ROLE DE LA FRANCE
à l'Autriche. La République de Venise, qui perdait dans celle combinaison les côtes de la Dalmatie, recouvrait, en échange, la domination de la Morée, de Crète et de Chypre. Mais le projet échoua par suite d’un dissentiment qui éclata entre les deux souverains sur le parlage
des lerritoires convoités (1).
$ 3. —— Rôle de la France
Ce projet rencontra d'ailleurs une vive Opposition en France. Sans doute, l'ambassadeur de France à Saint- Pétersbourg avait d’abord donné son approbation aux plans de l'impératrice, mais cet assentiment fut, dans la suile, démenti par son gouvernement. A l'opposé de M. de Ségur, Louis XVI était fermement décidé à ne pas laisser démembrer l'empire ottoman. C'est ce qui résulle, à n'en pas douter, d'une lettre adressée le 26 juin 1785 par M. de Vergennes au baron de 3reteuil, ministre d'Élat, qui avait recu d'un sieur Dandolo un mémoire lendant à démontrer les avantages que la France gagne- ‘ait à la possession de la Crète : « Personne ne doute, déclare M. de Vergennes, de l'importance de l’île de Crète, du malheur de ses habitants et des vœux qu'ils font pour changer de maîtres. Il est également certain que cette
possession, entre les mains du roi, deviendrait la source
(3) DrrauzT. La question d'Orient depuis son origine, 1898, page 56.
de très grandes richesses ; mais si la politique de S. M. n'est pas trompée, si chaque Etat reste, comme elle le désire, dans son intégrité, jamais l'ile de Candice ne sera occupée par une puissance chrétienne, et, quand il y aurail possibilité d'obtenir des Turcs la cession de celle île, Sa Majesté ne voudrait pas risquer de soulever une guerre en profitant de leur faiblesse pour les dépouiller. Ce serait autre chose si l'Empire Ottoman était renversé; mais avant de songer à prendre part à ses dépouilles, 1l est de la sagesse et de la grandeur du roi d'empêcher sa chute. Je pense donc, Monsieur que le mémoire du sieur Dandolo ne doit être regardé que comme l'expression des vœux d'un particulier qui ne sont pas faits pour avoir des suites (1). »
Tandis que Louis XVI entendait conserver l'intégrité de l'Empire Ottoman, Napoléon [*, au coniraire, en présence de la faiblesse de cet Empire, songeait à s'emparer d'une partie de ses dépouilles et il voulait annexer à la France les îles Ioniennes, Malte et les îles de l'Archipel.
Le Traité de Campo-Formio du 17 octobre 1897 reconnaît à la France la possession des Iles Toniennes.
Pour lui, l'établissement de la puissance française sur ces différents points permettrait de suivre de très près les progrès de la décadence de Ta Turquie et d'intervenir, au moment opportun, pour prélever une portion de ce vaste
(1) Archives Nationales, cote 0 1. 493 ; La Crète jugée par la
Diplomatie du XVII siècle — Article d'Henri Stein, Xevue Bleue, du 26 novembre, 1898.