CONCLUSION
Arrivé au terme de ces pages, qu’il me soit permis d’affirmer une dernière fois mon respect absolu de la science moderne en ce qui touche ses manifestations conformes à l'éternelle Vérité et son évolution vers le mieux. Que l’on ne s’y trompe pas, ce que j’ai attaqué en elle, c’est son manque de principes, ce sont ses théories fausses qu’elle a le tort de nous présenter comme l’expression absolue et intangible de la réalité, et c’est surtout le déplorable esprit de ses pontifes qui se mettent au-dessus de la nature, qui ne veulent pas admettre que leurs doctrines d’aujourd’hui ne peuvent être que des doctrines d’expectation, et qui ont décidé, dans leur risible infaillibilité scientifique, que cela seul qu’ils font est bien fait et que le seul progrès possible ne peut pas venir d'ailleurs que d'eux-mêmes.
Voilà pour la Science normale.
Voici maintenant pour la Science mystériale.
Je me suis efforcé d’en exposer les principes de façon à être bien compris de tous ; j’ai développé aussi clairement que possible sa filiation depuis notre ancêtre Ram, depuis les cryptes sacrées de Thèbes Hécatompylos jusqu’à l'occultisme de nos jours ; j’ai fait, modestement, mon possible pour faire saisir l'ampleur immense de ses conceptions : je ne sais si j'ai atteint mon but.
Mais n’eussé-je atteint d’autre résultat que d’avoir démontré à l’évidence aux ignorants, aux égarés et aux faux dévots toute l’injustice séculairement erronée qu'il y a à confondre avec l’ignoble satanisme une science qui place le nom divin au fronton même de sa synthèse, que
ces pages n'auraient pas été écrites en vain, quelque soit d’ailleurs l’accueil qui leur est réservé, et dussent-elles, comme d’autres, susciter des colères.
Car les idées à priori n’ont pas cours chez les seuls scientistes, et l’on est trop habitué, dans certains milieux, à regarder l’Occultisme comme une science de mal pour admettre un instant que l’on a jsu se tromper...
Et qu’importe, après tout ! Je devais écrire ce livre, je l’ai écrit à son heure, je veux dire à son rang parmi tous ceux que j’ai assumé la tâche de produire avant de disparaître, pour mettre en lumière devant le public certaines idées encore inconnues ou mal comprises de lui ; comme tout livre qui heurte de front l’opinion des foules, il sera peut-être dans sa destinée d’être acerbemei\t critiqué, honni, vilipendé, jeté sur la claie, traîné aux gémonies, qui sait ?
N’est-ce pas le sort de tout être, de toute œuvre qui va à l’encontre de l’erreur encensée des ignorants ? Ne fut-ce pas le sort de l’exquise et délicate créature sous le vocable de qui sont écrites ces pages ?... Un Romain de jadis y eût vu un présage, car elle aussi se vit foulée aux pieds par une populace soûlée de fureur contre tout ce qui dépassait l’étiage bas de sa basse compréhension ; elle aussi se vit broyée, déchirée, livrée aux flammes, non pas seulement dans ses œuvres mais dans son corps et dans sa chair... Et cependant lés siècles ont tiré sa mémoire de l’oubli où l’ignorance ennemie avait cru l’emmurer à jamais, et lui ont fait une auréole presque divine de charme et de grâce ; et maintenant, elle plane sur la Sagesse antique comme une des plus pures figures qui la puissent illuminer, et son cher souvenir a conquis bien des fidélités jusque parmi nous... Pourquoi ?
Parce qu’elle représente la Vérité, et que la Vérité est éternelle.
Menez-Ellen, août 1918.
Versailles, février 1926.