SORT DES CHRÉTIENS EN ORIENT
le droit aux dites puissances de s'immiscer, soit colleclivement, soit séparément dans les rapports de S. M. avec ses sujets ni dans l'administration intérieure de son empire (1) ».
La portée de ce texte était d'ailleurs assez vague ; v avait-1l là le gage d'une amélioration future du sort des chrétiens d'Orient? Nullement. Le sultan, inquiet de la sollicitude manilestée par les puissances pour les sujets chrétiens de son empire avait tenu à les rassurer, afin d'écarter une intervention de leur part.
Grâce aux assurances du sultan, les plénipotentiaires se persuadaient qu'une ère nouvelle de rélormes allait s'ouvrir en Orient et que, par suite de l'imitiative prise par la Turquie, les Crétois bénéficieraient d'une condiion meilleure. Mais les événements allaient bientôt démentir ces prévisions oplimistes. Heureusement l'art. 7 du Traité de Paris du 30 mars 1858 réservait aux puissonces européennes, d’une manière indirecte, le droit d'examiner si le sullan se conformait toujours dans son administration aux principes du droit public européen. Qr, les principes de ce droit public étaient contenus dans le Hatüi-Hou-Mayoum, qui devait assurer à tous les sujets de l'Empire ottoman l'égalité civile, militaire et religieuse : « l'égalité des impôts, entraînant l'égalité des charges comme ceile des devoirs, entraine celle des
droits ; les sujets chrétiens et des autres rites non mu-
(1) DE CLErcQ. Op. cit., 7° vol., page 63.
30 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE If
cuhnans devront, ainsi qu'il a été antérieurement résolu, aussi bien que les musulmans, satisfaire à la loi du recrutement (1). » |
Une des conséquences de l'égalité religieuse qui était ainsi octroyée par ce firman Îut la conversion d'une grande quantité de Crétois, jusque-là musulmans, à la religion chrétienne. Le nombre de ces conversions suscita une grave irritation de la Porte. Des violences se produisirent pour les empêcher. La Porte trouva même pour cette besogne le concours de M. Ougley, consul d'Angleterre à la Canée, ami de Véli-Pacha et qui lui prêta son aide pour s'emparer d'une jeune fille turque convertie au christianisme. Grâce à l'assistance fournie par notre consul, M. Derché, cette jeune fille put s'échapper. Les violences répétées auxquelles se hvrèrent
les mahométans ne tardèrent pas à exaspérer les chrétiens.
$ 3. — Insurrection de 1856-1858,
En mai 1856, les Crétois s'assemblèrent à Perivolia, près de la Canée ; ils rédigèrent un mémoire de protestation qu'ils firent remettre à tous les consuls, sauf à celui d'Angleterre, M. Ougley, et qui se terminait par ces mots : « Nos oliviers ayant été gelés, nos vignes malades et les bestiaux décimés, nous ne voulons payer
(1) ROLIN-JAEQUEMYNS. Le Droit international et la question
d'Orient, Revue de droit international et de législation comparée, t. VIII, 1876, pa ge 325.