du reste — destinée à perdre à jamais le médium dans l’esprit public; d’abord M. L... ne comprenait rien aux phrases alambiquées de son visiteur ; mais, quand celui-ci eut mis les points sur les i, en expliquant qu’il représentait certains intérêts doctrinaux, ce fut rapide : il fut jeté dehors sans ménagement aucun et descendit l’escalier sur les reins : or, le inétapsychisme est une science à ses débuts, qui s’honore aujourdui du nom du professeur Charles Richet, derrière qui marche toute la jeune science de demain ; mais, comme l’Eglise a jeté le haro sur le spiritisme, le piétisme se croit tout permis visà-vis de cette science qui vient de naître : j’aurais long à
en dire, à cet égard, sur le chanoine C... et sur le R. -P. M...
J’ai moi-même eu le désagréable honneur d'être victime de ces agissements pieux, voici dans quelle circonstance :
Je m’occupais alors d'étudier les diverses modalités de la force vitale suivant les théories de l’occultisme et, au moyen de l’énergie biolique d’un sujet, mis en état très profond d’hypnose magnético-médiumnique, que je transfusais dans des oignons de jacinthe, j’arrivais à obtenir des pousses et des fleurs sur ces oignons : c’est là un phénomène très ordinaire dans l’Inde, donc possible en Europe. Un soir que j’avais l’intention- de réunir plusieurs personnes pour assister au phénomène, je priai un herboriste de me fournir des oignons préalablement marqués par lui. Or, rien ne se produisit sur ces oignons, qui, examinés ensuite furent reconnus comme ayant été stérilisés tout d’abord de façon à ne donner aucun résultat. Cet herboriste — petit cerveau mais fervent catholique — avait jugé qu’une pareille tentative ne pouvait être que diabolique, et, sans égard pour les recherches que je poursuivais, il m’avais remis des oignons après les avoir passés à l’étuve.
On le voit, la morale religieuse reçoit, elle aussi, bien des accrocs.
Et puis quoi ! se dit, dans certaines circonstances où son intérêt est directement engagé, le croyant même fanatique, le Paradis... le Purgatoire..* l’Enfer... des théories qui n’offrent aucune certitude scientifique.... — A ce point, la piété devient de l’agnosticisme (1).
(1) A l'appui de cette affirmation, j'invoquerai les souvenirs des familiers de l’archevêché de Paris vers 1852: il en existe certainement encore. A cette époque un vaste incendie détruisit de fond en comble, au Petit- Montrouge les ateliers, l'imprimerie et les bureaux de l ‘Encyclopédie générale des Sciences ecclésiastiques en plusieurs centaines de gros volumes in-4° que dirigeait l'Abbé Migne, collection des plus appréciées : Tous les manuscrits furent détruits, et même tous les clichés fondus. L'enquête judiciaire établit la cause du sinistre : malveillance — et les soupçons se portèrent gravement sur une personne de l'entourage immédiat
Or, en regard de la morale laïque et de la morale religieuse, plaçons la morale hermétiste. Que nous dit-elle ?
« On est récompensé ou puni non pas pour ce que Ton a fait, mais par ce que l’on a fait. »
Et comment cela ? Par suite de l’enchaînement des existences, et par les renaissances successives, où chaque vie est la résultante logique des vies antérieures.
Une théorie dira-t-on. Oui, mais une théorie confirmée par des preuves singulièrement troublantes et convaincantes.
Je ne puis malheureusement m’étendre autant que je le voudrais sur ce sujet de la réincarnation que j’ai traité déjà, avec toute l’ampleur qu’il comporte, dans un ouvrage antérieur (1) où, sans m’appuyer sur aucune parole de médium, mais uniquement sur la documentation que m ont donnée des procédés scientifiques ordinaires et courants, je montre ce que doit être la vie dans le mystère de la mort.
Or, dans ce livre, dont la théorie se base sur l’Evangile même et sur les plus hautes autorités des premiers siècles du Christianisme, je prouve la réalité de la réincarnation et des vies successives en m’appuyant sur des faits singulièrement convaincants et que le premier venu peut contrôler.
Parmi tous les cas que je cite, je n’en rapellerai qu’un seul auquel, dans cet ouvrage, j’ai consacré cinquante pages d’études critiques, le cas Alexandrine Samonà, sur lequelj’ai été particulièrement documenté, mais je ne puis le mentionner ici que de façon très succincte.
En 1910, le Dr Samonà, de Palerme, perdait, par suite d’une méningite, sa petite-fille Alexandrine, alors âgée
de l'archevêque, laquelle préparait alors une publication analogue... Le procès ne fut arrêté que grâce à de très puissantes influences.
(1) La Vie Posthume d'après la psychologie expérimentale la psychophysiologie et la physique, 1vol. in-8u, Paris, S. D.
de 5 ans. Cette perte causa un immense chagrin aux parents.
Mais après sa mort, l’enfant se révéla à sa mère, une première fois en songe et les autres lois en mode médiumnique ; et elle affirma que :
1° Elle renaîtrait de sa mère bien que celle-ci, par suite d’une opération et de faiblesse constitutionnelle n’eût plus aucun espoir de maternité ;
2° Cette maternité serait presque immédiate ;
3° La gestation se passerait sans accident ;
4° L’enfant renaîtrait avant Noël suivant;
5° La gestation serait gémellaire ;
6° L’autre enfant serait également du sexe féminin ;
7° La gestation naurait pas la durée normale de 9 mois;
8° La fillette à naître serait de tout point semblable à la fillette décédée.
Or, ces huit affirmations prémonitoires furent enregistrées par des témoins dont certaius complètement incrédules, et toutes huit se réalisèrent à la lettre ; Quelque temps après, la mère et les médecins commencèrent à soupçonner une grossesse. — Cette grossesse fut menée à bien — La naissance eut lieu quelques jours avant Noël. — Elle fut double. — Les deux enfants furent du sexe féminin (Alexandrine II et Maria-Pace) — Comme dans la plupart des grossesses doubles, la durée de la gestation fut inférieure à la normale. — Enfin, Alexaudrine II était absolument semblable à Alexandrine I : physiquement, elles présentaient l’une et l’autre les mêmes défauts (hypérémie de l’jeil gauche, séborrhée de l’oreille droite, légère asymétrie de la face) dont la jumelle Maria-Pace est complètement indemne ; elle a les mêmes jeux que sa devancière, la même terreur du barbier et du bruit des voitures, les mêmes qualificatifs pour son entourage, la même répulsion pour le fromage, *es mêmes façons d être, etc. De plus ce qui est absolu-
l’occultisme et. la science
ment remarquable, elle a le souvenir, qu’elle croit personnel, d’objets et de faits qu’elle n’a jamais vus, mais qui avaient particulièrement frappé Alexandrine I.
Et qu’on ne croie pas qu’il s’agît là d’un fait accidentel, isolé, non ! Les cas semblables foisonnent autour de nous. Nous avons les cas de Joséphine, de MUô Mayo, de J..., d’Henriette, de M“1 2 3 Trinchant, étudiés avec bien d’autres par le colonel de Rochas (1) ; nous avons le cas de Ramshadhon Guin, étudié par le Dr Moutin, de Boulogne-sur-Seine, le cas de Mme Raynaud, étudié par le Dr Durville, de Paris, et particulièrement probant, le cas Edouard Esplugas-Cabrera, le cas de la pauvresse du prince Galitzin, le cas de Blanche Battista, le cas de Mary Roff, suivi de près par le professeur Hogdson et le Dr Myers — et bien d’autres cas encore (2).
Pour tout occultiste, donc, le principe des renaissances et des vies successives est hors de tout conteste et fondamentalement acquis. Et, de ce principe, dérive la conclusion nécessaire, fatale, qui est celle-ci : c’est nous qui, par notre vie actuelle, posons les bases de notre vie ultérieure. Le bien que nous accomplissons actuellement nous fera progresser ; le mal commis en cette présente existence, nous serons obligés de l’expier et surtout de le réparer soit dans cette vie, soit dans la suivante, soit envers la victime ou ses représentants, soit envers la collectivité, et cela, sans aucune altération, sans aucune échappatoire, sans aucune restriction mentale, sans aucun subterfuge, puisque c’est nous-mêmes qui, guidés par des Entités supérieures, établissons, dans l’intervalle entre deux existences hyliques, le bilan de notre vie passsée et la base de notre vie à venir, en vue de toute expiation et de toute réparation ; en un mot, l’homme est récom-
(1) Les Vies successives, 1 vol. in-8°. Paris, 1913.
(2) Tous ceux qui précèdent sont analysés et étudiés en détail dans
U Vie Posthume , du même auteur, 1 vol. grand in-8°. Paris, S. D.
pensé ou châtié, non pour ce qu’il a fait, mais par ce qu’il a fait.
On voit de reste à quel point une vie humaine dirigée par cette norme intangible doit être, avec énergie, avec ténacité, avec la plus stricte loyauté, dirigée vers le bien puisque nous savons ne pouvoir en aucun cas échapper aux conséquences tant immédiates que médiates, jusqu’à complète expiation, du mal que nous aurons commis.
En ce point, même, la morale occultiste est supérieure à la morale religieuse, car à l’article de la mort, alors qu’il n’y a plus possibilité de réparation, mais devant le repentir, le prêtre absout. Or, d’après la doctrine occultiste, le repentir n'efface aucune faute s’il n’est accompagné de la punition et de la réparation — soit dans la vie présente, soit dans une vie ultérieure — soit envers la personne lésée, soit envers ses représentants ou la collectivité humaine.
Et l’on peut juger le degré de pureté et d'élévation d une morale dérivée de ce principe absolu, et ne tolérant aucune capitulation de conscience dont nous serions les premières victimes.
La morale laïque permet tout ce qu’ignorent la loi et le gendarme ; la morale religieuse autorise, dans les mêmes conditions, tout ce qui peut s’accomplir pour la gloire de Dieu — comprise par une petite intelligence humaine ; — la morale occultiste nous dit que nous marchons vers Dieu, par la voie des existences successives, que c’est nous-mêmes qui, par le bien ou le mal que nous accomplissons aujourd’hui, ferons notre vie de demain ou plus douce ou plus dure et qu'enfin le mal comporte, par soi même , une réparation et une expiation qui nous sont inéluctables... Des trois morales, laquelle est supérieure aux autres (1) ?
(1) Kn ce qui concerne la morale courante et journalière de l'occultiste,
D. — Esthétique
Je me bornerai ici à reproduire une page du maître Papus (1), que je ne saurais dépasser dans la simplicité et la profondeur de son exposition.
« L’esthétique est peut-être la partie de la philosophie dans laquelle l’influence de l'occultisme a été la plus considérable. Le symbolisme est, en effet, une des sections les plus développées de l’occulte, et il a guidé non seulement les sculpteurs et les peintres initiés à la tradition secrète, mais encore les poètes et les historiens depuis la plus haute antiquité jusqu’au xvi® siècle de notre ère. Signalons, en passant, ce trait bien caractéristique des historiens instruits d’après la méthode occultiste : ils ne s’arrêtent jamais à l’histoire des individus et ne s’intéressent qu’à Thistoire des Principes qu’incarnent lesdits individus. C'était la méthode exclusive des anciens, reprise par les prophètes ; ils écrivaient le développement de la science initiatique de tous les temps sous le nom d'Hermès. Quand les écrivains modernes ont voulu appliquer leurs procédés individualistes actuels à cette symbolique historique, ils ont été surpris en constatant qu’Hermès aurait été l’auteur de 20.000 volumes, ce qui est beaucoup pour un homme seul, mais ce qui est très normal pour l’Université centrale de l'Egypte (dont Hermès est le nom collectif). 11 en est de même pour Zoroastre ou pour Bouddha, qui désignent des Principes incarnés dans une série d’hommes, et non de simples individus. Quand les contemporains se sont aperçus de leur erreur, disent les occultistes, ils en ont commis une autre en déniant toute existence personnelle aux individus qui
j'en ai donné les règles dans la troisième partie, chap. II, Adeptat B, les Traditions, in fine.
(1) Loc. cit. et laud.
avaient manifesté le même Principe à diverses époques, et en attribuant à des collectivités d’hommes du même temps les œuvres d'Homère ou celles de Moïse. La vérité, pour l’occultiste, est entre ces deux théories extrêmes, et c’était un point utile à rappeler en passant. L 'Iliade, Y Enéide, Y Ane d'or, la Divine Comédie , sont des histoires écrites d'après les clés de l’occultisme et décrivant les mystères de l’Initiation physique ou astrale.
« Toutes les cathédrales gothiques sont aussi des symboles de pierre, des paroles de granit, ainsi que tous les temples anciens et modernes de l’Inde et de la Chine.
« Pour ne pas nous étendre plus que de raison sur ce point spécial, donnons un exemple bien net de l’application de l’occulte à l’esthétique, et cela aidera à comprendre le reste. Nous choisirons le symbole du Sphinx. Le Sphinx, d’après la tradition occulte, était placé à faible distance des Pyramides et servait d’entrée secrète, grâce à une porte située entre ses pattes. Si nous analysons ce symbole au point de vue de sa forme, nous constaterons que le Sphinx, tel qu’il est venu de Chaldée, se composait des éléments suivants :
« Une tête humaine, des ailes d’aigle, des griffes de lion, des flancs du taureau. » — Que signifiait donc ce curieux symbole ? Pour que le sens n’en fût jamais perdu, une histoire symbolique, celle d’OEdipe, commentait l’image de pierre. Cette histoire disait que le héros avait deviné l’énigme du Sphinx, et que le mot de cette énigme était l’homme. Tous ces signes, qui semblent empruntés à l’animalité : bœuf, lion, aigle, sont en réalité des caractéristiques de l’homme et les analogies hermétiques vont éclairer la question.
« Le bœuf est le symbole du tempérament lymphatique et de la force matérielle qui est en chacun de nous. C’est la clé de la psychologie abdominale ou des instincts, dont la formule est : se taire.
« Le lion est le symbole du tempérament sanguin et de la force animique, du courage et de la colère. C’est la clé de la psychologie thoracique ou des passions et des sentiments, dont la formule est : Oser.
« L’aigle est le symbole du tempérament nerveux et de la force intellectuelle irréfléchie, de l’enthousiasme et de l’imagination sans frein. C’est la clé de la psychologie cérébrale inférieure, de la science des livres, dont la formule, cependant élevée, est : savoir.
« La tête humaine est le symbole du tempérament bilieux et de la volonté réfléchie, de la raison qui domine et qui arrête les impulsions instinctives du bœuf, animiques du lion, enthousiastes de l’aigle, et qui ramène le tout à l’unité de la conscience éclairée par l’esprit. La formule de cette psychologie, non plus seulement intellectuelle, mais surtout spirituelle est : vouloir, dans le sens de vouloir en aimant, comme l’indique l'espagnol quérer.
« Les éléments composant le Sphinx, ramenés, d’après les clés analogiques, de la forme à l'idée correspondante, se résument en une formule de conduite intellectuelle et morale : savoir , oser, vouloir , se taire , qui a guidé les initiés de toutes les écoles depuis la plus haute antiquité. Le Sphinx, porte de l’initiation, est le verbe pétrifié de la science occulte et de sa tradition mystérieuse. Et, comme les lois du symbolisme sont universelles, vous remarquerez, en tête de chacun d'eux et comme symbole de chaque évangéliste, une des quatre formes du Sphinx. Voilà pourquoi il y a une Kabale chrétienne, avec l’Apocalypse comme symbolique spéciale. Ainsi, toutes les manifestations esthétiques utilisées par l’antiquité étaient immédiatement traduisibles en idées, et cela grâce à la symbolique de l’occultisme.
« Nous pourrions multiplier les exemples de ces applications aujourd’hui peu connues, et qui cependant ont servi de modèle aux associations de constructeurs qui ont
édifié la plupart des cathédrales gothiques. Tous les arts ont reçu la vie sous l’influence de l’occultisme, et, depuis que cette influence a été négligée, la voie de l’inspiration aux sources vives a été coupée en grande partie... »
E. — Métaphysique
Il est impossible de ranger la métaphysique dans aucune classification ; on Ta définie un idéalisme synthétique et intégral (Papus). En effet, elle admet toutes les théories, mais avec des restrictions pour chacune d’elles, ou, pour mieux dire, elle prend, dans chacune, seulement ce qui lui semble répondre à son but. C’est ainsi qu’elle regarde le matérialisme comme étant le système qui nous explique le mieux les lois de la nature, mais en lui interdisant de quitter le plan physique ; pour faire comprendre le plan astral, le panthéisme lui semble le système qui donne la meilleure théorie de l’essence et des lois de la vie, mais elle rejette ses conceptions pour tout ce qui touche au plan physique et au plan divin ; enfin, pour expliquer Dieu, elle ne voit que le spiritualisme poussé jusqu’au mysticisme, mais sans le laisser sortir de ce plan. Selon les vues exposées par le Dr Encausse, la théorie occultiste vise à la conciliation de la Thèse, de l’Antithèse et de la Synthèse dans une union étroite et universelle qu’il nomme la Mathèse, à la fois idéalisant le matérialisme et matérialisant le mysticisme.
J’ai écrit plus haut : « Toute science a au-dessus d’elle une hyperscience : c’est l’ensemble de ces hypersciences qui constitue l’occultisme. Voyez en effet : l’hyperastronomie, c’est l’astrologie ; l'hyperphysique, c’est la magie ; Thyperchimie, c’est l’alchimie ; l’hyperpsychologie, c’est le métapsychisme ; la voyance — dans le temps ou l’espace — résulte simplement d’une théorie d’optique transcendantale. Et ainsi du reste : comme toutes les religions,
la science possède à la fois un exotérisme accessible aux foules, et un ésotérisme que creusent les seuls chercheurs. »
A quoi cela tient-il? A ceci que, dans la Sagesse antique, toute science, quelle qu'elle fût, même les sciences du nombre, se divisaient en deux parties intimement liées entre elles et simultanément enseignées, l’une s’occupant de l’aspect purement matériel et utilitaire de cette science, et l'autre ne l’envisageant qu’au point de vue théorique et métaphysique (1) ; et il en fut ainsi jusqu’à ce que, à la suite des invasions barbares, tout savoir disparût ou fût obligé de se cacher, d’abord parce que la foule était incapable de le comprendre, et parce que, plus tard, l’Eglise ne tolérait pas qu’on pût étudier en dehors d’elle, et ramenait tout à son étroite scolastique.
Postérieurement, quand, à l’époque de la Renaissance, la science moderne se forma, elle se borna à étudier le côté purement physique des choses, sans se douter de l’existence d’une partie métaphysique qui, pour elle, n’existait pas. Mais lès dépositaires de la Sagesse antique connaissaient cette partie métaphysique, ils en conservaient religieusement le dépôt sacré qu’ils ne transmettaient qu’à leurs disciples. Peu à peu, la science posa ses bases, progressa, fit ses découvertes, mais tout cela, si je puis m’exprimer de la sorte, uniquement dans le plan terre à terre de l’utilitarisme général, et sans chercher au delà ; elle étudia les faits et en déduisit des lois assez instables puisque chaque nouvelle découverte les venait infirmer — mais sans jamais atteindre les principes.
Au contraire, les détenteurs de la science mystériale abandonnèrent progressivement l’étude des faits qui ne les intéressaient pas directement, pour se confiner dans l’étude des principes qui les sollicitaient plus particuliè-
(1) V.Iechap. de la synthèse.
rement parce qu'ils formaient leur domaine incontesté ; et, de ces principes, ils induisirent des lois très souvent en désaccord avec les lois établies d’après les faits par la science normale : de là, dans le passé et jusqu’à notre époque, l’hostilité des deux sciences. Mais il n'en est pas moins vrai qu’à l’heure présente, l’occultisme, héritier de l’antique Sagesse, est en possession d’une hyperscience qui domine la science officielle et aux vues générales de laquelle celle-ci est obligée d’arriver peu à peu, comme nous l’avons vu en ce qui concerne l’unité de la matière, l’unité de l'énergie, la multiplicité des états de la matière, des dimensions, etc.
De telle sorte que l’alchimie n’est pas seulement à l'origine de lachimie : elle est son principe, car elle seule peut lui donner sa métaphysique; l’astrologie n’est pas seulement la mère de l’astronomie, elle constitue son essence, et elle seule, dans l’avenir, est capable de lui établir les bases sur lesquelles doit reposer la philosophie de ses études et de ses recherches ; la magie n’est pas seulement le point de départ de la physique : elle seule connaît les causes réelles des forces de la nature'dont la physique ne fait qu’enregister la phénoménalité.
« En histoire naturelle, l’occultisme donne des théories très intéressantes sur l’évolution et l’organisation des espèces et des individus. Pour l’occultiste, en effet, c’est le corps astral qui fabrique le corps physique dans l’utérus de la mère (pour les espèces supérieures) ou dans l’œuf, suivant le cas. L’évolution d’un type au type immédiatement supérieur a donc lieu seulement dans le plan astral ; le moule du corps d’un chien, par exemple, devient, après les souffrances d’une incarnation terrestre (ou physique sur une plaDète quelconque) le moule ou corps astral d’un futur corps de singe. Telle est la raison qui a empêché jusqu’ici les expérimentateurs de constater sur terre le passage direct d’une espèce à l’autre, quoique ce
passage soit évident, pour l’anatomiste comme pour celui qui observe l’évolution de l’embryon. C’est le courant descendant ou involutif qui vient régler la spirale de l’évolution dans tous les plans de l’univers (1).
Il est encore un point où la métaphysique occultiste jette une vive lumière, je veux parler de l'origine des idées.
Entre l’école spiritualiste qui tient pour l’innéité des idées malgré la difficulté d’établir telle doctrine sur des preuves plausibles, et l’école matérialiste qui semble triompher en affirmant que toute idée provient en nous de l’exercice des sens, il y a un abîme que rien ne semble pouvoir combler, et cependant la métaphysique occultiste établit un trait d’union entre les deux théories.
Elle considère la pensée comme une des forces les plus puissantes et les plus effectives en action dans l’univers : elle la reporte donc à l’énergie première. Pour elle les idées sont des agents actifs de bonheur ou de malheur, suivant le caractère de leur centre d’émission et suivant l’intensité de cette émission. La solution du problème de leur origine nous est donnée par Claude de Saint-Martin dit le philosophe inconnu , un des plus grands théoriciens de l’occultisme moderne, qui démontre (2) que le germe seul des idées est inné en nous, comme le chêne est seulement en germe dans le gland. La sensation vient développer et faire fructifier certains de ces germes d’idées, comme la chaleur et l'eau développent le chêne. Cette solution très simple et très élégante d’un problème qu’ont agité tous les philosophes et qui a fait couler des flots d’encre, unit, dans une doctrine mixte, la doctrine idéaliste et la doctrine sensualiste, cependant si opposées, en apparence, l’une à l’autre.
(1) Dr Encausse, loc. cit.
(2) Des erreurs et de la vérité, 2. vol. in-12, Edimbourg, 1782.
F. — Philosophie
Ce point de vue métaphysique de la théorie occultiste nous a conduits en pleine philosophie dont il me reste à dire quelques mots, mais je serai bref, puisque dans le corps du présent ouvrage, j’ai déjà étudié en détail le côté philosophique du sujet ; je me bornerai à quelques détails qui n’ont pas trouvé place au cours des pages précédentes.
La philosophie se divise en quatre parties — psychologie — logique — morale — théodicée ; je vais simplement présenter quelques observations sur chacune d’elles.
I. Psychologie. — Pour l’occultisme, l’âme est absolument distincte de l’esprit, avec lequel la psychologie normale a établi une regrettable confusion. L’homme se compose d'un esprit dont le domaine est l’idéation, d’un intermédiaire plastique entre l’esprit et l’organisme et transmettant à ce dernier, en vue de leur exécution, les idées générées par l’esprit, et enfin le corps physique. C’est cet intermédiaire plastique que nous appelons l’âme.
Mais l’âme est multiple et ne joue pas seulement le rôle d’intermédiaire : elle dirige aussi et régularise les fonctions corporelles, circulation, alimentation, conservation, etc. En un mot, elle constitue ce que Paracelse appelait Y ouvrier caché.
En effet, jusqu’à ce jour, on avait trouvé, par des dédoublements successifs, que cet intermédiaire se compose de :
1° Un double aithérique ou corps odique ou âme vitale, qui préside aux fonctions de la vie (Fantôme semblable en tout à l’organisme) ;
2° Un corps astral ou corps de désir, ou âme sensitive, qui régit le système nerveux (Fantôme plus petit que nature) ;
3° Un corps mental ou âme intelligente, qui réalise la pensée (Aura enveloppant l’organisme) ;
4° Un corps causal ou âme causale, organe de la volonté et de la mémoire (Petite flamme dont la pointe se perd dans un halo brillant.)
On n’avait pu encore aller plus loin, lorsque, il y a quelques années, j'ai poursuivi cette étude et mis au jour les trois derniers éléments de l’âme (1) :
5° L’âme morale, siège du discernement du bien et du mal (Soleil éblouissant) ;
6° L’âme intuitive, en relation directe avec l’esprit (Fer de lance lumineux) ;
7° Et enfin l’âme conscienlielle, qui renferme le Moi de l’individu (sorte d’ostensoir très doux au regard).
Au delà est l’Esprit, qui domine tout l’édifice humain et que l’on peut extérioriser, mais avec danger, sous forme d’une petite flamme semblant taillée à facettes.
Or les trois premiers éléments gouvernent les fonctions organiques : ils président à la digestion des aliments, à la production du chyle et de la lymphe, à la circulation du sang et du courant nerveux, en un mot, à la distribution, jusqu’aux parties les plus reculées de l’organisme, de la force et de la matière ; de plus, en cas de lésion, ce sont eux (surtout l’âme vitale) qui président à la défense du corps physique en jetant les leucocytes au point attaqué et en refermant les plaies.
Le quatrième élément joue un rôle mixte, en reliant ces trois principes aux suivants.
Enfin, les trois derniers éléments sont en relations directes avec l’esprit.
Ces divers principes sont constitués par une immafière (aither) de plus en plus dense à mesure qu’ils se rapprochent du corps, les trois premiers ayant même pu être
(1) Voir l'âme humaine \ vol. in-12, Paris, S. D.
saisis par la plaque photographique, et de plus en plus fluidique à mesure qu’ils se rapprochent de l’esprit.
Ils ont été étudiés successivement par des chercheurs tel que le colonel de Rochas, qui a extériorisé la sensibilité (âme sensitive) et la motricité (âme vitale) de l’individu, par le Dr Baraduc qui a photographié des milliers de fois l’âme intelligente, par MM. Luys, David, Narkievitziodko, Durville, Lefranc, l’auteur de ces lignes, et bien d’autres ; il ne s’agit donc pas là d’une spéculation de théorie, mais de faits acquis quoique encore repoussés par la science officielle. En ce qui me concerne personnellement. j’ai exfcérioré l’âme de plus de trente sujets placés en état profond d’hypnose, et de certains d'entre eux, comme par exemple Mm* Lambert, des centaines et des centaines de fois : il me semble donc bien que je suis qualifié pour affirmer que l’âme ainsi comprise, ne représente pas une simple abstraction, mais un objet absolument concret.
Cette âme, ou intermédiaire plastique, possède donc les caractéristiques suivantes :
a) Par une double polarisation, elle unît le corps à l’esprit ;
b) Elle préside aux fonctions de la vie végétative et conserve au corps matériel, qu’elle entretient et répare incessamment, sa forme malgré la mort continuelle des cellules physiques, et son harmonie fonctionnelle malgré la maladie et les imprudences ;
c) Elle rayonne autour de l’individu, formant une sorte d’aura normalement invisible, et peut même s’extériorer totalement en certains cas.
Ces diverses propriétés de l’àme expliquent très simplement, très logiquement des faits qui semblent surnaturels ou tout au m dns incompréhensibles à tant de personnes : les visions, les actions à distance, lespressentiments, l’extase prophétique, les songes, la folie môme et tous les
faits normalement inexplicables que l’on range d’ordinaire, faute de pouvoir les expliquer, sous la rubrique commode des coïncidences et des hallucinations.
Enfin, toutes les philosophies attribuent à l’âme ou à l’esprit trois facultés, qui sont la sensibilité, l’intelligence et la volonté.
Ces trois facultés se trouvent dans l'esprit (1) mais ont leur aboutissement nécessaire dans l’âme pour arriver à leur actuation par l’organisme : — la sensibilité, dans l’âme sensitive qui préside également à sa sensibilité physique — l’intelligence, dans l’âme intelligente — et la volonté dans l’âme causale.
Comme, au cours du présent ouvrage, la division ternaire de l’homme a été maintes fois abordée, et ont été résolus les problèmes qui s’en dégagent, je n’insisterai pas davantage sur ce point.
II. Logique . — Ici, je ne dirai rien, me contentant de renvoyer le lecteur au chapitre 111 de la troisième partie du présent ouvrage, rubriques Synthèse et Méthode ci, dans le même chapitre, rubrique Théories , à ce qui est dit des différentes lois de l’occultisme, ainsi que, dans le présent chapitre, au paragraphe A (la Science) où il a vu prouver l’inexistence du hasard, facteur qui tient généralemeut une trop grande place dans les raisonnements humains.
III. Morale . — Cette partie de la philosophie ayant été spécialement traitée plus haut dans le présent chapitre (§ G.), je n’y reviendrai pas ici.
IV. Théodicée. — J’ai déjà parlé de l'essence de Dieu (troisième partie, chap. III) et de son rôle dans l’univers ( passim ), je ne m'y appesantirai pas. Mais il me reste différentes considérations à ajouter à ce qui a été dit dans le corps de l'ouvrage.
(1) Quant à ce qui concerne les faits moraux ou intellectuels de la sensibilité.
Je dois d’abord répondre à une critique qui m’a souvent été faite et qui est celle-ci : le Dieu que l’occultisme place au sommet du Kosmos est-il bien réellement le même que le Dieu adoré par le Christianisme ?
11 est identiquement le même et pour une raison très simple et hors de conteste : c’est que, comme je Fai démontré plus haut, l’Ecole d’Alexandrie a joué un rôle capital dans la tradition occidentale de la Sagesse antique dont l’occultisme contemporain est l’héritier direct d’une part, et que, d’autre part, la tri-unité de Dieu après avoir été la base de la science des sanctuaires initiatiques, fut une des idées fondamentales de l’Ecole d’Alexandrie dont les maîtres, convertis au Christianisme, apportèrent cette conception à son dogme encore imprécis et flottant. Les appellations seules diffèrent : celles du Christianisme (Père, Fils et Esprit) proviennent des idées anthropomorphiques que professait le Christianisme à ses débuts, qu’il avait puisées dans une compréhension erronée des livres moïsiaques, et qui, malheureusement a perduré jusqu’à nos jours, alors que l'occultisme, remontant aux principes, voit en lui l’Essence, l’Énergie et l’Esprit primordiaux ; or, il y a identité absolue — je l’ai expliqué plus haut — entre le Père et l’Essence ; entre le Fils et la Vie, et puisque, enfin, l’Esprit se rencontre dans chacune des deux conceptions. 11 y a donc entre elles, nul n’y peut contredire, identité parfaite.
Sur un seul point, l'occultisme se sépare du catholicisme : la filiation divine du Christ. Certes, le Christ fut fils de Dieu, spirituellement parlant, comme l’est chacun des membres de notre humanité ; mais cette qualité, il l’a tellement exaltée, il a donné de telles preuves de la divinité de sa mission, que l’occultisme n’a pas besoin de la divinité charnelle du Christ pour adorer en lui le fils de Dieu qui a porté cette qualification à sa plus haute expression ; et l’on peut affirmer hautement que l’occul-
tiste qui nie la divinité de Jésus ainsi comprise, a dès longtemps versé dans les voies sombres de la goétie et du mal... Tous les classiques, d ailleurs, tous les philosophes, tous les théoriciens de Toccultisme sont là pour confirmer ce que j'avance ici.
L'Eglise en miraculant ainsi la personnalité de Jésus, contrairement aux évangiles et aux premiers apôtres qui, à chaque instant lui donnent la qualification d 'homme et non celle de Dieu — semble avoir fait le même calcul erroné que faisait le christianisme du Moyen Age en décrétant la création instantanée de l’univers. Aujourd’hui qu’elle a été amenée par la force des choses et les progrès de la science à ne considérer les jours bibliques que comme des époques indéterminées, Ve miracle d'une formation progressive résultant des lois divines qui portent sur des myriades de millénaires semble plus grandiose en sa continuité et se comprend par tous, ignorants ou savants, bien mieux que le miracle d'une instantanéité contraire à toute logique, et au premier chef inadmissible. — Or, en est-il de même en ce qui concerne le Christ. 11 y a chez lui un miracle, certes, mais laquelle des deux hypothèses revêt le caractère le plus positivement miraculeux, d'un Dieu s’abaissant jusqu’à la chair humaine pour faire évoluer péniblement l’humanité vers des lendemains meilleurs, alors que tant d'autres moyens s'offraient à sa Toute-Puissance, et combien moins mesquins, pour atteindre ce but — ou d’un homme inspiré par la Divinité et la comprenant à tel point que, par sa seule foi en son Père céleste, il crée une voie nouvelle à ses frères en humanité et leur montre, par son propre exemple, comment on marche vers Dieu ?
A la suite de la publication de ma Vie Posthume un prêtre, avec qui je m’honore d une vieille et solide amitié, m'écrivait : « Je constate avec regret que vous vous éloignez de Dieu... >> — Non, mon cher Abbé je ne
m'éloigne pas de Dieu, je ne m’éloigne que de la définition fausse qu'en donne le Catholicisme : fausse puisque, définir c’est borner et que l’infini ne peut pas être défini : ou, si je m’éloigne de Dieu, c’est d’un Dieu anthropomorphe que je ne comprends pas, pour me rapprocher d'un Dieu principiant que je comprends mieux...
Si je m'éloigne de quelque chose, c’est de deux institutions humaines, la théologie et le dogme.
La théologie a toujours embrouillé les questions les plus simples, obscurci les choses les plus claires. S’il n’y avait que le principe « Dieu existe! » tous les hommes d'Hammerfest à Sydney et de Londres à Tokio partageraient la même croyance (1). Mais la théologie s’est donné la mission d'expliquer ce principe si évident ; alors que nous, pauvres humains, cherchons, dans le cours normal de la vie, à partir d’un fait certain pour baser sur lui un raisonnement établi selon la logique en vue d’aboutir à des conclusions compréhensibles pour tous, la théologie est partie de la révélation, qui varie avec chaque religion mais sur laquelle s’appuie toute religion; elle raisonne métaphysiquement, et aboutit à des mystères qu'elle-même ne peut pas expliquer, mais devant lesquels elle nous ordonne d'incliner notre raison, cette raison que Dieu nous a donnée surtout pour le chercher ; elle ratiocine à perte de vue, elle ergote sur des pointes d’aiguille, et alors toutes les croyances religieuses se sont séparées les unes des autres, et alors sont nées toutes les sectes infinies dans chaque genre de croyance, et alors les hommes en sont arrivés à s’entre-massacrer pour des inepties, pour des vétilles, pour des riens, par exemple, parce que les uns prétendaient avoir le droit de prier Dieu en français, ce que leur déniaient les autres.
(1) J'ai montré dansZa Vie Posthume, que l'athéisme absolu, n'existe pas, ne peut pas exister. Au fond, l'athée le plus absolu ne nie que des définitions fausses de Dieu, mais tout homme a un idéal et, si l'on creuse cet idéal, on y trouve Dieu...
l’occultisme et la science
Je viens de qualifier le dogme d’institution humaine... Hélas ! jusqu’en 1869, l’antiquité des dogmes catholiques pouvait donner l’illusion d’une base divine... Pie IX a eu le grand tort de montrer alors par quels ressorts humains ils s’établissent, et les hommes de ma génération se souviennent que vingt-cinq évêques de France, conduits par l’archevêque de Paris, se sont élevés contre le dogme de l’infaillibilité pontificale, que ce dogme a failli siisciter un schisme gallican, et que des évêques, et non des moindres — tel Mgr Dupanloup — sont morts en protestant contre lui.
Si d’ailleurs les dogmes étaient d’institution divine, pourquoi les verrait-on varier et s’opposer non seulement d’une religion à l’autre mais encore dans la même religion (1) ?
Au milieu de toutes ces obscurités et de toutes ces contradictions dues à la théologie, excusez-moi, mon cher Abbé : j’ai confiance dans les paroles de l’apôtre Paul — le grand moderniste de son temps, celui-là ! — qui ramèneraient la paix parmi les hommes si elles étaient plus et mieux connues : « Celui qui croit la moindre parcelle sera sauvé » et aussi : « Celui qui invoquera mon nom sera sauvé » — et, permettez-moi d’ajouter : sauvé en dépit de la théologie, cette « source de lumières fausses » (2) 1
Revenons à la théodicée.
Il est un problème que l’on range communément sous cette rubrique : c’est celui de l’origine du mal, rongeur de l’humanité ; quelle opinion professe sur ce point la doctrine occultiste ?
Jésus a dit : « C’est du dedans du cœur des hommes
(1) Jusqu’au v® siècle, était anathème quiconque croyait à l’existence d’un lieu intermédiaire entre le paradis et l’enfer (concile de Carthage 418) : aujourd’hui est anathème quiconque ne croit pas au purgatoire.
(2) Cette définition n’est pas de moi, mais — su uni cuiqae — d’un modeste prêtre selon le Christ, et que je considère comme une des plus hautes intelligences que j’aie jamais connues.
que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les larcins, l’avarice, les méchancetés, la fourberie, la dissolution, l’œil malin, les médisances, l’orgueil, la folie : tous ces maux sortent de l'intérieur de l’homme et ils souillent l’homme » (1).
Le mal est donc le résultat des vices de l’humanité : telle est, de la façon la plus absolue, la doctrine de l’occultisme qui, par suite, fait table rase de l’épouvantail qui a terrifié tout le Moyen Age : le diable.
Enfin, il est une dernière question qui se rattache d’ordinaire à la Théodicée : la destinée de l’homme — j’en ai parlé avec quelques détails en différents passages de ces pages, je résumerai en quelques lignes ce qui a été dit ailleurs.
L’homme est une monade qui, douée d’intelligence au cours de l’involution d’un rayon (Esprit, Essence, Énergie), du Principe Créateur, fait elle-même sa réintégration au Principe qui l’a émanée; elle est montée de l’abîme pour suivre la voie évolutive qu’elle se trace elle-même suivant les degrés de son affinité, puis de son instinct et enfin de son intelligence ; sa vie est double : tantôt inférieure et hylique au milieu de la matière et du mal où elle doit progresser vers le mieux par la double voie de la science et de la morale, et tantôt supérieure et astrale où elle établit en doit et avoir le bilan de ses existences passées sur lequel seront basées ses existences futures, où elle cherche, pour les subir dans la matière, les épreuves de dévouement, d’abnégation et de sacrifice qui la feront monter au-dessus de l’humanité, parmi les Entités directrices, les Égrégores du bien, les Démiurges, et les ministres de la Pensée Divine.