NAPOLÉON ET LA CRÈTE
territoire. Il entendait, en même temps, prendre sous sa protection les Grecs des îles (1).
Les mêmes préoccupations apparaissent dans la polilique napoléonienne, après la signalure du traité de Tilsitt. Une lettre de l'Empereur au tsar Alexandre [°, en date du 2 février 1808, propose de porter un coup mortel à la puissance de l'Angleterre en lançant une immense armée franco-austro-russe à la conquêle des Indes. Auparavant, il était nécessaire de régler le sort de l'Empire Ottoman. Un projet de partage élaboré entre Napoléon et Alexandre .[® attribuait à FAutriche la Serbie et la Roumanie ; à ta France, l’Albanie, la Bosnie, la Morée ct la Crète ; à la Russie, la Bulgarie, la Moldavie et la Valachie. Ce fut la possession de Constantinople et des Dardanelles qui suseita le plus de difficultés. On finit par s'entendre ; la France oblenait l'Egypte et la Syrie, tandis que la Russie disposait de Constantinople et des Dardanelles. Mais, par suite de la guerre franco-espagnole, le projet dont les grandes lignes se trouvaient ainsi définilivement arrêtées ne put êlre réahsé. Il est intéressant, toutefois, de signaler la persistance de Napoléon à cel égard, et, en ce qui concerne la Crète, son intention bien marquée d'en faire une possession française.
Tandis qu'on délibérait ainsi sur l'attribution future de la Crète, les habitants de cette île malheureuse étaient plus que jamais en bulte à l'oppress on et aux atrocités
(1) Max CHougiier. La question d'Orient depuis le traité de Berlin, l'hèse, Paris, 1897, Introduction, page 7.
des Tures. Ainsi que 1 a fort exactement constaté M. Castonnet des Fossés, les Crétois ne pouvaient plus se faire rendre justice ni invoquer le bénéfice d'aucune loi ; leurs maires les pressuraient impiloyablement, surtout depuis la révolle de 1770, qui avait éclaté à l'instigation de Catherine et dont la répression fut sanglante. En fait, toute l'autorité était passée aux janissaires et à leurs beys, Lorsque les gouverneurs envoyés par le sullan n'avaient pas le don de plaire à ces derniers, ils étaient rapidement déposés. Le Sultan finit par concevoir ombrage des obstacles qui élaient ainsi apportés à son autorité et, en 1813, il prit le parti de désigner au gouvernement de la Crète un homme énergique, Hadji-Osman-Pacha. Celui-ci compril que le meilleur moyen d'asseoir son autorité serait de se débarrasser des beys ; il y arriva avec l'aide des chrétiens auxquels il fournit des armes ; les principaux chefs Jjanissaires furent faits prisonniers et exécutés. Les Crétois auraient vraisemblablement, sous ce gouvernement, retrouvé quelque tranquillité, si l'entente entre les chrétiens et Hadji-Osman-Pacha n'avait rendu ce dernier suspect. Rappelé à Constantinople, le gouverneur fut à son tour condamné à mort ; les jamssaires revinrent au pouvoir et leur joug recommenca à peser sur les habitants de la Crèle avec une cruauté mouïe. Dans ces circonstances, les idées d'indépendance ne pouvaient que s’entrelenir el s’accentuer chez les habitants de l'île ; puis Fexemple des Grecs, qui allaient bientôt commencer leur lutte pour la
liberté, était de nature à leur fournir de précieux encou-