ROLE DE LA CROISIÈRE INTERNATIONALE
En même temps que des renforts avaient été expédiés aux détachements internationaux en Crète, des croiseurs s'opposaient à toute introduction d'armes dans l'intérieur de l’île. La fréquentation des côtes par les navires européens eut pour résultat de mettre obstacle à des secours transmis aux insurgés par la Grèce. En même temps, les navires de l’escadre internationale étaient à même de recueillir des informations sur tous les points de la côte où la crise menaçait de sévir. En effet, les insurgés ne désarmaient pas et le bruit se propageait que le parti vénizéliste, s’il n’obtenait pas l'union administrative et financière avec la Grèce, s'opposerait par la force à l’application du régifne prescrit par les puissances (1).
À cette nouvelle, la croisière internationale reçut les ordres les plus stricts en vue d'empêcher les tentatives de débarquement d'armes et de munitions sur les rivages de Crète. Le prince Georges lui-même, désireux d'éviter l'aggravation des difficullés, avait fait auprès des quatre consuls une démarche et leur avait demandé de vouloir bien transmettre aux commandants des quatre stations navales de Crète des instructions destinées à prévenir le débarquement des armes ei des munitions.
L'accroissement d'audace des bandes insurgées se manifestait cependant, et le 19 juin 1905, une colonne
composée de détachements français, anglais et italien
(1) Livre Jaune, page 130, n° 195.
200 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE I sous le commandement du lieutenant-colonel Lubanski, qui se dirigeait vers les districts du Nord de l'île, fuit accueillie à coups de fusil par une petite troupe d’insurgés, Le 24 juin, le H. C. avertissait les puissances que les séditieux ne tenaient aucun compte de la proclamalion européenne, qu'ils se livraient à des excès de tous genres contre les personnes et les propriétés, et qu'ils avaient occupé Vamos et Columbari. En conséquence, le Prince, s'attendant à des malheurs inévitables et redoutant la guerre civile, insistait auprès des puissances protectrices, leur demandant l'adoption de mesures énergiques. La situation devenait d'autant plus critique que le conseiller pour les Finances, Coundouro, qui exerçait sur les campagnes une grande influence, venait de remettre sa démission au gouvernement, qu'il blâmait de ne pas prendre des mesures plus énergiques en faveur de l'annexion et se décidait à rejoindre les insurgés dans la montagne pour les engager à un mouvement plus audacieux. Le H. C. concluait en proposant que les consuls généraux publient au nom de leurs gouvernements une proclamation fixant aux séditieux un délai pour remettre leurs armes, en les prévenant que les troupes rélabliraient l'ordre et déclareraient la loi marliale au cas de refus d’obéissance.
Les insurgés ne tinrent aucun compte des avertissements qui leur étaient adressés: le 30 juin 1905, un délachement russe dut faire usage de ses armes pour repousser une allaque devant Platania, Toutes les puis-
ACCROISSEMENT DU MOUVEMENT INSURRECTIONEL 201 sances renforcèrent, à la suite de cet événément, leurs détachements en Crète; en même temps, la croisière des navires européens redoublait d'activité pour empêcher l’approvisionnement des séditieux en armes et en munitions ; une surveillance particulière était exercée sur le chargement de certains vapeurs suspects venant de Crète et les mesures navales ainsi prescrites entravalent largement la contrebande au profit des partisans de MM. Vénizélos et Coundouro.
Bien que les chefs des insurgés protestassent de leurs intentions pacifiques, les bandes qu'ils avaient sous leurs ordres grossissaient sans cesse et leur audace redoublait. Ils apparaissaient fréquemment à proximité de certaines localités, notamment de Kalyves, Kissamo- Castelli et Platania. Les consuls décidèrent de veiller à la défense de ces places en ordonnant à un navire de guerre de stationner à proximité du rivage de chacune d'elles. En même temps, le commandant supérieur des troupes internationales, d'accord avec les consuls des quatre puissances, prit, le 25 juin 1905, les prescriptions suivantes relatives aux cas où les troupes internationales pourraient ou devraient se servir de leurs armes (1). 1° En cas de légitime défense suivant appréciation des circonstances du commandant du détachement ; 2° pour s'opposer à une action criminelle ou gravement attentatoire à l’ordre public, perpétrée par un grand nombre
(1) Livre Jaune, page 146.
de perturbateurs,même ne faisant pas usage de leurs armes, mais se prévalant de leur prépondérance numérique. Toutefois dans ce cas, l'usage des armes par les troupes devra être précédé des sommations réglementaires.
Le 30 du même mois, les consuls des quatre puissances protectrices, MM. Howard, de Bronewski, Maurouard et Fasciotti Jugeaient opportun de pourvoir de la manière suivante au maintien de l’ordre et de la sécurité à la Canée, Halépa et dans les autres localités suburbaines, y compris le village de la Sude (en conformité, d’ailleurs, des articles 13 et 25 de la constitution crétoise) : 1° dispersion de tous rassemblements armés et des rassemblements désarmés de plus de 50 personnes, après avoir fait les sommations réglementaires 2° protection de la vie et des biens des habitants de la Canée ; 3° arrestation des perturbateurs de l’ordre 4° remise immédiate des armes et des munitions (1). Ces mesures furent-elles bien efficaces ? Il est permis d'en douter. En effet, dans les dix premiers jours de juillet 1905 ; l'activité des insurgés se manifesta par l’assassinat de 8 musulmans, par de nombreuses atteintes aux propriétés des Turcs et même par des actes d’hosuühté contre les troupes européennes.
Le 13 juillet 1905, les consuls, conformément au précédent des entrevues de 1897-1898 entre les amiraux et les cheis d'armes crétois, entrèrent en rapport direct
(1) Livre Jaune, page 146.