‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 12 sur 80 · DE 1878, 1889 ET · texte numérisé non relu

DE 1878, 1889 ET

Deux causes ont suscité, dès le début du xix° siècle, l'effervescence des idées insurrectionnelles chez les Cré- Lois : d’abord la Révolution francaise avait donné à tous les peuples opprimés une conscience plus nette de leurs droits et des injustices dont ils souffraient ; ensuite, les vexations constantes imposées par les Turcs, la rigueur avec laquelle chaque tentative d’insurrection était réprimée entretenait une vive irritation au cœur des habitants de l’île et le désir de reconquérir les hhbertés de jadis se transmettait, accru en intensité de génération en génération.

La première insurrection éclate en 1822; en même temps que les Grecs déclaraient s'affranchir du joug de la Turquie, ils prêtaient la main aux Crétois, et ils leur

envoyaient même un gouverneur grec, Emmanuel Fon-

bazi. Une assemblée crétoise réunie à Arménis, votait, le 20 mai 1822, une charte constitutionnelle. La charte, qui proclamait l'union à la Grèce, était divisée en cinq sections : alliance avec les Grecs : Religion ; Droit des Crétois ; Divisions administratives ; Elections au Parlement hellénique ; Administration ;: Correspondance officielle, La Turquie eut beaucoup de peine pour vaincre l'insurrection, Elle n'y parvint qu'avec le concours d’une armée égyptienne, commandée par JIbrahim-Pacha (1824). Des exécutions en masse furent ordonnées par les vainqueurs, elles suscitérent en Europe une réprobalior si profonde que les puissances songèrent à intervenir Cette intervention avait, au début, rencontré des adversaires même en Europe, car le 12 mai 1821, une déclaration, qui émanait de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, se prononce contre une politique de ce genre, que les peuples ne doivent avoir d'autres hhertés que celles accordées par leurs souverains. Cette attitude se modifia heureusement par la suite, et, malgré les protestations de la Turquie, elle ne tarda pas à s'affirmer. Il restait à s'entendre et à régler les bases de l'intervention. La Russie proposa d'abord aux puissances, le 9 janvier 1824, de fractionner la Grèce en plusieurs principautés autonomes sous la suzerainelé du Sultan : l'une de ces principautés aurait compris la Morée et l’île de Crète ; mais il était, à celle époque, assez difficile de se rendre compte de l'étendue exacte du territoire qui aurait été compris dans les limites de la Grèce. Ces difficultés sont signalées dans une

TRAITÉ DU 6 JUILLET 1827 27 lettre écrite le 8 juin 1826 par M. de Metternich au prince Esterhazy : « Ilest difficile de se rendre un compte exact de ce que l'on doit entendre par Grèce ; entend-on parler du Péloponèse et des îles ou bien de toutes les parties de la Turquie européenne qui renferment une majorité chréuénne ? (1) »

Ullérieurement, un arrangement, qui devait être proposé à la Turquie, fut arrêté entre la France, la Grande- Bretagne et la Russie (Traité du 6 juillet 1827). L'article 3 en est ainsi conçu : « Les détails de cet arrangement, ainsi que les limites du territoire sur le continent et la désignation des îles de l'Archipel auxquelles il sera applicable, seront déterminés dans une négociation à établir, par la suite, entre les grandes puissances et les deux parlies en litige (1). »

La délimitation du territoire de la Grèce n’était done point neltement tranchée ; d'autre part, deux déclaralions sont adressées à la Porte les 16 et 31 août 1827 au sujet de la suspension des hostilités en Grèce ; mais elles ne conlenalent aucune allusion à la Crète. Cette omission émut légitimement les habitants de l’île. Allaient-ils donc être condamnés irrémédiablement à subir le joug des Turcs ?

Un tel sort était de nature à les épouvanter et un mouvement énergique se dessina aussitôt, Des adresses fu-

(1) BIKkEIAS. Formation de l’Etat grec, Revue d'histoire diplomatique, 1887.

(2) De CLERCA4 Recueil des Traités de la France, 3 vol. page 450.

rent remises aux représentants des puissances pour les conjurer de comprendre la Crète au nombre des territoires dépendant de la Grèce. Une note confidentielle,remise les 11 et 13 septembre 1828 par le comte Capo d'Istria aux représentants de France, de l'Angleterre et de la Rusie, se prononçait pour la réunion de la Crète à la Grèce : « L'ile de Candie formerait la dernière limite du côté du sud et serait la sauvegarde des autres îles de l'Archipel. La possession de Candie paraît être d'autant plus indispensable aux Grecs que, dans l'état actuel des choses, l'Archipel et le Péloponèse même, seraient exposés aux dangers les plus imminents. Au pouvoir des Turcs ou de Méhémet-Ah, cette île deviendra un dépôt de forces considérables d'où les Tures seraient en me-

sure d'attaquer sourdement la Grèce (1). »

$ 1. — Tniervention des puissances en 1830

Les représentants des trois puissances accueillirent dans une certaine mesure cette demande ; cependant la note confidentielle adressée par eux au gouvernement grec le 8 décembre 1828, est rédigée sous une forme des plus vague. Il y est dit que, pour les îles de Samos et de Candie, « les représentants se feront un devoir d'exposer

tous leurs litres à la haute protection de l'alliance et à

(1) Correspondance du comte Capo d’Istria, Supplément, page 458.

LAN NEA ER

INTERVENTION DE 1830 29 l'application en leur faveur des principes du trailé de Londres » (1).

A cette époque, l'opposition la plus vive à l'affranchissement de la Grèce émane de l'Angleterre, tandis que la France accepte volontiers l'annexion de la Crète à la Grèce, ainsi, du reste, que la Russie. L'Angleterre espérait secrètement que la Turquie ne tarderait pas à recouvrer son autorité sur les Grecs. Elle était, d'ailleurs, 1rritée de la popularité dont la France jouissait parmi ces derniers. L'influence de l'Angleterre l'emporta à celte époque pour le règlement du sort de la Crète ; le protocole du 3 février 1830 porte que la Crète ne fera pas partie du royaume de Grèce ; les puissances se contentent d'adresser à la Turquie, le 8 avril 1830, une note lui demandant d'assurer la sécurité des Crétois par des règlements très précis contre toute réaction quelconque (2).

La Porte donna son adhésion à cette note le 24 avril de la même année. C'était reconnaître la légitimité du joug de l'empire ottoman sur la Crète, avec une réserve purement platonique flétrissant les mauvais traitements dont les habitants de l'île pourraient être victimes de la part des Tures.

Le prince Léopold de Saxe-Cobourg, qui avait accepté d’être roi de Grèce, protesta énergiquement contre l'op-

position manifestée par l'Angleterre à l'annexion de l'île

(1) De CLErQ. Op. cit, page 529.

(2) DE CLERCQ, Op. cit., page 565.

de Candie à son royaume. Ne pouvant obtenir cette annexion, qu'il considérait comme indispensable à l'autonomie de la Grèce, il donna sa démission le 31 mars 1831, déclarant qu'il ne voulait pas « attacher son nom dans l'esprit des Grecs à la mutilation de leur patrie et a l'abandon de ceux de leurs frères qui, ayant combattu avec eux pour l'affranchissement de la patrie, s'en voyaient maintenant exclus (1) ».

Si, à cette époque, la France et la Russie avaient montré plus d'énergie et maintenu leur désir de voir réaliser l'annexion de la Grèce et de Candie, la Grande-Bretagne aurait sûrement cédé ; bien des troubles et des massacres eussent été ainsi évités.

La plupart des publicistes français s'élevèrent contre l'injustice subie ainsi par les Crétois. Avec Guizot, Thiers déclare que, pour maintenir son indépendance, la Grèce doit être renforcée par les iles Ioniennes et par la Crète (2).

En Angleterre même, lord Palmerston s'écriait que « l'indépendance et la défense de la Grèce ne dépendent que de la Crète. Le défaut de frontière la priverait de tous moyens de défense et mettrait tous les Jours son existence en doute par l'injuste occupation de la Crète par les Turcs ».

(1) Bikeras. Op. cit. et Correspondance du comte Capo d’Istria, Supplément, page 449 et s.

(2) Tiers. De l’état actuel de la Grèce, t. I, page 202.

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