ÉTAT DESPRIT DES PUISSANCES
L'opinion d'une grande partie de l'Europe était favorable à la cause des Crétois ; mais la France surtout leur était acquise. Signalons, à cette occasion, un projel lort intéressant de Charles X, qui proposa aux puissances de racheter la Crète à la Turquie pour une somme de. 40 millions de piastres et de l'annexer à la Grèce. Charles X méditait aussi de procéder au partage de l'Empire ottoman. Il entrait par là en antinomie avec M. de Metternich, qui, auteur d’un projet analogue, refusait de comprendre la France parmi les co-partageants. La Hollande et la Belgique disparaissaient de la carte d'Europe ;: la première était annexée par la Prusse ; la seconde par la France ; la péninsule balkanique élait partagée entre l'Autriche et la Russie : puis un vaste empire chrétien, composé d'une partie de la péninsule avec Constantinople, la Grèce et la Crète, étail conslilué, ayant à sa tête le roi de Hollande, Mais la Russie estima que son lot était insuffisant et le projet n'eut pas de suite. D'ailleurs, les événements de juillet allaient se précipiter et détourner l'attention de Ja France du sort des Crétois (1).
En définitive, l'adhésion donnée le 24 avril 1830 par la Porte à la note que lui avaient remise les représentants de l'Angleterre, de la France et de la Russie l’obligeait d'édicter en Crète des règlements précis sur la
surveillance des trois puissances.
(1) Baron DE LA BARRE DE NANTEUIL. L/Orient et l’Europe depuis le xXvII° siècle, 1898.
sy PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE I
Celles-ci reconnaissaient si bien avoir contracté un engagement moral de surveillance que, dans le protocole du 20 février 1830, elles avaient stipulé, sans prendre toutefois aucun engagement formel à cet effet, que chacune des puissances alliées croirait de son devoir d'interposer son influence auprès de la Porte (1). Il y avait toutefois illusion de leur part à compter sur la
bonne foi de la Turquie.
$ 2, __ La domination égyptienne
En 1831, le Sultan, qui tenait à prouver à Méhémet- Ali sa reconnaissance pour les services que ce dernier lui avait rendus au cours de la lulte contre l'insurreclion grecque lui abandonne la Crète moyennant le paiement de 25 millions de piastres. Les Crélois protesterent, déclarant qu'ils étaient unis de cœur et de race à la Grèce ; mais leur appel ne fut pas écouté, et la France elle-même, dont Méhémet-Ali élait le protégé, donna son adhésion à la cession. Le gouverneur désigné par Méhémet-Ali fut Mustapha-Pacha, qui resta en fonctions de 1832 à 1852. Les Crétois gagnèrent assurément à l'opération. L'administration de l'ile par les Egyptiens fut toujours empreinte d’une grande impartialité. Assurément, toute tentative d’insurrection fut sévèrement réprimée (notamment celle de 1833, lors de l'avènement
(1) DE CLERCQ. Page 564, er. k