‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 70 sur 80 · NAT PA · texte numérisé non relu

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MESURES PRISES PAR LES CONSULS 209 les propriétés musulmanes. En même temps, pour donner au corps de la gendarmerie une marque de sollicitude justifiée par la constante coopération de cette troupe avec les détachements internationaux, la proclamalion consulaire portait que les attentats contre les gendarmes seraient assimilés à des attentats contre les troupes internalionales.

2° La direction supérieure des prisons appartient à l'officier des troupes internationales qui tiennent garnison dans les prisons, et aucun prisonnier ne peut être remis en liberté sans un mandat d'élargissement du chef de détachement.

3° Il est interdit de détenir ou de porter des armes, à moins d'autorisation délivrée par une Commission militaire internationale (1).

Le 7 août 1905, un conflit s'engagea entre les insurgés el les Russes à Panormos, Les insurgés s'étaient emparés de la douane de Castelli, qui dépend de cette localié. Pour reprendre cette station, une canonnière portant 200 soldats russes et 10 gendarmes crétois, commandés par leur officier italien fut expédiée à Panormos. Une sommation adressée aux insurgés d’avoir à arborer le drapeau blanc dans le délai d’une demi-heure élant restée vaine, la canonnière ouvrit le feu; les insurgés répondirent au bombardement et il y eut quelques blessés de part et d'autre ; les dégâts, surtout ma-

lériels, furent causés aux maisons des partisans du

(1) Livre Jaune, page 155.

206 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Hi

gouvernement ; les insurgés s'étant intentionnellement montrés aux abords de ces maisons pour détourner sur elles le tir du navire européen.

Dans le début du mois d'août les conflits se généralisèrent. Des détachements anglais stationnés aux villages d'Aghiosmiron et de Korphès furent serrés de près par les insurgés le 14 août et, pour se dégager, ils durent recourir à une fusillade. À Réthymo, le même jour: une allaque des Crétois fut dirigée sur le poste de Coubé, occupé par les Russes : ceux-ci perdirent d’abord du lerrain, mais, le lendemain, ayant recu du renfort, ils réoccupèrent la position perdue, les insurgés effectuèrent un mouvement de retraite vers le Sud en se défendant avec acharnement, dans la direction du village d'Azzipopulo ; ce village arbora le drapeau blanc dans la soirée et fut occupé par les Russes. Il y eut des pertes assez graves de part et d'autre. Le mouvement insurrectionnel était conduit par les chefs, Manos, Papadakis, Calogéris et Biris, ce dernier fut, d’ailleurs, tué dans l’action (1).

Ainsi, au commencement d'août, il devenait constan: que les insurgés changeaient de tactique : ils s'étaient bornés jusque-là à des agressions isolées : mais ils n'a. vaient entrepris aucun mouvement d'ensemble contre les troupes internationales. Maintenant leur audace augmentait el c'était une véritable campagne qu’ils prétendaient commencer contre les détachements des puissan-

(1) livre Jaune, page 159; °n°,938:

MESURES PRISES PAR M. BENEDETTI 207 ces protectrices. La lutte prenait le caractère d'un vérilable soulèvement. Il fallait donc agir avec plus d’énergie pour prévenir de nouvelles effusions de sang. Le 9/22 août 1905, le commandant supérieur des troupes internationales, M. Benedetti, se préoccupant d'empêécher les insurgés de se ravitailler à la Canée, prescrit de placer des postes mixtes de gendarmerie et de troupes internationales de jour et de nuit aux quatre sorties de la ville, c'est-à-dire à la porte de Koum-Kapou, de la Sude, de la Nouvelle-Percée et du quai de Topana. À ces quatre points de sortie, la circulation n’est per-mise, porte l'avis du colonel, que pour les personnes ainsi que pour les animaux et les véhicules non chargés d’approvisionnements.

Dans l’intérieur de l’île, le chef Manos, après l'attaque des troupes russes à Réthymo, se dirigea sur Hiérapétra pour mettre la main sur les douanes de cette localité, qui comptent parmi les plus fructueuses de l’île. La garnison d'Hiérapétra fut immédiatement augmentée d'un renfort de gendarmes expédiés de la Canée et le coup de main prémédité ne réussit pas. Sur un autre point de l’île, devant le cap Sidéro, le 18 août 1905 (1),un autre engagement avait lieu entre les insurgés et le torpilleur français Chevalier, qui avait été expédié dans ces parages pour porter secours à des gendarmes et des douaniers bloqués par des insurgés. On comprend dès lors la raison d'être des mesures sévères prescrites par les consuls et aussi la rigueur avec laquelle les bâti-

(1) Livre Jaune, page 163, n° 241.

ments européens s’efforçaient d'empêcher la contrebande. Le croiseur anglais Minerva, au cours d’une croisière autour de l'île, procéda à la visite de 40 petits bâtiments; on peut affirmer que le blocus effectué par l'escadre internationale fut, parmi les mesures adoptées, une des plus efficaces pour empêcher le ravitaillement des insurgés en hommes et en munitions.

Les insurgés se préoccupaient de se procurer des ressources par tous les moyens possibles. Le 8/21 septembre 1905, les commerçants étaient avisés que les stalions douanières de Palaiochora, Kiyves, Colombari, Stravou, Kissamou, Ghiorghoupolis, Mochlos et Makri- Yalou étaient tombées au pouvoir des insurgés, qui y percevaient indûment des droits d'entrée et de sortie sur le mouvement des marchandises : en conséquence, il élait recommandé aux intéressés de n'accomplir des opérations de commerce maritime que dans les ports demeurés aux mains des autorités régulières.

Le 7 septembre 1905 (1), la Chambre se réunit de nouveau, 1] n'y avait à attendre de sa réunion que les résultats les plus heureux. En effet, dans la session, d'ailleurs fort courte, de l'Assemblée crétoise (7/14 septembre 1905), celle-ci vota plusieurs réformes importantes, de caractère hbéral, qui, toutes, étaient inscrites au programme du parti vénizéliste : notamment, élection au suffrage universel, au lieu de la désignation par le Prince des maires, adjoints et conseillers municipaux;

suppression des 10 députés choisis par le H. C.; abro-

(1) Livre Jaune, page 166, n° 244.

FIN DE L'INSURRECTION 209 gation des diverses restrictions à la liberté de la presse, modification de la loi électorale. Enfin, avant de se séparer, la Chambre vota la convocation d’une Assemblée nationale ayant pouvoir de procéder aux réformes qui dépassaient la compétence législative; seulement, d’après la Constitution, la réunion de cette Assemblée ne pouvait avoir lieu qu'après un délai de 10 mois.

En présence des décisions ainsi adoptées par la Chambre, la persistance du mouvement insurrectionnel n'avait plus de raison d’être ; les innovations que le parti vénizéliste avait inscrites parmi ses revendications les plus chères se trouvaient effectivement consacrées et celui-ci ne pouvait plus légitimement réclamer que des garanties destinées à assurer au scrutin l'indépendance nécessaire ; la présence des troupes internationales était de nature à rassurer à cet égard les esprits les plus inquiets. Une autre réforme importante avait été décidée par la Chambre : la création d’un corps de gardes civiques ; seulement cette mesure, louable en elle-même et facilement applicable sur les côtes, dans les villes qui n'étaient point acquises à l'insurrection, était plus délicate à pratiquer dans l’intérieur, car le fait d'armer des campagnards trop enclins à se servir de la poudre n'é-

tait pas sans présenter quelque inconvénient.

$ 6. — Fin de l'insurrection.

Non seulement l'insurrection ne pouvait plus se justi-

fier en droit, puisque satislaction venait d’être donnée . L. 14

à la plupart de ses vœux par la Chambre, mais 1l lui était difficile de se maintenir en fait, en raison de la pénurie de ses ressources pécuniaires (1).

Le 9/22 septembre 1905 (2), M. Maurouard étendit au secteur français les commissions de police qui, en vertu d’une décison consulaire du 4 septembre 1905, fonctionnaient déjà dans le surplus de l'île et qu'il paraissait urgent de généraliser au secteur français, en vue d'assurer le maintien de l'ordre. Ces commissions de police étaient compétentes pour les contraventions et les délits n'entraînant pas de peine supérieure à 200 francs d’amende où à 6 mois de prison : pour les infractions entraînant des peines supérieures, l'instruction était faite par le chef du détachement et le jugement rendu par la Commission militaire internationale de justice de la Canée.

La fin du mois de septembre fut marquée par une dépression de lardeur insurrectionnelle des partisans de M. Vénizélos ; leurs prétentions se montraient singubèrement plus modérées ; elles furent transmises aux consuls par des intermédiaires. Les insurgés renonaient à insister davantage sur un changement apporté au statut de l'île, soit au point de vue international, soit en ce qui Concerne la personne du H. C. Ils se désin-

(1) Le Comité projetait de procéder en Grèce à un emprunt de 100.000 francs, divisé en 20.000 obligations de 5 francs dont le produit servirait aux besoins de l'insurrection. Les gouvernements russe et français agirent immédiatement auprès de

la Grèce afin de mettre obstacle à cette émission. (2) Livre Jaune, page 170.

FIN DE L'INSURRECTION 211 téressaient de ‘tous les rapports de la Crète avec l'extéricur, sauf des relations d’un caractère purement économique et commercial. Il paraissait, dès lors, possible d'en terminer rapidement avec un mouvement qui avait élé si contraire au développement industriel du pays et à la Sécurité des habitants de l'île. Mais, conformément à la ligne de conduite proposée par M. Maurouard, il semblait préférable de ne pas continuer une lutte à outrance avec les insurgés et d'examiner avec bienveillance celles de leurs propositions qui seraient compatibles avec les vues politiques des puissances.

Les prévisons fondées sur l'état d'esprit des insurgés, et qu'il était possible de formuler dès la fin de septembre 1905, ne tardèrent pas à se réaliser. Dans la partie orientale du secteur français, les insurgés remirent leurs armes aux autorités françaises au début d'octobre 1905. Conformément à la demande préalable des insurgés, il leur fut répondu qu'ils ne seraient nullement inquiétés pour attentats ou délits politiques extérieurs, mais que l'amnisie ne s’étendrait pas aux crimes et infractions de droit commun. En peu de jours, environ 80 fusils de guerre furent remis au colonel Lubanski et la gendarmerie créloise put réoccuper ses postes. Par conséquent, sans que le détachement français eût été obligé de recourir à aucune mesure de coercition, le mouvement insurreclionnel prit fin dans son secteur.

Le 20 octobre, les chefs insurgés, revenant à la

charge, faisaient connaître qu'ils se désintéressaient de

212 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II leurs demandes de réformes et s’en remettaient aux puissances protectrices du soin ‘de prendre une décision à leur égard ; ils maintenaient seulement comme condition de leur soumission la faculté de conserver leurs armes dans leurs maisons et l'extension de l’amnistie aux gendarmes déserteurs. Le 23 ocotbre (1), les consuls se mirent d'accord sur les grandes lignes de la réponse qu'il convenait de faire à ces propositions ; 1l s'agissait d'exiger le dépôt d'au moins 800 armes de guerre et d'un nombre correspondant de cartouches, moyennant quoi ammistie serait accordée, sauf aux insurgés coupables d’infractions de droit commun et aux gendarmes déserteurs. Autorisation fut accordée à ceux des insurgés qui en avaient fait la demande de se réfugier en Grèce, en profitant de bateaux mis à leur disposition par le gouvernement hellénique ; il y avait évidemment avantage à voir diminuer le nombre des insurgés dans l'île. Bien entendu, le gouvernement grec promeltait de veiller au désarmement des insurgés à leur arrivée sur le territoire hellénique et de mettre obstacle à toute tentative d'insubordination. La réponse des consuls des quatre gouvernements aux chefs thérissiotes développa ces conditions imposées aux insurgés. Ces conditions étaient présentées sous une forme soigneusement pesée, en vue d'éviter tout froissement des dirigeants du mouvement et toute difficulté pour ceux-c1 à obtenir l’adhé-

sion de leurs partisans : les consuls réclamaient le dé-

(1) Livre Jaune, page 184, n° 265.

REMISE DES ARMES PAR LES INSURGÉS k13 pôt des armes, devant comporter de 800 à 1.000 fusils de guerre à rayures se chargeant par la culasse avec un nombre correspondant de cartouches ; la condition de remise des armes était la mesure la plus efficace pour assurer la tranquillité du pays. Quant à l'amnistie, elle était accordée pour tous les faits d’insurrection, sauf pour les crimes et délits de droit commun.Les puissances protectrices promettaient en outre d'assurer la pleine sincérité des élections.

Dès le lendemain, les chefs thérissiotes répondirent qu'ils acceptaient les conditions imposées par les puissances, tout en insistant sur la difficulté d'exécuter la remise de 800 à 1.000 fusils. L’adhésion des insurgés portait la signature des chefs Vénizélos, Foumis et Manos (1). Un délai supplémentaire de 15 jours fut, d’ailleurs, accordé aux insurgés le 28 octobre/10 novembre 1905, pour effectuer la remise complète de leurs armes. Enfin l’accord final entre M. Vénizélos et les consuls généraux des puissances protectrices fut conclu le 15 novembre 1905. Environ 700 fusils furent déposés par les insurgés, les gendarmes furent réinstallés dans tous les postes abandonés par ces derniers. Les gardes communales non reconnues par les autorités consulaires ou militaires furent dissoutes ou désarmées ; toute latitude fut accordée aux gendarmes déserteurs et aux insurgés de s'expatrier s'ils le désiraient ; une amnistie générale

couvrait les faits d'insurrection en dehors des infractions

(1) /avre Jaune, page 194,

de droit commun. Enfin, les autorités internationales promettaient d'assurer par une surveillance rigoureuse la loyauté des élections communales, et, le 26 novembre 1905, M. Maurouard pouvait porter à la connaissance du Président du Conseil des ministres français que, « les insurgés ayant satisfait aux conditions posées par les puissances protectrices pour la remise des armes et des munitions, l’amnistie visant les faits politiques relatifs à l'insurrection a été proclamée hier. Dans l'intervalle, les gendarmes déserteurs et d’autres insurgés non compris dans cette amnistie se sont embarqués pour la Grèce (1).

À la même date (25 novembre 1905), les consuls adressaient aux Crétois la proclamation suivante : « Crétois, les proclamations d’amnistie qui viennent d'être publiées au nom des puissances protectrices doivent avoir signification de rentrée dans une ère de paix et de concorde avec tous les habitants de cette île. Il convient donc qu'à partir de ce jour tous souvenirs irritants des divisions et agitations passées soient effacés de vos esprits pour ne laisser place qu'à des sentiments de fraternité et d'harmonie. C'est malheureusement l'ordinaire effet des reeours aux armes en matière de politique intérieure que ‘ de laisser dans le pays des traces de profonde rancune et souvent aussi des désirs de vengeance particulière,

provenant des faits commis pendant l'insurrection. I] im-

(1) Livre Jaune, page 203.

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