‹ L'occultisme et la scienceChapitre 8 sur 57 · ERREURS DOCTRINALES · texte numérisé non relu

ERREURS DOCTRINALES

Je n’ai pas la prétention — des volumes n’y suffiraient pas — de prendre en particulier chacune des sciences humaines, pour démontrer ses erreurs fondamentales ; je me contenterai de vues générales d'où il résultera clairement que, la base de toute science étant primordialement inexistante, les développements n’en peuvent être le moins du monde assurés ; et qu’en admettant que, sur toutes ses conclusions actuellement enseignées comme indéniables vérités, le quart correspond à la réalité et peut être regardé comme effectivement acquis, je lui fais la part belle — très belle, car il est à remarquer que les théoriciens de la science eux-mêmes ne se sont jamais entendus sur leurs propres théories.

Je n’irai pas chercher mon premier exemple dans les étoiles qui sont trop loin pour que leur étude soit exempte d’erreur ni dans les sciences purement intellectuelles qui peuvent tolérer toutes les hypothèses ; je me bornerai à regarder la terre que nous foulons et à demander aux scientistes de notre époque : Quel est votre avis au sujet de notre globe, relativement à son origine, à sa constitution et à son âge, car enfin la géologie, la physique et la zoologie ont la réputation d’être des sciences solidement assises.

Vingt savants se lèvent aussitôt :

— Rien de plus facile. La terre « est une planète refroidie, un soleil éteint » dit Laplace. « En tourbillonnant,

ajoute de Maillet, elle a été rencontrée par d’autres mondes qui l’ont ralliée et constituée. »Et Alf. Maury appuie : « Elle était primitivement brûlante, et la température en était si élevée qu’elle engendrait toutes sortes de matières en grandes masses. » « Le système plutonien, la théorie du globe de feu, conclut L. Figuier, est le système généralement adopté ».

— 11 y a cinquante ans, peut-être, s’écrie Volger, mais aujourd'hui le système qui domine est le système neptunien. Et Buchner arrive à la rescousse : « La théorie plutonienne est pleine de poésie et de grandeur ; malheureusement personne n’a jamais vu la terre à l’état igné. » Et Choyer de décider. « Loin d’avoir été un globe de feu, la terre a été autrefois couverte d’eau. »

— Allons donc ! Vieille théorie, enterrée depuis des siècles.

— L’école neptunienne n’a jamais abdiqué, proteste Choyer.

— Pardon, réplique Buchner, c’est la théorie plutonienne qui n’est qu’une hypothèse.

— Mais non, intervient L. Figuier, elle a au contraire un caractère frappant de probabilité.

— Celle de la terre couverte d’eau, réplique Buchner, est plus naturelle.

Alors intervient un autre savant, Agassiz : — Vous vous trompez tous, proclame-t-il. La terre était couverte de glace, d une couche de glace de douze à treize mille pieds d’épaisseur.

D’autres scientistes appuient Agassiz : — A un certain moment, une multitude d'astres et d’astéroïdes, des myriades d’étoiles passèrent devant le soleil et le voilèrent : la terre se gela.

— Au contraire ! intervient Contejean. Le globe terrestre se trouva trop près du soleil, et, en s'échauffant, les terres firent le froid tout alentour.

Au fond, on peut conclure que les systèmes plutonien, neptunien et glaciaire ne sont pas plus certains que les autres théories de Maillet, de Newton, d’Herschell, et tutti quanti , et la véritable conclusion est donnée par Virchow quand il écrit : « La vérité est que personne ne sait ce qui était avant ce qui est. »

Au moins, dira-t-on, la science doit savoir ce qu’est la terre à l’heure actuelle ?

— Gomment donc ! répond Volger, « c’est une sphère creuse, ainsi que tout corps céleste. »

— Erreur absolue 1 réplique Emm. Liais, la terre est un sphéroïde entièrement et irrécusablement solide.

— Erreur des deux côtés ! affirme M. Lowthian Green : la terre est un tétraèdre sphéroïdal constitué par quatre segments de sphère séparés par des arêtes.

— Au moins, maintient Volger, elle est creuse et, à l’intérieur, il doit y avoir de l’eau, de l'air, de la lumière et de la chaleur, — de la chaleur surtout, puisqu’en creusant on trouve un accroissement de température.

— Mais non, objecte une théorie récente, la terre est froide jusqu’au centre, puisque cet accroissement de température se rencontre également dans la percée horizon taie des Alpes.

— Elle est si peu froide, maintient Gordier, que les matières soulevées par le feu ont formé une écorce épaisse de 120 à 280 kilomètres.

Ce chiffre paraît dérisoire à Hopkins : — 280 kilomètres? Dites donc 1.300 à 1.600 kilomètres.

Mais un doute s’élève par l’interrogation de L. Figuier : — Pour donner de tels chiffres: savez-vous quels composés recèlent les couches du globe ?

Et Buchner conclut : — Non. Nous ne connaissons qu’une couche mince de la terre, c’est-à-dire l’extérieur seul.

Dès lors, les spectateurs de la querelle peuvent en tirer la moralité : Vous, les savants, qui avouez ne connaître que l'extérieur de la terre, vous n'en savez pas alors plus long que nous autres, les ignorants, au sujet de la constitution de notre globe. Pouvez-vous nous dire au moins son âge?

— Parfaitement ! répond Pallegoix : elle est relativement jeune.

— Parfaitement 1 répond Ch. Lyell : elle est excessivement vieille.

— Elle est vieille, affirme Hopkins, puisque TAmérique s’est affaissée.

— Non seulement l’Amérique, mais Je pays de Galles, vient appuyer Ramsay et, pour cet affaissement, j’ai trouvé deux cent quatre-vingt mille ans.

— Il s’agit bien de milliers d’années, objecte Lyell ; c’est par milliers de siècles qu’il faut compter, puisque la seule durée des grands glaciers a été de cent quatrevingt mille ans au moins.

— Pardon, réplique Karl Mayer, je ne l’estime pas à plus de quinze mille ans.

— Et moi, renchérit Gastaldi, à mille ans au plus.

— Mille ans ? s’écrie Lyell exaspéré, quand la seule vallée de Wealden a nécessité cent cinquante millions d’années !

Et Lubbock, béat, s’extasie . — Que tout cela est donc beau ! Chacun reconnaît l’intérêt de ces calculs 1

— Pas du tout : contredit Morlot : tous ces calculs ne sont qu une première, imparfaite et hasardeuse tentative, sans valeur absolue.

— Et toutes ces périodes, indéfinies, chargées de combler tous les abîmes, appuie dédaigneusement Lavallée- Poussin, une saine géologie ne peut les approuver 1

Gela ne calme pas le bouillant d’Archiac qui certifie que pour superposer, dans les tourbières, les pins, les bou-

leaux, les aulnes, etc. on ne peut évaluer le temps à moins de quarante mille ans.

— Mais non ! affirme à son tour l’abbé Lambert, cette accumulation a pu s’effectuer aussi bien en six mille ou huit mille ans.

Mais Vogt met brutalement tous les adversaires à la raison :

— Savez -vous seulement « dans combien de temps une couche de tourbe d'un pied peut être formée ? » Ni vous ni moi ne le savons!

— Pardon ! réplique un autre scientiste allemand, Volger, je suis sûr que pour obtenir les dépôts il a fallu au moins 148 millions d’années.

— Qu’est cela ? s’écrie Glausius : mes calculs m’ont prouvé que la terre s’est détachée de la nébuleuse depuis 300 millions d’années.

— Peuh ! affirme M. Lartet, l’époque quaternaire ayant duré de 3 à 5 millions d’années les autres terrains ont dû mettre pour se déposer entre 600 millions et un milliard d’années.

Alors c’est une mêlée des savants où les plus sages, découragés, reconnaissent qu’ils ne savent rien.

L’âge des dépôts est bien vague (Agassiz).

C’est tout ce qu’il y a de plus débattu et de plus controversé (Belgrand).

Tous les efforts qu’on a faits pour déterminer la chronologie des terrains n’ont pas été couronnés de grands succès (Vogt).

On ne saurait montrer trop de prudence dans les conjectures auxquelles on se livre (Milne-Edwards).

Il n'y a pas de chance d’exactitude (Lyell).

Tout cela est arbitraire, problématique (Valroger).

On ne peut faire que des hypothèses (Belgrand).

On ne s’entend même pas sur le mot diluvium (Vibraye).

Que faire, en présence de ces contradictions ? Au lieu

de se simplifier, ces questions se compliquent (Martins).

Toutes ces théories sont de pures imaginations (Collignon).

Mais la bataille continue.

Les zoologistes, Darwin, Cuvier, Àgassiz, accusent les géologues de n’apporter que des « documents extrêmement insuffisants », d’être « des naturalistes de cabinet », « des spécialistes étroits » etc.

A quoi les géologues, Buchner, Volger, etc., répliquent en taxant d’ignorance les zoologistes « qui ne peuvent même pas s’accorder sur l'idée fondamentale de la zoologie. l’idée d’espèce », et qui n’ont même pas encore pu « trouver la loi de transmutation des formes du monde organique »...

lit la Société royale de Londres de constater avec mélancolie : Comment serait-elle trouvée, cette loi, et bien d’autres, puisque « les sciences physiques sont fort incomplètes! (1) ».

Maintenant, nous voilà fixés, d’après l’opinion expresse de la science, sur l’origine, la constitution et l’âge de notre terre, et nous pouvons conclure, en fin de compte, que la science, si infatuée d’elle-même, n’en sait pas un iota de plus que l’ignorant qui n’a même jamais songé à étudier quoi que ce soit.

Cette question est-elle donc trop difficile? Prenons-en une autre plus aisée et demandons simplement aux savants : En quelle année sommes-nous ? Tous hausseront les épaules et répondront : N’importe quel calendrier vous le dira!

— Pardon, objecterons-nous, je ne vous demande pas le millésime couraut et erroné, mais le millésime scien-

(1) Les ignorances de la science moderne, par E. Loudun, 1 vol in-12, Paris 1878. V. aussi les Erreurs de la science par L.-C.-E. Via!, 1 vol, in-12, Paris, 1908.

tifiquement exact. En d’autres termes, en quelle année de Rome est né Jésus-Christ?

Au vie siècle, le moine Denys-le-Petit établit une série de calculs d’après lesquels le Christ serait né en 754 de Rome, qui est en effet la date ordinairement prise comme point de départ de notre ère. Mais, cette date étant erronée, je demande aux savants de vouloir bien nous dire exactement en quelle année nous sommes.

En effet, postérieurement, les calculs de Denys ont été vérifiés et l’on y a relevé deux erreurs dont la rectification place le début de notre ère en 750 ou 752 de Rome. Plus tard encore, les Bénédictins ont repris la question et il résulte de leurs corrections aux calculs de Denys-le- Petit que le Christ serait né en 747 de Rome.

Mais ce n’est pas tout, loin de là !

Rérode est mort, d'après l’histoire, en 749 et l’on sait le rôle qu’il a joué à la naissance du Christ : notre ère remonterait donc à 749 de Rome.

Mais d’autres historiens nous disent, avec preuves à l’appui : Le grand recensement de Quirinius, durant lequel le Christ est né, n’a lieu que onze ans plus tard, en 760.

— Il ne peut s'agir de celui-là, puisque, en 760, Hérode était mort depuis longtemps. Ce recensement ayant lieu tous les quatorze ans, il doit s’agir du précédent, en

— Vous n’y êtes ni les uns ni les autres, ripostent certains historiens : il s'agit ici du recensement partiel de la Judée, qui eut lieu en 744.

Alors, pour jeter quelque lumière sur cette obscurité, les astronomes entrent en ligne : L’historien juif Josèphe signale une éclipse de lune qui eut lieu peu de temps avant la mort d'Hérode; le calcul a été fait et cette éclipse se place en 751.

Mais les astronomes se sont aussi demandé : Que pou-

vait être cette étoile des Mages, si brillante? Et ils ont conclu : Ce ne pouvait être qu’une comète. Et on a cherché. Et on a trouvé que la seule comète ayant été visible en Judée vers cette époque était celle de Halley qui y fit son apparition en 742.

C’était repousser bien loin le commencement de notre ère, et Kléper pensa que cette étoile brillante pouvait être plus simplement une conjonction de planètes. De ses calculs, il ressortit qu’il y eut, en effet, en 746, visible en Judée, une conjonction de Jupiter et de Saturne.

Mais, pas plus que les historiens, les astronomes ne peuvent nous fixer une date assurée. Voyons donc ce que nous disent les exégètes et les critiques de l’Ecriture.

Nous savons, par les évangélistes, que, l’année de la passion, la Pâque juive est tombée au jour correspondant à notre jeudi. Mais la fixation de ce jour était subordonnée, par suite des prescriptions légales, à certaines conditions qui, pour que la Pâque tombât un jeudi, ne se sont trouvées réunies qu'en 784, ce qui, en admettant que le Chris* soit mort à trente-trois ans, fixe sa naissance en 751.

Mais, justement, l’âge qu’on lui attribue, à l’époque de sa mort est très arbitraire et ne se base sur aucun texte, alors qu’au contraire un texte de Jean semble bien lui attribuer un âge supérieur.

Dans une discussion avec les Juifs, Jésus leur dit : Abraham s’est réjoui de voir mon jour, et il Ta vu. De quoi les Juifs s’étonnent : Comment : tu nas pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham? (Jh. VIII, 57).

Cette façon de parler ne peut que s’adresser à un homme d’environ quarante-cinq ans, car si Jésus n’avait eu alors que trente ou trente-deux ans, l’objection eût été formulée en d’autres termes, soit : Tu n’as que trente ans... soit: Tu n’as pas encore quarante ans... Et, pour qu’on ait parlé de cinquante ans, il fallait qu'il eût dépassé

l’occultisme et la science

la quarantaine, et de beaucoup, sans quoi on lui eût objecté : Tu as à peine quarante ans...

D’après le texte de Jean, Jésus devait donc alors avoir environ quarante-cinq ans, ce qui le fait naître vers 739.

De tout ce qui précède, la naissance du Christ a eu lieu entre les années de Rome 739 et 784, soit dans un écart de quarante-cinq ans, sans que les savants de tout ordre puissent nous dire si la présente année de notre ère (1925) doit porter en réalité le millésime de 1895 ou celui de 1940, ou un autre intermédiaire.

D’où je conclus que messieurs les savants sont complè’ tement incapables de situer dans le temps le moment même où ils vivent... c’est un comble !

Or, que l’on ne s’y trompe pas, cette incertitude est générale et se retrouve dans toutes les branches du savoir contemporain : on n'a qu’à appliquer ces vaines discussions, avec les variantes appropriées, à toutes les autres sciences pour avoir une idée de leur désarroi, de leur incohérence, de leur confusion, de leur aberration et, pour tout résumer dans un seul mot, de l’anarchie où elles se débattent.

Ce que je viens de dire est trop grave pour ne pas nécessiter quelques preuves : je me dois à moi-même de les donner ici.

La science normale — et ceci de plus est à son passif — n’a jamais encore réussi à établir une synthèse; perdue au fond d’une analyse infinitésimale, elle a vu misérablement échouer toutes ses tentatives pour créer une vue d’ensemble ; il en résulte que chacun est libre de s’y créer sa synthèse particulière. Ne pouvant examiner chaque partie de la science en détail ce qui demanderait des volumes, et forcé par suite de restreindre la vue critique que je vais établir, je profiterai de cette faculté qu’elle laisse à chacun, pour diviser le savoir officiel en trois classes principales, où je rangerai successivement les sciences de

la nature, les sciences du nombre et les sciences de l’esprit.

Prenons d'abord les sciences delà nature.

Il est admis, et à très juste titre, que cet ensemble de sciences a son fondement sur l’une d’entre elles, la physique, sans la connaissance de laquelle les autres sont difficilement pénétrables : la physique est donc la base essentielle de toutes les études de la nature.

Cette science, qui paraît très claire au premier abord, est en réalité des plus obscures, au point qu’un éminent physicien me disait un jour : Je défie n’importe quel physicien de lire deux pages au hasard, dans n’importe quel traité de physique, et de pouvoir ensuite consciencieusement affirmer qu'il a tout compris !

Or, ouvrons un ouvrage quelconque de physique, qu’y voyons-nous?

Le premier chapitre de la physique, celui sans la compréhension duquel il est impossible d’aller plus loin, est relatif à la pesanteur, et. en effet, c’est lui qui nous donne la théorie de la balance, Linstrument scientifique par excellence, faute duquel toute expérience de quelque précision nous serait forclose ; c’est dire que la connaissance de la pesanteur est le fondement nécessaire de toute étude de la nature et que, pour poursuivre cette étude, il faut connaître à fond les lois de la pesanteur : or, la pesanteur n} existe pas ! La pesanteur est une expression, une théorie si l’on veut ; par elle-même, elle n’existe pas et ne représente qu’une fiction; en effet, si elle existait per se , les corps abandonnés à eux-mêmes suivraient une direction unique au lieu de se diriger vers l’ouest, vers l’est, vers le zénith ou vers le nadir suivant leur situation à la surface de notre globe, ou même de demeurer immobiles comme il adviendrait, si on les supposait situés dans l’espace, en dehors de la sphère d’influence de tout autre corps ; un simple jouet, d'ailleurs très répandu, le gyros-

cope, nous démontre à l’évidence que la pesanteur n’existe pas... Et nous prétendons connaître à fond les lois de la pesanteur !

Toutefois, présentée ainsi, l’objection peut être prise pour une simple boutade. Examinons-la donc scientifiquement.

La pesanteur, par elle-même, n’existe pas comme force constante en grandeur et en direction, car elle est soumise, pour un même temps, à de telles variations qu'il est facile d'imaginer les conditions très simples où la force qu’on lui attribue cesserait d’agir.

Pour le démontrer, je me baserai sur une expérience indiquée en 1752 par le P. Ximénès, expérience que le manque de précision des instruments de son époque l’a empêché de pratiquer, mais qui, à la nôtre, a été réalisée par Jolly.

On place une balance sur un support élevé, par exemple sur le plancher d’un étage supérieur d’une maison, et l’on suspend sous un de ses plateaux un fil métallique long et fin. Dans ces conditions, on met sur le plateau muni du fil un poids d’un kilogramme, et sur l’autre plateau une tare pour obtenir l'équilibre; l’aiguille est alors au zéro et l’appareil est immobile. Mais si I on accroche au bas du fil le poids d’un kilogramme qui était tout à l’heure sur le plateau, et cela sans toucher à la tare, l’équilibre est rompu car le poids, plus rapproché du centre de la terre, est attiré par une force plus grande.

11 est aisé de calculer cette force : pour une hauteur de 300 mètres, comme celle de la Tour Eiffel, la variation du poids est de 1/10.000, c'est-à-dire que, dans le cas de l'expérience précédente, il faudrait ajouter 1 décigramme à la tare pour ramener l’équilibre. Pour une hauteur de 30 mètres, ce serait 1 centigramme, et, pour une hauteur de 3 mètres, la différence serait de 1 milli-

gramme. On a aujourd’hui, dans les laboratoires de physique, des balances qui pèsent aisément un kilogramme à 0 gr. 001 près ; l’expérience peut donc se faire entre le plafond et le plancher d’une saile ; elle est hautement démonstrative et devrait être faite dans tous les établissements d’instruction, au début de tout cours de physique.

Les professeurs affirment : « La pesanteur est une force constante en intensité et en direction... » Gela est complètement faux : l’expérience qui précède démontre amplement que la pesanteur varie avec le moindre déplacement vertical, au point que l’on peut calculer la distance de notre globe (3.000 kil. (1) ) où ce même poids d’un kilogramme serait réduit à néant ; on sait d’autre part que la variation de la pesanteur est soumise à tout déplacement horizontal, puisque un objet d’un kilogramme pesé à Paris verra son poids varier plus ou moins s’il est transporté au pôle, où la terre est aplatie, et où, par suite il est rapproché de son centre, ou bien à l’équateur où il sera plus éloigné du centre de la terre.

La pesanteur n’est pas davantage constante en direction puisqu’elle est dirigée suivant la verticale et que deux verticales concourent au voisinage du centre de la terre.

Par suite de l’erreur fondamentale qu'est la théorie actuelle de la pesanteur, les « lois de la chute des corps » telles qu elles sont énoncées dans les traités de physique, se trouvent être foncièrement fausses : fausses en ce qui concerne les vitesses, et fausses en ce qui concerne les espaces. La machine d’Atwood, qui sert dans les cours à démontrer ces lois, a généralement 2 mètres de hauteur ; par conséquent l’expérience de Jollv lui est applicable et

(1) Suivant deux physiciens d'Oxford, qui ontétabli leur chiffre d'après la distance des étoiles filantes — débris cosmiques qui s'enflamment en traversant notre atmosphère — l'atmosphère de la terre s'étendrait, de plus en plus subtile, jusque vers 200 kilomètres seulement.

doit y donner une différence de 2/3 de milligramme. Pourquoi donc la vérification de ces lois par la machine d’Atwood, dans les cours, réussit-elle toujours? Pour trois causes extra-scientifiques : A) Par suite de son peu de hauteur, la machine manque de la précision nécessaire pour enregistrer cette différence de gramme 0.000666... ; B) Par suite de la foi qu’a le professeur en ces lois, l’expérimentateur n’apporte au résultat ni l’attention ni la précision voulues ; C)Par suite de l’inexpérience des assistants, le contrôle est nul.

En ce qui concerne la mesure de la force même de la pesanteur, elle est actuellement impossible : simples ou composés, les pendules sont toujours une masse et non un point, et sont en constant antagonisme avec la variabilité de la température et la résistance du milieu ; quant au gravimètre idéal, il est encore à construire et il ne le sera pas de sitôt, si l’on considère qu’il devra, pour donner des résultats exacts, tenir compte, outre la gravité elle-même, de nombre d’éléments bien différents : A) La force centrifuge qui, du pôle à l’équateur varie de 1/289, c’est-à-dire de 0.00346 d’elle-même ; B) L’ellipticité de la terre qui modifie pour chaque endroit la valeur de la gra. vité; C) L’influence du bourrelet équatorial qui produit une attraction propre ; D) Les masses voisines, soit en saillie au-dessus du sol, comme les montagnes, soit dissimulées sous le sol, comme les gisements minéraux de densité anormale; E) L’influence des stations où se fait la mensuration, qui varie suivant qu’elles sont continentales, côtières ou insulaires, par suite de l’énorme différence de densité de la barysphère (noyau interne), de la lithosphère et de l’hydrosphère ; F) L’attraction propre des astres, qui contrarie celle de la terre, et qui varie, pour chaque lieu et pour chaque instant, suivant la position, dans l’espace, de ces mêmes astres par rapport à la terre ; G) L'accroissement constant de la masse de la terre par

suite de la chute actuelle, à sa surface, de tous les corps et corpuscules en suspension dans l’espace ; H) La forme exacte de la terre, qui n’est peut-être pas un sphéroïde comme on l’avait longtemps admis, mais une figure vaguement tétraédrique comme l’affirment certaines théories récentes; 1) La déformation constante de la terre par l’action luni-solaire ; J) La nature de l’élasticité du globe terrestre, maintenant reconnue, au moins jusqu’à preuve contraire, comme de même ordre et de même grandeur que celle de l’acier, — et bien d’autres causes de déviation (les unes vraies, et les autres apparentes) de la verticale et par suite de la constance de la pesanteur (1).

Ainsi, cette force qu’on enseigne dans les cours comme constante en intensité et en direction, est au contraire soumise, dans l’espace et dans le temps, à des variations continuelles qui mettent bien en question son existence même.

Cependant, dira-t-on, si l’on peut discuter sur la variabilité de la pesanteur, il y a là, néanmoins une force qui éclate à tous les yeux et qui nous prouve la réalité objective de la pesanteur.

Erreur ! répondrai-je ; la pesanteur est une invention humaine, et cette force particulière dont nous constatons à chaque instant les effets ne prouve rien quant à l'objectivité de la pesanteur; elle prouve seulement l’existence de la gravitation universelle, ce qui est tout différent.

Or, si l'homme se flatte de connaître — et combien peu la connaît-il? on vient de le voir — la pesanteur, qui n’existe que comme une création factice de son esprit, il connaît... autant dire rien du tout de l’attraction universelle qui seule existe (2). En effet, s’il est un phénomène

(1) Consulter en toutes ces matières La vie et la mort du globe, par A. Berget (1 vol.in-12, Paris, 1919).

(2) Des lois générales ont seules été énoncées : les lois des mouvements célestes (Képler), les lois des forces centrales (Huyghens), et les lois de

courant qui dépende de l’attraction universelle, c’est bien la marche des comètes dans l’espace et la direction oblique de leurs queues : jamais encore la science n’a pu nous donner l’explication de ces phénomènes.

En tous cas, il résulte de ce qui précède que le chapitre de la pesanteur, qui ouvre tout cours de physique et sans la connaissance préalable duquel l’on ne peut étudier cette science, clé elle-même de toutes les autres sciences de la nature, n’est qu’un tissu d’erreurs.

La balance étant l'instrument scientifique par excellence, il faudrait, pour que toutes les pesées de la science pussent être considérées comme exactes, que toutes fussent opérées au même endroit, à la même heure et en tenant compte de toutes les conditions contingentes indiquées ci-dessus pour la construction d’un gravimètre idéal dont nous n’entrevoyons même pas la réalisation. Or tant que cet instrument ne sera pas établi, l’étude de la gravité — et, par suite, de toute la physique — ne peut aboutir qu’à une série d’à peu près, qui est le terme le plus antiscientifique qui existe.

Ainsi donc, telle est la base — inexistante — sur laquelle repose toute étude soi-disant scientifique de la nature !

Mais avant d’aller plus loin, et pendant que nous nous occupons de la physique, il me faut dire quelques mots de la matière qui fait, au fond l’objet de toutes les sciences de la nature et il serait vraiment dommage de passer sous silence la théorie fantastique qui est, à ce sujet, celle de la science officielle de nos jours.

Qu’est-ce que la matière ? — Une réunion de molécules, a dit pendant longtemps la science.

Alors qu’est-ce qu’une molécule ? — La plus petite

la chute des corps (Galilée) qui, toutes, sont antérieures à la conception de l'attraction universelle, et dont plusieurs parmi celles deKépler et de Galilée, sont vivement critiquées à notre époque.

parcelle de matière qui peut affecter nos sens.

Cela était déjà très vague, attendu que, les microscopes devenant de plus en plus puissants, la molécule se rétrécissait de jour en jour et ne présentait aucune fixité, sans que nul pût dire où s’arrêterait jamais sa diminution.

C’est alors qu’on convînt de prendre pour base de la matière, l’atome, c’est-à-dire la plus petite particule de matière qui se pût imaginer, celle qui était réputée insécable, même mentalement. Et, jusqu'à notre époque la science vécut sur la théorie de l’atome contre laquelle rien ne semblait devoir prévaloir.

Mais voici qu’on est arrivé à mesurer l’atome auquel on a trouvé un diamètre d’un dix-millionième de millimètre ; et comme il est facile d’imaginer une grandeur d’un cent-millionième de millimètre, ce jour-là l’atome, mentalement insécable, a vécu.

Et, chose curieuse 1 ce fut justement la pratique qui sapa cette théorie de l’atome : au cours de ses expériences sur lelectrolyse, le chimiste Arrhénius arriva à cette conviction que, soumis à un courant électrique, les atomes se scindent en corpuscules encore plus petits, les ions et en fragments de corpuscules infinitésimaux, les électrons. La science abonda dans ce sens et, dès lors, la théorie atomique alla rejoindre les vieilles lunes : on regarda l’atome comme un véritable univers en petit, formé d’un petit noyau central, minuscule soleil autour duquel gravitent, à des vitesses folles, ces sortes de planètes que sont les électrons, lesquels alors paraissent bien le fin du fin. Mais les micrographes sont de terribles gens : ils ont réussi à mesurer ces infimités et ont donné les chiffres suivants : l'électron possède un diamètre cinquante mille fois moindre que celui de l’atome, et le noyau de l’atome mesure un miile-milliardième de millimètre.

Or, comme, là encore, il est facile d’aller mentalement

plus loin et d’imaginer un corps qui n’aurait qu’un millionième de milliardième de millimètre de diamètre, l’électron ne peut pas encore être regardé comme la base de la matière.

Mais ce n’est pas tout. Certains corps existent — comme le musc — dont l’excessive divisibilité embarrassait depuis longtemps les savants; la découverte de la radioactivité des corps démontra que cette propriété d’extrême divisibilité est générale dans tout ce qui est matière : de là la théorie de l’émanation qui réunit aujourd’hui tous les suffrages — sans toutefois être la dernière, car l’occultisme sait que ce n’est que quatre degrés encore plus loin que se rencontre la monade ou l’ultimate, constitué par de l’électricité à l’état tourbillonnaire (1).

Mais restons sur le terrain de la science normale.

Pour elle, qu’est la matière ? c’est tout ce qui affecte nos sens en présentant de l’étendue. Par suite, pour elle l’ultimate est la dernière portion indivisible de matière. Cet ultimate présente-t-il de l’étendue ? Non, car s’il présentait ne fut-ce qu’un cent milliardième de micron, il serait encore divisible. Donc, par définition, il ne doit présenter aucune étendue et être, sous ce rapport équivalent à 0.

Or, j’ai établi plus haut et je n’y reviens ici que pour mémoire, que la matière, qui présente de l’étendue, est constituée par des ultimates qui n’en présentent aucune; celarevient à poser cette formule absurde : 0 + 0 = 1.

Telle est la théorie — fantastique, je le répète — de la science contemporaine au sujet de la matière (2).

Abordons maintenant les sciences du nombre — sciences mathématiques, appelées aussi exactes, je me demande souvent pourquoi... Au moins, les mathématiques,

(1) J’expose cette théorie ailleurs : L'Ame humaine , sous presse (édition complète).

(2) On verra plus loin (troisième partie, chap. III, section de la Triunité de l'Univers) quelle est la théorie de l’occultisme à cet égard : le lecteur pourra comparer.

affirme-t-on de toutes parts, les mathématiques, voilà qui est vraiment sérieux et positif ! car enfin, dans tous les temps et dans tous les pays, 2 et 2 ont toujours fait 4.

— Hélas ! j’ai eu longtemps foi aux mathématiques, mais mon illusion s’est évanouie le jour où j’ai tenu précisément ce même raisonnement à un mathématicien sceptique qui m’a répliqué : — Oui, les mathématiques constituent une science exacte dans leurs développements étudiés en eux-mêmes ; le malheur est qu’elles reposent sur une base absolument factice, l’unité. Savez-vous ce que c’est que l’unité, vous ?

— 11 me semble que c’est le principe du nombre.

— Oui, mais un principe sans fixité et dont on fait tout ce qu’on veut.

Et, comme je le regardais un peu interloqué, mon interlocuteur me montra une pièce de monnaie :

— Savez-vous ce que c’est que ça ?

— Une pièce de quarante sous.

— Pouvez-vous m’en faire le carré ?

— C’est assez simple: le carré de 2 étant 4,1e carré de 2 francs est 4 francs.

— Pardon : vous m’avez dit — et c’est la réalité — que c’était une pièce de 40 sous ; or le carré de 40 sous est 80 francs. Mais c’est aussi, et avec non moins d’exactitude, une pièce de 20 décimes, dont le carré est 40 francs ; c’est, en même temps une pièce de 200 centimes, et le carré de 200 centimes est 400 francs. Ne vous semble-t-il pas que si les mathématiques étaient aussi positives que vous le croyez, on devrait toujours arriver au même résultat sous quelque aspect qu’on envisage une valeur donnée ? Je n’ai examiné que le chiffre lui-même et j’aboutis à des résultats absurdes : si maintenant j’aborde les équivalences, cela devient fou. En effet, l2 plus l2 égalent 2 ; mais 32 moins l2 égalent 8, et 62 moins 42 égalent 20, etc. etc...

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...De ce jour, je n’ai plus cru aux mathématiques. 11 y a d’ailleurs longtemps que cela a été dit : avec les chiffres on fait tout ce qu’on veut.

On m’objectera peut-être : Cependant les mathématiques ont besoin de l’unité, et vous qui préconisez la Sagesse antique au détriment de la science moderne, vous ne pouvez pourtant nier que les mathématiciens anciens devaient utiliser l’unité 1 Ma réponse est aisée : je le nie formellement ! Et j’irai même plus loin : J’affirme que l’antiquité savante évitait au contraire de baser ses calculs sur l’unité, parce qu 'elle connaissait la fragilité d'une telle base .

Certes, on a dû, de tout temps, adopter des unités pour représenter, dans le langage, au moins les distances et les temps; mais les unités théoriques non définies, dont les géomètres supposent l’intervention pour ramener les spéculations sur les grandeurs aux spéculations sur leurs mesures, ces unités sont, au contraire, d’invention toute moderne, et cette invention, quoi qu’il en paraisse à la lecture des ouvrages classiques, non seulement ne s’est pas faite sans de grands efforts, mais même n’a pu se faire accepter qu’à la suite de longues hésitations.

Et si telle affirmation est traitée de paradoxe, je me contenterai de renvoyer mon contradicteur, pour lui prouver que je ne suis pas seul à penser de la sorte, à la grande Encyclopédie de Larousse, où il pourra lire (art. Unité, t. XV, p. 654, col. 3) le paragraphe suivant :

«Pour peu que l’on connaisse l’antiquité, pour peu qu’on ait ouvert les ouvrages de quelques géomètres grecs, d’Archimède ou d’Euclide, par exemple, on a dû voir qu’ils n’ont jamais eu l'idée de spéculer sur les mesures des grandeurs au lieu de spéculer sur ces grandeurs ellesmêmes. Cela ressort non seulement de la forme que prend chez eux le raisonnement, mais même de la tournure qu’ils donnent aux énoncés de leurs théorèmes. Ainsi,

s'ils veulent faire estimer une surface ou un volume dont les limites soient un peu compliquées, ils lui trouvent un équivalent plus simple; mais ils n'emploient pas d’unités pour les mesurer et n’ont pas de formules pour servir à cette mesure. Archimède même, dont les ouvrages s’étendent à des recherches plus élevées, et qui a fait un grand usage de l'algèbre, ne suppose jamais que les grandeurs qu’il introduit dans ses calculs soient représentées par des nombres : il les envisage toujours en elles-mêmes. S’il établit incidemment quelques théorèmes d’algèbre, il n’en ramène jamais l énoncé à des données arithmétiques. 11 a parfois à compter, mais alors il suppose à ses lecteurs assez d’intelligence pour pouvoir le faire sur leurs doigts, et montre partout, par un silence absolu, son suprême dédain pour les recherches arithmétiques. Jamais, dans un géomètre grec, on ne rencontre la substitution à une proportion de l’égalité entre le produit des extrêmes et celui des moyens ; jamais on n’y trouve d’équation formulée autrement que par la notation de sommes ou différences quatrièmes, troisièmes, moyennes proportionnelles. Les habitudes, sous ce rapport, sont aujourd’hui complètement changées; cette longue période, qui fut remplie par les travaux des anciens, n’a laissé dans notre mémoire, dans nos méthodes, que quelques traces dont on retrouve à peine les indices dans les traités très arriérés de géométrie élémentaire. Pourquoi la marche suivie par les géomètres grecs n'a-t-elle pas été reprise chez les Arabes et dans le Moyen Age? etc. »

Tout l'article est à lire.

Et d’où vient, dans la science moderne cet abus de l’unité, mesure essentiellement factice et instable contrairement aux idées que professait la Sagesse antique ? Tout simplement de ce que nous établissons toutes nos mathématiques sur l'arithmétique qui elle-même repose sur la base fausse de l’unité, alors que la Science mysté-

Vi fcîi

riale de jadis ne voyait dans l’arithmétique que le résultat d’un empirisme populaire ne trouvant son utilité que dans les besoins journaliers de la vie, mais sans rapports aucuns avec la science proprement dite. Elle laissait l’arithmétique aux gens qui comptent sur leurs doigts, aux marchands de figues, aux bouviers et aux collecteurs de taxes, mais n’opérait jamais elle-même, dans ses hautes spéculations que sur des valeurs abstraites et sur des entités idéales.

— Soit ! me dira-t-on, on fait avec les chiffres ce que l’on veut ! Mais il n’en va pas plus de même précisément quand on opère sur une formule abstraite, idéale ; en agissant sur une formule algébrique, par exemple, il suffit d’opérer correctement d'après des données régulièrement posées, pour aboutir à un résultat qui ne peut être que l’expression de la vérité.

— Croyez-vous vraiment ? Soit, essayons de l’algèbre !

Je pose A = B et je poursuis :

J’obtiens enfin 2 B = B, que je traduit arithmétiquement par : 2 = 1.

La donnée est très nette, très simple, toutes les équations procédant on ne peut plus régulièrement les unes des autres, et la série d’opérations aboutit à ce résultat absurbe : 2 == 1...

Le résultat est tel, objectera-t-on encore, parce que j’agis sur des valeurs négatives... Qu'est-ce à dire ? 11 est de la dernière évidence qu’un effet (erreur ou vérité) procède toujours d’une cause et la question n'est pas là : elle

est de savoir si le point de départ est admissible, ce qui ne souffre aucun conteste, et si les équations suivantes sont régulières et régulièrement amenées. Or, je défie qui que ce soit de trouver un vice, une lacune dans cette série d'équations dérivant les unes des autres d’après les règles les plus strictes du raisonnement mathématique. Donc...

Et voilà pour l’algèbre.

Mais, me dira-t-on, si les chiffres et les formules mathématiques comportent en soi des causes d'erreur, il ne saurait en être de même de la géométrie où se rencontrent de ces évidences que comprend le premier venu : par exemple que la somme de tous les angles adjacents ayant le même sommet et située du même côté d'une droite est égale à deux angles droits.

Je ne veux pas prendre un à un tous les théorèmes de la géométrie, je n’en ai ni le temps, ni la possibilité. Je ne m’appuierai même pas sur les géométries extra-euclidiennes d’ivanowitch Lowatchewski, ou de Riemann, dont les données impeccables ont amené des hommes éminents tels que le mathématicien H. Poincaré (1) l’astronome Zoëlner, M. Beltrami et d'autres à admettre la possibilité d’un espace à quatre dimensions ; je me maintiendrai dans les simples données de la simple géométrie euclidienne, et je dirai ceci :

La géométrie normale est basée sur trois lignes : la droite proprement dite, l'horizontale et la verticale : or, aucune de ces trois lignes n'existe parce que aucune de ces trois lignes ne peut exister, comprise géométriquement, c’est-à-dire dans la nature ; toutes trois sont de pures abstractions enfantées par le cerveau de l'homme.

La ligne droite, d’abord.

La ligne droite n’est qu’une pure fiction, une simple hypothèse, qui dans la réalité n’existe pas.

(1) La science et l’hypothèse.

Pour eu donner la preuve, j'éliminerai tout d’abord les lignes produites par nos grossiers instruments soidisant de précision : une ligne, étant, par définition, sucession de points, ne saurait avoir aucune surface, et n’eût-elle qu’une largeur d’un centième de micron c’est-à-dire fûtelle tout juste perceptible au microscope le plus puissant, sa largeur serait suffisante pour contenir plusieurs lignes droites de moindre épaisseur (1) : graphiquement la ligne droite est donc déjà une hypothèse caractérisée. On ne peut, par suite, la concevoir que comme jonction idéale de deux points ou comme limite de deux surfaces planes. Or, examinons-la sur ces données.

Si on la considère comme limite entre le bord d’un fil à plomb et l'espace ambiant, cetteligne verticale — même en supposant rectifié à l’extrême, mécaniquement, physiquement et géométriquement, le fil qui la génère — bien que censée droite, est en réalité courbe, comme tout fil supportant une masse pesante ; sa courbure est, à la vérité insensible à nos moyens de mensuration, mais nous savons qu’elle existe, au point de connaître son équation, établie par Puiseux. Supposons au contraire ce même fil tendu horizontalement : si tendu qu’on le suppose, il ne peut jamais être rectiligne à cause de sa pesanteur qui s’exercera surtout à égale distance de ses points de suspension.

Cherchons-nous au contraire le « type » de la ligne droite dans la marche d’un rayon lumineux ? Nous ne l'y trouvons pas davantage, car, par suite des mouvements de la terre, par suite de la réfraction, par suite de la diffraction, et pour d'autres causes, ce rayon lumineux ne se propage pas en ligne droite : la notion du rayon lumineux disparaît pour faire place à la seule notion de Y onde.

(1) Telle est la basa des géométries extra-euclidiennes, qui partent du principe que, dans la pratique, on peut faire passer plusieurs droites par deux points graphiques donnés.

Le cherchons-nous dans l'intersection des plans d’un cristal qui, suivant le jugement d'apparence, constitue toujours une ligne droite ? Cette arête elle-même n’est pas une ligne droite, car, durant le temps que la seconde molécule a mis à s’aligner à la suite de la première, le soleil et la lune ont changé de position par rapport à la terre et, par le jeu de l’attraction universelle, ont dévié cette molécule de la direction primitive sur laquelle elle devait se placer (1).

Donc on peut être certain que, nulle part dans la nature, il n’existe de ligne droite, je veux dire mathématiquement droite, et ce qu’on appelle ainsi est une simple, une idéale création du cerveau humain.

Dès lors ce ne sont plus des lignes droites qui délimitent les surfaces et les volumes que la géométrie est appelée à mesurer : de là, des résultats foncièrement faux dans toutes ses opérations.

D’autre part, qu’appelle-t-oa une ligne horizontale ? C'est une ligne droite parallèle à l'horizon — lequel est courbe — et délimitée par la surface de l’eau calme, laquelle est également courbe . Comprenne qui pourra !

On me dira que l’eau calme, sous une petite étendue, présente une surface horizontale : c’est une erreur ; en chacun des points de sa surface, l’eau est également sollicitée par la force centripète et par conséquent, présente une surface courbe.

Enfin, qu’appelle-t-on ligne verticale ? La ligne qui suit la direction du fil à plomb. Or, deux lignes verticales sont-elles parallèles ? Oui, dit la géométrie. Non, dit le fil à plomb, dont la direction, prise à l’équateur est perpendiculaire à sa même direction prise au pôle.

On me répondra que, sous une petite surface, l’eau est à peu près horizontale, qu’à une petite distance l’une de

(1) A. Berget, Loc. cil.

l’occultisme et la science

l’autre, deux^verticales sont à peu près parallèles... Je prie le lecteur de remarquer que cet à peu près — terme antiscientifîque s’il en est — se rencontre beaucoup trop souvent dans la science contemporaine ; pour ma part, il m'est difficile de considérer comme science sérieuse une science qui en est réduite à chaque instant, et surtout , ce qui est plus grave, dans ses principes, à se contenter d’d peu près et même à les provoquer. La science digne de ce nom est précise ou elle n’est pas.

Maintenant que nous avons constaté l’inexistence de la ligne droite, de l’horizontale et de la verticale bases essentielles de la géométrie euclidienne, je le demande à tout esprit non prévenu : que peut-on penser de la géométrie ?

A ce propos, on pourra m’objecter facilement que la géométrie, étant cultivée dans l’antiquité, n’avait pas plus de bases scientifiques alors que maintenant, puisque les lignes droite, horizontale et verticale n’y étaient pas plus sérieusement établies qu’à notre époque.

La réplique est encore plus aisée que l’objection : jamais la géométrie n’a fait partie de ce qu'on appelle la sagesse antique, du moins dans ses applications pratiques, précisément parce que les savants du temps se rendaient compte de la fragilité de ses bases ; les Euclide et les Pythagore n’en approfondissaient que les hautes théories, les spéculations pures et les abstractions ; ils en laissaient les applications pratiques aux élèves des banales écoles publiques qui étaient loin d'être des scientistes ; je n en veux pour preuve que le fait suivant : Une épidémie désolant Athènes, on interrogea Esculape sur la façon d’y mettre un terme ; le dieu répondit qu’il suffirait de doubler, dans son temple, le volume de son autel lequel était de forme exactement cubique ; les géomètres à qui fut confié ce travail établirent un nouvel autel en prenant pour base les trois dimensions de l’ancien autel qu’ils se contentèrent de doubler ; l’épidémie ne cessant pas, on

recourut encore au dieu qui répondit avoir demandé exactement le doublement du volume de son autel et non son octuplement : alors seulement on s’adressa à un initié qui, doublant par calcul le cube total de l’autel eut à extraire la racine cubique du nombre ainsi obtenu. Cette anecdote nous montre que, dans l’antiquité, la géométrie pratique n’était exercée que par des gens en somme assez ignorants ; elle ne faisait nullement partie de la Science des sanctuaires, — laquelle n’étudiait que ses hautes spéculations théoriques — mais constituait le quadrivium des écoles banales, avec l’arithmétique, la musique et l’astronomie.

Et cela, pour une raison majeure : les anciens sages, manquant de nos moyens d’analyse et, par suite, de nos instruments de précision, laissaient diffuser dans le public les notions vulgaires des sciences, de même que, à notre époque l’administration des Beaux-Arts n’élève aucun droit de paternité sur les écoles de dessin industriel ; ils savaient combien sont fragiles les bases de la géométrie appliquée. Notre science moderne, au contraire soutient la prétention, avec ses instruments, de faire tout ce qu’elle fait avec la plus absolue précision. En lui démontrant la grossièreté de ses erreurs au point de vue de la géométrie appliquée, ce qui vient d’être dit ne s’applique qu’à elle, à elle seule, et non à la Sagesse antique qui n'a jamais regardé la géométrie appliquée comme une science époptique.

Si enfin nous abordons les sciences de l’esprit, sciences politiques et morales, issues du seul cerveau humain et basées sur l’unique raisonnement, nous n’avons que le choix pour entasser des Ossas de non-sens sur desPélions d’absurdités. Ces sciences, en effet, présentent cette particularité de s’appliquer non à un objet déterminé par soimême comme les sciences physiques, mais de n’avoir d’autre objet que celui que leur offre l’homme lui-même; en d’autres termes, c’est l’homme qui les fait de A à Z, et

l’homme n’est gêné dans leur étude par aucune contingence extérieure : l’homme y est absolument maître, y évolue à son gré et peut y donner la mesure de ses capacités intellectuelles.

Or, prenons trois de ces sciences tout entières créées et développées par lui et dont il est le plus fier, l’Histoire, le Droit et l’Economie Politique: qu’y voyons nous ? Tout y est vague, nébuleux, flottant, ondoyant et divers.

Prenons l’Histoire, d’abord. Chacun des écrivains qui s’intitule historien a sa façon propre de présenter l’Histoire accommodée à ses idées, qui diffère du tout au tout de celle de son voisin. 11 m’est, par exemple, tombé un jour entre les mains une Histoire de France pour enfants qui ne disait pas un mot de la Terreur rouge de 1793, mais qui s’étendait très complaisamment sur la Terreur blanche de 1816. On me dira que c’est une œuvre de parti et de passion ; voilà justement où est le malheur: c’est que tout historien est un homme, et à ce titre, il a son parti et ses passions. Et à qui en doute, je dirai simplement ceci : Ouvrez les œuvres de V. Duruy qui fut un des historiens le plus sérieux dont puisse s’honorer un pays ; je vous défie d’y trouver un mot, non pas seulement de blâme mais simplement de constatation, concernant les massacres de Pologne au xixe siècle ! On m’objectera peut-être, en ce cas, que l’histoire contemporaine est un terrain brûlant dont les données sont encore loin d’être assises... Soit ! remontons plus haut et, à chaque époque du passé, à chaque page, nous constatons ceci que l’homme a fait de l’histoire une abjecte adulatrice du vice triomphant : entre ses mains, elle est devenue la vassale enamourée du succès, dont tous les applaudissements sont acquis d’avance à la réussite — fut-ce de la cause la plus injuste et par les moyens les plus vils — dont tout le mépris est jeté sur l’échec, même de la cause la plus pure et la plus sainte.

Vous en doutez parce que ceci n’est que de l'abstraction ? Prenons un cas concret.

Deux hommes sont entrés en lutte, l’un ayant en mains la plus forte puissance militaire existant alors, et poursuivant, dans un vain but de profit personnel, non seulement l’esclavage des populations libres, mais encore, à la suite, l’asservissement de ses propres concitoyens; l’autre, défendant son pays contre l’envahisseur et sa liberté contre une odieuse attaque, obligé de tout créer, l’union des peuples divisés, les armes, l’énergie de résistance, et luttant avec son seul génie contre l'instrument de guerre et le général les plus puissants que le monde ait vus depuis l’antiquité, et malgré tout forçant, durant des années, la victoire à demeurer neutre.

Or, lequel des deux, l’histoire, prostituée au succès, place-t-elle à cent coudées au-dessus de l’autre, le conquérant sans foi, l’asservisseur, par la force, de ses propres concitoyens, ou le défenseur jusqu’au bout de la liberté des peuples, César ou Vercingétorix? L’Histoire porte l’éloge jusqu’à l’hyperbole quand elle parle de César, et Vercingétorix, une des plus pures figures du passé pourtant, n’est connu de nous que parce qu’il a combattu sur notre sol, sans quoi il serait aussi ignoré que Mandonius oulndibilis: pour elle, Vercingétorix n'est qu’un révolté qu’elle place en son estime, infiniment au-dessous de son rival. Pourquoi ? César a réussi là où Vercingétorix a échoué.

Et cependant, comme pour protester contre son propre jugement, l’histoire nous a conservé la notation du caractère de ces deux hommes : — le Romain, un débauché perdu de dettes et poussé parle souci de ses créanciers aux entreprises les plus folles et les plus coupables, à Rome, « mari de toutes les femmes et femme de tous les maris », un ambitieux tournant contre son propre pays les armes que ce pays lui à confiées, conquérant le pouvoir à force

de coups d'état, et sans aucune générosité de caractère, se vautrant sur les institutions nationales comme sur la couche d’une courtisane, et désigné par tous les actes de sa vie à l’universel mépris ; — l’autre, au contraire, nous apparaît comme un des plus beaux caractères de l'antiquité ; mû uniquement par un amour passionné de la liberté, il puise dans ce seul sentiment ses moyens d’action ; dans une prescience intuitive de l’avenir il réunit en un faisceau les forces éparses des diverses peuplades celtiques, tient longtemps la victoire en balance et enfin, écrasé par la fortune adverse, il tente de détourner de son peuple la vengeance du vainqueur en se livrant, avec une suprême noblesse qui couronne sa fin d’une auréole de sacrifice, à de mortelles représailles.

Pour qui juge sainement, Vercingétorix domine César comme le sommet domine l’abîmel; pour l’Histoire telle que l’a faite l’homme, pour l’Histoire menteuse et prostituée, César efface Vercingétorix |parce que le critérium de ses immorales décisions est que le succès est tout, par quelque moyen qu’il soit acquis, que l’infortune imméritée est tout au plus digne d’un regard de mépris, et parce que enfin, le bourreau est toujours plus grand que la victime.

Voilà pour l’Histoire, science humaine. Voyons maintenant le droit moderne (1).

Lorsqu’au sortir de mes études classiques, j’ai abordé l’étude du Droit, je pensais, avec l'illusion de la jeunesse, y trouver une science profonde, vraie, féconde — philosophique en un mot... Au lieu de cet illusoire desideratum , qu’ai-je rencontré ? Une science faite de pièces et

(1) Je laisse de côté le Droit romain qui se présente à nos yeux comme un bloc, mais qui, pour nous, n'a qu'un intérêt rétrospectif, pour m'attacher au Droit français moderne, qui aujourd'hui régit tous nos actes. N'oublions pas, d'ailleurs que si le droit romain nous paraît approcher de la perfection, c'est qu’il a été basé sur les principes établis par le roi Numa Pompilius, lequel était un épopte de la science mystériale.

de morceaux, une sorte de marqueterie légale formée pour partie d’emprunts au Droit romain, c’est-à-dire à la législation d’un peuple disparu depuis quinze siècles, et sans aucun souci des besoins modernes, et pour le reste d’emprunts au Droit coutumier provenant de la féodalité, c’està-dire à un Droit aussi vaguement confus qu’il pouvait l’être puisqu’il y avait en France plusieurs centaines de coutumes (1) opposées les unes aux autres, et partageant le Nord du pays en dix-sept régions différentes : on voit comment, de tel amalgame, peut sortir un code applicable à une société moderne : c’est au point qu’un de nos professeurs, chaque fois que ses explications aboutissaient à d’inacceptables solutions ne manquait pas d’ajouter : Notre code aurait besoin d’une refonte complète pour être d’accord avec la logique et avec nos mœurs.

En effet chaque point douteux — et Dieu sait s’ils foisonnent dans notre code ! — donne invariablement lieu à deux systèmes d’interprétation : le système de l'affirmative et le système de la négative qui apportent, chacun à sa thèse particulière, des raisons également probantes, au point que, après quelques semaines d’études, la droiture et le sens de l’équité sont généralement faussés chez l’étudiant.

Deux systèmes ? ai-je dit... Pardon ! beaucoup de points controversés comportent un troisième système d’interprétation, dit système mixte, qui n’est ni blanc ni noir, ni figue ni raisin, ni chair ni poisson, qui en prétendant concilier les antagonismes, n’aboutit qu’à des solutions bâtardes et ne satisfaisant personne.

Mais, objectera-t-on, n’y a-t-il pas les Cours d’appel et surtout la Cour de cassation pour établir une doctrine ne varieteur ?

Les Cours d’appel ? la Cour de cassation ? Autant de

(1) Exactement 384. — Le Nord était dit pays de droit coutumier et le Midi, pays de droit écrit, c'est-à-dire romain.

bons billets à La Châtre ! Les hommes passent dit-on, mais les principes restent... Quelle erreur! Il suffît de consulter un quelconque Recueil d'arréls , pour constater que la jurisprudence varie dans ses interprétations, avec les hommes nouveaux, en moyenne tous les quinze ou vingt ans ; de telle sorte qu’un plaideur condamné en dernier ressort peut se dire, comme fiche de consolation, qu’il aurait gagné son procès s'il l’avait engagé vingt ans plus tôt ou s’il avait attendu vingt ans encore avant de l’entreprendre.

En somme, on peut dire de notre code qu’il se compose de vétilles tenues à grand’peine en un équilibre instable sur des pointes d’aiguilles, ce qui permet à l’aigrefin ou simplement à l'habile de narguer ses chausse-trapes, alors que le naïf de bonne foi est infailliblement destiné à y choir.

Les preuves du fait abondent sous ma plume, mais je ne puis dépasser la limite de ce chapitre, et je ne citerai qu’un exemple — très caractéristique — du fait.

11 est un sentiment très humain qui rend pénible au mourant la seule pensée qu’après lui sa veuve pourra oublier sa mémoire et convoler à nouveau ; donc bien des maris, surtout s’ils n'ont pas d’enfant, rédigent leur testament en conséquence. Malheur à eux s'ils commettent la maladresse d’énoncer ce qu'ils pensent et d’écrire : « Je lègue ma fortune à ma femme, à condition qu’elle ne se remarie pas... » Vous n’y pensez pas ? Il y a un article 6 du Gode civil qui établit : « On ne peut déroger, par des conventions particulières aux lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs » ; or, interdire le mariage à qui que ce soit est, au premier chef, une immoralité flagrante ; par suite logique, la condition est réputée nulle et non écrite, et le testateur voit fouler aux pieds sa volonté suprême. Mais si c'est un habile, un malin, il s'y sera pris autrement, de façon à éviter la condition dite immo-

raie, et il aura rédigé différemment sa volonté, par exemple en écrivant : « Je lègue ma fortune à ma femme ; dans le cas où elle viendrait à se remarier, ma fortune aura telle autre destination... Ici, rien à dire ! le testateur n’empêche pas sa veuve de convoler à nouveau, il ne s’occupe que de l'attribution de ses biens ; tout est très moral et Far” ticle 6 n’est plus applicable... Or, il n’y a pas qu'un article 6 dans notre code : à bien compter, il y en a 2.281.

Au reste, il est aisé de juger, comme on dit vulgairement, l’arbre à ses fruits. Or, n’est-elle pas idéalement invraisemblable, une législation en vertu de laquelle un jury peut déclarer, contrairement à toute vérité, qu’une accusée n’est pas fille de sa mère (affaire Steinheil) ou qu’un accusé, bien que reconnaissant son crime et détaillant lui-même les circonstances dans lesquelles il l’a commis, bien que la victime soit morte sur le coup, n’est pas coupable d’assassinat (affaire Vaillant-Jaurès) ? Ces deux exemples suffisent pour montrer la valeur des lois qui nous régissent, lois dont l’incohérence est telle qu’il suffît de suivre leurs prescriptions, c’est-à-dire d’agir légalement pour aboutir aux conséquences les plus bouffonnement absurdes qui se puissent imaginer. La citation d’un seul fait à l’appui suffira : je le relève dans le Traité pratique de légitimation dû à un juriste connu, M. Edouard Lévy.

Un enfant naturel est né à Paris il y a quelques années ; dans l’acte de naissance, le père l’a reconnu et a désigné la mère, laquelle, à son tour, quelque temps après a reconnu son enfant, à la même mairie.

Le temps a passé ; la mère d’abord s’est mariée, dans un autre arrondissement, mais non avec le père de l’enfant, et, pour assurer à ce dernier un état civil régulier, elle Fa légitimé, comme l’y encourageait la loi, dans son acte de mariage.

De son côté, le père a agi de même : il a épousé une étrangère et légitimé l’enfant.

Le résultat de toutes ces opérations parfaitement légales est que, à l’heure actuelle, l’enfant possède deux pères légitimes, son véritable père et le mari de sa vraie mère, et deux mères non moins légitimes, sa vraie mère et la femme de son véritable père ; et cette situation, aussi légalement que grotesquement sérieuse, est l’œuvre du fonctionnement de nos lois qui favorisent la reconnaissance des enfants naturels et leur légitimation par mariage subséquent (1).

Abordons maintenant la science dite Economie politique.

La loi au moins est codifiée ; ici rien de tel, tout y est confusion, rien de net, rien de précis, un chaos en un mot, où toutes les divergences des écoles adverses se combattent à qui mieux mieux : je défie qu’on mette en présence deux économistes sans qu’il y ait désaccord entre eux.

Oui, je sais, on m’objectera certaines lois économiques connues de tous et soi-disant universellement établies, celle de l’offre et de la demande, par exemple...

Cette loi, qui peut se formuler ainsi « un objet est d’autant plus cher qu’il est plus rare » a d’ailleurs contre elle le pittoresque argument dit du lapin, lequel argument est celui-ci : Avez-vous jamais vu vendre un beau lapin pour deux sous ? Non, probablement ; on peut donc affirmer qu’un lapin de deux sous est excessivement rare, et cependant qui donc osera soutenir que c’est cher ?

Mais examinons de plus près cette loi de l’offre et de la demande, base essentielle de l’économie politique.

Si l’on se reporte seulement à la période de la guerre

(1) On s’est évidemment aperçu de la situation en transcrivant, en marge de l'acte de naissance de l'enfant et à la suite de la première, la mention de la seconde légitimation ; mais, le second mariage existant avec toutes ses conséquences légales, cette situation est intangible autrement que par une décision judiciaire rectificative, et combien épineuse puisqu'en fin de compte, le père et la mère ayant les droits égaux, chacun a légitimé l’enfant par mariage subséquent !

européenne, il est facile de constater que, pour une cause ou pour une autre — les économistes sont loin d’être d'accord quant à l’explication du fait — sur une matière ou sur une autre, il n’est pas un coin du globe où cette loi n’ait été faussée. Or, je le demande, qu’est une loi qui ne fonctionne pas ?

Prenons une denrée de première nécessité, par exemple la viande. On ne me soutiendra pas que, durant cette période, le consommateur mangeait plus qu’en temps normal ou que notre cheptel était détruit ; ces deux allégations ne tiennent pas debout, et cependant le prix de la viande a haussé en moyenne de 300 °/o» alors que la demande n’était pas supérieure ni l’offre moindre. On me dira qu’il y avait de la perte : je l’admets ; mais j’affirme que cette perte était compensée — et bien au delà — par la diminution de consommation des morts, des blessés et des malades, et par l’importation de viandes étrangères frigorifiées. Alors, quoi ?

Invoquera-t-on le prix exagéré demandé par le producteur ? C'est faux, je le sais pertinemment ; j’ai eu l'occasion de causer avec des éleveurs, et, de ces conversations, est résultée pour moi la conviction que les prix de vente ne subissaient aucune majoration excessive ; ils étaient seulement ce qu’on appelle communément « très bon ordinaire » ; et, de ce que j’avance ici, je puis donner des preuves, car voici ce que j’ai vu personnellement : Des animaux vivants ont été, devant moi, achetés à un fermier par un boucher détaillant, c'est-à-dire sans intermédiaire, sur le pied de 1 fr. 75 le kilogramme ; ils ont été amenés à la ville voisine (distance : 20 kil.) dans la voiture du boucher, c’est-à-dire avec des frais de transport pour ainsi dire nuis, et là, ils reparaissaient sur l'étal du boucher avec une hausse de 300 % (1).

(1) J’ai constaté ce fait à 80 kilomètres de Paris ; voici une coupure de journal ( Dépêche de Brest , 23 septembre 1918) qui montre sa reproduc-

Un autre fait analogue : En 1921, Mllfl Aubin, ancienne institutrice devenue cultivatrice à la ferme de Piarres, dans le pays chartrain, veut vendre un porc ; le charcutier lui en offre 450 francs ; elle fait tuer et débiter ellemême Tanimal sur place, et à 3 francs par kilogramme de moins que le charcutier, en tire 900 francs ( Matin , 20 fév. 1922).

Enfin, a-t-on remarqué qu’en 1921, à Paris, il ne restait plus dans le commerce de bouche, presque aucun des détaillants ayant exercé pendant la guerre ? Je me suis informé, et la réponse a été générale : aujourd’hui, en quatre ou cinq ans, un détaillant fait fortune.

Ici, je vois un économiste se lever en se frappant le front comme s’il venait de découvrir le principe d’Archimède : Mais vous oubliez l’avidité du commerçant ? Tout estlà! —Mon cher contradicteur, je suis enchanté que vous ayez découvert cette vérité de La Palisse : tout est, en effet, dans l’avidité du commerçant, qu'il soit intermédiaire ou débitant. Cette avidité a un nom technique, c’est la spéculation devant laquelle la loi de l’offre et de la demande, base de l’économie politique, s’effondre comme un château de cartes (1). Car si tout est dans l’avidité du commerçant, rien n'est plus dans la loi de l’offre et de la

tion à 600 kilomètres de Paris ; autant dire que le phénomène a été général.

Perros Guirec. — La population perrosienne est tout à fait étonnée de constater la disproportion qui existe entre le prix de la viande sur pied et le prix de vente dans les boucheries. Le prix de la viande sur pied, d’après La taxe , est affiché à la mairie comme suit : bœuf, 2 francs le kilo $ taureau et vache, 1 fr. 90 ; veau, 2 fr. 20 ; mouton, 2 fr. 50. Voici maintenant le prix de vente moyen de la viande dans les boucheries, suivant la qualité : bœuf, taureau, vache, 6 francs à 7 fr. 25 le kilo ; veau, 5 francs à 6 fr. 25 ; mouton, 7 à 8 francs. Dans ces prix ne sont pas compris les morceaux de choix, dont le coût est bien plus élevé. N'appartiendrait-il pas à M. le Préfet d'établir la taxe indispensable, le prix de la viande dans les boucheries étant absolument exagéré ?

(1) C'est ainsi que, dans un ordre d'idées analogue, en 1918 Paris payait 190 et 200 francs le vin que le producteur du Midi vendait 85 francs, uniquement parce que, pour le transport des vins, la plate-forme qui, en

demande, laquelle tombe, par suite, au rang d’une assez mauvaise plaisanterie inventée par les économistes pour y échafauder leurs raisonnements faux. Encore une fois, si cette loi fondamentale ne fonctionne pas, je demande de nouveau ce que peut bien être une loi qui ne fonctionne pas. Un seul fait, pris entre mille, me suffira pour montrer que, la plupart du temps, ce sont les professionnels de l’Economie politique eux-mêmes qui faussent cette loi : en juin 1919, bien que la récolte de pommes de terre fut, en France, excessivement abondante, la population payait ce produit 1 fr. 50 la livre, un prix formidable. Comment ? Pourquoi ? Voici :

Disons d’abord que, avant la récolte, certains spéculateurs avaient fait savoir, par une habile publicité que celle-ci serait déficitaire ; des documents probants furent fournis à ce sujet aux pouvoirs publics qui n’hésitèrent pas, d’une part, à acheter à l’Angleterre une grosse quantité de pommes de terre et, de l’autre, à réquisitionner à l’avance une part de la récolte au prix de 38 francs.

Les marchands anglajs ont fourni ce qu'on leur demandait, mais on a appris depuis lors, avec stupéfaction, qu’ils n’avaient, pour la majeure partie de leur livraison, fait que nous revendre ce qu’ils avaient auparavant acheté chez nous !

Et lorsqu’on s’est rendu compte que la récolte, loin d'être déficitaire, était supérieure à nos besoins, les cours élevés ont été maintenus grâce aux réquisitions à 38 francs qui avaieut été faites et qu’on ne voulait pas annuler pour des raisons politiques.

11 ne restait plus au Gouvernement qu’à autoriser l’ex-

1914 se louait 10 à 15 francs par jour, se louait en 1918, 100 ou 200 francs par jour.

N.-B. — Le coût d'une plate-forme, en 1914, variait de 6.000 à 10.000 fr. : calculé le revenu sur le prix de location journalière de 200 francs : tout simplement du 1 . 000 0/o l

portation. Le producteur n’ayant plus la crainte de voir une partie de sa récolte lui rester, maintint, plus que jamais, ses prix élevés et obligea le public à payer un produit d’autant plus cher qu’il était plus abondant. Et voilà !

Je trouve, d’autre part, dans Le Matin du 7 octobre 1919, un article de M. Artaud, président de la Chambre de Commerce de Marseille, qui vaut d’être cité en entier car il montre à l’évidence que la désorganisation sociale d’après guerre — et notamment l’énorme accroissement de la cherté de la vie — n’est que le résultat logique des sottises commises durant cinq ans par les économistes d'Etat.

« Pour plaire au consommateur, il faudrait réduire la cherté. Mais est-on sûr que le consommateur ne préfère pas des objets chers à pas d’objets du tout ? Sa conduite le prouve. On a vite fait de le vitupérer et de dire que la cherté est faite de son empressement à accepter les hauts prix. S’il les accepte, c’est qu’il a intérêt à cela. Le consommateur est plus grand garçon qu’on ne se le figure et il vaut mieux se mettre à son école que de travailler à le régenter.

« De ce point de vue, on est amené à conclure que la cherté est une soupape de sûreté et que, seuler, elle peut nous donner le minimum de produits sans lequel il ne s’agit plus de cherté, mais de disette.

« La cherté est une nécessité, ce n’est pas un but, et il faut voir de quels éléments elle est faite pour éliminer ce qui l’accentue sans utilité pour personne.

Le prix maximum du blé .

« Eliminons les interventions de l’Etat qui toutes, je dis toutes, produisent, en dernière analyse, de la cherté. Il faudrait entrer dans le détail pour le prouver, mais prenons un exemple : le blé. Il nous en manque, paraît-il, cette année 4 millions de tonnes. La France pourrait certainement produire la totalité de nos besoins et elle ne produit pas les 9 millions de tonnes nécessaires. Pourquoi ? Parce que le Gouvernement a fixé une succession de prix maxima dont pas un n’a répondu à ce que

l'agriculteur aurait obtenu sur le marché libre. Et il se trouve que d’autres cultures sont plus rémunératrices. Le paysan cultive ce qui lui rapporte le plus. Il a donc abandonné en partie la culture du blé parce qu’il ne peut vendre librement cette céréale. S’il pouvait le faire, nous aurions certainement eu cette année les 4 millions de tonnes qui nous manquent aujourd’hui et nous aurions l’an prochain bien davantage.

« Autre intervention gouvernementale : le fait de ramener le prix maximum fixé pour le blé au taux auquel il faut le livrer à la meunerie pour maintenir le pain bon marché. Si cette intervention ne se produisait pas, le pain serait plus cher. Qui en pâtirait ? Pas le paysan. Quant à l’ouvrier, nous savons qu’il est capable de s’offrir des aliments plus coûteux que le pain et qu’il ne s’en prive pas, ce dont, d’ailleurs, nous ne le blâmons pas.

Les chemins de fer.

« L’Etat est intervenu pour empêcher le phénomène de la cherté de s’étendre aux transports par chemins de fer. Quel en est le résultat ? Leur complète désorganisation, et, en l’état de l’arrêt presque absolu des chemins de fer, le consommateur ne voit aucun inconvénient à payer à des services d’automobiles cinq et dix fois plus que les tarifs les plus élevés. Si les chemins de fer avaient pu mettre leurs tarifs à la parité des circonstances, ils auraient du matériel, du personnel, des voies en bon état, et ils transporteraient à un prix représentant à peine la moitié de celui que le consommateur accepte, contraint et forcé, pour les transports par automobiles.

Les prohibitions d'importations .

« D’autre part, il ne faut pas que nous soyons privés de l’apport de l’étranger. Il ne faut pas que, sous prétexte de protéger notre industrie, on nous prive du droit d’acquérir à bas prix ce que nous pourrions nous procurer plus facilement si les importations étaient libres.

« Je ne méconnais pas les effets des importations sur les changes, mais la situation actuelle du franc prouve la complète faillite du système des restrictions à l’importation, qui a pour conséquence une suppression totale des exportations.

« J’ai lu un jour une protestation contre l’introduction de

bicyclettes allemandes qui, grâce à la baisse du mark, auraient coûté à peine 75 à 80 francs ! Le fabricant français, à qui ces appareils revenaient à 200 ou 250 francs, était handicapé. Mais pourquoi le fabricant est-il plus intéressant que le consommateur? Ne croit-on pas qu’il y aurait avantage à ce que l’ouvrier français pût avoir à bas prix la bicyclette qui lui permet de se rendre rapidement à son travail ?

« Et, en définitive, une consommation supplémentaire de bicyclettes étant créée en France par les bas prix, grâce au phénomène passager de la baisse du mark, ne croit-on pas que la fabrication des bicyclettes en France aurait avantage à la création de besoins qui développeraient son mouvement ultérieur d’affaires ? Pourquoi laisser croupir dans la pénurie le candidat à des consommations que seul le bon marché peut lui permettre de réaliser ?

« Le commerçant doit se défendre lui-même. La baisse, c’est sa tranchée. L’Etat, qui a envoyé nos soldats dans les tranchées, ne doit pas dispenser d’un effort équivalent, au point de vue économique, nos commerçants et nos industriels, en les protégeant, au détriment du consommateur français, contre la concurrence étrangère.

Les huit heures.

« Autre résultat néfaste de l’intervention de l’Etat : la consécration par la loi de la journée de huit heures. Il nous faut produire. Pour cela, il faut beaucoup travailler, et il appartenait à l’Etat de le dire au lieu d’entériner purement et simplement les réclamations syndicales. Le moment était donc mal choisi pour limiter la durée du travail et par cela même la production. Avant la guerre, on travaillait dix et onze heures par jour. On eût pu, s’il n’y avait pas eu ce cataclysme, arriver progressivement à neuf et même huit heures, grâce à un développement du machinisme qui eût permis un rendement supérieur dans un temps moindre. Mais la guerre a eu lieu. On a dit que la journée de huit heures pourrait permettre à l’ouvrier, moins fatigué, de fournir cette augmentation de rendement. La preuve est faite du contraire.

« Est-ce à dire qu’il faut condamner l’ouvrier au travail intense et acharné ? Non, il faut le laisser libre de travailler et

d’avoir de son travail tout le prix qu’il peut en obtenir, par exemple par le payement à la tâche.

Je suis d’avis que l’ouvrier doit recevoir de hauts salaires, ce qui l’achemine vers le patronat s’il est enclin à l’épargne ; et s’il dépense tout ce qu’il gagne — car, jusqu’à aujourd hui, il n’a montré, contrairement au paysan, aucune disposition à l’épargne — cela donnera une activité considérable au commerce et par conséquent à l’industrie.

La taxe de luxe.

« Et les interventions fiscales ? Croit-on que la taxe de luxe, qui coûte au consommateur français plus d’un milliard et qui rentre dans la proportion de 200 millions, est sans influence sur la cherté ? Croit-on que la taxe sur les bénéfices de guerre n’oblige pas le commerce à hausser dans la mesure du possible le bénéfice sur ses transactions, qui est en définitive son seul moyen d’existence ? L’Etat a besoin d’argent ; qu’il édicte des taxes qui rentrent et non des taxes qui grèvent la consommation et ne rentrent pas !...

« En résumé, pour sortir delà situation critique dans laquelle nous sommes, et qui ne peut qu’empirer — et rapidement — jusqu’à la catastrophe si les méthodes actuelles se perpétuent, il faut que l’Etat n intervienne plus dans la vie économique du pays. Alors le paysan produira intensément, parce qu’il vendra sa production comme il lui plaira ; l’ouvrier travaillera à son gré et fera de longues journées, parce que les hauts salaires proportionnés à son rendement l’y inciteront ; les importations étant libres, industriels et commerçants, pour se défendre contre la concurrence étrangère, devront produire beaucoup, avec les matières premières importées ou, pour les articles que nous faisons, mieux que nos voisins, afin de donner à leurs frais généraux le plus gros diviseur possible.

« Au bout de quelques années, cette prodigieuse activité aurait pour effet un accroissement général du bien-être et personne ne songerait à récriminer contre la vie chère, qui d’ailleurs se réduirait automatiquement et sans à-coup. »

Pour montrer l’erreur de raisonnement dont font constamment preuve ces messieurs les économistes, je prendrai un point spécial sur iequel tous les sous-Jean-Bap-

l’occultisme et la science

tiste-Say et les pseudo-Leroy-Beaulieu ont fait montre d'une absolue unanimité, un point sur lequel toutes les écoles d’économie politique se sont mises d'accord, d'un accord complet, sans ombre d’une scission, depuis un demi-siècle, qu’elles soient anglaises, françaises, américaines, allemandes, etc., c’est celui-ci : Les guerres à venir , mettant en jeu non plus des armées de métier, mais des peuples entiers, ne pourront pas, de toute impossibilité, durer plus de six mois.

Et cette certitude complète se basait, pour les économistes, sur deux raisons péremptoires découlant l’une de l’autre :

1° Toutes les forces vives de la nation étant aux armées, toute production agricole et industrielle se trouvera instantanément arrêtée ; au bout de six mois, il y aura dans toutes les denrées de première nécessité une pénurie que ne suffiront même pas à pallier toutes les importations de l’étranger, si accrues qu’on les suppose : par suite et en quelque sorte mécaniquement, les hostilités seront forcées de prendre fin.

2° Une telle guerre coûtera très cher ; on pourra faire au plus un emprunt ; ensuite, l’élévation énorme du taux de la vie amènera ce résultat qu’après six mois de guerre, un nouvel emprunt ne pourra même pas produire 1 milliard en France, pourtant plus riche que l’Allemagne ; la preuve en est encore que, de 1904 à 1914, les émissions de valeurs mobilières diverses, en France, n’ont pu dépasser 3 milliards. Donc, le manque d’argent arrêtera fatalement la guerre dans les six mois.

Or, cette guerre est survenue, et qu’y avons-nous vu ? Son développement avec une ampleur terrible et inattendue. Où les économistes ne prévoyaient qu’un duel entre la France et l’Allemagne, nous avons vu s’engager une lutte formidable, dans le monde entier, une lutte où sont entrées les forces vives de presque toute la terre habitée

et les armées de toutes les nations de quelque importance, où les neutres n’ont formé qu’une minorité infime et négligeable de petits Etats ; et la guerre a duré des années, et elle aurait pu durer bien plus longtemps encore malgré tous les dogmes économiques, malgré toutes les écoles libre-échangistes ou protectionnistes, si un des partis n avait pas fini par vaincre l’autre. Le double fléchissement de la production agricole et industrielle a été enrayé dans tous les pays par des mesures gouvernementales appropriées, et deux régions seulement ont eu réellement à souffrir de la famine, mais pour des causes que n’avaient pas prévues les économistes : la partie septentrionale de la Russie par suite de l’anarchie politique qui, en suspendant tout trafic, a arrêté le transport des céréales, et les empires centraux, parce que, d’une part, n’ayant prévu qu’une guerre « fraîche et joyeuse » de quelques mois, ils ne s’étaient aucunement précautionnés contre une telle durée des hostilités, et parce que, d’autre part, le resserrement toujours intensifié du blocus maritime, étendu finalement aux neutres, a fini par avoir raison de l’importation frauduleuse des vivres et de certaines matières premières nécessaires. Mais l’argument des économistes que l’interruption de la vie économique d’un pays ne se pourrait prolonger au delà de six mois a été, par les faits eux-mêmes, réduit à sa juste valeur, celle d’une pure et simple fumisterie.

Voyons maintenant l’autre argument des économistes qui, selon eux, devait amener la fin des hostilités au bout de quelques mois.

Pour ne pas nous égarer, n’examinons que la situation respective de la France et de l’Allemagne, qu’ils avaient seule en vue, et laissons de côté à la fois les budgets gigantesques de 1917 qui pour, l’Angleterre et les Etats- Unis, se sont soldés par un nombre prodigieux de milliards ; ne parlons pas davantage de la faillite virtuelle

de l’Autriche dont >’ 3S emprunts de guerre ont été pitoyables et qui, seule de tous les belligérants a donné raison aux théories des économistes.

Pour l'Allemagne, il est assez difficile de voir clair dans ses emprunts, car elle a, pour la guerre, institué un régime bancaire particulier à l’aide duquel, par l’intermédiaire des banques, l’Etat prêtait les 9/10 de la valeur des titres de ses propres emprunts antérieurs pour permettre la souscription aux nouveaux emprunts ; on ne peut donc savoir même approximativement combien d’argent neuf lui ont versé ses souscripteurs successifs ; d’autre part, comme les billets seuls circulaient dans le pays, tout se réduisait à une circulation fiduciaire dont le gouvernement était l’unique maître puisqu'il détenait la planche aux billets — j’allais dire aux assignats (1) — et, depuis, 1914, ni la Banque de Berlin ni celle de Vienne ne publiaient de bilan, ce qui autorise toutes les suppositions, même et surtout les pires. 11 est certain que cette façon de procéder doit occasionner des causes de colossales difficultés pour l’après-guerre et qu’un état qui a recours à de tels agissements a la plus grande chance de se voir acculer à la banqueroute au jour inéluctable de la liquidation ; mais en attendant, il fait durer la guerre à la grande confusion des théories économiques.

Voyons maintenant ce qui s’est passé en France, où nous sommes mieux documentés par les bilans de la Banque et l’établissement au grand jour des budgets successifs.

Voici un pays qui, de 1904 à 1914 n’avait pu absorber que pour 3 milliards d’émissions diverses et qui, par suite, suivant les prédictions des économistes ne devait

(1) D’une note de la Banque d’Empire, publiée à la fin d’août 1918 par les journaux allemands pour engager le public à ménager le papier-monnaie (i«ni le remplacement est très ouéreux, il résulte que la circulation fiduciaire de l’Empire dépassait alors 20 milliards de marks, soit 25 milliards de francs.

pouvoir couvrir que le premier emprunt de guerre, soit, en faisant flèche de tout bois, une somme égale de 3 milliards au plus.

Or, voici quelle était la situation de la France, au point de vue du crédit public, examinée du 1er août 1914 au 30 septembre 1917, après plus de trois ans d’une guerre ruineuse entre toutes :

Impôts .

milliards 470 millions.

Bons du Trésor. . . .

Obligations de la défense.

Deux emprunts. . . .

Total liquide ...

Circulation fiduciaire

Total général . . .

soit une moyenne annuelle de 24 milliards 132 millions, au lieu de 3 milliards en dix ans.

Enfin le projet de budget de 1919, déposé en septembre 1918, nous montre qu’à cette date, les dépenses de guerre s’élevaient, depuis le 1er janvier 1915 à 116 milliards, dont 18 ont été couverts par les ressources normales, et 98 fournies par l’emprunt, savoir : 73 milliards par l'emprunt- intérieur, et 25 milliards par l’emprunt extérieur.

Où donc sont les 3 milliards où se limitait le crédit de la France, selon les calculs et les raisonnements grotesquement pédantesques des économistes ? Car enfin, c’est surtout dans les temps troublés qu’on a besoin de guides sûrs : or la guerre européenne a amené la faillite complète de l'économie politique, cette soi-disant science purement humaine qui, sous sa façade prétentieuse, ne se base sur rien, ne renferme rien, ne sait rien, ne conduit à rien...

(1) V. la note de Ja page précédente.

Et que l’on remarque bien ceci : dans ce chiffre formidable de 116 milliards qui représente l’effort financier de la France ; je ne fais figurer ni l’emprunt du Crédit Foncier, ni ceux de la Ville de Paris, ni ceux de certaines compagnies de chemins de fer, pas plus qu’un certain nombre d’emprunts industriels et autres.

De plus, en tenant compte de tous les crédits votés, on constate que du 1er août 1914 au 31 décembre 1917, les dépenses de la guerre se sont élevées pour quatre ans et cinq mois, à 147 milliards ; c’est dire qu’elles ont dépassé de 88 milliards les recettes normales. Or, que ces dépenses aient été soldées ou non, elles montrent que, quand les économistes parlent du crédit de la France, ils tranchent une question dont ils ignorent toutes les données.

Voici maintenant, pour finir, un dernier et capital exemple de la fausseté des prétendues lois économiques : il est tiré du lamentable état du change français à la fin de 1919.

Le change d’un pays, affirment les théories économiques est le résultat de la balance commerciale de ce pays : en hausse quand il exporte, en baisse quand il importe. En effet, si la nation A exporte à la nation B, celle-ci pour payer la nation A sans expédition d’espèces, est obligée d’acheter du papier (valeurs commerciales et autres) de la nation A ; et ce papier sera d’autant plus cher que la somme à payer sera plus importante, c’est-à-dire ce papier plus demandé. Telle est la théorie économique du change, qui à première vue semble basée sur la logique la plus inattaquable.

Malheureusement il en va tout autrement dans la pratique ; en voici la preuve :

Au début de décembre 1919, le franc français valait 0 fr. 94 à Bruxelles et 0 fr. 55 à Genève. D’après la théorie économiste, cela signifiait que nos importations de Belgique étaient un peu inférieures à nos exportations

dans ce pays, et que nos exportations en Suisse n'atteignaient que la moitié des importations qui nous venaient de ce côté.

Or, et bien au contraire, les statistiques de la douane démontrent à l’évidence que, durant les neuf premiers mois de 1919 la France a exporté et vendu pour une moyenne de 08 millions par mois alors qu’elle n’y achetait que pour 25 millions, soit un excédent d’exportation de 43 millions, ou, pour les neuf mois, de 387 millions; le mois le plus défavorable, octobre, a présenté 72 millions d'importation contre 84 millions d’exportation, soit encore, en faveur de l'exportation, une différence de 12 millions. D’après les théories économistes, le franc, dans ces conditions devait dépasser le pair, et il tombait au-dessous 1

Même phénomène encore plus accentué en Suisse où malgré la grande supériorité de nos exportations sur nos importations, (1) le franc tombaità la moitié de sa valeur.

Ces constatations brutales infirmaient à tel point les théories d’école qu'aucun économiste n’a pu en donner l’explication.

Après l’exposé de ces faits, après surtout le bilan du Crédit public de la France durant les hostilités, bilan qui constitue l’absolue banqueroute des principes les plus assurés de l'économie politique, il me semble bien que cette partie des connaissances humaines, en tant que science sérieuse, peut être jugée à sa stricte valeur, et les économistes considérés comme d’aimables farceurs dont le seul talent est d’énoncer de pédants apophtegmes qu’ils ne comprennent pas beaucoup et qui sont d’autant plus applaudis par les naïfs que lesdits naïfs ne les comprennent pas du tout.

Mais c’est au pied du mur qu’il convient surtout de

t. Le même phénomène économique se poursuit à l'heure actuelle (1926), où le franc n'a cessé de baisser bien que, en France, le chiffre des exportations soit constamment supérieur à celui des importations.

juger les économistes. Je citerai seulement deux faits à l’appui :

1° Le jour où le ministre des Finances eut l’idée d’ouvrir un emprunt permanent sous la forme dite Bons de la défense , ses collègues du cabinet lui demandèrent, au cours d’un conseil, quelle somme il pensait que rapporterait un tel mode d’emprunt. Le ministre leur indiqua le chiffre maximum établi, après de longs calculs, par la réunion des économistes officiels du ministère. On lança l’emprunt, et les souscriptions dépassèrent plus de quarante fois le chiffre maximum fixé en collaboration par les économistes officiels (Matin, 7 mars 1918).

2° En 1918, il fallut calculer le montant de l’indemnité partiellement différée exigée alors de l’Allemagne, c’està-dire la somme exacte que représente la capitalisation de 226 milliards, payés en quarante-deux ans. Chaque pays fit appel à ses économistes qui, au nombre d’une vingtaine, furent officiellement chargés de résoudre le problème : aucun d’eux ne put produire de chiffre concordant même vaguement avec celui d’un quelconque de ses voisins !

Ces gens -là ne connaissent même pas leur histoire. En effet, lorsqu’il s’est agi d’établir l’impôt sur le revenu, le plus fallacieux de tous car c’est celui qui, de répercussion en répercussion, retombe le plus fatalement sur la masse des consommateurs, c’est-à-dire sur les petits, les humbles et les pauvres, il ne s’est trouvé personne d’entre eux pour faire remarquer que cet impôt constituait la plus parfaite banqueroute du principe fiscal établi par l’Assemblée Constituante, que tout impôt, pour être équitable, doit être réel et non personnel, proportionnel et non progressif. Car, en résumé, qu’est cet impôt sinon le rétablissement de la taille , l’impôt le plus impopulaire de l’ancienne monarchie et qui fut une des causes déterminantes de la Révolution ? Entraînée par son esprit de violence, la Convention essaya sans y parvenir, d’établir

l’emprunt forcé progressif d’après le revenu global : Buzot tira la conclusion de cette conception illogique en déclarant : « Vous voulez tuer le riche ? c’est le pauvre que vous tuez. » Le Directoire a voulu établir aussi une taxe progressive : elle amena le succès du 18 brumaire. Et, antérieurement, Athènes et Florence sont mortes de l’impôt7 personnel et progressif. En effet, le simple raisonnement est là pour nous montrer que, armé de ce système d’impôt, un Etat qui n’a qu'un tour de vis à donner au système pour lui faire produire davantage, doit être amené, par la force même des choses à donner ce tour de vis de plus en plus facilement, pour le moindre prétexte, car un Etat en possession d’une source si facile de revenus ne peut pas en être ménager. Or, la richesse publique est basée sur la richesse particulière dont l’unique source est l’économie. Le particulier, pressuré par cet impôt, ne peut se dire que ceci : Si j’économise, cela ne servira qu’à faire augmenter ma contribution; alors, à quoi bon l'économie ? Et la richesse particulière, qui fait vivre le pauvre et soutient l’Etat, finit par disparaître dans une misère générale. Tel a toujours été, partout et dans tous les temps, l’aboutissement fatal de l’impôt progressif sur les revenus de la richesse particulière : la faillite pour le peuple et la banqueroute pour l’Etat. Voilà ce que ne se sont pas rappelé ces pauvres gens qu’on appelle des économistes !

Et cependant, pour juger l’économie politique à sa juste mesure, il faut encore aller plus loin et se rendre compte que si certaines de ses théories, pour qui les dépouilles de leur grandiloquence, confinent au grotesque, il en est d’autres qui sont nettement abominables et — je ne serai que juste en écrivant le mot — criminelles. Car enfin, c’est au nom de l’économie politique, c'est en s’appuyant sur ses axiomes les plus réputés que Thomas- Robert Malthus. professeur d’économie politique au col-

lège de la Compagnie des Indes a pu publier son Essai sur le principe de la population et élever à la hauteur d’un dogme scientique auquel il a donné son nom, l’avortement, l’infanticide systématisés, ainsi que l’excitation publique au meurtre des citoyens... Méditez plutôt ces lignes extraites des ouvrages du grand économiste anglais : « Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille ne peut pas le nourrir ou si la société ne peut utiliser son travail, n'a pas le moindre droit de réclamer une portion quelconque de nourriture : il est réellement de trop sur la terre. »

Cet abominable principe, d’ailleurs, souleva un tel toile d’indignation générale que l’auteur se vit contraint à le faire disparaître des éditions suivantes de son ouvrage, où cependant il établit d’autres dogmes non moins réprouvés par la conscience publique.

Il convient toutefois de ne rien exagérer même dans la plus juste critique ; reconnaissons donc que les raisonnements de l’économie politique peuvent être admis lorsqu’ils se basent sur des statistiques sérieusement établies; hors de là, ils ne sont que pure logomachie dont, comme nous venons de voir, l’expérience journalière se charge de démontrer brutalement l’erreur fondamentale. Words! Words / Words ! a dit Shakespeare...

Ces temps derniers, d’ailleurs (23 juillet 1919), une parole est tombée de très haut, de la tribune française, pour réduire définitivement à sa juste valeur la soi-disant science dite d’économie politique. Dans son discours sur la liberté économique, M. Loucheur, après avoir mélancoliquement constaté que, durant toute la guerre européenne, il suffisait de prendre dans un sens un décret d’accord avec les économistes pour aboutir à un résultat diamétralement opposé au but visé, s’est écrié textuellement : « Tous les économistes ont fait faillite ! » Et cette cinglante déclaration a été vigoureusement soulignée

par les applaudissements unanimes de la Chambre. Je n'ai jamais dit autre chose.

J’ajouterai cependant ceci : Les économistes sont de grands enfants, sagement laborieux, qui, sans avoir jamais inventé le fil à couper le beurre, ont dès le principe proposé un but à leurs travaux : l’inutilité. C’est ce qui explique qu'ils se donnent tant de peine pour accumuler volumes sur volumes, sans s’être jamais aperçus que, dès leur premier effort, ils avaient atteint et même dépassé leur but.

Je me suis borné, dans cette critique générale, à examiner quelques-unes seulement des grandes lignes des sciences contemporaines, ne pouvant les étudier chacune à part pour en montrer le défaut de la cuirasse ; je terminerai par quelques lignes — rentrant trop aisément dans mon cadre pour que je les néglige — d’un auteur (1) qui, à étudier les principes des maîtres anciens, a pris quelque dédain des théories contemporaines :

« La physique repose sur la définition des solides, des liquides, des gaz. L'eau est un corps liquide en France ; au pôle, c’est un corps solide, et sous l’équateur, un corps gazeux. Elle se solidifie à 0" mais ne se liquéfie qu’à 4°.

« La chimie repose sur la définition des corps par leur composition. L'acide fulminique a la même composition que l'acide cyanique (2), le premier soumis à la plus faible élévation de température, détone avec violence et l’autre résiste à la chaleur rouge.

« La minéralogie repose sur la définition du règne minéral en règne des choses sans vie. Au Mexique, les

(1) R. Schwaéblé, Biologie minérale.

(2) Ces deux corps ne sont pas seuls dans ce cas. L'oxychlorure de carbone et le chloroformiate de méthyle chloré ont une formule semblable et sont des corps essentiellement différents : le premier bout à 7° et le second à 128®.

chercheurs d’or disent : « La chose n’est pas mûre », ce qui signifie que le minerai sur lequel tombe leur pioche est en voie de formation.

« La médecine repose sur la définition de l’organisme, qui se renouvelle sans cesse. Pourtant, les tatouages demeurent. La médecine moderne enseigne la microbiologie et que le rhume de cerveau, par exemple, dépend d’un microbe : ce microbe apparemment dort en même temps que le malade, puisque, pendant le sommeil, on ne se mouche pas. Le vaccin prévient la petite vérole : mais il donne la tuberculose... »

Un dernier mot, pour clore ce chapitre en montrant à quel point d’aberration aboutit la science moderne quand elle pousse son dogmatisme à ses extrêmes limites, même sans quitter le terrain exclusivement scientifique ; la comparaison qui suit établira de plus l’énorme différence qui se rencontre entre elle et l’hermétisme.

Notre définition typique de l’homme est: « Un être intelligent composé d un esprit, émanation divine, d’une âme intermédiaire plastique — constituée par des fluides astraux — et d’un organisme matériel, ce qui lui permet de vivre et d’évoluer simultanément sur les trois plans de Funivers : physique, astral et divin.

Voici maintenant une des définitions de la science contemporaine : L’homme est exactement composé comme l’œuf de poule, et mille œufs de poule, au point de vue chimique, équivalent à un homme de taille moyenne. Ses éléments constitutifs sont : l’oxygène, l’hydrogène, l’azote, l’acide carbonique, le phosphore, le fer, le carbone, la matière grasse et le sel.

Ceci est déjà pas mal, mais suivez maintenant les déductions scientifiques de ces prémisses, en remarquant que les chiffres auxquels on aboutit n’ont pu être établis que par un technicien, c’est-à-dire par un scientiste bien au courant des données industrielles qu’il applique, et de qui

je regrette — oh ! bien vivement — de ne pouvoir ici publier le nom.

La quantité de gaz combustible que comporte un homme de taille moyenne est suffisante pour illuminer pendant une soirée une rue de 500 mètres de longueur, et le prix de ce gaz (1) est au moins de 20 francs.

Avec le carbone d'un corps humain, réduit en graphite, on peut fabriquer 780 douzaines de crayons.

Avec le fer qui colore son sang, on peut forger 7 clous de ceux dont on se sert pour ferrer les chevaux.

Un homme comportant 600 grammes de phosphore, on pourrait à volonté, de cette quantité, imprégner 820.000 allumettes ou empoisonner 500 personnes.

La matière grasse d’un corps humain pèse 6 kilogrammes : de quoi fabriquer 60 excellentes chandelles de 10 au kilogramme.

Enfin le sel d’un être humain est suffisant pour saler la soupe de 250 convives.

Et l’auteur — Dr Paul de Régla — à qui j’emprunte ces données, ajoute avec un certain dégoût : Et allez donc ! Quelle belle chose que la science officielle de nos chercheurs de petites bêtes et de nos faiseurs de statistiques ébouriffantes (2) !

(1) Ces calculs ont été établis avant 1914.

(2) El Ktab, ou Livre des choses connues et cachées d'après le Khôdja Orner Halaby, abou Othmân. Traduction et commentaires du Dr Paul de Hégla (1 vol. grand in-8% Paris, S. D.)

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