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élait l'exode des musulmans. Il était impossible d’arrêler la panique causée à ces malheureux par l'extension du mouvement insurrectionnel ! Or, le départ de la population turque ne pouvait engendrer que de fâcheuses conséquences pour l'île toute entière. Nous avons déjà dit que la population musulmane constituait la fracüon la plus laborieuse des habitants de l'île. Cette calégorie d'insulaires se compose en général de cultivaleurs et de commerçants ; la culture maraïchère des environs des villes est surtout leur œuvre, et le commerce où l’industrie n'ont reçu quelque développement que grâce à leurs efforts.
Les Puissances se décidèrent à la fin de mai à augmenter leurs effectifs dans l'île. Après les vacances de Pâques, la Chambre se réunit de nouveau le 15 mai 1905, elle parut animée d’un esprit beaucoup plus conciliant ; l'un de ses premiers actes fut en effet de voter un crédit de 12.000 francs destiné à rémunérer les paysans armés de gourdins spécialement enrôlés pour protéger les députés et pour imposer le respect aux vénizélistes. Puis, renonçant à la réalisation de l'annexion à la Grèce, la Chambre adressa au peuple une proclamation conçue dans des termes déférents pour les Puissances et indiquant l'intention de se conformer à leur décision. Pendant ce temps, les chefs insurgés, toujours réunis à Thérisso, commentaient les déclarations faites par les puissances et examinaient les réformes qui s’an-
nonçaient comme les plus urgentes pour le pays. En
DOLÉANCES DU HAUT-COMMISSAIRE 195 définitive, vers le milieu de mai 1905, l'attitude de la Chambre comme celle des insurgés laissait plutôt présager une détente; il suffisait au gouvernement du prince Georges de montrer un esprit de conciliation envers les insurgés pour faciliter la pacification de l’île. Mais il fallait d'autre part, que les puissances s’arrêtassent à un programme plus net ; du moment qu'elles étaient pour l'instant opposées à l'annexion à la Grèce, la conséquence logique de cette décision était l'obligation pour les gouvernements de prendre les mesures nécessaires pour réduire l'insurrection.
De son côté, le prince Georges, comprenant que l'Europe avait de plus en plus conscience que la cause de l'insurrection n'était pas seulement le désir de l'annexion, mais plutôt le mécontentement occasionné par des mesures anti-libérales, s’efforçait de se justifier auprès des puissances protectrices. Dans une lettre du 27 mai 1905 à M.Delcassé (1), le H.C.exposait que la plupart des difficultés provenaient de la situation indécise dans laquelle l'île se trouvait. Il se plaignait de ce que les relations entre les commandants des troupes internationales ou entre les consuls et lui-même n'’eussent jamais été définies ; il accusait même les consuls de transmettre parfois ses explications aux puissances d’une manière inexacte. En même temps il indiquait quelles étaient, d'après lui, les orignes du mouvement insurrectionnel. Ce mouvement était dù à M. Vénizé-
(1) Livre jaune, page 115.
196 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE I los qui, voyant échouer toutes les démarches du prince pour l'annexion de la Crète à la Grèce, avait élaboré un nouveau projet proposant de changer l'Etat autonome en principauté. Là était la cause de l'agitation, beaucoup de personnes ayant accordé créance à l’idée que la seule solution de la question crétoise était l'érection de l'île en principauté. Or, le Prince signalait dans sa leltre que la majeure partie du personnel inférieur des consulats était acquise à M. Vénizélos et ne négligeait rien pour entretenir les consuls eux-mêmes des aspirations vénizélistes. Le Prince se défendait en même temps d’avoir Jamais pris aucune mesure de rigueur envers un fonctionnaire suspect de vénizélisme: il affirmait que les deux tiers des employés au service du gouvernement adoptaient le programme de M. Véni- Zélos, preuve éclatanie de la bienveillance officielle. 11 ajoulait que le renvoi de son secrétaire privé, instamment demandé par M. Vénizélos, ne serait nullement justifié et que, si le pouvoir devait se rendre aux injonctions de ses ennemis, il ne pourrait en résulter pour Jui que faiblesse et discrédit. Enfin, le Prince terminait sa lettre en protestant contre les dispositions prises par les consuls, qui n'avaient jamais soin de le consulter avani d'arrêter une organisation quelconque.
On avait espéré, à un moment, qu'une combinaison ingénicuse pourrail amener ‘apidement la pacificalion, et une entrevue avait été projeté
e entre une députation de la Chambre cr
éloise et une délégation de l'Assemblée