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LUTTES DE LA CRÈTE POUR SON INDÉPENDANCE

$ 5. — Insurrection de 1878

Le règlement organique de 1868 eût été de nature, avec une application sérieuse, à améliorer sensiblement la condition des habitants de l'ile ; mais, se conformant à sa politique traditionnelle, la Porte ajourna systémaliquement la mise en vigueur des réformes. Contrairement à la promesse faite en 1868, la dime fut augmentée en 1874 de 2 1/2 0/0. Devant les protestations des Crétois, l'édit qui avait aggravé l'impôt fut rapporté”; mais la somme qui avait été encaissée en trop de ce chef ne semble pas avoir été jamais restituée. D'autre part, l'usage de la langue grecque fut aboli devant les tribunaux ; enfin, les circonscriptions électorales furent organisées de telle manière que les musulmans y obtenaient toujours la majorité. Sur ces entrefaites, éclata la guerre russoturque de 1877. Les Crétois adressent d’énergiques protestations à la Porte, avec l'indication de leurs principaux griefs ; en réponse, le gouvernement ture se décida à envoyer dans l’île trois commissaires enquêteurs : Adossidès-Pacha, Costaki-Effendi et Sami-Eflendi. Le premier surtout de ces commissaires manifeste des dispositions bienveillantes vis-à-v's des habitants de l'île ; mais les musulmans de Crète entravèrent son action et se livrèrent à des massacres. En présence de ces faits, le Comité insurrectionnel remit aux consuls la pétition suivante : « Nous avons le devoir de protester contre

le gouvernement ottoman et ses agents, seule cause de celle situation et de réclamer, pour la vie, l'honneur el les biens de nos frères chrétiens des villes et des environs qui sont actuellement en danger, un secours philantropique (1). » Cette demande laissa les puissances insensibles.

Cependant, la lutte avec la Russie tournait au désavantage des Turcs ; en conséquence, les Crétois se décidèrent à agir. Auparavant, ils transmirent aux Commissaires ottomans une nouvelle pétition, réclamant l'élablissement d'un gouvernement autonome dont le chef devait être nommé par le peuple et la simple obligation de payer à la Porte une indemnité annuelle de 500.000 piastres (2). Mais le sultan ne répondit même pas à cette pétition. Les Crétois s'adressèrent alors aux puissances, les priant de prendre en considération, dans le Congrès de Berlin qui allait se réunir, les programmes élaborés par la population au cours des insurrections précédentes (3).

La Russie soutint énergiquement les revendications des Crétois, et, grâce à son attitude, le traité de San Sléfano stipula que la Porte devrait tenir compte « des vœux déjà exprimés par la populalion de l'ile (Art. 15 ». y produisirent un second mémoire tendant à l'annexion

Là-dessus, se réunit le Congrès de Berlin ; les Crétois y produisirent un second mémoire tendant à l'annexion

(1) LAROOHE. Op. cit., page 217.

(2) LAROCHE, Op. cit., page 218.

| (3) STREIT. La question crétoise à point de vue du droit intern. Âevue générale de droit intern. public, 1897, page 80.

PA

MODIFICATIONS AU RÈGLEMENT DE 1868 47 de l’île à la Grèce. Malheureusement, ils se heurtèrent à l'opposition de l'Angleterre, qui élait absolument hosüle, dans le Congrès, à la discussion de la question crétoise (1).

Les seuls textes du traité de Berlin concernant le sort des Crétois étaient l'article 62, qui assurait la liberté de religion dans toutes les provinces de l'Empire ottoman et l’arlicle 23, d’après lequel « la Sublime Porte s'engage à appliquer scrupuleusement dans l'ile de Crète le règlement organique de 1868, en y apportant les modificalions qui seraient jugées équilables (2) ». La Crète voyait ainsi écartée sa demande d’annexion à la Grèce ; mais la question était de savoir qui serait juge des modificalions à apporter au règlement. La Russie aurait tenu à ce que ces modifications fussent à la simple discrétion des Crélois ; mais la rédaction de l'article 23 était nettement catégorique en sens contraire. Il était plus conlorme à la teneur de ce texte de l'interpréter comme conlérant aux puissances le pouvoir d'apprécier les modifications nécessaires. Seulement, il est permis alors de se demander pourquoi le traité de Berlin ne s'était pas montré plus explicite à cet égard. Seule, l'indifférence de l'Europe pouvait expliquer une rédaction aussi vague.

Les Crélois entreprirent alors de s'adresser à l’'Angle-

(1) Ze Correspondant du 10 avril 1895, article de M. Chrys-

saphides, intitulé « Chypre ou la Crète».

(2) Livre Jaune sur la Crète, 1894-97, page 4.

48 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE I int pour lui demander d'intervenir en faveur èce, projet auquel celte puison influence au-

terre, non po de leur annexion à la Gr Lait hostile, mais pour solliciter s btenir les réformes indispen- Angleterre paraissait ani-

sance € près du Sullan en vue d'o sables. La sympathie dont f mée, après une longue attitude contraire, € essée et provenait de ce que le gouverner l'ile de Chypre ion de la Crète,

nvers les Cré-

Lois, était intér ment britannique, qui venait d'annexe (4 juin), convoitait secrètement la possess

laquelle eut singulièrement accru sa puissance navale

dans la Méditerranée. Cette politique de l'Angleterre est attestée par une lettre du Consul anglais, M. Sandwitk, en date du 17 février 1878. Cette lettre, adressée aux insurgés, les dissuadait de demander l'union avec la Grèce et leur insinuait d'accepter le protectorat britannique. En même temps, il envoyait à son gouvernement une dépêche ainsi conçue : « J'ai des raisons de croire que les chrétiens se rallieraient à toute politique qui leur donnerait un espoir raisonnable d'être délivrés de la domination turque. Ils échangeraient cette domination plutôt pour un protectorat britannique que pour un gouvernement grec. Le dernier vote établit qu'il ny a pas d'enthousiasme pour la Grèce (1). »

En réalité, les sentiments de la population n'étaient point tels que les agents britanniques les représentaient.

Le gouvernement anglais s'en rendit compte, et, crai-

(1) LarooHE. Op. cit., page 220.

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