‹ L'occultisme et la scienceChapitre 43 sur 57 · XII · texte numérisé non relu

XII

(3) Cette question sera plus amplement étudiée dans un volume suivant L'Occultisme et lu Foi où seront discutés les textes de Clément de Rome et des chroniqueurs arméniens et arabes.

voit, en tous cas, que, dès ses débuts, la nouvelle croyance fut l’objet de luttes intestines d’une grande violence entre les deux courants qui se J a partageaient et dont chacun comprenait le présent, et par suite l avenir, d’une façon différente: d’un côté les judaïsants, obéissant à Pierre qui avait à ses côtés la presque totalité des disciples, considéraient que Jésus était venu accomplir la Loi et se regardaient comme les continuations de la doctrine juive symbolisée par la circoncision, et d’autre part les Gentils que Paul et Barnabé appelaient à la croyance d’un Christ inspiré par Dieu pour racheter les fautes des hommes par l'immolation de lui-même dans l'infamie de la croix. Pierre et Paul disparus de la scène du monde, la lutte continua entre les églises qu’ils avaient respectivement établies; mais l’activité de Paul avait porté la Bonne Nouvelle en Occident, et bientôt, dans le Christianisme, les Gentils furent le nombre, ce qui assura, dès le milieu du il® siècle leur prépondérance sur les judaïsants et la suprématie delà doctrine paulinienne, largement accueillante sur le néo-judaïsme des pétriniens, étroit et formaliste.

Vers cette époque, d’ailleurs survint un événement qui devait susciter l’enthousiasme des uns comme des autres, en apportant à la nouvelle croyance ce qui lui manquait à ce jour : une métaphysique élevée qui lui permît de cesser d’être exclusivement la religion des humbles, des petits et des esclaves pour séduire les intelligences nourries de la philosophie grecque. Le quatrième évangile venait de paraître, introduisant dans la doctrine christique les plus hautes conceptions du néo-platonisme et des maîtres alexandrins, alors que les synoptiques s’étaient bornés à encadrer dans une biographie du Maître la morale toute simple qu’il avait prêchée. Accueillie d’abord par quelques églises asiates, cette nouvelle conception du Christ répondait trop exactement à un universel besoin

pour ne pas se répandre de toutes parts et satisfaire toutes les consciences chrétiennes assoiffées d'exalter le Maître; mais le quatrième évangile marqua aussi la définitive rupture entre la croyance enseignée par Jésus et celle qu’avait imposée Moïse : jamais un juif du Temple ne pouvait admettre l’incarnation de Iahveh dans un être humain ; il ne s’agissait, il est vrai que d'une incarnation partielle, celle de la parole divine, du Verbe souverain... il n’importe : une telle conception ne pouvait cadrer avec les théories mosaïques, et ce fut la rupture entre les deux doctrines qui allaient dès lors diverger jusqu’à devenir ennemies.

Mais ce nouvel évangile satisfaisait d’autant plus la conscience chrétienne, puisque, pour lui, Jésus, qui n’avait été jusque-là que l’envoyé de Dieu, le Messie humain, participait à la Divinité et que l’homme qui ne s’intitulait lui-même que « fils de Dieu » devenait, par cela même, Dieu le Fils!

Et cet évangile, de plus, apportait, avec les théories alexandrines, les sources multiples d’une dogmatique nouvelle, en harmonie avec des théories transcendantes, et destinée à remplacer la dogmatique chancelante du passé. Jusqu'alors, en effet, deux dogmes étaient à la base du Christianisme naissant : la parousie et le millenium qui résultaient des paroles même de Jésus, recueillies par les synoptiques. La parousie, c’était le retour de Jésus, dans toute sa gloire, à la droite de son Père céleste, avant que fût disparue l’actuelle génération; et le millenium qui devait suivre la parousie, était le royaume divin établi sur terre par Jésus et devant durer mille ans. Or, les plus jeunes éléments de cette génération étaient morts depuis longtemps, les promesses de la parousie et du millenium ne s’étaient pas accomplies, et ces dogmes qui avaient si puissamment aidé à rétablissement de la nouvelle religion s’avéraient controuvées par les événements; mais si Jésus

était Dieu, la parousie prenait une nouvelle forme et le royaume divin quittait la terre pour s’épanouir dans les cieux. Dès lors on laissa l’oubli recouvrir les deux dogmes périmés pour cueillir la riche moisson dogmatique qu’offrait à l’esprit délié des grecs l’évangile néo-platonicien.

Mais cet ensemble de nouveaux dogmes, naissant les uns des autres, fut longtemps avant d’acquérir sa forme définitive et, au xvie siècle seulement le concile de Trente put parachever la dogmatique chrétienne.

Le malheur fut qu’il l’établit sous une forme archaïque qui pouvait suffire à des intelligences à peine libérées des ténèbres d’un xMoyen Age où la scolastique régnait en maîtresse ; mais aujourd’hui, la science est née, elle a marché à pas de géant, et le dogme, dans sa forme surannée pèse comme une chape de plomb sur les épaules de l’Église qui se trouve ainsi prisonnière du passé sans pouvoir s’accorder avec la science, qui, elle, est l’avenir.

On a fait maintes tentatives pour aboutir à un accord entre les deux sœurs ennemies, la Science et la Foi... toutes ont toujours misérablement échoué ; la dernière en date a été la création d’une fausse science, le concor disme qui consiste à trouver coûte que coûte un accord parfait entre les sciences modernes et les connaissances du peuple de Dieu et, par conséquence logique, les doctrines religieuses du christianisme issues de la Bible... à l’heure actuelle, le concordisme, qui a encore quelques partisans attardés, ne rencontre plus devant lui ni la contradiction ni, à plus forte raison, la discussion : il se heurte chez tous les gens éclairés, au simple dédain.

Cette digression nécessaire pour montrer en quelques lignes la marche suivie par la religion de l’occident semble peut-être nous avoir entraînés loin de notre sujet; il n’en est rien et nous allons revenir à notre point de départ.

Pour comprendre absolument la doctrine prêchée par

Jésus et celle du Christianisme actuel, très modifiée par dix-huit siècles d’existence et l'adjonction d'une abondante dogmatique, il faut se placer à deux points de vue essentiellement différents.

L'enseignement du Maître ne se saisit avec toute sa portée que si l’on part de ce double principe que, tout d'abord, Jésus est venu accomplir la Loi en remplaçant le Dieu jaloux, autoritaire et vengeur de la Bible, qui avait fait son temps, par un Père d'amour et de bonté qui allait venir incessamment (1) établir son royaume et que, ensuite, pour l’avènement de cette ère de félicité, il fallait faire pénitence (2).

Or, si le Christianisme a conservé le Dieu de bonté prêché par Jésus, d'une part la loi religieuse actuelle n'est en aucune façon la loi juive accomplie : à part l'unité divine (3), il n’y a entre elles aucun point de contact; et, d'autre part, la succession des siècles a forcé le Christianisme à reléguer dans une ombre discrète, préliminaire de l’oubli, et la parousie ou retour de Jésus avant la fin de sa génération, et l’annonce de l’établissement très prochain du Royaume divin [Millenium).

D’un autre côté, l’imprudent dédain que, depuis son origine, le Christianisme a professé pour la Science après avoir vainement tenté de la mettre en lisières, fait que

(1) « Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que tout cela n’arrive (Matt. XXIV, 34 ».En vérité je vous dis : II y en a quelques-uns ici présents qui no mourront pas avant d’avoir vu le Fils de l’homme venant en son royaume tibid. XVI, 22).

(2) Ce point de vue nous explique certains enseignements de Jésus qui, sans cela, nous semblent absolument étranges, pour ne pas dire plus ; par exemple les paroles ( p&ss .) relatives à la communauté des biens : à quoi bon conserver ses richesse puisque la fin du monde est proche? celles (Matt. VI, 25-34-Lc. XII, 22-30) qui semblent encourager la paresse: à l’approche du Royaume céleste, la pénitence est plus utile que le travail ! — celles (Matt. X, 37 et pass.) qui semblent destructrices de la famille : la famille humaine va bientôt faire place à la famille divine I etc.

(3) Et encore, aucun juif du Temple n’eût pu admettre la Trinité divine.

nul ne peut aujourd’hui comprendre dans son essence l’enseignement du Christianisme lui-même, s’il ne professe préalablement trois énormes hérésies scientifiques : un Dieu anthropomorphe et fini ; — un ciel localisé et borné ; — une terre, centre et aboutissement de tout l’univers... Voyons ces trois points.

— 1° Tout en proclamant doctrinalement la pure spiritualité de Dieu, l’Eglise, ou du moins ses représentants semblent prendre à tâche d'accréditer pratiquement l’idée anthropomorphique de Dieu.

A quoi cela tient-il ?

A ceci que le Christianisme est l’héritier de la doctrine juive et que les juifs professaient la croyance à un Iahveh anthropomorphe. Les passages de la Bible ne se comptent pas, où il est question de la face, des mains, des pieds et même du dos de la Divinité ; et cette façon de parler se retrouve dans les évangiles, et, par suite dans l’enseignement de la chaire.

De plus, aux cours de catéchismes, pour faire comprendre Dieu, par des enfants trop jeunes, on le leur présente sous une forme qui s’imprime chez eux pour l’avenir.

Enfin, dans les conversations journalières ou mondaines où la question est abordée, on parle de Dieu — ce qui m'a toujours frappé — comme on le ferait d’une individualité supérieure certes, mais en fin de compte, humaine et, à ce titre, raisonnant et agissant humainement.

A ce propos et comme exemple de cet état d’esprit qu’on peut qualifier d’universel dans l’Église, il me souvient que, il y a quelques années, je parlais religion avec un prêtre breton, homme d’une intelligence rare ; au cours de l’entretien, il me dit : Dieu a la haine du pêché I

— Oh! Monsieur le Recteur, interrompis-je, vous accouplez là deux mots — Dieu et la haine — qui jurent de se trouver ensemble.

— Soit ! je dirai alors que Dieu a horreur du péché.

— Pas davantage, vous attribuez à Dieu, contre toute logique, des sentiments purement humains et qui sont indignes de lui.

— Mais alors, selon la doctrine occultiste, comment expliquez-vous F antagonisme existant nécessairement entre Dieu — qui est le bien — et le mal ?

— Dieu est le principe des principes. De lui émane le principe du bien, qui, dans notre monde a donné naissance à la loi du bien, à la loi morale. Mais la faiblesse de l’homme ne lui permet de comprendre quoi que ce soit que par comparaison des contraires : de même qu'il ne comprendrait pas la lumière s’il n’y avait pas de ténèbres, il ne pourrait comprendre le bien, s’il n'y avait pas le mal qui provient à la fois de l’infirmité humaine et de l’inclémence de la matière. L'homme fait le mal* oui ! mais pour en apprendre le bien, pour être poussé en quelque sorte fatalement vers le bien quand sa raison lui montre que l’un et l’autre rejaillissent sur lui et qu'il n’a qu’à se réjouir du bien, alors qu’il n’a qu’à souffrir du mal. Dieu plane fort au-dessus de ces misérables contingences : il a posé la loi, cela lui suffit ! A l’homme, pourvu de son libre arbitre, de décider s'il préfère le mal dont les conséquences lui sont douloureuses et retardent son évolution, au bien qui lui est une double cause de satisfaction intime et de progression vers Dieu!...

D’autre part, la conséquence fatale de l'anthropomorphisme est la limitation : une divinité anthropomorphe est par cela même une divinité ne comportant plus en soi l’infini

— 2° Tous les traités d’astronomie, tous les dictionnaires scientifiques définissent le ciel: « Espace infini dans lequel se meuvent les astres. «Telle définition répond bien à la réalité des choses. Mais tout autre est la définition

ecclésiastique ; l’abbé Glaire (1) spécifie lui-même la différence, quand il dit : « [Le cielj dans le langage des théologiens, est le séjour du bonheur éternelle lieu dans lequel Dieu se fait connaître aux justes d’une manière plus parfaite que sur la terre et les rend heureux par la possession de lui-même. »

D'où provient telle erreur ? De ceci, tout simplement, que plusieurs Pères (2), se basant sur certains textes évangéliques (3) ont placé dans le ciel le Paradis qui était un jardin ; l’apocalypse précise même que l'arbre de vie en occupe le milieu, ce qui lui suppose fatalement des limites (4).

D’autre part, l’antiquité profane regardait le ciel comme une voûte solide : c’est au-dessus de cette voûte que les écrivains ecclésiastiques ont situé le Paradis, et cette erreura perduré dans la doctrine de l’Église, malgré les progrès de la science qui ont prouvé l’infinité des espaces inter stellaires et ultra-stellaires ; d’où il résulte que la qualité de bienheureux constitue, selon l’enseignement doctrinal, non un état — ainsi qu’il devrait en être logiquement — mais une localisation dans un endroit précis et borné : le ciel (5).

(1) Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques , 2 vol. in-8°, Paris, 1868, in Ciel.

(2) Jérôme, in Amos, VIII : Ambroise l. de Paradiso) ci aussi Dorothée de Tyr in synopsi , etc.

(3) Luc, XXIII, 43 ; II Cor. XII, 3 ; Apoc. II, 1,7.

(4) Une remarque est cependant à faire à ce propos: Les éditions officielles contemporaines du texte grec portent seulement dans le paradis; mais l'édition critique de Robert Estienne (Paris, 1550, in-fol.) porte au milieu du paradis *Ev pécrcp to*j TiapàSsiaou et les traducteurs officiels français contemporains ont établi leur translation sur un texte analogue, puisque Lemaistrede Sacy (catholique) et Osterwald (protestant) donnent tous deux la même leçon au milieu du paradis. De même le Dr d'Allioli (Trad. française du Nouveau commentaire ... par l'Abbé Gimarey, Paris

10 vol. in-8°, 1853). ’

(5) Un prêtre à qui je faisais part récemment de cette double objection, relative à l'anthropomorphisme divin et à la localisation du ciel, me répondit : « Ce sont en effet, deux erreurs mais qui ne sont pas nôtres;

11 ne faut voir là qu'un raisonnement basé sur l'analogie et destiné à faire comprendre Dieu par les petites intelligences. »

Je ne comprend pas, pour ma part, quelle analogie on peut trouver

— 3* La théologie nous dit que le Christ est mort pour tous les hommes... Mais on ne s’explique pas la multiplicité des mondes, si la terre seule est habitée : les autres astres doivent nécessairement porter chacun son humanité spéciale, semblable à la nôtre, non corporellement mais — naturellement à des degrés divers — intellectuellement, moralement et spirituellement. Le Christ est donc mort, sur terre pour l’ensemble des créatures intelligentes, car il ne peut être supposé que le sacrifice divin s’est renouvelé sur chacune des 75.000.000 d’étoiles actuellement cataloguées, sinon du milliard et demi d’étoiles qui constituent la voie lactée. Alors, pourquoi ce sacrifice a-til eu lieu sur terre plutôt qu’ailleurs? Pourquoi aussi notre globe est-il prédestiné, plutôt que Sirius Antarès, Aldébaran ou Arcturus, — à devenir le siège du Royaume de Dieu ? (1)

Comme la précédente, cette erreur provient de ce que les anciens regardaient la terre comme occupant exactement le centre de 1 univers, que l’Église, acceptant cette erreur, a longtemps basé son enseignement sur elle, et que, en fin de compte, quand l’astronomie est venue remettre toute chose en place et donner à notre globe le rôle modeste qu’il a à remplir de simple planète d’un soleil des plus petits au milieu de tous les autres soleils du Kosmos, le Christianisme n’a pas su répudier cette erreur sur laquelle il s’était si longtemps basé et maintc-

entre une vérité et une erreur ; je ne comprends pas davantage comment un raisonnement basé sur une erreur peut conduire à la pénétration d'une vérité ; et je necomprands pas, enfin, la nécessité de rendre Dieu intelligible aux petites intelligences quand les cerveaux les plus puissamment organisés le déclarent inintelligible.

(1) Le jugement du Saint-Office qui, en 1632, frappa Galilée, porte textuellement ceci : « La terre [dis-tu] n’est pas le centre du monde ... Proposition absurde, fausse en philosophie et, considérée au point de vue théologique, erronée dans la foi. » Le jugement contre Galilée a été réformé par la science unie au temps, mais la proposition que « la terre occupe le centre du monde » est demeurée aujourd'hui a peu près ce qu'elle était au xvii* siècle : conforme à la foi.

nant, comme les deux autres qui viennent d’être indiquées, elle tient prisonnier.

Or, à l’heure actuelle, est-il possible comme dans l’antiquité, comme même dans le Moyen Age, d aller contre la science qui s’appuie sur des faits certains parce qu’ils sont — au moins les principaux, ceux qui servent de base — expérimentalement prouvés ? Quiconque le tenterait, à notre époque serait infailliblement broyé, et plus progressera le temps, plus s’imposera cette inéluctable fatalité.

Alors, quoi ? faut-il donc envisager la prochaine disparition du christianisme ? (1) La question vaut la peine d'être discutée.

Je lisais un jour, dans là Revue Contemporaine , un article (2), Le jugement dernier, dont je n'oserais faire état s’il n’était signé par un prêtre, l’abbé Ch. Trillon de la Bigottière, et si l'anecdote que j’en extrais ne mettait en cause un des noms les plus connus parmi ceux des religieux bénédictins du siècle dernier. La voici :

« C'était un soir d’hiver, Dom Guéranger, abbé de Solesmes, était au Mans, chez son frère Edouard. Il faisait froid, nous étions autour du foyer, et l’on parlait, il m’en souvient, des malheurs de l’Eglise et des dernières épreuves du monde prédites par l’Evangile. A un moment, Dom Guéranger sembla se recueillir, puis il dit : « On ne remonte pas les courants: humainement parlant, l’Eglise est à sa fin ; depuis trente ans, je suis avec attention la marche de l’histoire: il y a des miracles que Dieu ne fait pas; je ne donne pas à l'Eglise plus de 150 ans à 200 ans de vie, c’est tout ce qu’elle pourra être... 2.000 ans de vie naturelle, 2.000 ans de Loi mosaïque, 2.000 ans de vie

(1) Je précise bien en disant « prochaine » car il est évident que, comme toutes les religions, le Christianisme, au moins sous sa forme actuelle, ne sera plus qu'un souvenir dans quelques millénaires.

(2) Décembre 1921.

chrétienne, et ça n’aura été que ça ! » Puis il reste quelques instants profondément songeur. — C’était vers 1872. »

Eh bien, non ! Quoi qu’en dise Dom Guéranger, je vois tout autrement l’avenir de l’Eglise: elle est trop fortement organisée, elle donne trop de preuves de sa vitalité pour disparaître ainsi. Et une de ses forces, c’est la tolérance, peut-être apparente ou forcée, mais certaine, dont, au contraire du protestantisme qui, pour ce motif, est arrivé à se scinder en une poussière de croyances différentes, elle fait preuve chaque jour.

Sait-on, peut-on savoir, le nombre incalculable de personnes qui se réclament du catholicisme, qui ne sont que très approximativement catholiques et qui, de bonne foi, se croient telles, uniquement parce qu’elles accomplissent rituellement les rites prescrits ?

Il y a quelque temps, je conversais avec une dame qui, fervente catholique, regardait naturellement l’occultisme comme une science démoniaque.

— Pourquoi, me disait elle, ne pas vous en remettre à l’Eglise du soin de vous dire ce que vous devez croire ou non? L’Eglise en sait plus long que nous, et la foi en ses enseignements nous donne une tranquillité appréciable sur notre devenir posthume... C’est quelque chose, cela !

Mais voici que, au cours de l’entretien, le mot « enfer » est prononcé.

— Ah ! l’enfer, dit mon interlocutrice demeurée toute pensive.

— Quoi ?... L’enfer ?

— Eh bien ! je vous avoue que si je n’étais pas aussi résolument catholique, je ne pourrais pas y croire.

— Pourquoi ?

— Cela est si contraire à ce que je me figure de la bonté et de la justice divines ! Cela me semble monstrueux !

— En d’autres termes, vous n’y croyez pas.

— Mais si... puisqu’il le faut...

— Alors, vous y croyez... sans conviction ?

— C’est cela ! d’ailleurs, l’enfer, ce n’est qu’un détail dans l’ensemble.

— Ah 1... autre chose : vous avez une fille qui se mariera un jour. Si, ce jour-là, elle se trouve, aux colonies, par exemple, dans un pays où il y aura un prêtre mais pas d’officier de l’état civil, est-ce que le sacrement seul vous suffirait pour la considérer comme mariée ?

— Vous plaisantez, monsieur I Un mariage, pour être valable, doit être complet et je n’admettrais pas que ma fille pût négliger la formalité légale.

— Alors, madame; j’ai leregretde vous apprendre que, malgré votre opinion contraire, vous n’êtes pas du tout catholique.

— Mais si ! puisque je crois tout ce qu’enseigne ma religion.

— Non, madame ; dès lors que vous n’êtes pas intimement convaincue de la réalité de l’enfer, qui résulte du dogme, ni de la supériorité de la loi religieuse sur la loi civile en matière de mariage, qui est établie par les articles 65 à 74 de l’encyclique du 8 décembre 1864, plus connue sous le nom de syllabus , vous pouvez vous réclamer, en apparence, du catholicisme: en réalité vous êtes en dehors de lui.

— Monsieur, ma croyance ne s’arrête pas à de telles vétilles : elle se base sur l’ensemble de la doctrine.

Or, combien voyons-nous, chaque jour, de gens qui se croient fermement catholiques mais qui, dans l’intimité de leur être, repoussent tel ou tel enseignement parce qu’il est à l’encontre de leurs idées personnelles, parce qu’il leur paraît « une vétille » négligeable ! On ne se doute pas du tout, dans le public, que pour faire partie d’une communion religieuse, il faut admettre, avec une inébran-

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labié conviction, tout, absolument tout ce qui constitue sa doctrine, depuis l’alpha jusqu’à l'oméga... « J’ai ma religion à moi » entend-on dire couramment par des gens qui dissimulent ainsi leur absence presque complète de croyances religieuses, ce qui ne les empêche nullement, à l’occasion, de se dire protestants ou catholiques suivant le culte dans lequel ils ont été élevés. Et combien de gens raisonnent de la sorte ? Au bas mot sept sur dix, ce qui revient à dire que s’il était possible d’établir la statistique des individus qui se disent catholiques tout en rejetant tel ou tel point du dogme, le véritable catholicisme se verrait amputer des trois quarts de ses adhérents.

Mais c’est là une crainte illusoire, parce que, je le répète, le catholicisme est très tolérant et ne scrute pas trop à la loupe les opinions des fidèles ; cette abstention de sa part est une de ses grandes forces — et il en a d’autres.

Mais, à côté de cette souplesse et de cette force, il recèle en soi-même une cause formidable de faiblesse : c'est l’erreur qu’il commet en se croyant immuable, alors qu’il évolue comme tout ce qui est vivant, et en confondant ce qu’il croit devoir toujours être doctrinal chez lui avec les erreurs scientifiques de son passé, auxquelles il tient désespérément parce qu’elles font partie de sa tradition, mais ne s’apercevant jamais que trop tard qu’elles le mettent en opposition avec la science; et quiconque désormais marche à l’encontre de la science est fatalement écrasé. Pour se rendre compte de l’intensité de cette cause de faiblesse, il suffit de se rappeler que, depuis le xve siècle où Copernic a établi le système qui porte son nom, l’Eglise a protesté de toutes ses forces pour conserver le miracle de Josué arrêtant le soleil, et n’a admis qu’en 1833 — quatre siècles en retard — le double mouvement de rotation de la terre sur elle-même et autour du soleil.

Est-ce à dire que cet attachement à des erreurs vétustes et périmées doit causer sa perte? Peut-être. Est-ce aussi

à dire, avec Dom Guéranger, que ses jours sont comptés? Non pas : même avec ses erreurs elle a plus de deux siècles à vivre (1), mais il y a là un avertissement sérieux.

Je ne me pose certes pas en prophète, n’ayant aucune qualité pour agir de la sorte ; mais, ce que je dis ici parce que je le pense dans 1 intimité de ma conscience, il y a des millions d’hoinmes qui le pensent avec moi et comme moi, bien qu’ils ne croient pas devoir parler ou qu'ils n’en aient pas le pouvoir.

Je ne me fais aucune illusion d’ailleurs sur la portée de mes paroles en haut lieu, quoique — j’en suis assuré — elles soient destinées à éveiller un écho dans les masses qui pensent ; mais, si elles arrivent par hasard jusqu’aux hauts conseils, elles n’y susciteront qu’un général et dédaigneux haussement d’épaules... que l’on y prenne garde, toutefois : l’Eglise a déjà eu ce haussement d’épaules en 1517 et, ce geste de mépris, elle le paie aujourd’hui par la perte de cent quarante-huit millions de fidèles. Pour moi je crois devoir dire ce que me dicte ma conscience — peu m’importe le reste.

Donc, le duel est engagé entre la Foi et la Science et ceci tuera cela s’il ne survient pas à temps une alliance entre les deux sœurs ennemies.

L’intermédiaire attendu — le sauveur — on a cru, un jour récent, le voir paraître, et sa venue a été saluée, même parmi le clergé, par toutes les intelligences qui n’étaient pas cristallisées dans l’adoration d’un passé mort et dans la contemplation d’un nombril ; c’était un ensemble de doc-

(1) A noter ici qu'il existe une prophétie de saint Malachie qui, après Pie XI (Firies intrépida), ne comporte plus que six papes ; or, cette prophétie, qu’elle ait été donnée par le prélat irlandais Malachie en 1148 ou que, comme la plupart des critiques, on ne fasse remonter son origine qu’à 1590, s’est montrée singulièrement exacte pour tous les papes qui ont suivi; je n'en veux d’autre preuve que la qualification Religio depopulata la chrétienté dévastée) donnée à Benoit X qui a exercé le souverain pontificat pendant la guerre mondiale de 1914-1918 : or, cette prophétie ne mentionne plus que six pontificats à venir l

l’occultisme et la science

trines religieuses, non pas éprises de nouveauté, mais se donnant pour objet la rénovation de l'exégèse et de l'apologétique chrétiennes pour les mettre d’accord avec les exigences de la critique historique, les progrès de la philosophie et l’avancement des sciences : c’était en un mot, ce qu’on a qualifié plus tard, et assez dédaigneusement, du nom de modernisme.

Et le modernisme établissait une série de propositions ingénieuses qui, sans léser aucunement la foi, la mettaient en harmonie avec la science et qui, loin d’anathématiser la science, la regardaient comme leur plus ferme appui dans l'avenir.

Pour se rendre compte de la valeur de cette doctrine, le lecteur n’a qu’à se reporter quelques pages plus haut, à ce qui a été dit de la révélation telle que la théorie en est donnée par l’occultisme : la révélation n’est pas personnelle à l’auteur d’un système religieux mais elle est universelle et particulière à tous les fidèles qui embrassent ses idées; c’est un germe de vérité déposé dans le cœur de l'homme, par Dieu, et que chacun est appelé ainsi à développer en soi-même sans avoir à abdiquer, entre des mains étrangères, ni sa pensée, ni sa dignité. Cette conception de la révélation est exactement celle que présentait le modernisme.

On peut comprendre, dès lors, qu’une doctrine religieuse, établie sur de telles bases, pouvait, sans aucunement renier, ni son passé, ni ses origines, envisager l’avenir avec la plus entière confiance et marcher vers lui dans la même voie que la science ; c’était désormais l’alliance entre celle-ci et la Foi, c’était, pour l'Eglise, la récupération des clés de certains de ses livres (1) ; c’était la pérennité de l'Eglise assurée tant que durerait la science elle-même...

(1) Notamment l'Apocalypse qui demeure incomprise depuis que, en haine de certaines sectes gnostiques — très compromettantes, d'accord, — on a rejeté la gnose tout entière.

Mais les zelanti veillaient : — Périsse la réalité de l’Eglise plutôt que le culte d'hyperdulie rendu à un passé légendaire que, chaque jour, les progrès de l’esprit humain font davantage tomber en poudre! Et, en 1907,1e Saint-Siège condamna le modernisme.

Est-ce donc à dire qu’il n’y a plus qu’à désespérer et que la prédiction de Dom Guéranger va voir son accomplissement inéluctable et prochain? Loin delà! Le modernisme est condamné, mais, comme il représente l'avenir en face des hommes actuels qui, eux, représentent le passé, il renaîtra de ses cendres : c’est fatal. Oh ! non pas sous ce nom désormais mis au pilori, mais sous un autre qui permette aux hauts conseils de l’Eglise de l’accepter sans paraître faire une pitoyable palinodie, sous celui, par exemple, d’américanisme, car on sait quelles profondes racines il a jetées dans tout le clergé des Etats-Unis.

En tous cas, il arrivera fatalement un jour — et ce jour n’est pas si lointain qu’on peut le supposer — où l’Eglise éprouvera le besoin, pour ne pas dire la nécessité de s’appuyer non pas peut-être sur l’hermétisme pris dans son absolu, au moins sur certaines expériences de l’hermétisme. Telle affirmation paraîtra sans doute audacieuse à certains... Qu'il me soit permis de l’expliquer.

A notre époque, les incessants progrès de la science ont fait à la foule une mentalité qu’elle ne possédait pas, il y a seulement un siècle : aujourd’hui le public, lorsqu’on lui annonce quelque chose que ce soit, aime à en recevoir la preuve; car la science, si rudimentaire, si confuse même, qu'en soit chez lui la notion, a développé en lui le sens critique, et plus on ira, plus se développera ce sens critique. La foi naïve, la foi candide et docile, la foi qu’a connue le Moyen Age, agonise en ce moment et la foule se détourne des temples où l’on prêche des vérités basées uniquement sur la révélation, c’est-à-dire sur un fait dont le contrôle n’est au pouvoir de personne, pas même de

leurs anonciateurs. Et que sont les bases primordiales de toute religion sérieuse ? L’existence de Dieu et la survie de l’être humain.

Or, de ces deux faits primordiaux, l’occultisme possède la preuve expérimentale, et cette preuve est si forte que nous voyons, en ce moment même., comme cela a été dit plus haut, beaucoup de pasteurs protestants fonder leur enseignement doctrinal sur le spiritisme qui n’est qu’un simple chapitre de l’occultisme mais que cependant étudient avec quelque faveur — j’en ai l’assurance et la certitude — de nombreux membres du clergé catholique, et cela, parce qu’ils y trouvent la preuve, sans pouvoir l’énoncer en chaire, des vérités qu’ils y proclament.

•A ce propos, il me souvient qu’un jour où je discutais avec un prêtre du diocèse d’Amiens, il m’arriva — sans vouloir aucunement le diminuer, ce mode de polémique n’étant ni dans mon caractère ni dans mes habitudes, mais parce que c’était le cri qui jaillissait de ma conscience — il n’arriva dis-je, de lui affirmer : — Monsieur l’Abbé, je suis persuadé que je crois en Dieu plus fermement que vous !

D'abord un peu interloqué (on le serait à moins) ce prêtre me répondit avec un grand calme :

— C’est possible, monsieur. Mais sur quoi vous étayezvous ?

— Sur ceci : — Votre foi, en principe, est de pure théorie ; elle a pour base le raisonnement, dirigé luimême par le Magister dixit qui vous a été inculqué au séminaire : elle est donc toute de spéculation pure. La mienne, à moi, est basée uniquement sur l’expérimentation. En effet, bien qu’élevé par des prêtres, je vous avoue qu’au terme de mes études, à dix-huit ans, j’étais très sceptique en matière religieuse, et, à vingt et un ans, pour moi, Moleschott était dieu et Büchner son prophète : en un mot, j’étais matérialiste convaincu. Ce qui m’a refait une

croyance religieuse c’est l’étude de la doctrine occulte dont les faits, le jour où je n’ai plus pu douter de leur réalité objective, m’ont démontré, à n en pas pouvoir douter, qu’il y a dans l'homme une partie immatérielle que n’atteint pas la mort ; et, plus tard, quand il m’a été donné d’aborder l'occultisme expérimental, j’ai eu maintes fois l’occasion de faire de ces troublantes constatations derrière lesquelles j'atteignais sinon Dieu lui-même, tout au moins un de ses Démiurges, et plus d’une fois la conclusion forcée à laquelle me conduisait la réalisation, sous mes yeux, de certains phénomènes occultes a été : — Indéniablement, Dieu est là !... Or, j’estime qu’il y a entre la foi qui vous anime et celle que j’éprouve moimême toute la différence qui peut exister entre la théorie et la pratique, entre l’intuition et l’expérimentation, entre le spéculation et la probation, entre la présomption et le fait: or, nul ne peut admettre que l’hypothèse ait jamais, en aucun cas, plus de force démonstrative que le phénomène. Et, de deux opinions, basées l’une sur la dialectique pure et l’autre sur le fait expérimental, quelle est, je vous prie, celle qui doit-être regardée comme supérieure à l'autre ?

— Monsieur, nous sommes arrivés au même résultat, vous par une voie, moi par une autre.

D’accord ! Toujours, partout et en tout, la théorie et la pratique ont été regardées comme nécessaires l’une à l’autre, mais jamais, en quoi que ce soit, le théoricien n’a été considéré comme supérieur à l’expérimentateur...

Donc, tout est là : — L’Eglise, en prêchant l’existence de Dieu et la survie de l’homme, énonce deux vérités pour nous absolues, mais sans apporter, de ses affirmations, aucune preuve scientifiquement expérimentale, de celles qu’exige de nos jours la conscience publique ; or, cet cxperiment vn crucis qui lui fait défaut pour confirmer les vérités qu’elle annonce, nous, les hermétistes, héritiers

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de la haute Science des sanctuaires antiques, nous le possédons: il s’ensuivra, fatalement et malgré toute opposition, le rapprochement entre l’enseignement religieux et l’enseignement hermétique, entre la religion et l’occultisme.

Et jusque-là ?

Jusque-là, la doctrine occultiste poursuivra son œuvre qui est le rapprochement de la Science et de la Foi, car, pour qui examine son rôle et la place qu’elle occupe dans l’universalité des connaissances de notre époque, elle est la médiatrice nécessaire, forcée, entre les deux pôles de la pansophie humaine qui se décompose comme suit :

1° La science positive ou science des causes les plus prochaines du mouvement et des rapports de toutes choses.

2° L'occultisme , ou science des causes secondes, qui poursuit deux objets d’études connexes :

A. — Les matières et forces plus subtiles que les nôtres, considérées comme causes physiques éloignées des phénomènes de la science positive.

B- — Les êtres correspondant à ces matières (ontologie et cosmologie), agents et causes psychiques des phénomènes.

3° La philosophie religieuse (1) ou science des causes premières et de la cause de toutes causes (2).

Or, si nous essayons de faire un ensemble de ces trois parties, nous aurons :

La science, réunion de phénomènes expérimentaux et de lois obtenues par induction, — c’est la thèse .

La philosophie religieuse, réunion de noumènes métaphysiques obtenus par déduction, — c’est Y antithèse.

Et enfin l’occultisme, réunion à la fois de phénomènes

(1) Je ne parle ici que delà religion comprise en tant que philosophie, la philosophie courante étant une science encore très mal assurée qui flotte du spiritualisme au matérialisme suivant ses intérêts du moment ou les hommes qui la professent.

(2) Ch. Barlet, L'occultisme cit. sup.

et de noumènes obtenus par l’analogie, — c’est la synthèse .

Tel est donc le rôle que, dans l’avenir, l’occultisme est appelé à jouer entre la science et la religion.

H. — Histoire

En ce qui concerne l’histoire, la doctrine hermétique est également appelée à jouer un grand rôle, lorsqu’elle sera mieux comprise des historiographes et que ses principes au lieu d’être raillés des ignorants qui se figurent par cela même, affirmer la supériorité de leurs idées, seront étudiés — et appliqués — comme il convient.

En effet, outre les sources historiques qui se rencontrent dans sa tradition et certain documents qui se trouvent entre les mains de quelques-uns de ses fidèles, l'occultisme comporte des procédés d’étude, certes assez difficiles et, pour ce motif, ignorés des annalistes de notre époque. Je ne veux pas écrire ici un cours d’histoire des origines, d'autant moins que, dans un autre ouvrage (1), j’aurai à traiter cette question avec quelques développements, et que, dans le présent ouvrage, j’en ai déjà touché quelques points; mais enfin, puisque je viens de parler de l’influence possiblement très grande que, dans un avenir plus ou moins prochain, l’hermétisme est appelé à exercer sur les études historiques, il me faut donner ici quelques explications sur nos procédés de recherches dans les ténèbres de la pré-antiquité.

Alors que l’histoire de nos jours se base avant tout sur les documents écrits ou sur les monuments du passé qui ne peuvent la faire remonter au delà d’une certaine limite assez rapprochée de nous, puisque le plus ancien monument qui nous soit anthentiquement connu est la stèle sculptée du Louvre à laquelle on donne communément une antiquité de 10.000 ans, ce qui est relativement bien

(1) V occultisme et le passé, en préparation.

peu dans la vie de notre globe, alors que l'histoire de nos jours dédaigne les vieilles légendes du passé et les relègue, sans autrement s’en préoccuper, dans le vaste domaine de la mythologie religieuse des peuples disparus, c’est surtout dans ces antiques légendes cosmiques que l’hermétisme trouve une de ses principales sources historiques, toujours d’après cette loi générale que le visible n’est que la manifestation — plus ou moins déformée — de l’invisible et que, sous l’exotérisme de surface, se cache toujours un profond ésotérisme; et, ces légendes que dédaigne la science normale, l’occultisme les étudie, les scrute, les analyse, les approfondit pour arriver à connaître la vérité que recèle leur voile ; et cette étude, au moins, l’a conduit à savoir comment la très haute antiquité écrivait l’histoire, suivant un mode qui la rend positivement incompréhensible pour les chercheurs de notre époque.

Nous, aujourd’hui, nous ne voyons dans l’histoire qu’une accumulation de faits, de dates, de noms... uniquement des détails au milieu desquels, trop souvent, l’ensemble reste comme noyé.

L'antiquité — la très haute antiquité — écrivait l’histoire d’une façon purement allégorique : elle ne s’occupait que des ensembles — peuples, doctrines, idées, etc. — qu’elle personnifiait sous un nom de convention spéciale où venaient se fondre tous les conducteurs des peuples, les maîtres des doctrines, les promoteurs des idées, et ces noms, par l’accumulation des faits placés sous leur égide, prenaient aussitôt une importance plus qu’humaine — divine. On ne s’occupait pas des êtres, on suivait la marche des événements, depuis la naissance de l’objet étudié, à travers toutes les péripéties de ses progrès ou de sa chute. Et l’on en formait, de la sorte, une légende d’un être d’apparence humaine, ou plutôt surhumaine qui, à la longue, devenait un mythe et finissait par faire corps avec

la religion en peuplant le panthéon de dieux, de demidieux et de héros. L’histoire de la haute antiquité des peuples, quand la science y pourra pénétrer, se trouvera condensée dans la mythologie de ces mêmes peuples.

En une page précédant celle-ci, j’ai montré la relation des hauts faits de Ram, notre grand ancêtre, symbolisée dans les figures zodiacales; ailleurs, j’ai donné l’explication cosmique du mythe de Jason à la conquête de la Toison d’or ; mais cette dernière épopée a aussi son explication historique, qui nous montre l’origine, jusqu’à présent inconnue de la science normale, du principal peuple navigateur de l’antiquité, les Phéniciens. Cette traduction d’une vieille légende grecque a été pour la première fois présentée par S. Bochard (1) qui pensait y trouver une tradition phénicienne, historique mais défigurée en grec par de nombreuses équivoques résultant de l’incompréhension de certains termes phéniciens primitifs.

Et que l’on ne s’étonne pas de renconter plusieurs explications également possibles dans une même tradition : tel était le génie de l’antiquité primitive : il n’expliquait pas, il racontait, et, dans son conte, il enfermait le plus do choses possible, de façon à augmenter, autant qu’il le pouvait, la portée de son affabulation. C’est ainsi que. dans le mythe de Proserpine, nous trouvons à la fois l’histoire du grain de blé germant six mois sous terre pour ensuite pousser et vivre au soleil, et celle de l’âme humaine poursuivant le cycle de ses existences successives, alternativement dans la matière et dans l’astral : — ces explications diverses correspondaient aux divers degrés de l’initiation.

Mais, en histoire, l’hermétisme ne creuse pas que les légendes cosmiques ou autres : il s’attache également aux traditions populaires qui, toutes, comportent en ellesmêmes un fond de vérité qu’il s’agit de découvrir ; et

(1) Œuvres, 3 voJ. in-f# Leyde, 1712.

c’est ainsi qu’en étudiant l'âge d’or dont le souvenir subsiste dans la mémoire de tous les peuples, il remonte à la synarchie établie par Ram et qui, groupant toutes les nations du proche et du moyen Orient sous un même sceptre, a su maintenir les populations dans une paix que, jusqu'au schisme d'Irshou, c’est-à-dire pendant des siècles entiers et consécutifs, aucune guerre n’est venue troubler.

On peut se rendre compte, par ce qui précède, que nos sources historiques, pour être un peu différentes de celles auxquelles recourt la science normale, ont aussi leur valeur pour qui les sait interroger.

Mais il me reste à dire quelques mots d’un mode de documentation tout à fait spécial et absolument propre à l’occultisme: je veux parler d’un procédé de recherches qui nous était connu de tout temps puisqu’il était enseigné, il y a des millénaires, dans les cryptes sacrées de l’Egypte, parce qu’alorson y savait former des sujets sensitifs appropriés tandis que, de nos jours, ne possédant plus la recette de développement technique, nous ne pouvons utiliser ce genre de sujets que quand le hasard nous révèle l’existence de l’un d’eux dans notre entourage (i).

Quoi qu’il en soit, voici la théorie du phénomène.

A . — Toute matière est vivante, d’une vie personnelle, d’un mode particulier, dont le siège se trouve dans l’âme: toute chose a donc son âme propre.

B . — Toute âme plus ou moins développée, possède à un degré quelconque ses facultés particulières, parmi lesquelles se trouve la mémoire.

(1) Je crois toutefois que l'on arrivera assez facilement, avec l'entrainement voulu, à former ces sensitifs sui generis, à l'aide de l'hypnose. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de faire, en ce sens, des expériences qui semblent bien confirmer mon opinion ; mais n'ayant pas le temps de poursuivre ces recherches — trop en dehors de celles auxquelles je me suis consacré — je signale ce terrain, encore vierge, aux explorateurs de l'occulte, et je crois bien pouvoir les assurer, en toute conscience, que, loin d'y perdre leur temps et leur peine, ils y feront des découvertes intéressantes.

C . — Ses souvenirs se conservent, comme chez les êtres supérieurs, dans une aura fluidique qui l’enveloppe et qui provient de l’âme.

D. — Si donc un être humain, suffisamment développé au point de vue de la sensitivité, approche cet objet de lui-même jusqu'au contact, il fait pénétrer l’aura de cet objet dans sa propre aura et peut, par cela même, prendre une perception — plus ou moins nette, suivant son degré de développement — des souvenirs latents conservés dans l'aura de cet objet.

On le voit, cette faculté se rapproche beaucoup de la télépathie, dont nul aujourd’hui ne songe à nier la possibilité.

Le Dr Buchanam, de Boston, qui, le premier, il y a quelque quarante ans, en a publié l’étude sous le nom, d’ailleurs assez impropre de psychométrie, la définit ainsi : « Le développement et l’exercice des facultés divines dans l'homme, cette sphère inexpliquée de l'intellect qui comprend les réponses oraculaires, analogues aux révélations des voyants, les prophéties des saints, les pronostics du destin, les présages mystérieux, de même que les impressions soudaines qui dirigent la conduite de certaines personnes. »

On voit que le Dr Buchanam donnait à cette faculté un cadre dont l’ampleur la fait déborder sur des facultés voisines. Aujourd'hui où elle est mieux connue et sa connaissance plus répandue dans le public, je définirai le psychomètre : « Un être qui, doué d’une très grande sensitivité, peut à sa volonté, mais sous certaines* conditions, vivre quelques instants sur le plan supérieur, et, par suite, avoir, en dehors du plan physique, la vision — matérielle ou mentale — des vestiges du passé, des choses du présent et des formes de l’avenir. »

La psychométrie est donc une variété de la voyance, mais pour l’exercice de laquelle le sujet a généralement

besoin, pour aimanter sa faculté, du contact d'un objet approprié.

Cette faculté, toute spéciale, a particulièrement été étudiée, à notre époque, par les Drs Hübbe-Schleiden, et L. Deinhard de Munich.

Aujourd’hui le terme « Psychométrie » s’applique avant tout à la voyance du passé, celui de « Télépathie » étant réservé à la voyance du présent et de l’avenir.

Le Dr Buchanam, dans son Manuel de Psychométrie paraît être parti de ce fait qu’en hypnotisme il suffit, suivant les expériences des Drs Bourrut et Burot (1), et autres, de mettre un sujet hypnotique en contact plus ou moins étroit avec un flacon renfermant une substance toxique ou médicamenteuse, pour que l’effet physique se produise sur l’organisme du même sujet. Le Dr Buchanam a donc pris des sensitifs — et non pas des sujets hypnotiques — d’ordre et de degré divers et leur a mis sur le front, par exemple, une lettre manuscrite en leur demandant d’en faire connaître l’auteur, tant au point de vue du caractère que de la personnalité.

Après lui, W. Üenton (Soûl of things (2)), le savant géologue américain, a perfectionné ce procédé en opérant avec un sensitif sur le front duquel il plaçait soit un fragment de marbre provenant de Pompéi, soit un échantillon géologique, soit même un rayon d’étoile ; et le sensitif racontait l’histoire de ce morceau de marbre, de cet échantillon, de cette étoile... N’y avait-il pas là transmission de pensées, suggestion mentale de l’opérateur au sujet ? C’est peu probable, car on expérimenta sur des sensitifs différents avec le même objet, et tous s’accordèrent dans leurs récits, récits que l’opérateur ne pouvait imaginer. C’est ainsi que l’on plaça successivement

(1) La, suggestion mentale et Vaction à distance des substances médica menteuses , 1 vol. in-12, Paris, 1887.

(2) [L'âme des choses] Wellesley, Massach-Denton publishings C°.

sur le front de trois sujets un fragment de dent d’éléphant provenant des mines d'or de Columbia, en Californie, où on l’avait trouvé sous un banc de lave : ces sujets firent, tous trois séparément, la même narration d’une chasse antédiluvienne où des hommes aux longs cheveux poursuivaient des mastodontes, et qu’interrompait subitement une effroyable éruption volcanique.

La conclusion du livre de W. Denton est à méditer sérieusement au point de vue qui nous occupe.

« L'histoire de beaucoup de nations dont nous n’avons Jamais entendu parler est à écrire, dit-il, et celle de toutes les autres est à récrire, pour remplacer les fables qui ont cours depuis si longtemps. Avec un fragment d’Egypte, gros comme un pois, nous pouvons apprendre plus de choses sur les Pharaons, que tous les hiéroglyphes ne nous en diront, ou que si Champollion et Lepsius nous avaient légué leur science. Un morceau de brique babylonienne peut ressusciter les anciens habitants des bords de l’Euphrate et faire passer devant nos yeux l'Assyrie d’il y a quatre mille ans : la psychométrie peut reculer les bornes de toute science. »

Depuis, le Dr H. Girgois, en France, a étudié ce phénomène, et Phaneg a publié une Méthode de clairvoyance psychométrique (1), mais nous n'avons pas encore retrouvé le procédé qu’utilisaient les prêtres égyptiens pour former les sujets psychométriques.

Pour mieux faire comprendre ce phénomène au lecteur, je citerai seulement deux brefs exemples rapportés par le Dr Encause, avec Phaneg comme sujet.

A. — On pose sur le front du sujet deux petits objets trouvés à une certaine profondeur au cours de fouilles dans le Colisée, à Rome. Après quelques secondes de concentration, il voit s’élever des colonnes, des gradins.

(1) Une broch. in-12, Paris, J902.

un cirque de grandes dimensions. Une foule énorme remplit cet édifice. La forme des costumes, les couleurs, blanc et rouge, qui dominent lui font reconnaître le Colisée sous les empereurs. Un ciel d’un bleu sombre frappe ses yeux. L'arène est couverte de sang, et des fauves sont accroupis auprès d’un monceau de cadavres. Seul, un jeune homme vêtu de blanc reste debout ; il est bientôt déchiré par un lion ; puis tout disparaît. Les deux objets utilisés étaient une dent de lion et une vertèbre humaine.

B. — Un jour, écrit le D G. Eucausse (1), dans une réunion à laquelle assistaient plusieurs savants et littérateurs, j’avais amené un de nos amis qui a développé en lui cette faculté de la psychométrie, M. Phaneg. Un assistant lui donna à étudier une vieille montre, qu’il portait sur lui. Mon ami vit : 1° Une cour, genre Louis XV, des nobles et des duels ; 2° Des scènes de la Révolution française : une dame brune, au nez aquilin, aux lèvres rouges traversant un couloir où il y avait un garde ; cette même femme poursuivie, à la lueur des torches, par des hommes en bonnets rouges, armés de fusils et de piques ; — la même femme gravissant les degrés d’un échafaud dressé au milieu d’une grande place, près d’une rivière ; puis remettant à un assistant les bijoux qu’elle portait sur elle et notamment la vieille montre, objet de l’expérience ; et enfin guillotinée ; — une scène d’opération dans un hôpital moderne. La personne qui avait donné la montre était stupéfaite. — Cette montre avait appartenu : 1° à un de ses ancêtres, tué en duel sous Louis XV ; 2° à une aïeule guillotinée sous la Révolution ; 3° mise en réserve, elle en avait été retirée, et portée le jour d'une opération chirurgicale faite à la femme de l’assistant.

(i) Papus, L’Occultisme et le spiritualisme , 1 vol. in , Paris 1903.

On a vu, de plus, au cours de cet ouvrage (1), une expérience de psychométrie qui m’est personnelle.

Voilà donc quelles sont nos principales sources de recherches historiques ; il est évident que, isolées, elles peuvent être regardées comme peu probantes et nécessitent une documentation accessoire et appropriée ; mais si quelque historien de l’école classique prétend leur refuser toute autorité, il me sera facile de répliquer ceci : « Les cataclysmes successifs dont la progression a été enseignée par la doctrine hermétique, et qui, pendant une durée de 72.000 ans, ont amené la dislocation, puis, il y a 8.000 ans, la disparition de l’Atlantide, ont été confirmés par la découverte relativement récente du Manuscrit Troano dont il a déjà été question plus naut (2) attribué aux Mayas (descendants américains de la race atlante), et par sa traduction. »

On voit que W. Denton n’a pas tort de regarder la psychométrie comme une des sources à venir de la préhistoire. Mais le point sur lequel la documentation hermétique de l’histoire dépasse énormément sa documentation courante, c’est qu’elle nous permet, en certains cas, d’être au courant d’éventualités particulières, bien que ces éventualités ne se soient pas effectivement réalisées dans la marche des événements.

Ceci peut paraître un peu obscur au premier abord mais s’éclairera facilement à la lueur d’un exemple que je vais poser.

Dans les desseins primitifs des Egrégores et du Démiurge qui gouvernent la marche de notre monde, il était une heure, marquée au gnomon des temps, où l’établissement préalable d’un vaste empire terrestre devait faciliter la diffusion d une religion exotérique, faite de douceur et d’amour, et destinée à la fois à remplacer les cultes gros-

(1) V. p. 500, note 3.

(2) Touvé au Yucatan et maintenant au Brilish Muséum de Londres.

siers et trop souvent sanguinaires qui se partageaient les peuples alors les plus éclairés de l’humanité, c’est-à-dire les plus faciles à rapprocher de l’idée-mère d’une foi supérieure, base ésotérique du culte scientifique établi par la pensée atlante et pratiqué ensuite dans tous les centres d’initiation.

Dans ce but, une migration atlante fut dirigée, en vue de sa colonisation, vers le pays de Masr (1) où elle fut particulièrement favorisée ; il lui fut donné de s’établir dans une contrée protégée de tous côtés par la nature, de façon qu’elle put y développer en toute sécurité sa civilisation, sa science, son art et sa puissance, car, de toutes parts, elle avait une double protection, et doublement efficace — la mer et le désert — tandis qu’un fleuve magnifique lui apportait la richesse.

Et c’est ainsi que le pays de Masr s'éleva de plus en plus, à travers toutes les vicissitudes qui marquent la vie des peuples comme la vie des individus. Et c’est ainsi qu’il porta une nation forte entre toutes parce quelle était destinée à la conquête du monde ; et c’est ainsi, enfin, qu’il devint le siège souverain de l’auguste Science, unie à la foi, dont il était dans ses destinées d’éclairer la moitié de l’humanité quand en serait venue l'heure de sublime révélation.

Car la main des Invisibles s'étendait sur son peuple ; l’esprit de Dieu était avec lui, et il était placé de telle façon que, dans l’avenir, sa domination pût s’étendre des confins occidentaux de l’Europe et de l’Afrique aux limites extrêmes de l’Asie orientale, c’est-à-dire embrasser tout le monde connu des anciens.

Le dessein des Egrégores avait donc tracé, dans l’avenir, le plan d’une évolution superbe de l’humanité, dont l’impulsion devait émaner de l’empire de Masr, en répan-

(1) Plus tard, le Misraïm de la Bible, et, plus tard encore, l'Egypte.

dant la science et la foi de ses sanctuaires sur tous les peuples qu’énombrerait sa puissance.

Mais, contre le dessein auguste des Invisibles, se dressa alors la passion de l’homme, unie à son libre arbitre, et le pays de Masr commit un crime abominable, un crime de lèse-humanité à la suite duquel la force divine se retira de lui pour susciter, à l’accomplissement de ses vues, un autre peuple dont l’avenir devait, de lui, le dominateur éventuel du monde, faire l’esclave méprisé.

Gomment cela arriva-t-il ? Voici :

L'Egypte a toujours été, comme on l’a qualifiée de tous temps, « un présent du Nil ». C’est le Nil qui, par l’alluvion que déposent ses inondations périodiques, lui a donné, dès l’origine, sa fécondité, et, par suite, sa richesse.

Or, dans les temps bien antérieurs à la préhistoire, le Nil n’était pas ce qu’il est aujourd’hui : le fleuve qui arrosait le pays de Masr, était uniquement formé par le Bahr-el-Asrak, le Rahat, l’Atbara et leurs affluents, qui constituent le Nil bleu ; c’est dire que le Nil d’alors était beaucoup moins important qu'il ne Test à notre époque, puisque les innombrables cours d’eau qui forment de nos jours le Nil blanc n’en faisaient pas partie. Après s’être rapprochés dans la plaine de Sennaar, les deux fleuves divergeaient : le Nil bleu remontait vers le Nord et fécondait l’Egypte, tandis que le Nil blanc, bien plus considérable, obliquait vers le Nord-Ouest, recevait le Wahdi Melk et allait se jeter dans une mer intérieure au sud de la Libye. Les rivages de cette mer intérieure recevaient d’ellô une certaine fécondité, et de nombreuses peuplades vivaient sur ses bords.

Or, les colonies atlantes établies dans le pays de Masr comprirent vite que la fertilité de cette région — et, par suite, leurs richesses — reposaient uniquement sur le volume des eaux du fleuve et que ces richesses seraient décuplées si l’on décuplait le débit du Nil ; et la con-

l’occultisme et la science

voitise humaine est mauvaise conseillère, surtout quand elle possède le moyen de se satisfaire.

En Tespèce, ce moyen, c’était la science — la science pure de l'Atlantide dont les migrations avaient apporté avec elles les principes et que, pendant une longue suite de siècles de paix et de prospérité, leurs sages avaient creusée au point d’en faire l’armature morale du peuple... la convoitise humaine n’hésite pas — et tel fut le crime du peuple de Masr.

Sur le cours du Nil blanc et du Wahdi Melk, les ingénieurs sortis des Temples entassèrent collines sur collines, de façon à boucher aces cours d’eau l’accès de l’ouest et les contraindre à infléchir leur marche vers le nord, pour augmenter dans des proportions énormes les eaux du Nil du Masr — et ce pays, dès lors, connut une fécondité à nulle autre semblable, et la richesse de son peuple s’en accrut d’autant, t Mais alors, privée des eaux du Nil blanc dont le volume énorme l’alimentait, la mer intérieure du sud Libyen vit baisser son niveau que ne suffisaient plus à maintenir d’autres cours d’eau secondaires dont les sources tarirent par la suite, et, à la longue, elle s’assécha complètement, découvrant son fond de sable qui, aujourd’hui, constitue le Sahara : les populations riveraines moururent ou furent contraintes à l’émigration : le peuple de Masr avait ainsi commis un crime de lèse-humanité qu’il lui fallut expier.

La protection des Egrégores se retira de lui pendant que s’appesantissait sur ses fils la colère du Démiurge. Les desseins des Entités directrices modifièrent la marche de l’avenir et suscitèrent, sur les bords du Tibre, le peuple qui devait dominer le monde: — les descendants du peuple de Masr, au lieu de guider l’humanité vers ses lendemains, tombèrent dans l’esclavage de Rome, et les proconsuls détruisirent la science de l’Egypte dans l’anéantissement de ses Mystères.

Telle fut la rançon d’un crime de lèse-humanité...

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