‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 65 sur 80 · ATTITUDE DES PUISSANCES · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES PUISSANCES

1° Proclamation des Représentants des Puissances à la Canée écartant toute annexion de la Crète à la Grèce et promettant que, dès que les insurgés auront déposé leurs armes, les réformes administratives et financières réclamées par les populations et indispensables pour le progrès économique de l'île seront attentivement examinées. 2° Répression immédiate de l'insurrection. 3° Nécessité de l'envoi en Crète de navires de guerre en nombre suffisant pour empêcher le commerce des armes de guerre et pour assiter au besoin des contingents dans leur tâche. En même temps, les Puissances assuraient le Prince Georges que leur intervention n’était nullement de nature à porter atteinte à son prestige et qu'elles agissaient uniquement en vue de consolider son autorite.

La connaissance des décisions de la conférence de Rome, n'eut point pour effet de calmer l'agitation en Crète, car, peu de jours après la première séance de la conférence, au début de mai 1905, la gendarmerie de Voukolies, entourée par un certain nombre d'insurgés, devait se frayer par les armes un passage pour se réfugier à la Canée et, dans la collision, une trentaine de personnes appartenant aussi bien au camp des insurgés qu'à la gendarmerie furent tués ou blessés : cet incident montrait que, si les chefs insurgés évitaient soigneusement de prendre contact avec les troupes européennes pour ne pas susciter un conflit général, l’effervescence

uen était pas moins très vive et que le moindre évène-

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ment pouvait provoquer de nouvelles effusions de sang. Aussi, le 5 mai 1905, la conférence crétoise de Rome estimait que l'envoi de nouveaux renforts de troupes internationales devenait indispensable. Le 12 du même mois, conformément aux instructions des quatre Puissances protectrices, les consuls firent afficher et distri buer parmi la population crétoise la déclaration dont la teneur suit : « Crétois, il a déjà été porté à votre connaissance que les puissances protectrices estiment impossible dans les conjonctures actuelles l'union de la Crète au royaume de Grèce, En présence de l'agitation qui s'est produite, et qui persiste dans l'ile, à la faveur d'incitations annexionnistes, nous devons écarter de nouveau, par la présente déclaration, toute idée impliquant ce changement de statut politique. En même temps que nous avons à vous communiquer cette décision catégorique de nos gouvernements, nous sommes autorisés à vous faire savoir que, suivant l'esprit bienveillant dont vous savez les Puissances Protectrices animées à votre égard, celles-ci sont disposées, aussitôt que les insurgés auront déposé les armes, à étudier les réformes administratives et financières qui seront reconnues par elles nécessaires pour le progrès et le bien-être de l'ile. Nos gouvernements espèrent qu'en présence de cette nouvelle satisfaction donnée à la population crétoise, et S'ajoutant aux marques de leur sollicitude dont vous avez conservé le fidèle souvenir, la tranquillité, un moment troublée, se rétablira d'elle-même et aussitôt dans

ATTITUDE DES PUISSANCES 193 celle ile. Si, loutelois, quelques factieux, demeurant sourds à la voix de l'intérêt public et de la raison, s’obslinaient encore dans une sédition dont la prolongation ne pourrait avoir d’autres résultats que la ruine du pays, nous ne devons pas leur laisser ignorer que les Puissances Protectrices sont fermement résolues à avoir recours à telles nouvelles mesures navales et militaires qu'elles pourraient trouver nécessaires aux fins d’assurer le respect de leur décision de rétablir l’ordre.

Cet appel à la sagesse et à l’obéissance aux lois ne saurait manquer d'être entendu et, ainsi rentré dans les voies du progrès pacifique, le pays pourra poursuivre, dans le fonctionnement régulier de ses institutions, le développement économique répondant à ses aspirations légitimes.

« Fait à Halépa, le 29 avril/12 mai 1905. »

Necri, EsMe Howarp, À. DE BRONEWSKY, MAUROUARD.

Cette proclamation était urgente, car les attentats contre les musulmans commençaient. À la suite d’une tentative d'assassinat contre un de leurs coreligionnaires, 26 familles musulmanes composées de 150 personnes quittèrent la Canée à destination de la Turquie. La proclamation produisit plus d'effet en Grèce que dans l'ile, et le gouvernement d'Athènes comprit qu'il n'y avait pas lieu d’insister en ce moment en faveur de l'annexlon.

L'une des principales préoccupations des puissances

(1) Lavre Jaune, page 102.

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