‹ L'occultisme et la scienceChapitre 7 sur 57 · vol. in-4o Grenoble · texte numérisé non relu

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lateur froid... » J'ai voulu, à l’époque — il y a quelques années — savoir exactement à quoi m’en tenir ; à l’aide d’un dispositif très simple, j’ai entretenu, au cours de la pose, la température du bain à quelques dixièmes de degré au-dessus de celle de la main, ce qui éliminait ipso facto les radiations calorifiques, et j’ai obtenu très nettement l’image de mes propres radiations fluidiques (1).

Donc, le fluide existe contrairement à l’aventureuse affirmation des hypnotiseurs.

La seconde « tape » reçue par l’hypnotisme lui a été plus douleureuse encore : ce fut sa négation absolue par le propre chef de l’école Nancéienne :

« Il n’y a pas d’hypnotisme, a déclaré le professeur Bernheim au cours de ses dernières leçons, il n’y a que de la suggestion ! »

Cela est vrai; mais qu’il nous soit permis de tirer de telle affirmation tous les enseignements qu’elle comporte.

Il n’y a que de la suggestion, soit ! et c’est par la seule suggestion que l’on aboutit au sommeil : le coup de tamtam ou la rotation d'un miroir ne constitue qu’une suggestion brutale vis-à-vis d’un sujet habitué à s’endormir par ce procédé ou prédisposé au sommeil par de préalables préparatifs. Mais revenons à la suggestion la plus simple, la plus ordinaire, la suggestion verbale. Essayez donc d'endormir un sujet sans mettre de persuasion dans vos paroles, d’autorité dans vos gestes, de volonté dans vos regards, de conviction dans votre maintien général... essayez de dire à l’improviste au sujet : « Vous dormez! » sans conviction, sans gestes appropriés ou même simplement avec le seul doute de l’efficacité de

(1) L'opération n'est délicate qu’à un seul point de vue : à l'état normal, la température humaine est d’environ 37° ; mais, d'autre part, la pellicule gélatineuse adhérente à la plaque photographique se décolle à environ 39e; il faut donc maintenir la température du bain supérieure à celle de l'opérateur, mais inférieure à 39°.

votre parole et vous verrez le sujet, surtout s’il n’ajamais été endormi par quiconque, vous regarder surpris puis éclater de rire. A quoi cela tient-il ! À ce qu’il y a un magnétisme de la parole, du geste, du regard, de Vhabitus général, et que c’est ce magnétisme seul qui est inductif d’hypnose : sans le magnétisme, tout le reste est inefficace.

Mais, pour ma part, j’irai plus loin et je maintiendrai malgré tout l’existence et l’efficacité du fluide agissant, concurremment avec la suggestion, sur l’être humain ; car enfin, quand nous plaçons des animaux en hypnose, je me demande quel est, en ce cas, le rôle de la suggestion, et je la cherche en vain lorsque nous donnons magnétiquement la vie à des plantes ou que nous tuons, toujours magnétiquement, des colonies microbiennes !

Les hypnotiseurs commencent bien à se rendre compte de tout ceci, car, à côté de ceux qui, professeurs en chaire ou princes de la science, sont naturellement irréductibles, il est à l’heure actuelle des médecins et non des moindres qui font entrer, non sans quelques précautions vis-à-vis de leurs confrères plus intransigeants, le magnétisme dans le cadre de l’hypnotisme — avant qu’il ne l’absorbe. Je n’en veux d’autre preuve que le titre d’un ouvrage relativement récent du Dr Baréty (1).

Mais il est une conclusion de l’enseignement de Bernheim que je me reprocherais d’omettre : — On a vu plus haut que les hypnotiseurs — que dis-je? la Faculté ellemême — ne se gênent pas pour traiter, du haut en bas, les magnétiseurs de charlatans. .. Maintenant que Bernheim a proclamé : « 11 n’y a pas d’hypnotisme », nous, qui agissons uniquement par magnétisme, nous sommes fondés à demander : Des magnétiseurs qui utilisent un fluide, dont malgré les dénégations affolées de la Faculté, l’objectivité

(1) Le magnétisme animal étudié sous le nom de Force neurique rayonnante et circulante , 1 vol. in-8, Paris, 1887.

est hors de tout conteste, ou des hypnotiseurs qui prétendent employer un agent dont le plus qualifié d’entre eux a proclamé l'inexistence, quels sont donc, en réalité, les charlatans?

Et, derrière cette question s'en dresse une autre encore plus grave, qui est celle-ci : L’article 405 du Code pénal porte : « Quiconque..., soit en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader l’existence... d’un pouvoir imaginaire..., se sera fait remettre ou délivrer des fonds..., et aura, par ces moyens, escroqué... la totalité ou partie de la fortune d’autrui, sera puni d'un emprisonnement d'un an au moins et de cinq ans au plus, et d’une amende de 50 francs au moins et de 3.000 francs au plus. »

Or, tout médecin qui prétend guérir par l’emploi de l’hypnotisme se fait payer...

On voit quelles conséquences — lamentables pour les hypnotiseurs — peuvent sortir de la terrible parole de Bernheim : « Il n'y a pas d’hypnotisme ! »

Si ces messieurs, au lieu de chercher la paille dans l’œilde leurs voisins et de traiter de charlatans des magnétiseurs comme le colonel de Rochas dont la science et les découvertes les écrasent, sices messieurs, dis-je, voulaient bien regarder dans leurs propres yeux, ils y découvriraient quelques poutres d’importance...

Il y a plusieurs années, j’eus la curiosité de voir de près la façon d’agir des hypnotiseurs, et, dans ce but, je m’adressai à un personnage en renom. Comme je m’y attendais, ma démarche aboutit à une fin de non-recevoir absolue : il est rare qu’un ouvrier consente à montrer à un confrère l'ouvrage qu’il sabote !

Mais j’ai quelque volonté pour aboutir aux fins que je me propose.

Un de mes amis écrivit au maître : il s’agissait d une scène d’hypnose à mettre au théâtre, et on désirait lui demander quelque documentation pour conformer cette

scène à la réalité. Il fut donné rendez-vous, et j’accompagnai cet ami à titre de collaborateur.

A notre entrée, le médecin congédia un sujet qu’il venait de réveiller et que j’examinai curieusement. C’était une femme plutôt vieille mais d’âge indéfinissable, dont les traits flétris et les quelques paroles qu’elle prononça, dénotaient un abrutissement total ; je ne puis qualifier cette femme que d’un mot : c’était une ruine. On m’objectera peut-être : ce pouvait être une cliente... Non ! le geste familier avec lequel le médecin tapota sur l’épaule de cette femme me montra de façon indéniable, qu’il s’agissait bien là d’un sujet et non d’une malade en consultation. J’ignore naturellement si c’est la brutalité des procédés hypnotiques qui avait amené cette malheureuse créature à un tel état de dégradation, mais je puis affirmer une chose : c’est que, en ce qui me concerne, j’eusse regardé comme un crime de travailler sur cet être taré comme sujet ; c’eût été vouloir, de gaîté de cœur, empirer son état ; tous les sujets que j’utilise, comme tous ceux qu’on emploie dans les expériences magnétiques, sont — à part naturellement les accidents courants delà vie, — en parfaite santé, et jamais je n’ai vu un sujet magnétique tombé dans un tel état de délabrement.

Au cours de la conversation, le médecin nous répéta à plusieurs reprises : « Surtout n’oubliez pas la contracture des poignets, qui est caractéristique. « Dès lors, j’étais fixé : il n’utilisait comme sujets que des hystériques.

C’est peut-être pour ce motif que la médecine regarde tous les sujets d’expériences comme hystériques. J’ignore les résultats que peuvent donner des recherches poursuivies sur des anormaux, mais il tombera sous le bon sens de quiconque réfléchit que ces résultats ne peuvent être que viciés dans leur principe. Nous au contraire qui, dans nos expériences délicates, n’utilisons que le magnétisme, nous avons besoin, avant tout, de sujets normaux, sains,

dont on obtient tout par la douceur et la confiance, alors que la violence et la brutalité des procédés hypnotiques ne peuvent donner — quand ils en donnent — que des résultats entachés d’erreur. L’hypnotisme, en résumé, ne me paraît utile que pour une étude icelle de T hystérie (1). Que si Ton me trouve dur pour les hypnotiseurs, je répondrai que je suis simplement juste. Je prie en effet le lecteur de vouloir bien considérer que ces gens-là ne perdent aucune occasion de nous traiter de charlatans : il est bon que, de temps à autre, ils trouvent devant eux quelqu'un pour rétablir la réalité des choses.

Qu’ont fait, en effet, les médecins hypnotiseurs ? Rien, sinon une besogne immorale et néfaste. Je m’explique.

Ils ont accaparé une science qui, du domaine de la psychologie, ne les regardait aucunement ; le magnétisme au moins, cette science, l’ont-ils prise dans son ensemble pour la creuser ? Point 1 Ils ont nié en elle la base indéniablement existante qui la constitue : le fluide, que nous photographions, et les passes dont l’efficacité est indiscutable ; et ils l’ont remplacée par quoi ? par deux découvertes qu’ils étalent avec fierté : la suggestion (école de Nancy) qui existe depuis que le monde est habité, et le choc nerveux (école de la Salpêtrière) qui est le procédé le plus efficace qu’on ait jamais trouvé pour détraquer un être

(1) Il existe cependant un point sur lequel les théories de la Salpêtrière, bien que radicalement fausses dans leur essence, présentent quelque utilité : la mensuration de la profondeur du sommeil obtenue. En effet, la théorie de la Salpêtrière étant que le sommeil suit la marche régulière : 1° léthargie, catalepsie, 2° léthargie, somnambulisme, 3° léthargie, catalepsie, 4° léthargie, etc., — ce qui, d'ailleurs, est radicalement faux et ne provient que d'une auto-suggestion des opérateurs — le nombre de léthargies franchies peut indiquer la phase de sommeil à laquelle on est arrivé, ce qui n'a pas lieu dans la pratique du magnétisme où l’on passe indifféremment de la catalepsie au somnambulisme ou vice versa sans aucun égard pour la théorie de la Salpêtrière, combattue d'ailleurs par l'école de Nancy, la seule des deux qui présente quelque intérêt scientifique et pratique ; il en résulte que, pour retrouver un certain degré d'hypnose, *e magnétisme est obligé de tâtonner.

humain par ces moyens barbares que sont les coups de gong, les miroirs rotatifs, les détonations d’armes à feu, etc. Et, où donc, partis de ces bases fausses, ont-ils abouti ? A rien. Le magnétisme est le moyen curatif le plus merveilleux qui ait jamais existé (1) : qu'en a fait la médecine ? Elle Ta nié tout simplement. Quant au reste, les hypnotiseurs ont réalisé quelques phénomènes depuis longtemps connus, et c’est tout, ce qui ne les empêche pas d'être très vaniteux de leurs résultats.

Je tiens, à ce propos une savoureuse anecdote de Mme Nœggerath, une exquise vieille dame qui vit toujours dans le souvenir des spirites sous le nom familièrement affectueux de Bonne Maman , et qui m’a raconté ceci :

Un jour, me dit-elle, en causant, il v a des années, avec mon médecin, je lui ai dit : Docteur, pourquoi donc la médecine n’étudie-t-elle pas le magnétisme, à l’aide duquel on fait des cures merveilleuses ? De plus, il me semble que le magnétisme, en supprimant à volonté la sensibilité sans aucun des dangers que présente le chloroforme, apporterait une aide efficace aux grandes opérations de la chirurgie. Mon médecin a haussé les épaules et m’a répondu : Mais, Madame, tout cela est du pur charlatanisme et vous devriez nous faire l’honneur de croire qu’un médecin n’est pas un charlatan.

Quelques années plus tard, au cours d’une maladie où mon médecin venait me visiter assidûment, il me dit un jour : Je viens de voir quelque chose de bien extraordinaire. Figurez-vous qu'un de mes confrères, qui s’occupe d’hypnotisme, a enlevé, devant moi, une racine de dent, au fond d'un énorme abcès, et sans aucune douleur pour le patient, simplement par l’action de l’hypnotisme :

(1) Cette question sera discutée à fond dans un ouvrage ultérieur du même auteur, V Occultisme et la Vie (1 vol. in-8° sons presse), ou je produirai des observations cliniques de malades abandonnés par les princes de la science et sauvés, même à l'article de la mort par les procédés magnétiques.

il y a peut-être là, dans l’avenir, un précieux adjuvant pour la chirurgie.

— Mais il me semble, docteur, que je vous ai déjà dit, il y a des années, quelque chose de tel... vous souvenezvous, quand je vous ai parlé des merveilles qu’accomplit le magnétisme ? Vous êtes donc maintenant converti ?

Le médecin est resté quelques instants gêné : il se rappelait. Mais il a vite repris son sang-froid et m’a répliqué: Madame, ces phénomènes n’ont aucun rapport entre eux ; le magnétisme n’était exercé que par des charlatans ; nous l’avons tué. Maintenant, l’hypnotisme n’est exercé que par des gens de science : là est toute la différence.

Or, encore une fois, ces « gens de science », où ont-ils abouti avec l’hypnotisme ?

L’école de Nancy traite les malades par la suggestion : c’est ce que fait depuis longtemps non seulement le magnétisme mais n’importe quel médecin, puisqu’on a pu poser la formule : la confiance dans le médecin est le premier pas vers la guérison.

L’école de la Salpêtrière, avec ses procédés brutaux, inductifs du choc nerveux, n’a fait, depuis des années et des années, que se traîner lamentablement dans l’ornière creusée par Charcot de qui elle a seulement répété à satiété les expériences : elle n’a rien trouvé de neuf, rien l Evidemment, puisque ce n’est que par la douceur avec les sujets que l’on peut aboutir à des résultats, et qu’elle a recours à la brutalité dès l’induction du sommeil ! Le bilan de ses découvertes est d une déconcertante nullité, et cela se comprend de soi puisque Charcot a surtout étudié et pratiqué la catalepsie, c’est-à-dire un sommeil qui ne peut mener à rien sinon à étonner les naïfs par la production et la conservation indéfinie d’attitudes clownesques. Pour ma part, je n’ai jamais trouvé le moindre intérêt à ce sommeil, à part les poses sculpturales que l’on obtient lorsqu’on a affaire à des sujets douésd’une plastique supé-

rieure : c'est peu. Je dirai même plus : je trouve ce sommeil dangereux pour le sujet, au contraire du somnambulisme qui, lui au moins, ouvre à nos recherches des horizons nouveaux dont nul ne peut encore poser les limites. Et, s’il faut dévoiler ma pensée entière, je dirai ceci : l’inventeur de l'hypnotisme fut un novateur, d’accord, mais un novateur de nuisance et je suis persuadé que l’avenir le jugera durement. Qu’a-t-il fait en effet, au total, sinon comme ses confrères — je le répète et je ne saurais trop le répéter puisque c’est l’expression d’une fâcheuse vérité — détraquer des milliers de malheureuses hystériques qu’il rejetait ensuite dans la circulation? Or, si notre état social ne flottait encore dans une demi-barbarie, de tels hommes devraient finir autrement que dans les honneurs : car — et telle doit être l'opinion de qui raisonne sainement — , jamais un diplôme de docteur en médecine n’a pu conférer à son détenteur le droit de pratiquer la vivisection humaine. Je crois, pour ma part, professer un plus grand respect pour mes sujets que n’en a jamais montré un hypnotiseur.

Donc, l’hypnotisme n’a abouti à rien.

En face de lui, placez les magnétiseurs : aussitôt, les découvertes foisonnent. Sans remonter aux magnétiseurs du siècle dernier, du Potet, Deleuze et autres, qui ont fait faire à la science des pas de géant, je vois à notre époque les DrsDècleet Chazaram découvrant la polarité humaine, Puyfontaine démontrant l’existence du fluide, le colonel de Rochas extériorant la sensibilité et la motricité des sujets, Hector Durville extériorant et étudiant le fantôme du vivant, Magnin créant, avec son sujet Magdeleine, ce que l’on peut appeler Part de l’hypnose... Que sais-je ? Vraiment, les hypnotiseurs ont beaujeu de traiter de charlatans ceux qui au lieu de propager le mensonge, suivent les voies de la vérité... Qu’ils montrent donc un peu leurs découvertes à côté des nôtres, et le monde sera édifié !

l’occultisme et la science

tü

En tous cas, constatons que l'hypnotisme se trouve aujourd’hui, vis-à-vis du magnétisme, dans une impasse analogue à celle où se débat le matérialisme scientifique devant le spiritualisme, et revenons à la science générale de notre époque.

J’ai parlé ailleurs de ce fâcheux état d’âme qui, tant dans l'ensemble de la science officielle que chez chacun de ses tenanciers en particulier, affirme que rien n'est audessus d’elle, que d’elle seule doit sortir tout progrès, et qui, par suite, pour interdire au profane l’entrée du sanctuaire, élève la barrière d'une terminologie barbare entre elle et la multitude. J’ai montré la science actuelle raillant l’ancienne division de la physique : Terre, eau, air, feu, à laquelle elle ne comprend rien mais qu’elle a remplacée par les mots plus prétentieux : Solides, liquides, gaz, chaleur et lumière. A-t-elle assez ri de l'écriture pantaculaire et des termes alchimiques, qui lui échappent : soufre des philosophes, tête de corbeau, mari rouge, épouse blanche et autres...

Remarquons seulement que l’écriture pantaculaire était employée par les anciens sages de façon que leurs idées fussent comprises de quiconque avait étudié, mais de chacun en raison de son savoir particulier, question trop longue à détailler ici mais que j’ai expliquée ailleurs, et que fera bien comprendre la formule suivante : G8 H2 Br2 Ag2 O8 + 4HO = G8 H6 O12 + 2Ag B2 (1) qui, lue par un mathématicien sera regardée par lui comme équation algébrique, et, lue par un chimiste lui sera l’indication d’une réaction chimique. Quant au langage bizarre, je l’accorde, de l'alchimie moyen âgeuse, il faut se rappeler que les souffleurs de l'époque, toujours sous le coup d’une accusation de sorcellerie, toujours sous la menace du bûcher, avaient un intérêt de premier ordre à ce que les

(1) Préparation de l'acide tartrique par le dibromosuccinate d'argent, Malaguti IV, p. 125.

résultats exacts de leurs travaux ne fussent connus que des autres initiés.

Cet intérêt n’existe plus, aujourd'hui pour les chimistes, et cependant que voyons-nous ? Les corps qu’ils découvrent sont affublés de noms plus étranges les uns que les autres, et, en tous cas plus baroques que ceux de la nomenclature alchimique, tels : l'acide homopyrocatéchine monométhylique, l’acide trichlorophénomalique, ou encore la tétraméthylmélaphénylénédiamide... ouf !

Une remarque à ce propos : — Beaucoup de personnes se demandent avec surprise pourquoi les produits chimiques allemands et particulièrement les produits pharmaceutiques ont conquis le marché mondial au détriment des producteurs anglais, français ou américains : cela tient simplement à ceci que les industriels allemands, âpres au gain, avaient eu l’idée de donner aux produits chimiques un nom commercial parallèle au nom scientifique : le monde entier préférait demander au pharmacien de la saccharine, de la phénâcétine, de l’aspirine ou de l’antipyrine allemandes, plutôt que de l’anhydrine orthosulfonamidobenzoïque, de la para-acétylphénédine, de l’acide acétylsalicylique ou delà diméthiloxyquinézine français.

Ce sentiment exagéré de supériorité des tenanciers de la science officielle ainsi que ses fâcheux résultats sur l’avancement de la science elle-même, ont été fort bien observés et analysés par un scientiste qui, lui, n’a demandé au savoir que la satisfaction intime que procure sa possession :

« Je ne réussirai pas à convaincre les sujets ou les médiums qu’ils sont des individus en avance sur la moyenne ; je réussirai, sans doute encore moins à accréditer cette opinion, mais elle est, à beaucoup d’égards, vraie. Si la perfection relative de leur système nerveux rend ces personnes plus impressionnables que la moyenne,

on aurait tort d'en conclure qu’elles sont tarées. Ce raisonnement est aussi stupide que celui qui consisterait à considérer l’Européen comme dégénéré parce qu’il est plus émotif et plus sensible à la douleur que certaines peuplades sauvages. Que nous sommes ignorants, maladroits ou imprudents ! L’attitude de certains milieux savants — je ne dis pas les plus cultivés et je le fais exprès — est semblable, pour moi, à celle des autorités ecclésiastiques du Moyen Age. La nouveauté d’une chose les effraie. Ils traitent la pensée scientifique indépendante comme les inquisiteurs traitaient jadis la pensée libre. Ils ont, comme leurs prototypes d’autrefois, la même intolérance, la même haine pour le schisme et l’hérésie. Leurs erreurs accumulées devraient pourtant les rendre prudents ; mais non. S’ils ne mettent plus au ban de la société l’hérésiarque ou le schismatique, s’ils ne le livrent plus au bourreau, ils le traitent avec la même dureté relative. Ils l’excommunient à leur manière et le rejettent de l’humanité saine et bien portante comme un dégénéré, un mystique, un illuminé. L’avenir aura d’eux l’opinion que nous avons de leurs aînés. Leur attitude empêche les médiums les plus instruits, les plus capables, d’avouer leurs facultés. S’ils parlent de leurs visions, on les douchera. S’ils font remuer une balle sans la toucher, on les traitera de fraudeurs et d’hystériques. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’ils dissimulent leurs dons (1)?

Veut-on maintenant mesurer l’infatuation de certains scientistes en chaire ou en place, et comprendre les actes qu elle les amène à commettre, actes qu’on ne peut taxer autrement que de sottise — sinon de malfaisance? En voici un bien curieux exemple que je relève dans l’ouvrage de Magnin, l’Art et V hypnose (2).

(1) J. Maxwell, docteur en médecine, substitut au procureur général de Paris. Les phénomènes psychiques , 1 vol. in-8% Paris, 1903.

(2) 1 vol. grand in-S% Paris, s. d.

« Pour donner une idée de cette volonté enracinée chez les savants de nos écoles hypnotiques à ne voir dans des sujets parfaitement sains que des névrosés, je citerai le cas suivant qui édifiera mes lecteurs.

« 11 y a cinq ou six ans, je fis la connaissance d'une femme de lettres d’une intelligence supérieure ; un ami m’avait conduit chez elle pour étudier un phénomène qu’elle présentait depuis quelques mois. En effet, sans avoir jamais travaillé ni le dessin ni la peinture, cette femme était prise, depuis à peu près une année, d'un désir intense et constant de faire de la peinture à l’huile. Elle avait résisté longtemps, puis un beau jour, cédant à une sorte d’obsession, elle avait acheté une toile et des couleurs. Rentrée chez elle, elle vit, presque sans étonnement, sur sa toile, un Christ admirable ; elle n’eut qu’à mettre, et cela à peu près inconsciemment, des couleurs sur ce qu’elle voyait. Le résultat fut remarquable. Des peintres de valeur admirèrent ses oeuvres, sans pouvoir cependant rien comprendre à la manière absolument étrange de fixer ses couleurs ; je fus moi-même émerveillé de la vie et de la chaleur qui se dégageaient de ses premiers essais.

« Or, lors de ma visite, je trouvai cette artiste dans un état de gaîté si extraordinaire, qu’elle crut devoir m’en confier le sujet. Elle avait reçu une lettre d'un des chefs les plus en vue de la Salpêtrière, auteur bien, connu d'un ouvrage de psychologie, qui la priait de venir le visiter à propos des phénomènes qu’elle présentait.

« Je laisse maintenant la parole à mon interlocutrice : « Après avoir, en hochant la tête, longuement inspecté les peintures que je lui avais apportées, ce maître, me regardant fixement, me dit sur un ton tranchant et impératif : « Vous êtes, madame, évidemment très malade ; permettezmoi un petit interrogatoire. Madame, votre mère vit-elle encore ? — Non, elle est morte... — Ah ! voyez-vous,

elle est morte jeune, reprit-il sans me donner le temps de terminer. — Pardon, docteur, ma mère est morte à 59 ans des suites d’une chute dans un escalier. — Et votre père ? — Mon père est mort à 28 ans. — Ah ! voyez-vous, madame, nous avons là, dans cette mort prématurée, des indices d'une hérédité très chargée. — Pardon, docteur, mon père a été tué à la guerre. — Et votre enfance, madame ? — On m’a dit que j’avais toujours été bien portante, que j’étais très développée... — Ah ! voyez-vous, très développée, très intelligente, ce sont là des indications nettes de vos dispositions nerveuses ; vous avez certainement eu des crises, des convulsions, etc... » Malgré mes dénégations énergiques, le savant chef ajouta : « Je vous répète, madame, que si vous n’avez jamais fait d’études de peinture et que si c’est bien vous qui avez fait ces œuvres, vous êtes dans un état maladif dangereux. Cet état va s’aggraver ; vous aurez des visions, des hallucinations de plus en plus fréquentes ; vous verrez des spectres grimaçants ; vous aurez des frayeurs, et, petit à petit, vous perdrez la faculté de penser, d’écrire, vous perdrez la mémoire, la notion réelle des choses... — En un mot, lui répondis-je, je deviendrai folle 1 — Parfaitement, madame, votre cas, déjà grave, ne fera qu’empirer. » Je m’efforçai alors de convaincre le savant professeur que mon état de santé ne s’était nullement ressenti de mes nouveaux travaux, que mes visions n’augmentaient pas, que ma mémoire était parfaite, ma tête absolument libre, que mes travaux littéraires n’avaient aucunement souffert, et qu’au contraire je me sentais de plus en plus apte à ma vocation. — « Méfiez-vous, me répondit-il, tout sombrera d’un jour à l’autre ; je ne vous donne pas deux mois ; et, puisque vous ne voulez pas entrer aujourd’hui dans mon service, je vais toujours vous signer votre billet d’entrée à la Salpêtrière, dans le service des hystériques, pour le jour où vous aurez besoin de mes soins. »

« J’acceptai ce billet d’admission dans un hospice de dégénérés ; mais, une fois ce précieux document en main, je fis remarquer au savant neurologiste combien il avait fait fausse route en me prenant pour une dégénérée ou une névrosée, puisque, même après son interrogatoire, qui n’était qu’une suite de suggestions, je sortais de chez; lui aussi bien portante que j’y étais entrée, ce qui ne serait pas le cas de huit femmes sur dix. »

« Aujourd’hui encore, c’est-à-dire six ans après ce pronostic du célèbre chef de service, cette femme jouit delà plénitude de ses facultés ; elle a eu, cette année même, une pièce de théâtre jouée à Paris avec grand succès, elle a été médaillée à plusieurs de nos salons de peinture, et elle a été tout dernièrement nommée directrice d’un important journal. C’est un joli bagage pour son entrée à la Salpêtrière ! »

A quoi donc tiennent ces erreurs monumentales des scientistes qui, à y regarder de près, constituent de véritables actes de folie ? A ceci que, par une sorte de convention tacite entre tous, chaque savant officiel rapporte le reste de l’univers non pas à la science ce qui serait un bien, mais à sa science, ce qui est un mal ; car alors il soumet tout à ses opinions personnelles, et a recours à tous les moyens, plus ou moins délicats, pour étouffer toute contradiction à ses théories propres, de quelque part qu’elles se produisent, fût-elle même d’un confrère autorisé.

Voici, à ce propos, ce que je relève dans un ouvrage scientifique récent, Y Histoire géologique de la mer (1), de Stanislas Meunier, professeur au Muséum d’Histoire naturelle : « L'auteur [de la Minéralogie de la France et de ses colonies , par A. Lacroix] lui est resté si fidèle [à une théorie géologique développée par Zittel dans son Traité de paléontologie J, qu’usant du pouvoir discrétionnaire que lui

(1) 1 vol. in-12, Paris, 1907.

donne sa situation de secrétaire de l’Académie des Sciences, il n’a pas hésité, en mars 1917, à fermer l’accès des Comptes rendus à une courte note que je lui avais adressée en contradiction avec la conclusion orthodoxe. Ce minuscule incident pourra rester comme un témoignage de la liberté scientifique dont on aura joui au xxa siècle. »

Ce misonéisme étroit, cet excessif acharnement à barrer, par tout moyen, la route du progrès, jettent parfois, il est vrai, la science contemporaine dans de joyeuses impasses où l’observateur philosophe a quelque plaisir à la regarder s’embourber.

Un exemple assez remarquable de cet accident s’est révélé le jour où le professeur Stéphane Leduc a publié sa découverte de la cellule minérale.

Je ne sais si le professeur Stéphane Leduc a puisé ses théories dans les doctrines de l’occultisme : toujours est-il que, convaincu que la vie existe dans le minéral aussi bien que dans le végétal, il a entrepris de créer des plantes dont les éléments sont exclusivement minéraux, et il y est parvenu. Avec, par exemple, des graines de sulfate de cuivre semées dans un milieu purement minéral, il a obtenu, dans certaines conditions, de véritables plantes qui naissent, vivent et meurent comme les végétaux, et qui, comme les végétaux, produisent racines et radicelles, tiges, feuilles, etc., le tout basé sur la cellule minérale (1). Le jour où il présenta ses produits, il y eut quelque tapage dans le Landerneau de la science. 11 était impossible de nier la réalité du fait pris en lui-même : — le minéral est susceptible de croître comme le végétal ; donc, il est vivant. Forcés de reconnaître les prémisses, les corps savants nièrent la conclusion logique en déclarant : « Ces

(1) Je ne m’étends pas longuement ici sur cette découverte que j'étudie en détail ailleurs ( L’Occultisme et la Vie , 1 vol. in sous presse). Le Dr Leduc a même obtenu des formes animales rudimentaires.

plantes, ne se reproduisant pas, ne sont que des précipités métalliques ! »

Oh ! la belle bourde ! Vite, appelons la foule à tirer elle-même la conséquence de ce principe : Braves gens qui employez le mulet à vos travaux, vous aviez cru jusqu’à présent que le mulet est un animal... Erreur !... Erreur profonde !... Le mulet, ne se reproduisant pas, n’est qu’un précipité métallique !

Et voilà comment, en haine de tout ce qui fait échec à ses théories du jour, la science arrive à s’enferrer de façon humiliante.

Ajoutons que les expériences du professeur Leduc ont été reprises par des expérimentateurs tels que les Marv, le professeur Herrera,. de Mexico, le Dr J. Félix, de Bruxelles, le physiologiste V. Delfino, de Buenos-Aires, G. Renaudet, de Vibraye (Sarthe), le Dr Kuckuck, de Pétrograd, etc., qui ont résolu le problème de la reproduction des végétations minérales ; depuis lors, on a établi la conspiration du silence, et seuls, les gens qui étudient sans parti pris connaissent les travaux du professeur Stéphane Leduc. 11 y a quelque temps, j’en pariais à un médecin qui a éclaté de rire : « Ah ! oui... il crée des cellules qui se nourrissent par endosmose !... » J ai regardé, au comble de la stupéfaction, ce médecin que j’ai jugé sur-le-champ aussi anti-scientifique qu’on puisse l’être... Pour moi, je n’ai jamais connu de cellules se nourrissant autrement que par endosmose.

Au moins, ces théories matérialistes auxquelles la science se raccroche de façon désespérée, ces théories qu’elle déclare à tout instant intangibles et inattaquables, ont-elles quelque fixité ?

Prenons, pour nous en rendre compte, un des problèmes à la fois les plus intéressants et les plus ardus qui se présentent aux méditations du penseur : D’où vient la vie, à la surface de notre globe ?

Pendant longtemps, la science a admis la théorie biblique : création, par la Divinité, d’un couple de chaque espèce ; c’était la théorie, très simpliste, de labiogénèse. Tout au plus la science a-t-elle biffé la Divinité, en laissant au hasard la création des couples primordiaux.

Au principe du dernier siècle, Lamark présenta sa théorie de l’abiogénèse, supposant un proto-organisme naissant dans des conditions physiques favorables, et donnant l’être, par transformisme subséquent et successif, à toutes les espèces, d’abord végétales, puis aux amibes, puis aux animaux. La naissance du proto-organisme primordial était donc regardée comme une manifestation supérieure de l’énergie.

Les travaux de Balbiani sur les infusoires et de Pasteur sur les ferments et germes atmosphériques ont anéanti cette doctrine. Mais alors, d’où provient la vie ?

Dès lors, les théories se sont succédé, adoptées et rejetées tour à tour : celle des pyrozoaires qui la fait naître, avant toute formation de notre globe, dans sa masse en ignition ; — celle des cosmozoaires qui la fait descendre du ciel sur le véhicule des aérolithes; — celle de la panspermie cosmique, qui la place dans les poussières errantes parmi les espaces intersidéraux, tombées à la surface de la terre et s’y développant lorsqu’elles y rencontrent les conditions voulues pour la diffusion de la vie.

Aujourd’hui, tout le monde savant est panspermiste, d’autant plus que la Faculté de Médecine est pastorienne et que les travaux de Pasteur viennent à l’appui de cette doctrine.

Malheureusement, à côté des savants officiels qui ont leur siège fait — et commodément fait — , il y a toujours des indépendants, et, de temps à autre, des expériences se produisent, sur lesquelles on se hâte de jeter le voile d’un prudent silence, mais qui, nonobstant, transpirent pour chuchoter au public : « La panspermie cosmique

et les théories de Pasteur ne sont peut-être pas le dernier moi de? la science. En fait, elles le sont d’autant moins que, si les ovaristes semblent — je dis semblent : on verra plus loin ce qu’il en est — avoir raison quant aux développements actuels de la vie, ils n’indiquent rien au sujet de ses origines. La lutte est maintenant entre ovaristes et hétérogénistes. »

J’étudie plus en détail, ailleurs (1), les différentes théories relatives à l’origine de la vie et je suis arrivé à cette conclusion que seul, le panspermisme cosmique se rapproche de la vérité ; mais cela ne veut pas dire que les doctrines pastoriennes sont inébranlables, quoi qu’en pensent les officiels du jour. En effet, si l’hétérogénie semble menacée par les conclusions de Pasteur et de ses disciples, les hétérogénistes sont loin d'avoir déposé les armes, et, entre temps, ils portent des coups assez durs à leurs adversaires ; je citerai notamment, à l’appui, ces dernières années, les curieuses expériences du professeur Yves Delage qui, dans son laboratoire de pisciculture, à Roscoff, obtient couramment la fécondation artificielle des œufs d’astéries au moyen de l’acide carbonique.

En somme, quelle est l’expérience fondamentale de Pasteur ? Voici : un ballon contenant une infusion organique, le col du ballon effilé — l’extrémité restant ouverte — le liquide porté à l’ébullition et refroidi : le liquide demeure inaltéré... Mais cela est tout naturel, puisque l'ébullition a détruit toute vie dans l’air et dans le liquide du ballon et qu’aucun germe — très appréciable au microscope — ne peut pénétrer par un orifice capillaire ; il n’y a donc, il ne peut y avoir aucune vie dans un milieu brûlé, calciné et dénué d’oxygène. Si l’on ouvre le ballon, si seulement on le met en communication avec l’atmosphère, des germes s’y développent : le germe de n’im-

(lj L'Occultisme et U Vie , sous presse.

porte quoi se trouve n’importe où, telle est la formule.

11 faudrait admettre d’abord qu'un millimètre cube d'air contient les germes — appréciables, je le répète, au microscope — les ferments de tous les végétaux, de tous les animaux, et que n’importe quelle substance organique, placée n’importe où, dans les conditions de chaleur et d’humidité voulues, reçoit aussitôt son microbe attitré. Or n'est-il pas plus simple d’admettre que la vie est partout et s’adapte aux divers milieux qu’elle rencontre ?

La preuve ? Elle se trouve dans les expériences du savant anglais Ch. Bastian, ouvrant après plusieurs mois des tubes contenant des solutions salines préaiablement stérilisées et y trouvant des germes cryptogamiques.

Et voici encore que, tout récemment un jeune savant, le Dr John Butler Burke, attaché au célèbre laboratoire de Cavendish, à Cambridge, vient de prouver, au moins à priori , la réalité de l’hétérogénie au moyen du radium. Son expérience consiste à placer une parcelle de radium dans une solution de gélatine rigoureusement stérilisée. Au bout d’un jour ou deux, l’examen microscopique révèle l’existence de cultures formées de points noirs qui augmentent lentement de volume et se subdivisent en plusieurs éléments nouveaux quand leur diamètre atteint 1/60.000 de pouce. Les effluves du radium ont donc engendré, dans un milieu de culture stérilisé des germes vitaux, des microbes, en un mot, que l’auteur appelle des radiobes. Il est possible, comme dit le Dr John Butler Burke dans le mémoire où il expose sa découverte, que ce soit là la forme primitive de la vie, et que cette expérience laisse entrevoir l’origine des êtres.

Enfin, certains parasites végétaux se développent sous l’épiderme des plantes: d’où proviennent les semences de ces entophytes qui apparaissent même chez les végétaux dépourvus de stomates ? Par exemple, des champignons microscopiques na:ssent et vivent dansl’intérieur des citrons...

Tout ceci montre que les théories de Pasteur, pas plus que celles de l’origine des êtres vivants, n’ont rien d’absolu et serout fatalement modifiées un jour prochain.

Or, toutes les théories de la science moderne présentent a peu près la même consistance que celle de l’origine de la vie : c'est dire à quel point elles sont ondoyantes, mobiles et changeantes, et l'on s’explique bien mal, quand on y réfléchit, que la science maintienne avec une telle intransigeance ses doctrines du jour que le lendemain jettera peut-être par terre. Ce faisant, la science normale rappelle ces gens indécis et entêtés dont on dit : « Ils ne savent pas ce qu’ils veulent, mais ils le veulent énergiquement ! »

Résumons.

En haine d’un autoritarisme religieux qui, depuis la Renaissance a eu le tort, je le concède, de la tenir en lisières et de ne lui permettre de liberté que dans la limite des textes sacrés, la science, à peine émancipée, s'est jetée dans un matérialisme maladivement absolu, où, reprenant à son compte l’erreur qu’elle a si âprement reprochée à l’Eglise, elle a interdit toute recherche, toute découverte en dehors de ses doctrines de l’instant.

Mais voici que, malgré toutes ses précautions égoïstes, son inexpugnable réduit s’effondre comme se crève au soleil une bulle de savon : le matérialisme est mort ! Par suite même des travaux de la science, — poursuivis cependant dans le sens autorisé par elle, — la matière disparaît, ne laissant à sa place, en dernière analyse, que l’esprit, qu’une énergie primordiale dérivant de l’esprit, ou, au plus, des forces-substances qui confinent à l’esprit tant elles sont quintessenciées ; la matière n’est plus qu’une apparence de surface, recouvrant des ultimates de nature électrique, c’est-à-dire immatériels — étant bien entendu que im matière n'est pas néant — où le mouvement est tout. Et cependant, avec un entêtement digne d’une meil-

leure cause, la science se refuse à abandonner des théories désuètes et caduques que chaque jour montre plus erronées, pour aborder la voie de vérité, pour poursuivre, ses études dans le champ si fécond du spiritualisme qu’elle n’admet encore que comme un pis-aller, mais où, dès qu’elle aura eu le courage de renier ses erreurs de jadis, les découvertes se presseront sur les pas de ses disciples

Malheureusement il en coûte à sa vanité de reconnaître qu'elle, l'impeccable, s'est trompée, et elle demeure enlisée dans des doctrines d’un autre âge et prêtant à rire à quiconque aujourd'hui réfléchit...

N’est-ce donc pas une aventure lamentable que celle où elle se débat depuis deux siècles, et n’ai-je pas eu raison de qualifier sa marche depuis la Renaissance, de véritable roman ?

Or, partie de cette haine de l'Eglise qui l’avait trop longtemps opprimée, et guidée dans sa marche, toujours en haine de l'Eglise, par une irréductible hostilité contre tout spiritualisme, où devait fatalement aboutir la science moderne ? Au plus bas matérialisme, au matérialisme qui fait du veau d’or une divinité mondiale, puisque la jouissance de ses progrès, au lieu d’être accessible à tous, n'est que l’apanage de la richesse, au matérialisme qui organise des hécatombes de vies humaines, puisque c’est la guerre, uniquement la guerre, qui a fait progresser certaines industries scientifiques telles que la sidérurgie, l’aéronautique, la navigation, la production des explosifs, etc., et que, dans tout progrès scientifique, on cherche son application à l’art militaire. C’est ce qu’a fort bien vu Mme Annie Besant dans un article Science et conscience paru en une publication dont le nom m’échappe, au cours de 1917, en pleine guerre européenne.

« La grande leçon à apprendre est : « Ne rien détruire, mais transmuer. » Comprenez que chaque force de la Nature doit être considérée simplement comme une force.

L’évolution consiste à maîtriser ces forces. Il y a la force de l'électricité ; elle n’est ni morale, ni immorale ; elle est amorale. C’est simplement une force. Vous l’utilisez au moyen d’appareils par lesquels vous la conduisez le long d’une ligne particulière. Vous pouvez la conduire vers une fin de destruction, comme dans son usage pour les explosions, vous pouvez la conduire vers une fin utile comme dans la télégraphie sans fil ; cependant c’est la même force.

Toute la tâche de l’évolution humaine consiste à apprendre comment se servir de ces forces, et le crime de la science moderne est d’avoir appris à connaître et à contrôler un grand nombre de forces, et de les employer à des buts effroyables de destruction, des buts tels qu’ils ont fait de cette guerre une horreur sans exemple. La science est tournée vers des desseins inférieurs. Vous ne pouvez blâmer la nature. Chaque force que la science occidentale emploie pour détruire est une force qu’elle aurait dû consacrer au service de la vie, de sa préservation, du bonheur de l’humanité. Nous voyons donc ce qu’est la science sans conscience, il n’v a nulle croissance de la conscience sociale dans le monde occidental en ce qui concerne l’usage de la science. Chaque grand savant se sert de tout son pouvoir cérébral, de son savoir, de sa domination de la nature, pour employer les forces de celle-ci au service des puissances de destruction.

Ce que nous avons à comprendre est que le monde occidental, par manque de conscience sociale, de sentiment de devoir de l’homme vis-à-vis de l’homme, a dirigé la science vers le but le plus démoniaque auquel elle ait pu servir, et par là créé un terrible effet. Le grossier matérialisme de la science dans la dernière partie du xix° siècle en marque le début : si vous remontez en arrière afin de découvrir la cause de ce matérialisme de la science, vous la trouverez dans les persécutions de la religion (C’est

ainsi que toutes les choses s'enchaînent.) Si, pour un moment, vous pouviez vous imaginer qu'il n’y a pas eu de Moyen Age, avec l'Eglise catholique romaine puissante, exterminant les savants de l’époque, brûlant, torturant, emprisonnant les hommes de science d'alors, vous auriez une meilleure idée de l'une des phases des événements actuels. Remontez ensuite jusqu à l'ignorance dont le résultat a été d’élever la religion contre la science. C’est de cette manière que le trouble, que le mauvais Karma (1) a été créé. La science se tourne contre la religion pour sauver son existence. Vous ne pouvez blâmer les savants, ils luttaient pour leur vie, et tout ce qu’ils pouvaient découvrir, prouvant une erreur de la religion, leur était un gain. Je ne les blâme jamais, parce que je vois au milieu de quelles difficultés ils se trouvaient ; s’ils avaient à faire des progrès en science, il leur fallait piétiner la religion qui était devenue une simple organisation de persécution. Réellement ils le firent. Ils conquirent ainsi une Tribune libre, mais avec elle le matérialisme. Le matérialisme était plus grossier en Allemagne qu’ailleurs ; de là le fait que l’Allemagne a pris la tête dans cette phase particulière de mauvaise application de la science et est devenue l’instrument des puissances des ténèbres. On voit comment cela est arrivé, degré par degré : ignorance, catholicisme, luthérianisme, persécution, effort scientifique, lutte avec la religion, triomphe de la libre-pensée. Ainsi on aboutit à ce terrible progrès de la science, à la négation de toute fraternité et de toute parenté humaines, et à Tutilisation de la science en vue de deux buts principaux : accroissement de richesses et découverte de moyens de destruction ».

En résumé, le rôle de la science dans notre civilisation se peut synthétiser rapidement : c’est la restauration de

(1) Répercussion du passé sur l'avenir, des vies antérieures sur les vies postérieures, etc...

deux divinités de mal que l'on voudrait savoir périmées depuis longtemps : — le Veau d’or puisque, au lieu de répandre ses bienfaits sur tous et d’améliorer ainsi les conditions de la vie, elle n’en procure la jouissance qu’à quiconque peut payer — et le Moloch des batailles puisque nombre de ses progrès et toutes ses applications possibles n’ont en vue que des hécatombes humaines.

11 a été dit, plus haut, qu’en ce moment, une très forte réaction, dans le sens spiritualiste, se produit dans la science générale, mais que, malgré tout, cette science demeure profondément et fondamentalement matérialiste, en dépit de toutes les concessions d'apparence qu'elle semble faire à Fidéalisme.

Ces deux propositions semblent, à première vue se contredire, et il y a lieu, avant de clore ce chapitre, de donner les explications nécessaires.

Tout d abord, il convient d’établir une distinction capitale entrela science, ensemble des connaissances humaines, et les sciences, considérées individuellement et dont chacune a son objet spécial.

Parmi les sciences, les unes sont nettement et fatalement spiritualistes, telles les sciences théologiques et religieuses. D’autres sont, non moins nettement et fatalement, agnostiques, comme les sciences physiques et chimiques. — Les dernières, enfin, par exemple les sciences philosophiques et morales obéissent à des tendances diverses, suivant les temps et suivant les hommes, tantôt matérialistes et tantôt spiritualistes, et c’est dans cellesci surtout que s’exerce la réaction idéaliste dont il a cidessus été question.

En effet, la doctrine purement matérialiste repose sur les sept postulats suivants :

1° 11 n’y a aucune réalité en dehors de ce qui tombe directement ou indirectement sous les sens.

2° Ce qui n’appartient pas au monde sensible n’est

l’oCCULTTSMÊ ET LA SC1ENCÊ

qu’une résultante du fonctionnement des éléments physico-chimiques, ce qui revient à dire que tout est régi par les échanges chimiques.

3° L’évolution obéit à deux lois principales : la sélection naturelle (Darwin) et l’influence du milieu (Lamarck).

4° La connaissance des formes inférieures et rudimentaires de Dévolution suffit pour nous renseigner sur les formes supérieures et complexes.

5° L'être vivant est un complexus de cellules provisoirement synthétisées.

6° Le dynamisme vital et les fonctions psychiques sont des résultantes du fonctionnement physiologique de la synthèse biologique vivante.

7° Le moi conscient est une suite ou une synthèse d états de conscience et le produit du fonctionnement des centres nerveux.

Or, de ces sept postulats, il n’en est aucun dont la fausseté n’ait été démontrée scientifiquement, et il est maintenant prouvé qu’ils sont tous en opposition avec les connaissances scientifiques actuelles.

L’idée, notamment, n’est pas un produit de la matière. La thèse classique du Parallélisme psycho-physiologique est caduque, et il demeure irréfutablement établi que toutes les preuves classiques présentées en faveur de l’hypothèse paralléliste (qui se prétendait scientifique) sont fausses.

La conception classique psycho-physiologiste est notoirement insuffisante. Les faits démontrent nettement que :

1° Tout ce qui a été dans le champ psychique — consciemment ou inconsciemment, peu importe — demeure indestructible, même quand il semble à jamais perdu : le souvenir subconscient intégral est donc indépendant des contingences cérébrales.

2° Tout se passe comme si l’état psychique qu’on nomme un souvenir, enregistré par les cellules cérébrales, et

destiné à disparaître bientôt avec elles, éphémère comme elles, était enregistré, en même temps, dans « quelque chose » de permanent, dont ce souvenir sera dorénavant partie intégrante et permanente elle-même.

3° Le rôle de l’hérédité est aussi effacé et secondaire en psychologie qu'il est important et prédominant en physiologie.

4° Il y a, dans l’être vivant, un dynamo-psychisme qui constitue l'essentiel du moi et qui ne peut absolument pas se ramener au fonctionnement des centres nerveux.’ Ce dynamo-psychisme essentiel n’est pas conditionné par l’organisme ; bien au contraire, tout se passe comme si l'organisme et le fonctionnement cérébral étaient conditionnés par lui.

On parle des « Mystères du spiritualisme »... Il n'y a rien de mystérieux dans le spiritualisme, et, grâce à la largeur de ses vues, il permet, par contre, d’expliquer les mystères de l’univers.

Ces mystères demeurent entiers pour le matérialisme, et les phénomènes universels sont, en grand nombre, inexplicables pour lui ; c’est pourquoi il les nie éperdument aussi longtemps qu’ils ne s’imposent pas avec une évidence irrésistible.

Pour le matérialisme, en effet, le phénomène vital est, en soi, un mystère ; la forme spécifique des êtres vivants (constance morphologique) est un mystère ; la formation, le maintien et la réparation de l’organisme sont des mystères à peine expliqués par de vagues hypothèses non contrôlées; le développement embryonnaire et postembryonnaire est un mystère ; les métamorphoses de certains êtres et l’histolyse de l’insecte sont des mystères, etc...

Quant aux faits psychiques et métapsychiques qui, à plus forte raison, sont, pour le matérialisme, des mystères insondables, il préfère les nier : c’est plus simple, mais ce n’est pas du tout scientifique.

mr

Grâce à cette négation à jet continu de faits dont aujourd’hui tout le public connaît, ne fut-ce que par ouïdire, l’indéniable objectivité, et par suite de la destruction des sept postulats sur lesquels se base sa vaniteuse erreur, le matérialisme perd chaque jour du terrain et il est facile de prévoir une heure où les doctrines spiritualistes l’emporteront.

Et cependant, la science pure est, encore et malgré tout, profondément, intimement matérialiste. A quoi cela tient-il ?

D’abord, à une sorte de possession d’état.

Nous avons vu que lorsqu’il parvint enfin à se soustraire à la férule de l'Eglise, le savoir humain, en haine de l’Eglise dont la tutelle lui avait été trop longue et trop pesante, se jeta à corps perdu dans l’agnosticisme qui devait, infailliblement et rapidement, le conduire à l’absolu matérialisme. Et cette possession d’état, durant depuis des siècles, a jeté, dans la science, des racines trop profondes pour pouvoir être extirpées du jour au lendemain; car, il ne faut pas s’y tromper, à l’heure où la science sera, par la force des choses, amenée à faire profession d’idées spiritualistes, cela lui semblera une sorte de reniement de ses origines, une véritable apostasie devant laquelle elle reculera le plus longtemps possible.

Mais il y a encore un autre motif à la permanence de l’emprise matérialiste sur la science, c’est que la science, en son absolu, est personnelle.

Je m’explique.

On a vu plus haut qu’il ne faut pas confondre la science avec les sciences qui, prises chacune en son particulier, sont réelles : il est facile de concevoir une bibliothèque idéalement complète, et qui, par exemple, en mathématiques, renfermera tous les ouvrages existants à l’heure actuelle, depuis la modeste petite arithmétique du débutant, jusqu’aux considérations métaphysiques sur les

nombres telles que les a méditées le génial Hœné Wronsky.

Mais alors que les sciences, prises isolément sont réelles, la science, en son ensemble, est personnelle ; on ne peut concevoir de bibliothèque la refermant dans sa totalité. Qu'est-ce, en effet, qui la constitue ? Ce ne sont pas seulement les traités écrits par tel ou tel savant, et il y a, en elle, bien autre chose que des livres imprimés : il y a, par exemple, les tentatives infructueuses d’Ader pour créer l aéroplane de l’avenir ; il y a les concepts d’Edison pour établir le phonographe ; il y a les méditations d’Einstein sur la relativité, et les objections de Painlevé contre les théories d’Einstein ; il y a, en un mot, tous les travaux des inventeurs qu’ils aient ou non abouti, tout le travail mental des chercheurs qui n’est jamais sorti de leur cerveau, toutes les idées philosophiques des penseurs qui ne les ont jamais écrites, en un mot, tous les efforts, quels qu’ils aient été, vers un but scientifique, quel qu’il soit. Et, tout cela, aucune bibliothèque ne peut le renfermer — bien que ce soit partie intégrante et constitutive de la science — parce que cela est, non pas réel, mais, à proprement parler, personnel et propre aux individus qui en furent ou sont détenteurs.

Or, quels sont les hommes qui, entre tous, ont marqué de leur empreinte la science de nos jours ?

En tête et avant tous autres, nous trouvons L. Pasteur. L. Pasteur était profondément spiritualiste ; mais ce fut un praticien de la science ; ses découvertes furent certes admirables, mais il se maintint dans le domaine spécialisé de la microbiologie et jamais n’aborda les théories générales ; par suite son action fut nulle sur la mentalité scientifique de son époque.

Il en alla de même pour Pierre Curie qui malgré ses importantes découvertes, n’a jamais abordé les grandes spéculations et n’a laissé aucun écrit.

Immédiatement après ces deux hommes de premier

plan se placent G. Le Bon et F. Le Dantec, les derniers soutiens, a-t-on dit, du matérialisme expirant ; le premier avec son livre U évolution de la matière , et le second, avec sa Théorie de la Vie ont produit sur le monde scientifique contemporain une profonde impression destinée à se répercuter durant un demi-siècle encore sur les foules. Et, tout en se croyant, tout en se disant spiritualistes, c’est aux doctrines de G. Le Bon et de F. Le Dantec que se rattachent scientifiquement nombre desavants. En vain veulent-ils s’en affranchir : elles les enlacent comme un invisible réseau et déterminent — malgré qu’ils en pensent — leur mentalité scientifique.

Il faut, en effet de quinze à vingt ans, pour qu’une théorie professée par l’enseignement supérieur passe par les lycées et collèges, puis par l’école normale pour atteindre l’école primaire d’abord supérieure puis élémentaire; et, sur toute la génération suivante encore, le courant matérialiste dominera, portant partout, dans toutes les profondeurs de notre société, ses idées radicalement fausses, comme la preuve en a été donnée plus haut et comme je vais la renforcer tout à l’heure.

A quoi cela tient-il ? A ceci que toute théorie crée, par sa diffusion, un certain état d’esprit : la théorie peut s’écrouler mais l’état d’esprit demeure, et, à son tour, crée des théories nouvelles qui ne sont que les succédanées de celles que l’on croyait mortes. C’est ainsi que la doctrine matérialiste, après avoir vu détruire successivement les sept postulats constituant ses bases essentielles, semblait être bien disparue... Oui, mais en laissant subsister, derrière elle, un état d’esprit matérialiste qui refuse de s’avouer vaincu et qui, pour se nourrir, donne naissance, en ce moment même où j’écris, à la théorie de l’Energétisme qui n’est autre chose qu'un matérialisme déguisé.

Le matérialisme est-il donc de la science comme il le prétend? Non, mille fois non, puisque le rôle de la science

est d’aller de l’avant pour donner une solution à tous les problèmes qui s’imposent et que, au contraire, le matérialisme a détourné la science de l’étude des problèmes vitaux.

Donc, j’accuse le matérialisme de mentir lorsqu’il affirme être le produit de la science dans l’ordre des philosophies positives, alors qu’il n’a été, au contraire, que le mauvais inspirateur des savants pour les empêcher d’aller là où son imposture aurait été dévoilée (1).

Et voulez-vous la preuve que non seulement le matérialisme n’est pas scientifique,, mais que, bien plus, il est anti-scientifique en ce sens qu’il préfère, dans ce qu'il étudie, se vouer à des solutions ridiculement absurdes, plutôt que d’aller au fond des choses où il serait inévitablement démasqué ? Ce qui suit, très simple à comprendre, terminera ma démonstration.

Dans la constitution de la matière, l’atome est considéré comme l’élément constitutif de la molécule ; son nom l’indique : il est regardé comme insécable : c’est donc l’élément ultime de la substance ou, comme on dit communément, l’ultimate, la monade ; étant insécable, il ne peut présenter aucune mesure, puisque toute mesure, si infime qu’on la suppose, peut toujours donner lieu à une division : un cent milliardième de micron suppose en effet un deux cent milliardième... un mille milliardième de micron. Donc, c’est fatal : un atome ne doit donner lieu à aucune mesure dans chacune de ses trois dimensions ; or, je vous prie, qu’est un objet ne pouvant donner lieu à aucune mesure, sinon rien — néant — zéro ? Mais, puisque la réunion de plusieurs atomes constitue une molécule, on arrive à poser cette formule effarante : 0 + 0 + 0=1... Est-ce donc de la science, cela ?

Poursuivons.

(1) P. Pagnat, Vie Morale, octobre novembre 1923.

Le matérialisme reconnaît trois qualités à l’ultimate :

1° La mobilité ; en effet, il est reconnu aujourd'hui que, si solide que paraisse un corps, il est composé d'atomes séparés les uns des autres par du vide, et en perpétuel mouvement vibratoire, au point que la solidité est causée non par l’adhérence des ultimates entre eux, mais par la rapidité de leurs vibrations. Dans ce mouvement continu, les ultimates se rencontrent, fatalement : qu’arrive-t-il alors ? c’est que chacun modifie son mouvement pour éviter une nouvelle rencontre.

2° L’élasticité ; ce qui veut dire que quand un ultimate reçoit le choc d’un autre ultimate, il subit une déformation momentanée, résiste, et, en s’écartant, revient à sa première forme.

3° L’impénétrabilité ; puisque, comme dans tout ce qui est substantiel, deux corps ne peuvent occuper simultanément un point donné de l'espace.

La doctrine matérialiste en reste là et refuse d aller plus loin, malgré l’absurdité évidente de la formule à laquelle elle aboutit: 0+0=1.

Le spiritualisme, lui, va au fond des choses et dit ceci : Vous n’examinez que l'extérieur de la monade et vous vous en tenez, par suite, à une conclusion fausse. Examinons donc un peu l’intérieur de cette même monade, et alors seulement son étude sera complète.

Vous dites que la monade est douée de mobilité, d’élasticité et d’impénétrabilité... mais ces qualités ne sont qu’extérieures, et il y a quelque chose en dessous... quoi ?

La monade est mobile et dirige ses mouvements, puisque, à l’occasion de la rencontre d’une autre monade, elle modifie ce même mouvement. Puisque les choses se passent ainsi, c’est que, dans la monade, il y a de la volonté.

Elle est élastique... En ce cas elle éprouve fatalement le sentiment des chocs reçus, puisqu’elle réagit : nous

sommes amenés, par cela même, à reconnaître en elle de la sensibilité.

Elle est impénétrable... c’est donc qu elle possède son intimité propre, et cette intimité porte aussi un autre nom : c’est la conscience.

Ainsi nous sommes amenés à voir, dans la monade, de la volonté, de la sensibilité et de la conscience ; mais la volonté et la sensibilité sont des facultés de l’âme et la conscience est une faculté de l’intelligence. Qu’en résultet-il? Ceci : les monades sont incommensurables, d'accord, mais elles ne sont pas néant, elles ne sont peut-être pas encore spirituelles mais au moins supra-matérielles ; pour nous, spiritualistes, c’est donc une force-substance en quelque sorte spirituelle qui est à la base de la matière, et c’est bien parce que l’étude intime de la monade mène fatalement à cette conclusion que, pour n etre pas démasqué, le matérialisme n’étudie que le côté extérieur de l’ultimate.

D’où je conclus : la doctrine matérialiste non seulement n’est pas de la science mais, par essence, elle apparaît nettement antiscientifique.

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