PARALLÈLE
L'Occultisme n'est aujourd'hui, si je puis m’exprimer ainsi, qu'une science d’attente; il est destiné à se fondre dans la science normale quand celle-ci, comprenant que son esprit misonéiste et sa vaniteuse suffisance ne peuvent qu’entraver ses efforts vers le progrès, cessera de le railler pour étudier ses doctrines, ses théories et ses faits, au lieu de hausser les épaules devant les uns et de nier les autres : un fait établi ne peut que puiser une nouvelle force dans la négation qui l’a accueilli, car il arrive toujours une heure où ses négateurs ont leur attention forcée, où ils sont obligés d’avouer leur erreur
sinon leur insuffisance.
Cette fusion des deux sciences est-elle proche ? Nul ne le sait. Certainement, à n'examiner que les phénomènes qui se pressent de toutes parts, sollicitent letude de quiconque est sans parti pris, et que nient seules l’ignorance et la mauvaise foi, on est tenté de penser, comme mon regretté Maître, le colonel de Rochas, que « l'Occultisme sera la science du xxe siècle ».
D’autre part, je suis absolument de l’avis deM. Decrespe lorsqu’il dit (1) :
« L’occultisme, qui repose, au fond, sur les mêmes principes que les mathématiques, et qui se guide sur une philosophie en accord parfait avec les mathématiques,
(1) Principe s de Physique occulte. Les microbes de l'astral , 1 voh in-12, Paris, 1895.
constitue ainsi, quoi qu’en aient dit les ignorants, une des formes de Ja science parfaite, ou. suivant l’expression de Malfatti de Montereggio, de la Mathèse; c’est, à ce titre, une des plus belles expressions du positivisme, équilibrant les affirmations incomplètes, mais précises, du matérialisme et les grandioses mais vagues visions du synthétisme mystique. Aussi voyons-nous que, grâce à l’occultisme, Malfatti lui-même, puis les Drs A. Péladan et G. Encausse-Papus ont pu introduire une méthode dans la médecine même, la moins méthodique de toutes les connaissances humaines (1). Mais il est à craindre que cette méthode, si remarquable par sa lumineuse simplicité et .la multiplicité de ses applications possibles, ne soit pas de sitôt adoptée par l’École, en attendant que la force même des choses l’ait imposée au corps médical. »
Ce que l’auteur cité dit ici de la médecine peut également s’entendre de toutes les autres sciences ; mais, pour en arriver là, et avant même que soit envisagée la possibilité d’un tel avenir, il faut tabler sur cet entêtement, fait d'égoïsme et de vanité, qui est le propre des scientistes de notre époque et qui leur interdit de modifier la manière de voir qu ils ont faite leur, à laquelle ils se sont attachés de toute la force de leurs études, et en dehors de laquelle, pour eux, tout ne peut être que préjugé, mensonge et fausseté. Et pour comprendre la force d’inertie que présente cet obstacle au progrès, il suffit de constater que la théorie de la transmission de la lumière par ondulation, connue et établie depuis deux siècles, n’a été admise, par les académies qu’en ces temps tout derniers seulement, tant avait acquis de force, par sa durée même, la théorie fausse de la vibration.
(1) Pendant que les Fugairon, Delézinier et autres, comparant la science moderne avec la Sagesse antique, tentent dJouvrir aux recherches contemporaines une voie nouvelle qui ne serait autre que celle des vieux enseignements mystériaux ( Note de l’auteur).
D’autre part, il convient de voir les choses telles qu elles sont et de ne pas dénier toute valeur à la science officielle pour en faire ressortir d’autant plus la valeur de l’Occultisme : chacune des deux sciences a sa valeur propre, et, en ce qui me concerne, c’est toujours à la lueur de la science normale que j’étudie le phénomène occulte, et c’est en utilisant, autant que possible, les procédés scientifiques — naturellement en leur appliquant la loi occulte d’adaptation — que je me rends compte de sa valeur.
11 a été montré plus haut, en un rapide schéma, à quels degrés, à quelles quantités d’erreurs doctrinales et pratiques aboutit la science telle qu’on nous la montre à l’heure présente... Est-ce à dire que tout en elle est erroné? Loin de là; il est au contraire un point sur lequel elle possède une indéniable supériorité sur 1 Occultisme : je veux parler de ses travaux analytiques de laboratoire, car, au point de vue de l’analyse, elle est outillée comme jamais ne le fut la Science mvstériale, et, à ce point de vue, on peut dire d’elle qu’elle a fait des pas de géant.
Ceci dit, on admettra bien que soient regardées comme absolument pitoyables toutes les tentatives répétées qu’elle a faites pour se créer une synthèse : tous les résultats auxquels elle a été amenée dans cet ordre d’idées ont été plus lamentables les uns que les autres, au point que, actuellement, elle ne sait dans quelle catégorie ranger les connaissances nouvelles qui surgissent à chaque instant. Voyez plutôt la thérapeutique mentale et l’hypnotisme que se disputent âprement le philosophe et le médecin.
— La thérapeutique mentale est démon ressort, affirme le médecin puisqu’elle soulage des malades.
— Point du tout, réplique le philosophe : les maladies du corps vous regardent seules : les maladies de 1 esprit regardent la psychologie.
— Où avez-vous étudié la thérapeutique? interroge le médecin.
— Et vous, rétorque le philosophe, citez-moi donc une seule Faculté de médecine où la psychologie, loin d'être étudiée comme chez nous, soit seulement abordée !
De même l’hypnotisme.
— C’est le corps que nous endormons, déclare le médecin.
— Nenni, objecte le psychologue; si le corps s’endort, c’est qu’il n’a rien à voir dans ces phénomènes où seul l’esprit est en cause.
Or, entre toutes les sciences, quelles qu’elles soient — physique, médecine, géologie, zoologie, astronomie ou chimie, etc., il existe des sciences en quelque sorte intermédiaires que, sans une bonne synthèse générale, on ne sait à quelle catégorie rapporter.
Et cette synthèse a toujours manqué à- la science normale pour laquelle les classifications imaginées par elle ont sans cesse reposé sur une base purement factice qui s’effondre devant chaque découverte nouvelle; et chaque découverte nouvelle fait en même temps éclater, comme trop étroit, le cadre établi non pas sur des principes, non pas même sur des lois, mais sur des faits et rien que sur des faits.
La Science mystériale, elle, au contraire, basait sa synthèse sur un principe, le Principe qui domine tout, Dieu, Dieu pris en soi, comme principe des principes sur le plan divin, c’est-à-dire l’énergie universelle, devenant sur le plan astral la force universelle, source et origine de toutes les autres forces, laquelle, à son tour se manifeste sur le plan matériel par sa modalité physique, la vie universelle.
L’enseignement du Temple se réduisait donc uniquement à l’étude de la force universelle, de la vie, dans ses diverses manifestations.
Etudiant d’abord la nature naturée, la nature desphé-
nomènes, des effets, l’aspirant à l'initiation apprenait les sciences physiques et naturelles. Quand il avait constaté que tous les effets dépendaient d'une même série de causes, quand il avait réduit la multiplicité des faits dans l’unité des Lois, l’initiation ouvrait pour lui le Monde des causes. C’est alors qu'il pénétrait dans l'étude de la nature naturante, en apprenant les Lois de la Vie, toujours la même dans ses diverses manifestations; la connaissance de la Vie des Mondes et des Univers lui donnait les clés de l'Astrologie, la connaissance de la Vie terrestre lui donnait les clés de l’Alchimie.
Montant encore d’un degré dans l'échelle de l’initiation, l'aspirant retrouvait dans l’homme la réunion des deux natures, naturante et naturée, et pouvait, de là, s’élever à la conception d’une force unique dont ces deux natures représentent les deux pôles.
Peu d’entre les hommes atteignaient la connaissance et la pratique des sciences supérieures qui conféraient des pouvoirs presque divins. Parmi ces sciences, qui traitaient de l’essence divine et de sa mise en action dans la nature par son alliance avec l’homme, se trouvaient la Théurgie, la Magie, la Thérapeutique sacrée et l’Alchimie dont l'aspirant avait entrevu l’existence au deuxième degré de son initiation.
« Il n’y a pas eu qu’un seul ordre, l’ordre naturel, d’étudiô dans la science antique, il y en a eu quatre. Trois d’entre eux embrassaient la Nature naturante, la Nature naturée et enfin la Nature humaine qui leur sert de lien ; et leur hiérogramme était EVE, la vie (1).
« Le quatrième, représenté dans la tradition moïsiaque par la première lettre du nom de 1EVE (2) correspondait
(1) Cf. Genèse II, 23. Le nom que porte le texte hébreu est Ischa , (féminin de Isch, homme), m. à m. hommesse, et ce n'est que bien plus tard, en application des enseignements de la Kabalah, qu'on a identifié Ischa l'hommesse avec EVE la Vie ( Note de l’auteur),
(2) lod , Hèy Vau , lié généralement prononcé Yahveh ou Jéhovah. Le iod
à une tout autre hiérarchie de connaissances, marquée du nombre 10...
« Un fait certain, c’est que, dans ce cycle de civilisation, l’Unité du Genre humain dans l’Univers, f Unitéde l’Univers en Dieu, l’Unité de Dieu en lui-même étaient enseignés non pas comme une superstition primaire, obscure et obscurantiste, mas comme le couronnement lumineux, éblouissant d’une quadruple hiérarchie de sciences, animant un culte biologique dont le Sabéisme était la forme.
(i Le nom du Dieu suprême de ce cycle, Iswara, Epoux de la Sagesse vivante, de la Nature naturante, Pracriti, est le même que Moïse tira, près de cinquante siècles ensuite, de la Tradition Khaldéenne des Abramides et des sanctuaires de Thèbes, pour en faire le symbole cyclique de son mouvement, Iswara- El, ou, par contraction Israël, Intelligence ou Esprit royal de Dieu (1). »
J’ai montré plus haut ce qu’était la synthèse de la vieille Science mystériale, basée sur le nom ineffable 1EVE et étudiant partout et avant tout la Force universelle de la Vie considérée dans ses manifestations humaines et animales, dans ses manifestations cosmiques et physiques, et enfin dans son essence, et divisant, tout naturellement, le savoir humain en trois classes : sciences androgoniques, sciences physio-cosmogoniques et sciences théogoniques.
Cette synthèse constitue un cadre d’une admirable simplicité, puisque Dieu, considéré comme essence de toute chose et source de la Vie, en occupe le sommet, et que ce sont, par suite, les modalités primordiales de la Vie qui en forment les assises ; où toute science poss ble vient se ranger à sa place, qu’elle regarde le monde
renfermait les connaissances les plus transcendantales, les sciences théurgiques {Note de l’auteur).
(1) V. Saint-Yves d’Alveydre, Mission des Juifs (lv. in-8°, Paris, 1884) p. 99 seq.
(2) Papus, Traité élémentaire de Science Occulte , 1 vol. in-12, Paris, 1398.
matériel, l’homme, la grande force cosmique (qu’ignore encore la science normale; ou les Principes souverains.
Et la science de notre époque déjà en possession d'un très riche système analytique, acquerrait un incommensurable éclat le jour où elle adopterait cette, grandiose synthèse élaborée dans le passé, par l’effort continu et commun de milliers d’intelligences humaines échelonnées sur des centaines de siècles.
Oui, mais...
Mais il y a en ce moment, pour atteindre ce but, un infranchissable obstacle ! On a pu lire, dans Jes pages précédentes, cet invraisemblable roman de la Science, à peine ho*’s de ses langes, en haine d’une Eglise qui, je le concède, l’avait tenue trop longtemps en des iisières trop étroites, se précipitant dans un matérialisme sans issue et, ce qui ajoute au grotesque de l’aventure, maintenant reconnu inexistant faute de base, puisque, en fin d’analyse, la matière est inexistante par elle-même, la matière est une énergie spirituelle, la matière est une émanation de Dieu !
L’enseignement mystérial le savait bien en plaçant Dieu au sommet de sa synthèse scientifique ; mais la Science moderne ne demandera-t-elle pas quelque temps et n’usera-t-elle pas quelques générations avant de faire — elle, si vaniteuse ! — une si humiliante conversion, avant de brûler ce qu’elle a adoré pour adorer ce* qu’elle a brûlé?
Or, ce qu’elle adore en ce moment, la synthèse sur laquelle elle vit, repose sur des assises tout à fait factices; elle l’a, par suite, modifiée plusieurs fois avant ce jour: et, maintenant elle la constitue comme suit, et d’une f içon si instable que, nou seulement les détails mais encore l ensemble en varient presque suivant chaque auteur.
Quoi qu il en soit, voici son cadre actuel, pris dans une encyclopédie de notre époque.
Sciences mathématiques et sciences physiques.
Sciences naturelles et médicales.
Histoire, géographie, statistique.
Religion, morale.
Législation, administration.
Education, littérature.
Beaux-arts.
Agriculture.
Commerce et industrie.
Economie.
On le voit de prime abord : le hasard seul a présidé à l’élaboration de cette synthèse qui, en résumé, n’en est pas une tant elle est factice. Et s’il se présente quelque science nouvelle qui ne puisse rentrer dans aucune de ces rubriques? C’est très simple : on ouvrira une rubrique nouvelle — de telle façon que ce ne sont pas les sciences qui viennent se ranger dans cette soi-disant synthèse, mais c’est la synthèse qui vient s’adapter aux sciences... N’est-ce pas purement enfantin?
Le lecteur est prié de se reporter plus haut au tableau de la synthèse scientifique telle que l’a établie la sagesse antique, et il verra d’un simple coup d’œil toute la différence qui existe entre les deux classifications ; cette différence est bien claire : c’est celle qui se rencontre entre la simplicité et la complication, entre le naturel et le factice, entre la lumière et les ténèbres, entre la vérité et l’erreur-
Ne comptons donc pas, de la part de la Science moderne, sur un meâ culpâ précipité, et, avant que l’occultisme vienne se fondre en elle au point de n’être plus qu’un souvenir pour les curieux du passé, voyons plutôt quels sont les rapports existant aujourd’hui entre l’une et l’autre Science.
Les tenanciers de la science officielle ne peuvent, c’est convenu, entendre même prononcer le nom d’Occultisme
sans avoir ce haussement d'épaules qui est l’indice un peu naïf de la supériorité — non pas réelle, mais qu'ils s’attribuent, ce qui est très différent.
Or, nous avons vu plus haut combien sont vaines beaucoup de leurs théories primordiales; nous avons ensuite touché du doigt les crimes où les a entraînés l’application de ces théories fausses par une incommensurable vanité ; nous venons de comparer la synthèse établie par les scientistes modernes avec celle que nous ont léguée nos maîtres de l’antiquité, comparaison qui, certes n’est pas à l’avantage des travaux modernes. 11 nous reste maintenant à examiner deux de leurs aspects particuliers : voir où elles en sont l’une et l’autre à l’heure actuelle, tant respectivement qu’individuellement, et quelle tâche immédiate s’impose à l’une et à l’autre.
La science normale, je l’ai montrée trouvant son aboutissement actuel et logique dans la restauration mondiale de deux effroyables divinités qui devraient être depuis longtemps périmées : le Veau d’or et le Moloch de la guerre — délaissant, dans son amoralité, l'âme grelotter comme une gênante pauvresse à la porte de ses palais.
L’occultisme, au contraire, épanouissement moderne de la vieille Sagesse mystériale, nous le voyons chaque jour flamboyer davantage sous les travaux des maîtres contemporains. Pourquoi? tout simplement parce qu’il a fait sienne, dès l’origine, l’étude des énergies psychiques, des forces et des pouvoirs que l’âme recèle en soi, et parce que l’instinct des foules — j’entends des foules intelligentes, bien que ces deux mots semblent jurer de se voir accolés — écœurées jusqu’à la nausée du néant matérialiste, et assoiffées d'une foi nouvelle, d'une foi scientifique, comprend que la connaissance de la haute Science antique et l’examen des phénomènes qu’elle nous apporte, remettra l’âme à la place qui est naturellement
sienne, au sommet de la Société moderne pour nous guider, par la lueur éclatante et pure de son flambeau, vers la civilisation de demain.
TelJe est eu effet la part de la Sagesse ancestrale: donner à l'homme la véritable connaissance de lui-même, de ses origines comme de son devenir, avant d'être absorbée par la science moderne, grande par ses travaux mais nulle dans ses principes et amorale dans son essence.
En attendant cette fusion, fatale quoique peut-être encore bien éloignée, quelle peut être la tâche immédiate de la science officielle? Eh! tout simplement ce qu'elle fut dans le passé où ses plus belles découvertes furent précisément celles auxquelles elle fut amenée, à son corps défendant, par la seule force logique des choses — en les empruntant aux dogmes de l’Occultisme.
Cette conclusion peut sembler étrange : il n’en est rien. J'ai déjà eu l’occasion d’effleurer ce sujet; voici le moment de montrer quels — emprunts — pour ne pas employer d’autres termes, la science, actuelle a subrepticement faits à l'occultisme, et de nous dematnder ce qu’elle serait, réduite à son seul bagage...
On a déjà vu plus haut que beaucoup de ses instruments actuels — télescopes, microscopes, etc., — qu’elle se figure naïvement avoir inventés, étaient bien connus des savants de l’antiquité : ils ont été simplement perdus dans la nuit de longues ténèbres du Moyen Age, et ensuite retrouvés.
De même certaines théories — loi de la chute des corps, fonctionnement de notre système planétaire, etc., qu’elle s’enorgueillit d’avoir établies, se rencontrent écrites dans les œuvres des anciens sages — et n’oublions pas que, dans l’Antiquité, tout savant, à d’excessivement rares exceptions près (1), était un initié des sanctuaires.
(1) La plus notable de ces exceptions, dans le monde hellénique, fut Aristote dont l'esprit, de vaste envergure et- souverainement intuitif
Il va sa as dire, d’autre part, que ce qui suit ne peut être qu’un très modeste aperçu des emprunts dont il s’agit, qui se b< ornera à mentionner simplement quelques-uns des faits ] es plus saillants : les énumérer tous nous exposerait à j >rendre en détail chacune des sciences actuelles depuis A jusqu’à Z et à montrer que, à part ce qui concerne les travaux d’analyse pour lesquels les laboratoires d’aujour< i’hui sont outillés comme jamais n’ont pu l’être jadis cei ux des centres initiatiques, tout ce qu'il y a de juste et de vrai en elles provient de la Science monumentale des anciens.
Parle ns d’abord de l’Unité de la matière dont il a déjà été dit quelques mots, et de son corollaire obligé, la transro utation des corps.
Les officiels du siècle dernier ont-ils assez fait de gorge- s chaudes sur ces ignorants alchimistes et souffleurs du JY loyen Age qui, héritiers et détenteurs des grands principes de la Sagesse antique, croyaient la matière une puisqu’elle dérive toute d'une émanation de l’Essence prei nière ? Dès lors qu’eux-mêmes n’avaient pu pousser l’amalyse plus loin que les corps simples, c’est, indubitable, ment, parce qu’il n’existe rien au delà... Et voici que, tout d’un coup, alors qu’était parfaitement assise, alors qu’était intangible la doctrine de la comple xité de la matière, à la suite des travaux de Berthelot, de Joannis et d’autres chimistes contemporains, la matière s'est révélée une,,. Ce fut une stupeur !... Quoi donc ? La science se Prouvait obligéede reconnaître que les naïfs alchimistes (1) du Moyen Age avaient raison contre elle ? Mais cette
•pénétra certains secrets que son maître, Platon — un initié, cehii-là — ,*ne lui avait pas révéléu. Le nombre des sages antiques non initiés est •absolument infime.
(1) C'est à tort que ram considère aujourd'hui la vieille alchimie seulement comme mère de la chimie actuelle ; ses théories étaient autrement vastes et élevées, et l'om serait plus près de la vérité en regardant l'achimie comme science» de la Vie. Voir plutôt ses recherches sur l'or potable, la panacée universelle, le mercure des philosophes, etc.
stupeur fit place à une stupeur plus profonde encore quand on apprit qu’un chimiste américain, leD1’ Emmens, reprenant les essais de Carey-Lea, fabriquait, dans son Argentaurum-Laboratory, à l aide de piastres d’argent du Mexique (1) portées à la température de 5.000 degrés et soumises à d’énormes pressions, 800 tonnes par pouce carré, et à un battage extra-rapide, de l’or que la Monnaie de New-York lui achète comme or en lingots ; ne pouvant nier le fait, on l’étouffe sous un silence général. Mais voici que les travaux se pressent de toutes parta et que, de toutes parts aussi, l’utilisation de procédés nouveaux a donné des résultats aussi concluants qu’inattendus : tout dernièrement encore, Sir William Ramsay, le grand chimiste anglais, a fait des expériences où, sous l’influence de l’énergie mise en liberté par l’émanation du radium, il a transformé du cuivre en potassium, en sodium, en lithium et prouvé même que les métalloïdes ne se différencient pas des métaux puisque, par le même moyen, il a transmué en carbone, successivement du plomb, du thorium, du titanium et du silicium.
Un autre corollaire de l’unité de la matière est sa di visibilité à l’excès. La science admettait bien cette divisibilité pour certains corps où elle ne pouvait la nier, le musc, par exemple ; mais elle s’en tenait à l’atome qui lui semblait la limite extrême, infranchissable, de la matière divisée, bien que les théories occultistes soutinssent que la matière, divisée à l’extrême, n’est plus rien en tant que matière (2)... C’est absurde ! prononçait la science ; comment admettre que rien ajouté à. rien produise quelque chose? Cela devient fou!... (3) Or voici que l’intangible atome
(1) Tout autre argent que celui du Mexique est impropre à cette transmutation : il n’est pas assez mur, suivant le terme des alchimistes.
(2) Mâyâ guna mayi, dit le vieil adage sanskrit : la matière n’est que de l’illusion produite par les apparences des choses.
(3) Telle est cependant, cela a été démontré plus haut, sa théorie actuelle de la matière.
a fait place successivement à l’ion, puis à l’électron, puis à l’émanation (radio-activité). Encore trois degrés à franchir, dit la doctrine occultiste, et vous arriverez à l’ultimate. à la monade, qui n’est plus qu’un minuscule sphéroïde d’clectricité tourbillonnant sur soi-même en un multiple mouvement d’ordre solénoïdal : et cette électricité n’est plus, à ce degré, ce que vous appelez de l’électricité, mais quelque chose d’intermédiaire entre l’électricité physique et la Vie astrale ; c’est un tourbillon vital, c’est le septième état de la matière (1).
Le clan scientifique s'était déjà fortement égayé lorsque William Grookes, un autre chimiste anglais, avait révélé le quatrième état de la matière, l’état radiant... Maintenant, il ne sait trop s’il doit rire, et il cherche... Or, la possibilité de division de la matière bien au delà des limites connues lui apparaît maintenant à chaque instant, par exemple quand il arrête en plein développement la prolifération de la foisonnante moisissure connue sous le nom d ' Aspergillus niger simplement en la cultivant sur une lame d’argent, ou quand il paralyse instantanément dans un tube à fermentation les colonies microbiennes les plus vivaces, par la seule introduction dans le tube, d’un petit fil d’argent...
Si donc, à l’heure actuelle, la science officielle croit avoir trouvé l’unité de la matière..., c’est une erreur. — 11 y a quelques millénaires que cette unité de la matière est enseignée par la Sagesse antique.
Et l’unité de l’énergie I
La doctrine mystériale nous apprend, depuis des milliers d’années : Le rayonnement constant du Principe des principes est à la fois Esprit, Essence et Énergie. De ce rayonnement primordial émane, dans notre univers, tout
(1) Dans un autre ouvrage [U occultisme et la. Vïe, sous presse) j'aurai à préciser, d’après des expériences de psycho-physiologie, les états et les formes par lesquels passe la matière avant d’aboutir à l’ultimate.
MWMH
ce qui est intelligence, tout ce qui est matière, tout ce qui est force.
— Mais, objectera un officiel, il y longtemps que nous connaissons l’unité de l’énergie !
— Est-ce bien sûr ? Voyons donc cela d’un peu près.
Les progrès de la mécanique, amenant les transformations des modes d’application d’une même force vous a fait, depuis deux ou trois siècles, soupçonner l’unité fondamentale de l’énergie, mais quand donc cette vérité estelle entrée dans le dogme scientifique ? Seulement le jour où vous avez constaté que l’électricité peut se muer à volonté en lumière, en chaleur, en forces physiques, chimiques, etc. — Or, les débuts de l’électricité dans la science moderne ne remontent pas si loin dans le passé...
Et même, cette reconnaissance de l’unité de l'énergie vous a joué récemment un assez vilain tour qu’il est opportun de rapporter ici :
(Juand il fut prouvé que la matière poussée à ses extrêmes limites n’existe plus en tant que matière — c’est alors que, plutèt que d'admettre que la matière, au fond, n’est qu’esprit, vous avez préféré poser l’absurde formule 0 + 0-1 dont j’ai, plus haut, égayé m*s lecteurs; quand dis-je, vous avez été obligé, par les progrès de l’analyse à reconnaître que la matière n’existe pas, un grand trouble s’est emparé de votre esprit et votre philosophe a battu la campagne : n’était-il pas, en effet, assez ridicule de s’intituler matérialiste quand on admet l’inexistence delà matière? Vous avez dit que la matière n’est qu’un agrégat de forces diverses : pesanteur, cohésion, forme, etc. Mais alors le camp matérialiste s’est nettement scindé en deux, le mécanisme et le monisme ? — Etes-vous mécaniciste? vous n’expliquez rien car enfin si vous admettez la transmutation des forces les unes dans les autres, vous demeurez muet quant à leur origine qu’il nous importe surtout de connaître — Etes-vous au contraire moniste ? C’est mieux
car enfin vous admettez que toutes les forces dérivent d’une énergie première. Mais je vous ferai remarquer que le plus pur spiritualisme n’a jamais dit autre chose, avec cette seule différence de mots que, ce que vous appelez l’énergie première, il l’appelle Dieu.
C’est ce qu a très bien vu le farouche moniste Hæckel quand il a écrit quelque part à peu près ceci : L’étude de la science ne présente plus rien d’incompatible avec la croyance à l’existence de Dieu.
Donc, vous, prétendez être arrivé à admettre l’unité absolue de l’énergie ? Allons donc ! Combien d’entre les officiels seraient maîtres de réprimer un haut-le-corps si je leur affirmais brutalement : l'élasticité d’un ressort d acier et le développement d’une colonie microbienne constituent l’expression d’une seule et même force. Et, ën effet, dans votre théorie de l’unité de l’énergie, vous n’oubliez que l’énergie principale : la Vie !
Autre chose.
L’histoire occulte a toujours enseigné : « L’Amérique méridionale est le reste d’un continent maintenent disparu et qu: fut le berceau de notre science par suite des migrations de sa population dans le vieux monde encore barbare. Avant lui, un autre continent avait existé dans l’océan du sud, et, encore avant lui un autre continent avait vécu sous le pôle nord, d’où provient notre race blanche... »
Pures rêveries ! ripostait la science sûre d’elle-même : l’humanité ne remonte pas à plus de dix mille ans.
Et voici que le Louvre acquiert une stèle gravée il y a précisément dix millénaires ; et voici que les sondages faits à travers l’Atlantique pour la pose des câbles télégraphiques démontrent qu’il y eut là un continent où foisonnait la vie, et l’on se rappelle ce qu’on appelait la légende de Platon sur l’Atlantide ; et voici que l’anthropologie découvre qu’une même race humaine a peuplé toutes les îles de l’Océanie, ce qui ne peut s’expliquer que
l’occultisme et la science
si l’Océanie fut jadis un continent (la Lémurie) dont subsistent seuls les sommets des montagnes ; et voici encore que la découverte d’ossements de mammouth dans les glaces polaires, et de gisements de houille au Groënland montre que la Boréalie fut jadis un pays tempéré c’està-dire habitable, c’est-à-dire habité ; et voici enfin que toutes sortes de découvertes s’unissent pour montrer à la science ses erreurs successives ; les historiens de l’heure ne traitent plus de fables, comme le firent si facilement et si vaniteusement leurs devanciers, les affirmations de Manéthon, de Bérose et de Sanchoniathon, mais, au contraire, ils basent leurs travaux sur ce qui reste des leurs, pour étudier une humanité effroyablement reculée dont la connaissance les conduira successivement à celle de FAtlantide (1), de la Lémurie, de la Boréalie...
Dès la plus haute antiquité, la Sagesse des sanctuaires proclamant : La Vie est partout dans l’univers. La vie se manifeste par le mouvement et tout mouvement est de la vie ! Durant des siècles la science protestait: L'homme seul est vivant ! Les animaux, pour l’esprit superficiel seul, paraissent mus par la vie ; ils ne possèdent qu'un principe animateur très inférieur, qui, à première vue, peut sembler de la vie mais qui, en réalité, n’en est pas. N’y a-t-il pas deux siècles à peine que Biaise Pascal ne voyait dans l’animal qu’un automate — un merveilleux automate, il est vrai, mais enfin un automate ?
Et, à la même époque, est-ce que Malebranche — un maître de la philosophie, pourtant — ne répondait pas à un de ses amis qui lui reprochait de battre trop brutalement son chien : — Est -ce que vous croyez, par hasard, que les animaux ont de la sensibilité ?
Donc, pour la science, la vie supérieure, la vie intelligente de l’homme était seule de la vie !
(1) V. p. 251, seq et 308 seq.
Mais voici que la physiologie a découvert une vérité de La Palisse, une vérité qui crevait: les yeux : l’homme, au fond n’est qu'un animal, et les fonctions physiologiques de l’homme ne diffèrent pas des fonctions physiologiques de n’importe quel vertébré supérieur. Alors, ignorante du moyen terme et de la juste mesure, la science outrancière s’est jetée dans l’extrême opposé, et ce avec d’autant plus de violence que cette nouvelle doctrine l’éloignait davantage des enseignements religieux : dès lors, pour elle, l’homme n’a plus été qu’un pur et simple animal, quelque chose comme un singe d’ordre un peu plus relevé, voilà tout. — Mais l'intelligence? — L'intelligence? Allons donc ! l’intelligence est simple fonction' du cerveau ! Et, de déduction fausse en déduction fausse, on aboutit à cette formule qui illustra le xix° siècle : « Le cerveau secrète la pensée comme le rein secrète l’urine ! » Dès lors, au moins, les animaux étaient regardés comme êtres vivants au même titre que l’homme.
Mais voici que, entre temps, on avait trouvé — retrouvé, plutôt car la doctrine était enseignée dans les cryptes sacrées, et Hippocrate l'avait professée — le phénomène de la circulation sanguine. Ce fut un haro dans toute la science lorsque G. Harvey fit connaître sa découverte (!) qu’il ne réussit pas à faire accepter, malgré l'appui de Charles Ier, et qui ne fut admise qu’assez longtemps après lui, tant le misonéisme de la science officielle est de tous temps ! Par cette découverte, la théorie occultiste se vérifiait : la vie, c’est du mouvement !
Or, des expériences de physiologie végétale viennent ensuite démontrer que la sève circule dans la plante comme le sang dans l’animal. Quoi donc? La plante seraitelle douée de vie, elle aussi ? D’abord on se refuse avec horreur à une telle doctrine, mais cette doctrine s’affirme ; on trouve des analogies : la graine n’est qu'un œuf végétal, et les phénomènes de croissance, de décrépitude
et de mort se retrouvent, dans la plante, identiques à ce qu’ils sont chez l’animal : on est bien forcé d’admettre que la plante vit au même titre que l’homme, bien que sa vie s’exerce dans une modalité toute spéciale.
Lancé sur cette voie, on constate que certaines pierres, les coraux, par exemple, développent des rameaux analogues à ceux des arbres... Scandale 1 Est-ce que le corail serait une pierre vivante ? Heureusement des études microscopiques vinrent mettre les choses au point : le corail n’est pas une plante, mais un agrégat de madrépores, animalcules invisibles à l’œil nu, et dont seule l’agglomération donne au corail une apparence arborescente. On respira.
Mais l’impulsion était produite. De même qu’entre le règne animal et le règne végétal on avait trouvé les zoophytes, sur la classification de certains desquels on hésite encore, de même, se rappelant le mot de Linnée Natura non facit saltum ; on se demanda si Ton ne trouverait pas les intermédiaires entre la plante et le minéral. Et, les ayant trouvés, on agita la question de savoir auquel d’entre eux s’arrête la vie. La réponse est venue de l’Occultisme: « La question ne se pose même pas, puisque la vie est partout.
Aujourd’hui, la science en est arrivée à admettre — et encore pas par tous ses représentants, loin de là ! — que le cristal est la première manifestation de la vie. Ce n’est qu’une concession de détail, dira-t-on... D’accord, mais c’est une concession dont les conséquences peuvent être incommensurables : en effet, l’étude microscopique appliquée aux sables, aux cailloux, nous apprend que tout minéral se cristallise... Alors, quoi ?
Du fait, le lecteur tirera la conclusion affirmée depuis des millénaires par la Science mystériale : « La vie est en tout ! La vie est partout ! »
Quant à l’apparition de la vie à la surface de notre
globe, la science normale, après avoir beaucoup erré entre les doctrines les plus bizarres, s’est enfin arrêtée à la théorie de la panspermie cosmique, poussières vitales emplissant l’espace et tombant constamment dans la sphère d’attraction de la terre jusqu’au moment où elles arrivent à sa surface. — Or, c’est, à bien peu de chose près la théorie occultiste du rayonnement divin sans trêve, émané de sa source primordiale, à la fois Essence, Esprit et Energie, se diffusant dans tous les espaces du Kosmos pour y porter la substance, l'intelligence et la vie.
Mais cette question de la Vie est trop importante pour pouvoir être élucidée ici en quelques pages ; elle fera l’objet d’un ouvrage subséquent (1) où elle sera étudiée avec toute l’ampleur, avec tous les développements qu’elle comporte.
La science ancestrale nous enseigne depuis des milliers d’années : Les radiations divines, Esprit-Essence-Energie, émanées constamment par leur source immanente, se modifient par suite de leur involution dans l’éloignement de leur origine : l’Essence devient substance, d’abord sans forme, puis avec forme, et enfin se réalise en matière lorsqu’elle a atteint le plan physique... Or, que dit la science normale ?
Une nébuleuse de vapeurs se forme par hasard ici ou là dans les espaces interstellaires ; à la longue des siècles, cette nébuleuse se condense; la partie plus condensée en occupe le centre, et, en elle, se réfugie la chaleur qui l’anime ; sous l’influence de cette chaleur centrale, les vapeurs extérieures se dilatent, s’élèvent en nuages qui, condensés à leur tour par les froids intersidéraux, se résolvent en pluie retombant vers le centre ; sous cette influence réfrigérante, le centre lui-même se réduit, se contracte, forme peu à peu une croûte solide qui s’accroît
(1) L'occultisme et là vie, du même auteur, J vol., sous presse.
HPWM vüülUtë
de tous les corps errant dans l’espace et de toutes les poussières cosmiques tombant j ournellement à sa surface. . .
Telle est la théorie où la science a abouti — après combien d’errements depuis le jour où elle a, et avec raison, repoussé la légendaire création totale et instantanée de notre globe.
Or, si l’on compare les deux doctrines, on ne rencontre entre elles qu’une différence ; la science place le hasard à l’origine des mondes; l’Occultisme y place Dieu — de qui la science se détourne avec la frayeur puérile de se voir soupçonnée de cléricalisme : à la merveilleuse ampleur des enseignements du Temple antique, elle préfère une hypothèse, dont l’absurdité seule le dispute à la gratuité, l’hypothèse dénuée de toute base sérieuse de l’épicuréisme, et qui, déjà désuète au temps de Lucrèce, n’a, depuis le De natura rerum, trouvé asile que dans certaines théories — comme celle-ci — de la science moderne.
Or, dans cette théorie, ce qui vient de FOccultisme durera, parce que telle est l’expression de la vérité ; ce qui vient de l’épicuréisme sombrera, un jour prochain, dans le ridicule d’un vaste éclat de rire.
Faut-il maintenant parler de l’aither ?
Dès la plus haute antiquité, l’enseignement des sanctuaires initiatiques fut que le vide, n’existe pas, puisque la vie est partout, et que la vie, pas plus que quelque force que ce soit, ne se peut comprendre en tant qu’abstraction c’est-à-dire sans un substratum nécessaire ; et ce substratum est fluidique, c’est-à-dire d’une substance quintessenciée, de la ténuité de laquelle rien ne peut donner même une lointaine idée dans notre monde physique.
Pendant des siècles, la Science normale a haussé les épaules devant cette affirmation qui lui paraissait une hypothèse absolument dénuée du plus simple sens commun... Est-ce que la raréfaction progressive de l’atmosphère terrestre, en raison directe de son éloignement du centre,
ne prouve pas avec la dernière évidence 1 existence du vide absolu dans les espaces intersidéraux ? Des fluides occupent ces vides, dit l’occultisme ? Mais qu’est-ce qu'un fluide ? Qui donc a jamais vu un fluide? Lequel de nos instruments a jamais vu sa sensibilité manifester l’existence de quelque chose de tel? Non ! tenez pour certain que s’il y avait quelque chose au delà de notre atmosphère, ce ne pourrait être qu’un gaz excessivement raréfié ! Or, s’il y avait quelque chose dans l’espace, nos instruments, ballons, sondes et spectroscopes nous l’auraient fait depuis longtemps connaître ! Et puis, comme dit l’autre, s’il y avait quelque chose, ça se saurait.
Mais voici qu’un beau jour on s’avise que la lumière se propage non pas par vibration, mais par ondulation, et cela de façon si particulièrement assurée qu’on en arrive à mesurer les longueurs d’ondes... Alors, s’il n’y a rien dans l’espace, comment nous parvient la lumière des astres? Ce n’est pourtant pas le vide absolu, c’est-à-dire le néant, qui peut servir de véhicule à des ondulations... il y a donc là quelque chose?... Eh ! oui, il y a quelque chose dans les espaces interstelJ aires, et c’est encore une théorie, pourtant solidement établie, de la science officielle qui mord la poussière (1). Et ce quelque chose, on sait maintenant qu’il est doué d’élasticité, qu’il pénètre tous les vides, de même qu’il pénètre tous les corps, qu’ils
(1) Pour être exact, il faut reconnaître que la théorie de l'ailher cosmique n’est pas encore universellement admise : elle a encore quelques réfractaires. Mais une preuve que les physiciens partisans de l'aither n'admettent eux-mêmes les fluides qu'à contre-cœur, même ceux qui, physiologistes, parlent sans cesse du fluide nerveux , et bien que le quatrième état de la matière, l'état radiant découvert par le grand physicien anglais W. Ciookes, soit exclusivement basé sur le fluide, est celle-ci : Ouvrez n'importe quel traité de physique, même parmi les plus importants et les plus complets, je défie que l'on y trouve, après les chapitres consacrés à l'étude des solides, des liquides et des gaz, un chapitre si court soit-il concernant les fluides. Or, les fluides faisaient partie de la physique antique où l'enseignement mystérial les rangeait dans la partie relative au feu , c'est-à-dire aux forces subtiles de la nature.
soient gazeux, liquides, solides, c’est-à-dire les vides interstellaires aussi bien que les vides interatomiques... c’est une substance quintessenciée qui ne rencontre aucun analogue dans la nature, qui est en tout, partout, et qui cependant n’influence en rien nos appareils les plus délicats : c’est l’aither, en un mot.
Or, pour ma part, je ne vois pas bien la différence qui peut exister entre l’aither ainsi compris et ce que l’Occultisme, dès la plus haute antiquité, a appelé un fluide...
Quoi encore ?
Faut-il parler de deux questions dont s’enorgueillit la science contemporaine, la vapeur d’eau et l’électricité ?
Mais la vapeur d’eau était connue de la science antique ainsi que le prouve l’expérience d’Anthème de Tralle soulevant, par la seule force de la vapeur d'eau, la toiture de la maison de son voisin.
Quant à l’électricité, elle était tr ès connue dans ses applications : la pyrotechnie transcendantale des Temples était basée sur l’électricité ; et, de plus, là où nous ne connaissons que le modeste paratonnerre, la science antique connaissait la balistique de la fondre : Numa, chassant, abattait les animaux à l’aide delà foudre, le fait est rapporté par des historiens comme L. Pison ; et l’histoire a également enregistré la défense de Narnia par le collège des prêtres qui arrêta les soldats d’Alaric à coups de tonnerre et sauva la ville de la destruction... Or, aujourd’hui, où donc est notre canon fulgurant ! Où donc, plus simplement, est notre fusil électrique?
Il me serait loisible de m’étendre indéfiniment et de montrer que, dans chacune des théories de la science moderne, ce qu’il y a de vrai, ce qui, par suite, demeurera, c’est ce qui concorde avec la Science des sanctuaires : tout le resteest faux et tombera. Nous avons vu, en effet, que la synthèse de la Science moderne ne tient pas debout devant le synthèse de la Science antique, et que, peu àp^u,sans
qu'elle s’en doute elle-même, ses théories évoluent les unes après les autres vers celles qu’a toujours professées et proclamées FHermétisme... Un jour viendra — fatalement — où les unes se fondront dans les autres ; et, ce jour-là, comme je l’ai dit plus haut, l’Occultisme disparaîtra, ne sera plus qu’un souvenir du passé : la Science moderne, au cours de ses développements successifs, est son héritière d’avance toute désignée — lorsqu’elle le voudra.
Cela veut-il dire que la Science doit s’incliner aveuglément et sans aucun contrôle, devant toutes les affirmations de nos vieux auteurs ou de nos traditions les plus respectables ? Ce serait folie, de ma part, que de l’affirmer. Nous disons seulement aux représentants sans partiprisde la Science officielle : « Agissez comme nous agissons nousmêmes ; faites tout d’abord, quoi qu’il puisse vous en coûter, table rase de vos théories d’école afin de ne pas aborder notre terrain avec des idées préétablies: l'à-priori constitue la plus déplorable des conditions de recherches scientifiques, étant lui-même anti-scientifique au premier chef ; puis étudiez, expérimentez ; n’admettez une théorie qu’après l’avoir mûrement étudiée et méditée, un fait qu’après l’avoir expérimenté ou vu expérimenter sans parti pris ; de l’acquis ainsi obtenu, faites la base de vos recherches ultérieures, et, à mesure que vous avancerez de la sorte, vous serez éblouis des immenses horizons qui s’ouvriront sous vos regards!
11 ne faut pas croire, en effet, que l’enseignement de l’Occultisme forme un bloc, un corps de doctrine dont chacun de nous est tenu d’admettre l’ensemble : loin de là ! Il y a, dans cette doctrine colossale, des affirmations si hautes que nous n’avons encore pu les vérifier mous les réservons pour l’avenir dont telle sera la tâche ; il en est d’autres que nous apporte la Tradition et qui, au premier abord, nous semblent tellement étranges que, sans les
admettre | puisque nous ne pouvons les vérifier, sans davantage Içs repousser puisqu’elles peuvent être vraies, nous les laissons dans une pénombre mystérieuse en attendant qu’elles soient élucidées dans un sens ou dans l’autre.
Parmi celles-ci, je vais indiquer une des plus bizarres, pour montrer que la doctrine des sanctuaires est assez élevée pour ne pas redouter la lumière sur un de ses détails encore incompris, mais aussi en éclairant ce détail à la lueur des principes occultes pour faire voir qu’il ne doit pas être rejeté de piano . Il semblera sans doute risible sinon grotesque à certains lecteurs ; mais quelle est donc la science contemporaine qui ne comporte quelque partie bizarre ? Est-ce que le plus auguste de nos livres religieux l’Evangile, n’enregistre pas lui-même un calembour (1)?
Quoi qu’il en soit, voici cette tradition : Dans l’origine, la terre n’avait point de satellite ; elle a été formée du principe de chacun de ses continents qui, en se développant par la suite, devait porter et faire évoluer sa fraction spéciale de flore, de faune, et d’humanité. Parmi les continents qui devaient faire partie de la terre il s’en trouva un qui refusa de s’incorporer à notre globe et tint à conserver sa personnalité ; comme il devait suivre les destinées terrestres, les Démiurges en firent un satellite, et la partie d’humanité qui devait évoluer à sa surface par son contact avec les autres fractions de l’humanité terrestre lui fut retirée pour naître sur un autre continent de notre monde : la lune est donc inhabitée (2).
La science normale est d’accord avec nous sur ce dernier point : quant au reste, elle le traitera sans doute de légende et regardera les occultistes comme bien naïfs d’accepter de pareils contes... Mais pardon! L’occultisme
(1) Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise (Matt. XVI, 18).
(2) Au moins par des êtres physiques, organisés comme ceux qui peuplent la terre.
n’accepte pas de planoiout ce que dans ses traditions, il ne comprend pas ; il ne le repousse pas non plus : il réserve les points douteux et les étudie avant de prendre parti : c’est ce qu’on doit toujours faire et ce que, malheureusement, nous l’avons constaté ailleurs, la science officielle ne fait pas : elle repousse ou nie à priori ce qui ne rentre pas dans ses théories. Or, examinons un peu ce point particulier et litigieux, et, pour voir quel fond faire sur elle, creusons cette légende.
Nous savons que tout ce qui existe a pour unique origine le rayonnement divin, à la fois Essence, Esprit et Énergie ; tout corps, sur notre plan physique, est donc constitué par de la matière (essence devenue substance) qu’animent, à un plus ou moins grand degré, la Vie (Énergie) et la Volonté (Esprit) ; tout astre est donc doué dans une plus ou moins grande proportionne vie et de volonté. Au premier abord, il semble absurde d’attribuer de l’intelligence à la matière : c’est manque de réflexion et d’observation, puisque, cela a été démontré plus haut, la matière possède, quoique à un moindre degré que l’être humain, toutes les qualités de l’esprit, et l’on ne voit, à ce sujet, qu’une différence, en plus ou en moins, entre l’homme et la matière.
En effet, réfléchissons un peu et posons un exemple concret.
Voici un fossé qui descend du sommet d’un mont vers la vallée ; à mi-côte, il est partiellement obstrué par un rocher. Supposez une foule de gens dévalant en courant par ce fossé ; arrivée devant l’obstacle, cette fouie obliquera à droite ou à gauche pour l’éviter, et un spectateur pensera : c’est son intelligence qui avertit l’homme que ne pouvant surmonter ce rocher il lui est sage de s’en détourner.
Au lieu d’une troupe humaine, supposez un troupeau de moutons... L’observateur songera: ces animaux ont
l'instinct de comprendre qu’ils ne peuvent renverser l’obslacle ; et ils ont en même temps l’instinct de le contourner.
Supposez enfin, au lieu d’une foule d’hommes ou d’un troupeau d’animaux, ce soit un torrent d’eau qui suive ce même fossé. Devant le rocher l’eau agira exactement comme les hommes ou les moutons : pourquoi alors ne prononcera-t-on ni le mot d’intelligence ni le mot d’instinct, alors que son acte est tout pareil, pourquoi ? Tout simplement par ce préjugé des foules qui refuse l’instinct à la matière, malgré toute preuve contraire, car enfin, au point de vue chimique, tout corps a ses affinités particulières... me dira- bon qu’elle différence il y a entre l’affinité et l’instinct ? Simple question de plus ou de moins au point de vue intellectuel. En effet, en tel cas, qu’est l’intelligence et qu’est l’instinct, sinon la compréhension de la nécessité qu’il y a, pour l’homme et pour l'animal, de se soumettre à une loi plus forte qu’eux? Or, que trouvons-nous autre chose, si nous remplaçons l’homme et l’animal par la molécule d’eau ?
Ceci dit, revenons à notre satellite.
11 est parfaitement possible que le continent qu’il devait être ait refusé de se laisser agréger à notre terre ; le cas échéant, il s’est trouvé dans la même situation qu’un être humain, en cours d’épreuve sur notre monde, se dérobant à la tâche assumée et consentie : il sera contraint d’accomplir cette même tâche en une vie ultérieure et dans des conditions autrement pénibles : c’est ce qu’il est advenu pour notre satellite, si l’on en croit l’attestation de son nom hellénique Sélènè (1). Il a existé, de plus, des peuples, nous dit quelque part Papus, dont les noms et
(1) De la racine chaldaïque HLL, qui exprime une idée d’orgueil, de glorification. Le nom grec d’Hécate vient à l’appui, puisqu'il est la forme féminine d’un surnom d'Apollon signifiant qui agit de loin et impliquant une idée de séparation.
certains monuments prouvent qu’ils ne connaissaient pas la lune. De plus, dans différentes parties de l’Afrique et dans l’Asie centrale, les traditions de certaines populations comportent l’origine et lanaissance de notre satellite, preuve qu’il n'aurait pas toujours existé.
11 en est de même des Arcadiens qui, descendants des Pélasges, premiers colonisateurs delaHellade, affirmaient que leurs ancêtres étaient venus s’établir dans le Péloponnèse alors que la lune n’existait pas encore. Enfin on se demande souvent quelle est la cause de l’inclinaison (23°27’ environ) de l’écliptique par rapport à l’équateur, sans que la science ait jamais pu donner la raison du fait. Or, toutes les traditions — blanche, rouge, jaune etc. — sont d'accord entre elles pour affirmer que la projection, dans l’espace, de la lune qui, jusque-là, formait un continent terrestre, a produit une violente et subite déséquilibration de notre globe, le changement de direction de son axe de rotation et l'engloutissement, partiel, sous les glaces, de la Boréalie, berceau de notre race, jusqu’alors douée d’un climat tempéré.
Donc, à l’étude et si bizarre qu'elle semble au premier abord, cette légende est acceptable parce qu’on lui trouve des bases sérieuses. Gela veut-il dire qu’elle doit être acceptée de tout occultiste ? Loin de là, et il est, comme elle, d'autres faces de la tradition qui, ainsi que je viens de l'expliquer, sans être absolument repoussées de l’Occultisme contemporain, sont, par lui, prudemment réservées en vue d'une étude de l'Avenir.
Tout ceci semblera bizarre — non, parlons net ! — tout ceci semblera fou aux gens qui sont habitués à réfléchir par le cerveau d’autrui, c’est-à-dire à accepter les idées toutes faites plutôt que de se fatiguer les méninges ; parmi même les scientistes avérés, mais qui ne sont jamais occupés de géologie, il n’y en a pas un — je dis pas vu seul — qui ne haussera les épaules devant la théorie
ncsWFI
lunaire qui vient d’être exposée... Quoi ! la terre et la lune, entités pensantes !... la terre et la lune, entités vivantes (1) ! Gela n’a pas le sens commun et un tel racontar est inacceptable !... — Croyez-vous ? Eh bien ! lisez ce qui suit :
Le géologue Wegener, surpris que des tempêtes en mer puissent ébranler des sismographes situés bien loin d’elle à l’intérieur des terres, a d’abord omis l'hypothèse que « les continents ne sont pas immobiles, mais flottent en quelque sorte sur une couche plus dense de l’écorce terrestre, couche qui constitue à la fois leur support et le fond des mers ».
Cette hypothèse a donné lieu à la suivante: primitivement, il y a des milliers de siècles, tous les continents se trouvaient agglomérés en un seul, et, à la suite des âges, en flottant sur la couche dense de l'écorce terrestre, ils se seraient séparés » — En effet si l’on rapproche, par la pensée, l’Amérique de l'Europe et de l’Afrique, on remarque qu'à toute échancrure d’une part correspond assez exactement un renflement d’autre part — sauf sur un point dans l’hémisphère Nord entre l’Amérique centrale et le vieux continent ; mais, précisément à cet endroit se trouvait l’Atlantide, engloutie depuis par un cataclysme océanique ; de même, l’Australie et le continent antarctique rempliraient le vide existant actuellement, dans l’hémisphère Sud entre l'Afrique et l’Asie, mais en y laissant subsister, au Nord-Est d’eux-mêmes, un certain espace que leur rapprochement ne suffît pas à combler; mais n’exista-t-il pas, là même, le vieux continent de laLému-
(1) Je me suis déjà expliqué plus haut à cet égard : le rayon divin comporte en soi, où qu'il atteigne, l'essence, l'intelligence et la vie, plus ou moins modifiées et adaptées à leur milieu Mais, en pareille matière, on n’a jamais trop de références ; or, Berthelot a dit quelque part: La terre est quelque chose de vivant 1 Et il se base sur ce fait: un gramme de terre végétale, prise en surface, jusqu’à vingt centimètres de la superficie, comporte de deux à quatre millions de microbes !
rie, lui aussi disparu à la suite d’un bouleversement terrestre et dont l’Océanie actuelle ne présente que les sommets de montagnes ?
Cette double hypothèse semble, au premier abord, fantastique: il convient de dire que, à l’heure actuelle de nombreuses observations — notamment celles de l’intensité de la pesanteur et delà densité moyenne du sol aux divers points du globe — tendent à confirmer cette théorie.
Mais si les continents sont flottants et non pas immobiles, c’est-à-dire étroitement unis à l’ensemble de notre globe, voici une théorie qui nous paraît singulièrement favoriser l’hypothèse, ou, pour mieux dire, la tradition d’une lune ayant fait jadis partie de la terre dont elle se serait séparée à la suite d’un bouleversement cosmique.
Mais ce n’est pas tout. Continuons.
Les théories scientifiques actuelles nous disent que, autrefois comme maintenant, la terre, lorsqu’elle était à l’état fluide, subissait l’attraction du soleil ; mais cette attraction qui, aujourd’hui se manifeste par le phénomène des marées, produisait alors, notre globe étant, je le répète, à l’état fluidique, une protubérance s’allongeant vers le soleil. Le mathématicien Henri Poincaré, qui n’a jamais été regardé comme un songe-creux, a étudié théoriquement ce phénomène et a prouvé que, sous l’attraction du soleil cette protubérance fluidique a fort bien pu se détacher de notre globe et lui former un satellite qui s'est mis à graviter isolément autour de la terre.
Cette hypothèse — alors purement mathématique — a été reprise et étudiée par un astronome anglais, George Darwin, fils du naturaliste, de qui les travaux ont démontré que ce fut, en effet, suivant ce mécanisme que la lune s’est constituée, il y a en moyenne 50.000.000 d’années, d’une portion de notre terre.
Mais l'endroit qu’occupait le satellite sur notre globe, si les choses se sont passées ainsi, a dû rester béant à la
suite de cette séparation... C’est ici qu’entre en scène le professeur h'ddington de la Société Royale de Londres, qui correspond à notre Académie des sciences. Pas plus que H. Poincaré et que G. Darwin, le professeur Eddington n’est un rêveur : c’est un savant connu et qui a parfois émis des idées auxquelles est allée la faveur des corps savants. Or, de ses calculs, il résulte que la masse de la lune est sensiblement égale à celle du Pacifique : c’est donc cet espace qu' aurait primitivement occupé notre satellite, et le savant anglais base son affirmation sur un fait indéniable : autrefois l’eau couvrait la surface de la terre; comment donc les continents ont-ils pu en émerger, si ce n’est parce que les eaux se sont précipitées dans le gouffre creusé par la séparation de la lune ?
11 convient de reconnaître que ni la théorie Wegener, ni la théorie Poincaré, Darwin, Eddington ne sont en absolue concordance avec la théorie occultiste, notamment sur deux points : — 1° elles rétrécissent singulièrement l’hypothèse, affirmée par la science occulte, de l’existence ancienne de deux vastes continents maintenant engloutis, l’Atlantide dans l’océan Atlantique, et la Lémurie dans le Pacifique — 2° d’après elles, la séparation se serait produite mécaniquement alors que notre doctrine déclare que la scission fut volontaire ; mais la question n’est pas là : elle est de savoir si la lune a pu jadis faire partie de la terre dont elle se serait séparée à une haute antiquité... or, on voit, par tout ce qui précède, que la science contemporaine trouve cette hypothèse assez vraisemblable pour la faire sienne et en approfondir la théorie. Et, chose remarquable, elle s’est montrée, en ceci, plus hardie que beaucoup d’occultistes qui, attendent des preuves pour se prononcer.
Que la science moderne agisse comme nous au cours de telles recherches et le champ de ses acquisitions définitives lui sera assez vaste pour lui fournir les bases
sérieuses d'une évolution nouvelle vers des vérités jusqu'alors insoupçonnées d’elle.
Autre chose.
On fait à l’occultisme contemporain deux reproches sur lesquels il y a lieu de s’expliquer.
Le premier et le principal est que l’occultisme, étant encore peu connu du public, constitue un admirable bouillon de culture pour le charlatanisme, et que, en abordant telle étude, on n’est pas sûr de ne pas tomber sur les écrits d’un de ces farceurs à froid qui ne craignent pas de consacrer trois cent cinquante pages à la mystification de leurs contemporains, ou d’un ignorant qui, sans avoir rien étudié de ces matières ou sans les avoir étudiées que superticiellement, présente du plomb comme de l'or en barre, et comme phénomènes acquis les seuls fruits de son imagination...
Cette objection est peu sérieuse ; elle rappelle trop le raisonnement d'un naïf qui, sous le prétexte évidemment très plausible que toutes les monnaies ont été l’objet de falsification, refuserait de recevoir aucune pièce d’or ou d’argent. 11 est évident qu’en ceci comme en toute science, il y a des ignorants et des charlatans : voyez plutôt certains ouvrages de médecine (1). Mais il est facile de se renseigner, et, quand on voit par exemple telle étude sur la Kabale hébraïque signée d'un membre de l'Institut ou tel ouvrage de magie porter le nom d’un docteur en médecine, connu pour être un des chefs de l’Occultisme contemporain, il est aisé de supposer que de telles personnalités n’abaisseraient pas leur caractère à faire œuvre de jonglerie.
L’autre objection est plus sérieuse et mérite qu’on sy arrête parce que la réponse qu’elle appelle, ne trouvant
(1) Il m'est tombé un jour entre les mains un ouvrage de vulgarisation anatomique où l'os était défini : pièce du squelette parcourue par un canal rempli de moelle.
l’occultisme et la science 42
aucune analogie, même approximative, dans les sciences normales, est d’assez difficile compréhension pour le public non initié :
— Pourquoi, nous dit-on, faites-vous vos expériences généralement en très petit comité, et presque toujours uniquement devant des témoins acquis d’avance ? Gela semble bien indiquer que le contrôle vous est pénible, ou en d’autres termes,* que le phénomène exhibé est factice... Vous alléguez que le nombre des assistants vous gêne : cependant on peut faire une expérience de chimie ou de physique devant dix mille personnes sans que l'expérience en soit pour cela compromise. Alors ?
Ceci est absolument vrai, surtout pour les expériences de psychologie expérimentale, de métapsychisme et autres — et, malheureusement, nous ne pouvons rien à l’encontre. Il est même des expériences qui exigent l’obscurité — si propice à la fraude, pourtant ! — Mais au moins, en ce cas, pouvons-nous répondre que le photographe à qui l’on demanderait de faire en pleine lumière le développement de ses plaques s'y refuserait avec raison.
Mais voyons l’objection du petit nombre et de la sélection. Pour faire comprendre la réponse à cette objection, je me servirai d’une expérience de chimie.
Pour obtenir de l’hydrogène, on peut introduire dans un flacon à double tubulure de l’eau, de la limaille de fer et de l’acide sulfurique ; la réaction est celle-ci : sous l’action de l’acide sulfurique, l’oxygène de l’eau constitue avec le métal un oxyde de fer qui se combine avec l’acide sous forme définitive dç sulfate de fer ; l’hydrogène de l’eau, mis en liberté, est recueilli dans un ballon voisin. Jusqu’ici, c’est très simple.
Mais supposez qu’on introduise en outre dans le flacon de la grenaille de zinc, qu'arrivera-t-il ? Le zinc ayant une plus grande affinité que le fer pour l’oxygène, le dégagement d’hydrogène s’en trouvera augmenté.
Supposez qu’au lieu de grenaille de zinc on introduise dans le flacon du verre pilé, qu’adviendra-t-il ? Rien de plus, rien de moins, puisque ni l’acide, ni l’eau, ni le métal n’ont d'action sur le verre.
Supposez maintenant que, dans le flacon où s'opère la réaction, on introduise un chlorure approprié, il arrivera ceci : le chlorure dégagera son chlore, qui, par sa grande affinité avec l’hydrogène formera de l’acide chlorhydrique ; la réaction est donc faussée par l’introduction, $ dans l'expérience de ce nouvel élément ; de plus, si l’opération se fait sous la lumière du soleil, la réaction n’est pas seulement faussée, elle devient dangereuse : il se produit une explosion qui projette avec violence, dans toutes les directions, les débris de verre, les fragments de métal et les gouttes d’acide.
Or, ces trois résultats différents de l’expérience chimique se retrouvent dans nos expériences de psychologie et de psycho-physiologie parce que les mentalités réagissent les unes sur les autres en raison de leurs tendances respectives. Si nous y introduisons un assistant qui connaît le phénomène en cours pour avoir déjà assisté à sa production et qui est assuré à la fois de sa possibilité et de sa réalité, le phénomène s’en manifestera avec d’autant plus d'ampleur que la mentalité de l’assistant sera en plus grande union avec celles de l’opérateur et du sujet.
Si l’assistant introduit est strictement neutre, en d’autres termes, si c’est un observateur impartial sans aucune tendance vers l’affirmation plutôt que vers la négation, l'action de sa mentalité sur le milieu sera nulle, et le phénomène n’en aura ni plus ni moins d’ampleur.
Mais si, par malheur, cet assistant apporte à l’expérience une mentalité nettement hostile, sa mentalité influera en mal d’abord sur le cerveau du sujet puis sur celui de l’opérateur, et, suivant son degré d’hostilité, le
phénomène en préparation pourra être d’une réalisation pénible, ou bien ne pas se produire, ou bien se muer en un autre phénomène inattendu et possiblement non dénué de danger.
De là, le choix que nous aimons à faire des témoins de nos expériences. De là, par suite, l impossibilité où nous nous trouvons de réaliser certains phénomènes devant un grand nombre d’inconnus où, quoi qu’on fasse, il y aura toujours des mentalités hostiles qui paralyseront tout.
D’autre part, j’indique ailleurs (1) la ligne de conduite que doit tenir tout expérimentateur en occultisme lorsqu’il est amené à opérer devant un représentant de la science officielle ; je montre à quel degré d’excessive prudence il faut avoir recours en pareil cas pour éviter des accidents dus à l’insuffisance de témoins voulant contrôler des phénomènes occultes par des procédés officiels ; je me contenterai de rapporter ici un fait peu connu et qui, pour ce motif, mérite d'être mis en lumière.
La scène s’est passée au château de l’Agnélas, près de Voiron (Isère).
Mon éminent Maître, le colonel de Rochas venait alors de trouver l’extérioration du fantôme vivant, dont on contrôle l’objectivité par différents procédés, tels que pincement d’air, jeu des réflexes, épreuves de l'odorat ou du goût, etc.
Un jour, il avait réuni quelques personnes, parmi lesquelles se trouvait un médecin très incrédule, le Dr X., de G., pour les faire assister à ces expériences alors dans toute leur nouveauté.
Après avoir extérioré le fantôme vivant de Mme Lambert, son sujet d’alors, sur qui il avait fait cette découverte admirable, après avoir démontré la réalité objective du phénomène par les procédés ordinaires, le colonel
(1) L'Ame humaine (édition complète), sous presse.
ajouta : Ce fantôme vivant, je puis l’envoyer à quelque distance du sujet, je puis même lui faire traverser des murailles : je vais en donner la preuve. Au milieu de la pièce du dessus, j’ai disposé un siège ; je vais envoyer le fantôme s’y asseoir. Quelqu’un veut-il aller dans cette pièce renouveler les procédés de contrôle ? Nous en constaterons les effets ici.
Le sceptique médecin s'offrit et monta à l’étage supérieur. Le malheur voulut que, dans cette chambre, se trouvât un marteau.
Persuadé que tout ce qu’il venait de voir n’était qu’une inepte jonglerie et voulant en avoir la certitude, l’ignorant saisit le marteau et, à toute volée, en asséna un coup sur le siège où on lui avait dit qu’était le fantôme.
Quand il redescendit au salon, satisfait de son espièglerie, il y trouva un désarroi complet. Le sujet/M me Lambert, était tombé du fauteuil qu’il occupait, et gisait à terre dans un coma complet.
— Qu’avez-vous fait ? s’écria M. de Rochas. L’autre expliqua la bonne plaisanterie qu’il avait voulu faire. M. de Rochas lui en montra les tragiques conséquences et le pria de se retirer sur-le-champ, pendant qu’on portait le sujet sur un lit où il resta de longs jours inerte. Quand enfin on put le faire sortir de son état comateux, on se demanda avec une angoisse qui sera comprise de tous, si l’on pourrait sauver son intelligence, si l’on pourrait le sauver lui-même. Et ce ne fut que deux mois plus tard qu’il put se lever ; et il fut encore longtemps ensuite, avant d’avoir recouvré toutes ses forces et toute son intelligence.
Pendant toute cette période, le médecin de G..., comprenant enfin que sa suffisance et sa stupidité pouvaient lui avoir fait commettre un crime, ne manqua pas un seul jour, malgré l’éloignement, de faire prendre des nouvelles de sa victime... Ceci excuse-t-il cela ?
Que cet exemple serve à tous les imprudents trop portés à admettre sans précaution des scientistes officiels, trop infatués de leur impeccabilité, à des expériences renouvelées de la Sagesse antique et dépassant la Science moderne.