‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 16 sur 80 · INSURRECTION DE · texte numérisé non relu

INSURRECTION DE

aucun impôt autre que la dime. » Les Crétois signalaient notamment à l'attention des puissances les trois griels suivants : 1° Violation de l'égalité religieuse ; 2° Abus résultant de ce que l'indemnité de 5.000 piastres exigée pour se racheter du service militaire était imposée aux vieillards, aux infirmes et aux enfants comme aux hommes valides ; 3° Accusation portée contre Véli-Pacha d'employer les sommes résultant de ses exactions à la satisfaction de ses besoins personnels et non à leur destination normale, c'est-à-dire à l’accomplissement de travaux publics. Le gouverneur essaya de se jusüfier ; 1l déclara que les consuls n'aavient à s'occuper que des affaires de leurs nationaux et qu'il ne leur appartenait pas de se mêler de celles des sujets ottomans (1).

Comme la Russie menaçait d'appuyer les réclamalions des Crétois, la Porte se décida, le 23 juin 1858, à destituer Véli-Pacha.

Le nouveau gouverneur, Sami-Pacha, prit possession de son poste le 12 juillet 1858. Il lança une proclamation dans laquelle il montrait des intentions conciliatrices. Le gouvernement turc se décidait à accorder satisfaction à toutes les revendications émises par les Crétois : Amnistie générale, permission d’avoir des armes, confirmation du Hatti-Hou-Mayoum, liberté de conscience, promesse d'établir des routes et abolition de tous les nouveaux impôts (2). Les Crétois ayant ainsi obtenu gain

(1) Larocne. La Crète ancienne et moderne, page 152, (2) LAROCHE. Op. cit., page 158,

de cause sur tous les points, l'insurrection se termina sans effusion de sang. Parmi les réformes les plus imporlantes qu'ils avaient obtenues, il convient de noter Île droit d'élire des conseillers de district, point de départ de l'indépendance administrative de l’île et l'interdiction pour les juges notamment de s'immiscer dans la gestion des biens des mineurs chrétiens et dans les affaires d’héritage.

Malheureusement, les promesses contenues dans la déclaration de Sami-Pacha ne furent point exécutées. Un nouveau gouverneur, Ismaï Pacha, nommé en 1861, ne se montra pas plus disposé à exécuter les engagements que le gouvernement ottoman avait contractés visà-vis des Crétois. La Porte avait adopté un système de concessions dont la péalisation était toujours renvoyée à une époque indéterminée (1).

En présence d’un pareil régime d’atermoiement, l'agitation des Crétois ne tarda pas à reprendre. La politique des nationalités, qui était alors pratiquée par Napoléon IIT était de nature à entretenir leurs espérances. D'autre part, l'accord entre la France et la Russie s'était peu à peu rétabli, la guerre de Crimée n'ayant pas laissé de rancune durable entre les deux pays : les Crétois se croyaient donc en droit de compter sur l'appui de la Russie comme sur celui de la France. L'influence de la Rus-

(1) Cf. Lettre de M. Derché, Consul de France à la Canée, à M. Drouyn de Lhuys ; Archives diplomatiques, 1867, 1% vol., page 334,

Page 1